Le travail du consommateur

No 32 - déc. 2009 / jan. 2010

Marie-Anne Dujarier

Le travail du consommateur

Lu par Jean-Marc Piotte

Marie-Anne Dujarier, Le travail du consommateur - De McDo à EBay : comment nous coproduisons ce que nous achetons, Paris, La Découverte, 2008, 246 p.

La sociologue Marie-Anne Dujarier montre avec beaucoup de finesse comment le consommateur devient de plus en plus le coproducteur de ce qu’il consomme, en remplaçant la caissière dans l’enregistrement de ses achats et dans le paiement, en achetant un voyage sur Internet, en essayant de comprendre le fonctionnement d’un GPS, etc.

Le consommateur, par contrainte ou par le sentiment d’autonomie que cela lui procure, est mis au travail pour réduire les coûts. Ce travail, comme jadis celui des femmes dans les foyers, demeure invisible, non comptabilisé sur le marché. Le client est « roi », tout comme la femme était la reine du foyer !
Ou bien le consommateur n’arrive pas à faire fonctionner le bidule (ex. un GPS) et se trouve un triste con, ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, il y arrive aisément et éprouve un sentiment d’autonomie accrue. Or cette autonomie, valorisée par le marketing, masque une dépendance croissante à l’égard des organisations qui le manipulent.

La mise au travail du client s’inscrit dans la même logique que le management participatif véhiculé dans les entreprises depuis une vingtaine d’années : l’injonction à l’autonomie et à l’individualisation des tâches va de pair avec un contrôle de plus en plus sophistiqué des organisations sur les individus.

La sociologue fait aussi remarquer que le consommateur est toujours coupable de quelque chose : il ne consomme pas assez, nuit au « relancement » de l’économie et à la réduction du chômage ; il consomme trop et participe à la destruction de l’environnement ; privilégiant le rapport qualité/prix, il s’aveugle sur les conditions de production de ses marchandises peu coûteuses. « Finalement, dit-elle, il se voit responsable de ne pas assez consommer, de trop consommer et de consommer en préservant son intérêt (p. 173). » L’analyse originale de cet ouvrage mérite lecture et réflexion.

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