Un compromis arraché dans un champ de mines

No 25 - été 2008

L’entente de Doha sur le Liban

Un compromis arraché dans un champ de mines

par Luciano Benvenuto

Les pressions des États-Unis sur le gouvernement du premier ministre Fouad Sanioura ont fini par porter fruit. Le 6 mai dernier, Sanioura mit le feu aux poudres en ordonnant le démantèlement du réseau de communication du Hezbollah. Ce réseau très efficace de communication fermée – au point qu’Israël n’avait pu le pénétrer lors de ses revers militaires de l’été 2006 – était pourtant un élément stratégique concédé à la résistance du Hezbollah. Son démantèlement freinerait à coup sûr les moyens d’action du Hezbollah et nuirait grandement à sa sécurité.

C’est ainsi que pendant 21 jours à Beyrouth et dans plusieurs régions du pays, des rixes, des accrochages, puis des combats se sont succédés quotidiennement entre les forces de la « majorité gouvernementale » et les forces de « l’opposition » menées par le Hezbollah. Tout au long de ces combats qui ont fait tache d’huile, les esprits ont été survoltés par les déclarations incendiaires proférées par certains leaders politiques, tant de la majorité pro-occidentale que de l’opposition prosyrienne.

Cette manoeuvre politique de provocation du Hezbollah, dégénérant en guerre larvée, démontre bien l’efficacité sur le terrain de la stratégie d’exacerbation des clivages intra-islamiques pratiquée par Washington. Dans ce contexte et en connaissance de cause, on pourra toujours reprocher au chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, aussi légitime que soit sa volonté de défendre ses armes, d’être tombé dans ce piège de confrontation sunnite-chiite, et ce d’autant plus que les fondamentalistes sunnites (Al Qaëda et autres factions du genre – Fath alIslam –) sont désormais bien installées au Liban. Par contre, on doit être reconnaissant au Hezbollah d’avoir agi avec mesure, de ne pas avoir abusé de sa suprématie militaire sur les forces progouvernementales et d’avoir négocié de bonne foi le compromis de Doha. Même si les combats se sont arrêtés et que la tension s’est résorbée avec ce compromis signé par les forces politiques libanaises le 25 mai dernier, il y a hélas un engrenage de doutes et de suspicions qui s’est installé et qu’il s’avère impérieux d’enrayer.

***

Maintenant que le général Michel Sleimane a été unanimement élu à la présidence et que Fouad Sanioura a été renommé au poste de premier ministre, la mission qui incombe à ce nouveau gouvernement libanais est de réinstaurer rapidement un véritable dialogue national non seulement interconfessionnel, mais ouvert à toutes les autres forces politiques non confessionnelles et représentatives de la société civile libanaise.

Les décisions cruciales à prendre pour sortir de la crise actuelle concernent :

• l’instauration d’une nouvelle loi électorale non confessionnelle ;

• la création, selon l’Accord de Taëf, d’une Haute commission pour l’abolition du confessionnalisme ;

• une entente claire sur les liens entre le Hezbollah et l’armée libanaise ainsi que sur l’usage des armes ;

• une mise au point sur les relations syro-libanaises ;

• la restauration du Conseil économique et social afin d’étudier les mesures urgentes à prendre pour que le Liban puisse sortir de la crise.

Une entente minimale sur ces points constituerait le garde-fou essentiel pour maintenir un climat de paix et éviter le spectre d’une autre guerre civile. À défaut de quoi, le Liban risque de sombrer, une fois de plus, dans le chaos.

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