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Santé

Quand l’environnement nous rend malades

Pour une approche écosystémique de la santé

Donna Mergler

Notre santé et notre bien-être dépendent de notre environnement – de l’eau que l’on boit, de l’air que l’on respire et de la nourriture que l’on consomme. Le premier environnement est celui du foetus, constitué, entre autres, d’un filtrat du sang maternel, qui contient les nutriments nécessaires à la croissance, mais aussi d’un grand nombre de produits toxiques, certains accumulés durant toute la vie de la mère.

On peut y retrouver du plomb, qu’on ne retrouve plus dans l’essence, mais toujours présent dans des sites contaminés, tout comme dans les vieilles peintures et tuyauteries ; des biphényles polychlorés (BPC), utilisés autrefois dans des transformateurs électriques et qui, à cause de leur stabilité dans l’environnement et leur capacité de s’accumuler dans la chaîne alimentaire, se retrouvent dans plusieurs aliments. Il y a aussi le mercure qui provient de multiples sources (réservoirs hydroélectriques, extraction de l’or, déforestation…) qui, lui, est transformé dans le milieu aquatique et s’accumule dans les poissons, surtout les poissons prédateurs comme le doré et le thon. On y trouve également des pesticides, et même du DDT, alors qu’il est interdit depuis plus que 40 ans ! À cette soupe de polluants s’ajoutent de nouvelles substances toxiques, comme les ignifuges. Déjà à la naissance, on porte l’histoire de la contamination environnementale.

Et l’exposition continue durant toutes les étapes de la vie. Par le lait maternel, le nourrisson ingère des toxiques en même temps qu’un ensemble d’éléments qui lui sont bénéfiques. Les enfants, en général, sont plus exposés aux substances toxiques que les adultes parce que, en proportion, ils mangent plus, respirent plus et boivent plus d’eau que les adultes. De plus, leur comportement les amène à être plus fréquemment en contact avec le sol et les poussières, qui peuvent être contaminés.

Durant la vie adulte, les sources d’exposition sont multiples, particulièrement dans les milieux de travail où les femmes et les hommes sont exposés à des procédés polluants. À tout cela, et durant toute la vie, s’ajoute l’exposition aux particules dans l’air des grandes villes, l’exposition aux bruits, à la chaleur et aux substances toxiques dégagées par certains produits de consommation, comme les plastiques qui libèrent du bisphénol A.

Devant la pollution, tous et toutes ne sont pas égaux. La distribution des toxiques au sein de la population est grandement influencée par les facteurs socioéconomiques. Les aliments plus chers comme les produits « bio » contiennent moins de pesticides ; d’autre part, la nourriture plus grasse peut contenir plus de polluants persistants. C’est aussi dans les quartiers plus pauvres que l’on retrouve davantage de vieille tuyauterie et de peinture en plus des moisissures. De plus, vivre à côté d’une usine ou dans une rue très passante présente une exposition différente que de vivre sur une montagne, par exemple. Ces inégalités d’exposition se traduisent par des inégalités au niveau de la santé et du bien-être.

Un empoisonnement insidieux

Un empoisonnement aigu, soit quand quelqu’un respire ou ingère une grande quantité d’une substance toxique et devient immédiatement malade, est facilement diagnostiqué. Selon la dose d’exposition, l’empoisonnement peut laisser des séquelles : par exemple des séquelles neurologiques dans le cas l’intoxication par des pesticides. Dans les cas des expositions plus faibles, les effets sur la santé ne se voient pas tout de suite. Toutefois, ces effets, souvent subtils sur le plan individuel, sont d’une grande importance à l’échelle de la société.

L’histoire du plomb, une des substances toxiques les plus étudiées, illustre bien ces propos. La maladie neurologique appelée saturnisme, qui résulte de l’exposition au plomb, est connue depuis qu’Hippocrate l’a décrite chez les mineurs de plomb. Pline l’ancien l’a classée parmi les « maladies des esclaves ». Jusqu’à ce que les normes d’exposition en milieu de travail soient imposées, des centaines de milliers de travailleurs et de travailleuses à travers le monde ont souffert de cette maladie débilitante.

Ce n’est qu’au 20e siècle que des recherches ont révélé que l’exposition au plomb in utero et chez les enfants, même à de très faibles doses, nuit aux capacités intellectuelles (et donc scolaires) et affecte le comportement des enfants, telle l’hyperactivité. Des études plus récentes montrent une augmentation de décrochage scolaire et de criminalité en lien avec l’exposition pré ou postnatale au plomb. Soulignons que pour établir ces relations, un grand nombre de facteurs socioéconomiques ont été pris en compte.

Plusieurs autres substances, comme les BPC, les ignifuges, le mercure et le manganèse affectent également des capacités intellectuelles des enfants. Au niveau populationnel, une baisse moyenne de seulement cinq points de quotient intellectuel se traduit par deux fois plus d’enfants avec des problèmes d’apprentissage.

Le plomb n’est qu’un exemple : dans la réalité, de nombreux problèmes de santé ont été associés à une dégradation de l’environnement. Nous savons que la santé respiratoire et cardiovasculaire est affectée par la pollution de l’air. Nous savons que des substances dans l’environnement, comme l’amiante, jouent un rôle dans certains cancers et que la résistance immunitaire est abaissée par certains toxiques. Par ailleurs, des études récentes révèlent que certains polluants peuvent également contribuer à l’épidémie grandissante de diabète et des désordres métaboliques.

Malgré les preuves scientifiques reliant la dégradation environnementale à un grand nombre de problèmes de santé, le modèle dominant de santé reste le curatif plutôt que le préventif. Et quand on parle de « prévention », c’est plus souvent au niveau individuel que collectif. La complexité du développement des problèmes de santé devrait nous inciter à prendre une approche holistique, c’est-à-dire une approche écosystémique de la santé, qui consiste à reconnaître qu’il existe des interactions entre les décisions politiques, les facteurs psychosociaux et l’environnement. C’est ainsi qu’on pourra trouver et appliquer des solutions collectives pour améliorer la santé de l’ensemble de la population.

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