Dossier : La gauche au Québec, (...)

Dossier : La gauche au Québec, entre la gauche et les urnes

Option nationale

Le parti d’une seule cause !

« J’ai toujours été contre ces « nationaleux » qui voulaient sauver la langue et laisser crever ceux qui la parlent. » – Michel Chartrand

On ne peut être de gauche et de droite en même temps. On peut être indécis, mélangé, ambivalent, mais on ne peut être de gauche et de droite en même temps. Dans la même logique, on ne peut être fédéraliste et souverainiste en même temps comme on ne peut être écologiste et consumériste à la fois. Idem pour le féminisme et le machisme. Un parti politique doit prendre position sur tous ces axes. Ne se limiter qu’à un seul ou en déterminer un plus important qu’un autre est un piège stratégique et philosophique que semble ignorer ON pour le moment. Cet aveuglement (volontaire ?) pourrait être la pierre d’achoppement concernant le rapprochement entre QS et ON souhaité par certaines souverainistes progressistes.

Cette erreur ne date pas d’hier. Les péquistes ont leur « article 1 » sur la souveraineté ; les marxistes-léninistes ont repoussé le féminisme, car la lutte contre le capitalisme devait demeurer leur « premier combat », etc. En regardant les nombreux enjeux de la scène publique, qui n’est pas tenté de se choisir une priorité, un seul enjeu sur lequel on investirait plus de temps et d’énergie ? Inconsciemment, nous le faisons tous un peu. Cela dépend des préférences et du parcours personnel de tout un chacun.

Un projet politique, par contre, doit être inclusif et présenter une vision globale de la société telle qu’elle est et telle que l’on voudrait qu’elle devienne. C’est précisément là que le bât blesse entre les militantes de QS et ceux et celles d’ON. Alors que ces deux partis partagent un éventail assez impressionnant de positions communes (la gratuité scolaire, Pharma-Québec, le mode de scrutin proportionnel, le refus du privé en santé, la maîtrise de nos ressources naturelles, etc.), un désaccord important persiste quant à la hiérarchisation de ces enjeux.

Pour plusieurs militantes d’ON, l’indépendance passe avant tout et est le prisme d’analyse déterminant de leur vision politique. À Québec solidaire, l’indépendance est bien présente également, mais elle ne trône pas au somme d’une pyramide de priorités, parce qu’une telle pyramide n’existe pas et ne devrait pas exister. Pour Québec solidaire, les cinq valeurs de base du parti, c’est-à-dire l’indépendance, la justice sociale, le féminisme, l’altermondialisme et l’environnement, sont toutes d’égale importance et se complètent. Est-il vraiment possible de sortir le Québec du pétrole sans l’ensemble des pouvoirs en matière d’environnement et de fiscalité ? La situation des femmes avancera-t-elle si on ne se préoccupe pas de redistribution de la richesse ? En d’autres mots, ces enjeux sont inter­dépendants et nécessitent une réponse globale dont une nouvelle répu­blique serait la pierre angulaire.

Mathieu Bock-Côté, qui a paradoxalement une bonne audience dans les cercles d’ON, faisait récemment la leçon aux indépendantistes de gauche en citant une liste d’anciens députés du PQ qui venaient du milieu syndical tels Robert Burns ou Guy Bisaillon. En référant à leurs différents positionnements idéologiques, Bock-Côté souligne qu’« ils savaient les hiérarchiser ». Drôle d’idée. Comme si décider de mettre en veilleuse sa vision progressiste de l’économie était un passage obligé de tout « vrai » souverainiste. Manifestement, on n’en demande pas tant à la droite, qui, sous le règne de Lucien Bouchard, a avancé à plein régime son programme de démantèlement de l’État. Deux poids, deux mesures ?

Cette confusion quant à la fausse hiérarchisation mène à d’étonnants raccourcis. Jean-Martin Aussant affirme publiquement que, contrairement à Québec solidaire, « Option nationale laisse aux Québécois la liberté de choisir entre la gauche et la droite.  » Encore heureux. S’il fallait que QS empêche les Québécoises de droite de voter ou de s’exprimer, nous aurions une nouvelle république, oui, mais elle aurait une forte odeur de banane.

Voici ce que je propose à mes amis d’Option nationale : ne reproduisez pas l’erreur du PQ ou du Parti vert en devenant le parti d’une seule cause. Sortez de cette fausse hiérarchie improductive. Elle divise plus qu’elle ne rassemble. Ce qui nous rassemble, par contre, c’est l’idée de faire un pays et d’en profiter pour améliorer la qualité de vie des gens qui y vivront.

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