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International

Bienvenue en Palestine

Indésirables en Israël

Diane Lamoureux

La mission Bienvenue en Palestine, une action internationale de solidarité avec le peuple palestinien, a eu lieu du 15 au 21 avril 2012. Seize personnes du Québec étaient associées au projet qui visait à dénoncer l’enfermement de la population palestinienne par le gouvernement israélien et à aider à la mise en place d’une école internationale à Bethléem. Mais elle est loin d’avoir eu lieu sous la forme prévue.

Le déplacement international des frontières israéliennes

En effet, 1 200 personnes, venues principalement d’Europe et surtout de France, ont pris des billets d’avion pour Tel-Aviv, puisqu’il est impossible de se rendre en Cisjordanie occupée sans passer le crible des autorités de l’immigration israélienne, l’aéroport de Ramallah ayant été depuis belle lurette bombardé par l’armée israélienne. Le 15 avril, les frontières israéliennes se sont déplacées un peu partout dans le monde, puisque le gouvernement israélien avait demandé aux diverses compagnies aériennes de refuser d’embarquer les personnes qu’elle soupçonnait de participer à la mission, ce qu’elles ont fait, sans état d’âme apparemment.

C’est ce qui explique que quatre personnes ont eu des difficultés à embarquer à l’aéroport de Dorval, la compagnie Air France les avisant que les autorités israéliennes les avaient déclarées indésirables et qu’elles seraient à coup sûr bloquées à l’escale de Paris. Une cinquième a été finalement bloquée à Paris même. Cinq autres personnes ont pu se rendre à Tel-Aviv, deux étant aussitôt remis à bord de l’avion qui les avait amenés et trois autres conduits en prison, avant d’être expulsés sur Paris, au bout de moins de 24 heures pour deux d’entre eux et d’un peu plus de deux jours pour la troisième.

Il faut dire que le gouvernement israélien avait déployé un arsenal répressif important. Outre l’établissement de listes d’interdiction de vol, plus de 850 agents appartenant à diverses forces de répression ont servi de comité d’accueil à la cinquantaine de personnes qui n’avaient pas été inscrites sur les listes, ainsi qu’aux pacifistes israéliens qui soutenaient cette action, avaient organisé des transports vers Bethléem et souhaitaient offrir à notre mission un accueil solidaire, bien différent de celui de leur gouvernement.

Une solidarité active

Mais, tout comme Israël a déplacé ses frontières dans les divers aéroports occidentaux et turcs, les participantes et participants de Bienvenue en Palestine ont déplacé leurs actions de solidarité ailleurs. Les cinq membres de la délégation québécoise initialement coincés à Paris, ainsi que les trois détenus ensuite renvoyés sur Paris, ont activement participé aux actions qui s’y sont déroulées toute la semaine. Ces actions visaient à montrer au gouvernement d’Israël et aux divers gouvernements occidentaux qui le soutiennent que nous n’étions pas découragés par leurs tentatives de nous contrecarrer et que nous étions déterminés à poursuivre le combat pour la justice en Palestine.

Quant à nos camarades qui s’étaient rendus préalablement à Bethléem, elles et ils ont été activement impliqués dans les actions de construction d’un complexe scolaire palestinien. Il s’agit d’un projet sous l’égide de l’ONG Enfance, Jeux, Éducation qui doit comprendre une école maternelle, une école primaire, une école secondaire ainsi qu’une école de tourisme et d’hôtellerie. Elles et ils ont pu également participer à diverses activités prévues pour les délégués internationaux, dont la visite d’un camp de réfugiés et des rencontres avec des organisations de la société civile palestinienne. Il leur a été également possible de partager la vie quotidienne de familles palestiniennes.

En Palestine et au Québec, défendre le droit à l’éducation

Au moment où le mouvement étudiant québécois se bat pour le droit à l’éducation, il nous semblait important de marquer notre appui à la lutte quotidienne et acharnée que le peuple palestinien doit livrer pour obtenir la scolarisation des enfants et des jeunes. Car l’ingéniosité du gouvernement israélien quand il s’agit de nier le droit à l’éducation de la population palestinienne semble être sans limites. La population palestinienne qui vit sur le territoire israélien voit ses institutions scolaires disposer de beaucoup moins de ressources matérielles que celles qui desservent la population juive et l’accès à l’université en Israël même lui est fortement restreint ; quand ils décident d’aller étudier à l’étranger, ils ne savent pas s’ils pourront retourner en Israël.

La situation de la population palestinienne dans les territoires occupés est encore pire : fermeture arbitraire des écoles (l’Université de Bir Zeit a été fermée durant près de deux ans), checkpoints (contrôle militaire de sécurité qui transforme chaque déplacement en opération hasardeuse) qui empêchent les élèves de se rendre à leur école, mur de séparation qui allonge indûment les trajets domiciles/école, bombardement d’écoles. Le gouvernement israélien semble prendre au sérieux le slogan « un peuple instruit jamais ne sera vaincu » et fait tout en son possible pour mettre des bâtons dans les roues à l’instruction du peuple palestinien.

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