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L’Égypte, 2 ans plus tard

28 janvier 2013, Philippe de Grosbois

Vendredi dernier, 25 janvier, c’était le deuxième anniversaire des manifestations égyptiennes de 2011, qui mèneraient ultimement à la chute d’Hosni Mubarak. Vous le savez peut-être, les Égyptien.ne.s protestent à nouveau depuis quelques jours, au point l’état d’urgence a été décrété par le successeur de Mubarak, Mohamed Morsi, dans 3 régions du pays.

Sans avoir fouillé assidûment la couverture médiatique québécoise et radio-canadienne de la situation en Égypte depuis deux ans, il me semble que celle-ci se contente plus souvent qu’autrement d’un cadre d’analyse plutôt compatible avec la théorie du choc des civilisations de Samuel Huntington : d’un côté, l’Occident libre, démocratique, laïc et évolué, de l’autre, les pays arabo-musulmans, arriérés et aveuglés par l’islamisme politique. Le printemps arabe aurait dû bousculer ce cadre, en montrant, comme l’expliquent Slavoj Žižek et Tariq Ramadan dans cette entrevue à Al Jazeera en février 2011, que les revendications des insurgé.e.s Égyptien.ne.s sont universelles. Un slogan central de la Révolution égyptienne n’était-il pas "Pain, liberté et justice sociale" ?

Hélas, on se contente souvent d’un regard un peu infantilisant sur ces pauvres arabes qui font de gros efforts pour se donner des moeurs démocratiques, mais qui ont de la difficulté à y parvenir, parce qu’empêtré.e.s dans leur Islam politique. Bref, on sort rarement de la diade Modernité / Islam.

Je suis loin d’être spécialiste de la question, mais quelque chose me dit que nous négligeons des aspects importants des luttes actuelles en Égypte et dans d’autres pays arabes, et que si nous y prêtions davantage d’attention, nous réaliserions sans doute que leurs luttes, sous certains aspects, sont plutôt semblables aux nôtres.

Des exemples ?

* Dans son ouvrage Why it’s kicking off everywhere, Paul Mason évoque les privatisations à la sauce néolibérale accomplies par Mubarak. Celles-ci étaient soutenues par le FMI, de même que par Tony Blair et Sylvio Berlusconi. Il raconte aussi qu’une part importante de l’opposition à Mubarak, particulièrement à partir de février, était de nature ouvrière. Dans certaines villes, des travailleurs et travailleuses outrepassaient leurs syndicats "d’État", formant leurs propres associations et déclenchant des grèves, et parfois même des occupations auto-gestionnaires de leurs milieux de travail ;

* Plus récemment, Rachel Shabi, dans une analyse datant du mois dernier, montre que la contestation à laquelle fait face Morsi est davantage due à ses mesures d’austérité qu’à son islamisme ;

* Sharif Adbel Kouddous, dans un entretien téléphonique diffusé vendredi dernier à Democracy Now, montre lui aussi la complexité de la situation actuelle, au-delà de la question de l’islamisme de Morsi et de ses partisan.e.s (les reportages de Kouddous, d’une grande qualité, valent toujours le coup pour avoir l’heure juste sur la situation égyptienne).

En terminant, je m’en voudrais de ne pas vous référer à une campagne de financement ayant actuellement cours sur Kickstarter. La réalisatrice de l’excellent documentaire Control Room cherche à amasser des fonds pour un documentaire dans lesquels nous suivons plusieurs participant.e.s aux manifestations de la place Tahrir, il y a deux ans. Allez voir la bande-annonce, ça promet ! Et si vous le pouvez, aidez-là à financer son film.

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