Présentation du dossier

Fiscalité équitable

Pour une justice sociale

Gaétan Breton, Claude Vaillancourt

Il semble évident qu’un des plus graves problèmes affectant l’ensemble de la planète est la croissance des inégalités. Tous les indicateurs le confirment : celles-ci s’accentuent toujours davantage et les énormes disparités entre les riches et les pauvres créent un gouffre infranchissable, une incompréhension toujours plus grande et, surtout, encore et toujours plus d’injustice.

À ces inégalités correspond un désengagement toujours plus grand de l’État qui, en se privant volontairement de moyens, refuse d’exercer sa tâche de répartiteur de la richesse. Si bien qu’associés à la pauvreté et aux inégalités se développent d’autres maux : malnutrition, endettement, dégradation des relations sociales, tensions entre les communautés dans les pays du Nord, sous-alimentation, destruction de l’environnement, développement d’un ressentiment toujours plus profond qui nourrit l’extrémisme et le terrorisme dans les pays du Sud.

Il va de soi que face à cette croissance des inégalités, il devient impératif de distribuer la richesse. Or cette richesse n’est pas à créer, comme le prétendent certains démagogues bien en vue, elle coule abondamment et coule encore, malgré la crise économique et financière que nous traversons. À nos yeux, la fiscalité, qu’on le veuille ou non, reste le moyen le plus simple et le plus efficace pour réduire, voire éradiquer les inégalités. Certes, la fiscalité telle qu’elle est appliquée aujourd’hui n’accomplit plus son rôle redistributeur. C’est qu’on n’a cessé de la honnir sur la place publique, comme si elle était l’une des dix plaies d’Égypte. On a donné des privilèges de plus en plus grands aux riches, qui paient toujours moins d’impôts et cachent des fortunes dans les paradis fiscaux. Les grandes compagnies, profitant d’une concurrence fiscale qui n’en finit pas, ne contribuent presque plus à leurs devoirs fiscaux. Et la classe moyenne se retrouve avec des impôts disproportionnés et des services dont la qualité ne correspond pas toujours à ce qu’elle paie.

La fiscalité, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, est donc entièrement à revoir. Un des problèmes essentiels est que la fiscalité apparaît comme une charité envers les moins bien nantis, une obligation morale pour les riches. Il faut replacer la fiscalité sur son socle et montrer qu’elle résulte du fait que les ressources qui sont utilisées pour créer la richesse sont collectives. D’ailleurs, nos lois le reconnaissent la plupart du temps, mais la compensation qui est demandée pour leur utilisation demeure trop souvent symbolique.

La redistribution opérée à travers la fiscalité doit donc être rattachée à la propriété collective des ressources, telle que reconnue dans nos lois, et devenir l’équivalent d’un droit d’utilisation reversé à tous les citoyens plutôt qu’une aumône jetée aux pauvres du bout des doigts gantés des riches ; bref, il faut remplacer la charité par la justice, non pas recevoir ce qu’on nous donne, mais recevoir ce à quoi nous avons droit.

Plutôt que d’organiser la fiscalité en fonction d’accorder une série de privilèges à une minorité très riche, on doit se concentrer sur un seul objectif : créer plus de justice. En cette saison des impôts, alors que nous nous dépêtrerons tous avec nos formulaires compliqués à remplir, l’équipe d’À bâbord !, en collaboration avec ATTAC-Québec, en profite pour faire part de la réflexion d’auteurs qui cherchent tous à repenser la fiscalité. Et les propositions ne manquent pas : rétablissement de la progressivité des impôts, taxes globales, élimination des paradis fiscaux, défiscalisation des mesures sociales, participation plus grande des entreprises, dont les banques, à l’impôt, établissement d’un nouveau pacte social et fiscal. Souhaitons que ces solutions cheminent et nous permettent de vivre dans un monde plus juste.

P.-S.

Dossier coordonné par Gaétan Breton et Claude Vaillancourt

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