Qu’est-ce qu’un certificat de sécurité ?

No 13 - février / mars 2006

Qu’est-ce qu’un certificat de sécurité ?

par Adil Charkaoui

Aux quatre victimes des certificats de culpabilité, servant de boucs émissaires et croupissant dans les geôles de la honte, dans l’indifférence des pairs et la couardise des frères.

*

Un certificat de sécurité,

C’est le droit d’être traité selon les normes du non-Droit,

C’est la Justice à deux vitesses,

C’est la préséance de l’ex-parte et du huis-clos,

C’est la Loi au service du Service [1] !

*

Un certificat de sécurité,

C’est le « pen », le « trou » et les « scrous »,

C’est la visite contact sans contact,

C’est la vitre qui sépare des êtres chers,

C’est le « deadlock [2] », la solitude et respirer la pourriture.

*

Un certificat de sécurité,

C’est être mineur à trente ans,

C’est le petit fonctionnaire constipé qui devient inquisiteur,

C’est l’inquisiteur imbu de lui-même ayant des airs de tortionnaire,

C’est la culpabilité d’être né ailleurs !

*

Un certificat de sécurité,

C’est Big brother à la maison,

C’est la télé-réalité sans coupure publicitaire,

C’est dehors dehors l’immigré,

C’est tais-toi et encaisse !

*

Un certificat de sécurité,

C’est tout ça mais pas seulement ça,

C’est Hassan et Mahjoub et leur grève de la faim,

C’est Sophie Harkat sans Harkat,

C’est Jaballah 1 et Jaballah 2 !

*

Un certificat de sécurité,

C’est cette mélancolique litanie d’un candidat à la torture,

C’est être musulman en pays chrétien,

C’est la bêtise humaine avec des allures de sagesse,

C’est moi aujourd’hui toi peut-être demain !


[1Terme désignant le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) dans les documents de la Cour fédérale.

[2Le pénitencier, le cachot, les gardes et l’enfermement dans le langage carcéral au Canada.

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