L’indépendance - Laquelle ? Pour qui ?

Pour la liberté

Andrée Ferretti

Je radoterai. Forcément. Après plus de 40 ans passés à répondre à cette question. Évidemment, l’événement n’a pas eu lieu. Ce n’est pas une raison pour tenter continuellement d’en refonder la nécessité ou, pire, pour en contester la pertinence. L’indépendance a été, est et sera un projet à réaliser jusqu’à son avènement, pour des raisons irréductibles aux circonstances immédiates. Il s’agit en effet de la question universelle de la liberté de disposer de soi-même.

Tout le reste n’est que gauchisme qui répugne à considérer la liberté pour la nation québécoise de s’autodéterminer comme valeur en soi, comme fondement de toute entreprise révolutionnaire de changements politiques et sociaux, ensevelissant sous son discours idéologique désincarné le désir même de révolution.

Or, faire l’indépendance du Québec, c’est révolutionner le Canada, c’est renverser la structure de ses pouvoirs tels qu’ils s’exercent d’un océan à l’autre, au service de sa classe dominante, y compris de sa faction québécoise.

Faire l’indépendance du Québec, c’est dissoudre radicalement les formes des rapports de force inscrites dans la Constitution canadienne au détriment des besoins et aspirations de la nation québécoise, tous liés à son identité, à son histoire et à sa culture.

Faire l’indépendance du Québec, c’est dissoudre radicalement les institutions politiques, économiques et sociales canadiennes, assises matérielles de ces rapports de force qui subordonnent les pouvoirs de l’État québécois à ceux de l’État canadien. À défaut de cette mutation, la vie nationale ne sera indéfiniment que la répétition de situations antérieures, constamment bloquées par la nature même du fédéralisme canadien. Faire l’indépendance, c’est sortir du cercle vicieux des sempiternelles revendications provincialistes pour des pouvoirs partiels à défendre ou à augmenter, en tout temps et toutes circonstances, insuffisants et inadéquats aux règlements des problèmes économiques, sociaux et culturels de la société québécoise.

Faire l’indépendance, c’est s’approprier tous les pouvoirs d’un État souverain, nécessaire à la réalisation de tout projet de société global et cohérent, progressiste ou conservateur, qui jusqu’à maintenant s’est heurté aux entraves dressées par l’État canadien utilisant, pour le contrer, la supériorité de ses pouvoirs de légiférer et de ses moyens d’agir en faveur de la majorité. Il ne peut en être autrement dans une démocratie électoraliste. Or, l’incompatibilité est essentielle entre les visions du monde de la société québécoise et celle de la société canadienne, fondée sur la perception que chacune a de ses intérêts, objectifs et/ou subjectifs.

Faire l’indépendance du Québec, c’est mobiliser les individus et les peuples de la nation québécoise à s’engager mêmement dans une lutte pour la liberté de choisir leur destin politique. Puisqu’il ne peut y avoir, sans effet schizophrénique de déliquescence, coexistence de deux ordres symboliques et effectifs de référence à la liberté de disposer de soi-même.

L’indépendance du Québec, c’est la concrétisation du désir humain fondamental de la nation québécoise de se vouloir la source et le but des conditions de son existence.

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