Cher Stephen

25 janvier 2015

Cher Stephen

Texte lu au Cabaret politique - 2015 : Bye bye Harper, organisé par la coalition Pas de démocratie sans voix.

Cher Stephen,

Je ne pensais jamais t’écrire une lettre un jour

Mais cette soirée en ton honneur m’en donne l’occasion inattendue

J’avoue que tu as tellement fait de dommage depuis que tu es au pouvoir

Tu t’es tellement empêtré là où il ne faut pas

Que je ne sais plus par quoi commencer

Je suis désolé de te le dire, Steven,

Mais chaque fois qu’arrive un problème

Tu choisis toujours la pire solution pour le régler

La pire !

Et si encore tu te morfondais, tu montrais du regret

Ne serait-ce qu’une fois

C’est ce qui m’effraie le plus de toi Stephen

Ta totale insensibilité, ta parfaite insensibilité

Tellement que j’ai l’impression que si on te coupait le bras

Ce ne serait pas du sang qu’on verrait couler

Mais c’est des fils qui apparaîtraient

Tu as l’air d’un robot, Stephen, je ne peux rien y faire

Un robot efficace, bien programmé,

Mais un robot tout de même.

*

Enfin, ce que je veux te dire plus spécifiquement

C’est que je suis dans une organisation qui s’occupe de la finance

Non, Stephen, pas pour faire de l’argent, pas pour faire beaucoup d’argent

Tu auras de la difficulté à comprendre

Mais nous combattons la finance, sa cupidité, ses magouilles, son manque d’empathie, sa puissance

Enfin

Au fait, tu ne me connais pas, mais tu peux facilement t’informer à mon sujet

Tu n’as qu’à demander à ta police

Et fouiller dans ses dossiers

Section Activistes,

Facile à trouver, tout juste à côté de la section Terroristes

Tu sauras tout sur moi…

*

L’économie, c’est ta force, nous dit ta légende

C’est ainsi que tu voudrais qu’on se souvienne de toi

Comme quelqu’un qui a bien su gérer l’économie

Mais là comme ailleurs, fidèle à toi-même

Et sans vouloir te faire de peine

Tu as toujours pris les pires décisions

*

Alors que tu a coupé des budgets un peu partout,

Dans les programmes sociaux, chez les fonctionnaires

Et surtout chez les gens qui ne pensent pas comme toi

Tu as signé toutes sortes d’accords avec des paradis fiscaux

Des beaux paradis fiscaux dans les Caraïbes, avec de belles plages

Avec la belle Suisse montagneuse

Pour que l’argent des riches sorte à pleine porte du pays

Pour que les riches ne fassent pas comme tout le monde ici dans la salle

C’est-à-dire payer une juste part d’impôts

Pour que le Canada et le Québec puissent vivre

*

Tu as réduit à pas grand chose l’impôt des entreprises

Pour transformer notre pays en ce qui commence à ressembler à un paradis fiscal

« C’est pour que les entreprises investissent avec l’argent économisé »

Nous as-tu fait accroire

Toi et elles, vous êtes morts de rire

Pourquoi investir, se donner tout ce trouble

Alors qu’on peut se faire bien plus de fric

Sans se fatiguer

Sans compte à rendre

Sans que les profits ne redescendent à l’ensemble de la population

En allant spéculer sur les marchés financiers ?

*

Une autre de tes fumisteries, Stephen

C’est de dire que le Canada a bien traversé la dernière crise économique

Grâce à toi, à ton gouvernement

Et à notre système bancaire règlementé

Ce que tu ne dis à personne

C’est que ce système bancaire, tu voulais justement le dérèglementer

C’était dans ton programme, dans tes intentions

Dans ta foi la plus profonde

En cohérence avec tout ce que tu crois

Mais tu n’as pas eu le temps, la crise est arrivée trop vite

Et maintenant, tu te vantes

Tu te vantes de ce que tu n’as jamais voulu faire

Et que tu as été forcé d’accepter

Au point de trahir ta foi au libre marché

*

Autre miroir aux alouettes, l’une de tes plus belles cartes

Preuve de tes compétences économiques

Les accords de libre-échange que tu signes à qui mieux mieux

Avec des pays qui ne respectent pas les droits de la personne

Avec des monstres économiques dix fois plus gros que nous

Peu importe

Je signe donc je suis, vite, vite

Sans consulter personne, après avoir négocié en secret

C’est pour notre bien à tous, dis-tu

Faites-moi confiance

*

Mais en les regardant, ces accords de libre-échange, en les lisant attentivement

Ce que tu ne veux surtout pas que nous fassions

On découvre des choses pas très belles

Qu’on se fait carrément avoir

Que tu hausses le coût des médicaments

Détruit notre agriculture artisanale

Favorise la privatisation de nos services publics

Ouvre nos marchés publics à de grosses multinationales étrangères

Et surtout, tu donnes aux entreprises le pouvoir de poursuivre ton propre gouvernement

Si jamais une loi ne leur convient pas

Tu as trouvé le moyen de t’empêcher de gouverner pour la population

Au cas où l’idée t’en viendrait

Toi et aussi tous ceux qui te suivront

Tu es fier de ça ?

*

Tu fais de la musique Stephen

D’ailleurs, je crois que toi et moi, c’est vraiment la seule chose qu’on a en commun

Oui, oui, je t’ai entendu

On t’as donc programmé pour ça

On n’arrête pas le progrès

Tu as même chanté Imagine de John Lennon

(Au fait, as-tu vraiment porté attention aux paroles ? Les as-tu entendues ?)

Je ne te veux pas de mal, Stephen, malgré tout ce que tu as fait

J’ai même des projets pour toi

Pourquoi ne deviendrais-tu pas musicien, chanteur

Quelque part dans un bar ou un hôtel à Calgary

Avec ton talent…

Je n’irai pas t’entendre, c’est un peu loin

Et surtout, on t’a déjà assez vu comme ça

Mais écoute-moi bien

Parce qu’on en a assez de toi

Et qu’on souhaite de tout cœur ta défaite électorale

Parce que ça prendra des années à reconstruire brique par brique

Si on y parvient

Tout ce que tu as détruit en si peu de temps

Musicien, c’est un beau métier

Pense-z-y bien, Stephen

Et tant qu’à y être

Pourquoi pas le devenir… tout de suite ?

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