Ensemble pour mettre en branle la transition écologique et sociale !

9 janvier 2026

États généraux de l’enseignement pour la transition écologique et sociale

Ensemble pour mettre en branle la transition écologique et sociale !

Isabelle Bouchard, Yannick Delbecque

Les États généraux de l’enseignement pour la transition écologique et sociale ont rassemblé plus de 250 personnes issues des syndicats de profs et de personnes étudiantes de l’enseignement supérieur du mercredi 7 janvier au samedi 10 janvier.

L’objectif de l’événement était de bien réfléchir aux brutales transformations de notre monde, de voir comment la transition socioécologique est plus nécessaire que jamais, et comment l’enseignement supérieur doit contribuer à la mettre en place. Ensemble, les participant.e.s souhaitent se « consacrer à la co-consttruction d’un plan d’action pour une transition écologique et sociale misant sur les forces conjointes du mouvement étudiant et du mouvement syndical. »

À l’heure où le gouvernement caquiste attaque la mission sociale du syndicalisme et nous détourne des urgences que sont la lutte aux changements climatiques et l’accès à du logement abordable, le mouvement syndical s’illustre une fois de plus par sa capacité d’analyse des enjeux sociopolitiques, dans un contexte solidaire et démocratique. On peut opposer cette efficacité syndicale au manque d’initiative de la Fédération des Cégeps et du ministère de l’Éducation qui ne proposent rien pour soutenir une véritable transition juste et équitable. À force de bombarder les personnes enseignantes de demandes de reddition de compte, on occulte un de leurs rôles essentiels, soit d’être aussi des agents de transformation sociale.

Les milieux syndicaux et étudiants se prennent donc en main pour faire un contrepoids à l’inaction des pouvoirs établis. Ces états généraux sont l’occasion de « permettre aux délégué-es de développer une compréhension commune des enjeux de la transition socioécologique en enseignement supérieur et de participer pleinement à cette réflexion collective sur les transformations à opérer en éducation. »

La préparation

L’équipe des États généraux, dont des membres des Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique [1]a d’abord offert un état des lieux sur la manière dont le système d’éducation aborde les enjeux socioécologiques depuis le primaire jusqu’à l’université. Les bonnes intentions du monde de l’éducation ne se sont pas transformées en réelles actions, conclut l’équipe. Le réseau de l’éducation ne s’est pas suffisamment adapté aux transformations sociales. 

L’équipe a présenté les résultats de consultations préparatoires aux États généraux faites cet automne qui ont révélé de profondes insatisfactions. Selon leur rapport :

« 87 % de celles et ceux qui ont répondu au sondage mené dans la phase consultative du projet considèrent en effet que la formation au niveau collégial prépare insuffisamment ou très insuffisamment les étudiant·es aux enjeux socioécologiques – une proportion qui est de 84 % concernant la formation universitaire ; 94 % des répondant·es pensent également que l’enseignement des enjeux socioécologiques devrait être obligatoire au niveau collégial, et 86 % pensent qu’il devrait l’être au niveau universitaire. »

La présentation d’ouverture, Les campus : entre contrôle et révolte, était donnée par deux personnes ayant participé activement au mouvement étudiant pour la justice climatique en 2019. Leurs témoignages montrent bien la position contradictoire dans laquelle se trouvent les personnes étudiantes : on multiplie les invitations à poser des gestes individuels « pour l’environnement », mais on réprime les mouvements de revendication collectives et politiques à ce sujet.

La manière de discuter

Les personnes participantes ont été invitées à suivre quelques règles de délibération qui favorisent un meilleur dialogue. Il devait y avoir alternance entre les interventions des personnes enseignantes et personnes étudiantes. Un code de vote en gestuel est fourni de sorte que si les trois quarts des personnes présentes se prononcent pour (par un geste de pouce en l’air), ou n’ont que des réserves mineures (exprimées par une main tendue), il y a consensus et la proposition est alors adoptée. Les personnes qui ne voudraient pas adopter une proposition auront la chance de s’expliquer et on tentera de la modifier pour tenir compte des critiques afin de la rendre acceptable pour toustes. De telles pratiques rappellent le fonctionnement par consensus adopté par le mouvement Occupy en 2011 et montrent la volonté de permettre à toustes de participer activement à la discussion.

Le contenu

Le but des États généraux est de faire entrer dans les classes les préoccupations environnementales. Pour y arriver, le groupe organisateur a présenté un programme en quatre axes.

Le premier traite des responsabilités de l’enseignement supérieur face à la crise socioécologique. On cherche à déterminer quel type d’éducation il faut concevoir, et pour quel type de transition. Le sondage administré par l’équipe a révélé qu’une majorité des personnes répondantes (profs et étudiantes) estime que le système d’éducation québécois contribue à la crise socioécologique en formant les personnes surtout pour exercer un travail, mais très peu pour participer à la vie civile. Iels estiment aussi que la promotion d’un modèle individualiste et compétitif de la réussite participe autant à la crise écologique.

Le deuxième axe aborde la « gouvernance éducative. » Il s’agit là d’évaluer les normes et les valeurs dans le système d’éducation. Le premier problème souligné est son caractère compétitif et son esprit de « formatage » des cerveaux, ce qui demeure peu compatible avec les principes d’une transition juste. Assisterons-nous à l’adoption d’une proposition pour enfin abolir la cote R (une méthode pour mesurer la performance étudiante dans les cégeps) ? Faut-il transformer le mode de gouvernance du système d’éducation qui ne tient presque jamais compte de la parole étudiante et enseignante ?

Les discussions et le plan d’action adopté ont tenu compte du besoin d’écologisation des programmes et des pratiques pédagogiques. C’est dans ce cadre que les participantes et participants se sont demandé quelles compétences faut-il prioriser. Le sondage préliminaire révèle que le développement de l’esprit critique semble faire consensus. Par contre, l’analyse systémique est priorisée chez les enseignants alors que les étudiant.es privilégient la collaboration et l’entraide. Les besoins d’écologisation des programmes impliquent aussi le rapport avec des expériences pédagogiques plus organiques telles que l’éducation en plein air ou le bénévolat crédité dans un parcours scolaire. Ce qui implique notamment de considérer le rôle des institutions comme « laboratoire vivant » d’une transition juste et sociale.

Le troisième axe lie la justice environnementale et les pratiques anticoloniales en enseignement supérieur, ce qui donne l’occasion de réfléchir sur la place des premières nations dans le cursus académique. Comment décoloniser nos cours et nos programmes ? De quels exemples peut-on s’inspirer ?

Le dernier axe concerne les « objectifs stratégiques et leviers d’action ». C’est le moment où les États généraux doivent prioriser les objectifs à mettre en œuvre. Il semble important de bien définir les connaissances nécessaires pour orienter la transition socioécologique, puis de formuler des politiques publiques à adopter, allant dans ce sens.

Les suites

Le seul fait que les mouvements étudiants et syndicaux de nos cégeps et universités se penchent sur les défis environnementaux est en soit une belle avancée. Au sortir de ces États généraux, des groupes de travail seront constitués pour mettre en œuvre les objectifs communs retenus. Cela permet d’espérer que ces bonnes idées auront une vie et une réelle influence après l’évènement.


[1Organisation parasyndicale créée en 2021 à l’initiative de travailleur·ses désirant soutenir une mobilisation des syndicats locaux pour la justice climatique. Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique est né dans le secteur de l’éducation compte aujourd’hui parmi ses membres 27 syndicats de l’enseignement supérieur.
https://justiceclimatique.org/

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