Dossier : Repenser l’alimentation

Présentation du dossier du no 64

Repenser l’alimentation

Normand Baillargeon

La nourriture occupe une place centrale dans nos vies, et pas seulement parce qu’il nous faut nous alimenter pour vivre. Manger rythme littéralement nos existences et nos divers repas sont autant de rituels avec leurs codes, leurs lieux, leurs usages ; on marque par eux chacun des jours, mais on souligne aussi des fêtes et des évènements, tristes ou heureux.

La nourriture occupe une place centrale dans nos vies, et pas seulement parce qu’il nous faut nous alimenter pour vivre. Manger rythme littéralement nos existences et nos divers repas sont autant de rituels avec leurs codes, leurs lieux, leurs usages ; on marque par eux chacun des jours, mais on souligne aussi des fêtes et des évènements, tristes ou heureux.

Le sujet nous intéresse tant que les livres de cuisine trônent souvent au sommet des palmarès des ventes et que certains chefs sont de véritables vedettes, parfois à la tête de mini-empires. Le sujet est cependant loin d’être frivole : notre santé dépend en partie de ce que nous mangeons (et buvons !), de la manière dont nous le faisons et donc des choix que nous faisons à ce propos, choix qui devraient être informés.

Mais le sujet a aussi une immense importance politique et économique. Nous consacrons en effet une part substantielle de notre budget à la nourriture et à sa préparation, et il en va de même pour nos économies, tant à l’échelle nationale qu’internationale. on estime qu’après le pétrole, ce sont les récoltes et les animaux qui constituent la marchandise la plus échangée dans le monde. Ces activités occuperaient même le tiers des travailleurs et travailleuses de la planète !

Éthique et politique

Dès lors, on devine sans mal les immenses enjeux politiques qui se dessinent là. Par exemple, et pour ne nommer que ceux-là : libre-échange, protectionnisme, rôle de ces entreprises commerciales parfois gigantesques dans la chaîne alimentaire, pollution, pertinence ou non de la consommation locale.

Nourriture et alimentation posent également des enjeux éthiques. Que peut-on, que devrait-on manger ? rappelons simplement qu’on tue chaque année pour la consommation humaine quelque 50 milliards d’animaux terrestres et 90 milliards d’animaux marins. La vie de ces animaux avant leur mise à mort par l’industrie est bien documentée. Elle fait frémir...
De plus, la nourriture produite est, hélas, scandaleusement gaspillée. on a estimé au Canada en 2014 à plus de 31 milliards $ la valeur de la nourriture gaspillée – et ce montant pourrait tripler si on devait inclure les ressources nécessaires à sa production et distribution, en eau et en énergie notamment [1]. Parallèlement, bien des gens ne mangeraient pas à leur faim sans le secours des banques alimentaires.

On le voit, les enjeux de toutes sortes que soulève le simple fait de manger sont innombrables et profonds. Il est étonnant, dans ces conditions, que ce fascinant objet – la nourriture, l’alimentation – ait si longtemps été négligé. C’est peut-être en partie parce qu’on le rattachait surtout à la sphère privée, celle des femmes, et qu’on était alors aveugle aux nombreux enjeux que cette catégorisation cachait.

Quoi qu’il en soit, les choses ont beaucoup changé depuis quatre ou cinq décennies et la nourriture est désormais un légitime et passionnant objet de recherche pluridisciplinaire. Même les philosophes s’y sont mis et À bâbord ! s’y met à son tour, en espérant que vous trouverez ici de quoi alimenter votre réflexion.

Food for thought, comme on dit dans la langue du Barde...


[1VCM International, « “$27 Billion” Revisited. The Cost of Canada’s Annual Food Waste », 10 décembre 2014. Disponible en ligne.

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