Coalisons-nous, qu’y disait...

No 32 - déc. 2009 / jan. 2010

Billet

Coalisons-nous, qu’y disait...

On fait la première réunion.

On est content, plein d’organisations ont répondu à l’appel. Toutes les organisations présentes font la même analyse. C’est un enjeu de société majeur. Et nous sommes devant une attaque majeure. Il faut lever le majeur. Cette loi-là, à passera pas. Tout le monde est excité… Enfin on a la même analyse. Vite, il nous faut un mot d’ordre rassembleur. Arrive alors le point revendication. Tour de table. Tout le monde s’entend, il faut éviter la liste d’épicerie, il nous faut une revendication porteuse. Une revendication porteuse. Tout le monde est d’accord… Oui camarades, c’te loi-là, à passera pas… Nous vaincrons…

Pis à la deuxième réunion.

On s’entend pas sur laquelle des revendications devrait être la principale, vu que le problème est tellement vaste que toutes les solutions ont l’air secondaires. Pis on se dit que toutes les revendications sont égales. Et que chaque organisation pourra porter sa revendication principale… en autant que chaque organisation reconnaisse que les revendications des autres organisations sont importantes même si secondaires.

Pis à la cinquième réunion.

On vérifie si toutes les directions de toutes les organisations sont bien d’accord avec l’idée que toutes les revendications secondaires peuvent être portées d’une manière principale par des organisation secondaires, mais que la revendication prioritaire sera celle de l’organisation principale. Le débat s’enclenche sur les stratégies. Les moyens d’actions. On fait le tour de ce que les groupes communautaires aimeraient bien faire sans avoir les moyens de le faire. On fait le tour de ce que les syndicats ne peuvent plus faire, vu qu’il y a eu tellement de lois qui limitent leurs actions. Même les plus contestataires ont l’air à terre. On fait le tour de ce qui a déjà été fait. On fait le tour de ce qui a déjà marché. Mais on s’entend que ça ne marcherait plus, vu que la conjoncture a ben changé.

Les plus vieux racontent leurs années 1960-1970 quand y’avaient les cheveux longs. Les plus jeunes racontent leurs luttes étudiantes quand y’avaient les cheveux courts. Enfin, ceux qui avaient les cheveux longs se désolent avec les cheveux courts… que ça fasse une mèche… que la mobilisation s’émèche, qu’à c’t’heure, les luttes sont chauves… Chauve qui peut.

Enfin la stratégie s’élabore.

On s’entend pour que :

1) Chaque organisation développe ses propres stratégies, que l’on souhaite toutes plus combatives les unes que les autres.

2) Que la coalition fasse signer par chaque organisation, y compris les organisations qui ne sont pas dans la coalition, une lettre d’appui rappelant les revendications principales et secondaires de la coalition et qu’une lettre accompagne cette lettre d’appui pour inviter les organisations à se mobiliser fermement.

3) Il est également prévu de tenir une conférence de presse unitaire pour avertir l’État, les méchants et les pas fins que les organisations sont vraiment, mais franchement, pas contentes et qu’il est temps que les choses changent sinon.

4) En dernier lieu, il est prévu que si ça ne change pas, la coalition se réunira de nouveau pour examiner l’idée d’une campagne d’envoi courriel pour faire pression sur l’ennemi en exténuant le bras d’une secrétaire jusqu’à ce que la fonction « supprimer » saute en l’air.

Le plan est réalisé, sauf pour la conférence de presse unitaire. Parce que les directions des organisations de la coalition ne se sont pas entendues sur le temps de parole accordé à chacune, ni sur lequel ou laquelle des porte-parole devait parler en premier et affirmer le désir d’unité et de solidarité.

Nous nous vaincrons.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème