Dossier : Libérer des espaces - (...)

Libérer des espaces : résister, créer, militer

Militer au quotidien

Sur la résonance politique des pratiques écologistes

Compost, vélo, récupération de nourriture et de matériaux, jardinage en pot sur le balcon, la liste de nos pratiques quotidiennes s’allonge et se réinvente chaque jour. Mais au delà d’un simple mode de vie alternatif, nous tendons à inscrire notre quotidienneté dans une démarche politique qui dépasse la révolution personnelle.

RévoltéEs, nous le sommes, en regard des violences environnementales, sociales, physiques, économiques émanant de cette société de consommation qui chaque jour diminuent l’espoir de lendemains verdoyants. C’est pourquoi, en plus de nos luttes traditionnelles contre la pauvreté, la discrimination ou l’exclusion sociale, nous cultivons un mode de vie en forme de pratiques quotidiennes à l’image de nos critiques et aspirations politiques.

Une éthique du changement

Bricoler une quotidienneté de multiples pratiques inspirées de valeurs écologistes, autonomistes et démocratiques, c’est d’abord avoir le souci d’être conséquentEs avec l’ensemble des principes guidant notre action politique et nos multiples critiques du système capitaliste actuel. Plus qu’une simple question de crédibilité, la mise en cohérence des idées dans la pratique nous permet déjà de participer à l’émergence d’alternatives réelles. Évacuer de notre quotidienneté les produits polluants et issus de l’exploitation humaine et environnementale nous permet de développer une attitude d’autonomie axée sur le « Do It Yourself » (DIY) [1]. Cette prise en charge individuelle et collective démontre qu’il est non seulement souhaitable, mais également possible de s’organiser autrement ici et maintenant, sans attendre les lendemains qui (dé) chantent.

Toutefois, cette militance du quotidien est souvent confondue avec l’individualisme. Nous souscrivons pour notre part à une version collective de l’engagement qui est l’affaire de compagnes et de compagnons de vie, de maisonnées réseautées, cherchant à vivre un quotidien en harmonie avec leurs idéaux. En ce sens, l’éthique anti-consumériste de « faire soi-même » n’est pas à confondre avec celle del’individualiste qui veut « faire tout seul ».
Malgré tout, il demeure pertinent de questionner la résonance politique de la militance de la quotidienneté.

Pratiques militantes plurielles

Bien qu’un intérêt renouvelé pour l’activisme de la quotidienneté semble recouvrer une pertinence et une actualité d’autant plus importantes que les grands projets révolutionnaires suscitent cynisme et désillusion, cet engagement dans de « nouveaux » modes de vie éthiques et politiques ne date pas d’hier et il suscite encore les mêmes critiques qu’autrefois. On questionne sa valeur politique, en évoquant le risque de dérive, au large des canaux traditionnels de l’engagement, dans une démarche utopique qui l’éloignerait d’un militantisme conçu en termes de rapports de force au sein de la société.

Une fracture semble ainsi se dessiner entre la radicalité protéiforme de l’engagement au quotidien et la « souplesse » stratégique des forces traditionnelles de la gauche qui, au nom d’une efficacité politique destinée au plus grand nombre, réduit les enjeux et les espaces de lutte à une sphère institutionnalisée tendant à s’inscrire au sein des contradictions plutôt qu’à les dépasser. Il nous apparaît pourtant que ces deux tendances ne s’opposent pas fondamentalement, puisqu’elles confrontent les mêmes adversaires politiques et poursuivent des objectifs concordants. Au contraire, en cette période de marasme politique, nous croyons qu’elles peuvent s’enrichir mutuellement dans leur tâche commune d’invention et de ré-enchantement de la vie.


[1D.I.Y. : signifie Do It Yourself, littéralement traduit par « Faites-le vous même ». Cette mouvance non-constituée nous inspire l’autonomisation collective face à la production des biens de consommation et le partage des savoirs dans une perspective de changement social et d’opposition à la sur-consommation

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