Notes sur l’occupation

No 20 - été 2007

Éric Hazan

Notes sur l’occupation

lu par Christian Brouillard

Éric Hazan, Notes sur l’occupation. Naplouse, Kalkilyia, Hébron, Paris, La Fabrique, 2006

Oh Palestine !

« Celui qui m’a changé en exilé m’a changé en bombe... Palestine est devenue mille corps mouvants sillonnant les rues du monde, chantant le chant de la mort, car le nouveau Christ, descendu de sa croix, porta bâton et sortit de Palestine. » – Mahmoud Darwish

C’est un petit livre qui se présente sous des dehors très sobres avec un titre, à première vue, neutre : Notes sur l’occupation. En sous-titre, on peut lire trois repères géographiques : Naplouse, Kalkilyia et Hébron. On comprend alors qu’il s’agit d’un ouvrage qui traitera de la réalité vécue par le peuple palestinien en territoires occupés par Israël, plus précisément en Cisjordanie.

Éric Hazan, directeur des éditions La Fabrique, a séjourné en sol palestinien pendant les mois de mai et juin 2006, une période, écrit-il, considérée comme calme car l’on ne tuait chaque semaine seulement qu’une demi-douzaine de jeunes… Notant ses conversations et ses impressions au fil de son périple dans les rues, les marchés, les villages isolés, chez les familles de prisonniers ou les responsables politiques, l’auteur brosse un portrait pénétrant de la vie quotidienne du peuple palestinien qui doit affronter cette machine bureaucratico-militaire qu’on appelle dans les médias, d’une manière abstraite et passablement désincarnée, l’occupation israélienne. À lire ces notes, on constate que, via le quadrillage militaire avec son lot de vexations, de répressions et de meurtres et l’action des colons sionistes, il s’est mis en place un mécanisme de strangulation visant rien de moins qu’a chasser les Palestiniens de leurs terres.

On pouvait penser qu’après les accords d’Oslo, signés en 1993, la route de la paix dans cette région du Moyen Orient s’ouvrait enfin. Cependant, l’auteure et dissidente israélienne Tanya Reinhart (malheureusement décédée le 17 mars dernier) a bien montré dans son ouvrage Détruire la Palestine [1] que la notion de paix, pour la classe dirigeante israélienne, ne signifiait pas la même chose que pour le commun des mortels et renvoyait, dans les faits, à une mainmise accrue sur la société palestinienne. Cette mainmise et le morcellement du territoire s’est accéléré avec la construction du mur de la honte qui doit, « officiellement », séparer population israélienne et palestinienne. Dans les faits, il s’agit de rendre impossible la construction d’un État palestinien viable sur les territoires occupés. Éric Hazan relève, à la fin de son livre, que pour beaucoup de ses interlocuteurs palestiniens, l’idée d’un État indépendant est maintenant dépassée et qu’il faut songer à un État unique sur le sol de la Palestine historique. Idée utopique et peu représentative, rendue impossible par tout le sang qui a coulé ? Hazan le concède mais, et c’est là-dessus qu’il conclut, ce n’est pas la haine qui domine en Palestine mais un étonnement : « qu’avons nous fait pour qu’on nous traite de cette façon, comment pareille injustice peut-elle durer si longtemps, pourquoi le monde entier refuse-t-il de nous aider ? »

Ecouter une entrevue d’Éric Hazan à l’émission « Là-bas si j’y suis »


[1Tanya Reinhart, Détruire la Palestine, Montréal, Écosociété, 2003.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème