Dossier : Nos services publics, un

Nos services publics - Un trésor collectif en péril

Quand la philanthropie oriente les politiques sociales

Si au temps de la Renaissance, les mécènes se voulaient les protecteurs des arts et des lettres, aujourd’hui les riches et les rentiers de ce monde deviennent les nouveaux philanthropes et souhaitent marquer de leur influence la solution à de nombreux enjeux sociaux.

Le phénomène du philanthrocapitalisme est relativement récent au Québec. Par contre, son rayonnement auprès du gouvernement est on ne peut plus significatif et s’appuie sur la volonté de l’État québécois de se définir, dorénavant, comme un gestionnaire de ressources et facilitateur de projets pour soutenir des initiatives connexes à ses missions essentielles. L’influence des philanthropes est aussi légitimée par la crise des finances publiques.

Au Québec, depuis 2000, une fondation privée est particulièrement active dans ce domaine. Il s’agit de la Fondation Chagnon. Fondée en 2000 à la suite de la vente de Vidéotron à Quebecor, elle a pour mission d’agir sur les causes de la pauvreté et de la maladie, en plus de soutenir les communautés dans leurs actions et leur recherche de solutions. Depuis sa création, elle s’est associée au gouvernement québécois pour mettre sur pied différents fonds dédiés à des interventions ciblées auprès de certaines catégories de la population.

Depuis 2002, la Fondation Chagnon a investi dans le Fonds québécois d’initiatives sociales pour financer le projet Autonomie Jeunes familles en plus de contribuer à la création de Québec en forme et à la mise sur pied du Fonds pour la promotion de saines habitudes de vie en 2006. Au cours de l’automne, le gouvernement s’est une fois de plus associé à la Fondation Chagnon pour créer le Fonds de développement des jeunes enfants et à la Fiducie de la famille Chagnon pour créer le Fonds de soutien aux proches aidants des aînés. D’ici 10 ans, la Fondation et la Fiducie auront versé 500 millions de dollars.

Alors que les milieux sonnent constamment l’alarme devant le sous-financement chronique des services publics, particulièrement en éducation, dans les services sociaux ou encore les organismes communautaires, la réponse gouvernementale est d’instaurer de nouvelles sources de financement issues du secteur privé afin de soutenir de nouvelles initiatives. Et ce n’est pas tout. Cette dérive démocratique ne semble pas vouloir s’arrêter. Tout porte à croire qu’il y a dans les cartons gouvernementaux d’autres projets d’association avec des fondations privées pour le financement d’actions gouvernementales futures.

Ce qui est particulièrement inquiétant dans ce processus, c’est que le gouvernement affaiblit la fonction publique québécoise et contribue à l’émergence d’une fonction publique de nature privée en parallèle. Des services autrefois dispensés par le secteur public sont dorénavant pris en charge par des organismes privés subventionnés qui doivent respecter de nouvelles balises énoncées dans l’entente de partenariat entre le gouvernement et la Fondation.

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