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Jean Laberge, un enseignant qui conteste le droit à l’éducation

Critique de Jean LABERGE, Le Devoir à l’éducation, Montréal, Accent Grave, 2012.
18 janvier 2013, François Doyon

Jean Laberge, enseignant en philosophie au cégep du Vieux-Montréal, n’a jamais caché, dans ses interventions publiques, son opposition au mouvement étudiant. Ne voyant pas dans la marchandisation de l’éducation et l’endettement étudiant un véritable problème, il est en faveur d’une hausse importante des frais de scolarité. Sur sa page Facebook, il répond à ceux qui critiquent le capitalisme que sans ce système économique, nous serions dans la misère.

Il n’est donc pas étonnant de le voir publier une plaquette arborant un gros carré vert sur sa page frontispice, Le devoir à l’éducation. Un pamphlet à l’argumentation aussi médiocre que le ton de son auteur est méprisant.

Sans parler de la mise en page bâclée (on voit tout de suite que l’éditeur néglige l’étape de la lecture d’épreuve en consultant la table des matières), cette tentative d’élaborer des arguments philosophiques pour justifier la cause des carrés verts échoue lamentablement.

L’ouvrage tente de défendre la thèse selon laquelle l’éducation est devoir plutôt qu’un droit et que par conséquent revendiquer le droit à l’éducation est une aberration. Ceux qui veulent aller à l’école n’ont pas le droit de demander la gratuité scolaire, ils doivent se taire, travailler et s’endetter pour se payer l’université. Comme on peut facilement le constater avec un minimum de logique et de bonne foi, Laberge ne fait que jouer sur les mots. Le devoir de s’éduquer ne s’oppose pas au droit à l’éducation. Il est inutile de défendre l’existence du devoir de s’éduquer. Mais si nous devons nous éduquer, nous sommes ipso facto en droit d’exiger que l’éducation soit accessible. Or, c’est justement ce que revendique le mouvement étudiant.

Laberge prend aussi tout un chapitre pour montrer que s’il s’oppose au mouvement étudiant, c’est parce que le grand Platon lui-même serait d’accord avec la loi 12. On voit difficilement le lien entre la prémisse et la conclusion, mais outre cela, affirmer que Platon serait en accord avec une loi consacrant la primauté des intérêts individuels sur les droits collectifs, relève au mieux du délire, au pire de l’ignorance. Comment l’autorité d’un penseur vivant à une époque où la notion d’individu n’était pas développée et dont les tendances communistes sont manifestes pourrait-elle servir de caution à la loi 12, qui est un pur produit de l’individualisme libéral ? Un peu de respect pour les morts, monsieur Laberge, ne faites pas dire n’importe quoi à Platon : il ne peut pas se défendre et recracher les mots que vous lui mettez dans la bouche.

Au dernier chapitre, Laberge défend vigoureusement la thèse selon laquelle les enseignants comme lui ne devraient pas prendre position en ce qui concerne le débat sur la hausse des frais de scolarité et respecter leur devoir de réserve. Il me semble que c’est une bien contradictoire façon de conclure un ouvrage qui s’acharne à prendre position contre le mouvement étudiant et à cracher sur la plus belle mobilisation de la jeunesse qu’il m’a jamais été donné de voir. Poussant la contradiction jusqu’au ridicule, Laberge fait la promotion de son livre sur son site web d’enseignant.

Bref un livre qui se veut iconoclaste, mais qui ne fait que s’effondrer sur lui-même, à l’image du discours de tous ceux qui n’ont pas d’autres arguments que l’égoïsme et l’opportunisme.

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