Hartmut Rosa
No fear of the dark. Une sociologie du heavy metal
Hartmut Rosa, No fear of the dark. Une sociologie du heavy metal, La Découverte, 2024, 208 pages.
Ce livre m’attire avec sa couverture ornée d’une photographie noir et blanc au grain rêche d’une musicienne de métal proche de la transe. Son titre évoquant l’absence de peur en présence des ténèbres. Enfin, ce sous-titre à l’association inhabituelle : « Une sociologie du heavy metal ». Hartmut Rosa, un sociologue et philosophe allemand, a déjà écrit Accélération (2013) et Résonnance (2018). Ce professeur et directeur du Max-Weber-Kolleg à Erfut se trouve non seulement à avoir joué de ce genre musical mais également à en être fan. Avec ce nouvel opus, il entend rejoindre un public élargi, voire des néophytes, en adoptant le ton de l’essai plutôt que de rendre compte de ses recherches pointues sur la notion de résonnance et les effets de la musique. Malgré une popularité souterraine importante, le métal n’a guère d’écho et d’intérêt de la part des médias dominants.
Le pari de l’ouvrage consiste à comprendre pourquoi on écoute du métal et qu’est-ce que cela fait à son auditoire. S’appuyant sur les paroles de nombreux groupes, le travail de musicologues, mais aussi de sociologues et de philosophes comme Theodor Adorno, Émile Durkhein ou Hegel, l’auteur tend à démontrer que le métal a quelque chose d’unique et de frontal, qui se frotte avec les aspects les plus sombres de l’existence, notamment l’autodestruction. Pour sublimer ces aspects ténébreux, l’auteur développe aussi sur un ton sérieux qui n’est pas dénué d’ironie les ramifications parfois contradictoires de ce genre musical. Plus encore, Hartmut Rosa creuse la question de l’ironie romantique dans le métal en citant la professeure en littérature Sandra Kerschbaumer. Une situation où « l’objet créé est pris dans un jeu de tensions entre vérité artistique et autoréférentialité, distance, commentaires permanents ; une chose peut à la fois être pensée et ne pas l’être ». Parfois agaçante ou insistante, cette analyse du métal a le mérite d’offrir des perspectives originales en lui reconnaissant la capacité de générer « une intense expérience corporelle et sensorielle (qui) embrasse la totalité de notre relation sensible au monde… ».





























































































































