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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Une histoire des peuples plus que des gouvernements</title>
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		<dc:date>2009-02-08T18:35:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard, Ricardo Pe&#241;afiel, Rachel Sarrasin</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>Pe&#241;afiel, Ricardo</dc:subject>
		<dc:subject>Sarrasin, Rachel </dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est maintenant devenu un lieu commun de parler du virage &#224; gauche de l'Am&#233;rique latine. Tellement commun qu'il est d&#233;j&#224; suivi d'un second lieu commun consistant &#224; questionner cet apparent virage en &#233;voquant les diff&#233;rences notoires existant entre les divers gouvernements dits de gauche du sous-continent. En effet, les gouvernements &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; de Lula (Br&#233;sil), des Kirchner (Argentine), de Bachelet (Chili), de Tabar&#233; V&#225;zquez (Uruguay) cherchant &#224; &#171; humaniser &#187; le capitalisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton784.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1119&#034; height=&#034;1510&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est maintenant devenu un lieu commun de parler du virage &#224; gauche de l'Am&#233;rique latine. Tellement commun qu'il est d&#233;j&#224; suivi d'un second lieu commun consistant &#224; questionner cet apparent virage en &#233;voquant les diff&#233;rences notoires existant entre les divers gouvernements dits de gauche du sous-continent. En effet, les gouvernements &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; de Lula (Br&#233;sil), des Kirchner (Argentine), de Bachelet (Chili), de Tabar&#233; V&#225;zquez (Uruguay) cherchant &#224; &#171; humaniser &#187; le capitalisme (n&#233;olib&#233;ralisme) sont sans doute plus proches des programmes de lutte contre la pauvret&#233; &#233;labor&#233;s par la Banque mondiale que les gouvernements &#171; socialistes &#187; et &#171; r&#233;volutionnaires &#187; (tax&#233;s de populisme) de Ch&#225;vez (Venezuela), Morales (Bolivie) ou Correa (&#201;quateur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; ces diff&#233;rences, quelque chose a chang&#233; au cours des 10 derni&#232;res ann&#233;es. Il est maintenant possible de parler ouvertement d'expropriation ou de nationalisation des ressources naturelles, de souverainet&#233; nationale ou populaire, de socialisme et de r&#233;volution l&#224; o&#249; il y a une d&#233;cennie &#224; peine on ne pouvait entendre que des appels au &#171; r&#233;alisme &#187; et des sommations &#224; &#171; s'adapter &#187; aux imp&#233;ratifs de la mondialisation, de l'ouverture des march&#233;s et des &#233;quilibres macro&#233;conomiques. La sacro-sainte stabilit&#233; politique et sociale exigeait un pluralisme de consensus, une d&#233;mocratie sans conflits et sans id&#233;ologies, une r&#233;conciliation et une justice conjugu&#233;es &#224; l'impunit&#233;, de m&#234;me qu'une &#233;galit&#233; des chances cohabitant &#171; productivement &#187; avec des in&#233;galit&#233;s de revenus autant que de statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au-del&#224; des diff&#233;rences pouvant exister entre les divers processus de &#171; virage &#224; gauche &#187; du continent, l'effet combin&#233; des uns et des autres fait en sorte que l'espace du possible s'&#233;largit. Et ce, non seulement dans les discours, les faits et les gestes des gouvernements, mais surtout dans les consciences, les aspirations et les actions des peuples du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'un peuple se refl&#232;te et s'amplifie, raisonne et se modalise, dans l'histoire coonstruite au quotidien par un autre. C'est ainsi, par exemple (comme le montre l'article de Marie-Christine Doran), que l'affaire Pinochet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'affaire Pinochet d&#233;bute avec l'arrestation du dictateur chilien &#224; Londres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rendra possible l'ouverture de centaines de causes relatives aux violations des droits humains, non seulement au Chili mais &#233;galement en Argentine, en Uruguay, au Guatemala et ailleurs, &#233;branlant ainsi le pacte entre &#233;lites mod&#233;r&#233;es qui prescrivait l'impunit&#233; pour les tortionnaires comme condition de la stabilit&#233; politique et de la consolidation d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi, &#233;galement, que le processus constitutionnel initi&#233; par Ch&#225;vez en 1999 se r&#233;actualisera en Bolivie puis en &#201;quateur avec d'importantes nuances relatives &#224; la r&#233;alit&#233; nationale et aux rapports de force existant dans ces pays. En effet, alors qu'en &#201;quateur le processus d'adoption d'une nouvelle constitution semble suivre le m&#234;me cours qu'au Venezuela &#8211; avec un pr&#233;sident qui parvient &#224; se doter au niveau de l'Assembl&#233;e constituante de la majorit&#233; qui lui faisait d&#233;faut au parlement pour ainsi renverser &#171; l'ancien r&#233;gime &#187; &#224; coup de r&#233;f&#233;rendums et d'&#233;lection &#8211;, en Bolivie, au contraire, Morales peine &#224; faire ratifier par voie r&#233;f&#233;rendaire un controvers&#233; texte constitutionnel en m&#234;me temps qu'il se voit menac&#233; par une fronde autonomiste questionnant l'autorit&#233; du gouvernement central et pla&#231;ant le pays face &#224; une s&#233;cession &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; des r&#233;gions les plus riches du pays (voir l'article de Roxana Paniagua Humeres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, sur le plan de l'action autonome des masses &#8211; depuis le &lt;i&gt;Caracazo&lt;/i&gt; (Venezuela, 1989) jusqu'au soul&#232;vement des &lt;i&gt;Foragidos&lt;/i&gt; (&#201;quateur, 2005), en passant par les &lt;i&gt;Piqueteros&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Asambleas de Barrio&lt;/i&gt; (Argentine, 2001) ou les guerres de l'eau et du gaz (Bolivie, 2000 et 2003) &#8211;, on constate le recours, de plus en plus fr&#233;quent, aux soul&#232;vements populaires comme exercice de la souverainet&#233; du peuple. Comme le souligne Ricardo Pe&#241;afiel dans son texte, plut&#244;t qu'une menace contre les institutions d&#233;mocratiques, cette forme &#171; sauvage &#187; de protagonisme populaire ne serait-elle pas plut&#244;t un sympt&#244;me de la vivacit&#233; et de l'effectivit&#233; d'une d&#233;mocratie directe et participative en plein processus de cr&#233;ation et de consolidation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#233;veil des peuples du continent ne se traduit pas uniquement par des soul&#232;vements spectaculaires, il est &#233;galement tress&#233; de luttes quotidiennes qui, malgr&#233; des corr&#233;lations de forces d&#233;favorables, parviennent &#224; imposer la raison de David contre la brutalit&#233; de Goliath. Que ce soit les organisations autochtones qui, en s'appuyant sur les trait&#233;s internationaux qu'elles ont arrach&#233;s au cours des 30 derni&#232;res ann&#233;es, parviennent &#224; faire avancer leur lutte pour l'autonomie territoriale, malgr&#233; les nombreuses entorses que les gouvernements signataires de ces accords leur font subir (voir l'article de Pierre Beaucage) ; ou encore les petites communaut&#233;s rurales ou autochtones battant en br&#232;che les m&#233;gaprojets miniers, forestiers ou hydro&#233;lectriques promus par des multinationales se jouant des lois, des engagements internationaux, de l'environnement et du bien-&#234;tre des populations locales (voir l'article de Marie-Dominik Langlois et Rachel Sarrasin) ; dans tous les cas, on per&#231;oit la force acquise par les organisations civiles, autochtones, paysannes, ouvri&#232;res ou populaires qui, ind&#233;pendamment des pouvoirs en place, parviennent &#224; faire avancer l'efficience des droits et marquent l'entr&#233;e en sc&#232;ne des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette convergence des luttes populaires se refl&#232;te dans des rencontres internationales comme le Forum social des Am&#233;riques (voir le texte de Thomas Chiasson-LeBel) o&#249; l'internationalisme, d&#233;j&#224; implant&#233; de longue date dans le contient (comme le montre le texte de Christian Brouillard), se renouvelle avec l'apparition de nouveaux acteurs et de nouveaux enjeux, prenant leurs distances tout autant du capitalisme et du n&#233;olib&#233;ralisme que des anciens mod&#232;les centralistes, militaris&#233;s ou dogmatiquement prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme le rappelle Pierre Beaudet dans son texte, l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; chez nous par ce fantastique r&#233;veil des peuples ne doit pas en rester au niveau des simples spectateurs &#233;bahis. Il nous interpelle dans nos propres luttes et aspirations, montrant une voie qu'il ne s'agit pas de suivre b&#233;atement, mais d'inventer, conjointement et solidairement avec les autres peuples de notre continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant, il y a 10 ans &#224; peine, l'Am&#233;rique latine semblait avoir atteint la fin de l'histoire, s'enlisant dans des processus de transition dite d&#233;mocratique, des &#171; consensus pr&#233;fabriqu&#233;s &#187;, sous la houlette d'un coalition d'int&#233;r&#234;ts faisant du lib&#233;ralisme de march&#233; la seule forme de vie en soci&#233;t&#233;, autant notre soci&#233;t&#233;, englu&#233;e par ces m&#234;mes formes de consensus manufactur&#233;s, peut se relever, se tenir debout et marcher &#224; pas de g&#233;ant, main dans la main avec les autres peuples du continent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'affaire Pinochet d&#233;bute avec l'arrestation du dictateur chilien &#224; Londres, en octobre 1998, en vertu d'un mandat d'arr&#234;t international &#233;mis par le juge espagnol Baltasar Garz&#243;n concernant les crimes commis par la junte militaire chilienne (1973-1990). Il restera en d&#233;tention &#224; Londres jusqu'au 2 mars 2000, moment o&#249; le gouvernement britannique le renvoie au Chili pr&#233;textant des raisons de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Christian Brouillard, Rachel Sarrasin et Ricardo Pe&#241;afiel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le r&#244;le politique de la m&#233;moire</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-role-politique-de-la-memoire</link>
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		<dc:date>2009-02-08T18:27:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Christine Doran</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Doran, Marie-Christine </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis 2000, on assiste &#224; des changements majeurs et presque impensables en mati&#232;re de droits humains dans les pays du C&#244;ne sud de l'Am&#233;rique latine : abolition des lois prot&#233;geant l'impunit&#233; dans l'Argentine de Nestor Kirchner ; au Chili, sous la pr&#233;sidence de Michelle Bachelet, cr&#233;ation d'une journ&#233;e nationale des d&#233;tenus-disparus et premi&#232;re tentative du gouvernement de la Concertaci&#243;n pour faire annuler l'amnistie d&#233;cr&#233;t&#233;e par Pinochet ; en Uruguay, &#233;mergence d'un mouvement visant &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton805.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;492&#034; height=&#034;732&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2000, on assiste &#224; des changements majeurs et presque impensables en mati&#232;re de droits humains dans les pays du C&#244;ne sud de l'Am&#233;rique latine : abolition des lois prot&#233;geant l'impunit&#233; dans l'Argentine de Nestor Kirchner ; au Chili, sous la pr&#233;sidence de Michelle Bachelet, cr&#233;ation d'une journ&#233;e nationale des d&#233;tenus-disparus et premi&#232;re tentative du gouvernement de la &lt;i&gt;Concertaci&#243;n&lt;/i&gt; pour faire annuler l'amnistie d&#233;cr&#233;t&#233;e par Pinochet ; en Uruguay, &#233;mergence d'un mouvement visant &#224; reposer la question du r&#233;f&#233;rendum de 1989 ayant men&#233; &#224; la confirmation de l'amnistie des militaires ; mais surtout, partout, la pr&#233;sence marqu&#233;e et soutenue de mobilisations massives en faveur de la justice, qui ont sembl&#233; faire irruption depuis 1998 et depuis l'affaire Pinochet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment cela a-t-il pu se produire alors que les questions de m&#233;moire &#233;taient jusque-l&#224; consid&#233;r&#233;es comme secondaires par les analystes, auxquels l'apparente apathie des acteurs sociaux semblait donner raison ? La question de la justice n'&#233;tait-elle pas consid&#233;r&#233;e comme nuisant &#224; la stabilit&#233; politique dans la nouvelle th&#233;orie d&#233;mocratique mise en &#339;uvre lors des transitions d&#233;mocratiques de l'Am&#233;rique latine, dont le Chili &#233;tait consid&#233;r&#233; le grand mod&#232;le, et ce, malgr&#233; un syst&#232;me politique fond&#233; sur l'h&#233;ritage autoritaire de la dictature jusqu'en juillet 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des r&#233;formes constitutionnelles adopt&#233;es en juillet 2005, soit 15 ans apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Comprendre ces enjeux suppose de situer comment des luttes, jusque-l&#224; isol&#233;es, sont parvenues &#224; rassembler l'opinion et &#224; enclencher un processus de remise en question de la &#171; d&#233;mocratie de basse intensit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette trouvaille est de Tom&#225;s Mouli&#225;n.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; favorisant jusqu'alors la &#171; non-participation &#187; et la banalisation du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode d'engouement autour des droits humains &#224; la fin des ann&#233;es 80, ces luttes ont &#233;t&#233; confin&#233;es &#224; des secteurs sociaux isol&#233;s apr&#232;s 1990 et les transitions d&#233;mocratiques. Au sein des gouvernements et ONG, on privil&#233;giait des demandes &#171; tourn&#233;es vers l'avenir &#187;, vues comme r&#233;pondant de mani&#232;re plus urgente aux besoins des populations pauvres qu'aux questions jug&#233;es abstraites de justice ou de d&#233;finition de la d&#233;mocratie. Un autre facteur constituait aussi un obstacle majeur &#224; la mobilisation : l'importance d'une nouvelle conception de la d&#233;mocratie &#171; stable &#187;, fond&#233;e sur le rejet des conflits sociaux et faisant porter &#224; ces derniers la responsabilit&#233; de l'av&#232;nement des dictatures ou de leur possible retour en cas de &#171; d&#233;bordements de demandes sociales &#187;. S'appuyant sur ce discours d'accusation &#224; la &#171; mauvaise d&#233;mocratie &#187; et ses tenants, l'id&#233;e d'une r&#233;conciliation nationale fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; des torts entre victimes et bourreaux &#233;tait intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la d&#233;finition m&#234;me de la d&#233;mocratie &#171; stable &#187; ou &#171; de consensus &#187; adopt&#233;e apr&#232;s les dictatures. Cette conception, promue par les gouvernements mais aussi par l'ensemble des partis politiques &#8211; y compris la gauche r&#233;nov&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de r&#233;novation de la gauche chilienne na&#238;t lorsque les secteurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au Chili &#8211;, &#233;tait porteuse d'une &#171; accusation des victimes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Barahona de Brito analyse aussi ce ph&#233;nom&#232;ne dans Human rights and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, imposant un lourd fardeau &#224; ceux qui, consid&#233;r&#233;s comme ayant &#233;t&#233; frapp&#233;s par la r&#233;pression parce qu'ils avaient men&#233;es des actions ou des luttes sociales, portaient le poids de la confrontation, pos&#233;e comme menant n&#233;cessairement &#224; la dictature. Cet exemple, tir&#233; du discours du pr&#233;sident Aylwin (1990-1994), le montre bien : &#171; &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; travers&#233;e par les in&#233;galit&#233;s socio&#233;conomiques inacceptables pour le sentiment moral contemporain est le meilleur substrat pour l'exacerbation du conflit politique et sa r&#233;solution : la rupture (d&#233;chirure) institutionnelle et l'oppression politique cons&#233;quente&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction libre de Patricio Aylwin Azocar, Mensaje Presidencial, 1990, p. 18.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait pr&#233;sente une mise en cause directe du conflit social en tant que responsable de l'av&#232;nement de la dictature (nomm&#233;e &#171; rupture institutionnelle &#187; dans les discours pr&#233;sidentiels) et le report de la responsabilit&#233; de la violence d'&#201;tat sur les conflits dont les secteurs sociaux pauvres (o&#249; s&#233;vissent les in&#233;galit&#233;s) sont les protagonistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse compl&#232;te voir M.-C. Doran, &#171; De la violence &#224; la justice : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une version semblable circulait aussi en Argentine autour de la th&#233;orie des &#171; deux diables &#187; : la violence de la dictature &#171; r&#233;pond &#187; &#224; une violence premi&#232;re, celle des militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce contexte extr&#234;mement n&#233;gatif, les organisations de droits humains pers&#233;v&#232;rent. En Argentine, les m&#232;res de la Place de Mai sont consid&#233;r&#233;es comme folles ; au Chili, plus de 5 000 demandes de proc&#232;s pour violation de droits humains sont d&#233;pos&#233;es ainsi qu'un projet de loi en 1995. Devant la fermeture totale des gouvernements, les organisations nationales de droits humains d&#233;cident alors de rallier ou de former des r&#233;seaux de d&#233;fense transnationaux et travaillent activement &#224; de nouveaux outils comme la d&#233;finition de la disparition comme crime &#224; caract&#232;re permanent (donc imprescriptible). Ce sont ces actions qui permettent la tenue des premiers proc&#232;s &#224; l'&#233;tranger contre des militaires argentins. Ces proc&#232;s, ainsi que la d&#233;couverte de charniers li&#233;s &#224; des massacres dans le nord du Chili, permettent de faire circuler l'information et de confronter des gouvernements nationaux sur leurs positions d'exclusion de la justice &#224; partir d'une autre conception, celle de la norme internationale en mati&#232;re de droits humains, qui se trouve ainsi r&#233;activ&#233;e. D'autres &#233;l&#233;ments, comme le jugement rendu en 1998 par le juge Guzm&#225;n Tapia permettant la tenue d'une enqu&#234;te pr&#233;alable &#224; l'application de l'amnistie au Chili, viendront compl&#233;ter cette vaste irruption de l'information dans les pays du C&#244;ne sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224; se produit un formidable ph&#233;nom&#232;ne d'appropriation sociale de ces &#233;v&#233;nements juridiques, qui deviennent alors les &#233;l&#233;ments d&#233;clencheurs de vastes mouvements sociopolitiques luttant pour la justice sur plusieurs fronts, traditionnellement s&#233;par&#233;s, voire oppos&#233;s, tant au Chili qu'en Argentine : justice en mati&#232;re de droits humains, justice en mati&#232;re de droits des travailleurs, justice comme revendication de droits collectifs. Ce processus provoque ce qu'on peut appeler &#171; l'expression publique de la souffrance &#187;, c'est-&#224;-dire l'arriv&#233;e d'une intense pr&#233;sence de manifestations culturelles (concerts, veill&#233;es populaires de chant, etc.) accompagnant des actions pour la justice, la tenue de proc&#232;s, des comm&#233;morations populaires de dates anniversaires importantes pour la M&#233;moire, voire les actions directes de justice symbolique r&#233;alis&#233;es par la FUNA dans les deux pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La FUNA r&#233;alise des actions (ill&#233;gales) d'identification des coupables (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant rapidement une ampleur in&#233;dite, ces mouvements se caract&#233;risent par une grande diversit&#233; de secteurs impliqu&#233;s. Entre 1998 et 2003, le mouvement au Chili se caract&#233;rise par la transformation de revendications sectorielles d&#233;j&#224; existantes en revendications de justice ; l'apparition et la multiplication rapide de nouveaux groupes et secteurs autour de la question de la justice ; l'unification de secteurs sociopolitiques distants depuis le d&#233;but de la transition (notamment syndicalisme traditionnel de la Centrale unie des travailleurs et syndicalisme autonome n&#233; en 1993). On voit &#233;merger une diversification de l'action collective o&#249; se m&#234;lent actions directes, manifestations expressives et artistiques, manifestations et occupations, consultations populaires autonomes, mouvements de gr&#232;ve nationale (la premi&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale nationale &#171; Pour un Chili juste &#187; s'est tenue en ao&#251;t 2003), etc. Le mouvement met aussi en place une &#171; Commission &#233;thique nationale &#187;, enti&#232;rement autonome du gouvernement, qui rassemblera des milliers de t&#233;moignages de torture et permettra, notamment, la reconnaissance de violations des droits humains &#224; caract&#232;re sexuel, favorisant la prise de parole de femmes victimes de violence. Le gouvernement de Michelle Bachelet donnera suite &#224; ces actions par l'adoption de nouvelles lois (2007 et 2008) contre la violence et l'intimidation faite aux femmes, notamment par la police lors de manifestations. Entre 2002 et 2005, le mouvement pour la justice suscite un renouveau de l'action revendicative dans des secteurs consid&#233;r&#233;s &#171; apathiques &#187; depuis 1990, tels que le secteur &lt;i&gt;poblacional&lt;/i&gt; (de quartiers marginaux et bidonvilles), o&#249; l'on voit la r&#233;apparition de coordinations territoriales de grande envergure comme au temps des grandes &lt;i&gt;protestas&lt;/i&gt; pour la d&#233;mocratie (1983-1988) et la constitution d'organisations nationales comme le Regroupement national pour les droits au logement (&lt;i&gt;Agrupaci&#243;n nacional por los derechos habitacionales&lt;/i&gt;), devenu un acteur social incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces effets majeurs sont li&#233;s au renversement de la &#171; culpabilisation des victimes &#187; : en affirmant une souffrance et une oppression collective sur la place publique, les secteurs mobilis&#233;s sont parvenus &#224; susciter une vaste identification sociale, canalis&#233;e vers une demande unifi&#233;e de justice. Lib&#233;r&#233;e du poids social pesant sur les &#171; tenants du conflit &#187;, la soci&#233;t&#233; mobilis&#233;e remet en question les limitations de la d&#233;mocratie li&#233;es &#224; l'exclusion de la justice sous toutes ses formes. Au Chili, &#224; partir de la fin 2004, une dimension proprement sociopolitique s'ajoute au mouvement avec la cr&#233;ation d'une plateforme sociopolitique pour une Assembl&#233;e constituante et la transformation de la d&#233;mocratie, qui permet alors la mobilisation et le retour en force d'un acteur social historique au Chili : les &#233;tudiants, qui prennent le leadership du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, l'importance de la demande unifi&#233;e de justice a suscit&#233; le d&#233;cloisonnement de la question de la justice sociale (ou &#171; justicialisme &#187;), dans les secteurs ouvriers p&#233;ronistes et l'&#233;largissement &#224; une conception incluant les droits humains. Cette envergure nouvelle de la question de la justice a contribu&#233; &#224; l'ampleur et au caract&#232;re multisectoriel des revendications et pratiques de d&#233;mocratie directe par la population lors de la crise de 2001-2002 et constitu&#233; l'appui social indispensable aux changements majeurs en mati&#232;re de justice op&#233;r&#233;s par le gouvernement Kirchner. Parmi ces changements, on compte l'abolition des lois d'impunit&#233;, mais aussi une r&#233;forme majeure redonnant son autonomie &#224; la Cour supr&#234;me, ainsi que l'adh&#233;sion de l'Argentine au principe de juridiction universelle lui permettant de juger les responsables de violation des droits humains sans que des citoyens argentins n'aient n&#233;cessairement &#233;t&#233; impliqu&#233;s. Cependant, le gouvernement Kirchner a utilis&#233; l'enthousiasme pour les droits humains pour marginaliser les revendications ouvri&#232;res des &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; participant au mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale dans ces deux pays, les effets en termes de dynamisation des pratiques sociales et de renouveau de l'int&#233;r&#234;t pour la d&#233;mocratie sont majeurs : ils montrent que la naissance d'un mouvement d&#233;mocratique peut aussi surgir de questions consid&#233;r&#233;es aussi &#171; &#233;motives &#187; que la m&#233;moire et la justice, mais aussi que les aspirations d&#233;mocratiques des populations latino-am&#233;ricaines ne se r&#233;duisent pas &#224; des &#171; besoins concrets et imm&#233;diats &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des r&#233;formes constitutionnelles adopt&#233;es en juillet 2005, soit 15 ans apr&#232;s le retour &#224; la d&#233;mocratie, ont permis de d&#233;passer les principales entraves &#224; la repr&#233;sentation au niveau du pouvoir l&#233;gislatif (notamment la d&#233;signation des s&#233;nateurs par Pinochet) tandis qu'une loi de 1997 r&#233;formait partiellement la nomination des juges de la Cour supr&#234;me, passant d&#233;sormais par une n&#233;gociation entre l'opposition officielle de droite et la Concertation. La demande d'une r&#233;forme de la loi &#233;lectorale, port&#233;e depuis la fin du mandat du pr&#233;sident Ricardo Lagos par des secteurs de centre-gauche (parlementaires et extraparlementaires) est cependant toujours sans r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette trouvaille est de Tom&#225;s Mouli&#225;n.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;e de r&#233;novation de la gauche chilienne na&#238;t lorsque les secteurs impliqu&#233;s dans la lutte contre la dictature depuis 1984 se divisent autour de l'id&#233;e d'une n&#233;gociation avec le r&#233;gime militaire. D&#233;laissant progressivement ses bases populaires de poblaciones fortement mobilis&#233;es, le Parti socialiste rejettera la confrontation. Par extension, apr&#232;s la fin de la dictature, le rejet de toute attitude de confrontation conduisit le PS &#224; nier publiquement l'h&#233;ritage de l'Unit&#233; populaire (1970-1973), consid&#233;r&#233;e comme une d&#233;mocratie de conflits ayant provoqu&#233; (et justifi&#233;) la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Barahona de Brito analyse aussi ce ph&#233;nom&#232;ne dans &lt;i&gt;Human rights and Democratization in Latin America : Uruguay and Chile&lt;/i&gt;, New York &amp; Oxford, Oxford University Press, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction libre de Patricio Aylwin Azocar, &lt;i&gt;Mensaje Presidencial&lt;/i&gt;, 1990, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse compl&#232;te voir M.-C. Doran, &#171; De la violence &#224; la justice : conceptions gouvernementales de la violence et impacts des luttes pour la justice au Chili 1998-2005 &#187;, dans P. Beaucage &amp; M. H&#233;bert (dir.), &lt;i&gt;Images et langages de la Violence en Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Presses de l'Universit&#233; Laval, 2008, p. 137-169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La FUNA r&#233;alise des actions (ill&#233;gales) d'identification des coupables pr&#233;sum&#233;s ou reconnus de violation des droits humains, tortures, etc., dont elle identifie, par exemple, le domicile en y peignant des slogans et des accusations. L'importance de ces actions, tr&#232;s contest&#233;es cependant, a donn&#233; lieu &#224; l'invention du nouveau verbe &#171; &lt;i&gt;funar&lt;/i&gt; &#187;, qui signifie &#171; identifier publiquement un tort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Marie-Christine Doran&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes politiques de l'Universit&#233; d'Ottawa&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une victoire encore incompl&#232;te</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-victoire-encore-incomplete</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Une-victoire-encore-incomplete</guid>
		<dc:date>2009-02-08T18:24:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Pierre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 13 septembre 2007, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies adoptait, apr&#232;s 12 ans de n&#233;gociations et d'atermoiements, sa D&#233;claration sur les droits des peuples autochtones. Dans les deux Am&#233;riques, on estime &#224; environ 50 millions le nombre actuel des autochtones, qui sont pr&#233;sents dans tous les pays (sauf l'Uruguay), mais concentr&#233;s surtout dans les Andes (P&#233;rou, Bolivie) et en M&#233;soam&#233;rique (Mexique, Guatemala). &lt;br class='autobr' /&gt; L'adoption de la D&#233;claration a &#233;t&#233; le fruit de 20 ans de lutte sur le plan (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton804.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;667&#034; height=&#034;1003&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 septembre 2007, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies adoptait, apr&#232;s 12 ans de n&#233;gociations et d'atermoiements, sa &lt;i&gt;D&#233;claration sur les droits des peuples autochtones&lt;/i&gt;. Dans les deux Am&#233;riques, on estime &#224; environ 50 millions le nombre actuel des autochtones, qui sont pr&#233;sents dans tous les pays (sauf l'Uruguay), mais concentr&#233;s surtout dans les Andes (P&#233;rou, Bolivie) et en M&#233;soam&#233;rique (Mexique, Guatemala).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'adoption de la D&#233;claration a &#233;t&#233; le fruit de 20 ans de lutte sur le plan international, lutte amorc&#233;e avec l'adoption, en 1989, de la Convention no 169 de l'Organisation internationale du travail (OIT). Elle reconnaissait l'existence de peuples autochtones comme sujets de droits culturels, sociaux et politiques, dont celui &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Dans les ann&#233;es qui ont suivi, un nouveau leadership, davantage instruit et aguerri aux d&#233;bats politiques, a pu utiliser ce texte, ratifi&#233; par de nombreux gouvernements (pas le Canada ni les &#201;tats-Unis) pour faire avancer la cause des peuples autochtones et trouver des alli&#233;s pour vaincre les r&#233;sistances consid&#233;rables qu'ils ont rencontr&#233;es. Car r&#233;sistance il y eut. On ne sera pas surpris de voir que le dernier carr&#233; d'adversaires irr&#233;ductibles &#224; une d&#233;claration sur les droits autochtones est le m&#234;me qui s'est oppos&#233; &#224; Kyoto : les &#201;tats-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Z&#233;lande et, &#224; la surprise de plusieurs, notre beau et grand pays. En fait, le Canada a &#233;t&#233; et demeure, depuis les ann&#233;es 1980, l'un des pays les plus obstin&#233;s dans son opposition &#224; toute reconnaissance de ces droits collectifs, tant sous les Lib&#233;raux que sous les Conservateurs. Le 30 juin 2006, au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, le Canada s'est m&#234;me retrouv&#233; seul avec la Russie &#224; voter contre la D&#233;claration !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; l'importance du texte, on ne peut pr&#233;sumer qu'il correspond &#224; la r&#233;alit&#233;. L'ensemble des gouvernements d'Am&#233;rique latine a ratifi&#233; la D&#233;claration. La situation y est-elle meilleure ? Nous examinerons trois cas, du Chili au Mexique, en passant par la Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au Chili : Les Mapuches et les gouvernements d&#233;mocratiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;3 janvier 2008 : Mat&#237;as Catrileo Quezada, militant mapuche membre d'un groupe qui occupe des terres ancestrales c&#233;d&#233;es &#224; une entreprise foresti&#232;re, est assassin&#233; par la police. Prison d'Angol, 10 octobre 2007 : Patricia Troncoso, Jos&#233; Huenchunao, Hector Llaitul et Juan Millalen, militants mapuches, entreprennent une gr&#232;ve de la faim pour exiger la lib&#233;ration de tous les prisonniers politiques autochtones du Chili et protester contre la militarisation des communaut&#233;s. Appuy&#233;es par des h&#233;licopt&#232;res et des v&#233;hicules blind&#233;s, les &#171; forces sp&#233;ciales &#187; envahissent les villages, font irruption dans les cabanes et rouent de coups hommes, femmes et vieillards pour obtenir des &#171; confessions &#187;. En 2006, ces militants ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; 10 ans de prison pour avoir cens&#233;ment incendi&#233; une pin&#232;de &#171; appartenant &#187; &#224; la Forestal Mininco situ&#233;e sur leurs terres ancestrales. Amnistie Internationale, l'Organisation internationale contre la torture et le Rapporteur sp&#233;cial des Nations unies sur la situation des droits fondamentaux des peuples autochtones, Rodolfo Stavenhagen, ont exprim&#233; leurs inqui&#233;tudes devant les conditions de d&#233;tention des Mapuches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de la dictature de Pinochet (1988), le Chili (16 millions d'habitants) a &#233;t&#233; surtout gouvern&#233; par une vaste alliance de centre-gauche (socialistes et d&#233;mocrates-chr&#233;tiens) appel&#233;e la &lt;i&gt;Concertaci&#243;n&lt;/i&gt;. Il y a deux ans, c'est une femme, Michelle Bachelet &#8211; fille d'un opposant mort sous la torture et elle-m&#234;me emprisonn&#233;e sous la dictature &#8211;, qui a &#233;t&#233; &#233;lue pr&#233;sidente. Le pays jouit actuellement d'une stabilit&#233; &#233;conomique et d'une croissance r&#233;guli&#232;re, fond&#233;es sur une industrie mini&#232;re en pleine expansion et sur les nouveaux services (t&#233;l&#233;communications, finance, informatique). Si la croissance a surtout profit&#233; aux couches sup&#233;rieures, le Chili se vante d'avoir r&#233;duit le nombre de ses pauvres de 40 &#224; 20 % au cours des 10 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mapuches, au nombre de plus de 600 000, forment 87 % de la population autochtone du pays. Ils peuplaient traditionnellement les for&#234;ts et la c&#244;te du sud du pays, o&#249; vivent encore plus de 50 000 d'entre eux. Tout au long du XXe si&#232;cle, beaucoup ont d&#251; &#233;migrer vers les villes du centre du pays, o&#249; ils occupent g&#233;n&#233;ralement les emplois les moins r&#233;mun&#233;r&#233;s, tandis que leurs terres &#233;taient octroy&#233;es &#224; de vastes entreprises agricoles, mini&#232;res et, surtout, foresti&#232;res. Depuis quelques ann&#233;es, des groupes de jeunes et de paysans sans terre vont occuper les immenses concessions des entreprises papeti&#232;res. La police les r&#233;prime brutalement et les peines d'emprisonnement pleuvent. Le cadre l&#233;gal de la r&#233;pression : la loi antiterroriste d&#233;cr&#233;t&#233;e par le dictateur Pinochet pour freiner toute opposition et que les nouveaux gouvernements &#171; d&#233;mocratiques &#187; utilisent abondamment. Pourtant, l'article 26 de la D&#233;claration, que le gouvernement chilien a ratifi&#233;e, &#233;tablit que &#171; &lt;i&gt;les peuples autochtones ont droit de poss&#233;der, d'utiliser, de mettre en valeur et de contr&#244;ler les terres, territoires et ressources qu'ils poss&#232;dent parce qu'ils les occupent ou les utilisent traditionnellement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En Bolivie : la violence raciste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;El Porvenir, province de Pando (pr&#232;s de la fronti&#232;re br&#233;silienne), 11 septembre 2008 : 18 paysans &lt;i&gt;koyas&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Bolivie, on appelle Koyas (ou collas) les Aymaras et Quechuas du haut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, hommes et femmes, sont assassin&#233;s par des paramilitaires appuy&#233;s par des forces polici&#232;res de l'&#201;tat, alors qu'ils se rendaient manifester dans la ville fronti&#232;re de Cobija. L'auteur intellectuel du massacre semble &#234;tre le pr&#233;fet lui-m&#234;me, Leopoldo Rodriguez. Le massacre &#233;tait d&#233;j&#224; annonc&#233;, en quelque sorte, par la violence d&#233;cha&#238;n&#233;e contre un rassemblement d'autochtones dans la ville de Sucre, province de Chuquisaca, le 28 mai dernier. Un grande d&#233;l&#233;gation de paysans koyas, qui allaient assister &#224; une remise d'ambulances pour les communaut&#233;s, avait &#233;t&#233; prise &#224; partie par une foule urbaine arm&#233;e de pierres et de grenades lacrymog&#232;nes, anim&#233;e par le Comit&#233; C&#237;vico de Sucre. Des autochtones ont &#233;t&#233; rou&#233;s de coups, d&#233;v&#234;tus et oblig&#233;s d'&#171; embrasser le drapeau bolivien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays de 8,5 millions d'habitants, l'un des plus pauvres d'Am&#233;rique, la droite bolivienne, d&#233;plac&#233;e du pouvoir par la victoire d'Evo Morales et du Mouvement au Socialisme (MAS), a aujourd'hui recours &#224; des groupes racistes, recrut&#233;s parmi la minorit&#233; nonautochtone, pour tenter d'emp&#234;cher, par la terreur, l'application des r&#233;formes entreprises par le gouvernement et qu'ils n'ont pu bloquer par des moyens l&#233;gaux. Les autochtones koyas forment les deux tiers de la population et sont historiquement concentr&#233;s sur le haut plateau occidental. Depuis plusieurs d&#233;cennies, la crise agricole et la fermeture des mines ont pouss&#233; des dizaines de milliers d'entre eux &#224; &#233;migrer vers l'est, o&#249; ils ont constitu&#233; une main-d'&#339;uvre bon march&#233; sur les grands domaines d'&#233;levage du Pando et les plantations (entre autres de coca) dans ce qu'on appelle la &lt;i&gt;media luna&lt;/i&gt; (le &#171; croissant fertile &#187; des basses terres orientales). C'est la d&#233;cision d'exporter les &#233;normes r&#233;serves de gaz de ces territoires (alors que la capitale n'est m&#234;me pas approvisionn&#233;e directement) qui a provoqu&#233; la chute du gouvernement de S&#225;nchez de Lozada et l'&#233;lection d'Evo Morales, porteur d'un vaste programme de r&#233;formes sociales et politiques, y compris la nationalisation des hydrocarbures. Vaincue aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, la droite s'est regroup&#233;e autour des pr&#233;fets des provinces orientales et des comit&#233;s &lt;i&gt;c&#237;vicos&lt;/i&gt;. Incapable de d&#233;router le gouvernement par la voie l&#233;gale, elle a entrepris de ranimer le racisme profond qu'entretiennent les gens des villes (dont beaucoup sont pourtant m&#233;tis) &#224; l'&#233;gard des paysans autochtones, des &lt;i&gt;cholos&lt;/i&gt;. Avec l'aval des autorit&#233;s politiques &#224; Sucre et dans la &lt;i&gt;media luna&lt;/i&gt;, les bandes arm&#233;es sont vite pass&#233;es de la violence verbale (&#171; &lt;i&gt;&#161; Indios de mierda !&lt;/i&gt; &#187;), aux coups et blessures (Santa Cruz, Sucre). Avec le massacre d'El Porvenir, un nouveau cap vient d'&#234;tre franchi : on ne recule plus devant l'assassinat. Le gouvernement Morales, qui a tergivers&#233; devant les violences de Sucre, a d&#233;cid&#233; cette fois d'agir imm&#233;diatement en ordonnant l'arrestation du pr&#233;fet et l'imposition de l'&#233;tat d'urgence &#224; Pando. Il est donc tout &#224; fait d'actualit&#233; de rappeler l'article 7 de la D&#233;claration, sign&#233;e par la Bolivie : &#171; &lt;i&gt;les autochtones ont droit &#224; la vie, &#224; l'int&#233;grit&#233; physique et mentale, &#224; la libert&#233; et &#224; la s&#233;curit&#233; de la personne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au Mexique : &#171; &lt;i&gt;On ne badine pas avec l'&#201;tat, maudits !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chinkultik, Chiapas, 3 octobre 2008. C'est avec ces mots qu'un policier a donn&#233; le coup de gr&#226;ce &#224; Agust&#237;n Alfaro, jeune autochtone maya tojolabal. Le matin du 3, Agust&#237;n, propri&#233;taire d'un v&#233;hicule, avait emmen&#233; sa femme Eloisa visiter sa m&#232;re, qui habite pr&#232;s du site arch&#233;ologique de Chinkultik. Or, le 7 septembre, apr&#232;s une d&#233;cision en assembl&#233;e, les paysans du village de Miguel-Hidalgo occupaient Chinkultik. &#192; l'arriv&#233;e d'Agust&#237;n, il y avait eu un affrontement avec la Polic&#237;a Estatal Preventiva (PEP) et on lui demanda d'&#233;vacuer d'urgence cinq bless&#233;s. &#192; quelques kilom&#232;tres, la police barre la route : on tra&#238;ne les hommes hors du v&#233;hicule, on ach&#232;ve les bless&#233;s et Agust&#237;n est abattu de six balles. Eloisa a juste le temps de se r&#233;fugier en brousse avec son enfant. Le lendemain, le gouverneur Juan Sabines a promis d'indemniser les familles des victimes. L'enqu&#234;te sur les policiers assassins pi&#233;tine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'entr&#233;e en vigueur de l'Accord de libre-&#233;change nord-am&#233;ricain (AL&#201;NA), les paysans du Mexique (107 millions d'habitants), dont un grand nombre d'autochtones, ont vu le gouvernement saper les bases de leur mode de vie traditionnel, en m&#234;me temps qu'il leur reconnaissait, sur papier, certains droits linguistiques et culturels : leurs terres communautaires peuvent d&#233;sormais &#234;tre privatis&#233;es. L'&#201;tat peut m&#234;me d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tablissement d'une Zone arch&#233;ologique, comme &#224; Chinkultik, ou d'une Aire Naturelle Prot&#233;g&#233;e (ANP), comme pour les Lagunas de Montebelo, &#224; c&#244;t&#233; des villages tojolabals, sur des terres qu'ils exploitaient. Les revenus du tourisme se perdent alors dans les coffres d'organismes parapublics, comme l'Institut national d'anthropologie et d'histoire (INAH) qui administre Chinkultik, ou du secteur touristique priv&#233;, comme au parc de Montebelo. Au d&#233;but du mois de septembre 2008, huit communaut&#233;s am&#233;rindiennes d&#233;cidaient de prendre possession de ce parc pour l'administrer elles-m&#234;mes ; une semaine plus tard, les paysans de la commune de Miguel-Hidalgo faisaient de m&#234;me &#224; Chinkultik, et l'&#201;tat d&#233;cidait de les expulser, avec les r&#233;sultats que l'on sait. Et pourtant, l'article 11 de la D&#233;claration, ratifi&#233;e par le Mexique, stipule que &#171; &lt;i&gt;les peuples autochtones ont le droit de conserver, prot&#233;ger et d&#233;velopper les manifestations pass&#233;es, pr&#233;sentes et futures de leur culture, telles que les sites arch&#233;ologiques et historiques, l'artisanat, les dessins et mod&#232;les...&lt;/i&gt; &#187; Au contraire, le comportement des autorit&#233;s mexicaines montre qu'on consid&#232;re ces sites simplement comme une propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, sans &#233;gard aux peuples qui habitent encore ces r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En guise de conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle les gouvernements des Am&#233;riques violent les accords internationaux qu'ils signent peut nous amener &#224; douter de l'utilit&#233; de ces accords. Et pourtant, c'est en s'appuyant sur de tels documents que les organisations autochtones, depuis plus de 30 ans, ont fait avancer la cause des peuples qu'ils repr&#233;sentent. Des normes internationales permettent de d&#233;noncer plus clairement encore des abus comme ceux que nous venons de mentionner et qui passaient nagu&#232;re inaper&#231;us. Du Nunavut au Chaco Argentin, des peuples autochtones ont obtenu des &#233;l&#233;ments d'une autonomie territoriale. Bien s&#251;r, traduire dans les faits cette autonomie, l'&#233;largir, consolider les autres droits et emp&#234;cher les reculs exige des efforts de tous les instants. Les peuples et leurs organisations ont maintenant la force et l'exp&#233;rience suffisantes pour mener cette lutte au quotidien, en r&#233;clamant l'appui de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En Bolivie, on appelle &lt;i&gt;Koyas&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;collas&lt;/i&gt;) les Aymaras et Quechuas du haut plateau occidental qui constituait, &#224; l'&#233;poque pr&#233;colombienne, le &lt;i&gt;Koyasuyo&lt;/i&gt;, le &#171; quartier du sud &#187; de l'empire inca.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pierre Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anthropologue, Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Terre, eau et vie</title>
		<link>https://www.ababord.org/Terre-eau-et-vie</link>
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		<dc:date>2009-02-08T18:22:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Dominik Langlois, Rachel Sarrasin</dc:creator>


		<dc:subject>Compagnies mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Sarrasin, Rachel </dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Marie-Dominik </dc:subject>

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&lt;p&gt;L'intensification des investissements &#233;trangers au c&#339;ur de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale a entra&#238;n&#233; la multiplication des chantiers d'exploitation des ressources naturelles en Am&#233;rique latine. &#201;corchant les territoires du continent, ces projets sont reconnus pour leurs effets destructifs sur le milieu naturel et les impacts qu'ils g&#233;n&#232;rent pour les populations vivant sur les terres exploit&#233;es. Bien que quelques gouvernements progressistes de la r&#233;gion aient recours &#224; des instruments (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cies-minieres-et-petrolieres-+" rel="tag"&gt;Compagnies mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sarrasin-Rachel-+" rel="tag"&gt;Sarrasin, Rachel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Marie-Dominik-+" rel="tag"&gt;Langlois, Marie-Dominik &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton803.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;398&#034; height=&#034;614&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'intensification des investissements &#233;trangers au c&#339;ur de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale a entra&#238;n&#233; la multiplication des chantiers d'exploitation des ressources naturelles en Am&#233;rique latine. &#201;corchant les territoires du continent, ces projets sont reconnus pour leurs effets destructifs sur le milieu naturel et les impacts qu'ils g&#233;n&#232;rent pour les populations vivant sur les terres exploit&#233;es. Bien que quelques gouvernements progressistes de la r&#233;gion aient recours &#224; des instruments politiques tels la nationalisation des ressources pour contrer certains abus de cette industrie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le gouvernement d'Evo Morales en Bolivie a proc&#233;d&#233; &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les entreprises b&#233;n&#233;ficient g&#233;n&#233;ralement de la complicit&#233; des gouvernements attir&#233;s par les &#233;ventuelles retomb&#233;es &#233;conomiques de ces projets. Face &#224; l'inaction, des acteurs de la soci&#233;t&#233; civile ont r&#233;ussi au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie &#224; unir une multitude de luttes &lt;i&gt;micro-locales&lt;/i&gt; (au niveau des communaut&#233;s) &#224; un mouvement r&#233;el de r&#233;appropriation du d&#233;veloppement communautaire articul&#233; &#224; des revendications autochtones et paysannes beaucoup plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conflits socio-environnementaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mobilit&#233; des investissements &#233;trangers qui envahissent le continent est facilit&#233;e depuis les ann&#233;es 1980 par les programmes d'ajustements structurels et les accords de libre-&#233;change avec les pays de l'Union europ&#233;enne (UE), les &#201;tats-Unis et le Canada qui rivalisent entre eux pour l'acc&#232;s aux ressources de la r&#233;gion. Ainsi, les entreprises d'exploitation des ressources naturelles (mines, gaz, p&#233;trole et hydro&#233;lectricit&#233;) profitent de la lib&#233;ralisation des march&#233;s pour n&#233;gocier divers projets avec les gouvernements d'Am&#233;rique latine, lesquels octroient des titres d'exploration ou d'exploitation des ressources sur des territoires sans consultation pr&#233;alable aupr&#232;s des communaut&#233;s concern&#233;es. Ces communaut&#233;s, pour la plupart autochtones ou paysannes, b&#233;n&#233;ficient pourtant de titres de propri&#233;t&#233; collectifs sur des terres ancestrales, obtenus &#224; la suite de luttes sociales historiques et dont le statut est parfois m&#234;me inscrit dans la constitution des pays concern&#233;s. En ce sens, l'octroi de titres &#224; des propri&#233;taires &#233;trangers ou priv&#233;s appara&#238;t comme une contradiction propre &#224; ce type de conflits socio-environnementaux. Pla&#231;ant &#171; l'int&#233;r&#234;t national &#187; au-dessus de la loi et des engagements internationaux prot&#233;geant la propri&#233;t&#233; collective des autochtones sur ces territoires ou la s&#233;curit&#233; des populations locales, pr&#233;textant que les communaut&#233;s ne sont propri&#233;taires que de la surface du territoire, l'&#201;tat s'abroge le droit sur le sous-sol et les ressources qui s'y trouvent pour les offrir en p&#226;ture aux multinationales au d&#233;triment de toute justice ou dignit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les n&#233;gociations qui se font directement entre le gouvernement et les acteurs priv&#233;s excluent du dialogue les populations qui sont les premi&#232;res affect&#233;es par de tels projets, en d&#233;pit des conventions internationales comme la Convention 169 de l'Organi-sation internationale du travail qui reconna&#238;t aux peuples autochtones le droit &#224; la consultation et &#224; la participation lors de projets les affectant. Or, les cons&#233;quences des chantiers d'exploitation sont d&#233;sastreuses pour les communaut&#233;s locales. Au premier titre, notons la pollution du milieu naturel et des terres agricoles par les produits utilis&#233;s pour l'extraction mini&#232;re (mercure, cyanure) ou par les rejets d&#233;gag&#233;s par l'inondation des terres, dans le cas d'&#233;rections de barrages. Puis, la d&#233;gradation environnementale et la contamination des terres arables par les produits toxiques ont pour corollaire la d&#233;t&#233;rioration de la sant&#233; publique avec l'augmentation des cas de cancer et de maladies pulmonaires et respiratoires. Enfin, si les communaut&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es d'embl&#233;e avant la mise en place des projets, la d&#233;t&#233;rioration du milieu naturel contraint leurs habitants &#224; changer d'activit&#233; &#233;conomique en travaillant pour l'entreprise install&#233;e dans la r&#233;gion ou en migrant vers l'&#233;conomie informelle des r&#233;gions urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; ces cons&#233;quences &#233;cologiques et sociales, il importe de souligner la dimension culturelle des effets de l'industrie d'exploitation des ressources naturelles pour les communaut&#233;s concern&#233;es. Davantage qu'une ressource &#224; exploiter pour subvenir aux besoins mat&#233;riels des &#234;tres humains, l'environnement constitue une dimension fondamentale de l'identit&#233; de ces communaut&#233;s, pour qui le respect de la nature est indissociable du respect de la vie. La vision des ressources naturelles comme biens capitalisables, qui sous-tend les projets des entreprises d'exploitation, est per&#231;ue comme une attaque frontale &#224; la cosmogonie et aux traditions autochtones. L'appartenance &#224; la terre et au milieu naturel ainsi que la d&#233;fense des droits territoriaux ont ainsi contribu&#233; &#224; accro&#238;tre la pr&#233;sence des autochtones au c&#339;ur des mobilisations actuelles en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mobilisations sociales : exemples de la sierra p&#233;ruvienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e d'une entreprise &#233;trang&#232;re extractive dans une communaut&#233; suscite de nombreuses pr&#233;occupations. Face au risque de dilution de leur identit&#233;, des communaut&#233;s paysannes et autochtones ont d&#233;velopp&#233; des actions visant &#224; mettre en valeur la culture qui leur est propre. Les expressions mobilisatrices t&#233;moignent bien des int&#233;r&#234;ts de ces populations : &#171; &lt;i&gt;la d&#233;fense pour la terre, l'eau et la vie&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;la vie n'est pas &#224; vendre&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;on ne peut pas manger de l'or&lt;/i&gt; &#187;. &#192; Tambogrande, au P&#233;rou, o&#249; l'exploitation mini&#232;re mettait en p&#233;ril les activit&#233;s agricoles de la vall&#233;e de San Lorenzo, productrice importante d'agrumes pour le march&#233; national, la campagne anti-mines s'est organis&#233;e autour du slogan &#171; &lt;i&gt;on ne peut pas faire du ceviche sans lime&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La ceviche est un plat national p&#233;ruvien fait de poisson cru marin&#233; dans un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de Tambogrande, un groupe de citoyens, compos&#233; principalement de paysans, a &#233;t&#233; le premier instigateur dans la r&#233;gion des efforts de sensibilisation de la population aux effets de l'exploitation abusive des ressources naturelles. Depuis les mobilisations sociales et le r&#233;f&#233;rendum populaire qui ont men&#233; &#224; l'expulsion de la compagnie mini&#232;re canadienne Manhattan Mine-rals, on assiste &#224; la diffusion d'un v&#233;ritable mod&#232;le d'organisation populaire, source d'inspiration lorsqu'un nouveau projet d'exploitation des ressources naturelles s'&#233;tablit en territoire vierge. Le &#171; mod&#232;le Tambo-grande &#187; a &#233;t&#233; repris dans des cas similaires, &#224; Sipakapa au Guatemala et &#224; Esquel en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit socio-minier dans la province de Huancabamba, r&#233;gion de Piura, au nord du P&#233;rou, est un autre cas exemplaire de mobilisation sociale. La population de la r&#233;gion vivant principalement de la production du riz cultiv&#233; en terrasses s'est oppos&#233;e &#224; l'ambition d'une entreprise britannico-chinoise voulant exploiter un gisement situ&#233; dans les Andes p&#233;ruviennes. Un v&#233;ritable d&#233;bat national a alors pris forme entre les habitantes de la capitale et les populations paysannes du Nord, les m&#233;dias n'h&#233;sitant pas &#224; qualifier ces derni&#232;res d'ignorantes et d'analphab&#232;tes. On a m&#234;me pouss&#233; l'audace jusqu'&#224; affirmer que le sort &#233;conomique du pays reposait entre les mains de ces quelques communaut&#233;s isol&#233;es. Celles-ci ont donc organis&#233; une consultation populaire pour forcer l'inclusion de la population dans le dialogue autour du projet. Les campagnes de sensibilisation et d'information pr&#233;c&#233;dant la consultation soulignaient avec fiert&#233; l'identit&#233; paysanne de la population et son souci pour la protection de la biodiversit&#233; r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, face &#224; la menace d'expulsion de leurs terres, des associations de paysans ont d&#233;velopp&#233; des projets communautaires de renforcement des capacit&#233;s agricoles, comme la mise sur pied d'une coop&#233;rative de &lt;i&gt;panela&lt;/i&gt; (sucre non raffin&#233;) et l'achat d'un moulin &#224; usage collectif. D'autres communaut&#233;s paysannes ont d&#233;velopp&#233; des projets d'agro-&#233;cotourisme. Les mobilisations anti-mines ont donc men&#233; au renforcement de l'identit&#233; culturelle paysanne des communaut&#233;s, qui &#224; leur tour ont int&#233;gr&#233; leur appartenance &#224; la terre dans des projets de d&#233;veloppement communautaire en accord avec leurs valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;ation de fronts sociaux r&#233;gionaux, nationaux et continentaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec l'implication d'associations professionnelles et de groupes locaux de la soci&#233;t&#233; civile, les opposantEs au projet de d&#233;veloppement minier &#224; Tambogrande ont cr&#233;&#233; le Front de d&#233;fense de la Vall&#233;e de San Lorenzo. Dans ce cas particulier, le pr&#233;sident du Front a par la suite quitt&#233; celui-ci pour entrer dans la course &#224; la mairie de la municipalit&#233; afin d'interdire, si &#233;lu, toute exploitation mini&#232;re durant son mandat. Francisco Ojeda a gagn&#233; son pari et respect&#233; sa promesse &#233;lectorale, de m&#234;me que son engagement pour le d&#233;veloppement communautaire agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, le Front s'est adjoint des alli&#233;s r&#233;gionaux, des organisations de justice sociale li&#233;es &#224; l'archev&#234;ch&#233; de la r&#233;gion de Piura (&lt;i&gt;Diaconia para la justicia y la paz&lt;/i&gt;) et des groupes environnementaux. Afin de transformer le mouvement de protestation locale en un enjeu d'int&#233;r&#234;t national, le Front a &#233;galement cherch&#233; des alli&#233;s aupr&#232;s d'ONG bas&#233;es &#224; Lima. Un r&#233;seau national de communaut&#233;s affect&#233;es par les mines a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; et un second r&#233;seau plus large, la Red Muqui, a &#233;t&#233; fond&#233; r&#233;cemment pour inclure &#224; la fois les communaut&#233;s touch&#233;es et les ONG solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On compte &#233;galement de nombreux regroupements anti-mines sur le continent, tel celui des femmes contre l'industrie mini&#232;re en &#201;quateur, qui tient des rencontres avec ses homologues p&#233;ruviennes annuellement. En Argentine, le mouvement &#171; No a la mina &#187;, instigu&#233; &#224; la suite de l'implantation d'une compagnie mini&#232;re canadienne &#224; Esquel en Patagonie, est devenu un v&#233;ritable mod&#232;le pour les autres luttes anti-mines ailleurs au pays. Au Mexique, le mouvement national des communaut&#233;s affect&#233;es par les mines est tr&#232;s r&#233;cent : son existence a &#233;t&#233; officialis&#233;e en juin 2008, profitant de la rencontre annuelle du r&#233;seau des communaut&#233;s affect&#233;es par les barrages. La d&#233;claration de fondation du mouvement &#233;nonce non seulement l'objectif de faire front commun contre l'exploitation mini&#232;re &#224; ciel ouvert, mais elle inscrit aussi les luttes locales anti-mines dans un mouvement national plus large avec des revendications pour la reconnaissance des droits autochtones et le d&#233;veloppement communautaire. Plus r&#233;cemment, la question de l'exploitation mini&#232;re a &#233;t&#233; un th&#232;me f&#233;d&#233;rateur au Forum social des Am&#233;riques tenu au Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet esprit, un v&#233;ritable mouvement transnational pour la justice environnementale et l'autod&#233;termination est en &#233;mergence. Au Canada, des organisations de d&#233;veloppement international et de solidarit&#233; ont cr&#233;&#233; le R&#233;seau canadien sur la reddition de comptes des entreprises. Ce mouvement d'action politique et de concertation, sous la coordination de la Halifax Initiative, vise &#224; faire pression sur le gouvernement canadien pour que celui-ci adopte une loi exer&#231;ant un certain contr&#244;le sur les entreprises extractives canadiennes &#339;uvrant &#224; l'&#233;tranger. Rappelons que 60 % des entreprises mini&#232;res dans le monde sont enregistr&#233;es au Canada et la majorit&#233; des entreprises mini&#232;res en Am&#233;rique latine sont d'origine canadienne. La r&#233;putation du Canada dans les pays latino-am&#233;ricains s'est grandement d&#233;t&#233;rior&#233;e en raison de l'agressivit&#233; manifest&#233;e par les entreprises canadiennes dans le d&#233;veloppement des projets extractifs. Le mouvement exige entre autres que l'action de ces entreprises soit soumise au respect des droits humains et des conventions internationales. Au Qu&#233;bec, la Coalition sur les impacts socio-environnementaux des transnationales en Am&#233;rique latine, compos&#233; de divers groupes de la soci&#233;t&#233; civile et de centres de recherche universitaires, organise des activit&#233;s de sensibilisation et initie des actions de pression lorsque les droits des communaut&#233;s sont viol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'&#224; l'occasion les mobilisations populaires aient men&#233; au pouvoir des repr&#233;sentants politiques progressistes sensibles aux abus des entreprises extractives &#339;uvrant sur leur territoire, il convient de souligner que les chefs d'&#201;tat de la r&#233;gion poursuivent n&#233;anmoins avec agressivit&#233; le d&#233;veloppement de projets extractifs. Malgr&#233; la nationalisation de l'industrie ou un contr&#244;le politique accru de ces activit&#233;s dans certains cas, les gouvernements ne respectent pas toujours, loin s'en faut, la volont&#233; des communaut&#233;s locales. Ainsi, tant les populations concern&#233;es du Sud que les ONG solidaires du Nord sont d'avis que la lutte &#224; mener est encore longue pour le respect des droits et de l'autod&#233;termination des communaut&#233;s paysannes et autochtones en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le gouvernement d'Evo Morales en Bolivie a proc&#233;d&#233; &#224; la nationalisation des hydrocarbures depuis son arriv&#233;e au pouvoir en 2006. Le Venezuela a quant &#224; lui impos&#233; de nouvelles r&#232;gles aux entreprises &#233;trang&#232;res sur son territoire. Rafael Correa &#224; la pr&#233;sidence de l'&#201;quateur s'est &#233;galement d&#233;clar&#233; sensible &#224; ces enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;ceviche&lt;/i&gt; est un plat national p&#233;ruvien fait de poisson cru marin&#233; dans un jus de lime.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Marie-Dominik Langlois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Sarrasin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respectivement coordinatrice du Comit&#233; pour les droits humains en Am&#233;rique latine (&lt;a href=&#034;http://www.cdhal.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cdhal.org&lt;/a&gt;) et membre du Collectif de la revue &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La constituante et la droite en Bolivie</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-constituante-et-la-droite-en</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-constituante-et-la-droite-en</guid>
		<dc:date>2009-02-08T18:20:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roxana Paniagua</dc:creator>


		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Paniagua, Roxana </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2005, la crise du syst&#232;me d&#233;mocratique bolivien aboutissait &#224; l'&#233;lection du premier pr&#233;sident indien du pays en la personne d'Evo Morales Ayma. Les revendications des mouvements populaires et autochtones se sont alors concentr&#233;es sur un point pr&#233;cis : convoquer une Assembl&#233;e constituante pour &#171; refonder le pays &#187; en mettant fin aux asym&#233;tries sociales et &#233;conomiques. La Consti-tuante a si&#233;g&#233; dans un contexte de blocage syst&#233;matique par la droite conservatrice, repr&#233;sent&#233;e entre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Paniagua-Roxana-+" rel="tag"&gt;Paniagua, Roxana &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton802.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;630&#034; height=&#034;460&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2005, la crise du syst&#232;me d&#233;mocratique bolivien aboutissait &#224; l'&#233;lection du premier pr&#233;sident indien du pays en la personne d'Evo Morales Ayma. Les revendications des mouvements populaires et autochtones se sont alors concentr&#233;es sur un point pr&#233;cis : convoquer une Assembl&#233;e constituante pour &#171; &lt;i&gt;refonder le pays&lt;/i&gt; &#187; en mettant fin aux asym&#233;tries sociales et &#233;conomiques. La Consti-tuante a si&#233;g&#233; dans un contexte de blocage syst&#233;matique par la droite conservatrice, repr&#233;sent&#233;e entre autres par le PODEMOS (Pouvoir d&#233;mocratique et social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le PODEMOS est un parti qui a perdu son statut juridique. Initialement, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). L'obstruction des travaux a d&#233;voil&#233; que la droite, qui avait gouvern&#233; le pays depuis des d&#233;cennies, n'allait pas permettre l'av&#232;nement d'une nouvelle charte allant &#224; l'encontre de ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. En deux ans, les forces conservatrices ont eu le temps de cr&#233;er un climat social violent visant &#224; mettre en &#233;chec le gouvernement d'Evo Morales et les revendications des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'emp&#234;cher l'approbation du nouveau texte constitutionnel, tous les pr&#233;textes &#233;taient bons : la revendication pour le retour de la capitale &#224; Sucre ou l'imp&#244;t direct sur les hydrocarbures ont &#233;t&#233; autant d'&#233;l&#233;ments pour d&#233;clencher des manifestations radicales et violentes. &#192; Sucre, si&#232;ge de la Constituante, le harc&#232;lement des &#171; &lt;i&gt;asambleistas&lt;/i&gt; &#187; d'origine indig&#232;ne a &#233;t&#233; syst&#233;matique et a atteint son paroxysme lors des &#233;v&#233;nements du 24 mai 2008, o&#249; ce harc&#232;lement est devenu ouvertement du racisme. Un journaliste espagnol a dit avoir &#233;t&#233; t&#233;moin du harc&#232;lement syst&#233;matique des femmes &#171; &lt;i&gt;asambleistas&lt;/i&gt; &#187; : lorsqu'elles se d&#233;pla&#231;aient &#224; pied dans la ville, elles &#233;taient insult&#233;es, bouscul&#233;es et d&#233;pouill&#233;es de leur habit traditionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Defensor&#237;a del pueblo et Universit&#233; de la Cordillera, Observando el racismo. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au sabotage syst&#233;matique de la droite et &#224; la d&#233;sinformation cr&#233;&#233;e par les grands m&#233;dias, le gouvernement a d&#233;cid&#233; de tester sa l&#233;gitimit&#233; et celle des pr&#233;fets de l'opposition dans un r&#233;f&#233;rendum &#224; caract&#232;re r&#233;vocatoire. Ce r&#233;f&#233;rendum a confirm&#233; &#224; nouveau Evo Morales et Alvaro Garcia Linera comme pr&#233;sident et vice-pr&#233;sident de la Bolivie (67,4 %) et reconduit les r&#233;formes entam&#233;es par ceux-ci. Mais ce r&#233;f&#233;rendum a aussi maintenu dans leur poste la plupart des pr&#233;fets (gouverneurs) de l'opposition. Ce vote ambigu de la population indique qu'elle voulait aussi bien les r&#233;formes propos&#233;es par l'&#201;tat central (nationalisation des hydrocarbures et r&#233;forme agraire) que l'autonomie des r&#233;gions. Ce vote, qui prouve en quelque sorte le d&#233;sir de tous les Boliviens de &#171; refonder le pays &#187;, se trouve bien loin du discours manich&#233;en de la droite qui pr&#233;sente le pays comme &#233;tant divis&#233; entre Blancs riches et Indiens pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La spirale de violence planifi&#233;e depuis les pr&#233;fectures et les comit&#233;s civiques, avec l'appui de l&lt;i&gt;'Uni&#243;n Juvenil Cruce&#241;ista&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bras arm&#233; du Comit&#233; de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de Santa Cruz, dont le pr&#233;sident (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des groupes de choc de la&lt;i&gt; Falange Socialista Boliviana&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phalange socialiste bolivienne, groupe fasciste fond&#233; en 1937 sur le mod&#232;le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est arriv&#233;e &#224; son point culminant lors du massacre de Pando le 11 septembre 2008 : une embuscade tendue par des groupes irr&#233;guliers, li&#233;s &#224; la pr&#233;fecture de Pando, au cours de laquelle 18 autochtones ont &#233;t&#233; assassin&#233;s, plus de 60 personnes bless&#233;es et 70 autres port&#233;es disparues. Le gouvernement Morales s'est vu oblig&#233; de d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat de si&#232;ge dans cette r&#233;gion du nord du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, l'&lt;i&gt;Uni&#243;n de Naciones del Sur&lt;/i&gt; (UNASUR) a donn&#233; un appui ferme au gouvernement d'Evo Morales et a averti qu'elle ne tol&#232;rera pas la rupture du processus d&#233;mocratique ni la division du pays. Les opposants de Morales ont mis&#233; sur l'acc&#232;s &#224; l'autonomie des r&#233;gions, ce qui est devenu non pas une proposition de d&#233;centralisation de l'&#201;tat, mais plut&#244;t une proposition de s&#233;cession appuy&#233;e en principe par les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quels enjeux ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord que la Bolivie est un pays o&#249; les rapports de pouvoir sont bas&#233;s sur les anciennes relations coloniales : ces r&#233;miniscences ont toujours &#233;t&#233; pr&#233;sentes dans la construction de la &#171; nation &#187;. De fait, les droits des autochtones ont &#233;t&#233; tr&#232;s limit&#233;s, et cela jusqu'en 1952, date &#224; laquelle ils ont obtenu le statut de citoyen. Mais cela n'a pas permis de niveler les relations asym&#233;triques entre Blancs-m&#233;tis et autochtones dans la mesure o&#249;, jusqu'en 2006, une grande majorit&#233; de ces derniers ne poss&#233;dait m&#234;me pas un certificat de naissance ou une carte d'identit&#233;. Ce sont justement ces rapports de subordination qui sont contest&#233;s par les autochtones et les mouvements sociaux qui, &#224; travers leur longue lutte contre le &#171; colonialisme interne &#187;, ont propos&#233; la &#171; refondation &#187; du pays &#224; partir d'un nouveau texte constitutionnel, lequel constitue une v&#233;ritable r&#233;volution dans un pays o&#249; l'Indien devait baisser la t&#234;te pour s'adresser au Blanc-m&#233;tis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, alors qu'en 1952 on entamait dans la partie occidentale du pays la r&#233;forme agraire, on &#233;rigeait dans les plaines orientales un syst&#232;me d'usufruit de la terre, concentr&#233;e entre les mains de quelques familles, visant la production agricole d'extension. Il s'agissait en effet de terres et de territoires vol&#233;es aux autochtones guaranis contraints de travailler comme esclaves de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Le nouveau texte constitutionnel mettra une limite (5 000 &#224; 10 000 hectares) &#224; l'usufruit des terres et &#224; la concentration entre quelques propri&#233;taires seulement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le mouvement des Sans-Terre, sur les 65 millions d'hectares aptes &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la d&#233;mocratie qui a pr&#233;valu ces 30 derni&#232;res ann&#233;es a fait fi de l'int&#233;gration des autochtones &#224; la vie nationale, malgr&#233; le fait que pendant cette p&#233;riode la Bolivie a sign&#233; la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail concernant les peuples indig&#232;nes et tribaux. C'est la premi&#232;re fois que les peuples autochtones et les mouvements sociaux r&#233;digent une Charte &#224; leur mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, la droite n'a pas de projet national. Ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques ne visent que l'exportation alors que les autochtones et les mouvements sociaux ont un projet d'envergure nationale, une sorte de &#171; nouveau contrat social &#187; pour lutter contre l'exclusion. Les autochtones visent un pays uni, plus &#233;quitable, qui pourrait leur permettre de &#171; vivre &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt; et non pas &lt;i&gt;mieux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ineffable droite et la Constituante&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs observateurs ont conclu que la Constitution devra &#234;tre ouverte et r&#233;&#233;crite ; autrement, selon eux, Evo Morales ne pourra pas gouverner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au moment d'aller sous presse, l'impasse entre le gouvernement et la droite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, il est clair maintenant, apr&#232;s les &#233;v&#232;nements violents du mois de septembre 2008, que le plan de la droite bolivienne consiste &#224; s'opposer co&#251;te que co&#251;te &#224; la mise en place des nouveaux fondements du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite d&#233;nonce les &#171; &lt;i&gt;restrictions &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la n&#233;gation des autonomies&lt;/i&gt; &#187;. Elle critique l'article 20 de la Nouvelle Constitution politique de l'&#201;tat (NCPE), car il &#171; &lt;i&gt;refuse&lt;/i&gt; &#187; aux entrepreneurs &#171; &lt;i&gt;l'acc&#232;s aux services de base&lt;/i&gt; &#187;, mais l'article en question dit en fait que &#171; &lt;i&gt;toute personne a le droit d'avoir un acc&#232;s universel et &#233;quitable aux services de base d'eau potable, aux &#233;gouts, &#233;lectricit&#233;, gaz &#224; domicile, au service postal et aux t&#233;l&#233;communications.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui laisse croire que les inqui&#233;tudes de la droite ne sont pas tant l'acc&#232;s aux services de base que les &#233;ventuels obstacles &#224; la commercialisation sans restrictions des ressources naturelles telles que l'eau et le gaz naturel. Le projet de la droite est aux antipodes de celui port&#233; par les mouvements populaires. En effet, la proposition des mouvements populaires a &#233;t&#233; incluse dans la NCPE (Art. 134) et indique que &#171; &lt;i&gt; l'objectif de l'organisation &#233;conomique bolivienne est l'&#233;limination de la pauvret&#233; et de l'exclusion sociale et &#233;conomique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; leader civique &#187; de Santa Cruz, Branco Marinkovic, a indiqu&#233; que la &#171; &lt;i&gt;fonction sociale est une sorte d'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s&lt;/i&gt; &#187; pour la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Marinkovic et d'autres propri&#233;taires terriens accusent le gouvernement de Morales de &#171; &lt;i&gt;s'en prendre aux initiatives priv&#233;es puisqu'il [le gouvernement national] a l'intention d'abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Pourtant, le nouveau texte constitutionnel respecte non seulement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais aussi la propri&#233;t&#233; collective de la terre. Et, comme disait Alvaro Garcia Linera, &#171; &lt;i&gt;la Bolivie a besoin de briser les rapports de soumission des indig&#232;nes et d'instaurer un capitalisme andin dont la teneur doit permettre aux indig&#232;nes de n&#233;gocier d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec les Blancs de la ville.&lt;/i&gt; &#187; L'approbation de la NCPE est l'objectif vis&#233; par les mouvements populaires, car elle va modifier de fond en comble les rapports entre la minorit&#233; blanche-m&#233;tisse et, de plus, va permettre l'&#233;mergence d'une d&#233;mocratie &#171; participative &#187;, voire directe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le PODEMOS est un parti qui a perdu son statut juridique. Initialement, il &#233;tait form&#233; par les politiciens des diverses factions de la droite bolivienne (Phalange socialiste et Action d&#233;mocratique nationaliste [ADN] de l'ex-dictateur Banzer Suarez) et de centre-droite (Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire [MIR]) et il a m&#234;me gouvern&#233; avec les dictatures militaires. PODEMOS bloque de nombreux projets de loi au S&#233;nat depuis 2006 et a justifi&#233; la violence des groupes de choc racistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Defensor&#237;a del pueblo et Universit&#233; de la Cordillera, Observando el racismo. Racismo y regionalismo en el proceso constituyente, La Paz, janvier 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bras arm&#233; du Comit&#233; de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de Santa Cruz, dont le pr&#233;sident est Branko Marinkovic, un des propri&#233;taires terriens qui s'opposent &#224; la r&#233;forme agraire, connu pour l'appropriation illicite des terres appartenant aux autochtones guarayos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Phalange socialiste bolivienne, groupe fasciste fond&#233; en 1937 sur le mod&#232;le de la phalange espagnole, fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le mouvement des Sans-Terre, sur les 65 millions d'hectares aptes &#224; la culture, 40 millions se trouvent dans les mains de quelques grands propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au moment d'aller sous presse, l'impasse entre le gouvernement et la droite s'&#233;tait d&#233;cant&#233;e, cette derni&#232;re accusant le coup d'une division entre mod&#233;r&#233;s et radicaux des Comit&#233;s civiques de Santa Cruz, Beni et Chuquisaca.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Roxana Paniagua Humeres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, sp&#233;cialiste de la question autochtone en Am&#233;rique latine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La force du peuple souverain</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-force-du-peuple-souverain</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-force-du-peuple-souverain</guid>
		<dc:date>2009-02-08T18:14:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ricardo Pe&#241;afiel</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Pe&#241;afiel, Ricardo</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Selon un r&#233;cit largement partag&#233;, l'ascension au pouvoir de gouvernements de gauche &#8211; ou du moins &#171; antin&#233;olib&#233;raux &#187; &#8211; en Am&#233;rique latine a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e et rendue possible par la pression de soul&#232;vements populaires massifs. Sans &#234;tre faux, ce r&#233;cit n&#233;glige de souligner les profondes diff&#233;rences et incompatibilit&#233;s existant entre les r&#233;solutions institutionnelles prenant aujourd'hui le tournant d'un virage &#224; gauche et la logique de ces soul&#232;vements, &#233;meutes ou manifestations de masse. Pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Penafiel-Ricardo-+" rel="tag"&gt;Pe&#241;afiel, Ricardo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton801.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;794&#034; height=&#034;563&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Selon un r&#233;cit largement partag&#233;, l'ascension au pouvoir de gouvernements de gauche &#8211; ou du moins &#171; antin&#233;olib&#233;raux &#187; &#8211; en Am&#233;rique latine a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e et rendue possible par la pression de soul&#232;vements populaires massifs. Sans &#234;tre faux, ce r&#233;cit n&#233;glige de souligner les profondes diff&#233;rences et incompatibilit&#233;s existant entre les r&#233;solutions institutionnelles prenant aujourd'hui le tournant d'un virage &#224; gauche et la logique de ces soul&#232;vements, &#233;meutes ou manifestations de masse. Pour comprendre la &#171; &lt;i&gt;politique de la rue&lt;/i&gt; &#187;, il est n&#233;cessaire de s'int&#233;resser &#224; cette force politique populaire pour elle-m&#234;me et non pas en fonction de ses traductions &#171; politiciennes &#187; qui n'en sont que le p&#226;le reflet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel lien peut-il y avoir entre un mouvement spontan&#233; comme celui des &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; ou des &lt;i&gt;Asambleas de barrio&lt;/i&gt; (en Argentine), unis derri&#232;re le slogan &#171; &lt;i&gt;que se vayan todos&lt;/i&gt; &#187; [qu'ils s'en aillent tous] et l'&#233;lection d'un gouverneur p&#233;roniste (Kirchner) parvenu au pouvoir apr&#232;s le d&#233;sistement, au deuxi&#232;me tour, de Menem, personnage suppos&#233;ment honni et responsable des soul&#232;vements de janvier 2001, arriv&#233; pourtant en t&#234;te lors du premier tour avec 40 % du vote ? De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, ce qui affleure de ce contraste entre le &#171; &lt;i&gt;que se vayan todos&lt;/i&gt; &#187; et l'&#233;lection quelques mois plus tard d'un politicien faisant partie int&#233;grante de ce &#171; &lt;i&gt;todos&lt;/i&gt; &#187;, c'est l'incompatibilit&#233; entre les logiques d'une action spontan&#233;e et celle de la sc&#232;ne politique institutionnalis&#233;e. Or, c'est justement dans cette &#171; &#233;tranget&#233; &#187; des soul&#232;vements populaires vis-&#224;-vis des syst&#232;mes politiques qu'ils questionnent &#8211; au point de les renverser et de les forcer &#224; se refonder sur de nouvelles bases &#8211; que r&#233;side toute la force politique du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite histoire des soul&#232;vements populaires en Am&#233;rique latine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire contemporaine des soul&#232;vements populaires (&lt;i&gt;estallidos populares&lt;/i&gt;) en Am&#233;rique latine remonte &#224; ce qui a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; comme les &#171; &#233;meutes de la faim &#187; qui ont marqu&#233; l'espace public, notamment du Br&#233;sil, de l'Argentine (&lt;i&gt;Santiague&#241;azo&lt;/i&gt;, 1993) et du Venezuela (&lt;i&gt;Caracazo&lt;/i&gt;, 1989). Bien que d&#233;sign&#233;es comme des &#171; &#233;meutes de la faim &#187;, celles-ci ne peuvent s'expliquer que par le manque de nourriture&#8230; Si chaque fois qu'on affame une population, celle-ci se soulevait, nous serions dans une sorte de r&#233;volution permanente. Or, ce n'est (malheureusement) pas le cas. Ce qui transforme cette faim en action collective c'est sa &#171; mise en r&#233;cit &#187; au sein d'un discours ou d'un imaginaire social qui lui attribue des responsables et qui appelle &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet imaginaire du peuple dans la rue remonte aux mobilisations de masse contre les r&#233;gimes dictatoriaux qui, sous l'impulsion de la CIA, du Pentagone et de l'&#201;cole des Am&#233;riques, jonchaient l'ensemble du territoire latino-am&#233;ricain dans les ann&#233;es 1970-1980. Bien que ces luttes impliquent une dimension directement politique, elles ne peuvent s'expliquer sans consid&#233;rer la part &#171; expressive &#187; et identitaire qu'impliquait la participation massive d'une population paup&#233;ris&#233;e (souvent d&#233;sign&#233;e comme le &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt;) manquant d'une certaine exp&#233;rience militante ou d'un lien organique avec une quelconque organisation de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode actuelle, dite d&#233;mocratique, les soul&#232;vements populaires les plus imposants ont conduit au renversement de plusieurs gouvernements. En &#201;quateur, les manifestations de masse ont men&#233; &#224; la destitution de Abdal&#225; Bucaram en 1997, de Yamil Mahuad en 2000, puis de Lucio Guti&#233;rrez en 2005 ; au P&#233;rou, ce fut la chute d'Alberto Fujimori en 2001 ; cette m&#234;me ann&#233;e vit &#233;galement tomber le gouvernement de Fernando de la R&#250;a sous la pression des &lt;i&gt;estallidos&lt;/i&gt; ; en Bolivie, en 2003, ce fut le tour de Gonzalo S&#225;nchez de Lozada ; au Paraguay, cela avait &#233;t&#233; le cas de Ra&#250;l Cubas en 1999. Et ainsi de suite&#8230; D'autres soul&#232;vements ont conduit &#224; des repositionnements radicaux des sc&#232;nes politiques de l'Am&#233;rique latine sans conduire n&#233;cessairement ou directement &#224; la destitution de pr&#233;sidents &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conditions de possibilit&#233; des soul&#232;vements populaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien que ces soul&#232;vements diff&#232;rent &#233;norm&#233;ment entre eux &#8211; tant dans leurs formes, leurs contenus que dans leurs effets &#8211;, il est tout de m&#234;me possible de d&#233;gager certains &#233;l&#233;ments communs qui nous permettent de caract&#233;riser ce type particulier d'intervention de la pl&#232;be ou des &#171; sans parts &#187; dans l'espace public. Plut&#244;t que de les voir simplement de mani&#232;re n&#233;gative &#8211; comme une menace aux institutions lib&#233;rales, comme une &#171; r&#233;action &#187; face &#224; la violence structurelle de la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s, ou encore comme une tare de la conscience des masses ne suivant pas une logique de classe non plus qu'une logique proprement insurrectionnelle (du type gu&#233;rilla ou guerre populaire prolong&#233;e) &#8211;, ne pourrait-on pas interpr&#233;ter cette irruption des masses en politique comme une forme d'auto-institution du peuple en tant que souverain de l'espace politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette irruption est non seulement soudaine mais surtout &#233;ph&#233;m&#232;re. Ce qui se pr&#234;te &#224; toutes sortes de manipulations et de r&#233;interpr&#233;tations de la part des politiciens, garants des institutions &#171; d&#233;mocratiques &#187; qui leur assurent leurs pr&#233;rogatives (main-mise) sur la sph&#232;re politique. Cependant, pour br&#232;ve et spontan&#233;e qu'elle soit, cette &#171; apparition &#187; du peuple sur la place publique n'en est pas moins lourde d'implications et de cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle implique l'affirmation (ou l'institution) d'une fronti&#232;re de l'inacceptable qui sanctionne des actes pr&#233;tendument &#171; l&#233;gaux &#187; (effectu&#233;s par des gouvernements &#233;lus) au nom d'une l&#233;gitimit&#233; sup&#233;rieure ne reposant pas sur les proc&#233;dures, les institutions et les lois mais sur la volont&#233; populaire imm&#233;diate (non m&#233;diatis&#233;e). On donne ainsi corps et vie au principe de la souverainet&#233; populaire pr&#233;tendument &#224; l'origine de la d&#233;mocratie, mais enseveli sous de profondes couches de proc&#233;dures, de technocratie, de bureaucratie et de professionnalisation du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, elle oblige non seulement &#224; des r&#233;am&#233;nagements de la sc&#232;ne politique, mais elle se donne comme principe de sa propre reproduction. Toutefois, il ne s'agit pas d'une reproduction p&#233;renne, dans la mesure o&#249; ces soul&#232;vements questionnent les institutions politiques sans n&#233;cessairement poser de nouvelles bases institutionnelles pour la perp&#233;tuation des principes qu'ils mettent de l'avant. Il s'agit plut&#244;t d'une perp&#233;tuation &#171; &lt;i&gt;discontinue&lt;/i&gt; &#187; de la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Martin Beaugh, L'exp&#233;rience pl&#233;b&#233;ienne. Une histoire discontinue de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; travers la m&#233;moire de cette puissance collective du peuple rassembl&#233; sous des symboles communs lui donnant une image unifi&#233;e de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas lieu de critiquer cette absence d'institutionnalisation ou d'instrumentalisation de l'action populaire dans la mesure o&#249;, sans ce rel&#226;chement des r&#233;f&#233;rents, sans la pr&#233;sence de &#171; signifiants vides &#187; (qui ne peuvent r&#233;f&#233;rer &#224; rien en particulier pour pouvoir r&#233;f&#233;rer &#224; l'ensemble des demandes et des d&#233;sirs), il n'y aurait pas la possibilit&#233; pour une masse de d&#233;sh&#233;rit&#233;s de se rassembler autour de symboles communs. Il y aurait plut&#244;t lieu de questionner les pratiques de revendications sectorielles, parfaitement &#171; instrumentalis&#233;es &#187;, permettant de formuler des demandes &#224; l'&#201;tat sans toutefois parvenir &#224; mobiliser (sans m&#234;me interpeller) les masses &#224; travers l'expression politique de l'&#234;tre ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Martin Beaugh, &lt;i&gt;L'exp&#233;rience pl&#233;b&#233;ienne. Une histoire discontinue de la libert&#233; politique&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 2007 (recens&#233; dans AB ! no 24 &#8211; avril / mai 2008).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ricardo Pe&#241;afiel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercheur &#224; l'Institut d'&#233;tudes du d&#233;veloppement &#233;conomique et social (Paris 1-Panth&#233;on-Sorbonne)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des &#171; focos &#187; aux forums</title>
		<link>https://www.ababord.org/Des-focos-aux-forums</link>
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		<dc:date>2009-02-08T18:12:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans son roman La consagraci&#243;n de la primavera (Le sacre du printemps), l'&#233;crivain cubain Alejo Carpentier tissait une trame historique qui, d&#233;butant en 1937 dans le fracas de la guerre d'Espagne, se terminait sur les plages de Playa Gir&#243;n &#224; Cuba en 1961. Soulignant l'importance historique de cette premi&#232;re victoire d'une nation latino-am&#233;ricaine face &#224; l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien, l'auteur montrait ainsi toute l'importance, au niveau de l'imaginaire, que la r&#233;volution cubaine a pu prendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton800.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1063&#034; height=&#034;925&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Dans son roman &lt;i&gt;La consagraci&#243;n de la primavera&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le sacre du printemps&lt;/i&gt;), l'&#233;crivain cubain Alejo Carpentier tissait une trame historique qui, d&#233;butant en 1937 dans le fracas de la guerre d'Espagne, se terminait sur les plages de Playa Gir&#243;n &#224; Cuba en 1961. Soulignant l'importance historique de cette premi&#232;re victoire d'une nation latino-am&#233;ricaine face &#224; l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien, l'auteur montrait ainsi toute l'importance, au niveau de l'imaginaire, que la r&#233;volution cubaine a pu prendre dans le monde, inspirant des mouvements de solidarit&#233; au m&#234;me titre que la r&#233;volution espagnole &#224; la fin des ann&#233;es 1930. Similitudes certes mais aussi ruptures, car entre le conflit espagnol et la r&#233;volution des sierras, un changement s'op&#232;re, non seulement en terme d'espace mais aussi, point essentiel, au niveau des sujets porteurs du changement social. Ce glissement n'est pas sans cons&#233;quences sur le type de solidarit&#233; qui va se nouer durant cette p&#233;riode. On pourrait ajouter que le trait dominant de la s&#233;quence historique allant des ann&#233;es 1960 jusqu'&#224; nos jours est une perp&#233;tuelle remise en cause des mod&#232;les r&#233;volutionnaires et des formes de solidarit&#233; qui leur sont li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un, deux, trois, mille Vietnam ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Alors que la Guerre froide, au cours des ann&#233;es 1950, battait son plein, le camp socialiste (URSS et d&#233;mocraties dites populaires) remisait aux oubliettes le sch&#233;ma de la r&#233;volution mondiale qui l'avait jusqu'alors inspir&#233;, sch&#233;ma d&#233;velopp&#233; aux lendemains de la r&#233;volution russe et qui assignait &#224; un &#233;tat-major mondial (le Komintern ou Troisi&#232;me Internationale) le r&#244;le d'impulser les mots d'ordre de lutte et de d&#233;velopper la solidarit&#233; entre les diverses sections nationales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#233;vident que nous parlons ici d'une position officielle, car la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agissait maintenant pour les partis communistes nationaux de trouver leur propre voie (officiellement du moins&#8230;) tout en continuant &#224; s'appuyer, pour l'essentiel, sur la classe ouvri&#232;re. Pourtant, la victoire en 1949 de la r&#233;volution chinoise et celle des Vietnamiens contre la France en 1954 indiquaient qu'un nouvel acteur apparaissait sur la sc&#232;ne mondiale : le tiers-monde ou les pays du Sud. La Conf&#233;rence des Pays non align&#233;s de Bandung, en 1955, qui r&#233;unissait les repr&#233;sentants de 29 pays d'Afrique et d'Asie, allait mettre ce nouvel acteur sous les feux de la rampe tout en r&#233;v&#233;lant, d&#233;j&#224;, les dissensions qui le taraudait ; dissensions entre ceux plus proches de l'Ouest et ceux ralli&#233;s au socialisme. La r&#233;volution cubaine de 1959 devait apporter de l'eau au moulin de ceux qui pr&#233;conisaient la voie r&#233;volutionnaire dans l'affirmation des peuples du Sud, et cela, d'une mani&#232;re autonome. De fait, la r&#233;volution cubaine &#233;tait, par bien des aspects, &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; : r&#233;alis&#233;e par un mouvement populiste (le Mouvement du 26 juillet) en dehors des organisations traditionnelles (comme le Parti communiste), forgeant au cours de la lutte une arm&#233;e de gu&#233;rilla qui cristallisera l'alliance sociale permettant de chasser la dictature de Fulgencio Baptista. Rupture donc avec le mod&#232;le traditionnel, mais continuit&#233; avec la tradition historique cubaine o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; Jos&#233; Marti et son appel &#224; une r&#233;volution latino-am&#233;ricaine (l'Am&#233;rique latine &#233;tant &lt;i&gt;Nuestra Patria&lt;/i&gt;) sont sans cesse martel&#233;s. Celui qui a incarn&#233; le mieux cet appel &#224; une solidarit&#233; de lutte &#224; travers le continent, c'est Ernesto &#171; Che &#187; Guevara. Dans son discours de 1965 &#224; Alger, le Che, fustigeant la mollesse de l'URSS et de la Chine dans leur soutien au Vietnam en lutte contre les &#201;tats-Unis, appelait &#224; une solidarit&#233; effective avec son c&#233;l&#232;bre slogan : &#171; &lt;i&gt;cr&#233;er un, deux, trois, mille Vietnam&lt;/i&gt; &#187;. Romantisme sans doute, mais l'ann&#233;e suivante, avec la Conf&#233;rence tricontinentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#224;-dessus, Mehdi Ben Barka en h&#233;ritage : de la Tricontinentale &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les Cubains vont participer &#224; une tentative plus d&#233;velopp&#233;e afin de concr&#233;tiser cette solidarit&#233;. D&#233;bouchant sur la cr&#233;ation de l'Organisation de solidarit&#233; avec les peuples d'Afrique, d'Asie et d'Am&#233;rique latine (OSPAAAL) ainsi que l'Organisation latino-am&#233;ricaine de solidarit&#233; (OLAS), cette initiative va malheureusement s'enliser sous les coups de la contre-offensive imp&#233;rialiste et de l'assassinat de nombreux leaders tiers-mondistes : Patrice Lumumba, Amilcar Cabral, Mehdi Ben Barka et finalement le Che. L'OSPAAAL ne devait d'ailleurs pas se relever de tous ces coups, disparaissant vers la fin des ann&#233;es 1960. De son c&#244;t&#233;, la direction cubaine a report&#233; ses espoirs sur l'OLAS. &#192; la r&#233;union de cette organisation en ao&#251;t 1967, Cuba allait r&#233;affirmer des th&#232;ses pour le moins h&#233;t&#233;rodoxes (consign&#233;es en bonne partie dans le livre de R&#233;gis Debray, &lt;i&gt;R&#233;volution dans la r&#233;volution ?&lt;/i&gt;), soulignant le fait que la r&#233;volution latino-am&#233;ricaine &#233;tait essentiellement paysanne et que les foyers de gu&#233;rilla (&lt;i&gt;focos&lt;/i&gt;) &#233;taient le v&#233;hicule par lequel pouvait se r&#233;aliser l'alliance des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voie chilienne et sandinisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Trois ans plus tard, tout cela semble du pass&#233;. L'OLAS dispara&#238;t, les mouvements de gu&#233;rilla connaissent une s&#233;rieuse crise et Cuba se rapproche de l'URSS alors que l'exp&#233;rience chilienne, initi&#233;e par l'&#233;lection en septembre 1970 de l'Unit&#233; populaire, semble ouvrir de nouvelles avenues. Nouvelles ? Pas tout &#224; fait, car la &#171; voie chilienne au socialisme &#187; s'appuie sur l'alliance des partis politiques de gauche et sur la mobilisation syndicale. Retour &#224; une certaine orthodoxie qui s&#233;duira, entre autres, le Parti communiste fran&#231;ais engag&#233;, &#224; l'&#233;poque, dans un processus d'union de la gauche, ainsi que les syndicats qu&#233;b&#233;cois. Cela explique aussi le caract&#232;re &#171; tr&#232;s syndical et politique &#187; de la solidarit&#233; avec l'exp&#233;rience chilienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dix ann&#233;es de solidarit&#233; avec l'Am&#233;rique latine, SQAL, Montr&#233;al, 1983, p. 13.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La gu&#233;rilla est loin&#8230; Pourtant, alors que l'exp&#233;rience chilienne se termine par un coup d'&#201;tat et que se multiplient les dictatures militaires en Am&#233;rique latine, la victoire de la r&#233;volution sandiniste au Nicaragua, en 1979, signalait le retour des gu&#233;rillas mais sur un nouveau mode. Car la r&#233;volution nicaraguayenne est, elle aussi, h&#233;t&#233;rodoxe : issue &#224; la fois d'une lutte arm&#233;e, d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et d'une mobilisation de mouvements sociaux comme celui des femmes, des jeunes et des chr&#233;tiens. Ce caract&#232;re polymorphe du processus r&#233;volutionnaire va se traduire par un mouvement de solidarit&#233; multiple, s'&#233;tendant par la suite aux autres luttes touchant l'Am&#233;rique centrale. Rupture d&#233;cisive car la solidarit&#233; ne touche plus seulement le champ des questions ouvri&#232;res ou paysannes mais, maintenant, celui des &#171; nouveaux mouvements sociaux &#187; : les femmes, les jeunes, l'&#233;cologisme, les Premi&#232;res nations, etc. Les r&#233;seaux de solidarit&#233; avec l'Am&#233;rique centrale auront sans doute permis d'emp&#234;cher un engagement massif de la puissance militaire &#233;tats-unienne dans la r&#233;gion. Cependant, les processus de d&#233;mocratisation qui se d&#233;velopperont au d&#233;but des ann&#233;es 1990 en Am&#233;rique centrale, dans le C&#244;ne sud ou au Br&#233;sil n'aboutiront qu'&#224; cr&#233;er des &#171; d&#233;mocraties contr&#244;l&#233;es &#187;, taill&#233;es dans le moule des politiques n&#233;olib&#233;rales avec les cons&#233;quences sociales d&#233;sastreuses que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;er un, deux, trois, mille forums sociaux&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Face &#224; l'ordre n&#233;olib&#233;ral qui semble incontest&#233; (impression renforc&#233;e par la disparition, au niveau international, de la pseudo-alternative que repr&#233;sentait l'URSS), des r&#233;sistances vont rapidement surgir, comme la r&#233;volte zapatiste au Mexique &#224; partir de janvier 1994. Interpellant la plan&#232;te enti&#232;re gr&#226;ce &#224; l'utilisation d'Internet, les Zapatistes seront les initiateurs d'un des premiers r&#233;seaux de lutte contre le n&#233;olib&#233;ralisme et la mondialisation. Cette remont&#233;e des luttes sociales, avec ses retomb&#233;es politiques, explique sans doute le fait que le premier Forum social mondial se soit tenu &#224; Porto Alegre, au Br&#233;sil, en 2001&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Cassen, au sujet de l'origine des forums, en donne une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Issus de la mouvance altermondialiste, les forums concr&#233;tisent une forme de solidarit&#233; qui, tout en reprenant certains acquis de pr&#233;c&#233;dents mouvements de solidarit&#233; comme celui avec l'Am&#233;rique centrale, tente de d&#233;gager un espace d'autonomie face aux partis politiques et aux &#201;tats dans l'&#233;laboration d'alternatives plus ou moins radicales. C'est ce que r&#233;sume Christian Delarue par ces mots : &#171; &lt;i&gt;Par nature, l'altermondialisme est une forme nouvelle d'internationalisme dont la particularit&#233; par rapport aux quatre internationales qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; est de ne pas &#234;tre soumis &#224; un centre qui dicte la pens&#233;e et les actes. L'altermondialisme est en soi un rejet de la forme d'action propos&#233;e par le l&#233;ninisme et pratiqu&#233;e par les deux internationales qui s'en sont r&#233;clam&#233;es. Les altermondialistes r&#233;cusent les organisations hi&#233;rarchiques pyramidales. Ils fonctionnent en r&#233;seaux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Delarue, &#171; L'altermondialisme et internationales communistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Le risque ici, dans la foul&#233;e du rejet des partis et des &#201;tats, c'est d'&#233;vacuer la dimension politique du travail de solidarit&#233;. Or, en Am&#233;rique latine, on est d&#233;j&#224; pass&#233; de la r&#233;sistance &#224; l'&#233;laboration d'alternatives au capitalisme en se pla&#231;ant sur le terrain politique, que ce soit au Venezuela, en Bolivie ou en &#201;quateur. Le d&#233;fi qui se pose alors aux mouvements de solidarit&#233;, c'est de prendre en compte cette dimension politique et d'en donner une information la plus large, sans pour autant abdiquer une distance critique face &#224; des gouvernements, m&#234;me dits &#171; de gauche &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est &#233;vident que nous parlons ici d'une position officielle, car la solidarit&#233; du mouvement communiste avec l'Espagne, dans les faits, r&#233;pondait moins &#224; une volont&#233; de soutenir un processus r&#233;volutionnaire que d'am&#233;nager les int&#233;r&#234;ts &#233;tatiques de l'URSS&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#224;-dessus, &lt;i&gt;Mehdi Ben Barka en h&#233;ritage : de la Tricontinentale &#224; l'altermondialisme&lt;/i&gt;, Syllepse, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dix ann&#233;es de solidarit&#233; avec l'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, SQAL, Montr&#233;al, 1983, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Cassen, au sujet de l'origine des forums, en donne une interpr&#233;tation dans son livre &lt;i&gt;Tout a commenc&#233; &#224; Porto Alegre... Mille forums sociaux&lt;/i&gt;, 1001 nuits, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Delarue, &#171; L'altermondialisme et internationales communistes ensemble &#187;, 8 janvier 2008, en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.local.attac.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.local.attac.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Christian Brouillard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le forum social des Am&#233;riques</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-forum-social-des-Ameriques</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Le-forum-social-des-Ameriques</guid>
		<dc:date>2009-02-08T18:09:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Chiasson-Lebel</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Chiasson-Lebel, Thomas </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Forum social des Am&#233;riques (FSA) a tenu sa troisi&#232;me &#233;dition au Guatemala du 7 au 12 octobre 2008. Bien que chaque &#233;dition reprenne le discours g&#233;n&#233;ral des Forums sociaux, elles ajoutent leur couleur particuli&#232;re. Des &#233;l&#233;ments fortement r&#233;currents aident &#224; dresser un portrait des questions traversant les diff&#233;rentes tendances qui y participent. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est toujours difficile de brosser un portrait g&#233;n&#233;ral d'un Forum social. Tant d'&#233;v&#232;nements diff&#233;rents s'y d&#233;roulent et il s'y tient tant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Chiasson-Lebel-Thomas-+" rel="tag"&gt;Chiasson-Lebel, Thomas &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton799.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;320&#034; height=&#034;285&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Forum social des Am&#233;riques (FSA) a tenu sa troisi&#232;me &#233;dition au Guatemala du 7 au 12 octobre 2008. Bien que chaque &#233;dition reprenne le discours g&#233;n&#233;ral des Forums sociaux, elles ajoutent leur couleur particuli&#232;re. Des &#233;l&#233;ments fortement r&#233;currents aident &#224; dresser un portrait des questions traversant les diff&#233;rentes tendances qui y participent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est toujours difficile de brosser un portrait g&#233;n&#233;ral d'un Forum social. Tant d'&#233;v&#232;nements diff&#233;rents s'y d&#233;roulent et il s'y tient tant de discours que tout compte-rendu demeure extr&#234;mement personnel. Toutefois, ces Forums perdraient de l'int&#233;r&#234;t s'il n'y avait pas plusieurs tentatives d'en rendre compte t&#233;moignant de ce foisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour aux racines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les racines du FSA se confondent avec celles du Forum social mondial. Ce processus, depuis 2001, vise &#224; favoriser de nouvelles convergences entre les mouvements sociaux et les organisations afin d'augmenter l'efficacit&#233; des luttes contre le n&#233;olib&#233;ralisme, la domination du monde par le capital et l'imp&#233;rialisme. Il part de l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale selon laquelle les strat&#233;gies de la gauche doivent &#234;tre renouvel&#233;es. Il n'est pas suffisant de prioriser la contradiction entre le capital et le travail en pensant que la r&#233;solution de cette contradiction m&#232;nera &#224; la r&#233;solution des autres. Pour les apologistes des forums, il est n&#233;cessaire de d&#233;velopper de nouvelles avenues en mettant les diff&#233;rentes luttes (celles des femmes, des autochtones, des paysans, des travailleurs, des LGBT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LGBT est l'acronyme employ&#233; pour d&#233;signer les lesbiennes, gais, bisexuels et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc.) sur un pied d'&#233;galit&#233; afin que de nouvelles articulations &#233;mergent et qu'ainsi les luttes de chacun des groupes aient plus de chances de marquer des avanc&#233;es tout en pr&#233;servant leur diversit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour de plus amples informations sur les motifs politiques qui appuient les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le processus des Forums sociaux inclut des rencontres internationales, qui sont autant de moments de convergence entre les groupes participants. L'id&#233;e des forums veut que la confluence se poursuive entre les &#233;ditions mondiales, notamment par la r&#233;alisation de forums r&#233;gionaux et th&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me Forum social des Am&#233;riques est une &#233;dition r&#233;gionale des Forums sociaux mondiaux. Les deux premiers avaient eu lieu en &#201;quateur en 2004 et au Venezuela en 2006, en m&#234;me temps que le Forum social polycentrique de Caracas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors qu'un Forum social mondial se tenait annuellement depuis 2001, il fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'y avait-il donc de nouveau dans l'&#233;dition 2008 ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Solidarit&#233; internationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le FSA-2008 a &#233;t&#233; un moment important d'affirmation de solidarit&#233; des mouvements sociaux avec les transformations en marche sur le continent, surtout dans le C&#244;ne sud. Tant dans les discours d'ouverture que dans les diff&#233;rents ateliers, on sentait une sympathie pour l'adoption de la nouvelle constitution &#233;quatorienne, pour la lutte d'Evo Morales en Bolivie, pour le gouvernement v&#233;n&#233;zu&#233;lien, pour la r&#233;volution cubaine&#8230; Bien que des critiques sur ce qui s'y passe &#233;mergeaient ici et l&#224;, s'exprimait au FSA un appui certain envers une red&#233;finition plus autonome des &#201;tats du C&#244;ne sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alberto Acosta, l'ex-pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e constituante d'&#201;quateur, o&#249; la nouvelle Constitution a &#233;t&#233; approuv&#233;e par r&#233;f&#233;rendum le 28 septembre par pr&#232;s de 64 % des votants, soutenait que &#171; &lt;i&gt;dans cette Constitution, nous disons qu'un autre &#201;quateur est possible, qu'une autre Am&#233;rique est possible, qu'un autre monde est possible&lt;/i&gt; &#187;, reprenant ainsi le slogan des Forums sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la solidarit&#233; avec les gouvernements de gauche du C&#244;ne sud a toujours &#233;t&#233; en toile de fond des forums, elle prend un sens particulier en Am&#233;rique centrale o&#249; la gauche n'est pas aussi forte, et particuli&#232;rement au Guatemala, o&#249; la guerre civile a d&#233;cim&#233; les rangs de celle-ci par des massacres innommables. Elle venait souffler comme un vent d'espoir pour les mouvements qui poursuivent leurs luttes en esp&#233;rant qu'elles m&#232;neront ce pays &#224; suivre le vent de changement. La visite d'Evo Morales suscitait beaucoup d'attentes, notamment pour les organisations autochtones qui voient dans sa pr&#233;sidence la possibilit&#233; pour les peuples originaires de ne plus &#234;tre exclus du pouvoir. Il a malheureusement d&#251; se d&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les autochtones&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;occupations des peuples autochtones ont une grande importance au Guatemala, pays o&#249; ils sont majoritaires. &#171; &lt;i&gt;La composante autochtone, qui est aujourd'hui en insurrection en Am&#233;rique du Sud, est venue s'exprimer ici&lt;/i&gt; &#187;, nous a dit Jorge Coronado, membre du Conseil h&#233;misph&#233;rique du FSA. &#171; &lt;i&gt;Elle lutte pour s'exprimer &#224; l'int&#233;rieur des mouvements sociaux, et nous n'avons pas toujours eu cela.&lt;/i&gt; &#187; En t&#233;moignait &#233;galement l'inscription du mot Iximulew sur les sacs distribu&#233;s aux participants. Ce nom maya d&#233;signe le Guatemala. Il n'&#233;tait donc pas &#233;tonnant qu'une foule d'ateliers traitent de ces questions. Le forum permettait de faire le lien entre les victoires r&#233;centes des autochtones dans le C&#244;ne sud et les luttes acharn&#233;es men&#233;es par ces peuples au Guatemala. Sa nouvelle Constitution d&#233;finit l'&#201;quateur comme un &#201;tat plurinational, en reconnaissance des cultures autochtones ancestrales, et le pr&#233;ambule contient plusieurs r&#233;f&#233;rences &#224; des termes quechuas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication du respect de la cosmogonie autochtone fut souvent &#233;voqu&#233;e au forum. Les d&#233;fenseurs de cette cosmogonie soutiennent qu'elle inclut une conception du respect de la Terre et de l'environnement qui ne s&#233;parait pas les &#234;tres humains de la nature. Elle les pr&#233;sente plut&#244;t comme faisant partie d'un m&#234;me ensemble. Elle devient du m&#234;me souffle une revendication environnementaliste. Aussi, plusieurs &#233;vocations de concepts autochtones servent &#224; justifier une vision particuli&#232;re du socialisme. Sous l'&#233;gide de mots autochtones qui signifient le bien-vivre dans une harmonie avec la nature (&#171; &lt;i&gt;sumag causai&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;ali causai&lt;/i&gt; &#187; en Quechua, &#171; &lt;i&gt;Kmuet Filial&lt;/i&gt; &#187; en Mapudungun&#8230;), on pr&#233;sente un socialisme qui serait d&#233;pec&#233; de son aspect anthropocentrique. Il ne viserait pas uniquement &#224; transformer les rapports de production capitalistes, mais chercherait &#233;galement &#224; respecter les modes de production autochtones et des petits paysans. Cette pr&#233;sence autochtone est aujourd'hui essentielle pour comprendre les luttes sociales qui sont men&#233;es en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question des exploitations mini&#232;res occupa &#233;galement une bonne place dans le programme. Les instigateurs des ateliers sur cette question soulignaient que les exploitations mini&#232;res causent une foule de maux dont des expropriations de petits producteurs qui ne sont pas r&#233;tribu&#233;s justement, la contamination des cours d'eau dans lesquels s'abreuvent des communaut&#233;s, des affrontements au sein des communaut&#233;s entre ceux et celles qui appuient les exploitations mini&#232;res et ceux et celles qui les refusent&#8230; Des participants disaient &#234;tre harcel&#233;s et menac&#233;s de mort &#224; cause de leur activit&#233; contre les compagnies mini&#232;res. Plusieurs entreprises mini&#232;res canadiennes, pr&#233;sentes au Guatemala, furent d&#233;nonc&#233;es, notamment lors du Tribunal permanent des peuples sur l'activit&#233; des transnationales. La Gold Corp, sentant le besoin de redorer son image aupr&#232;s de la population guat&#233;malt&#232;que, a lanc&#233; une campagne d'affichage tapissant le centre-ville de Guatemala City.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'int&#233;gration &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique centrale est en ce moment au c&#339;ur d'une dispute strat&#233;gique entre diff&#233;rents p&#244;les &#233;conomiques de la plan&#232;te. Elle est signataire d'une entente de libre-&#233;change avec les &#201;tats-Unis qui, selon l'Alliance sociale continentale, n'a pas apport&#233; les am&#233;liorations promises. Alors que les partisans de l'accord esp&#233;raient une hausse des exportations vers les &#201;tats-Unis, les balances commerciales de la r&#233;gion sont davantage d&#233;ficitaires qu'elles ne l'&#233;taient auparavant. Par ailleurs, dans plusieurs pays, les investissements directs &#233;trangers en provenance des &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; en grande partie dirig&#233;s vers le rachat d'entreprises existantes. Il y aurait donc eu peu de cr&#233;ation d'emplois ou de nouvelles infrastructures &#233;conomiques. La liste pourrait s'allonger, mais ces exemples suffisent &#224; expliquer la r&#233;ticence des organisations et mouvements du continent par rapport aux n&#233;gociations qui ont actuellement cours pour conclure un accord du m&#234;me genre avec l'Union europ&#233;enne. Pendant ce temps, les pays qui font partie de l'Alternative bolivarienne pour les Am&#233;riques (ALBA) cherchent &#224; d&#233;velopper de nouvelles alliances dans la r&#233;gion pour &#233;tendre la port&#233;e de cet accord, qui se veut une alternative &#224; l'int&#233;gration n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs autres th&#232;mes furent abord&#233;s pendant le FSA. Le forum demeura marqu&#233; par la forte pr&#233;sence d'organisations sociales et de mouvements dans le comit&#233; d'organisation guat&#233;malt&#232;que, ce qui permit de faire un forum r&#233;ellement pr&#232;s des luttes sociales de la r&#233;gion. La participation n'a pas &#233;t&#233; spectaculaire : il y avait entre 6 000 et 8 000 personnes. Toutefois, selon les membres du comit&#233; organisateur, il s'agissait tout de m&#234;me d'un succ&#232;s puisque les organisations de la r&#233;gion comptent sur de faibles ressources et ne jouissent pas du m&#234;me appui de l'&#201;tat que les organisations br&#233;siliennes et v&#233;n&#233;zu&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on doit &#233;valuer le forum aux objectifs qu'il se fixe, ce FSA aura sans doute &#233;t&#233; un succ&#232;s. L'articulation de mouvements sociaux des Am&#233;riques y &#233;tait manifeste. Une coordination de mouvements internationaux (dont la CLOC-Via Campesina, Alianza Social Continental, la Marche mondiale des femmes et plus de 12 autres organisations) avait produit un programme d'activit&#233;s articul&#233; pour couvrir les diff&#233;rents th&#232;mes pertinents en int&#233;grant des repr&#233;sentants de diff&#233;rents pays et de diff&#233;rentes organisations. Toutefois, il reste &#224; savoir si cette articulation d&#233;passera les forums pour agir directement sur les objets des luttes dont les mouvements sont porteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, l'assembl&#233;e des mouvements sociaux qui cl&#244;turait le forum s'est dot&#233;e d'une d&#233;claration qui d&#233;nonce sans d&#233;tour le capitalisme, en utilisant la crise &#233;conomique qui se d&#233;veloppe actuellement comme preuve de l'&#233;chec de celui-ci. Elle appelle &#233;galement &#224; une myriade d'actions qui devraient permettre aux mouvements du continent de mener des campagnes d'ampleur internationale. Il reste &#224; voir si ces appels seront v&#233;ritablement relay&#233;s &#224; la grandeur du continent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;claration issue de l'assembl&#233;e des mouvements sociaux est disponible en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LGBT est l'acronyme employ&#233; pour d&#233;signer les lesbiennes, gais, bisexuels et transsexuels&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour de plus amples informations sur les motifs politiques qui appuient les forums, il est utile de consulter la charte de principes des forums sociaux mondiaux. Elle est disponible &#224; l'adresse : &lt;a href=&#034;http://www.forumsocialmundial.org.br/main.php?id_menu=4&amp;cd_language=3&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.forumsocialmundial.org.br/main.php?id_menu=4&amp;cd_language=3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors qu'un Forum social mondial se tenait annuellement depuis 2001, il fut d&#233;cid&#233; qu'en 2006, le forum aurait lieu &#224; trois endroits diff&#233;rents en m&#234;me temps. L'un se d&#233;roula &#224; Bamako, l'autre &#224; Caracas et le dernier &#224; Karachi. Ils ne furent pas r&#233;alis&#233;s en m&#234;me temps pour cause de contraintes locales, mais tous se d&#233;roul&#232;rent entre janvier et mars 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La d&#233;claration issue de l'assembl&#233;e des mouvements sociaux est disponible en fran&#231;ais &#224; l'adresse : &lt;a href=&#034;http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&amp;reference=6092&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&amp;reference=6092&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Thomas Chiasson-Lebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Candidat &#224; la ma&#238;trise en sociologie, l'auteur a particip&#233; au FSA avec un groupe d'Alternatives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce qu'on peut apprendre de l'Am&#233;rique latine</title>
		<link>https://www.ababord.org/Ce-qu-on-peut-apprendre-de-l</link>
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		<dc:date>2009-02-08T18:06:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Beaudet, Pierre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es tout le monde le sait, l'Am&#233;rique latine est en &#233;bullition. Les &#233;lections am&#232;nent des coalitions de gauche et de centre-gauche au pouvoir d'un bout &#224; l'autre du continent, au Br&#233;sil, en Uruguay, au Nicaragua et ailleurs. D'immenses mobilisations populaires se d&#233;veloppent comme autant d'&#233;normes grains de sable enrayant la machine n&#233;olib&#233;rale, comme au Mexique, au Chili, en Argentine. De gigantesques efforts sont consentis par tout le monde pour se &#171; d&#233;sengluer &#187; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Amerique-latine-Virage-a-" rel="directory"&gt;Dossier : Am&#233;rique latine - Virage &#224; gauche&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaudet-Pierre-+" rel="tag"&gt;Beaudet, Pierre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton798.gif?1642092274' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;620&#034; height=&#034;702&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es tout le monde le sait, l'Am&#233;rique latine est en &#233;bullition. Les &#233;lections am&#232;nent des coalitions de gauche et de centre-gauche au pouvoir d'un bout &#224; l'autre du continent, au Br&#233;sil, en Uruguay, au Nicaragua et ailleurs. D'immenses mobilisations populaires se d&#233;veloppent comme autant d'&#233;normes grains de sable enrayant la machine n&#233;olib&#233;rale, comme au Mexique, au Chili, en Argentine. De gigantesques efforts sont consentis par tout le monde pour se &#171; d&#233;sengluer &#187; de l'empire &#233;tats-unien et pour promouvoir un processus d'int&#233;gration par et pour les peuples, comme dans le cadre du projet de l'ALBA. Ces profonds changements historiques nous concernent de mani&#232;re directe et imp&#233;rieuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de repli, le mouvement populaire latino-am&#233;ricain est de retour, combatif, imaginatif, confiant : les grandes batailles pour l'eau (Bolivie), pour l'&#233;ducation (Chili), pour la r&#233;forme agraire (Br&#233;sil) et pour les droits des autochtones (Mexique) continuent. Partout, c'est le m&#234;me refus du n&#233;olib&#233;ralisme, non seulement comme syst&#232;me inique, mais aussi comme terrible &#171; &lt;i&gt;malgestion&lt;/i&gt; &#187; de l'&#233;conomie. &#192; part des secteurs tr&#232;s minoritaires appartenant aux anciennes &#233;lites, plus personne ne pr&#233;conise le laisser-faire qui pr&#233;valait jusqu'&#224; r&#233;cemment. En outre, les populations ne croient plus aux mensonges r&#233;p&#233;t&#233;s par les m&#233;dias principaux, d'o&#249; une v&#233;ritable d&#233;connexion entre la pens&#233;e unique et l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela &#171; nous &#187; dit ? Bloquer la machine, engager la bataille des id&#233;es sur les faits, qui sont t&#234;tus. Le droit de dire NON n'est pas n&#233;gociable, m&#234;me lorsqu'un gouvernement pr&#233;tend trouver des accommodements &#171; raisonnables &#187;. Ainsi, le Mouvement des Sans-terre au Br&#233;sil, tout en appuyant Lula pour faire &#233;chec au retour de la droite, continue ses mobilisations de masse afin de forcer la r&#233;forme agraire &#171; par en bas &#187;. Il ne se contente pas de faire partie des tables de concertation mises en place par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Question pour &#171; nous &#187;&lt;/i&gt; : n'est-ce pas le temps de renouer avec une approche de lutte, de r&#233;sistance et laisser de c&#244;t&#233;, au moins partiellement, le &#171; dialogue &#187; et la &#171; r&#233;conciliation &#187; des classes, qui pr&#233;valent depuis quelques ann&#233;es au Qu&#233;bec ? Est-ce possible de faire cela &#224; une grande &#233;chelle, comme les &#233;tudiants et les &#233;tudiantes l'ont fait en 2005, sans tomber dans le pi&#232;ge de faire &#171; la lutte pour la lutte &#187;, mais aussi pour gagner ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Du &#187; et &#171; de la &#187; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On le sait, l'intervention des mouvements sur le terrain politique c'est risqu&#233;, c'est glissant. Mais il faut le faire, sans illusion ni na&#239;vet&#233;. Au Br&#233;sil par exemple, Lula et la coalition de centre-gauche au pouvoir ne repr&#233;sente &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; un processus de transformation coh&#233;rent. &#192; l'int&#233;rieur du PT, l'alignement des astres a bascul&#233; en faveur des technocrates et des ex-syndicalistes trop contents d'&#234;tre assis &#224; des conseils d'administration. Pourtant, les mouvements populaires font de la politique, &#224; la fois avec et contre Lula. Ils savent man&#339;uvrer, louvoyer, souffler le chaud et le froid, tant pour gagner des batailles imm&#233;diates que pour pr&#233;server l'autonomie du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bolivie, l'architecture du pouvoir est boulevers&#233;e parce que le MAS, le mouvement d'Evo Morales, est une coalition de coalitions bas&#233;e sur les mouvements populaires, principalement paysans et autochtones. Au Venezuela, des organisations de base b&#233;n&#233;ficient de l'espace ouvert par le processus bolivarien pour s'organiser, tout en r&#233;sistant &#224; la tutelle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il s'agit &#224; la fois de continuer la bataille &#224; long terme, dans un contexte o&#249; on ne peut d&#233;cr&#233;ter la mort du n&#233;olib&#233;ralisme si facilement, tout en allant chercher des acquis partiels, qui donnent de la confiance et de l'&#233;nergie. Tout cela d&#233;gage une question pour &#171; nous &#187; : est-ce pensable que le mouvement populaire qu&#233;b&#233;cois s'engage &#171; &#224; fond la caisse &#187; dans la politique &#171; r&#233;ellement existante &#187;, avec ses pi&#232;ges et ses contradictions, tout en r&#233;conciliant le court et le long terme ? Qu'est-ce qu'il faut attendre pour s'investir dans &lt;i&gt;Qu&#233;bec solidaire&lt;/i&gt;, par exemple ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#171; subalternes &#187; au premier plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social en Am&#233;rique latine n'est plus le m&#234;me que celui qui dominait il y a quelques d&#233;cennies. Le n&#233;olib&#233;ralisme a terriblement affaibli les classes moyennes et ouvri&#232;res, dont les organisations (syndicats, partis de gauche traditionnels) ont subi le choc. Aujourd'hui, ce sont de nouveaux acteurs qui prennent le relais, notamment des mouvements paysans et autochtones. Pour ceux-ci, le d&#233;fi est non seulement de confronter le n&#233;olib&#233;ralisme, mais aussi de confronter l'&#171; ancienne &#187; gauche. Par exemple, la grande bataille est pour r&#233;habiliter l'agriculture paysanne, ce qui ne veut pas dire abandonner l'industrie pour autant. Pour les autochtones, les revendications sont aussi sociales et culturelles, dans le sens de la reconqu&#234;te de leur dignit&#233;, de leurs valeurs, de leur identit&#233;. Certes, la question se pose diff&#233;remment au Qu&#233;bec. Mais attention, regardons bien autour de nous. Autour des classes populaires traditionnelles (qui ont un emploi relativement stable et des conditions de travail r&#233;gul&#233;es), il y a toute une &#171; multitude &#187; dans une soci&#233;t&#233; de plus en plus &#224; deux vitesses&#8230; ou &#224; deux &#233;tages. Qui subit le choc du travail pr&#233;caire, de l'absence de r&#233;gulation, de la discrimination, voire de la r&#233;pression ? Est-ce qu'il est possible de bloquer l'avenir d'un Montr&#233;al r&#234;v&#233; par les mondialiseurs et les grands promoteurs et de d&#233;fendre les communaut&#233;s de plus en plus exclues &#224; Montr&#233;al-Nord et &#224; Pointe Saint-Charles ? Que dire de la situation des immigrants et des immigrantes qui doivent vivre l'inacceptable dans leur milieu de travail tout en &#233;tant les cibles de discriminations &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; ou dures, en d&#233;pit et bien au-del&#224; des &#171; accommodements raisonnables &#187; ? Quand le mouvement social qu&#233;b&#233;cois fera-t-il de la place &#224; ces &#171; nouveaux &#187; subalternes ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un nouvel internationalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'aventure latino-am&#233;ricaine actuelle se fait au nom d'une ouverture au monde. L'heure est termin&#233;e de penser en termes d'un projet &#233;troitement national. L'ALBA et d'autres grands projets qui traversent le continent, de m&#234;me que les coordinations continentales de mouvements paysans, syndicaux, &#233;cologistes, d&#233;coulent tous d'une vision o&#249; c'est la perspective globale qui pr&#233;vaut, car sans cela, il n'y aura pas de r&#233;sistance valable contre le n&#233;olib&#233;ralisme et l'empire &#233;tats-unien. Aussi, un peu partout, l'internationalisme n'est plus une chanson qu'on chante &#224; la fin des &lt;i&gt;meetings&lt;/i&gt; ou une belle r&#233;solution en fin de congr&#232;s, mais une plateforme imm&#233;diate, concr&#232;te, imp&#233;rative. L&#224; encore, cela peut nous faire r&#233;fl&#233;chir. Comment r&#233;concilier notre identit&#233; et nos batailles sp&#233;cifiques avec des perspectives plus larges qui nous concernent, en tant que village d'Ast&#233;rix juch&#233; au c&#339;ur de l'Am&#233;rique du Nord ? Comment non seulement se concerter mais construire des strat&#233;gies communes avec les autres peuples de notre bout de plan&#232;te, canadiens-anglais, autochtones, &#233;tats-uniens, communaut&#233;s &lt;i&gt;latinas&lt;/i&gt; des &#201;tats-Unis ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pierre Beaudet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militant altermondialiste et professeur de sociologie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La crise... et apr&#232;s ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-crise-et-apres</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-crise-et-apres</guid>
		<dc:date>2009-02-08T11:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral ne s'est pas implant&#233; sans heurts. Les promesses d'une prosp&#233;rit&#233; universelle cons&#233;quente de la lib&#233;ralisation totale des march&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; remplies et les crises se sont succ&#233;d&#233;es &#224; un rythme r&#233;gulier, que ce soit au Mexique, en Russie, en Asie du Sud-Est, en Argentine, ou &#224; la suite de certains &#233;pisodes dramatiques, comme celui de l'effondrement de la nouvelle &#233;conomie en 2001. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;sente crise financi&#232;re semble cependant d'une tout autre nature. On (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-27-dec-2008-jan-2009-" rel="directory"&gt;No 027 - d&#233;c. 2008 / jan. 2009&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Economie-et-finances-publiques-+" rel="tag"&gt;Economie et finances publiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Collectif-de-la-revue-A-babord-+" rel="tag"&gt;Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral ne s'est pas implant&#233; sans heurts. Les promesses d'une prosp&#233;rit&#233; universelle cons&#233;quente de la lib&#233;ralisation totale des march&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; remplies et les crises se sont succ&#233;d&#233;es &#224; un rythme r&#233;gulier, que ce soit au Mexique, en Russie, en Asie du Sud-Est, en Argentine, ou &#224; la suite de certains &#233;pisodes dramatiques, comme celui de l'effondrement de la nouvelle &#233;conomie en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente crise financi&#232;re semble cependant d'une tout autre nature. On ne peut plus pr&#233;tendre l'expliquer par des facteurs conjoncturels (corruption accidentelle, mauvaise administration, erreurs humaines, etc.), qui viennent voiler des probl&#232;mes structurels graves et l'inefficacit&#233; d'un dogme &#233;conomique que l'on refusait fermement de remettre en question. Maintenant, les faux-fuyants ne sont plus possibles : la crise a bel et bien &#233;t&#233; provoqu&#233;e par l'absence de r&#233;glementation du secteur financier, par l'avidit&#233; de ses magnats qui ne conna&#238;t plus de bornes, par l'incapacit&#233; des march&#233;s &#224; s'autor&#233;guler, par la sp&#233;culation folle et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a fait dire &#224; plusieurs observateurs qu'avec cette nouvelle catastrophe, l'&#233;conomie ne pourra plus &#234;tre la m&#234;me. Il sera d&#233;sormais n&#233;cessaire de contr&#244;ler le march&#233; et de le r&#233;glementer. L'&#233;conomie mixte, pr&#244;n&#233;e par John Maynard Keynes, redevient pour certains le mod&#232;le &#224; suivre, alors que d'autres annoncent carr&#233;ment la fin du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res r&#233;actions des grandes puissances &#233;conomiques ne nous semblent toutefois pas tr&#232;s rassurantes. Certes, renflouer avec vigueur les banques, y injecter des centaines de milliards de dollars ou d'euros &#233;vite l'effondrement de l'ensemble de l'&#233;conomie. Mais les cons&#233;quences de pareilles mesures seront lourdes pour l'ensemble des citoyennes et des citoyens, qui devront financer de diff&#233;rentes fa&#231;ons ce sauvetage, sans que les v&#233;ritables coupables ne soient inqui&#233;t&#233;s, et surtout, sans que cette aide ne soit assortie de profondes transformations du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, si la crise financi&#232;re a quelque peu &#233;branl&#233; ceux qui l'ont provoqu&#233;e, confront&#233;s &#224; leur cupidit&#233; et &#224; leur incomp&#233;tence, elle ne semble s&#233;rieusement remettre qui que ce soit en cause. Les incendiaires ont d&#233;sormais la t&#226;che d'&#233;teindre l'incendie qu'ils ont d&#233;clench&#233;. Jusqu'&#224; maintenant, les m&#234;mes banquiers, les poches pleines d'argent neuf, soutenus par les m&#234;mes politiciens et les m&#234;mes &#233;conomistes, dont la parole est joyeusement relay&#233;e par les m&#234;mes journalistes, bref, tous ceux qui ont soutenu en ch&#339;ur la totale &#233;mancipation du march&#233;, avec un enthousiasme jamais d&#233;menti, auront d&#233;sormais la t&#226;che de &#171; refonder le capitalisme &#187; (dixit Nicolas Sarkozy). Peut-on vraiment y croire ? Il est loin d'&#234;tre s&#251;r que l'arriv&#233;e de Barack Obama &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis, soutenue par le grand capital, provoque les changements esp&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#233;dias de masse, la crise est l'occasion de pr&#233;senter un beau sc&#233;nario de film catastrophe. Le mot &#171; r&#233;cession &#187; sonne comme un glas, le recul de l'&#233;conomie comme une perte irr&#233;m&#233;diable, provoqu&#233;e par une baisse de la consommation vue comme un s&#233;isme. Dans la peur, il devient difficile de prendre les bonnes d&#233;cisions, et il est tentant d'approuver avec docilit&#233; les choix des gouvernements, sans cesse manipul&#233;s par le monde de la finance et par le milieu des affaires. La crise devrait nous forcer &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les failles d'un syst&#232;me bas&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'une croissance absolue et d'une consommation quasiment hyst&#233;rique, et non devenir une nouvelle fa&#231;on d'effrayer les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi il est de la responsabilit&#233; de tous de r&#233;agir &#224; cette crise. Jamais les faillites de notre syst&#232;me &#233;conomique n'ont &#233;t&#233; aussi flagrantes. L'&#233;croulement du syst&#232;me, annonc&#233; par les altermondialistes et par les courants cons&#233;quents du socialisme, s'est bel et bien produit et il deviendrait plus appropri&#233; que jamais de b&#226;tir cet &#171; autre monde possible &#187; r&#234;v&#233; depuis tant d'ann&#233;es. Cette crise devrait provoquer une r&#233;a&lt;br class='autobr' /&gt;
ction de masse, semblable au grand mouvement pacifiste tout juste avant la guerre en Irak, qui ferait une pression telle sur les gouvernements que ceux-ci entreprendraient des mesures vraiment significatives pour transformer l'&#233;conomie et s'&#233;manciperaient de la tutelle des banques et du grand capital. L'&#233;lection de Barack Obama aux &#201;tats-Unis, malgr&#233; les espoirs qu'elle soul&#232;ve, ne r&#233;glera rien si de puissantes pressions ne se font pas sentir de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses d&#233;clarations circulent d&#233;sormais sur Internet, des groupes de citoyens et de citoyennes se mettent en branle pour pro&lt;br class='autobr' /&gt;
poser leurs solutions &#224; la crise, des solutions dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, nettement plus audacieuses que celles que les gouvernements tentent d'appliquer. Le prochain Forum social mondial, qui se d&#233;roulera en janvier 2009 &#224; Bel&#233;m au Br&#233;sil, permettra sans doute de coordonner des actions efficaces &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par enchantement que de v&#233;ritables solutions progressistes &#224; la crise des ann&#233;es 1930 ont &#233;t&#233; mises de l'avant dans les pays occidentaux, mais parce que ces solutions &#233;taient un moindre mal devant un mouvement ouvrier fort, organis&#233; et tr&#232;s exigeant. Plus que jamais, il nous faut faire preuve d'audace, avec grand bruit. Il faut donc souhaiter que la r&#233;action citoyenne sera &#224; la mesure de la crise, que syndicats, groupes de femmes, &#233;cologistes, associations diverses, simples citoyens et citoyennes se mobilisent dans un mouvement puissant et significatif, afin que les solutions &#224; la crise ne soient pas choisies par ceux qui en sont pleinement responsables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le Collectif de la revue &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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