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Petit retour personnel sur le Forum Social Mondial 2013

4 avril 2013, Philippe de Grosbois

Je voulais faire un modeste bilan de ma visite au Forum Social Mondial. Je le ferai encore plus modeste que prévu pour m’assurer de le publier plus rapidement.

De mes dernières journées d’ateliers, deux activités m’ont particulièrement intéressé. Il s’agit de deux ateliers où la situation en Europe occupait une place centrale. Il faut dire que je m’intéresse à la contestation des mesures d’austérité que plusieurs pays européens subissent (j’ai d’ailleurs déjà écrit au sujet du Portugal). Je retiens surtout deux éléments encourageants de ces ateliers :

- d’abord, la tenue d’un AlterSommet à Athènes en juin prochain. Pour ce que j’en comprends, il s’agit d’une initiative semblable à un Forum Social (convergence de mouvements sociaux), à la différence qu’on cherche à aboutir à une plate-forme commune de revendications et à un plan d’action plus unifié. L’idée est de concerter les divers mouvements nationaux qui luttent contre l’austérité en Europe et de réfléchir aux alliances stratégiques possibles avec les différents partis politiques de "vraie" gauche (par opposition à la gauche dite social-libérale, qui retourne sa veste quelques mois après avoir été élue… ça vous dit quelque chose ?).

- ensuite, des mobilisations bien excitantes en Grèce. J’ai pu assister à une présentation d’une députée de Syriza (parti grec semblable à Québec Solidaire, à la différence que Syriza est deuxième dans les sondages et pourrait très bien prendre le pouvoir aux prochaines élections). L’intervention était passionnante, non seulement pour la description de la situation catastrophique de la Grèce, mais aussi - et cela est moins connu - pour la présentation d’un mouvement vraiment inspirant qui prend forme à travers la Grèce.

En résumé, il s’agit d’un réseau autogéré de cliniques, d’épiceries sociales, de cuisines collectives, de monnaies alternatives, d’espaces culturels populaires, qui s’implante en réponse à la crise et au saccage économique du pays. On peut lire sur ce mouvement en téléchargeant leur document pdf de présentation. Les idées qu’on y trouve compensent largement pour le français parfois approximatif. Je le recommande particulièrement aux personnes actives dans les Assemblées populaires et autonomes de quartier : l’avenir est par là !

En conclusion

Comme l’a dit Immanuel Wallerstein à l’un des ateliers auxquels j’ai assisté, le fait que le Forum Social Mondial ait eu lieu à Tunis est en soi un accomplissement. À l’évidence, deux ans après la Révolution, la Tunisie se cherche (120 partis politiques créés dans les deux dernières années !) et avance par tâtonnements. Mais Tunisiens et Tunisiennes ont au moins gagné une grande liberté de parole : il faut entendre résonner une version en arabe de l’Internationale et la chanson Hasta Siempre Comandante sur l’avenue Bourguiba pour s’en convaincre (vous avez déjà entendu l’Internationale sur la rue Ste-Catherine, vous ?).

Il s’agissait de ma première participation à un Forum Social Mondial. J’ai bien sûr apprécié les ateliers, les rencontres, les informations et les contacts que j’ai pu y faire. Le Forum est un joyeux bordel, un grand buffet de la contestation. Mais c’est surtout ma visite à Tunis dans un tel contexte qui m’a le plus apporté. Le Forum Social Mondial a représenté une occasion d’aller à la rencontre d’une région que nous connaissons finalement bien peu, avec ses luttes, ses contradictions, ses impasses et ses enseignements. J’ose croire que la venue de dizaines de milliers de militant.e.s. leur a également été bénéfique, non seulement pour le soutien, mais pour des idées et des pistes de réflexion pour poursuivre une révolution détournée et inachevée.

Reconnaissons-le, nous nous cherchons aussi, en Occident. Nous connaissons de forts mouvements de révolte, mais il n’est pas facile d’obtenir des gains concrets et le ressac se fait parfois féroce. Je suis de plus en plus convaincu qu’entre la situation politique des pays arabes et celle des pays occidentaux, les différences sont moins importantes que les similitudes. Comme cette photo l’illustre, les militant.e.s tunisien.ne.s inscrivent sans hésitation leur lutte dans les soulèvements mondiaux des dernières années. On dirait que nous sommes celles et ceux qui hésitons à s’identifier à leurs batailles. Plus d’une décennie de « lutte au terrorisme » et d’islamophobie a creusé des fossés dont nous ne soupçonnons pas toujours l’ampleur, y compris à gauche. J’ai déjà écrit là-dessus , j’espère pouvoir y revenir prochainement. En attendant, je suis rentré à Montréal avec davantage de questions que de réponses, mais satisfait de cette première incursion dans un nouvel univers politique.

PS. J’ai mis quelques photos en ligne sur cette page.

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