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Serge Bouchard

Récits de Mathieu Mestokosho, chasseur innu

par Marie-Hélène Côté

Marie-Hélène Côté

Serge Bouchard, Récits de Mathieu Mestokosho, chasseur innu, Boréal, 2004

Comme la plupart des Québécoises et des Québécois, j’ai reçu une éducation qui accordait plus d’importance à l’histoire du Moyen-Âge européen qu’à celle de l’Amérique précolombienne. J’ai été amenée à découvrir d’abord les divinités égyptiennes, grecques et romaines plutôt que la culture et le mode de vie des Premières Nations qui nous ont accueillies sur le territoire que nous habitons. Malgré le chemin parcouru au cours des siècles, le Canada demeure un pays multiculturel où cohabitent trois grandes solitudes fondatrices. La distance géographique et culturelle ne favorisant pas les échanges, l’une de ces solitudes, celle des autochtones, peut encore sembler impénétrable pour la majorité des non-autochtones. Heureusement, il existe des paroles qui ne meurent pas et des plumes qui les aident à voyager.

L’automne dernier, deux anthropologues québécois ont publié chez Boréal de véritables trésors de la tradition orale algonquienne. Au début des années 70, au cours de recherches terrain sur la Côte-Nord, Serge Bouchard et Rémi Savard, chacun de leur côté, ont eu la chance de rencontrer de vieux conteurs innus qui leur ont partagé des récits magnifiques. Ils nous les transmettent à leur tour, de façon vivante et respectueuse.

Récits de Mathieu Mestokosho, chasseur innu, de Serge Bouchard, avait d’abord été publié par le ministère des Affaires culturelles en 1977 sous le titre Chroniques de chasse d’un Montagnais de Mingan et s’était épuisé en un an. «  Je considérais que le livre méritait un meilleur destin que d’être un livre rare et introuvable. J’avais le sentiment que ce livre n’avait pas terminé sa carrière », expliquait Bouchard au journal Le Soleil (24 octobre 2004) à l’occasion de la réédition. En effet, le témoignage de Mathieu Mestokosho, livré dans ses mots, a la force de toucher un large public et le mérite de prendre de la valeur avec les années.

Mestokosho raconte sa vie et celles des hommes, des femmes et des enfants qui l’ont partagée. Ses récits ont été organisés en deux parties par Bouchard : une première où il relate les chasses, les longues marches et l’établissement des campements, à la poursuite du caribou à travers un immense territoire compris entre Mingan et North West River ; et une deuxième partie dans laquelle il fait part de ses réflexions sur les préjugés à l’égard des autochtones et sur le savoir-faire et la persévérance de son peuple.

La lecture devient l’écoute des récits de Mestokosho qui nous transportent à une autre époque, dans une réalité méconnue, et qui laissent des impressions si prégnantes que, la nuit venue, j’ai rêvé plus d’une fois être en train de participer à ces grands périples ! L’œuvre en soi, ainsi que l’avant-propos de Bouchard, constituent un hommage appuyé à l’art de vivre des Innus que les histoires de Mestokosho illustrent en toute simplicité. On reste admiratif devant leur incroyable adaptation à un environnement aussi exigeant, leur intelligence collective et leur capacité d’organisation. On prend la mesure de la fierté de Mathieu Mestokosho et de son inquiétude face à la vie moderne.

Pour sa part, le conteur François Bellefleur était un gardien des récits fondateurs transmis par les anciens, histoires dans lesquelles interviennent Tshakapesh, le père mythique des Innus, et d’au tres personnages possédant à la fois des caractéristiques humaines et animales.

P.-S.

Marie-Hélène Côté

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