Dossier : La gauche au Québec, entre la gauche et les urnes

Les syndicats et la politique

Jean-Marc Piotte

Les syndicats, depuis leur origine, se sont toujours occupés de politique. Ils ont dû se battre pour obtenir la reconnaissance légale de leur existence. Ils ont dû lutter pour que les travailleurs arrachent le droit de vote et d’éligibilité. Mais leur engagement politique a pris des formes différentes selon les périodes et les syndicats concernés.

En 1970, les comités d’action politique qui avaient essaimé dans divers quartiers de Montréal s’allient aux trois instances syndicales de Montréal (l’Alliance des professeurs et les structures régionales de la CSN et de la FTQ) pour former, sous la direction de Paul Cliche, le FRAP. Celui-ci serait devenu l’opposition officielle au conseil municipal si Jean Drapeau, utilisant la Crise d’octobre et l’occupation armée du Québec, ne l’avait pas identifié cyniquement au FLQ, le discréditant ainsi auprès des électeurs. En juin 1972, donc après la grève de mai de 300 000 travailleurs et travailleuses contre l’emprisonnement de dirigeants syndicaux dont les trois présidents des centrales, 30 000 ouvriers provenant surtout de la petite industrie quittent la CSN et fondent la CSD. Ils reprochent à la centrale sa politisation marquée par un manifeste marxisant et son refus d’obéir aux injonctions réclamant le respect de la loi 19 qui avait imposé en avril le retour au travail des 210 000 salariées des secteurs public et parapublic.

Dans les codes du travail prévalant en Amérique du Nord, le syndicat représente tous les travailleurs et travailleuses d’un même type d’emploi d’une entreprise s’il obtient l’adhésion de la majorité. Aussi, les syndicats, à quelque niveau de la structure syndicale, doivent tenir compte d’une façon ou d’une autre de la diversité des orientations politiques de leurs membres. Cette contrainte à la liberté d’action des syndicats demeure cependant relative.

L’appui électoral

Aux élections fédérales et provinciales, les trois centrales syndicales ont comme position minimale commune d’inviter leurs membres à exercer leur droit de vote, à s’impliquer dans les débats politiques et à y défendre les politiques de leur centrale. Mais cette position demeure un vœu pieux dans la mesure où aucune campagne n’est organisée pour la propager.

La FTQ se démarque cependant par un engagement politique plus déterminé. Membre de la CTC qui était, dans une perspective sociale-démocrate, organiquement liée au NPD et influencée par ses syndicats affiliés à l’AFL-CIO qui appuient traditionnellement le Parti démocrate, cette centrale a développé une tradition d’appui à un parti politique. La CSN et la CEQ, d’origine catholique, s’en sont abstenues de manière relative pour la première et ferme pour la seconde.

Après avoir appuyé pendant de nombreuses années le NPD au niveau fédéral, la FTQ a par la suite favorisé le Bloc québécois. Ainsi, lors des élections de mai 2011, son conseil général a appuyé celui-ci à l’unanimité ! Le conseil confédéral de la CSN a, pour sa part, invité ses membres à voter pour la candidate ou le candidat le plus en mesure d’empêcher l’élection d’un candidat conservateur. La CSQ a repris ses positions traditionnelles lors de toute élection : elle met en parallèle les programmes des partis ainsi que ses propres positions sans se prononcer sur celui à élire ou à défaire.

Lors des dernières élections provinciales (septembre 2012), le conseil général de la FTQ n’a pas, comme lors de certaines élections précédentes, appuyé le PQ, tandis que le conseil confédéral de la CSN a invité ses membres à voter pour le candidat ou la candidate qui a le plus de chance de battre le libéral ou le caquiste. Le Conseil central de Montréal métropolitain (CCMM-CSN) est allé plus loin : il demande à ses membres de voter pour les candidatures de Québec solidaire dans les circonscriptions où il n’y a pas de risques de favoriser une victoire de la CAQ ou du PLQ. Cet appui à QS s’étendra-t-il à d’autres instances syndicales ? Tout dépendra de l’implication des militantes de Québec solidaire dans les syndicats et de leur habileté d’y susciter des débats politiques.

Lors des dernières élections municipales, le CCMM-CSN n’a appuyé aucun parti politique, tandis que le Conseil régional Montréal métropolitain (CRMM-FTQ) a offert son soutien aux confrères syndicaux qui briguaient des postes de conseillers municipaux. Ces deux instances syndicales régionales font partie du Conseil intersyndical de Montréal métropolitain (CIMM), une coalition qui regroupe la plupart des syndicats de la grande région de Montréal. Dans cette période marquée par le dévoilement de la corruption des municipalités, le CIMM s’impliquera-t-il dans les prochaines élections ? Chaque syndicat local et chaque instance syndicale régionale du Québec resteront-ils cois lors des élections automnales ? Le temps presse. Les militantes et militants favorables à des pratiques démocratiques, transparentes et au service du bien public ne devraient-ils pas se coaliser et intervenir ?

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