Dossier : Fiscalité équitable et (...)

Fiscalité équitable et justice sociale

Réduisez ces impôts que je ne saurais voir !

Les impôts ont rarement bonne presse. À entendre ce qu’on dit à leur sujet, on se demande pourquoi ils existent encore. La fiscalité est nécessairement lourde et accablante pour tous. Les citoyens ploient sous le « fardeau fiscal » dont l’« ampleur » écrase plus spécifiquement les Québécois. Ceux-ci en effet, ne cesse-t-on de nous le rappeler, sont « les plus taxés en Amérique », ce qui équivaut à une malédiction qui nous poursuit sans cesse. Plus dignes, les Français préfèrent parfois le terme « prélèvements obligatoires » à « impôts », en insistant sur le terme « obligatoire », ce qui rappelle à quel point les impôts sont une atteinte à
la liberté.

Ces impôts, il faut donc les « réduire », quand il ne faut pas les couper, et toute hausse est désormais l’équivalent d’un sacrilège. Chaque « réduction d’impôts », qui s’intègre à un « plan » attendu de tous, est annoncée comme un gain. Celle-ci profitera surtout aux « familles » qui, munies de quelques centaines de dollars de plus dans leur budget, pourront ainsi relancer la consommation, donc l’économie. Certes, il ne faut pas dire trop fort que les baisses d’impôts profitent d’abord et avant tout aux riches, quoique cette vérité ne semble choquer personne, dans les faits.

Voilà pourquoi tous les grands partis au Canada et aux États-Unis, Libéraux fédéraux et provinciaux, Conservateurs, Péquistes, Démocrates et Républicains chantent allègrement les mérites des baisses d’impôts. Pour bien des électeurs, il s’agit de bénéfices immédiats : ils se voient avec un peu plus d’argent sonnant dans leurs poches. Entre vous et moi, comment pourrait-on résister à quelque bonne baisse d’impôts ? Que les impôts permettent de payer les hôpitaux, les soins de santé, les écoles, les garderies, l’eau, les routes, les parcs, l’aide sociale, la culture, les inspecteurs qui veillent à l’application des lois, le système judiciaire (mais aussi la police, les prisons, l’armée, les subventions aux entreprises petites et grandes) n’effleure personne.

Poursuivons donc la logique, réduisons massivement les impôts des individus, comme on l’a fait aux entreprises. Certes, il faudra payer la médecine privée, l’école privée, les retraites privées, des assurances, encore des assurances, des fonds pour financer l’avenir des enfants à l’université et son propre séjour dans la maison de retraite ; il y aura pour tout ça des produits financiers multiples que des vendeurs souriants et bien cravatés ou revêtant de somptueux tailleurs vous offriront. Tout cela coûtera très cher, plus que vous payez en impôts, il faut bien que les gens vivent et fassent un peu de sous. Mais vous pourrez profiter de votre liberté de consommateur et vous aurez un plaisir infini à magasiner les plus avantageux parmi les montages financiers qu’on vous fera reluire (et que vous ne comprendrez pas).

Certes, il y aura les krachs boursiers qui viendront gruger vos économies, les clauses d’assurances que vous aviez mal lues et qui ne vous protègent pas de la catastrophe très spécifique qui vient justement de vous arriver. Ou vous n’aurez pas accès à ces fonds, parce que vous avez beau travailler très fort, mais bon sang, vous n’arrivez toujours pas à mettre de l’argent de côté. Ou on ne vous a pas assurés, parce vous n’êtes pas assez beau, riche, en santé...

Mais peu importe, vous ne paierez que très peu d’impôts. Et ça, avouez-le, c’est tout de même quelque chose.

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