Idle No More et Lysiane Gagnon

17 février 2013

Idle No More et Lysiane Gagnon

Les Amérindiens du Canada se retrouvent en prison dans une proportion aussi forte que celle des Noirs aux États-Unis. Les Amérindiens et les Inuits sont au bas de l’échelle sociale canadienne. Comment expliquer cette pauvreté, cette misère et cette délinquance massive ? Les racistes vont attribuer cette situation à des tares génétiques. Je pense plutôt qu’elle relève de facteurs historiques et sociaux.

Il ne faut pas mettre tous les autochtones dans le même sac. Les Inuits ne sont pas des Amérindiens et ceux-ci se considèrent aussi différents de ceux-là que les Québécois des Canadiens. Il y a également des différences importantes d’une communauté autochtone à une autre.

De plus, il ne faut pas, comme la droite, refuser d’examiner ce qui contredit notre vision du monde. L’homogénéité perçue de ces communautés masque les clivages existant au sein des nations autochtones entre groupes sociaux et entre hommes et femmes. Certaines nations jouissent de traités ou de conventions dues aux ressources hydroélectriques ou minières présentes sur leur territoire. Certains autochtones sont des entrepreneurs aguerris, même si la majorité de leur communauté demeure sans travail. On trouve des leaders démocratiques et d’autres qui abusent des pouvoirs qui leur sont accordés en vertu de la Loi sur les Indiens. Dans la société québécoise ou canadienne, sur le plan des inégalités sociales, ce n’est guère si différent. La politique fédérale auprès des communautés autochtones profite trop souvent à des chefs et à leurs proches, à certains dirigeants d’entreprises qui font des affaires avec ces communautés et aux quelques Blancs qui y œuvrent, laissant trop souvent des miettes aux autres, dont les enfants et les femmes.

Les chroniqueurs de droite ont insisté sur le fait qu’un certain nombre de dirigeants autochtones ont des revenus faramineux. Ainsi, madame Theresa Spence recevrait, avec son conjoint Clayton Kennedy, un montant annuel de 250,000 $ libres d’impôt. Les médias ont fait de cette chef l’égérie du mouvement Idle No More et ce dernier a profité de cette couverture pour se faire reconnaître.

Deux raisons expliqueraient l’indulgence que semblent manifester les autochtones face aux revenus gargantuesques de certains de leurs dirigeants. D’une part, leur vie quotidienne dépend des chefs qu’ils ont élus. D’autre part, les Amérindiens et les Inuits opposent leur nous aux Blancs qui les ont expropriés, colonisés, dominés et ségrégationnés. Cette différence historique et actuelle entre eux et nous transcende actuellement tous les clivages les traversant.

La droite propose des solutions aux problèmes autochtones. Examinons celles de Lysiane Gagnon, ce chantre des grands de ce monde.

Les solutions de Madame Gagnon

Elle ne propose pas leur assimilation. Elle ne préconise pas de recréer les pensionnats autochtones où les enfants ont été retirés de leurs familles et enfermés dans des établissements. Elle ne suggère pas, au nom de notre civilisation supérieure, de répéter cette enfermement où ils ont été battus et parfois abusés sexuellement. Toutefois, elle affirme avec toute la conviction dont elle est capable que la majorité des pensionnés autochtones ont bénéficié de cet exil loin de leurs familles et de leur enfermement (13 février)…

Elle remet en question la propriété collective des maisons autochtones où les locataires, dépendant du Conseil de bande pour leur entretien et leur rénovation, ne s’en sentent pas responsables. Ce jugement est corroboré par l’expérience des pays socialistes comme Cuba : les habitations appartenant à l’État, les occupants ne s’échinaient pas pour les entretenir et les rénover. Elle propose la privatisation des maisons. Je favorise cette solution, tout en maintenant la propriété collective des terres. L’idéal, pour les Amérindiens, les Inuits et tous les Canadiens, serait la transformation de tous les locataires en propriétaires. Mais nous en sommes évidemment très loin.

Les familles ont beaucoup d’enfants. Les femmes autochtones n’en font pas plus que dans le passé. Mais, grâce aux soins médicaux, les bébés survivent alors que plusieurs mouraient jadis en bas âge. La chroniqueuse ne nous dit pas comment loger ces milliers d’enfants, ni ne propose une campagne de planification des naissances. Elle ne répond donc pas, ni à court, ni à long terme, au problème fondamental de la surpopulation des habitations amérindiennes et inuites.

Il faut fermer, déclare-t-elle, les réserves éloignées des centres urbains et transposer leurs communautés près de ceux-ci où elles bénéficieraient de « vastes programmes d’éducation et de formation professionnelle » et d’offres d’emploi (15 janvier). Pourtant, une politique semblable a été appliquée en Gaspésie (1969-1972) où on a vidé, suite aux recommandations du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ), des villages entiers et transplanté leurs habitants à Matane où ils se sont retrouvés dans des HLM, plus isolés que jamais. Un peuple autochtone exilé de son territoire ancestral vivrait mieux près d’une population blanche qui le ségrégationnerait ? Comment croire en une telle baliverne ?

La fermeture de ces réserves ne signerait pas, affirme-t-elle, la mort des cultures autochtones. Elle avance, comme preuve, les noms d’écrivains et d’artistes amérindiens reconnus habitant des villes. Beaucoup d’artistes dans le monde se sont expatriés et ont réalisé leur œuvre à l’étranger. Dans quelle mesure leurs créations influent-elles sur la culture des peuples qu’ils ont quittés ? La moindre notion d’anthropologie montre que la culture d’un peuple est irréductible à celle de ses artistes. On peut admirer ceux-ci et regretter cette irréductibilité. Mais il faut être une fieffée élitiste pour identifier la culture d’un peuple à celle de ses artistes et proposer l’exil de celui-là sous le prétexte de l’exil volontaire de certains de ceux-ci.

J’appuie le mouvement social Idle No More initié par quatre femmes, deux Amérindiennes et deux Canadiennes. Sous des objectifs non précisés, il remet en question, non seulement les politiques gouvernementales, mais également, de façon souterraine, celles des chefs autochtones. Matthew Coon Come, grand chef du Grand Conseil des Cris, l’a sans doute compris, en critiquant ce mouvement démocratique et incontrôlé. Les solutions à la dépendance et à la misère autochtones ne sont pas simples. Mais elles devront impérativement tenir compte des femmes et des jeunes qui rejettent le statu quo.

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