Ils voulaient changer le monde. Le militantisme marxiste-léniniste au Québec

No 28 - février / mars 2009

Jean-Philippe Warren

Ils voulaient changer le monde. Le militantisme marxiste-léniniste au Québec

Lu par Christian Brouillard

Jean-Philippe Warren, Ils voulaient changer le monde. Le militantisme marxiste-léniniste au Québec, Montréal, VLB, 2007, 252 p.

Au sortir des années 1960, alors que les mouvements de contestation sociale en Occident n’avaient pas réussi à ébranler durablement le « vieux monde », une question se posait pour ceux et celles qui s’étaient engagés dans ceux-ci : comment (pour reprendre les termes d’un article de Pierre Maheu dans la revue québécoise Parti Pris) passer « De la révolte à la révolution » ? La révolution pouvant prendre diverses significations, au Québec, ce fut, pour les uns, la tentative de changer les modes de vie dans l’aventure contre-culturelle (avec comme porte-parole la revue Mainmise), pour d’autres, la quête de la souveraineté nationale avec le Parti québécois et, enfin, pour nombre de ceux et celles qui aspiraient à un changement social en profondeur, les organisations marxistes-léninistes.

Sur ces dernières, on dispose de très peu d’analyses globales permettant d’évaluer un mouvement qui compta, à son apogée, des milliers de militants et militantes au Québec. Sans combler totalement cette lacune, le livre de Jean-Philippe Warren, Ils voulaient changer le monde, brosse un tableau des origines, du développement et du déclin des groupes marxistes-léninistes. Si ce tableau va plus loin que l’anecdote, il n’en reste pas moins que l’analyse des causes du développement et des dérapages de ce mouvement (« faire sens à l’insensé » peut-on lire en dos de couverture) nous semble insatisfaisante car, reprenant des points déjà soulignés ailleurs (comme dans l’ouvrage de Jean-Marc Piotte, La communauté perdue, VLB, 1987) sur la perte de sens et de communauté, la prégnance d’une culture catholique et « pétrie de messianisme », un sentiment d’anomie créé par la Révolution tranquille, il reste un concept absent : celui du stalinisme. Concept qui, au premier abord, semble nous ramener à la seule personne de Staline (ou de Mao…) et de ses pratiques, mais qui doit être élargi à l’ensemble de ce qui a permi et favorisé l’involution du marxisme et du socialisme. À ce niveau, il reste encore un travail à faire dont l’essai de Warren constitue un préambule…

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