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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Ce que Gaza nous r&#233;v&#232;le de l'occupation isra&#233;lienne</title>
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		<dc:creator>Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !</dc:creator>


		<dc:subject>Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour la plupart des grands m&#233;dias occidentaux, la cause est entendue : en mettant un terme &#224; la tr&#232;ve sign&#233;e en juin dernier, le Hamas aurait &#233;t&#233; le principal instigateur de la guerre qui a afflig&#233; les populations de Gaza, enclave palestinienne que l'expansionnisme isra&#233;lien r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de d&#233;nuement absolu. Pour d'autres, le facteur explicatif se trouverait dans le contexte isra&#233;lien caract&#233;ris&#233; par les &#233;lections pr&#233;vues pour f&#233;vrier : les diff&#233;rentes factions isra&#233;liennes feraient de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Collectif-de-la-revue-A-babord-+" rel="tag"&gt;Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour la plupart des grands m&#233;dias occidentaux, la cause est entendue : en mettant un terme &#224; la tr&#232;ve sign&#233;e en juin dernier, le Hamas aurait &#233;t&#233; le principal instigateur de la guerre qui a afflig&#233; les populations de Gaza, enclave palestinienne que l'expansionnisme isra&#233;lien r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de d&#233;nuement absolu. Pour d'autres, le facteur explicatif se trouverait dans le contexte isra&#233;lien caract&#233;ris&#233; par les &#233;lections pr&#233;vues pour f&#233;vrier : les diff&#233;rentes factions isra&#233;liennes feraient de la surench&#232;re guerri&#232;re, en agitant le spectre de l'ins&#233;curit&#233; relativement aux roquettes du Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, les causes de cette guerre sont plus profondes et rel&#232;vent d'abord de la logique colonialiste caract&#233;risant ce conflit. Si Isra&#235;l a su apporter &#224; une majorit&#233; de ses citoyens la d&#233;mocratie politique et une r&#233;ussite &#233;conomique et culturelle (gr&#226;ce aussi &#224; une aide &#233;tats-unienne massive), il a institu&#233; sur les diff&#233;rents territoires qu'il domine une forme d'&lt;i&gt;apartheid&lt;/i&gt; : enfermement des populations domin&#233;es, contr&#244;le de leurs ressources mat&#233;rielles, destruction progressive de leurs &#233;tablissements et violence meurtri&#232;re contre leurs actions de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la nation palestinienne est un fait irr&#233;ductible et le droit &#224; un &#201;tat palestinien est inali&#233;nable. Malgr&#233; les divisions, la nation palestinienne ne peut se prot&#233;ger qu'en r&#233;sistant et en entretenant l'espoir de sa r&#233;unification. Et pour instaurer une paix juste et durable, il faut mettre fin &#224; l'occupation isra&#233;lienne et respecter les droits fondamentaux du peuple palestinien reconnus par les Nations unies &#224; travers une s&#233;rie de r&#233;solutions ignor&#233;es par Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne r&#233;p&#232;tera jamais assez que les roquettes du Hamas sont tributaires du si&#232;ge isra&#233;lien et de deux ans de famine. Les m&#233;dicaments et les aliments de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; r&#233;pondant aux besoins essentiels de la population palestinienne n'entrent qu'au compte-gouttes. Les agences onusiennes charg&#233;es d'acheminer l'aide &#233;trang&#232;re &#8211; au demeurant fortement r&#233;duite &#8211; ont &#233;t&#233; &#233;trangl&#233;es par le blocus isra&#233;lien. Ce sont donc des camps de concentration que nous d&#233;crivent les t&#233;moignages locaux et il ne faut pas alors s'&#233;tonner de la disponibilit&#233; de ces populations pour les solutions les plus radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveuglement caract&#233;rise l'approche des grandes puissances mondiales face &#224; cette situation. Cette myopie est &#224; l'origine des condamnations du gouvernement du Hamas au lendemain de son &#233;lection. Faut-il rappeler que toutes les entraves faites aux tentatives de l'Autorit&#233; palestinienne pour r&#233;aliser les conditions d'une paix juste sont davantage responsables de la radicalisation des &#233;lecteurs palestiniens que les d&#233;rives et les erreurs internes des diverses tendances palestiniennes ? Il est injuste de punir le peuple palestinien sous le pr&#233;texte de sanctionner le Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons notre pr&#233;f&#233;rence pour des courants id&#233;ologiquement proches de nous, tout en respectant les choix des &#233;lecteurs palestiniens. Il faut encourager le d&#233;bat public au sein du peuple palestinien et refuser cette vision occidentale qui d&#233;cr&#232;te que les peuples &#171; arabes &#187; ne sont pas dignes de la d&#233;mocratie (seraient-ils des sous-hommes, selon l'expression antis&#233;mite nazie &lt;i&gt;Untenmensch&lt;/i&gt; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut imp&#233;rativement reprendre les slogans de la soci&#233;t&#233; civile qu&#233;b&#233;coise en faveur de la &#171; paix &#187;, de la lev&#233;e du blocus contre les populations de Gaza et du respect des principes fondamentaux du droit international en mati&#232;re humanitaire. Il faut aussi d&#233;noncer la l&#226;chet&#233; de notre classe politique qui apporte, par la voix de Lawrence Cannon, un soutien inconditionnel &#224; l'&#201;tat isra&#233;lien. Il faut d'ailleurs remarquer que rien ne laisse pr&#233;sager que le chef de l'opposition lib&#233;rale, Michael Ignatieff &#8211; dont on conna&#238;t les positions, exprim&#233;es en 2003, en faveur de l'invasion de l'Irak et les justifications philosophiques de l'usage de la torture &#8211; se d&#233;marquera de la politique conservatrice actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces dirigeants sans jugement et sans m&#233;moire, n'est-il pas justifi&#233; de s'indigner ? De les rappeler &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; la justice ? Il faut pour cela que l'opinion internationale et les Nations unies fassent conna&#238;tre leur r&#233;probation et adoptent les sanctions requises contre Isra&#235;l. Il faut que le peuple palestinien, toujours frustr&#233; de ses sacrifices et de sa patience, voit son droit &#224; l'existence reconnu dans les faits. Il faut qu'en Isra&#235;l m&#234;me, les forces de paix et de r&#233;conciliation, qui r&#233;sistent &#224; l'engrenage mortif&#232;re et refusent d'&#234;tre complices de l'imp&#233;rialisme et du terrorisme d'&#201;tat, reprennent courage et se manifestent. Il faut que leurs efforts soient assur&#233;s de la solidarit&#233;, de l'admiration et du soutien des d&#233;mocrates du monde entier. Toute neutralit&#233; serait coupable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le Collectif de la revue &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Une crise annonc&#233;e</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-crise-annoncee</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:30:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Gill</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Gill, Louis </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'origine de la crise actuelle, on le sait, se trouve dans les d&#233;faillances massives des pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; haut risque consentis &#224; grande &#233;chelle aux &#201;tats-Unis &#224; des acheteurs de maison non solvables. Mais elle puise ses racines profondes dans l'hyperd&#233;veloppement d'un capital volatil d&#233;tach&#233; de l'investissement dans la production, libre de se d&#233;placer dans l'espace plan&#233;taire en fonction des seuls besoins de sa valorisation. Le coup d'envoi de ce d&#233;veloppement, puissamment stimul&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton847.gif?1642092276' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;566&#034; height=&#034;377&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'origine de la crise actuelle, on le sait, se trouve dans les d&#233;faillances massives des pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; haut risque consentis &#224; grande &#233;chelle aux &#201;tats-Unis &#224; des acheteurs de maison non solvables. Mais elle puise ses racines profondes dans l'hyperd&#233;veloppement d'un capital volatil d&#233;tach&#233; de l'investissement dans la production, libre de se d&#233;placer dans l'espace plan&#233;taire en fonction des seuls besoins de sa valorisation. Le coup d'envoi de ce d&#233;veloppement, puissamment stimul&#233; depuis 1980 par la lib&#233;ralisation et la d&#233;r&#233;glementation n&#233;olib&#233;rales, a &#233;t&#233; donn&#233; par l'effondrement en 1971 du syst&#232;me des taux de change fixes entre les monnaies mis en place &#224; Bretton Woods en 1944 et la naissance des anc&#234;tres des complexes produits d&#233;riv&#233;s* d'aujourd'hui que furent les premiers contrats de couverture (&lt;i&gt;hedge&lt;/i&gt;) sur les devises devenues fluctuantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;conomie mondiale domin&#233;e par la finance est le lieu naturel du d&#233;ploiement du capital fictif, de la sp&#233;culation, de la recherche par des moyens douteux du rendement maximum &#224; court terme, de la manipulation et de la fraude. De 5,2 % en 1980, la part du secteur financier dans la capitalisation boursi&#232;re a atteint 23,5 % en 2007 aux &#201;tats-Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Economist, 16 octobre 2008.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'&#233;chelle mondiale, la valeur des produits d&#233;riv&#233;s* de toute sorte atteignait &#224; la m&#234;me date pr&#232;s de 10 fois le Produit int&#233;rieur brut mondial. Cela d&#233;montre que la majeure partie du capital se trouve investie dans des op&#233;rations qui ont peu &#224; voir avec l'&#233;conomie r&#233;elle, des op&#233;rations dont la valeur fluctue au gr&#233; des mouvements sp&#233;culatifs* et dont le montant est propuls&#233; &#224; des sommets par des effets de levier donnant lieu &#224; un endettement de l'ordre de plus de 30 fois le capital propre des &#233;tablissements de cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte g&#233;n&#233;ral, la crise actuelle a &#233;t&#233; engendr&#233;e par les moyens m&#234;mes qui avaient &#233;t&#233; favoris&#233;s pour tirer l'&#233;conomie des &#201;tats-Unis de la l&#233;thargie cons&#233;cutive au d&#233;gonflement de la &#171; bulle technologique &#187; en 2001 et 2002 : taux d'int&#233;r&#234;t exceptionnellement bas, acc&#232;s facile &#224; la propri&#233;t&#233; sans &#233;gard aux moyens financiers des acheteurs et refinancement des hypoth&#232;ques sous la forme de marges de cr&#233;dit hypoth&#233;caires destin&#233;es &#224; accro&#238;tre la consommation courante. La formule a fonctionn&#233; tant que les prix immobiliers se sont maintenus et que les taux d'int&#233;r&#234;t sont rest&#233;s bas. Mais les prix ont d&#233;gringol&#233; &#224; partir de 2006, de sorte que la valeur marchande des maisons a chut&#233; sous la valeur du montant de l'emprunt &#224; renouveler et les taux d'int&#233;r&#234;t ont augment&#233; consid&#233;rablement : le taux directeur de la Banque centrale des &#201;tats-Unis, qui &#233;tait de l'ordre de 1 % de 2004 &#224; 2006, &#233;tait port&#233; &#224; 5,25 % en 2006. D'o&#249; un tr&#232;s grand nombre de d&#233;faillances qui ont entra&#238;n&#233; aux &#201;tats-Unis l'an&#233;antissement de milliers de milliards de dollars de valeur, la perte de leur maison pour des millions de m&#233;nages et l'&#233;viction d'une multitude de locataires &#224; la suite de la faillite de leurs propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dessous de la crise financi&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise immobili&#232;re s'est d&#232;s lors transform&#233;e en crise financi&#232;re. De son &#233;picentre aux &#201;tats-Unis, elle s'est rapidement propag&#233;e dans le monde entier par le biais d'une opaque architecture financi&#232;re fond&#233;e sur une surexposition au risque, du fait que les pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; haut risque avaient &#233;t&#233; massivement regroup&#233;s par tranches avec d'autres cr&#233;ances (cr&#233;ances sur cartes de cr&#233;dit, pr&#234;t-bail automobile, pr&#234;ts accord&#233;s aux entreprises et aux commer&#231;ants, pr&#234;ts personnels) au sein de nouveaux titres, de court terme, &#171; adoss&#233;s &#187; &#224; ces actifs (ou &#171; garantis &#187; par eux). Le march&#233; sur lequel se transigent ces cr&#233;ances s'est &#233;croul&#233; &#224; partir de 2007 en raison des nombreuses d&#233;faillances des pr&#234;ts hypoth&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adossement de titres &#224; des actifs est l'une des multiples facettes de la titrisation* g&#233;n&#233;ralis&#233;e, technique vue comme une g&#233;niale innovation des cr&#233;ateurs de montages financiers, suppos&#233;e garantir le syst&#232;me financier contre le risque dans un syst&#232;me qui rend opaque la composition des produits synth&#233;tiques qui en r&#233;sultent. Ces titres ont connu une croissance fulgurante, passant de 400 &#224; 2 500 milliards de dollars de 1995 au d&#233;but de 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont devenus de plus en plus complexes avec la cr&#233;ation de &#171; titres d&#233;riv&#233;s de titres &#187; (&lt;i&gt;collateralized debt obligations&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire de regroupements d'amalgames de titres divers, r&#233;sultats d'un double processus de titrisation dont l'opacit&#233; a largement contribu&#233; &#224; pr&#233;cipiter les difficult&#233;s qui se sont manifest&#233;es &#224; partir de l'&#233;t&#233; 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se prot&#233;ger des risques, les d&#233;tenteurs de titres ont recouru &#224; ce nouvel instrument que sont les &#171; titres de garantie contre le d&#233;faut de paiement des emprunteurs &#187;, ou &lt;i&gt;credit default swaps&lt;/i&gt;, en particulier, pour les banques des &#201;tats-Unis, aupr&#232;s de ce g&#233;ant de l'assurance qu'est l'American International Group (AIG). D'un montant presque nul en 2001, les &lt;i&gt;credit default swaps&lt;/i&gt; ont connu une croissance ph&#233;nom&#233;nale pour atteindre le montant de 60 000 milliards de dollars en 2007&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'instruments de couverture du risque, ils sont devenus des instruments de sp&#233;culation. Pour ce qui est de la qualit&#233; de la couverture contre le risque, on peut en juger &#224; partir de la monumentale faillite de l'American International Group en septembre 2008 et de son sauvetage par sa nationalisation effective (acquisition de 80 % de son capital par le gouvernement des &#201;tats-Unis contre l'apport de 150 milliards de dollars de fonds).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tendue garantie contre le risque que la titrisation &#233;tait cens&#233;e apporter &#233;tait fictive comme l'a d&#233;montr&#233; le d&#233;clenchement de la crise &#224; l'&#233;t&#233; 2007. Craignant un risque de d&#233;faillance des pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; haut risque, les d&#233;tenteurs mondiaux de titres adoss&#233;s &#224; des actifs, dont les d&#233;tenteurs de papier commercial* (billets de tr&#233;sorerie &#224; tr&#232;s court terme) &#233;mis par des soci&#233;t&#233;s financi&#232;res, se sont de plus en plus abstenus de les renouveler &#224; l'&#233;ch&#233;ance. La situation s'est aggrav&#233;e en raison de la d&#233;cision de certains &#233;metteurs de geler leurs titres, refusant de les racheter &#224; l'&#233;ch&#233;ance, faute de liquidit&#233;s pour ce faire parce qu'incapables de trouver de nouveaux acheteurs. La crise de liquidit&#233;s ainsi cr&#233;&#233;e a &#233;t&#233; amplifi&#233;e par la m&#233;fiance des banques, h&#233;sitantes &#224; se pr&#234;ter les unes aux autres et conservant leurs liquidit&#233;s de peur d'en manquer. S'en est suivi un ass&#232;chement complet du cr&#233;dit interbancaire qui constituait une menace directe sur l'&#233;conomie r&#233;elle en raison de l'&#233;puisement des possibilit&#233;s de cr&#233;dit offertes aux entreprises et aux consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un sauvetage aux frais de la collectivit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Atterr&#233;s par une marche &#224; l'effondrement de l'&#233;conomie mondiale qu'ils ont provoqu&#233;e par leurs politiques, les chefs d'&#201;tat et de gouvernement et les dirigeants des organismes internationaux ont multipli&#233; les d&#233;clarations quant &#224; la gravit&#233; de la situation. Certains ont parl&#233; d'une n&#233;cessaire refondation du capitalisme mondial, d'un &#171; nouveau Bretton Woods &#187;, etc. Mais ils ont manifest&#233; une profonde r&#233;ticence &#224; l'&#233;gard d'une action concert&#233;e en faveur de transformations r&#233;elles. La r&#233;union des pays du G-20 qui a eu lieu &#224; Washington le 15 novembre a accouch&#233; d'une souris et report&#233; toute d&#233;cision &#224; un nouveau rendez-vous en avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, on a vu se d&#233;ployer &#224; travers le monde un engagement commun spontan&#233; des gouvernements et des banques centrales en faveur de mesures d'urgence destin&#233;es &#224; rescaper leurs syst&#232;mes financiers nationaux, comme le rachat de titres toxiques, la nationalisation des banques, la cr&#233;ation d'&#233;normes quantit&#233;s de liquidit&#233;s par les banques centrales et la baisse des taux d'int&#233;r&#234;t. Aux &#201;tats-Unis, les sommes engouffr&#233;es dans les op&#233;rations de sauvetage du seul secteur financier ont &#233;t&#233; de 8 400 milliards de dollars de d&#233;cembre 2007 &#224; la fin de novembre 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Desjardins, &#201;tudes &#233;conomiques, 28 novembre 2008.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un montant &#233;quivalant &#224; la moiti&#233; du Produit int&#233;rieur brut. Ces montants gigantesques, financ&#233;s par l'argent des contribuables et par un accroissement substantiel de la dette publique, ont &#233;t&#233; sans effet sur les march&#233;s boursiers qui ont continu&#233; &#224; piquer du nez pour retrouver, &#224; la fin de novembre 2008, les niveaux d'avant 2003, alors que la crise financi&#232;re et boursi&#232;re se propageait &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle d&#233;sormais plong&#233;e dans une s&#233;v&#232;re r&#233;cession mondiale. Pour combattre cette r&#233;cession, la plupart des gouvernements ont annonc&#233; des plans expansionnistes de r&#233;duction de taxes et de travaux publics. Ils ont aussi &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; accorder des subventions aux entreprises priv&#233;es chancelantes des secteurs industriels n&#233;vralgiques, comme l'industrie automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jurant hier encore que par le march&#233;, ils sont intervenus massivement &#224; coup de milliards de dollars de fonds publics pour acqu&#233;rir, sur une base temporaire et sans revendiquer de droit de regard sur leurs d&#233;cisions, une partie du capital de grandes banques, de compagnies d'assurance et d'autres &#233;tablissements priv&#233;s, le temps d'en assurer le sauvetage aux frais de la collectivit&#233; et de jeter les bases d'un retour int&#233;gral &#224; l'initiative priv&#233;e rentable, par cons&#233;quent &#224; l'anarchie qui en est le fondement et aux crises &#224; venir qui ne pourront qu'en d&#233;couler. Ils invoquent pour ce faire l'argument du &#171; &lt;i&gt;too big to fail&lt;/i&gt; &#187; (expression consacr&#233;e du jargon financier anglophone qui signifie &#171; trop gros pour faire faillite &#187;) et agitent l'&#233;pouvantail des risques encore plus grands pour l'&#233;conomie et l'emploi qui r&#233;sulteraient d'un refus des pouvoirs publics d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une n&#233;cessaire prise en main par l'&#201;tat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si ces interventions de l'&#201;tat n'ont rien de la &#171; socialisation &#187; que certains ont voulu y voir, elles mettent clairement en &#233;vidence l'impasse &#224; laquelle le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e m&#232;ne lorsqu'il est livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, et l'obligation qui s'impose &#224; lui de chercher la voie de sortie de cette impasse &#224; l'ext&#233;rieur de ses propres cadres, c'est-&#224;-dire &#224; l'ext&#233;rieur du cadre de l'initiative priv&#233;e en faisant appel &#224; l'&#201;tat. La crise actuelle met &#233;minemment en relief les limites de ce syst&#232;me, l'incompatibilit&#233;, comme le disait Marx, entre la taille de plus en plus grande, c'est-&#224;-dire de plus en plus sociale, des moyens de production et le caract&#232;re de plus en plus priv&#233; et concentr&#233; de leur propri&#233;t&#233;. Une incompatibilit&#233; qui d&#233;signe la n&#233;cessit&#233; de leur prise en main par la collectivit&#233; et de leur planification d&#233;mocratique en tant que biens publics dot&#233;s d'une mission de service public, mais qui pointe aussi du doigt, dramatiquement, le degr&#233; actuel de d&#233;culturation politique produite par 30 ans de n&#233;olib&#233;ralisme et d'impr&#233;paration de la population travailleuse appel&#233;e &#224; relever ce d&#233;fi. D'o&#249; l'urgence de s'atteler &#224; la t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller de l'avant, il faut d'abord prendre conscience de ce qu'une entreprise priv&#233;e qui serait jug&#233;e &#171; &lt;i&gt;too big to fail&lt;/i&gt; &#187; et dont la survie reposerait sur le soutien de l'&#201;tat devrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#171; &lt;i&gt;too big to remain private&lt;/i&gt; &#187;, trop grosse pour demeurer propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sous gestion priv&#233;e et source de profits priv&#233;s. La politique minimale qui d&#233;coule de ce corollaire devrait &#234;tre le refus de tout octroi de fonds publics qui ne s'accompagnerait pas d'une prise de possession au moins partielle sinon compl&#232;te par l'&#201;tat, sur une base permanente et avec un contr&#244;le d&#233;terminant de la gestion des &#233;tablissements au secours desquels il se porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique radicale ? On en mesure au contraire la mod&#233;ration lorsqu'on constate que, r&#233;cemment, le tr&#232;s conservateur &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dition du 21 novembre 2008.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; &#233;voquer l'&#233;ventuelle n&#233;cessaire reprise en main par l'&#201;tat des grandes banques rescap&#233;es par les fonds publics qui continueraient &#224; refuser de jouer leur r&#244;le social de dispensatrices de cr&#233;dit &#224; la population en destinant &#224; d'autres usages l'argent mis &#224; leur disposition. Nul doute que la propri&#233;t&#233; publique des grandes banques et des &#233;tablissements de cr&#233;dit garantirait l'exercice de cette fonction sociale qui est la leur, mais elle bannirait par ailleurs la sp&#233;culation, la fraude et les ind&#233;centes r&#233;mun&#233;rations des dirigeants qui gangr&#232;nent le syst&#232;me, et constituerait ainsi un rempart contre de nouvelles crises financi&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://ababord.org/spip.php?article844" class="spip_out"&gt;Lexique financier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt;, 16 octobre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Desjardins, &lt;i&gt;&#201;tudes &#233;conomiques&lt;/i&gt;, 28 novembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;dition du 21 novembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Louis Gill&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une crise peut en cacher une autre</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-crise-peut-en-cacher-une-autre</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:28:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ga&#233;tan Breton</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Breton, Ga&#233;tan </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;clenchement officiel de la crise financi&#232;re, car, croit-on, elle est diff&#233;rente d'une crise &#233;conomique, les m&#233;dias nous ont appris qu'il existe une &#233;conomie virtuelle et une &#233;conomie r&#233;elle. Dans la premi&#232;re on a des crises financi&#232;res et dans la seconde, des crises &#233;conomiques. En fait, les deux &#233;conomies se retrouvent en crise &#224; ce moment-ci. &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;conomie virtuelle &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomie virtuelle n'est pas marginale. Elle a un volume 30 fois plus important que l'&#233;conomie r&#233;elle. Cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Economie-et-finances-publiques-+" rel="tag"&gt;Economie et finances publiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Breton-Gaetan-+" rel="tag"&gt;Breton, Ga&#233;tan &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton846.gif?1642092276' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;566&#034; height=&#034;900&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;clenchement officiel de la crise financi&#232;re, car, croit-on, elle est diff&#233;rente d'une crise &#233;conomique, les m&#233;dias nous ont appris qu'il existe une &#233;conomie virtuelle et une &#233;conomie r&#233;elle. Dans la premi&#232;re on a des crises financi&#232;res et dans la seconde, des crises &#233;conomiques. En fait, les deux &#233;conomies se retrouvent en crise &#224; ce moment-ci.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;conomie virtuelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie virtuelle n'est pas marginale. Elle a un volume 30 fois plus important que l'&#233;conomie r&#233;elle. Cette &#233;conomie virtuelle est pourtant parasitaire de l'&#233;conomie r&#233;elle. Une transaction internationale dans l'&#233;conomie r&#233;elle, un achat de biens et de services par exemple, g&#233;n&#232;re une cinquantaine de transactions sur les march&#233;s des changes et des produits d&#233;riv&#233;s. Cette &#233;conomie est essentiellement sp&#233;culative puisqu'elle tente de faire des gains en pr&#233;disant la valeur future de la monnaie. Tous ceux qui se paient au passage augmentent &#233;norm&#233;ment les prix des biens r&#233;els. De fait, c'est maintenant la puce qui porte le chien. Cette &#233;conomie est importante dans le d&#233;clenchement de la crise, mais celle-ci commence dans l'&#233;conomie r&#233;elle. Le lien entre les deux se situant, notamment, au niveau des grands pr&#234;teurs hypoth&#233;caires. En transformant leurs hypoth&#232;ques en titres sur le march&#233;, ils ont finalement pr&#234;t&#233; plusieurs fois le m&#234;me argent. Ils ont aussi, en achetant des titres les uns des autres, pr&#234;t&#233; plusieurs fois de l'argent que personne n'avait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe s'est en partie garantie contre cela en adoptant une monnaie unique. Finie la sp&#233;culation sur la valeur future du franc ou du deutschmark puisque les deux pays ont la m&#234;me monnaie. Toutes les transactions int&#233;rieures sont maintenant &#224; l'abri. Si nous revenions au taux de change fixe d'avant 1971 pour le dollar US, nous couperions les ailes &#224; la plus grande partie de la sp&#233;culation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;conomie r&#233;elle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de l'&#233;conomie r&#233;elle, les crises sont courantes et c'est la rengaine habituelle. Nous sommes dans une crise p&#233;riodique de surproduction. D'un c&#244;t&#233;, ce syst&#232;me fonctionne sur l'augmentation constante de la production qui doit donc trouver son &#233;quilibre dans une augmentation de la consommation. De l'autre c&#244;t&#233;, pour augmenter la consommation, principe de base du fordisme, il faut payer les travailleurs qui sont les consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si on d&#233;localise les productions vers des pays o&#249; on maintient les salaires outrageusement bas et si on coupe les emplois et fait stagner les salaires dans les pays d&#233;velopp&#233;s, on cr&#233;e un &#233;cart de plus en plus important entre l'offre et la demande solvable, la seule dont on parle r&#233;ellement. Alors, cet &#233;cart est combl&#233; par l'endettement. Ce qui signifie que le capital, non content de ne pas payer les gens, de les mettre &#224; la porte et d'encaisser seul les b&#233;n&#233;fices de la technologie, va collecter des int&#233;r&#234;ts sur la vente des innombrables b&#233;belles qu'il doit &#233;couler pour continuer &#224; faire tourner la roue. Alors, nous assistons &#224; ce qu'il est convenu d'appeler un fl&#233;chissement de la demande et, en cons&#233;quence, &#224; une crise de surproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, toute bonne incursion dans l'assiette au beurre a ses limites. Le syst&#232;me, distendu jusqu'&#224; l'extr&#234;me, &#233;clate de temps en temps. Les m&#234;mes personnes qui disent qu'il faut relancer la consommation pour que le syst&#232;me se remette &#224; fonctionner encha&#238;nent maintenant, dans le m&#234;me souffle, que les niveaux d'endettement des m&#233;nages sont devenus intol&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand le b&#226;timent ne va pas, rien ne va plus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette crise de l'&#233;conomie r&#233;elle a commenc&#233; il y a d&#233;j&#224; quelques ann&#233;es. Le &lt;i&gt;Rapport annuel 2006&lt;/i&gt; de RONA faisait d&#233;j&#224; &#233;tat d'un fl&#233;chissement de la construction aux &#201;tats-Unis. Ce fl&#233;chissement, largement accentu&#233; en 2007 et en 2008, implique une diminution de la demande de bois d'&#339;uvre, de certaines structures m&#233;talliques, de vitres, de certains min&#233;raux, etc. En cons&#233;quence, on a des pertes d'emploi importantes et encore plus de fl&#233;chissement de la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces crises de l'&#233;conomie r&#233;elle risquent d'ailleurs de se multiplier. Plus les b&#233;n&#233;fices de la technologie seront concentr&#233;s dans les mains des capitalistes et plus ils pourront diminuer les emplois, contr&#244;ler les salaires et s'organiser pour faire diminuer leurs imp&#244;ts. Leur app&#226;t infini du gain cr&#233;era constamment une disparit&#233; entre l'offre et la demande, qui ne pourra trouver sa r&#233;solution que dans la crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chasser les &#171; pompiers pyromanes &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que faire, me direz-vous ? Nous pourrions arr&#234;ter d'avoir peur des gouvernements qui sont sens&#233;s &#234;tre l'incarnation du pouvoir citoyen, et qui le seraient bien plus si nous nous occupions de nos affaires, et leur demander non pas de dispara&#238;tre, comme on le fait actuellement, mais d'agir. Un gouvernement agit par la fiscalit&#233;. Il faut taxer les b&#233;n&#233;fices de la technologie et les redistribuer. Il faut taxer les b&#233;n&#233;fices consolid&#233;s et lutter contre les paradis fiscaux. En ce moment, les entreprises exploitent les travailleurs du tiers-monde (il faudrait inventer un nouveau mot, car ici on exploite, mais l&#224;-bas, &#231;a n'a aucune commune mesure), cachent les profits dans des paradis fiscaux au passage et viennent nous vendre ces produit &#224; des prix qui n'ont plus aucune commune mesure avec les co&#251;ts de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quand je vois nos partis politiques proposer des cr&#233;dits d'imp&#244;ts pour redonner de l'argent &#224; d&#233;penser, pour relancer la consommation, pour red&#233;marrer l'&#233;conomie, je me dis qu'on est tr&#232;s mal parti pour r&#233;gler quoi que ce soit. Mais quand les pyromanes sont appel&#233;s pour &#233;teindre le feu&#8230; Pensez aux Desmarais et Irving qui sont parmi les nouveaux conseillers &#233;conomiques du ministre des Finances du Canada.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://ababord.org/spip.php?article844" class="spip_out"&gt;Lexique financier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ga&#233;tan Breton&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise du capitalisme financiaris&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Crise-du-capitalisme-financiarise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Crise-du-capitalisme-financiarise</guid>
		<dc:date>2009-04-30T01:27:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Pineault</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Pineault, &#201;ric</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que le capitalisme soit en crise, et que cette crise soit majeure et affecte le c&#339;ur de ce r&#233;gime &#233;conomique ne font maintenant aucun doute. Les signes avant-coureurs d'une reprise, d'un quelconque retour &#224; la normale, esp&#233;r&#233;s depuis un an ne se manifestent toujours pas. Au contraire, depuis l'automne la crise financi&#232;re s'&#233;tend &#224; d'autres secteurs et se consolide en crise &#233;conomique majeure. Ceux qui ne croyaient qu'&#224; un l&#233;ger, court et n&#233;cessaire ajustement apr&#232;s la folie momentan&#233;e des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Economie-et-finances-publiques-+" rel="tag"&gt;Economie et finances publiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pineault-Eric-+" rel="tag"&gt;Pineault, &#201;ric&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton845.gif?1642092276' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1534&#034; height=&#034;1882&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que le capitalisme soit en crise, et que cette crise soit majeure et affecte le c&#339;ur de ce r&#233;gime &#233;conomique ne font maintenant aucun doute. Les signes avant-coureurs d'une reprise, d'un quelconque retour &#224; la normale, esp&#233;r&#233;s depuis un an ne se manifestent toujours pas. Au contraire, depuis l'automne la crise financi&#232;re s'&#233;tend &#224; d'autres secteurs et se consolide en crise &#233;conomique majeure. Ceux qui ne croyaient qu'&#224; un l&#233;ger, court et n&#233;cessaire ajustement apr&#232;s la folie momentan&#233;e des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt;* commencent &#224; r&#233;aliser l'importance des d&#233;s&#233;quilibres ainsi que des contradictions structurelles qui se sont accumul&#233;es dans le cadre du capitalisme financiaris&#233;. Celles-ci sont principalement de deux ordres : financier et ordinaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La structure financi&#232;re du capitalisme contemporain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, une d&#233;r&#233;glementation et une lib&#233;ralisation financi&#232;res ont permis une expansion in&#233;dite de la sph&#232;re financi&#232;re, de son ampleur, de sa puissance et de ses modes de valorisation sp&#233;culative. C'est non seulement une &#233;vidence pour les critiques du n&#233;olib&#233;ralisme et de la mondialisation capitaliste, c'est devenu &#224; ce point un lieu commun que m&#234;me Sarkozy se permet de fustiger le &#171; capitalisme financier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs ont malencontreusement compris cette nouvelle puissance comme une &#171; d&#233;connexion &#187; de la finance, son autonomisation du r&#233;el, ainsi qu'une vaste aventure de cr&#233;ation de capital fictif. Pourtant, un examen plus approfondi de la nature des pratiques d'accumulation financi&#232;re mises en place depuis les trois derni&#232;res d&#233;cennies r&#233;v&#232;le le contraire. La puissance et le &#171; succ&#232;s &#187;, si on peut parler ainsi, de la finance r&#233;sident plut&#244;t dans sa capacit&#233; &#224; s'ins&#233;rer et se rendre n&#233;cessaire au fonctionnement de l'&#233;conomie ordinaire, contraignant celle-ci &#224; valider sa dynamique sp&#233;culative*. C'est ce qui explique pourquoi, contrairement au &lt;i&gt;crash&lt;/i&gt; boursier de 1987 largement sans effet sur l'&#233;conomie, la crise financi&#232;re actuelle se r&#233;pand si rapidement et intens&#233;ment dans l'ensemble de l'&#233;conomie. Les bulles qui se sont d&#233;velopp&#233;es successivement dans divers segments des march&#233;s financiers depuis les ann&#233;es 1990 &#8211; le segment des actions de 1990 &#224; 2001, celui des titres du march&#233; immobilier jusqu'aux ann&#233;es 2005-2006 et, depuis, dans le march&#233; de d&#233;riv&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res &#8211; ont permis une accumulation de plus en plus importante de capital liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette puissance &#233;conomique immense s'est concentr&#233;e entre les mains d'un oligopole de grandes organisations financi&#232;res, grandes banques, fonds de pension, fonds mutuels et &lt;i&gt;hedge funds&lt;/i&gt;*, groupes d'assurances, dont nos banques et groupes financiers (tel que Manuvie) sont des cas types. Un cort&#232;ge de fournisseurs de services &#224; cet oligopole financier (comptables &#8211; v&#233;rificateurs, bureaux d'avocats, courtiers, consultants de tout acabit) se sont arrim&#233;s et ont nourri cette expansion de puissance tout en en profitant grassement. Plusieurs se sont trouv&#233;s dans le double r&#244;le d'&#233;valuateurs externes, de tiers-arbitres et de fournisseurs de services&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pensons au r&#244;le des agences de notation tel que DBRS dans le scandale des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les centres-villes de plusieurs capitales &#233;conomiques se sont transform&#233;s en places financi&#232;res (pensons &#224; Bay Street), de nouvelles Bourses sont apparues, elles se sont int&#233;gr&#233;es les unes aux autres dans des march&#233;s &#233;lectroniques globalis&#233;s. De nouvelles marchandises ont &#233;t&#233; mises en Bourse et sont tomb&#233;es sous la r&#233;gulation financi&#232;re gr&#226;ce aux march&#233;s des d&#233;riv&#233;s* (p&#233;trole, billes de bois pour papier, cr&#233;dits de carbone). Des divisions financi&#232;res de grandes firmes industrielles devinrent plus puissantes que leur organisation m&#232;re (GE capital, Ford Credit), tout ce que la finance pouvait rendre liquide le fut, et la puissance de la liquidit&#233; financi&#232;re semblait sans limites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&lt;i&gt;overclass&lt;/i&gt; et la gestion financi&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre que s'est constitu&#233;e ce qu'on peut nommer une &lt;i&gt;overclass&lt;/i&gt;, une &#233;lite financi&#232;re, &#224; l'int&#233;rieur des hautes sph&#232;res de cet oligopole financier et de ses annexes dans les divers services. L'&lt;i&gt;overclass&lt;/i&gt; incorpora en son sein, gr&#226;ce &#224; des m&#233;canismes tels que les &lt;i&gt;stock options&lt;/i&gt;*, les cadres dirigeants du secteur corporatif et industriel &#224; un point o&#249; certaines vieilles familles capitalistes au Canada se pay&#232;rent une page du &lt;i&gt;Globe and Mail&lt;/i&gt; pour les traiter de vendus ! Gr&#226;ce &#224; leur participation active &#224; la dynamique financi&#232;re, les revenus et la richesse des membres de l'overclass explos&#232;rent et ont atteint des montants ind&#233;cents. Pensons au PDG du groupe Couche tard qui, en 2004, gagnait 11,7 millions de dollars &#8211; dont 10 millions par l'exercice de &lt;i&gt;stock options&lt;/i&gt; &#8211; gr&#226;ce au travail de ses commis pay&#233;s au salaire minimum. Le rapport &#224; l'accumulation financi&#232;re est ainsi profond&#233;ment cliv&#233; selon une ligne de faille qui ressemble de plus en plus &#224; une opposition de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'&lt;i&gt;overclass&lt;/i&gt;, aussi riche et puissante soit-elle, doit sa puissance non pas uniquement ni principalement au poids de sa propre richesse financi&#232;re, car ce poids est d&#233;risoire quand on le compare au poids du capital financier &#171; socialis&#233; &#187;. C'est le paradoxe de la financiarisation. La puissance de l'&lt;i&gt;overclass&lt;/i&gt; repose autant sur sa capacit&#233; &#224; rendre liquide ce qui ne l'est pas, en contr&#244;lant la production et la circulation de cr&#233;dit et de titres, que sur son monopole de gestion de l'&#233;pargne institutionnalis&#233;e des salari&#233;s ordinaires. Tout comme l'ancienne &#233;lite corporative qui domina le capitalisme manag&#233;rial, la puissance de cette &#233;lite est une puissance de contr&#244;le plut&#244;t que de propri&#233;t&#233;. Les plus grandes masses de capital financier liquide et mobilisable sont ainsi celles qui r&#233;sultent d'une m&#233;tamorphose de diverses formes d'&#233;pargne salariale, ponctions pour assurance obligatoire ou volontaire, &#233;pargne retraite organis&#233;e (fonds de pension) ou volontaire (RE&#201;R), de leur centralisation et massification en fonds sur lesquels s'exerce un monopole de gestion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me les &#233;sot&#233;riques hedge fund, longtemps d&#233;cri&#233;s comme rep&#232;res sp&#233;culatifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (pensons &#224; la Caisse de d&#233;p&#244;t et de placement), tout comme l'&#233;lite manag&#233;riale du monde corporatif exerce un monopole de gestion sur ces organisations. Le clivage de classe entre les salari&#233;s ordinaires et l'overclass r&#233;side plus pr&#233;cis&#233;ment dans le rapport &#224; cette masse de capital financier. Les premiers s'y rapportent passivement &#224; titre de b&#233;n&#233;ficiaires et cotisants, les seconds s'y rapportent activement &#224; titre de gestionnaires, conseillers et v&#233;rificateurs qui manipulent la puissance de ce capital liquide. Cette opposition entre participation passive et gestion active caract&#233;rise l'ensemble du rapport contradictoire &#224; la finance entre salari&#233;s ordinaires et overclass.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contradictions ordinaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du monde ordinaire, une &#233;volution continue depuis 30 ans du rapport salarial en fonction du capital et au d&#233;triment du travail a provoqu&#233; une stagnation importante des revenus des m&#233;nages salari&#233;s en Am&#233;rique du Nord alors m&#234;me que le ressort essentiel de la croissance fut leur surconsommation de masse. Les m&#233;nages nord-am&#233;ricains, depuis 15, 20, 30 ans, ont ajust&#233; leur mode de vie &#224; une norme de consommation en pleine mutation et en pleine expansion. Dans le capitalisme avanc&#233;, s'il y a croissance de la production, voire surproduction chronique au niveau global, (c'est la th&#232;se de plusieurs &#233;conomistes h&#233;t&#233;rodoxes) c'est que celle-ci est valid&#233;e d'avance par une surconsommation programm&#233;e, c'est-&#224;-dire par la croissance constante du niveau de la consommation. Certains aimeraient nous faire croire que l'expansion de la consommation des tr&#232;s riches, ou celle d'une nouvelle classe moyenne en Chine et en Inde, voire au Br&#233;sil et en Russie (BRIC), pourrait valider cette expansion de la production. Or, l'histoire nous montre que le capitalisme financiaris&#233; a maintenu une structure fondamentale du fordisme : la production de masse fut et est toujours encore, pour le moment, maintenue par la consommation de masse des gens ordinaires dont les revenus ont stagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le cr&#233;dit &#224; la consommation ainsi que le cr&#233;dit hypoth&#233;caire qui ont combl&#233; ce hiatus. En effet, tandis que pendant les 30 derni&#232;res ann&#233;es les conditions d'emploi se sont d&#233;grad&#233;es dans plusieurs secteurs et que le temps que la soci&#233;t&#233; consacre au travail s'allonge, les salaires stagnent et les plus grandes entreprises engrangent des profits qu'elles ne savent plus trop o&#249; investir. L'&#233;pargne du secteur des grandes entreprises conjugu&#233; &#224; celui des m&#233;nages salari&#233;s (RE&#201;R et caisses de retraite) a &#233;t&#233; absorb&#233;e par la sph&#232;re financi&#232;re et a nourri son expansion ainsi que celle du cr&#233;dit aux salari&#233;s par le biais de la titrisation*. La titrisation a permis de lier m&#233;caniquement et de mani&#232;re syst&#233;mique les deux structures contradictoires, financi&#232;re et ordinaire, tout en maintenant ce lien dans une relative invisibilit&#233;. Cela a donn&#233; un semblant de viabilit&#233; &#224; un syst&#232;me vou&#233; &#224; l'implosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2007 fut l'ann&#233;e o&#249; l'expansion &#233;conomique bas&#233;e sur ce r&#233;gime commen&#231;a son effondrement. D'abord, sous sa forme financi&#232;re et par la suite sous sa forme ordinaire. La crise financi&#232;re se manifeste par la faillite spectaculaire de Lehmans et de plusieurs autres grandes institutions am&#233;ricaines, anglaises et europ&#233;ennes, par la transformation forc&#233;e des fleurons de Wall Street, les banques d'investissement largement non r&#233;glement&#233;es, en banques commerciales un peu plus r&#233;glement&#233;es, et par les pertes immenses du c&#244;t&#233; des &lt;i&gt;hedge fund&lt;/i&gt;* et des investisseurs institutionnels. Cette crise financi&#232;re largement m&#233;diatis&#233;e prend la forme classique de l'&#233;clatement spectaculaire d'une bulle, avec son lot de Krach dans la valeur de certains actifs financiers, de r&#233;v&#233;lations de fraudes massives, de suicides de banquiers et par le partage entre critiques bien pensants d'un sentiment d'indignation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elle provoque sur le plan politique la r&#233;ponse attendue d'une n&#233;cessaire r&#233;forme du capitalisme impliquant une plus grande r&#233;gulation de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel type de crise ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons moins l'allure qu'aura la crise ordinaire qui commence &#224; se manifester. Les ann&#233;es 1930 nous ont laiss&#233; l'image de masses de travailleurs au ch&#244;mage, de familles incapables de subsister, d'une absence d'assistance publique aux sans travail, d'ateliers et usines abandonn&#233;s. Les ann&#233;es 1980 et 1990, qui ont &#233;t&#233; moins dramatiques, nous ont tout de m&#234;me aussi laiss&#233; une image o&#249; le ch&#244;mage de masse &#233;tait omnipr&#233;sent. Mais on se souviendra surtout des fermetures et des d&#233;localisations qui ont jou&#233; un r&#244;le central dans la restructuration des &#233;conomies post-industrielles. Une transition o&#249; le travail fut flexibilis&#233; et o&#249; des communaut&#233;s enti&#232;res de travailleurs industriels devinrent d&#233;qualifi&#233;es. Ces r&#233;cessions auraient acc&#233;l&#233;r&#233; la fin du fordisme qui &#233;tait apparu en r&#233;action &#224; la crise des ann&#233;es 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle dans son versant ordinaire n'est pour le moment saisie que par les impacts et les effets de la crise financi&#232;re sur le monde du travail et sur le niveau de la consommation. Dans ce sc&#233;nario &#171; optimiste &#187; d'une r&#233;cession qui &#171; fait le m&#233;nage &#187; comme en 1981 et 1990, l'ensemble des acteurs &#233;conomiques en sortiront avec des bilans assainis. La reprise n'est pas loin et nous sommes &#224; l'or&#233;e d'une nouvelle &#232;re de croissance ! Il n'y a pas une semaine qui passe sans que l'on retrouve la pr&#233;sentation par un &#171; expert &#187; de ce type de sc&#233;nario &#224; l'eau de rose dans les pages &#233;conomiques ou &#233;ditoriales de nos quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes que nous avons &#233;tudi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de d&#233;tails sur cette analyse, voir .&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les contradictions structurelles qui sont apparues nous pr&#233;sentent un sc&#233;nario radicalement diff&#233;rent et largement in&#233;dit. Le ch&#244;mage de masse ne jouera peut-&#234;tre pas le m&#234;me r&#244;le qu'auparavant dans la mesure o&#249; la nature du lien d'emploi est sensiblement diff&#233;rente que lors des r&#233;cessions pr&#233;c&#233;dentes. En effet, celui-ci a &#233;t&#233; flexibilis&#233;, l'emploi &#224; temps partiel et atypique joue un r&#244;le beaucoup plus important. De plus, l'importance de l'endettement des m&#233;nages ordinaires laisse entrevoir une crise qui sera v&#233;cue sur une base individuelle, sous la forme de faillites personnelles, de reprises de r&#233;sidences, de v&#233;hicules et de biens durables achet&#233;s &#224; cr&#233;dit, d'une diminution globale du niveau de vie, de la fatalit&#233; d'un fardeau grandissant des co&#251;ts de cr&#233;dit et de son inaccessibilit&#233;. Ce seront ces assises-l&#224; qui engendreront une baisse de la consommation, une progression du taux de mauvaises cr&#233;ances. Les deux nourriront &#224; leur mani&#232;re la fragilit&#233; du r&#233;gime d'accumulation et risquent de l'entra&#238;ner, par un resserrement suppl&#233;mentaire du cr&#233;dit et une diminution accrue de la production, vers une boucle d&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle d&#233;pression, la figure du ch&#244;meur sera peut-&#234;tre d&#233;class&#233;e par celle du d&#233;biteur, de l'endett&#233; : une archa&#239;que figure du domin&#233; qui a &#233;t&#233; marginalis&#233; dans les soci&#233;t&#233;s modernes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La transformation plut&#244;t que la relance d'un capitalisme r&#233;form&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, quels sont les occasions et espoirs politiques pour une gauche qui ose rompre avec le consensus n&#233;olib&#233;ral pr&#233;dominant ? Commen&#231;ons par souligner que les ann&#233;es &#224; venir verront une recrudescence de la mis&#232;re, que les temps seront difficiles et donc qu'une priorit&#233; sera &#233;videmment de militer pour le d&#233;veloppement et l'extension des politiques de solidarit&#233; sociale. C'est le r&#244;le largement attendu de la gauche par les m&#233;dias et la classe politique : lutter contre la pauvret&#233; et d&#233;fendre les plus d&#233;munis de la soci&#233;t&#233;. Aussi louable que soit ce parti pris sur le plan moral, une gauche qui en ferait sa priorit&#233; serait condamn&#233;e &#224; agir sur le plan politique comme un groupe de d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts particuliers &#224; c&#244;t&#233; des autres, dans un climat politique qui demeurerait largement domin&#233; par les id&#233;es et les solutions n&#233;olib&#233;rales. Si la gauche souhaite agir en fonction d'un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, elle doit, il nous semble, construire sa critique et proposer des alternatives &#224; partir de ce que nous avons nomm&#233; ici &#171; l'ordinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir faire entendre une autre voix implique de prendre position face &#224; trois ordres de r&#233;ponse possible &#224; la crise actuelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La classe politique dans son enti&#232;ret&#233; se bousculera pour proposer divers projets de r&#233;formes du capitalisme et de r&#233;gulation de l'activit&#233; financi&#232;re. Nous pouvons accompagner les Sarkozy et Blair dans leur indignation soudaine en poussant pour un degr&#233; de r&#233;pression politique de la puissance financi&#232;re sup&#233;rieure &#224; ce qui sera concoct&#233; par les participants au G20. Nous pourrions m&#234;me prendre acte dans ce mouvement de r&#233;forme du caract&#232;re largement socialis&#233; de ce qui se pr&#233;sente comme du capital financier et exiger que cette &#233;pargne centralis&#233;e devienne un outil politique de d&#233;veloppement social et &#233;cologique plut&#244;t que d'extraction de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ensuite, toute la classe politique et aussi la classe financi&#232;re misent sur les d&#233;penses publiques en infrastructures pour relancer la croissance et mitiger les effets de la crise sur l'&#233;conomie ordinaire dont le d&#233;veloppement est menac&#233; par une spirale d&#233;pressive. Encore l&#224;, la gauche peut se faire entendre en proposant d'une part un programme beaucoup plus imposant de d&#233;penses, voire massif et m&#234;me, dans c'est temps n&#233;olib&#233;raux, carr&#233;ment d&#233;lirant. D'autre part, elle devrait surtout exiger que cet investissement public ait une direction et une finalit&#233; qui correspondent &#224; ses valeurs &#233;cologistes et socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Si la gauche s'arr&#234;te l&#224;, elle ne fait qu'ajouter sa voix &#224; la chorale chantant gloire &#224; la soci&#233;t&#233; de surconsommation qui s'est perp&#233;tu&#233;e sur les d&#233;bris du fordisme. Pour la gauche qui n'a pas abandonn&#233; le projet d'une soci&#233;t&#233; et d'une &#233;conomie postcapitaliste, cela ne saurait suffire. Il s'agit de r&#233;pondre &#224; la crise par un projet de transformation radicale de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233;, ce qui implique dans les circonstances actuelles de mettre de l'avant des propositions et des solutions qui rompent avec le pacte productiviste et donc avec le projet m&#234;me d'une relance de la croissance. Notre d&#233;fi donc, et je m'arr&#234;te l&#224;, est de d&#233;velopper une politique de rupture solidaire avec la croissance, qui adresse les contradictions ordinaires du capitalisme avanc&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://ababord.org/spip.php?article844" class="spip_out"&gt;Lexique financier&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pensons au r&#244;le des agences de notation tel que DBRS dans le scandale des PCAA (papier commercial adoss&#233; &#224; des actifs *) li&#233;s aux &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt;*.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me les &#233;sot&#233;riques &lt;i&gt;hedge fund&lt;/i&gt;, longtemps d&#233;cri&#233;s comme rep&#232;res sp&#233;culatifs pour les fortunes des plus riches, se sont &#171; d&#233;mocratis&#233;s &#187;, en ce sens o&#249; maintenant une majorit&#233; des capitaux qui y sont g&#233;r&#233;s proviennent de placements effectu&#233;s par d'autres fonds plut&#244;t que par de riches particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus de d&#233;tails sur cette analyse, voir &lt;a href=&#034;http://cafca-uqam.blogspot.com/2009/01/le-resserrement-continu.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cafca-uqam.blogspot.com/2009/01/le-resserrement-continu.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#201;ric Pineault&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;sob&#233;issance civile et la&#239;cit&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Desobeissance-civile-et-laicite</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:26:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Loi sur l'instruction publique du Qu&#233;bec pr&#233;voit (article 222) que &#171; pour des raisons humanitaires ou pour &#233;viter un pr&#233;judice grave &#224; un &#233;l&#232;ve, la commission scolaire peut, sur demande motiv&#233;e des parents d'un &#233;l&#232;ve, d'un &#233;l&#232;ve majeur ou d'un directeur d'&#233;cole, l'exempter de l'application d'une disposition du r&#233;gime p&#233;dagogique. &#187; La chose est rare, on le devine, mais elle se produit parfois. C'est justement le cas ces temps-ci. &lt;br class='autobr' /&gt; Plusieurs parents ont invoqu&#233; cette clause pour obtenir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton843.gif?1642092276' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;568&#034; height=&#034;446&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Loi sur l'instruction publique du Qu&#233;bec pr&#233;voit (article 222) que &#171; &lt;i&gt;pour des raisons humanitaires ou pour &#233;viter un pr&#233;judice grave &#224; un &#233;l&#232;ve, la commission scolaire peut, sur demande motiv&#233;e des parents d'un &#233;l&#232;ve, d'un &#233;l&#232;ve majeur ou d'un directeur d'&#233;cole, l'exempter de l'application d'une disposition du r&#233;gime p&#233;dagogique.&lt;/i&gt; &#187; La chose est rare, on le devine, mais elle se produit parfois. C'est justement le cas ces temps-ci.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plusieurs parents ont invoqu&#233; cette clause pour obtenir pour leur enfant une exemption du nouveau cours d'&#201;thique et culture religieuse qui, depuis la rentr&#233;e, est obligatoire &#224; tous les niveaux d'enseignement (sauf en troisi&#232;me secondaire). Pour justifier leur demande, ces parents ont justement all&#233;gu&#233; que ce cours causait un pr&#233;judice grave &#224; leur enfant. Or, ce fut en vain, dans tous les cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le refus des commissions scolaires impliqu&#233;es de faire jouer en leur faveur l'article 222, certains de ces parents ont choisi de simplement retirer leur enfant du cours litigieux. Un dialogue visant la recherche d'un compromis s'est alors instaur&#233; entre ces parents et les commissions scolaires. Mais, dans quelques cas au moins, la situation est rest&#233;e enti&#232;rement bloqu&#233;e. &#192; la fin de l'ann&#233;e 2008, coup de th&#233;&#226;tre : l'&#233;cole secondaire Joseph-Hermas-Leclerc, de la Commission scolaire de Val des Cerfs, &#224; Granby, a suspendu six &#233;l&#232;ves qui boycottaient ces cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on y pense, la sentence est bien lourde, d'autant que ce cours n'est pas n&#233;cessaire pour l'obtention du dipl&#244;me&#8230; et qu'il entend promouvoir des vertus comme le dialogue, la tol&#233;rance et le vivre-ensemble. Les parents contestataires, on le devine, n'en resteront pas l&#224; et certains d'entre eux, &#224; Drummondville, ont d&#233;j&#224; entrepris des d&#233;marches judiciaires. Il reviendra donc aux tribunaux de trancher.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une situation pr&#233;visible et un probl&#232;me tr&#232;s ancien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions plusieurs &#224; pr&#233;dire que ce cours provoquerait de telles controverses. En effet, et comme on pouvait s'y attendre, certains parents croyants y voient une relativisation de leur foi, qui dans le cours est mise sur le m&#234;me plan que toutes les autres. D'autres parents, ath&#233;es ou agnostiques, s'offusquent de ces bondieuseries, du refus d'assumer pleinement la la&#239;cit&#233; dont ils t&#233;moignent et du fait que l'on y noie la dimension &#233;thique de la formation, qui est pourtant, elle, souhaitable. D'autres s'indignent de la place (toujours jug&#233;e trop restreinte) faite &#224; leurs croyances dans le cours. Tous ces gens sont susceptibles de demander des d&#233;rogations. Les tribunaux devront trancher la question, on l'a vu, et cela prendra sans doute pas mal de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez de temps, en tout cas, pour se demander ce qui peut bien justifier l'obligation de fr&#233;quentation des &#233;coles administr&#233;es par l'&#201;tat et financ&#233;es (en totalit&#233; ou en majeure partie) par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose nous semble aujourd'hui aller de soi et la d&#233;fense de l'&#233;cole publique (&#224; fr&#233;quentation obligatoire) est d&#233;sormais un cheval de bataille des progressistes. Mais il n'est pas inutile de se rappeler pourquoi la plupart des progressistes et des lib&#233;raux, &#224; une &#233;poque pas si lointaine o&#249; de tels syst&#232;mes &#233;taient seulement envisag&#233;s, entretenaient une grande m&#233;fiance &#224; l'endroit de la pr&#233;tention de l'&#201;tat &#224; mettre sur pied et &#224; administrer un tel syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on relit les textes de ces penseurs (je pense &#224; des lib&#233;raux classiques comme Adam Smith (1723-1790) ou John Stuart Mill (1806-1873), mais aussi &#224; des penseurs plus radicaux, comme les anarchistes), on est frapp&#233; par l'ampleur et la profondeur de leurs craintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons leurs principaux griefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cole administr&#233;e par l'&#201;tat et impos&#233;e &#224; l'ensemble des citoyens leur semble d'abord une atteinte grave &#224; la libert&#233; individuelle de choisir pour son enfant le type d'&#233;ducation qu'on veut lui donner. Elle leur para&#238;t aussi immanquablement conduire &#224; la propagande et &#224; l'endoctrinement, l'&#201;tat et les classes dominantes ne pouvant manquer de faire servir &#224; leurs propres fins une machine d'une telle puissance. Elle leur semble enfin la garantie d'une diminution de la qualit&#233; de l'enseignement qui sera dispens&#233;, puisque les enseignants seront des fonctionnaires qu'aucune concurrence ne motivera &#224; se surpasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qu'on donne habituellement pour le fondateur de l'anarchisme, William Godwin (1756-1836), contemporain des premiers efforts de cr&#233;ation des syst&#232;me publics d'&#233;ducation, les r&#233;cusait de toutes ses forces et &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;union de l'influence du gouvernement avec celle de l'&#233;ducation est d'une nature plus formidable que l'alliance antique des deux puissances de l'&#201;glise et de l'&#201;tat. Il faut r&#233;fl&#233;chir profond&#233;ment avant de confier &#224; des mains justement suspectes un si terrible instrument.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats autour du cours d'&#201;thique et culture religieuse donnent une singuli&#232;re actualit&#233; &#224; ces r&#233;flexions. De quel droit l'&#201;tat peut-il imposer ce cours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut pr&#233;sumer que la plupart des intervenants dans ce dossier sont, si j'ose dire, de bonne foi &#8211; et je ne cache pas avoir la plus grande estime pour un de ses concepteurs, le philosophe Georges Leroux. En qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; pour leur position, ses d&#233;fenseurs et opposants invoquent, dans un sens ou dans l'autre, qui des consultations populaires, qui le respect des droits et libert&#233;s, qui la l&#233;gislation scolaire, qui la tol&#233;rance, qui la formation de citoyens, qui le respect et la gestion de la diversit&#233; ; et &lt;i&gt;tutti quanti&lt;/i&gt;. Rien n'y a fait et on devra s'en remettre &#224; l'appareil judiciaire pour sortir de l'impasse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La solution de la la&#239;cit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y avait pourtant une solution possible, imagin&#233;e au c&#339;ur du lib&#233;ralisme classique, au dilemme que nous pose le cours d'&#201;thique et culture religieuse, une solution de nature &#224; calmer bien des craintes exprim&#233;es par les penseurs de cette tradition &#224; l'encontre d'&#233;coles administr&#233;es par l'&#201;tat, craintes que nous aurions tort d'oublier. Cette solution, c'est le philosophe Condorcet (1743-1794) qui l'a trouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle consiste &#224; dire que l'&#201;tat ne s'occupera pas d'&#233;ducation, sujet sur lequel il doit se d&#233;clarer incomp&#233;tent ; et &#224; entendre ici par &#233;ducation quelque chose comme une vision large du monde et de la place qu'y occupent les &#234;tres humains, ainsi que les r&#233;ponses &#224; ces grandes questions que l'humanit&#233; se posent inlassablement et qui font l'objet d'incessants d&#233;bats et controverses : la religion, &#224; l'&#233;vidence, fait partie de cet ensemble, qui est renvoy&#233; &#224; la sph&#232;re priv&#233;e. L'&#201;tat respecte toutes ces opinions et le prouve en n'en reconnaissant aucune en son sein. De quoi s'occupe-t-il alors dans ses &#233;coles ? D'instruction, r&#233;pond Condorcet, c'est-&#224;-dire de v&#233;rit&#233;s de faits ou de calculs, d&#233;montrables publiquement &#8211; et c'est pourquoi cette instruction est publique, offerte &#224; tous et gage de libert&#233; et d'autonomie pour chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision des choses, que je n'ai fait qu'esquisser, commande une vision de l'&#233;ducation &#8211; pardon, de l'instruction &#8211; publique et de la place &#224; y faire aux croyances religieuses, qui ne peuvent &#234;tre enseign&#233;es que de mani&#232;re incidente (en classes de litt&#233;rature, d'histoire ou de science, par exemple). L'&#201;tat ne pourra pas aller m&#234;me jusqu'&#224; d&#233;cider que c'est selon tel ou tel point de vue, fut-il g&#233;n&#233;reux et ouvert, qu'on parlera de religion &#224; l'&#233;cole, o&#249; on se contentera de donner une instruction morale aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;es de Condorcet ont fait leur chemin et elles ont largement inspir&#233; l'&#233;cole r&#233;publicaine fran&#231;aise. Elles inspirent aujourd'hui encore le Mouvement la&#239;que qu&#233;b&#233;cois. L'heure de cette la&#239;cit&#233; est venue au Qu&#233;bec. Pourquoi n'en somme-nous pas encore l&#224; ? Une raison fondamentale &#8211; parmi d'autres et j'en conviens &#8211; est cette esp&#232;ce de respect spontan&#233; et aveugle que collectivement nous avons encore trop souvent pour les religions et notre propension &#224; leur accorder d&#232;s lors diverses formes de traitement pr&#233;f&#233;rentiel qu'on n'accorderait &#224; personne et pour aucune autre raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Traitements pr&#233;f&#233;rentiels&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En &#233;ducation, c'est justement et tristement le cas. C'est ainsi qu'on admet l'existence d'&#233;coles confessionnelles, juives, musulmanes ou chr&#233;tiennes, qui suivent, de mani&#232;re souvent tr&#232;s approximative, les programmes scolaires, qui dispensent un enseignement religieux et, ce qui est proprement scandaleux, sont par tol&#233;rance ou aveuglement volontaire dispens&#233;es, de donner le cours d'&#233;thique et culture religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple r&#233;cemment mis au jour par Marie Allard, de &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;, concerne des &#233;coles dites &#171; &#233;vang&#233;liques &#187; primaires et secondaires situ&#233;es &#224; Montr&#233;al-Nord, Lachine, LaSalle, Dollard-des-Ormeaux, St-Lazare, St-J&#233;r&#244;me et Montr&#233;al. Si ces &#233;coles primaires ont un permis, les &#233;coles secondaires sont carr&#233;ment ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer toute l'incongruit&#233; de la situation, imaginez qu'il y ait, au Qu&#233;bec, un r&#233;seau de polyvalentes conservatrices, un autre d'&#233;coles lib&#233;rales, un autre encore d'&#233;coles p&#233;quistes, puis d'&#233;coles communistes et d'&#233;coles anarchistes et ainsi de suite. Seuls les enfants de parents de l'all&#233;geance politique de l'&#233;cole y seraient admis. Le curriculum et toute l'activit&#233; de l'&#233;cole en seraient tout impr&#233;gn&#233;s. C'est pourtant ce que nous faisons en tol&#233;rant des &#233;coles religieuses r&#233;serv&#233;es &#224; des &#171; petits musulmans &#187; et &#224; des &#171; petits juifs &#187; et ainsi de suite. Pauvres enfants. Pauvres innocentes victimes de la folie des hommes. Pauvres petits cerveaux dans lesquels on implante tant de folie, de stupidit&#233;, de haine et de b&#234;tise. Pauvres petits humains, si t&#244;t envelopp&#233;s de tant de t&#233;n&#232;bres dont certains, h&#233;las, ne s'extirperont jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est grandement temps de proc&#233;der &#224; la compl&#232;te la&#239;cisation de notre syst&#232;me scolaire et de repenser la formation morale &#224; l'abri et &#224; l'&#233;cart de l'enseignement non seulement de la religion mais aussi du fait religieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la m&#234;me occasion, on lib&#233;rera nos tribunaux de t&#226;ches imb&#233;ciles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Normand Baillargeon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Les victoires des employ&#233;Es de l'h&#244;tellerie qu&#233;b&#233;coise</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-victoires-des-employeEs-de-l</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:23:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les employ&#233;s qu&#233;b&#233;cois de l'h&#244;tellerie jouissent actuellement de conditions de salaire et de travail parmi les meilleures en Am&#233;rique du Nord. Cela n'a pas &#233;t&#233; toujours le cas. Ainsi, alors que dans les ann&#233;es 1970, les salaires des pr&#233;pos&#233;es aux chambres et des serveurs &#233;taient &#224; peine sup&#233;rieurs au salaire minimum, ils sont aujourd'hui souvent deux fois plus &#233;lev&#233;s. Alors que ces travailleurs &#233;taient pauvres, ils gagnent maintenant bien leur vie. Alors qu'ils &#233;taient trait&#233;s comme des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Piotte-Jean-Marc-+" rel="tag"&gt;Piotte, Jean-Marc &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton842.gif?1642092276' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;712&#034; height=&#034;1072&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les employ&#233;s qu&#233;b&#233;cois de l'h&#244;tellerie jouissent actuellement de conditions de salaire et de travail parmi les meilleures en Am&#233;rique du Nord. Cela n'a pas &#233;t&#233; toujours le cas. Ainsi, alors que dans les ann&#233;es 1970, les salaires des pr&#233;pos&#233;es aux chambres et des serveurs &#233;taient &#224; peine sup&#233;rieurs au salaire minimum, ils sont aujourd'hui souvent deux fois plus &#233;lev&#233;s. Alors que ces travailleurs &#233;taient pauvres, ils gagnent maintenant bien leur vie. Alors qu'ils &#233;taient trait&#233;s comme des domestiques, ils se per&#231;oivent aujourd'hui comme des professionnels. Comment expliquer cette progression remarquable ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, la majorit&#233; des travailleurs de l'h&#244;tellerie sont affili&#233;s au &#171; local &#187; 31 de l'Union des employ&#233;s d'h&#244;tels, motels, restaurants et commis de bar de la F&#233;d&#233;ration des travailleurs du Qu&#233;bec (FTQ). Les pratiques antid&#233;mocratiques de ce syndicat corrompu sont d&#233;nonc&#233;es par les employ&#233;s du Hilton de Qu&#233;bec, dont le chef est Beno&#238;t Fortin, fr&#232;re-ouvrier de l'ordre des Capucins, lors du congr&#232;s de la FTQ de 1975. La direction nomme par la suite &#201;douard Gagnon pour enqu&#234;ter sur ce &#171; local &#187;. Gagnon, malgr&#233; des menaces de mort, soumet en 1976 au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Fernand Daoust, un rapport d&#233;vastateur : n&#233;gociation en &lt;i&gt;catimini&lt;/i&gt; de l'agent d'affaires avec l'employeur, signature de conventions collectives avant leur adoption par les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, m&#233;canisme de griefs non appliqu&#233;, majorit&#233; de travailleurs exclus de l'accr&#233;ditation pour en freiner l'organisation autonome, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le maraudage de la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats nationaux (CSN)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Particuli&#232;rement &#224; cette &#233;poque, la FTQ, par respect pour l'autonomie de ses &#171; unions &#187;, ose rarement intervenir pour contrer les pratiques antid&#233;mocratiques de certains de ses affili&#233;s, dont le &#171; local &#187; 31. Indign&#233; de la pusillanimit&#233; de la direction de sa centrale, un employ&#233; de la FTQ fait parvenir &#224; la CSN une copie du rapport d'&#201;douard Gagnon. La CSN utilise ce rapport, en coule des extraits &#224; l'un ou l'autre journal et amorce une campagne d'organisation qui lui permettra de recruter en 1979 les employ&#233;s du Hilton de Qu&#233;bec et ceux du M&#233;ridien de Montr&#233;al. La FTQ expulse de ses rangs le &#171; local &#187; 31 en novembre 1981, mais il sera trop tard pour endiguer le raz-de-mar&#233;e qui entra&#238;nera les travailleurs de l'h&#244;tellerie &#224; joindre la CSN, celle-ci regroupant aujourd'hui la moiti&#233; des h&#244;tels, la plupart des autres, dont parfois les effectifs d'un m&#234;me h&#244;tel, &#233;tant divis&#233;s entre diverses &#171; unions &#187; de la FTQ.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les premi&#232;res n&#233;gociations coordonn&#233;es (1986-1987)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux syndicats de la F&#233;d&#233;ration du commerce (FC&#8211;CSN) suivent une cure de revitalisation : &#233;tablissement de pratiques d&#233;mocratiques, &#233;largissement progressif de l'accr&#233;ditation &#224; tous les employ&#233;s syndicables, n&#233;gociations s&#233;rieuses fond&#233;es sur un rapport de force, m&#233;canisme de griefs solide et respect&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1986, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de ces syndicats d&#233;cident de n&#233;gocier de fa&#231;on coordonn&#233;e, afin d'&#233;tablir un meilleur rapport de force avec les employeurs qui se consultent. Dans la n&#233;gociation coordonn&#233;e, chaque syndicat demeure libre d'y adh&#233;rer ou pas et n&#233;gocie avec son propre employeur, mais tous les syndicats adh&#233;rents s'entendent sur deux points fondamentaux : une plate-forme de revendications communes, le reste de la convention relevant uniquement du syndicat local ; aucune proposition inf&#233;rieure &#224; celle de la plate-forme n'est propos&#233;e ou accept&#233;e localement sans consultation avec les repr&#233;sentants des autres comit&#233;s de n&#233;gociation. La n&#233;gociation coordonn&#233;e, qui combine autonomie et solidarit&#233;, se distingue de la n&#233;gociation regroup&#233;e o&#249;, comme dans le secteur public et parapublic, les syndicats sont repr&#233;sent&#233;s &#224; une table centrale. Elle se distingue &#233;galement de la n&#233;gociation par &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt;, telle qu'invent&#233;e par les syndicats de l'automobile aux &#201;tats-Unis, o&#249; les repr&#233;sentants syndicaux choisissent le patron qui semble le plus fragile ou le plus conciliant, exercent un rapport de force contre lui, en vue de signer une convention collective qu'ils chercheront par la suite &#224; &#233;tendre &#224; l'ensemble du secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Qu&#233;bec, quatre syndicats, dont celui de l'h&#244;tel Hilton, appliquent cette nouvelle strat&#233;gie. La priorit&#233; consiste &#224; essayer d'ajuster les &#233;ch&#233;ances des conventions collectives des quatre h&#244;tels, afin qu'ils puissent entreprendre, &#224; peu pr&#232;s dans le m&#234;me temps, les prochaines n&#233;gociations. Les travailleurs de l'h&#244;tel Hilton d&#233;clenchent une gr&#232;ve qui durera plus de deux mois avant d'obtenir un r&#232;glement satisfaisant. Des gains sont enregistr&#233;s sur les trois objectifs de la plate-forme commune, sans qu'ils soient totalement atteints : int&#233;gration des &#171; frais de service &#187; (restauration, bars et banquets) dans le calcul du salaire et des aspects p&#233;cuniaires des avantages sociaux, cong&#233;s de maladie payables et monnayables de 7 jours, &#224; travail &#233;gal salaire &#233;gal et &#233;quivalence des avantages sociaux pour les diff&#233;rents statuts d'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante, en 1987, les employ&#233;s montr&#233;alais de l'h&#244;tellerie et de la restauration, regroup&#233;s dans 19 syndicats, empruntent la m&#234;me d&#233;marche, tout en se fixant des objectifs de n&#233;gociation plus &#233;lev&#233;s. La mobilisation s'organise. Pr&#232;s de 1 000 employ&#233;s participent &#224; un rassemblement &#224; l'amphith&#233;&#226;tre du Plateau au Parc Lafontaine. Les employ&#233;s du Grand H&#244;tel (Auberge des Gouverneurs-Radisson) entrent en gr&#232;ve le 13 mai et &#233;tabliront le pattern apr&#232;s six semaines d'interruption du travail. Les gains se r&#233;v&#232;lent substantiels, notamment l'obtention d'un salaire horaire de 10,00 $ pour les pr&#233;pos&#233;es aux chambres, un rattrapage salarial dans certains &#233;tablissements se situant ente 19 % et 57 % et l'implantation d'un RE&#201;R.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re ronde nationale (1990)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus de 30 syndicats (la plupart de Montr&#233;al, trois de Qu&#233;bec et un chacun pour Sorel, Gatineau et Rimouski) participent &#224; la n&#233;gociation coordonn&#233;e pour la premi&#232;re fois au plan national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s s'accumulent durant l'ann&#233;e. La situation &#233;conomique empire : saison estivale touristique m&#233;diocre et chute du taux d'occupation des h&#244;tels. La toute nouvelle concertation syndicale s'av&#232;re laborieuse : ainsi, la plupart des syndicats ne respectent pas l'&#233;ch&#233;ancier du d&#233;p&#244;t des mandats de gr&#232;ve. De plus, &#224; Montr&#233;al, les syndicats doivent affronter une association patronale regroupant 12 h&#244;tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir tent&#233; de ralentir le rythme de leur n&#233;gociation pendant plusieurs semaines pour permettre aux autres tables de les rejoindre, le syndicat du Holiday Inn Richelieu approuve en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale une nouvelle convention collective le 27 juin. Une entente de principe au Bonaventure Hilton le 9 juillet en reprend les principaux gains, avec certaines limitations. Cet h&#244;tel est membre de l'association patronale de Montr&#233;al et, fait &#224; noter, les porte-parole &#224; la table de n&#233;gociation sont respectivement Gilles Duceppe, coordonnateur national pour la partie syndicale, et Me Larouche, coordonnateur de la partie patronale. Une assembl&#233;e &#233;largie et houleuse du secteur syndiqu&#233; de l'h&#244;tellerie se tient au Centre Sheraton. Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s s'insurgent contre un r&#232;glement qu'ils jugent impos&#233;. Le lendemain, Gilles Duceppe annonce sa candidature pour le Bloc qu&#233;b&#233;cois &#224; l'&#233;lection f&#233;d&#233;rale partielle dans le comt&#233; de Laurier&#8211;Sainte-Marie. Des rumeurs se r&#233;pandent alors selon lesquelles l'entente du Bonaventure Hilton a &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;e &#224; cause de cette candidature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, le calme se r&#233;installe et le r&#233;sultat de la n&#233;gociation au Bonaventure Hilton est per&#231;u comme une base de r&#232;glement int&#233;ressante, notamment par une garantie journali&#232;re de huit heures pour les salari&#233;s et de six heures pour ceux &#224; pourboire, une augmentation salariale annuelle autour de 5 %, un rattrapage salarial entre 15,6 % et 23,4 % pour les cuisiniers, le droit d'obtenir cinq semaines de vacances apr&#232;s dix ans d'anciennet&#233; et une bonification des cong&#233;s de maternit&#233; et de maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ententes similaires sont accept&#233;es sans conflit par les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales des autres syndicats, sauf &#224; l'h&#244;tel M&#233;ridien o&#249; l'employeur d&#233;cr&#232;te un &lt;i&gt;lock-out&lt;/i&gt; qui durera 11 jours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La 7e ronde de n&#233;gociation nationale (2008)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2008, les n&#233;gociations coordonn&#233;es sont bien rod&#233;es, regroupent maintenant 41 h&#244;tels de tout le Qu&#233;bec et reposent non seulement sur un protocole de coordination et une plate-forme commune de revendications, mais aussi sur une coordination efficace de la mobilisation des syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes du protocole peuvent &#234;tre ramen&#233;s aux suivants : 1. Chaque syndicat demeure ma&#238;tre de sa n&#233;gociation avec l'employeur local. 2. Chaque syndicat qui adh&#232;re &#224; la n&#233;gociation coordonn&#233;e doit y demeurer fid&#232;le jusqu'&#224; la fin. Il doit donc consulter les autres syndicats avant de pr&#233;senter une contre-proposition ou d'accepter un compromis sur la plate-forme. 3. Le contenu des revendications doit &#234;tre li&#233; &#224; la capacit&#233; de mobilisation des syndiqu&#233;s et rejoindre les besoins de la majorit&#233; des syndicats et des membres. 4. Chaque syndicat se dote de ressources financi&#232;res (1,00 $ par semaine, par syndiqu&#233;) et forme des militants pour soutenir ceux qui seront &#224; l'avant-garde de la lutte (moyens de pression, gr&#232;ve, &lt;i&gt;lock-out&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plate-forme de revendications communes comprend les objectifs suivants : la 8e journ&#233;e de maladie non utilis&#233;e devient, elle aussi, remboursable, possibilit&#233; d'une semaine r&#233;duite pour les travailleurs permanents &#224; temps complet &#8211; sans perte d'avantages reli&#233;s &#224; l'anciennet&#233; &#8211; afin de concilier famille/travail, r&#233;duction d'une chambre pour leurs pr&#233;pos&#233;es, croissance de 5 % de la contribution de l'employeur au r&#233;gime d'assurance collective, majoration de la prime de d&#233;part &#224; la retraite et bonification de ce r&#233;gime, limitation du recours aux agences de personnel, augmentation annuelle de 5 % du salaire, convention de trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calendrier de mobilisation d&#233;bute en septembre 2007 lors d'une rencontre &#224; Trois-Rivi&#232;res o&#249; une centaine de d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux, qui constituent le comit&#233; de coordination, s'entendent sur un protocole de fonctionnement et une plate-forme de revendications. D&#233;but d&#233;cembre, rencontre du comit&#233; de coordination pour adopter les textes finaux de la plate-forme. Dans les semaines qui suivent, des assembl&#233;es, dans chaque syndicat, d&#233;cident de l'adh&#233;sion &#224; la n&#233;gociation cordonn&#233;e. En f&#233;vrier 2008, tourn&#233;e dans les divers d&#233;partements de tous les h&#244;tels pour examiner les demandes locales. Puis le comit&#233; ex&#233;cutif de chaque syndicat pr&#233;sente &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale les projets d'amendement aux conventions collectives. Au 31 mars, conf&#233;rences r&#233;gionales pour annoncer le d&#233;p&#244;t coordonn&#233; des projets de convention collective qui permettra d'exercer l&#233;galement la gr&#232;ve trois mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque syndicat doit obtenir de son assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale un mandat de gr&#232;ve pour une dur&#233;e totale de 72 heures &#224; utiliser, localement, aux moments jug&#233;s opportuns. Les syndicats de l'h&#244;tellerie se dotent d'une strat&#233;gie que je qualifierai de &#171; gu&#233;rillero &#187; : frapper &#224; l'impr&#233;vu l&#224; o&#249; &#231;a fait le plus mal et o&#249; les travailleurs sont le plus mobilisables. Un syndicat peut d&#233;brayer durant deux heures, puis retourner au travail. Chaque vendredi, des autobus sont nolis&#233;s qui emm&#232;nent des militants pour occuper le hall d'entr&#233;e d'h&#244;tels en conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une g&#233;n&#233;ration de jeunes militants, &#226;g&#233;s de 20 &#224; 30 ans, s'investit dans la mobilisation et prend le contr&#244;le de certaines instances syndicales. La g&#233;n&#233;ration des &lt;i&gt;baby-boomers&lt;/i&gt; regarde avec sympathie et incr&#233;dulit&#233; ces jeunes, d'origines diverses, qui d&#233;montrent dans l'action une &#233;nergie qui leur rappelle la leur dans les ann&#233;es 1970. Avec une imagination d&#233;bordante, un plaisir &#224; s'exprimer et un petit air baveux que les patrons jugent irrespectueux, ils chambardent tout et entreprennent une &#171; r&#233;volution &#187; culturelle sous l'&#339;il m&#233;fiant des g&#233;n&#233;rations se situant entre les vieux et les jeunes, et dont les craintes rel&#232;vent sans doute de leurs responsabilit&#233;s financi&#232;res plus lourdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs de l'h&#244;tel Hyatt Regency d&#233;braient le 4 juillet durant le Festival de jazz&#8230; Le 19 suivant, ils d&#233;clenchent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Face au joyeux cafouillage dans les divers h&#244;tels, les principaux employeurs se regroupent et cherchent &#224; se coordonner. Certains s'adressent directement aux employ&#233;s, essayant de les soulever contre leurs syndicats. Les procureurs patronaux se concertent, font tra&#238;ner les n&#233;gociations, cherchant &#224; briser l'unit&#233; syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir n&#233;goci&#233; d'un commun accord le normatif, les syndicats s'opposent &#224; la demande patronale de n&#233;gocier les clauses locales &#224; incidence p&#233;cuniaire avec celles plus lourdes de la plate-forme commune, craignant que celles-l&#224; soient noy&#233;es dans celles-ci. Dans plusieurs cas, ils obtiennent satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat de l'h&#244;tel Pur &#224; Qu&#233;bec signe une excellente convention collective le 16 juillet. Malheureusement, le syndicat du Sheraton Centre signe &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me moment une entente, sans respecter le protocole de coordination qu'il avait endoss&#233; en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Un flottement alors s'installe, les employeurs esp&#233;rant avoir &#233;tabli un &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt;, tandis que les syndiqu&#233;s se demandent comment le briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, le syndicat de l'h&#244;tel Hyatt Regency approuve, apr&#232;s trois semaines de gr&#232;ve, une convention collective sup&#233;rieure &#224; celle du Sheraton Centre. Il fait des gains sur chaque point de la plate-forme, notamment sur deux enjeux particuli&#232;rement litigieux : r&#233;duction d'une chambre pour les pr&#233;pos&#233;es durant l'&#233;t&#233; et les fins de semaine, stipulations qui r&#233;duisent &#224; presque rien les services des agences de personnel. Les autres syndicats profitent de cette perc&#233;e, dont ceux de l'h&#244;tel Reine &#201;lizabeth dont l'arr&#234;t de travail, le premier de leur histoire, durera un peu plus de deux mois. Cependant, une dizaine de syndicats, dont le Holiday Inn de Longueuil toujours en lock-out et celui en gr&#232;ve du Four Points Sheraton, continuent cette lutte particuli&#232;rement exigeante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un mod&#232;le de solidarit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les h&#244;tels, comme toutes les entreprises de services, ne peuvent &#234;tre d&#233;m&#233;nag&#233;s dans d'autres pays comme certaines manufactures et industries. Ils ne sont pas non plus assujettis &#224; la loi des Services essentiels et aux lois sp&#233;ciales des gouvernements qui ont transform&#233;, selon un des grands sp&#233;cialistes de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perrier, Yvan, De la libre n&#233;gociation &#224; la n&#233;gociation factice, Nota bene, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en n&#233;gociation &#171; factices &#187; les n&#233;gociations dans le secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ce type de n&#233;gociations, o&#249; les syndicats locaux d&#233;cident de se coordonner au plan national, a d&#233;montr&#233; dans l'h&#244;tellerie, malgr&#233; la disparit&#233; de taille entre les &#233;tablissements, sa grande efficacit&#233;, faisant passer ses employ&#233;s de la pauvret&#233; &#224; des conditions de travail et de revenus d&#233;centes, et cela, dans une p&#233;riode o&#249; pourtant la plupart des syndicats &#233;taient sur la d&#233;fensive et moroses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gociation coordonn&#233;e, ce mod&#232;le de n&#233;gociation autonome et solidaire, pourrait &#234;tre avantageusement reprise dans d'autres secteurs au Qu&#233;bec, au Canada et ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Perrier, Yvan, &lt;i&gt;De la libre n&#233;gociation &#224; la n&#233;gociation factice&lt;/i&gt;, Nota bene, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean-Marc Piotte&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rompre avec la loi du plus fort</title>
		<link>https://www.ababord.org/Rompre-avec-la-loi-du-plus-fort</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:21:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Langlois</dc:creator>


		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Denis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Force est de constater, 60 ann&#233;es apr&#232;s son adoption, que l'ordre souhait&#233; &#224; l'article 28 de cette d&#233;claration historique est encore &#224; venir. Proclam&#233;e &#224; l'or&#233;e d'un monde bipolaire, la D&#233;claration universelle des droits de l'homme (DUDH) fut traduite depuis en 337 langues. Elle demeure une r&#233;f&#233;rence partout sur cette plan&#232;te, au sens o&#249; tous les individus sont titulaires des droits et libert&#233;s qui y sont &#233;nonc&#233;s, du seul fait de leur appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine. Ces droits, inh&#233;rents, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Denis-+" rel="tag"&gt;Langlois, Denis&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton832.gif?1642092275' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;628&#034; height=&#034;513&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Force est de constater, 60 ann&#233;es apr&#232;s son adoption, que l'ordre souhait&#233; &#224; l'article 28 de cette d&#233;claration historique est encore &#224; venir. Proclam&#233;e &#224; l'or&#233;e d'un monde bipolaire, la &lt;i&gt;D&#233;claration universelle des droits de l'homme&lt;/i&gt; (DUDH) fut traduite depuis en 337 langues. Elle demeure une r&#233;f&#233;rence partout sur cette plan&#232;te, au sens o&#249; tous les individus sont titulaires des droits et libert&#233;s qui y sont &#233;nonc&#233;s, du seul fait de leur appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine. Ces droits, inh&#233;rents, ont &#233;t&#233; affirm&#233;s tels au-del&#224; des fronti&#232;res, des nations et autres diff&#233;rences caract&#233;risant les peuples et individus de notre monde. D'o&#249; sa port&#233;e universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre froide et hi&#233;rarchie des droits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res entraves &#224; la recherche de cet &#171; id&#233;al commun &#224; atteindre &#187; a &#233;t&#233; d'en extraire des conceptions pr&#233;tendument dissonantes. Promues respectivement par les deux blocs alors en comp&#233;tition pour la domination du monde, ces conceptions ont renvoy&#233; dos &#224; dos des droits &#233;nonc&#233;s par la DUDH comme &#233;tant pourtant indivisibles. Sont ainsi apparues deux cat&#233;gories de droits : les droits justiciables d'une part : les droits civils et politiques ; et ceux qui ne l'&#233;taient pas de l'autre : les droits &#233;conomiques, sociaux et culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, on pourra recourir aux tribunaux nationaux et aux instances internationales pour garantir l'exercice de sa libert&#233; d'opinion ou d'expression, mais pas dans le cas de son droit &#224; l'&#233;ducation. Manger &#224; sa faim ou avoir droit &#224; la s&#233;curit&#233; sociale n'est pas non plus justiciable, comme si le plein effet de ces droits n'influait pas sur la dignit&#233; de la vie d'une personne. Chacun des deux blocs d&#233;fend &#171; sa cat&#233;gorie &#187; de droits, et se place sur le mode dissuasif quant &#224; celle qu'il ne cherche pas vraiment &#224; promouvoir. Les &#201;tats-Unis, par exemple, n'ont toujours pas ratifi&#233; le &lt;i&gt;Pacte international relatif aux droits &#233;conomiques, sociaux et culturels&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : la construction d'une hi&#233;rarchie entre les libert&#233;s et les droits &#233;nonc&#233;s, une id&#233;e dont la fausset&#233; ne sera battue en br&#232;che qu'apr&#232;s la chute du mur de Berlin et l'&#233;clatement de l'URSS, soit lors de la conf&#233;rence de l'ONU sur les droits de l'homme, &#224; Vienne en 1993. Mais en attendant, l'ordre bipolaire aura fait en sorte que le partage de sph&#232;res d'influence et de domination s'accommode de l'absence de libert&#233;s civiles et politiques dans les pays communistes et dans plusieurs autres dictatures, notamment en Am&#233;rique latine des ann&#233;es 1950 aux ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;galit&#233; au-del&#224; de la d&#233;colonisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En vertu du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes consacr&#233; &#224; l'article premier des deux Pactes de 1966, la d&#233;colonisation mit fin aux empires europ&#233;ens en Asie et en Afrique. D&#232;s lors, on aurait pu s'attendre &#224; ce que le nouvel ordre international, fond&#233; dor&#233;navant sur l'&#233;gale souverainet&#233; des peuples, contribue &#224; &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer de la terreur et de la mis&#232;re&lt;/i&gt; &#187; des centaines de millions d'individus assujettis. C'est ce que le pr&#233;ambule de la DUDH proclamait avec tant d'emphase &#224; son troisi&#232;me paragraphe. Sauf que les guerres d'Alg&#233;rie et de Palestine, du Vietnam et d'Asie du Sud-Est, d'Angola ou du Mozambique, entre autres guerres de lib&#233;ration nationale, ont laiss&#233; un go&#251;t amer quant &#224; la v&#233;racit&#233; de l'attachement &#224; l'&#233;galit&#233; de droits des peuples et des &#234;tres humains. Encore aujourd'hui, ces peuples essaient de retrouver une certaine dignit&#233; &#224; vivre avec les cons&#233;quences effroyables des engins de guerre utilis&#233;s : napalm et agent orange au Vietnam, mines antipersonnel en Angola, au Sud-Liban, en Tch&#233;tch&#233;nie, en Afghanistan, uranium appauvri en Irak lors de la guerre du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, sous le couvert du principe de non-ing&#233;rence dans les affaires internes d'un pays, on a &#171; oubli&#233; &#187; la colonisation de peuples &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des fronti&#232;res. Il aura fallu une bataille de droits d'une vingtaine d'ann&#233;es pour que l'ONU proclame enfin, en 2007, la &lt;i&gt;D&#233;claration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones&lt;/i&gt;. Cette &#171; entr&#233;e juridique dans l'humanit&#233; &#187; est encore d&#233;ni&#233;e aujourd'hui par le Canada, ce qui en dit long sur la sinc&#233;rit&#233; de ses excuses &#224; l'endroit des enfants autochtones forc&#233;s &#224; l'assimilation dans des &#233;coles sp&#233;ciales pendant plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dignit&#233; humaine et capitalisme revanchard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ordre social est marqu&#233; aujourd'hui par la revanche d'un capitalisme pur et dur sur un capitalisme plus &#171; humain &#187; qui avait au moins essay&#233; de r&#233;guler ses avatars les plus inacceptables &#224; la suite de la crise de 1929 et de la guerre de 1939-1945. Sur le plan social et &#233;conomique, les indicateurs depuis trois d&#233;cennies n'arr&#234;tent pas de montrer la r&#233;gression du droit &#171; &lt;i&gt;&#224; un niveau de vie suffisant pour assurer sa sant&#233;, son bien-&#234;tre et ceux de sa famille&lt;/i&gt; &#187;. Si la multiplication des actions humanitaires dans le monde (faim, refuge, eau, sant&#233;, &#233;ducation, protection des civils) t&#233;moigne d'une solidarit&#233; effective au-del&#224; des fronti&#232;res, cette solidarit&#233; sociale et internationale n'arrive cependant pas &#224; compenser &#8211; encore moins &#224; renverser &#8211; la logique comp&#233;titive d&#233;brid&#233;e et guerri&#232;re qui domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'avilissant pour l'humanit&#233; &#224; ce que les puissances dominantes d&#233;pensent des sommes faramineuses en guerres et en armements, une industrie parmi les trois plus florissantes au monde. Il y a mati&#232;re &#224; r&#233;volte quand ces m&#234;mes pouvoirs, face &#224; la crise financi&#232;re actuelle, ne peuvent imaginer &#171; rescaper &#187; une &#233;conomie en crise autrement que par la r&#233;surrection suppos&#233;ment incontournable de ses parasites. Pourtant, une infime partie des centaines de milliards consacr&#233;s &#224; &#171; sauver les banques &#187; pourrait g&#233;n&#233;rer une alimentation p&#233;renne pour cette moiti&#233; de la plan&#232;te qui ne mange pas &#224; sa faim et redessiner une autre &#233;conomie par le fait m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait aussi possible de faire en sorte que l'ordre social de notre monde puisse procurer de l'eau potable &#224; ces 1,2 milliard de personnes qui n'y ont pas acc&#232;s, &#224; ces 30 000 personnes qui en meurent quotidiennement. Accepterait-on sans r&#233;agir qu'une centaine de Boeings 747 s'&#233;crasent tous les jours dans le monde, car c'est bien cela que repr&#233;sente le chiffre de 30 000 morts ? Il est vrai que ces centaines de millions de gens n'ont pas les moyens de prendre l'avion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ressources financi&#232;res existent. C'est la volont&#233; politique d'en &#233;tablir la redistribution de telle sorte que la dignit&#233; de chaque &#234;tre humain l'emporte sur tout autre consid&#233;ration qui, elle, ne repr&#233;sente pas encore la &#171; plus haute aspiration de l'homme &#187;. La DUDH est une d&#233;claration id&#233;aliste, oui, r&#233;volutionnaire certes. Elle &#233;tait marqu&#233;e en 1948 par l'id&#233;e de renverser &#8211; en le surmontant &#8211; un ordre de guerre, de domination et de barbarie, une id&#233;e port&#233;e par le slogan &#171; Plus jamais &#231;a &#187;. Si le monde de 1948 n'est plus le m&#234;me aujourd'hui, la t&#226;che de mettre en &#339;uvre de nouvelles conditions pour &#171; atteindre &#187; cet id&#233;al commun demande toujours d'&#234;tre mise en chantier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;largir l'espace de luttes pour transformer un ordre injuste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#233;gitime de se demander si la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233; proclam&#233;es &#224; l'article premier de la DUDH sont compatibles avec un ordre international enferm&#233; dans une logique reproduisant, pour une grande partie de l'humanit&#233;, l'accroissement des in&#233;galit&#233;s, la r&#233;pression de libert&#233;s fondamentales ainsi que l'&#233;clatement de tensions nationales, ethniques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le ma&#238;tre et le serviteur, c'est la libert&#233; qui opprime et la loi qui affranchit&lt;/i&gt; &#187;, affirmait Henri Lacordaire cent ans avant l'adoption de la DUDH. Depuis 1948, des avanc&#233;es majeures sur le plan normatif ont permis d'inscrire ce nouveau paradigme des droits de l'homme. Il est vrai que ces derniers ont aussi servi &#224; justifier l'ing&#233;rence ou m&#234;me l'agression au d&#233;triment de la r&#232;gle de droit. Mais l'espace de valeurs et de normes ouvert par la D&#233;claration universelle a n&#233;anmoins &#233;t&#233; repris de multiples fa&#231;ons : depuis la libert&#233; exig&#233;e par les peuples colonis&#233;s jusqu'au pain r&#233;clam&#233; par les populations affam&#233;es, depuis la traduction en droits des revendications de plusieurs secteurs sociaux jusqu'au combat pour la reformulation de lois ou encore la refondation constitutionnelle de pays entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste toutefois &#224; construire le passage de la phase volontaire &#8211; contractuelle &#8211; &#224; celle de la mise en &#339;uvre obligatoire, afin de conf&#233;rer &#224; ces valeurs universelles la garantie de leur respect par l'ensemble des communaut&#233;s politiques existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaincre la seule souverainet&#233; des plus forts et la criante d&#233;pendance des plus faibles, c'est aussi parvenir &#224; ce que l'id&#233;al proclam&#233; soit contraignant pour l'ensemble des soci&#233;t&#233;s et des pays, y compris et surtout pour les plus forts. Il faut garantir que la violation de ces normes universelles fera l'objet de recours dont les d&#233;cisions seront obligatoires pour les &#201;tats et acteurs priv&#233;s qui en sont responsables. Tol&#233;rer que l'on puisse se soustraire &#224; la Cour p&#233;nale internationale, comme le font les &#201;tats-Unis, emp&#234;cher le Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie de juger de crimes de guerre commis par l'OTAN, privil&#233;gier les r&#232;gles du march&#233; sur les droits fondamentaux d'&#234;tres humains, un tel ordre fond&#233; encore sur la loi de la force plut&#244;t que sur la r&#232;gle de droit se doit d'&#234;tre &#233;limin&#233; pour que la DUDH trouve son plein effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renforcer cette justice supranationale, ne pas y renoncer sous pr&#233;texte que le rapport de force actuel n'y serait pas favorable, c'est aussi consolider un espace de luttes qui depuis six d&#233;cennies n'a cess&#233; de s'&#233;largir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Denis Langlois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous le ciel de Gaza</title>
		<link>https://www.ababord.org/Sous-le-ciel-de-Gaza</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:18:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Colonialisme et imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx &#233;crivait, dans le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, que &#171; Tous les grands &#233;v&#233;nements et personnages de l'histoire du monde se produisent pour ainsi dire deux fois&#8230; La premi&#232;re fois comme une grande trag&#233;die, la seconde fois comme une farce sordide. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Il appara&#238;t pour le peuple palestinien, alors que l'on retire encore des corps des ruines de la bande de Gaza, victimes de l'op&#233;ration militaire isra&#233;lienne &#171; Plomb durci &#187; (27 d&#233;cembre 2008-18 janvier 2009), que celui-ci doit vivre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Imperialisme-+" rel="tag"&gt;Colonialisme et imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Moyen-Orient-+" rel="tag"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton831.gif?1642092275' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;500&#034; height=&#034;333&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marx &#233;crivait, dans le &lt;i&gt;Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, que &#171; &lt;i&gt;Tous les grands &#233;v&#233;nements et personnages de l'histoire du monde se produisent pour ainsi dire deux fois&#8230; La premi&#232;re fois comme une grande trag&#233;die, la seconde fois comme une farce sordide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il appara&#238;t pour le peuple palestinien, alors que l'on retire encore des corps des ruines de la bande de Gaza, victimes de l'op&#233;ration militaire isra&#233;lienne &#171; Plomb durci &#187; (27 d&#233;cembre 2008-18 janvier 2009), que celui-ci doit vivre &#224; la fois la trag&#233;die et la farce sordide. Le tragique, c'est cette continuelle d&#233;possession, initi&#233;e par la Naqba (catastrophe) de 1948, des Palestiniens de leurs terres ainsi qu'un abandon &#224; peu pr&#232;s complet par la communaut&#233; internationale. La farce sordide, c'est le ballet diplomatique des grandes puissances qui n'ont jamais pu, ou voulu, imposer &#224; Isra&#235;l un r&#232;glement &#233;quitable du conflit tandis que les &#201;tats arabes, par-del&#224; la rh&#233;torique, s'enlisent toujours plus dans l'impuissance. Ce qui s'est pass&#233; &#224; Gaza doit &#234;tre vu comme un condens&#233; de cette trag&#233;die sordide qui frappe l'ensemble des Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voir sombrer Gaza dans la M&#233;diterran&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Isol&#233;e du reste de la Palestine par la guerre de 1948 et plac&#233;e, &#224; la suite, sous l'administration de l'&#201;gypte pour, en 1967, tomber sous occupation militaire isra&#233;lienne, Gaza se pr&#233;sente comme un territoire exigu (365 km2) avec une forte densit&#233; de population : 3 300 habitants au kilom&#232;tre carr&#233;. Au-del&#224; des ces consid&#233;rations g&#233;ographiques, il faut noter que pr&#232;s des deux tiers des habitants sont des r&#233;fugi&#233;s, beaucoup issus de l'exode de 1948, entass&#233;s pour la plupart dans des camps. Cette forte concentration de r&#233;fugi&#233;s palestiniens va d'ailleurs rapidement poser probl&#232;me aux autorit&#233;s d'occupation isra&#233;liennes. Dans la vision sioniste, Gaza fait partie de Eretz Isra&#235;l (Grand Isra&#235;l), mais que faire alors de la population arabe qui risquerait de diluer la &#171; puret&#233; &#187; ethnique du territoire isra&#233;lien ? Aux lendemains de la guerre de 1967, des dirigeants isra&#233;liens, dont Yigal Allon et Abba Eban, envisag&#232;rent de transf&#233;rer une bonne partie de la population de Gaza vers la Jordanie. Ce plan &#233;choua et le gouvernement isra&#233;lien se tourna, en 1970, vers la colonisation, comme en Cisjordanie. Les colonies isra&#233;liennes de peuplement, en faisant abstraction de la mystique fumeuse dont l'id&#233;ologie sioniste les entoure, ob&#233;issent &#224; une logique de contr&#244;le du territoire palestinien. &#192; Gaza, ce contr&#244;le &#233;tait d'autant plus n&#233;cessaire que ce territoire repr&#233;sentait un terreau fertile pour le militantisme palestinien. De 1967 &#224; 1970, la r&#233;sistance s'y d&#233;ploie, menant sur une base presque quotidienne attentats &#224; la grenade et attaques contre les patrouilles isra&#233;liennes. Pour mater cette r&#233;sistance, l'&#201;tat h&#233;breu d&#233;cide, au printemps 1970, outre la colonisation, une op&#233;ration militaire &#224; large &#233;chelle contre les camps de r&#233;fugi&#233;s, Tsahal appliquant (d&#233;j&#224;&#8230;) la politique des bulldozers. En deux mois, 1 800 maisons sont ras&#233;es et 20 000 personnes d&#233;plac&#233;es. Cette r&#233;pression allait, pour un temps, stopper la lutte des gazaouis mais les dirigeants isra&#233;liens ne furent pas pour autant rassur&#233;s face &#224; ce qui pouvait surgir de ce territoire rebelle. Yitzhak Rabin, premier ministre d'Isra&#235;l (1974-1977 et 1992-1995) d&#233;clarait ainsi qu' &#171; &lt;i&gt; il souhaitait dans ses meilleurs r&#234;ves voir sombrer Gaza dans la M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, alors que pour beaucoup d'Isra&#233;liens, l'expression &#171; va donc &#224; Gaza &#187; signifie &#171; va en enfer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces inqui&#233;tudes n'&#233;taient pas infond&#233;es, car c'est &#224; partir du camp de r&#233;fugi&#233;s de Jabaliya, &#224; Gaza, que s'est d&#233;clench&#233;e, en d&#233;cembre 1987, la premi&#232;re Intifada, ce soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral de la population palestinienne en territoires occup&#233;s. Cette r&#233;volte allait prendre au d&#233;pourvu non seulement l'occupant isra&#233;lien, mais aussi les organisations politiques de la r&#233;sistance palestinienne regroup&#233;es au sein de l'OLP (Organisation de la lib&#233;ration de la Palestine). Cette derni&#232;re, dont la direction &#233;tait bas&#233;e pour l'essentiel en Tunisie, n'avait pas une claire perception de ce qui se passait sur le terrain mais elle allait, assez vite, reprendre les r&#234;nes de ce mouvement pour, &#224; la suite, promulguer en novembre 1988 une d&#233;claration d'ind&#233;pendance de l'&#201;tat palestinien, appeler &#224; la fin de la lutte arm&#233;e et reconna&#238;tre Isra&#235;l. La suite, ce furent les Accords d'Oslo en 1993, entre Isra&#233;liens et Palestiniens, qui d&#233;bouch&#232;rent sur la cr&#233;ation de l'Autorit&#233; palestinienne. Bien des espoirs sont n&#233;s &#224; la suite de ces Accords, espoirs qui rapidement se sont fl&#233;tris. Comme l'&#233;crivait Amira Hass :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;En 1993, Isra&#235;l a eu une occasion en or, une occasion unique, de d&#233;montrer au monde que ce qu'on disait de lui n'&#233;tait pas vrai. Qu'il n'est pas un &#201;tat colonialiste par nature. Qu'expulser un peuple de sa terre, chasser des gens de leurs maisons, voler des terres palestiniennes pour y installer des Juifs, ne constituait pas le fondement de son existence et de son essence (...) Isra&#235;l a manqu&#233; cette occasion, en ne faisant que perfectionner sa m&#233;thode de vol des terres et d'expulsion hors des maisons et en entassant les Palestiniens dans des enclaves coup&#233;es les unes des autres&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amira Hass, &#171; L'histoire n'a pas commenc&#233; avec les qassam &#187;, Haaretz, 20 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complaisance des grandes puissances comme les &#201;tats-Unis ainsi que l'impotence et la corruption qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein de l'Autorit&#233; palestinienne ont permis &#224; Isra&#235;l de red&#233;ployer ses m&#233;canismes de contr&#244;le. D&#233;&#231;us, bon nombre de Palestiniens vont se tourner vers un nouvel acteur sur la sc&#232;ne politique : le Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du bon usage du Hamas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nouvel acteur ? Pas tout &#224; fait car le Mouvement de la r&#233;sistance islamique (dont l'acronyme est Hamas, qui signifie aussi z&#232;le) se revendique, au d&#233;part, comme une aile des Fr&#232;res musulmans, organisation fond&#233;e en 1928 en &#201;gypte. Durant la guerre de 1948, des membres de la confr&#233;rie se battent en Palestine avec les arm&#233;es arabes. Apr&#232;s la d&#233;faite de 1967, les Fr&#232;res musulmans implant&#233;s &#224; Gaza se r&#233;organisent et mettent sur pied un important r&#233;seau d'aide sociale &#8211; garderies, biblioth&#232;ques, cliniques &#8211; qui va graviter autour du Centre islamique dirig&#233; par cheikh Ahmed Yassine. Il faut noter qu'&#224; cette &#233;poque, la soci&#233;t&#233; des Fr&#232;res musulmans met plus l'accent sur une r&#233;forme (dans le sens islamiste) de la soci&#233;t&#233; que sur la r&#233;sistance arm&#233;e &#224; l'occupant isra&#233;lien. Celui-ci, au d&#233;but, t&#233;moignera d'ailleurs d'une grande mansu&#233;tude face aux islamistes, Isra&#235;l les consid&#233;rant comme un utile facteur de division des Palestiniens. En 1987, avec l'Intifada, un revirement s'op&#232;re, les Fr&#232;res musulmans d&#233;cidant de cr&#233;er le mouvement Hamas qui va s'impliquer massivement dans la r&#233;volte. Cette implication r&#233;sistante ancr&#233;e dans le terrain ainsi qu'un souci des plus d&#233;munis expliquent en bonne partie le succ&#232;s grandissant du Hamas face &#224; l'OLP et &#224; une Autorit&#233; palestinienne qui, malgr&#233; la stature de militant comme Marwan Barghouti, s'est enfonc&#233;e dans l'inertie et la corruption. Dans ce contexte, il n'est pas &#233;tonnant que le Hamas remporte les &#233;lections l&#233;gislatives de 2006. &#192; partir de ce moment, r&#233;p&#233;tition historique, la vindicte internationale s'est abattue sur les Palestiniens, accus&#233;s d'avoir choisi le mauvais parti.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que le Hamas soit un mouvement r&#233;actionnaire, tant au niveau du droit des femmes que de l'opposition politique, c'est entendu mais, comme le soulignait Ali Jarbawi, c'est aussi un parti politique pragmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Hamas, Un parti politique pragmatique &#187;, entretien avec Ali Jarbawi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; partir de cela, on peut comprendre les ajustements que le Hamas a fait par rapport &#224; sa position face &#224; Isra&#235;l, acceptant&lt;i&gt; de facto&lt;/i&gt; l'&#233;tablissement d'un &#201;tat palestinien dans le cadre des territoires occup&#233;s sans renoncer, cependant, &#224; la lutte arm&#233;e. C'est ce dernier point qui explique l'implacable opposition isra&#233;lienne face au Hamas et le blocus impos&#233; &#224; la bande de Gaza &#224; partir de 2007. L'intervention militaire du 27 d&#233;cembre 2008 n'est ainsi qu'une suite logique de cette opposition tout en s'inscrivant, plus profond&#233;ment, dans la dynamique qui s'est enclench&#233;e &#224; partir de 1948, visant &#224; d&#233;truire toujours plus les fondements de la soci&#233;t&#233; palestinienne. &#192; ce titre, le bilan de l'op&#233;ration &#171; Plomb durci &#187; est &#233;loquent : plus de 1 300 morts palestiniens dont 400 femmes et enfants. Et cela, sans parler des destructions faites aux infrastructures comme l'approvisionnement en eau, l'&#233;lectricit&#233; ou l'ensemble des services publics. Sous le ciel de Gaza, la trag&#233;die et la farce sordide se sont conjugu&#233;es une fois de plus, laissant le peuple palestinien toujours plus d&#233;poss&#233;d&#233;. Jusqu'&#224; quand ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amira Hass, &#171; L'histoire n'a pas commenc&#233; avec les qassam &#187;, &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt;, 20 janvier 2009. Texte en ligne sur le site &lt;a href=&#034;http://www.protection-palestine.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.protection-palestine.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le Hamas, Un parti politique pragmatique &#187;, entretien avec Ali Jarbawi, &lt;i&gt;Confluences M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt;, num&#233;ro 55, automne 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Christian Brouillard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers un antiracisme de plus en plus progressiste</title>
		<link>https://www.ababord.org/Vers-un-antiracisme-de-plus-en</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:14:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana&#239;s Anderson-Thierry</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Anderson-Thierry, Ana&#239;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;S'agissant des &#171; immigrants &#187;, les d&#233;bats sur l'antiracisme et le racisme s'en tiennent g&#233;n&#233;ralement aux discours &#224; connotation raciste et sur les attitudes racistes, ou encore sur le vote d'une droite nationaliste et frileuse, ce qui a pour r&#233;sultat de faire l'impasse sur un d&#233;bat important relatif &#224; l'immigration : le fait que les immigr&#233;s sont, dans la r&#233;alit&#233;, soumis et confront&#233;s aux lois du fonctionnement les plus ordinaires de ce qu'il conviendrait d'appeler l'espace social au niveau (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton830.gif?1642092275' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;683&#034; height=&#034;453&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'agissant des &#171; immigrants &#187;, les d&#233;bats sur l'antiracisme et le racisme s'en tiennent g&#233;n&#233;ralement aux discours &#224; connotation raciste et sur les attitudes racistes, ou encore sur le vote d'une droite nationaliste et frileuse, ce qui a pour r&#233;sultat de faire l'impasse sur un d&#233;bat important relatif &#224; l'immigration : le fait que les immigr&#233;s sont, dans la r&#233;alit&#233;, soumis et confront&#233;s aux lois du fonctionnement les plus ordinaires de ce qu'il conviendrait d'appeler l'espace social au niveau &#224; la fois national et mondial, qui tendent &#224; reproduire &#8211; pour le dire dans la jargon des sociologues &#8211; &#171; la structure des diff&#233;rences de dotation initiale &#187;. Moins dot&#233;s au niveau du capital &#233;conomique, social et culturel, la majorit&#233; des migrants &lt;i&gt;poss&#232;dent&lt;/i&gt; un capital symbolique n&#233;gatif, lequel est li&#233; &#224; l'&#233;tat de stigmatisation qui les caract&#233;rise assez souvent. Cela nous am&#232;ne &#224; dire que les migrants participent d'un proc&#232;s de discrimination structurale qui n'a pas du tout besoin d'une quelconque assise l&#233;gale consciente pour se d&#233;ployer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, il parait politiquement limit&#233; de s'attarder uniquement sur la notion de &#171; racisme &#187; telle qu'elle se donne &#224; voir sur le plan du discours, l'important est dans ce cas de rendre plus manifestes les conditions sociales de production de rapports sociaux racialis&#233;s. On pourra voir ainsi un peu plus clair dans l'h&#233;t&#233;roclite registre &#171; antiraciste &#187;. Ainsi, nous estimons &#8211; pour ce qui est de nos soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es &#8211; que le racisme est en grande partie tributaire du ph&#233;nom&#232;ne de l'intensification de plus en plus accrue de la concurrence au sein des classes populaires, sur le registre du travail et de l'emploi. Sans doute que ce jeu concurrentiel se superpose aussi au niveau de l'&#233;cole, de la protection sociale et des services publics. Faut-il pour autant faire preuve de mansu&#233;tude &#224; l'&#233;gard du discours raciste ? Loin s'en faut. Il appara&#238;t toutefois &#233;vident que la pr&#233;&#233;minence que prend la lutte au seul discours raciste, laquelle l'expurge trop souvent de ses soubassements sociopolitiques, s'explique en grande partie par l'&#233;clipse des acteurs sociaux et politiques qui censuraient l'expression de cette forme de ressentiment social qu'est le racisme : on pense ici &#224; la d&#233;l&#233;gitimation du mouvement ouvrier ou m&#234;me de la notion universalisante de service public. En ce sens, la doxa et les politiques n&#233;olib&#233;rales ne font que renforcer les conditions d'&#233;mergence de ces formes de discriminations structurales &#224; l'origine du ressentiment racial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant une telle mise &#224; plat de ce qui pr&#233;side &#224; la solidarit&#233; sociale et &#224; la r&#233;sistance collective, le discours raciste prend souvent la forme d'exutoire, voire de formes de r&#233;actions apolitiques. On pourrait m&#234;me dire qu'il s'agit de r&#233;ponses culturalistes &#224; des enjeux politiques appelant une analyse de nature anti-syst&#233;mique : c'est-&#224;-dire offrir des r&#233;ponses &#224; m&#234;me d'att&#233;nuer les pratiques sociales et les repr&#233;sentations &#224; la base de la reproduction de rapports sociaux in&#233;galitaires. Comme nous l'enseignent nombre de sociologues, le probl&#232;me dans ce cas n'est pas seulement la pauvret&#233; et l'in&#233;galit&#233;, ni m&#234;me l'accentuation du nombre de personnes qui en sont affect&#233;es, mais surtout le fait que ces in&#233;galit&#233;s sociales se traduisent par la concentration de pauvres dans un m&#234;me espace. De plus en plus, les pauvres vivent entre eux. C'est un ph&#233;nom&#232;ne relativement nouveau. Ces espaces sont produits &#224; partir d'un double m&#233;canisme : l'existence de populations au ch&#244;mage ou poss&#233;dant de faibles revenus et l'existence de populations dont la pr&#233;sence se caract&#233;rise par une sorte d'ext&#233;riorit&#233; &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; d'accueil &#187; ou &#224; la soci&#233;t&#233; nationale. Et voil&#224; que les populations qui cumulent souvent ces deux traits sont en gros les m&#234;mes : ce sont celles que l'on qualifie &#171; d'immigr&#233;es &#187; ou &#171; issues de l'immigration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; autant de ph&#233;nom&#232;nes qui doivent &#234;tre pris en consid&#233;ration par toute strat&#233;gie de lutte au racisme. Malheureusement, toutes ces dimensions de la r&#233;alit&#233; de l'immigration sont occult&#233;es par le discours dominant, pour lequel l'&lt;i&gt;immigration&lt;/i&gt; cr&#233;e des &lt;i&gt;probl&#232;mes&lt;/i&gt; qui doivent trouver leur r&#233;ponse par des mesures qui g&#233;n&#233;ralement ont pour particularit&#233; d'&#234;tre encore plus hostiles &#224; l'immigration sous toutes ses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels d&#233;fis intellectuels, les acteurs &#339;uvrant dans la lutte au ph&#233;nom&#232;ne racial sont h&#233;las largement captifs de d&#233;bats &#224; forte teneur identitaire qui permettent tr&#232;s difficilement de penser ces conditions sociales &#224; l'origine du ph&#233;nom&#232;ne racial. C'est donc largement les assises d'une r&#233;ponse r&#233;solument politique au racisme qui s'en trouvent brouill&#233;es : la capacit&#233; d'incarner le politique, entendu au sens d'instance de production de normes, de principes et de valeurs ; le politique comme acte de puissance ou de production d'effets visibles sur la r&#233;alit&#233; sociale. En ce sens, on peut dire qu'il est imp&#233;rieux de passer d'une politique d'&#233;nonciation d'un antiracisme &#224; une politique de sa r&#233;alisation effective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ana&#239;s Anderson-Thierry&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle est la responsabilit&#233; des employeurs ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quelle-est-la-responsabilite-des</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Deschenaux</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Deschenaux, Fr&#233;d&#233;ric </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pr&#233;occupation des m&#233;dias et des partis politiques &#224; propos du d&#233;crochage scolaire semble contradictoire &#224; plusieurs &#233;gards. Les &#233;lites politiques et &#233;conomiques constatent avec inqui&#233;tude les &#233;ventuels probl&#232;mes d'insertion professionnelle de ces d&#233;crocheurs dans une &#233;conomie du savoir. &#192; cet &#233;gard, le sort des gar&#231;ons appara&#238;t plut&#244;t inqui&#233;tant. Or, cette situation ne semble pas pr&#233;occuper certains employeurs qui privil&#233;gient pourtant l'exp&#233;rience avant le dipl&#244;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans le discours (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Deschenaux-Frederic-+" rel="tag"&gt;Deschenaux, Fr&#233;d&#233;ric &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton829.gif?1642092275' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;409&#034; height=&#034;512&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pr&#233;occupation des m&#233;dias et des partis politiques &#224; propos du d&#233;crochage scolaire semble contradictoire &#224; plusieurs &#233;gards. Les &#233;lites politiques et &#233;conomiques constatent avec inqui&#233;tude les &#233;ventuels probl&#232;mes d'insertion professionnelle de ces d&#233;crocheurs dans une &#233;conomie du savoir. &#192; cet &#233;gard, le sort des gar&#231;ons appara&#238;t plut&#244;t inqui&#233;tant. Or, cette situation ne semble pas pr&#233;occuper certains employeurs qui privil&#233;gient pourtant l'exp&#233;rience avant le dipl&#244;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le discours dominant, tout comme dans celui de certains universitaires qui &#233;tudient ces th&#232;mes, on constate une tendance qui consiste &#224; montrer les jeunes comme acteurs de leur existence, laissant l'illusion que les jeunes naviguent uniquement au gr&#233; de leurs choix et de leurs aspirations. Afin de contrer le discours souvent n&#233;gatif entourant la jeunesse, ces auteurs font le choix de traiter le sujet sous un angle positif, quitte &#224; parfois sombrer dans une sorte d'euphorie truff&#233;e d'euph&#233;mismes. Par exemple, les &#171; d&#233;crocheurs &#187; font place aux jeunes qui ont &#171; interrompu leurs &#233;tudes &#187;. Dans cet esprit, le d&#233;crochage deviendrait une &#171; strat&#233;gie d'insertion &#187;. Or, cette mani&#232;re de regarder les ph&#233;nom&#232;nes sociaux peut masquer des d&#233;cisions qui permettent l'existence de ces &#171; strat&#233;gies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les jeunes peuvent mobiliser de telles strat&#233;gies uniquement parce qu'ils en ont la possibilit&#233;. Si, &#224; la suite de l'abandon de leurs &#233;tudes, aucun employeur n'&#233;tait au rendez-vous, le &#171; choix &#187; de quitter les &#233;tudes serait sans doute remis en question par plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, il est essentiel de regarder la face cach&#233;e de la Lune de ce ph&#233;nom&#232;ne (pour rependre l'expression d'Antoine Baby). Il faut se demander dans quelles conditions les jeunes peuvent abandonner leurs &#233;tudes pour aller travailler. La complicit&#233; des employeurs devient donc une condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la r&#233;ussite de cette &#171; strat&#233;gie &#187;. Et je ne parle pas uniquement des emplois qui demandent un faible niveau de qualification. Dans plusieurs secteurs de la formation professionnelle et technique, les &#233;l&#232;ves quittent pr&#233;matur&#233;ment les ateliers et les salles de classe, car ils r&#233;ussissent &#224; se faire engager en d&#233;pit du fait qu'ils n'ont pas encore d&#233;croch&#233; leur dipl&#244;me ! Le m&#234;me raisonnement s'applique en ce qui concerne les jeunes dipl&#244;m&#233;s &#171; d&#233;class&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qui occupent un emploi qui exige un niveau de qualification inf&#233;rieur au dipl&#244;me d&#233;tenu. Comment un dipl&#244;m&#233; universitaire en vient-il &#224; occuper l'emploi d'un technicien ? Certainement parce qu'un employeur lui offre cet emploi et le dipl&#244;m&#233;, &#224; d&#233;faut d'autre chose, l'accepte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que tous les indicateurs classiques (le taux de ch&#244;mage, entre autres) sont au beau fixe en ce qui concerne l'emploi des jeunes. Il est tout aussi vrai que les emplois sont en abondance. Du moins, c'&#233;tait le cas tout r&#233;cemment ! Mais quantit&#233; rime rarement avec qualit&#233;. J'ai d'ailleurs r&#233;alis&#233; un examen des conditions d'insertion des dipl&#244;m&#233;s au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es qui montre une d&#233;gradation assez marqu&#233;e de la qualit&#233; des emplois des universitaires. Seuls les dipl&#244;m&#233;s de la formation professionnelle au secondaire voient leur situation s'am&#233;liorer au cours de cette p&#233;riode. Loin de moi l'id&#233;e de d&#233;clencher une guerre de chiffres, mais les donn&#233;es du minist&#232;re de l'&#201;ducation, du Loisir et du Sport le montrent (elles sont accessibles sur le site du MELS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il faudrait interroger, voire remettre en question, le choix des employeurs qui embauchent ces jeunes peu ou trop dipl&#244;m&#233;s. Pourquoi acceptent-ils d'engager un travailleur qui ne poss&#232;de pas de dipl&#244;me ? Pourquoi acceptent-ils d'engager un &#233;l&#232;ve non encore dipl&#244;m&#233; dans leur entreprise ? &#192; quoi riment donc tous les investissements en formation professionnelle et technique si les employeurs ne jugent pas la formation essentielle ? &#192; quoi servent les parcours de formation ax&#233;e vers l'emploi ? Ces programmes, destin&#233;s aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s, sont cens&#233;s &#234;tre une &#171; &lt;i&gt;r&#233;ponse aux attentes sociales&lt;/i&gt; &#187; (MELS, 2008, p.1). N'est-ce pas ironique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui a trait au d&#233;classement, les m&#234;mes questions se posent. Voici, d'ailleurs, une anecdote assez r&#233;v&#233;latrice. Une commission scolaire engageait des dipl&#244;m&#233;s universitaires pour occuper des emplois de secr&#233;taires alors qu'elle dipl&#244;mait, de l'autre main, des candidats dans le programme de secr&#233;tariat en formation professionnelle. Ces personnes n'&#233;taient pas assez qualifi&#233;es ? Cherchez l'erreur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que certaines personnes s'en tirent plut&#244;t bien en d&#233;pit de leur faible scolarisation. Certaines publications regorgent d'exemples. Mais c'est loin d'&#234;tre le lot de la majorit&#233; ! Les enqu&#234;tes et les statistiques sont l&#233;gion &#224; ce sujet. Certaines &#233;tudes montrent les incidences d'une faible dipl&#244;mation sur plusieurs aspects de la vie professionnelle, et m&#234;me sur la sant&#233; des individus. Il est donc trompeur de braquer les projecteurs sur une personne qui a r&#233;ussi m&#234;me en d&#233;crochant, pour braver le syst&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, est-ce que les jeunes sont vraiment les acteurs de leur existence ? Quels seraient leurs comportements si les employeurs agissaient autrement ? Il semble en effet qu'il convienne d'interroger le r&#244;le des employeurs quand il est question d'&#233;ducation. Quel est leur r&#244;le ? Quelle est leur responsabilit&#233; comme &#171; personne morale &#187; dans notre soci&#233;t&#233; ? Est-ce que la rentabilit&#233; et la comp&#233;titivit&#233; de l'entreprise justifient ces d&#233;cisions, non sans impact sur les travailleurs ? J'esp&#232;re que non, mais on dirait bien que oui&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Deschenaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Rimouski&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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