S’opposer à l’idéologie réactionnaire

19 janvier 2026

S’opposer à l’idéologie réactionnaire

Michel Dorais

L’idéologie réactionnaire occupe de plus en plus d’espace, au Québec et ailleurs, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les grands médias ou dans la politique.

Elle se reconnaît à 4 caractéristiques complémentaires :

L’attachement acharné à une tradition idéalisée, comme si le racisme, le sexisme, la misogynie, l’homophobie ou la transphobie, par exemple, constituaient un héritage à préserver…

Une farouche opposition aux idées et aux mesures progressistes, tout particulièrement lorsqu’elles concernent des minorités (sexuelles et de genre, ethniques, religieuses, culturelles, etc.).

Une vision alarmiste du présent et du futur si on ne retourne pas rapidement à la tradition la plus conservatrice qui soit.

Une propagande active en faveur du maintien des privilèges, des rapports de pouvoir et de domination qui ont prévalus par le passé (et qui se poursuivent dans le présent).

Les cibles favorites du mouvement réactionnaire sont les personnes, groupes et populations les plus démunies de pouvoir, sur tous les plans, à qui on reproche notamment leur sens critique et leur combattivité pour être davantage reconnues, soutenues et respectées. L’internationale réactionnaire pourrait être décrite comme une opposition massive des dominants à tout ce qui limite leurs privilèges et leur pouvoir. Pas étonnant que ses leaders soient majoritairement, à l’instar de Trump, des suprématismes masculinistes blancs.

L’idéologie réactionnaire se déploie actuellement autour de quelques thèmes, principalement :

L’égalité entre les sexes et entre les genres dans toute leur diversité. Ainsi, un discours masculiniste profondément antiféministe et une mouvance TERF (trans exclusion radical feminists) font paradoxalement alliance pour défendre des définitions et représentations binaires et traditionnelles des sexes (et des genres, quand ils ou elles croient en ce concept).

L’égalité et la réciprocité citoyennes. Le suprématisme nationaliste blanc fait des personnes non-blanches, en particulier celles issues de l’immigration, des citoyens et citoyennes de seconde zone, dont il conviendrait de se méfier, de restreindre les droits et libertés, ou d’exclure.

La liberté académique. Les réactionnaires entendent notamment favoriser la colonisation des esprits via une éducation excluant les notions de diversité, d’équité et d’inclusion sociale. Ce discours compte sur la complicité de certains médias et politiciens complaisants face à l’intolérance, très peu critiques face aux idées complotistes démonisant tout ce qui est désigné comme woke.

L’idéologie réactionnaire refuse de reconnaître la diversité humaine et le pluralisme. Elle s’en prend sans relâche aux minorités (ethniques, religieuses, sexuelles et de genre, etc.), cherchant à les invisibiliser, à restreindre ou à supprimer leurs droits, à les culpabiliser pour la marginalisation voire l’ostracisme qu’elles subissent. Les réactionnaires dénoncent les acquis des minorités comme étant déraisonnables (ou wokes, ce qui revient au même à leurs yeux). Leurs propres privilèges ne sont évidemment jamais questionnés : ils sont considérés comme normaux, éternels et légitimes.

L’idéologie réactionnaire entretient une culture du ressentiment afin de diviser la population en deux camps : les bons versus les méchants, les normaux versus les anormaux, les blancs versus les non-blancs, les citoyens se disant de souche versus les immigrants, etc. Des personnes socialement et économiquement parmi les plus privilégiées se présentent comme les victimes de minorités qui auraient gagné trop de visibilité et de droits.

La droite réactionnaire privilégie les opinions personnelles, faisant passer son dogmatisme ou son ignorance pour des évidences, dénonçant tout enseignement et toute connaissance scientifique contredisant ses mensonges, refusant d’entendre les experts en mesure de contester ses propos alarmistes. Son appel au gros bon sens est plus souvent qu’autrement un appel aux préjugés.

On reconnaît souvent les tenants de l’idéologie réactionnaire à leur manque d’introspection, d’écoute, d’empathie et de compassion, à leur absence de sens de l’humour (ils vivent en permanence en mode catastrophe, animés par la peur et la rage de voir leur monde s’écrouler), à leur ego démesuré, à leur déficit de sens critique et de curiosité intellectuelle. En politique, de tels personnages sont à fuir. Ils obéissent uniquement à leurs propres émotions et perceptions, refusant à tout prix d’être contrariés, fût-ce par des faits avérés. Résultat : des décisions politiques prises sur le feeling du moment et basées sur des opinions personnelles. Cela mène dans le meilleur des cas au chaos, dans le pire des cas à la crise, ce dont toute la collectivité souffre, tôt ou tard.

Provoquer des crises, c’est toutefois une façon pour la droite de vous amener à regretter l’époque où il y en avait moins, vous dit-on, et à voter pour un retour de 50 ans et plus en arrière. C’est pourquoi vigilance et solidarité humaine sont si essentielles actuellement. En commençant par reconnaître, nommer et dénoncer les problèmes, en proposant ensuite une autre vision du monde. Si vous ne vous opposez pas à l’Idéologie réactionnaire, elle vous avalera.

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