Accueil du site > No 03 - janvier / février 2004 > Le virage à droite des élites politiques québécoises

Jacques B. Gélinas

Le virage à droite des élites politiques québécoises

lu par Alain Marcoux

Jacques B. Gélinas, Alain Marcoux

Jacques B. Gélinas, Le virage à droite des élites politiques québécoises, Écosociété, 2003.

Le dernier livre du sociologue et essayiste Jacques B. Gélinas, Le virage à droite des élites politiques québécoises, est une analyse menée avec force détails. L’ouvrage suit pas à pas le fil des événements qui ont mené l’ensemble de la classe politique québécoise à épouser, avec la foi aveugle des convertis, le credo du libre-échangisme.

Du « sommet irlandais » Reagan-Mulroney de 1985 à l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, Gélinas nous décrit l’évolution des intérêts et des positions de la classe politique et des représentants du patronat face au projet de libre-échange ainsi que le rôle décisif joué par quelques haut-fonctionnaires dans l’aboutissement des négociations.

L’essentiel de la contribution de l’auteur se situe dans le compte-rendu détaillé qu’il fait du ralliement du PQ à l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis.

La thèse du sociologue pose que « c’est le virage libre-échangiste de 1988 qui a insidieusement aiguillé le PQ sur la voie de la droite ». Une position à laquelle on adhère encore plus facilement lorsqu’on lit la description rigoureuse et exhaustive qu’il fait du virage néolibéral initié par le tandem Bouchard-Landry.

Il faut noter l’importance d’une telle contribution au débat politique et le courage – fort peu répandu chez les intellectuels québécois – d’oser s’attaquer avec rigueur à un sujet presque tabou.

Le livre de Gélinas a aussi le mérite d’ouvrir le débat sur certaines questions qui, si elles sont parfois laissées en suspens, n’en restent pas moins une invitation à réfléchir. Ainsi en est-il du rôle qu’a joué la question nationale dans l’appui empressé du PQ au projet de libre-échange.

À la question de savoir s’il est possible d’être social-démocrate et néolibéral, l’auteur répond «  qu’on peut être social-démocrate dans le discours et néolibéral dans la pratique, parfois sciemment, parfois inconsciemment, parfois même contre son gré… une fois pris dans l’engrenage ». Comment expliquer alors que le PQ, sous le règne de Bouchard-Landry, ait mis en œuvre une politique néolibérale de facto sans être un « vrai » parti néolibéral ?

Gélinas trace les contours d’une autre démocratie possible et s’emploie non seulement à critiquer les insuffisances de la démocratie représentative, mais propose aussi des pistes pour «  rompre avec une pensée conventionnelle qui considère la démocratie représentative comme un horizon indépassable  ». Pour lui, le pallier municipal constitue « un terrain privilégié d’apprentissage de la démocratie participative ».

Mais si on acquiesce à l’idée que la démocratie doit se construire à la base dans la proximité des mouvements d’origine populaire, on aurait aimé en connaître plus sur le relais politique à donner à ceux-ci. Par exemple, la gauche sociale devrait-elle prendre la voie de l’action politique partisane face au cul-de-sac néolibéral que représente le PQ ? Quel serait le rôle de ce parti et quelle relation devrait-il développer avec les mouvements sociaux ? Des questions ouvertes ! Mais n’est-ce pas la force d’un livre que de nous amener à les poser ?

P.-S.

Alain Marcoux

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