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Un ministre impertinent

11 décembre 2015, Ricardo Peñafiel

Le 10 décembre 2015, Le Devoir titrait « Martin Coiteux juge la grève impertinente », paraphrasant les propos exacts du président du Conseil du trésor qui qualifiait de « non pertinente » la journée de grève du 9 décembre, du Front commun et de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Pourtant, en affirmant cela il se montre lui-même « impertinent », dans un autre sens du terme, défini par le Larousse comme : « Attitude de quelqu’un qui cherche à choquer par la liberté, le caractère déplacé, l’insolence de ses manières, de ses paroles, de ses actes ».

En effet, comment prétendre, sans insolence, que la négociation des conventions collectives des secteurs public et parapublic serait « sur le point d’être réglée » alors que le gouvernement campe sur la proposition insultante d’une hausse salariale de 3% sur cinq ans, sous prétexte qu’il n’aurait « pas beaucoup de marge de manœuvre », en fonction d’une austérité qu’il s’impose lui-même, bien qu’il refuse de la nommer ?

Le gouvernement a une immense marge de manœuvre : dix milliards ($) de solutions, comme l’affirme le Document sur les solutions fiscales de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Seulement, en se privant volontairement de revenus provenant des taxes et impôts des plus riches et en s’imposant lui-même l’objectif d’atteindre de manière accélérée l’équilibre budgétaire, le gouvernement crée une fausse impasse en fonction de laquelle il affirme cyniquement ne pas pouvoir offrir d’avantage que ce que lui permettrait le « cadre budgétaire établi dans l’intérêt de l’ensemble des citoyens du Québec ».

Pourtant, quand vient le temps de sauver une multinationale qui a pris de mauvaises décisions d’affaire, on trouve 1,3 milliards de dollars sans problème, qu’on offre sans conditions et à hauts risques. Lorsque les médecins spécialistes demandent un rattrapage salarial et exercent des moyens de pression à la limite de la légalité, ils obtiennent des hausses de salaire équivalent à 68% entre 2008 et 2014 ; grâce aux talents de négociateur, il faut bien le souligner, d’un certain Gaétan Barrette, qui aujourd’hui, devenu ministre de la santé, ne cherche pas à restreindre les dépassements de coûts de la rémunération des médecins qui, selon le Rapport de la Vérificatrice générale du 27 novembre 2015, ont été de 416 millions plus élevés de ce qui était initialement prévu au cours des 5 dernières années.

L’austérité ou la rigueur budgétaire n’est pas aussi rigoureuse pour les uns que pour les autres. Car si Bombardier et les médecins, tout comme le Conseil du Patronat ou les Chambres de commerce, etc., ont des moyens pour se faire entendre ailleurs que dans la rue, les salariés et les citoyens ordinaires, eux, n’ont que la grève et le nombre pour faire comprendre au gouvernement libéral que « l’intérêt de l’ensemble des citoyens du Québec », n’est pas de se priver de services, de s’appauvrir et de comprimer l’économie en faisant payer les salarié-e-s pour les avantages consentis aux entreprises et aux plus riches.

P.-S.

Photo : FSSS-CSN

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