Dossier : Dix ans de zapatisme

Emiliano Zapata (1881-1919)

Au moment où le Mexique entre dans ce qui sera la première révolution sociale du XXe siècle, les habitants du petit village d’Anenecuilco, situé dans l’état du Morelos, accordent à Emiliano Zapata le mandat de protéger leurs terres. Les communautés entrent inévitablement en conflit avec les grands propriétaires, qui possèdent d’immenses plantations de canne à sucre. Zapata organise les paysans pauvres, les Indiens et les peones (travailleurs agricoles sans terre) dans l’Ejército libertador del Sur, véritable armée paysanne appelée à jouer un rôle fondamental dans la Révolution mexicaine.

Au cri de tierra y libertad, Zapata met de l’avant le Plan de Alaya, dans le but d’étendre au pays entier la réforme agraire radicale et la démocratie populaire déjà à l’œuvre dans son Morelos natal. Il fait alliance avec les petits éleveurs déshérités du Nord, regroupés dans la División del Norte commandée par le célèbre Pancho Villa. L’entrée triomphale de Zapata et de Villa dans la ville de Mexico scellera la fin de l’Ancien régime.

Pourtant, aucun des deux hommes ne se sent à l’aise dans la capitale : les intrigues et les rivalités des différentes factions se disputant le pouvoir ont tôt fait de les dégoûter. Dans ce que quelques-uns interpréteront comme un véritable geste libertaire de refus du pouvoir, et que d’autres assimileront à un manque de vision stratégique, les deux hommes se retirent dans leur zone d’influence respective avec leurs troupes : Villa au Nord, Zapata au Sud.

Des forces « révolutionnaires » moins radicales, les constitutionnalistes, profitent de l’occasion pour consolider leur pouvoir et concentrent leurs énergies contre les armées paysannes. Le 10 avril 1919, Zapata meurt dans une embuscade tendue par le président Carranza. Sa fin tragique marquera la naissance d’un système politique inédit, organisé autour du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui dominera la vie politique mexicaine jusqu’en 2000.

Emiliano Zapata figure en bonne place dans le panthéon de l’imaginaire mexicain, sous les traits d’un révolutionnaire trahi auquel on attribue un caractère quasi immortel. La revendication de la part des Indiens du Chiapas d’une filiation symbolique avec le révolutionnaire renvoie justement au mythe zapatiste d’une certaine continuité, bien résumée par le slogan Zapata vive.

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