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Le Québec en quête de laïcité

Histoire de la libre pensée et de l’athéisme au Québec

Claude M. J. Braun

En 1534, Jacques Cartier « découvre » le Québec et annonce son destin en plantant une croix à Gaspé. Pendant trois siècles, quelques éparpillés seulement protesteront contre l’omnipuissance et l’obscurantisme absolu de l’Église catholique. On les appelle les libres penseurs.

Les premiers furent Louis-Armand de Lom d’Arce, baron de Lahontan (1688-1692), l’imprimeur Fleury Mesplet (1734-1794), l’avocat Valentin Jautard (1736-1787), le médecin et patriote Robert Nelson (1794-1873), l’éditeur Jean-Baptiste-Éric Dorion (1826-1866), l’écrivain et homme politique Louis-Antoine Dessaulles (1819-1895), le journaliste Arthur Buies (1840-1901), le dramaturge et homme politique Louis-Honoré Fréchette (1839-1908), le typographe et écrivain Aristide Filiatrault (1851-1913).

Ils furent presque tous des militants de l’aile gauche, dite « rouge », du Parti libéral. Aucun parmi ceux-là n’a osé se déclarer publiquement athée. Il fallait être un géant, un intouchable, pour se dire athée. Sinon, on allait en prison ou en exil.

L’avocat Joseph Doutre (1825-1886) fut la première figure publique à proférer sans ambages son athéisme, suivi du médecin William Osler (1849-1919), du typographe et agitateur Albert Saint-Martin (1865-1947) et du poète Irving Layton (1912-2006).

On aurait pu espérer l’émergence chez nous d’un grand philosophe qui aurait pu développer le matérialisme philosophique ; mais il aura fallu attendre le passage du physicien et philosophe athée argentin Mario Bunge en fin de carrière à l’Université McGill (de 1966 à sa retraite) pour que cela se produise. On eut pu espérer le rayonnement d’un grand chercheur en sciences naturelles pour nous faire comprendre que l’origine ultime est le big bang, la fin ultime l’entropie, l’origine et la nature de l’humain, l’évolution des espèces. Mais aucun prix Nobel n’a ennobli notre patrimoine. On doit encore aujourd’hui se contenter des compromis pseudomystiques et timorés d’Hubert Reeves. À notre décharge, le Québécois athée Félix d’Hérelle (1873-1949), fondateur de la microbiologie, fut nommé pour le prix Nobel en biologie, mais il a du s’exiler pour développer ses recherches.

On eut pu espérer un grand artiste prométhéen pour déclarer que nous sommes vraiment libres. Il fallut attendre en1948 qu’Émile Borduas, anarchiste chrétien, mette l’Église catholique à la porte, le pied littéraire au cul. Quelques influents athées ont tout de même développé un athéisme bien de chez-nous comme le conteur onirique Jacques Ferron (1921-1985), le tribun Pierre Bourgault (1934-2003), l’humoriste Yvon Deschamps (né en 1935). Pour en savoir plus, lire mon livre Le Québec athée : Un album de famille, à paraître aux Éditions Michel Brûlé au printemps 2011.

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