L’indépendance - Laquelle ? Pour qui ?

L’indépendance ? Ça dépend !

Normand Baillargeon

Réponse de Normand

On va m’accuser de donner une réponse de Normand. Et pourtant, ce que je pense de l’indépendance en général et de celle du Québec en particulier est précisément cela : ça dépend.

De quoi ? Essentiellement de ce qu’on veut faire avec.

C’est que l’indépendance d’une nation est à mes yeux une valeur politique instrumentale ou seconde et non première ou fondamentale. C’est pourquoi, si elle sert certaines valeurs politiques qui sont pour moi fondamentales, ce qui arrive, je peux l’appuyer ; mais si elle les dessert, je la combats.

Tout cela se complique encore un peu du fait que je m’inscris non seulement au sein d’une large tradition politique de gauche qui n’a cessé de porter un jugement d’une très grande sévérité sur certains aspects du nationalisme (le mot d’Einstein est bien connu et il exprime parfaitement cette idée : « Le nationalisme est une maladie infantile : c’est la rougeole de l’humanité »), mais aussi dans une frange plus restreinte de cette tradition qui a en outre la conviction que l’État-nation n’est qu’une forme récente et fort heureusement provisoire de l’organisation politique.

Le nationalisme, qui le niera ?, peut être et a de fait souvent été une idéologie de droite, frileuse, de repli et de fermeture, conservatrice voire xénophobe, bref, de suprématie et malsaine. Ce nationalisme-là, c’est le bâton auquel est attaché le drapeau que porte un imbécile disposé à aller tuer un autre imbécile qui porte un autre drapeau accroché au même bâton. Il me terrifie et la forme d’indépendance qu’il porte et engendre me répugne.

Mais il existe aussi, je le reconnais, des nationalismes et donc des revendications d’indépendance qui sont d’émancipation, des nationalismes de langue et de culture qui sont aussi des nationalismes d’ouverture. Je peux, conjoncturellement et stratégiquement, appuyer ces nationalismes : mais c’est toujours avec la certitude que l’avenir de l’humanité passe par leur dépassement et sans grand enthousiasme, puisque c’est bien un État qu’on s’apprête à créer et que ce sentiment nationaliste va être instrumentalisé par lui, qui est au service des intérêts nationaux étroitement conçus comme ceux des institutions dominantes (en particulier de la communauté des gens d’affaire et des politiques qui les servent).

Je regrette qu’il n’existe pas en français de mot pour désigner l’attachement que l’on peut ressentir pour le lieu où nous vivons notre enfance, entouré de gens qui nous aiment et qu’on aime – et pourvu que notre enfance ait été heureuse. Mais si vous retirez du nationalisme cet attachement et tout ce qu’il implique, vous en retirez une part importante et peut-être même l’essentiel de ce qui mérite d’être sauvé de ce sentiment.

Au total ? Entre deux référendums (j’ai voté oui avec enthousiasme la première fois, avec dépit la deuxième), je ne pense guère à la question nationale ou à l’indépendance et à tout hymne national, quel qu’il soit, je préfère encore et toujours L’Internationale.

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