Le recrutement de la jeunesse au profit de l’empire de guerre

No 34 - avril / mai 2010

International

Le recrutement de la jeunesse au profit de l’empire de guerre

La plus grande campagne de recrutement militaire canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale est en cours. Lancée par le ministère de la Défense nationale peu après l’arrivée des conservateurs au pouvoir, cette entreprise colossale doit se poursuivre jusqu’à ce que soit rencontré l’objectif d’augmenter de 20 % la taille de l’armée. Les analystes militaires eux-mêmes reconnaissent que cet objectif ne pourra pas être atteint avant plusieurs années et que la campagne de recrutement actuelle devra se poursuivre au-delà de l’échéance initiale de 2011.

Le recrutement à court terme de près de 50 000 nouveaux militaires est visé pour contrebalancer les départs à la retraite des « boomers » en plus d’accroître de 25 000 les effectifs. Le nombre de recruteurs à l’échelle du pays a rapidement été multiplié dans l’espoir de rencontrer cet ambitieux objectif.

Le général Rick Hillier, le chef d’état-major ayant lancé cette campagne, explique bien le changement de cap : « Nous passons d’une approche de recrutement passive où essentiellement nous attendions que l’on vienne nous voir à une approche différente, davantage active et agressive ». Il poursuit en mentionnant que la campagne de recrutement actuelle est également un outil pour provoquer un « changement de culture » au sein de la société canadienne et qu’elle vise à faire accepter une présence plus grande du secteur militaire dans nos vies. Voilà comment s’articule le plus ambitieux plan de propagande militaire au pays des dernières décennies.

Endoctriner dès la petite école

Aussi absurde que cela puisse paraître, les enfants se retrouvent dans la mire des recruteurs à partir de l’âge de l’école primaire. Ils sont d’abord
ciblés pour les programmes d’intéressement aux cadets de l’armée spécialement conçu pour les 9 à 12 ans. Ensuite, à partir de l’âge de 12 ans, les jeunes sont invités à se joindre aux véritables corps de cadets de l’armée de terre, de l’air ou de la marine. Il s’agit du plus grand mouvement de jeunesse au pays qui rejoint 50 000 jeunes et qui est directement financé par la Défense Nationale, à la hauteur de plus de 200 millions par an.

Bien entendu, les enfants ne sont pas recrutés de force. Ils sont attirés par divers stratagèmes : des activités de plein air, l’apprentissage des premiers soins, des loisirs hebdomadaires, des camps d’été avec dédommagement monétaire et des possibilités de voyage. Tout au long des activités, les instructeurs de ces cadets initient les participants à la vie de militaire. Croyant apprendre à œuvrer pour la paix et l’assistance aux peuples dans le besoin, les jeunes sont ainsi préparés à la guerre. Alors que les jeunes portent l’uniforme militaire, sont conditionnés à la « drill » pour obéir au doigt et à l’œil et apprennent le maniement des armes, les instructeurs se gardent bien de présenter ce qui attend ceux qui s’enrôlent dans l’armée après un passage dans les cadets. Jamais ils ne mention-nent dans quel état les militaires reviennent de l’Afghanistan, marqués par la peur, la dépression, le stress post-traumatique, les cauchemars, les suicides, ou le fait que la souffrance psychologique dans l’armée est perçue comme de la faiblesse. Tout est mis en place pour que les cadets ne réalisent pas que l’armée vise à endoctriner des gens aussi jeunes parce qu’ils sont plus faciles à convaincre et à manipuler avant qu’ils ne soient devenus adultes.

Après seulement trois années dans les cadets, le jeune maîtrise toutes les habiletés périphériques au métier de soldat. Il ne lui manque que certaines notions de combat pour être un véritablement soldat. Le bureau des cadets refuse de publier les statistiques quant à la proportion des anciens cadets qui se retrouvent dans l’armée à l’âge adulte. Est-ce parce qu’il s’agit là d’un moyen de recrutement efficace ?

La conscription par la pauvreté

Il n’est pas surprenant que l’armée canadienne cible prioritairement les milieux défavorisés et présente l’enrôlement comme étant le moyen par excellence de s’affranchir de la précarité. Alors que les études postsecondaires coûtent de plus en plus cher, la perspective d’une formation subventionnée représente de plus en plus d’attrait pour les jeunes adultes qui veulent compléter leurs études. De nombreux étudiants du cégep et de l’université deviennent militaires à temps partiels (réservistes) pour arriver à poursuivre leur formation. Par ailleurs, la carrière militaire peut paraître particulièrement attirante pour les 6 000 à 13 000 étudiants qui n’auront plus accès à
l’éducation universitaire à la fin du présent dégel des frais de scolarité. Les recruteurs profitent littéralement de la rapide augmentation de la facture universitaire pour offrir une éducation subventionnée aux étudiantes et étudiants qui croulent sous les dettes.

La résistance grandissante

Depuis 2007, les étudiants de niveau collégial et universitaire se sont organisés à travers la campagne Opération Objection pour contrer cette propagande de guerre dans nos établissements d’enseignement. Ils ont documenté et diffusé une quantité impressionnante d’information démontrant la nature fallacieuse des pratiques de recrutement. Ils ont réussi à mettre un terme à la présence des recruteurs dans une multitude de campus à travers la province. C’est essentiellement par l’action directe, par différentes formes de perturbation des visites de l’armée, que les étudiants ont réussi à convaincre leur établissement d’interdire la visite des recruteurs et à faire comprendre explicitement à ces derniers qu’ils ne sont pas les bienvenus dans leur campus. Cette campagne d’opposition au recrutement dans nos écoles a par la suite été appuyée par les syndicats enseignants et regroupements nationaux d’associations étudiantes (la CSQ, la CSN, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

Que vous soyez étudiant, parent, enseignant, intervenant auprès de jeunes ou tout simplement citoyen engagé, vous pouvez vous aussi contribuer à démilitariser nos écoles, visitez :
www.AntiRecrutement.Info

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