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La science et la fraude

La communauté scientifique aux prises avec ses tricheurs

par Antoine Casgrain

Antoine Casgrain

L’année 2005 a plongé la communauté scientifique dans l’embarras. Un scientifique sud-coréen, ayant affirmé avoir réussi à cloner un être humain, a été contraint d’avouer avoir falsifié ses résultats. Cet événement place la communauté scientifique devant une dure réalité : les cas de fraude et les rétractations sont de plus en plus courants.

Les travaux du docteur Hwang Woo-suk avaient été salués comme une avancée majeure dans le domaine du clonage. En 2004, la publication de ses résultats laissaient entendre qu’une technique pour créer un embryon humain cloné était sur le point d’être mise au point. Mai 2005 : Hwang affirmait dans la prestigieuse revue Science avoir fait des améliorations substantielles à sa technique et élaboré 11 lignées de cellules souches à partir d’embryons clonés. Après les doutes émis par ses propres collègues et les vaines tentatives d’autres scientifiques d’imiter la procédure, le canular a été mis au jour. Aujourd’hui, le docteur Hwang a été congédié par l’Université de Séoul qui l’employait et son laboratoire a été fermé [1].

Les péripéties du docteur Hwang sont l’exemple extrême de la malhonnêteté scientifique. Dans les laboratoires américains pourtant, les manquements à l’éthique et à l’intégrité scientifique, moins visibles mais tout aussi graves, seraient assez fréquents. Brian C. Martinson et son équipe ont mené une enquête sur les pratiques de 3 200 chercheures du domaine de la santé, dont les résultats troublants ont été publiés en juin 2005 dans la revue Nature [2]. Parmi les répondants, 10 % avouaient avoir dissimulé des détails concernant la méthodologie ou les résultats au cours des trois dernières années. De plus, 20 % des chercheurs à mi-carrière admettaient avoir changé le design, la méthodologie ou les résultats d’une recherche en réponse aux pressions d’un bailleur de fonds. En tout, 30 % des scientifiques sondés disaient avoir commis l’une ou l’autre des dix entraves graves à l’intégrité scientifique, identifiées par les auteurs de l’article.

Le texte de Martinson avance que l’environnement actuel de la recherche serait un facteur affectant l’honnêteté des scientifiques. Les chercheurs d’aujourd’hui vivent dans un milieu extrêmement compétitif. Les fonds pour la recherche sont souvent attribués selon des demandes sociales, des critères gestionnaires ou des intérêts privés extérieurs à la science. Depuis 2004, les investisseurs privés avaient afflué au centre de recherche du docteur Hwang, en retirant parfois leurs billes des laboratoires concurrents. Pas étonnant que les scientifiques prennent des raccourcis, la recherche prend l’allure d’une course folle aux résultats payants...

P.-S.

Antoine Casgrain

NOTES

[1] Courrier international, 5 janvier 2006.

[2] Brian C. Martinson, Melissa S. Anderson et Raymond de Vries, « Scientists behaving badly », Nature, Vol. 435, 9 juin 2005, p. 737.

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