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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Edward Sa&#239;d 1935-2003</title>
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		<dc:date>2008-08-03T18:34:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Rioux, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intellectuel engag&#233;, une des voix les plus influentes pour la lib&#233;ration de la Palestine, Edward Sa&#239;d est n&#233; &#224; J&#233;rusalem en 1935. R&#233;fugi&#233; en &#201;gypte en 1948, il &#233;migre aux &#201;tats-Unis pour y faire ses &#233;tudes et y enseigner. L'Orientalisme, son &#339;uvre la plus reconnue, publi&#233;e pour la premi&#232;re fois en 1978 et traduite en plus de 30 langues, est une critique implacable et rigoureuse de la vision occidentale de l'Orient &#8211; tant litt&#233;raire que politique &#8211;, laquelle se r&#233;sume &#224; une s&#233;rie de clich&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rioux-Claude-+" rel="tag"&gt;Rioux, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Moyen-Orient-+" rel="tag"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton636.jpg?1642092271' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;234&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Intellectuel engag&#233;, une des voix les plus influentes pour la lib&#233;ration de la Palestine, Edward Sa&#239;d est n&#233; &#224; J&#233;rusalem en 1935. R&#233;fugi&#233; en &#201;gypte en 1948, il &#233;migre aux &#201;tats-Unis pour y faire ses &#233;tudes et y enseigner. &lt;i&gt;L'Orientalisme&lt;/i&gt;, son &#339;uvre la plus reconnue, publi&#233;e pour la premi&#232;re fois en 1978 et traduite en plus de 30 langues, est une critique implacable et rigoureuse de la vision occidentale de l'Orient &#8211; tant litt&#233;raire que politique &#8211;, laquelle se r&#233;sume &#224; une s&#233;rie de clich&#233;s &#171; &lt;i&gt;racistes et ethnocentristes&lt;/i&gt; &#187; justifiant le colonialisme et l'imp&#233;rialisme. Membre du Conseil national palestinien de 1977 &#224; 1991, il a rompu avec Arafat apr&#232;s les accords d'Oslo et a critiqu&#233; avec v&#233;h&#233;mence ce qu'il interpr&#233;tait comme des concessions suicidaires &#224; Isra&#235;l. La solution du conflit isra&#233;lo-palestinien passait selon lui par la formation d'un &#201;tat binational mixte, bas&#233; sur l'&#233;galit&#233; et la coexistence d&#233;mocratique, o&#249; Arabes et Juifs pourraient vivre ensemble. Edward Sa&#239;d est mort &#224; New York le 25 septembre 2003, laissant dans le deuil un peuple en qu&#234;te de son ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Rioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les nouvelles invasions barbares</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-nouvelles-invasions-barbares</link>
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		<dc:date>2008-07-31T14:42:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois... le Qu&#233;bec rouge , r&#233;alisaton Marcel Simard, production Monique Simard, 52 m., 2003. &lt;br class='autobr' /&gt; Le film de Marcel Simard, Il &#233;tait une fois&#8230; le Qu&#233;bec Rouge, ressemble &#224; celui de Denis Arcand. On y trouve des militants des ann&#233;es 1970 qui viennent br&#251;ler ce qu'ils ont ador&#233; en invoquant l'innocence de la jeunesse et l'ignorance d'une &#233;poque dont nous sommes heureusement sortis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le film entier tourne autour du fait que les partis et les groupuscules de gauche de l'&#233;poque, que ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton510.jpg?1642092270' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;260&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il &#233;tait une fois... le Qu&#233;bec rouge &lt;/i&gt;, r&#233;alisaton Marcel Simard, production Monique Simard, 52 m., 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le film de Marcel Simard, &lt;i&gt;Il &#233;tait une fois&#8230; le Qu&#233;bec Rouge&lt;/i&gt;, ressemble &#224; celui de Denis Arcand. On y trouve des militants des ann&#233;es 1970 qui viennent br&#251;ler ce qu'ils ont ador&#233; en invoquant l'innocence de la jeunesse et l'ignorance d'une &#233;poque dont nous sommes heureusement sortis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film entier tourne autour du fait que les partis et les groupuscules de gauche de l'&#233;poque, que ce soit le Parti communiste ouvrier, le Parti communiste canadien marxiste l&#233;niniste ou, plus prosa&#239;quement, En lutte, fonctionnaient comme des sectes. La v&#233;rit&#233; y &#233;tait d&#233;livr&#233;e, sans nuances, par en-haut et la vie personnelle y &#233;tait bannie au profit d'un engagement collectif total qui ne laissait aucune place &#224; l'expression des ego. Quand on regarde les auteurs de ces t&#233;moignages, on constate toutefois que certains ego se sont repris depuis et on se prend &#224; &#234;tre reconnaissant aux groupes qui en ont frein&#233; l'&#233;closion, au moins quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'emprise &#233;motive, le parall&#232;le avec les sectes se continue par la domination &#233;conomique. Ces gens ont donn&#233; des fortunes &#224; ces partis-sectes, fortunes dont on n'analyse pas la destination, &#233;videmment. On s'attend &#224; ce que &#231;a finisse par un suicide collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; regarder ce film, on croirait que ces partis &#233;taient les seuls &#224; fonctionner ainsi et que le reste de la soci&#233;t&#233; n'&#233;tait pas structur&#233;, justement, autour des cat&#233;gories religieuses. On croirait aussi que ces partis de gauche n'ont fait aucune action politique et qu'ils n'ont eu aucun impact, ils se sont content&#233;s d'exploiter leurs membres, qui en sont heureusement ressortis, d&#233;programm&#233;s. Ensuite, il faudrait peut-&#234;tre aussi parler de l'infiltration massive dont ces partis &#233;taient l'objet et dont les pratiques internes se ressentaient gravement. Seul le journaliste observateur soul&#232;ve la question, les autres n'en parlent pas, ou du moins pas dans les parties des entrevues qui n'ont pas &#233;t&#233; coup&#233;es, car il ne faut pas oublier que c'est le projet du r&#233;alisateur dont nous parlons et que ce qui a vraiment &#233;t&#233; dit, on ne le saura jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la facture, on a droit au show de chaise le plus impersonnel qui soit. Les gens t&#233;moignent dans un d&#233;cor vide, devant un rideau noir. Tous les t&#233;moignages sont film&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on. Ces t&#233;moignages des anciens sectaires sont entrecoup&#233;s d'archives archi-connues, datant principalement des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, c'est un film d'une grande insignifiance, qui ne nous apporte rien de vraiment s&#233;rieux pour comprendre l'histoire de la gauche &#224; cette &#233;poque et, possiblement, pour y planter les racines de notre compr&#233;hension de la gauche actuelle, qui a bien chang&#233;. En fin de compte, on peut se questionner sur les int&#233;r&#234;ts du r&#233;alisateur et de la productrice, ancienne professionnelle du vote et directrice-g&#233;n&#233;rale du Parti qu&#233;b&#233;cois. Or, &#224; qui profite le discr&#233;dit jet&#233; sur la vraie gauche, sinon &#224; la suppos&#233;e gauche, frileuse et timor&#233;e, qui pourrait, selon certaines personnes, se trouver encore au PQ.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ga&#233;tan Breton&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La maladie de l'Islam</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-maladie-de-l-Islam</link>
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		<dc:date>2008-07-31T14:31:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mabrouk Rabahi</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Rabahi, Mabrouk </dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Abdelwehab Meddeb, La maladie de l'Islam, Seuil, Paris, 2003 &lt;br class='autobr' /&gt; Un diagnostic de l'int&#233;grisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier livre du po&#232;te et romancier tunisien Abdelwahab Meddeb, &#233;crit juste apr&#232;s les &#233;v&#232;nements du 11 septembre, se veut un diagnostic s&#233;rieux du ph&#233;nom&#232;ne int&#233;griste. &lt;br class='autobr' /&gt;
La topologie mouvante de cette maladie ayant fait l'actualit&#233; &#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; du XXe si&#232;cle, de l'&#201;gypte &#224; l'Iran, du Soudan &#224; l'Afghanistan, d'Alger &#224; New York, nous renseigne sur un profond malaise que Meddeb (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Laicite-religions-et-politique-+" rel="tag"&gt;La&#239;cit&#233;, religions et politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rabahi-Mabrouk-+" rel="tag"&gt;Rabahi, Mabrouk &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton509.jpg?1642092270' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;252&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Abdelwehab Meddeb, &lt;i&gt;La maladie de l'Islam&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un diagnostic de l'int&#233;grisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier livre du po&#232;te et romancier tunisien Abdelwahab Meddeb, &#233;crit juste apr&#232;s les &#233;v&#232;nements du 11 septembre, se veut un diagnostic s&#233;rieux du ph&#233;nom&#232;ne int&#233;griste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La topologie mouvante de cette maladie ayant fait l'actualit&#233; &#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; du XXe si&#232;cle, de l'&#201;gypte &#224; l'Iran, du Soudan &#224; l'Afghanistan, d'Alger &#224; New York, nous renseigne sur un profond malaise que Meddeb tente de d&#233;limiter en portant un regard g&#233;n&#233;alogique sur l'int&#233;grisme. Un malaise qui se traduit par le fait que toute une pens&#233;e s'est nourrie du refus que l'Islam, qui avait occup&#233; la sc&#232;ne pendant plus de dix si&#232;cles marqu&#233;s par un apport consid&#233;rable et m&#234;me h&#233;g&#233;monique, soit rang&#233; au statut du d&#233;chu, du vaincu. Le premier chapitre, &lt;i&gt;L'Islam, inconsol&#233; de sa destitution&lt;/i&gt;, foisonne de tous ces noms qui ont fait la gloire de l'Islam, maillon incontournable entre la Renaissance et l'h&#233;ritage gr&#233;co-romain. L'int&#233;grisme, c'est le parti du d&#233;sespoir, comme la chouette de Minerve, il a grandi sur les d&#233;combres de la cit&#233; islamique et arabe. De l'invasion Mongole de Bagdad (1250) &#224; celle plus r&#233;cente par nos voisins du sud, en passant par toutes les d&#233;faites, de la &lt;i&gt;Reconquista&lt;/i&gt; (1492) &#224; celle avec Isra&#235;l en 1967, la pens&#233;e int&#233;griste se veut vengeresse et prometteuse de ch&#226;timents et de calamit&#233;s, d'abord aux peuples qui l'a vue na&#238;tre ensuite &#224; l'Autre tout diabolis&#233; qu'est l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meddeb revient longuement et en d&#233;tails sur la dialectique du Dedans de l'Islam et de son Dehors : l'Occident ; rapport engendrant une histoire belliqueuse et tourment&#233;e. Cette histoire est revisit&#233;e sous l'&#233;gide d'un regard critique, doubl&#233; d'une connaissance parfaite des textes des deux rives de la M&#233;diterran&#233;e. Meddeb, comme dans ses textes pr&#233;c&#233;dents, revient, dans le chapitre sur &lt;i&gt;l'exclusion occidentale de l'islam&lt;/i&gt;, sur cette forclusion de la trace islamique inh&#233;rente &#224; l'Occident, forclusion &#224; l'origine du rejet, du racisme et du d&#233;ni de l'Autre tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meddeb est all&#233; fouiller dans les textes fondateurs de l'islamisme, ceux d'Ibn Hanbal, d'Ibn Taymiya, jusqu'aux ouvrages plus r&#233;cents d'Abd al-Wahhab (fondateur du wahhabisme, la doctrine &#224; l'origine de la cr&#233;ation de l'&#201;tat Saoudien), de Hassan Al Banna (fondateur du mouvement des Fr&#232;res Musulmans en &#201;gypte), d'Al Mawd&#251;di et de Sayed Q&#251;tb, pour d&#233;montrer que leur maniement maniaque du Texte est dict&#233;e par un affect dangereux : le ressentiment, notion emprunt&#233;e &#224; Nietzsche. Notion importante pour d&#233;crire ce passage &#224; la violence la plus abjecte. Comme il n'y a pas de fascisme sans violence organis&#233;e, comme il n'y a pas de nazisme sans g&#233;nocide, il n'y a pas d'islamisme sans Jihad, mot arabe d&#233;signant la guerre sainte incluant sa version moderne du terrorisme. Ce dernier, multiforme et sans visage, celui des carnages commis en Alg&#233;rie ou celui des Twin Towers, t&#233;moigne de la fascination des islamistes pour la technique d&#233;-occidentalis&#233;e, d'o&#249; l'avatar am&#233;ricano-wahhabite qu'est l'&#201;tat saoudien. Ben Laden n'en est que l'enfant maudit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La maladie de l'Islam&lt;/i&gt; est un livre de &lt;i&gt;convalescence&lt;/i&gt; aussi, le lecteur savourera s&#251;rement la r&#233;f&#233;rence soufie, la po&#233;tique arabe et persane, les bribes de philosophie rencontr&#233;es ici et l&#224;, le long de cet essai n&#233;cessaire et audacieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mabrouk Rabahi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;crits politiques</title>
		<link>https://www.ababord.org/Ecrits-politiques</link>
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		<dc:date>2008-07-31T14:26:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Tolsto&#239;, &#201;crits politiques, &#201;cosoci&#233;t&#233;, Montr&#233;al, 2003 &lt;br class='autobr' /&gt; Un amour universel &lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t L&#233;on Tolsto&#239;, &#233;crivain russe (1828-1910), au travers d&#339;uvres romanesques aussi c&#233;l&#232;bres que Guerre et paix ou La mort d'Ivan Illitch. Par contre, on conna&#238;t moins, si non pas du tout, la facette politique et sociale de ce romancier. On peut donc saluer linitiative des &#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233; qui viennent de publier huit textes r&#233;v&#233;lant la face cach&#233;e de Tolsto&#239;, grand &#233;crivain mais aussi chr&#233;tien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton508.jpg?1642092270' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;262&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Tolsto&#239;, &lt;i&gt;&#201;crits politiques&lt;/i&gt;, &#201;cosoci&#233;t&#233;, Montr&#233;al, 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un amour universel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t L&#233;on Tolsto&#239;, &#233;crivain russe (1828-1910), au travers d&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&#339;uvres romanesques aussi c&#233;l&#232;bres que {Guerre et paix} ou {La mort d'Ivan Illitch}. Par contre, on conna&#238;t moins, si non pas du tout, la facette politique et sociale de ce romancier. On peut donc saluer l&lt;/code&gt;initiative des &#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233; qui viennent de publier huit textes r&#233;v&#233;lant la face cach&#233;e de Tolsto&#239;, grand &#233;crivain mais aussi chr&#233;tien h&#233;r&#233;tique et penseur libertaire qui r&#234;vait d&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;un monde sans violence et o&#249; l&lt;/code&gt;amour universel r&#232;gnerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes, choisis et traduits par &#201;ric Lozowy qui signe aussi une pr&#233;sentation fort int&#233;ressante, traitent de th&#232;mes tels que le patriotisme comme cause des conflits arm&#233;s, l'&#201;tat et le gouvernement comme &#171; &lt;i&gt;violence organis&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, le militarisme, la peine de mort et la non-violence. Malgr&#233; le fait que ces &#233;crits datent quelque peu, ne serait-ce &#224; cause des changements sociaux, politiques et &#233;conomiques qui se sont produits depuis leur r&#233;daction, ils n'en poss&#232;dent pas moins une charge critique qui rentre en r&#233;sonance avec l'&#233;poque actuelle. Ainsi, l'analyse que fait Tolsto&#239; du patriotisme, source de guerre, et du racisme occidental envers l'Orient ne peut que nous amener &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la p&#233;riode qui s&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;est ouverte apr&#232;s le 11 septembre 2001 et la guerre contre l'Irak. Et quand Tolsto&#239; fustige les fomenteurs de violence qui invoquent Dieu pour la justifier, on ne peut s'emp&#234;cher de songer aux discours d&lt;/code&gt;un certain George W. Bush&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Tolsto&#239;, la source des maux qui nous affligent, c'est notre ob&#233;issance envers l'&#201;tat, un &#201;tat dont la fonction principale est d&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;organiser la violence (via, entre autres, la police et l'arm&#233;e), nous &#233;loignant ainsi de ce qu'il consid&#232;re comme les deux piliers de la loi divine : l'amour universel et la non-violence. Tolsto&#239; en appelle donc &#224; la responsabilit&#233; et &#224; la conscience individuelle pour rem&#233;dier &#224; cette situation : &#171; {Cette arme} [pour changer le monde] {est la facult&#233; qu'a chaque personne d'ob&#233;ir &#224; sa raison et &#224; sa conscience} &#187;. Cette responsabilisation de l'individu passe, pour lui, par le refus de la discipline impos&#233;e par l'&#201;tat, car celle-ci &#171; {est la destruction de la raison et de la libert&#233; en l'Homme&#8230;} &#187; En refusant ainsi de participer aux institutions &#233;tatiques, l'individu se met alors en accord avec la loi divine de l'amour et de la paix. Ce message pacifiste de Tolsto&#239; ne restera pas sans &#233;cho, car il influencera, entre autres, Gandhi. La conception du changement social &#233;labor&#233;e par Tolsto&#239; dans ses textes pose donc l'individu comme seul acteur, celui-ci ne r&#233;pondant de ses actes que seulement devant Dieu. On peut alors se poser deux questions. Premi&#232;rement, en supposant que la soci&#233;t&#233; n'est pas qu'une simple sommation d&lt;/code&gt;individualit&#233;s, qu'en est-il de l'action collective ? Et, surtout, puisque Dieu est le seul garant de la validit&#233; de nos actes, ne r&#233;duit-on pas, &#224; nouveau, la libert&#233; humaine &#224; un simulacre d&#233;pendant d'un principe ext&#233;rieur ? Questions qui restent, on l'admettra, aussi pr&#233;sentes aujourd'hui qu'au temps de Tolsto&#239;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Brouillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>De nouvelles Sorci&#232;res !</title>
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		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>C&#244;t&#233;, Marie-H&#233;l&#232;ne </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; le gouvernement n&#233;olib&#233;ral menace les acquis des femmes et o&#249; le discours masculiniste reprend vigueur, il est de bon augure de voir se consolider non seulement des collectifs de f&#233;ministes radicales, mais encore des espaces de rencontre pluralistes et prometteurs. Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233; nous rend compte de la perspective du collectif Les Sorci&#232;res ainsi que des rencontres f&#233;ministes de f&#233;vrier et de septembre 2003. &lt;br class='autobr' /&gt; Bien que le f&#233;minisme qu&#233;b&#233;cois mod&#233;r&#233;, ou &#171; institutionnalis&#233; &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cote-Marie-Helene-+" rel="tag"&gt;C&#244;t&#233;, Marie-H&#233;l&#232;ne &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; le gouvernement n&#233;olib&#233;ral menace les acquis des femmes et o&#249; le discours masculiniste reprend vigueur, il est de bon augure de voir se consolider non seulement des collectifs de f&#233;ministes radicales, mais encore des espaces de rencontre pluralistes et prometteurs. Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233; nous rend compte de la perspective du collectif Les Sorci&#232;res ainsi que des rencontres f&#233;ministes de f&#233;vrier et de septembre 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bien que le f&#233;minisme qu&#233;b&#233;cois mod&#233;r&#233;, ou &#171; institutionnalis&#233; &#187; comme on l'appelle parfois, rayonne davantage, on assiste &#233;galement &#224; une effervescence des luttes f&#233;ministes dans toute leur diversit&#233;. Ainsi, apr&#232;s avoir marqu&#233; les ann&#233;es 70, le f&#233;minisme radical revient en force, pas seulement comme h&#233;ritage, mais aussi comme un courant de pens&#233;e autonome et bien actuel. Si les f&#233;ministes radicales d'aujourd'hui reconnaissent que les revendications se ressemblent d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre et que les analyses &#233;labor&#233;es il y a trente ans s'appliquent encore en grande partie, elles identifient certains changements dans le contexte global ayant contribu&#233; &#224; fa&#231;onner le mouvement actuel. Par exemple, auparavant, de nombreuses f&#233;ministes souscrivaient davantage &#224; une id&#233;ologie communiste-marxiste qui ne les emp&#234;chait pas d'&#234;tre fermement ind&#233;pendantistes ni de fonctionner en collectifs, sans hi&#233;rarchie. Aujourd'hui, plusieurs f&#233;ministes radicales sont de tendance anarchiste, ou du moins libertaire, et l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec a quasiment disparu de leurs pr&#233;occupations, ce qui, selon elles, favorise les alliances puisque la question nationale ne bloque plus les d&#233;bats. Cependant, la conception d'un f&#233;minisme luttant contre toutes les formes de domination demeure : &#171; &lt;i&gt;Je ne pense pas que les femmes vont &#234;tre libres dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il peut y avoir des in&#233;galit&#233;s entre les gens, que ce soit bas&#233; sur la couleur de la peau, l'orientation sexuelle ou le statut social&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, affirme Sonia Haddad, du collectif Les Sorci&#232;res. Il ne s'agit donc pas d'une entreprise d'appropriation de droits au d&#233;triment d'autres personnes, comme le pr&#233;tendent certains, mais d'un travail acharn&#233; afin de construire un monde meilleur pour toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rupture avec le f&#233;minisme mod&#233;r&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le collectif f&#233;ministe radical Les Sorci&#232;res a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; il y a quatre ans par des f&#233;ministes impliqu&#233;es dans divers milieux militants. Elles voulaient plus de libert&#233; par rapport aux lignes de pens&#233;e de leurs groupes respectifs, &#233;viter d'&#234;tre cat&#233;goris&#233;es, r&#233;cup&#233;r&#233;es ou m&#234;l&#233;es &#224; des luttes intestines ; elles se sont organis&#233;es de fa&#231;on autonome et non-mixte en un collectif anti-patriarcat, anti-capitalisme et anti-&#201;tat et qui se veut pluraliste. En effet, elles sont ouvertes &#224; la diversit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du collectif et du mouvement radical tout en ayant la pr&#233;occupation de rester en contr&#244;le du d&#233;veloppement de leur collectif : &#171; &lt;i&gt; &#192; un moment donn&#233;, il y avait plus &#8220;d'aspirantes Sorci&#232;res&#8221; que de Sorci&#232;res et des questions telles que la structure non-hi&#233;rarchique, la capacit&#233; de coordination et la base d'unit&#233; politique &#224; l'int&#233;rieur d'un collectif qui doublerait en nombre soudainement, se sont pos&#233;es concr&#232;tement&lt;/i&gt; &#187;, raconte Sonia. Les Sorci&#232;res pr&#233;f&#232;rent donc, pour le moment, aider d'autres femmes &#224; cr&#233;er leur propre groupe d'affinit&#233;s avec lequel elles pourront &#234;tre en contact et collaborer. Elles veulent encourager chaque femme &#224; trouver son espace de lutte. N&#233;anmoins, l'int&#233;gration de nouvelles membres sera discut&#233;e au prochain camp d'orientation, pr&#233;vu en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Sorci&#232;res ne visent donc pas &#224; rassembler toutes les f&#233;ministes radicales. D'ailleurs, elles reprochent aux mod&#233;r&#233;es de vouloir repr&#233;senter tout le monde. C'est souvent suite &#224; des tentatives de se joindre &#224; des luttes plus institutionnalis&#233;es, o&#249; elles ne se sont pas retrouv&#233;es, que les radicales en viennent &#224; la rupture totale avec ce milieu. D'abord, le fait d'&#234;tre radicales implique qu'elles ne se contentent pas de changements l&#233;gislatifs et sociaux ne remettant pas en question les fondements des oppressions qu'elles combattent. Ainsi, elles n'adressent pas leurs revendications &#224; l'&#201;tat, refusent son financement et la hi&#233;rarchisation des groupes qui vient avec. Certaines radicales reconnaissent tout de m&#234;me le travail des mod&#233;r&#233;es, accompli dans d'autres sph&#232;res que le leur et employant d'autres strat&#233;gies, mais elles d&#233;plorent que ce ne soit pas r&#233;ciproque : il n'y a pas de respect de la diversit&#233; des tactiques dans le milieu institutionnel. Cela a amen&#233; de la m&#233;fiance et m&#234;me un franc refus de collaborer dans plusieurs cas, par crainte de devoir suivre une ligne de parti, d'&#234;tre carr&#233;ment r&#233;cup&#233;r&#233;es ou, au contraire, d'&#234;tre d&#233;nonc&#233;es. Donc, pour Les Sorci&#232;res, le respect de la diversit&#233; des tactiques est fondamental. Selon Sonia, &#171; &lt;i&gt;&#231;a passe beaucoup par les groupes d'affinit&#233;s, pour se donner une place pour s'exprimer diff&#233;remment et cr&#233;er des liens volontaires : si on travaille ensemble, on n'a pas de probl&#232;mes, on est &#233;gales, ce n'est pas comme s'int&#233;grer toutes dans la m&#234;me structure&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'action des Sorci&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion, la diffusion d'information, la d&#233;nonciation et l'action directe, voil&#224; le mandat des Sorci&#232;res. Elles publient le journal &lt;i&gt;Les Sorci&#232;res&lt;/i&gt; depuis trois ans ainsi que divers documents th&#233;matiques. Des lancements sont organis&#233;s pour chaque num&#233;ro du journal, rassemblant des femmes de diff&#233;rents horizons pour une soir&#233;e artistique de prise de parole, de r&#233;flexion et de rigolade. Les Sorci&#232;res offrent aussi des ateliers sur le langage et les attitudes machos en milieu militant, &#171; le priv&#233; est politique &#187;, les relations de couple, etc. Elles les dispensent au public g&#233;n&#233;ral, par exemple lors du Salon du livre anarchiste, ou &#224; des groupes qui en font la demande. Leurs actions ponctuelles ou sur une plus longue p&#233;riode touchent des sujets vari&#233;s et d&#233;noncent l'oppression patriarcale sous diff&#233;rentes formes. Pour ne citer que quelques exemples, elles se sont impliqu&#233;es aupr&#232;s des femmes alg&#233;riennes sans statut et aupr&#232;s des travailleuses du sexe du Centre Sud &#224; Montr&#233;al, contre la criminalisation de la pauvret&#233; et pour la d&#233;criminalisation de la prostitution ; elles ont d&#233;nonc&#233; l'appropriation collective du corps des femmes par une action spectaculaire dans une cath&#233;drale, par des manifestations-ripostes aux groupes &#171; pro-vie &#187; et par des pr&#233;sences en cour, notamment dans l'affaire du sergent Vohl, accus&#233; d'agression sexuelle dans l'exercice de ses fonctions&#8230; Puis, en septembre 2002, elles commen&#231;aient &#224; travailler, en collaboration avec le groupe d'affinit&#233;s N&#233;m&#233;sis, &#224; l'organisation d'une rencontre f&#233;ministe radicale, une premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rencontre f&#233;ministe radicale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de cette rencontre leur est venue suite &#224; des discussions entre f&#233;ministes radicales de diff&#233;rents milieux d'o&#249; &#233;tait ressorti le besoin de se conna&#238;tre entre radicales, d'&#233;changer, d'apporter un pluralisme radical et r&#233;volutionnaire dans le milieu f&#233;ministe et d'explorer les possibilit&#233;s d'actions et de luttes communes. La rencontre a eu lieu le 1er f&#233;vrier 2003 &#224; l'universit&#233; Concordia &#224; Montr&#233;al. Pr&#232;s d'une centaine de f&#233;ministes radicales partageant des positions contre le patriarcat, le capitalisme, l'imp&#233;rialisme et l'h&#233;t&#233;rosexisme y ont particip&#233;. Des &#233;changes enrichissants ont eu lieu, exprimant entre autres le d&#233;sir de se renforcer mutuellement, et cela a effectivement men&#233; &#224; des alliances volontaires. Depuis la rencontre, les participantes sont rest&#233;es en contact et elles r&#233;alisent parfois des actions ensemble. &#171; &lt;i&gt; &#199;a me donne beaucoup d'espoir que le f&#233;minisme n'est pas mort, que le f&#233;minisme radical n'est pas mort, m&#234;me si on essaie de nous faire croire que ce n'est plus &#224; la mode, qu'on n'est plus au temps des rapports de force. Il me semble qu'il y a deux ans, dans ma vie, je me sentais pas mal plus seule en tant que f&#233;ministe. L&#224; maintenant, j'ai l'impression qu'on est beaucoup, de plus en plus, puis qu'on a de plus en plus de chances de gagner et plus d'opportunit&#233;s de lutter. C'est fondamental, tr&#232;s mobilisateur, &#231;a a beaucoup de sens pour moi&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Anne-Marie de la Sablonni&#232;re, du collectif N&#233;m&#233;sis, membre du comit&#233; organisateur de la rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rassemblement des jeunes f&#233;ministes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Signe de la diversit&#233; et de la vitalit&#233; du mouvement f&#233;ministe, une autre premi&#232;re &#8211; plus m&#233;diatis&#233;e celle-l&#224; &#8211; a eu lieu les 26, 27 et 28 septembre derniers &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al : le Rassemblement qu&#233;b&#233;cois des jeunes f&#233;ministes. Organis&#233; par neuf comit&#233;s et groupes de femmes, dont le comit&#233; jeunes de la F&#233;d&#233;ration des Femmes du Qu&#233;bec (FFQ), ce rassemblement a r&#233;uni plus de 200 jeunes femmes de trente ans et moins (la plus jeune avait quatorze ans !). Apprendre &#224; se conna&#238;tre, identifier les enjeux sp&#233;cifiques aux jeunes femmes, collectiviser les luttes et commencer &#224; b&#226;tir un mouvement de jeunes f&#233;ministes, tel &#233;tait le programme de la fin de semaine. Les groupes de femmes ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; faire partie du comit&#233; organisateur, sur une base d'unit&#233; politique tr&#232;s semblable &#224; celle de la rencontre des f&#233;ministes radicales du 1er f&#233;vrier : anti-capitalisme, anti-patriarcat, anti-imp&#233;rialisme, anti-h&#233;t&#233;rosexisme et anti-genrisme. Le rassemblement a &#233;t&#233; une r&#233;ussite, les jeunes f&#233;ministes se connaissent mieux et elles se sont mises en r&#233;seau. Les pistes d'actions collectives qui s'en sont d&#233;gag&#233;es sont int&#233;ressantes et d&#233;j&#224; port&#233;es par des comit&#233;s : lutter contre la publicit&#233; sexiste et l'image des femmes dans les m&#233;dias ; organiser les luttes f&#233;ministes contre la mondialisation ; cr&#233;er des lieux de r&#233;flexion, d'analyse, d'organisation et de solidarit&#233; pour les jeunes f&#233;ministes ; organiser une caravane d'&#233;ducation populaire pour faire de la conscientisation sur les enjeux sp&#233;cifiques aux filles et aux jeunes femmes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Points de convergence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme l'un des objectifs du rassemblement &#233;tait de regrouper une large diversit&#233; de visions et de luttes des jeunes f&#233;ministes au Qu&#233;bec, on peut y voir un lien avec la volont&#233; d'ouverture pr&#233;sente &#224; la FFQ depuis plusieurs mois et le souci de rejoindre davantage les jeunes. Volont&#233; de convergence, de r&#233;cup&#233;ration ou d&#233;but de radicalisation influenc&#233; par le dynamisme des radicales ? &#171; &lt;i&gt;On s'attaque toutes au capitalisme, au patriarcat, au racisme, &#224; l'imp&#233;rialisme, etc. &#192; partir de l&#224;, on va discuter puis on va organiser des choses ensemble ; au moins on part de cette base. &#199;a, pour moi, c'est porteur de changement pour la soci&#233;t&#233;, porteur de fa&#231;ons de se relier davantage entre f&#233;ministes et groupes f&#233;ministes. &#199;a peut &#234;tre utilis&#233; aussi dans le cadre d'actions vraiment ponctuelles, comme une manifestation &#187;, explique Barbara Legault, responsable de la mobilisation et du comit&#233; jeunes &#224; la FFQ et responsable &#233;galement du comit&#233; organisateur du rassemblement &#171; S'unir pour &#234;tre rebelles !&lt;/i&gt; &#187;. Elle tient aussi &#224; pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas parce que la FFQ participait au rassemblement que c'est n&#233;cessairement des revendications qui vont s'adresser &#224; l'&#201;tat qui vont en ressortir. Je sais que c'est une critique tr&#232;s forte des f&#233;ministes radicales et je la comprends, mais la FFQ ce n'est pas que &#231;a. Les militantes de la FFQ ne sont pas toutes aussi pench&#233;es vers des demandes &#224; l'&#201;tat, quoique cela fasse partie int&#233;grante de ce qu'est la FFQ et que &#231;a ait permis de grandes avanc&#233;es dans le mouvement des femmes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Sorci&#232;res, en tant que groupe d'affinit&#233;s, n'ont pas particip&#233; au rassemblement des jeunes f&#233;ministes, bien que certaines y soient all&#233;es &#224; titre individuel. Interrog&#233;es sur des possibilit&#233;s de convergence entre les f&#233;ministes, ne serait-ce que ponctuelles, Sonia et Barbara ont mentionn&#233; deux pistes : la construction d'un contre-discours au masculinisme ainsi qu'une r&#233;ponse &#224; l'image des femmes v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias et les publicit&#233;s sexistes. Malgr&#233; les difficult&#233;s &#224; travailler ensemble au sein du mouvement f&#233;ministe, Sonia &#233;value qu'il y a beaucoup plus de liens et de solidarit&#233;s entre les femmes de diff&#233;rentes tendances qu'il y en a dans d'autres milieux militants. Barbara conclut : &#171; &lt;i&gt;Gr&#226;ce aux deux rassemblements, on s'est rendu compte qu'on est une m&#233;chante gang, que si on s'organise, on peut vraiment brasser la cage, on peut vraiment d&#233;ranger, amener un changement et &#234;tre subversives. C'est super fort, &#231;a p&#232;te l'esp&#232;ce de bulle individualiste de notre soci&#233;t&#233;, &#231;a va nous permettre de s'allier&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souhaitons que cette solidarit&#233; se consolide, soit communicative et pave la voie menant &#224; la fin des &#171; chicanes de clocher &#187; dans les milieux militants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Justice et &#233;ducation</title>
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&lt;p&gt;Press&#233;s de dire ce qui les motive &#224; se battre, beaucoup de militantes et de militants r&#233;pondront : l'injustice ; c'est elle qui nous para&#238;t insupportable, elle qui nous fait bondir et combattre. En voici la forme peut-&#234;tre la plus &#233;l&#233;mentaire : deux enfants affam&#233;s, une tarte &#224; partager. Le premier la mange tout enti&#232;re. Le deuxi&#232;me, qui pleure ou hurle, vient de d&#233;couvrir l'injustice. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais qu'entend-on exactement par justice ? Cette simple question conduit &#224; des difficult&#233;s immenses et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Press&#233;s de dire ce qui les motive &#224; se battre, beaucoup de militantes et de militants r&#233;pondront : l'injustice ; c'est elle qui nous para&#238;t insupportable, elle qui nous fait bondir et combattre. En voici la forme peut-&#234;tre la plus &#233;l&#233;mentaire : deux enfants affam&#233;s, une tarte &#224; partager. Le premier la mange tout enti&#232;re. Le deuxi&#232;me, qui pleure ou hurle, vient de d&#233;couvrir l'injustice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais qu'entend-on exactement par justice ? Cette simple question conduit &#224; des difficult&#233;s immenses et pr&#233;occupe des philosophes depuis l'Antiquit&#233;. Disons-le : personne n'a encore donn&#233; de r&#233;ponse qui fasse l'unanimit&#233;. Mais ce sont des difficult&#233;s s&#233;rieuses et auxquelles il est bon de donner un peu de temps : cela permet de mieux comprendre ce qui nous fait bondir, de mieux d&#233;finir contre quoi et surtout en faveur de quoi nous nous battons. Je veux ici &#233;voquer tr&#232;s bri&#232;vement quelques r&#233;flexions contemporaines sur la justice et montrer ce qu'elles sugg&#232;rent pour l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question g&#233;n&#233;ralement pos&#233;e est celle de la justice distributive, c'est-&#224;-dire comment distribuer de mani&#232;re juste des biens de toute nature &#8211; dans le cas pr&#233;sent, l'&#233;ducation. Notons d&#233;j&#224; que c'est un bien tr&#232;s particulier. En effet, en ce qu'il a de peut-&#234;tre plus crucial, ce bien est en quelque sorte infini et sa distribution, de ce point de vue, ne pose pas de probl&#232;me ! Je m'explique. Si je poss&#232;de un v&#233;lo, et que je vous le donne, je ne le poss&#232;de plus. On dira que ce bien n'est pas &#171; compossible &#187; : on ne peut pas le poss&#233;der enti&#232;rement &#224; plusieurs. Mais prenons le genre de biens dont l'&#233;ducation s'occupe, par exemple, la connaissance des lois de Newton. Si je vous la transmets, je l'ai encore ! Ce bien-l&#224; est compossible. Mais il reste bien s&#251;r vrai qu'en pratique, la distribution de ces biens suppose des ressources qui sont rares et finies : les enseignants, les locaux et ainsi de suite. Quel crit&#232;re garantirait que leur distribution soit juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re r&#233;ponse possible : &#224; parts &#233;gales. Reprenons notre tarte et imaginons devoir la partager entre dix personnes. On coupera dix parts &#233;gales et on en donnera une &#224; chacun. Mais on voit vite que cela ne va pas. Le b&#233;b&#233; qui n'en mange pas aurait le m&#234;me morceau que l'enfant qui n'en mange gu&#232;re, que l'adulte qui en mange beaucoup ou que l'athl&#232;te qui en mange encore plus ? En &#233;ducation, on ne pourrait alors satisfaire les besoins particuliers et chers de tel ou tel &#233;l&#232;ve &#8211; troubles d'apprentissages et ainsi de suite. On finit donc par se dire que c'est &#224; des &#233;gaux selon certains crit&#232;res qu'il faut donner &#233;galement pour que le partage soit juste. Quels sont les crit&#232;res alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux si&#232;cles environ, d'influents penseurs appel&#233;s utilitaristes pensent avoir trouv&#233; la r&#233;ponse. La voici : la distribution doit avoir pour cons&#233;quence de maximiser le bien-&#234;tre collectif, lequel est la somme des bien-&#234;tre individuels, celui de chacun valant autant que celui de n'importe quel autre ; ils ajoutent aussi un principe important : plus quelqu'un accumule de biens, plus le bien-&#234;tre qu'il en retire diminue. En clair : le premier morceau de tarte fait un bien immense ; le dixi&#232;me laisse indiff&#233;rent ; le milli&#232;me rend malade, mais comblerait de joie celui qui a faim. En y r&#233;fl&#233;chissant, on verra que la distribution &#224; laquelle on arrive ici ne sera plus strictement &#233;gale comme tout &#224; l'heure. Mais sera-t-elle juste ? Parmi bien d'autres choses, l'accent mis sur les seules cons&#233;quences fait la faiblesse de cette th&#233;orie. Supposons par exemple que dans notre soci&#233;t&#233;, le bien-&#234;tre collectif est maximis&#233; par la formation d'un grand nombre de scientifiques ; que ceux-ci co&#251;tent cher &#224; &#233;duquer et proviennent surtout des bonnes &#233;coles des quartiers riches ; alors il est juste selon l'utilitarisme de peu investir dans les &#233;coles des quartiers pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons autre chose. Tous les enfants connaissent la brillante solution au probl&#232;me de partager une tarte entre deux personnes et qui donne toujours un r&#233;sultat jug&#233; juste par les deux partis. La voici : le premier enfant coupe la tarte en deux morceaux, mais c'est le deuxi&#232;me qui choisit d'abord celui qu'il veut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourrait-on imaginer des r&#232;gles s'appliquant &#224; tout ensemble N de personnes et ayant les m&#234;mes vertus pour tout partage ? Si oui, le probl&#232;me de la justice serait r&#233;solu ! C'est un peu ce qu'a cherch&#233; &#224; accomplir John Rawls, l'auteur le plus influent du XXe si&#232;cle sur toutes ces questions. Rawls nous propose un jeu : imaginez que vous devez, vous et X autres personnes, choisir des r&#232;gles de partage des biens qui pr&#233;vaudront dans votre soci&#233;t&#233; mais sans savoir de quoi elle sera faite par ailleurs, sans savoir non plus qui vous y serez (un homme, une femme, un blanc, un noir, etc.) ni la place que vous y occuperez : serez-vous riche, pauvre, pr&#233;sident, ouvrier, etc ?). Rawls pense que vous aboutirez aux r&#232;gles suivantes : 1. D'abord et avant tout, que chaque personne doit avoir un droit &#233;gal au syst&#232;me total le plus &#233;tendu de libert&#233;s de bases &#233;gales pour tous, compatible avec un m&#234;me syst&#232;me pour tous. Puis : 2 . Que les in&#233;galit&#233;s sociales et &#233;conomiques doivent &#234;tre telles qu'elles soient : a. au plus grand b&#233;n&#233;fice des plus d&#233;savantag&#233;s (principe de diff&#233;rence) et b. le principe d'une juste &#233;galit&#233; des chances a &#233;t&#233; respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les implications pour l'&#233;ducation sont nombreuses et elles sont d&#233;battues. Mais au minimum, cela implique que des in&#233;galit&#233;s ne seront tol&#233;rables que si elles sont au plus grand b&#233;n&#233;fice des plus d&#233;munis et encore que l&#224; o&#249; les talents, les capacit&#233;s et le d&#233;sir de les utiliser seront &#233;gaux, et que les m&#234;mes perspectives de succ&#232;s devront exister. Mais ici encore, des tas d'in&#233;galit&#233;s finissent par &#234;tre consid&#233;r&#233;es justes, et Rawls ne permet probablement pas (la question est disput&#233;e) de justifier la correction d'in&#233;galit&#233;s de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres pensent qu'il convient plut&#244;t de s'int&#233;resser d'abord &#224; la production de la tarte, &#224; son origine plut&#244;t qu'&#224; sa distribution. Ici la question des droits de propri&#233;t&#233; est ant&#233;rieure &#224; celle de la justice, et la fonde. C'est en gros la position libertarienne. Paul produit dix tartes. Si elles ont &#233;t&#233; produites selon des moyens justes, elles lui appartiennent, cette propri&#233;t&#233; est elle-m&#234;me juste et il serait injuste de lui prendre quoi que ce soit, fut-ce par l'imp&#244;t qui est ici d&#233;nonc&#233; comme un vol. Il revient &#224; Paul et &#224; lui seul de d&#233;cider de manger ses tartes, de les donner ou m&#234;me, si &#231;a lui pla&#238;t, de les laisser pourrir. Pour l'&#233;ducation, cela aboutit &#224; demander qu'on puisse choisir ce qu'on peut se payer sur un libre march&#233; de l'&#233;ducation. Des bons d'&#233;ducation, donc, ce que propose l'ADQ au Qu&#233;bec avec, en bout de piste, la totale privatisation de l'&#233;ducation. Ce qui causerait peut-&#234;tre des in&#233;galit&#233;s immenses, mais qui ne seraient pas consid&#233;r&#233;es injustes. Je vous laisse le soin de critiquer ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien d'autres crit&#232;res ont &#233;t&#233; avanc&#233;s au sujet de la distribution juste de l'&#233;ducation. L'excellence, d'abord, dont certains pensent qu'elle devrait avoir priorit&#233; sur l'&#233;galit&#233; avec laquelle elle serait ultimement incompatible. Le m&#233;rite, encore, (du talent, en particulier) qui devrait &#234;tre rep&#233;r&#233; le plus vite possible et favoris&#233; de telle sorte que les in&#233;galit&#233;s de circonstance ne l'emp&#234;chent pas de se d&#233;velopper &#8211; on met en place pour cela des structures comme des syst&#232;mes de bourses). La r&#233;paration, enfin, qui veut compenser les in&#233;galit&#233;s de d&#233;part h&#233;rit&#233;es mais jug&#233;es injustes &#8211; c'est justement ce dont s'inspirent les programmes de discrimination positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai malheureusement pu ici qu'effleurer ces difficiles et passionnantes questions. Mais dans un monde o&#249; l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation a un tel impact sur la qualit&#233; de la vie de chacun et de tous, une r&#233;flexion de gauche satisfaisante sur la justice en &#233;ducation est urgente. Bien des questions doivent &#234;tre pos&#233;es : la justice dans la distribution de la quantit&#233; et la qualit&#233; de ressources &#233;ducatives ; la justice devant l'&#233;ducation ; la justice dans les institutions &#233;ducatives ; la justice par l'&#233;ducation ; mille autres encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose au moins me para&#238;t claire : une soci&#233;t&#233; saine peut probablement &#234;tre d&#233;finie comme celle qui maximise les biens compossibles&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Normand Baillargeon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le fond de l'air est rouge</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-fond-de-l-air-est-rouge</link>
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		<dc:date>2008-07-30T21:28:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d, Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>Bensa&#239;d, Daniel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il faut penser l'impossible pour saisir tout le champ du possible &#187; Henri Lefebvre &lt;br class='autobr' /&gt; Dans un film datant de 1977, Le fond de l'air est rouge, le cin&#233;aste fran&#231;ais Chris Marker tra&#231;ait un brillant portrait documentaire des ann&#233;es 60-75, p&#233;riode o&#249; s'esquiss&#232;rent de nombreuses tentatives pour changer l'ordre du monde. Une impression d'&#233;chec se d&#233;gage de la fin du film, comme si cette &#233;poque n'avait conduit qu'&#224; un cul-de-sac. C'est un constat qui a d'ailleurs fait largement consensus durant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bensaid-Daniel-+" rel="tag"&gt;Bensa&#239;d, Daniel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Il faut penser l'impossible pour saisir tout le champ du possible &lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Lefebvre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un film datant de 1977, &lt;i&gt;Le fond de l'air est rouge&lt;/i&gt;, le cin&#233;aste fran&#231;ais Chris Marker tra&#231;ait un brillant portrait documentaire des ann&#233;es 60-75, p&#233;riode o&#249; s'esquiss&#232;rent de nombreuses tentatives pour changer l'ordre du monde. Une impression d'&#233;chec se d&#233;gage de la fin du film, comme si cette &#233;poque n'avait conduit qu'&#224; un cul-de-sac. C'est un constat qui a d'ailleurs fait largement consensus durant les ann&#233;es 80, qui virent le triomphe de la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale. Exp&#233;riences r&#233;volutionnaires faites en vain alors ? Le bilan n'est pas si simple, car &#171; &lt;i&gt;&#8230; dans le d&#233;roulement m&#234;me de ces &#233;checs, des actes ont &#233;t&#233; pos&#233;s, des paroles ont &#233;t&#233; dites, des forces sont apparues&#8230; D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de refaire patiemment le chemin parcouru&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris Marker, Le fond de l`air est rouge, Paris, Masp&#233;ro, 1978.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour refaire, ne serait-ce que partiellement, le chemin de ces paroles et de ces forces qui ont tent&#233; de changer ce monde, mais aussi pour mieux saisir les enjeux actuels pos&#233;s par la mont&#233;e d'un nouveau mouvement international de contestation, le mouvement altermondialiste, que nous avons interview&#233; Daniel Bensa&#239;d, philosophe fran&#231;ais et militant &#224; la Ligue Communiste R&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le philosophe et le militant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Porter deux chapeaux, celui de la philosophie et du militantisme, n'est pas une chose &#233;vidente &#224; un moment o&#249; la premi&#232;re semble s'&#234;tre r&#233;fugi&#233;e dans sa tour d'ivoire et que les militants, pour beaucoup, sont devenus sceptiques face aux grandes th&#233;ories. Pourtant, comme nous le rappelle Bensa&#239;d, il y a toujours eu, dans la tradition fran&#231;aise du moins, une philosophie engag&#233;e comme avec Henri Lefebvre, Louis Althusser ou, plus r&#233;cemment, Alain Badiou. &#171; &lt;i&gt; Pour moi donc, c'est compatible m&#234;me s'il s'agit de champs de r&#233;flexion et de rythmes de pens&#233;e qui sont diff&#233;rents. Je ne suis pas pour fondre l'un dans l'autre. Il se trouve que j'appartiens, depuis le milieu des ann&#233;es 60, &#224; une tradition politique qui n'a jamais cherch&#233; &#224; se doter d'une orthodoxie id&#233;ologique ou philosophique. Par ailleurs, j'ai toujours revendiqu&#233; mon militantisme, y compris partisan, comme un principe de r&#233;alit&#233;, de responsabilit&#233; et d'humilit&#233;, c'est-&#224;-dire ne pas croire qu'il y a une v&#233;rit&#233; philosophique comme en surplomb des pratiques sociales&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx actuel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;marche pour tenter d'articuler philosophie et pratiques, on ne peut s'emp&#234;cher de buter sur celui qu'Antonio Gramsci appelait le &#171; &lt;i&gt;philosophe de la praxis&lt;/i&gt; &#187; : Marx. Pour Bensa&#239;d, l'actualit&#233; de sa pens&#233;e ne fait aucun doute : &#171; &lt;i&gt;Tout ce &#224; quoi nous sommes confront&#233;s aujourd'hui &#8211; la marchandisation du monde, l'ali&#233;nation renforc&#233;e et la chosification des rapports sociaux &#8211; rencontre chez Marx, ce n'est pas un acte de foi de le dire, une compr&#233;hension intime de la logique de l'&#233;poque moderne et comme pour Marx, son ennemi, c'est le capital, cet ennemi &#233;tant plus pr&#233;sent et plus impitoyablement logique que jamais. Je crois alors que Marx est un point de passage incontournable. Ce que Marx ne r&#233;sout pas, par contre, c'est la dimension strat&#233;gique de la politique : comment se constitue une alternative et comment briser le cercle vicieux de l'ali&#233;nation ? D&#233;bat qui surgit aujourd'hui d'un peu partout, entre autres avec le livre de John Holloway&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir, Montr&#233;al, Lux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;et qui a la particularit&#233; d'en revenir pr&#233;cis&#233;ment &#224; Marx, ce qui fait un peu sourire apr&#232;s les ann&#233;es 80 o&#249; il &#233;tait de bon ton de traiter celui-ci comme une pi&#232;ce de mus&#233;e. Donc, un Marx intempestif, qui n'est pas &#233;ternel mais qui n'est pas simplement et seulement de son &#233;poque&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un ou plusieurs marxismes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; J&lt;i&gt;'&#233;vite de parler d'UN marxisme parce que le singulier &#233;voque une coh&#233;rence et une codification doctrinale qui n'a jamais eu lieu&lt;/i&gt; &#187;. De fait, la crise et la diff&#233;renciation du marxisme commencent d&#232;s le d&#233;but de sa diffusion, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. &#171; &lt;i&gt;Pour prendre les grands courants, quelqu'un comme Ernst Bloch distinguait d&#233;j&#224; courants chauds et courants froids, courants froids renvoyant &#224; des orthodoxies d'&#201;tat et de partis au d&#233;triment de la vitalit&#233; critique. Cette derni&#232;re est un &#233;l&#233;ment central de la pens&#233;e de Marx, car il ne s'agit pas d'une doctrine positive, mais un mouvement critique qui tend &#224; abolir ce qui existe. Cette critique, par la suite, s'est diversifi&#233;e. Je crois, de mon c&#244;t&#233;, qu'on a eu la chance, par des hasards multiples, de se former en marge des orthodoxies. J'ai adh&#233;r&#233; au Parti communiste en 1962 et, en 1966, j'&#233;tais exclu. J'ai s&#251;rement gagn&#233; quelques d&#233;cennies de libert&#233; d'action et de pens&#233;e. Du coup, on s'est nourri &#224; la marge, on a grappill&#233; notre marxisme &#224; partir de diverses dissidences&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autour de Trotski&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquer les dissidences par rapport &#224; un certain marxisme institutionnalis&#233; nous am&#232;ne logiquement &#224; parler de L&#233;on Trotski. &#171; &lt;i&gt;&#201;videmment, comme on nous colle l'&#233;tiquette de trotskistes, j'assume surtout parce que cela renvoie &#224; la lutte contre le stalinisme et le processus de bureaucratisation d'une r&#233;volution. Maintenant, cela n'est pas non plus un corpus religieux et je pense, malgr&#233; certaines p&#233;riodes ex&#233;crables dans sa pens&#233;e comme en 1921, qu'il y a aussi une actualit&#233; de Trotski. C'est un point de passage (au m&#234;me titre que Rosa Luxembourg, Antonio Gramsci ou le Che), ne serait-ce que parce qu'il a &#233;t&#233; un des premiers &#224; se confronter &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne in&#233;dit qu'&#233;tait le stalinisme. Par ailleurs, il y a aujourd'hui beaucoup de critiques descriptives de la mondialisation, de ses effets in&#233;galitaires et de ses injustices, descriptions qu'on retrouve chez Marx. Mais il y a aussi chez lui le d&#233;voilement des ressorts intimes de tout cela, la logique de l'accumulation du capital. On a l&#224; non seulement une description critique, mais aussi une recherche des racines. Trotski s'inscrit dans cette tradition avec les concepts de r&#233;volution permanente et de d&#233;veloppement in&#233;gal, o&#249; il nous donne comme une amorce de r&#233;ponse strat&#233;gique aux logiques de la mondialisation capitaliste&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour un bilan des r&#233;volutions du si&#232;cle dernier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation du marxisme a donc commenc&#233; au moment m&#234;me de sa diffusion, mais aussi au moment o&#249; des exp&#233;riences et des pratiques ont investi la th&#233;orie. Sur les tentatives r&#233;volutionnaires qui ont ponctu&#233; le XXe si&#232;cle, que ce soit en Russie en 1917 ou en Chine en 1949, il y aurait beaucoup &#224; dire et Daniel Bensa&#239;d consid&#232;re que la discussion &#224; ce sujet est loin d'&#234;tre close, malgr&#233; l'effondrement de l'URSS en 1991. Comme l'&#233;crivait le philosophe Gilles Deleuze : &#171; &lt;i&gt;On recommence par le milieu&lt;/i&gt; &#187;, on ne fait jamais table rase du pass&#233;, car on fait du nouveau avec une bonne partie de l'ancien. Cela pose la n&#233;cessit&#233; d'un travail de r&#233;flexion et des bilans &#224; faire pour &#233;viter de r&#233;p&#233;ter les erreurs pass&#233;es, sans pour autant pr&#233;tendre &#233;puiser les possibilit&#233;s en germe dans le r&#233;el, car &#171; &lt;i&gt;qui peut savoir ce que seront les r&#233;volutions du XXIe si&#232;cle ?&lt;/i&gt; &#187;. Le d&#233;bat en question est alors tr&#232;s vaste, car il pose, entre autres, la n&#233;cessit&#233; de comprendre comment un processus r&#233;volutionnaire peut &#234;tre d&#233;fait de l'int&#233;rieur. Il pose aussi la question de l'articulation, dans un processus de changement social, entre des organes de d&#233;mocratie directe (ou participative) et des structures repr&#233;sentatives plus larges : &#171; &lt;i&gt;Comment l'int&#233;r&#234;t particulier d'une entreprise ou d'une r&#233;gion dans la d&#233;mocratie directe ou locale peut &#234;tre constitutive et comment, en m&#234;me temps, doit-elle &#233;laborer les m&#233;diations de son d&#233;passement ? Car, la simple addition d'int&#233;r&#234;ts particuliers ne fait jamais un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. L'exp&#233;rience des collectifs de d&#233;mocratie directe risque alors d'&#234;tre coiff&#233;e par un corps d'&#201;tat ou une bureaucratie qui va lui donner le dernier mot. Ce sont l&#224; des d&#233;bats compliqu&#233;s que le changement d'&#233;poque que nous vivons permet de reprendre avec moins de pol&#233;miques st&#233;riles et de meilleures connaissances historiques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un nouvel internationalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y aurait d'ailleurs toute une histoire &#224; faire des diff&#233;rentes formes de l'internationalisme, comment on est pass&#233; du cosmopolitisme du si&#232;cle des Lumi&#232;res aux Internationales ouvri&#232;res. Ces derni&#232;res, il faut le remarquer, malgr&#233; l'id&#233;al affich&#233;, &#233;taient limit&#233;es g&#233;ographiquement &#224; l'Europe et &#224; l'Am&#233;rique du Nord. Par ailleurs, on a assist&#233; &#224; une captation de l'internationalisme au profit d'int&#233;r&#234;t d'&#201;tats comme l'URSS ou la Chine. Alors, ce qui se passe aujourd'hui avec le mouvement altermondialiste, premi&#232;rement, c'est qu'il n'y a pas cette l&#233;gitimit&#233; d'&#201;tat. Il y a une lib&#233;ration de l'internationalisme avec ce mouvement qui rena&#238;t d'en bas, qui s'auto-produit et s'auto-d&#233;finit. Deuxi&#232;mement, il est beaucoup plus plan&#233;taire que dans les pr&#233;c&#233;dentes exp&#233;riences. Cela dit, le mouvement a ses limites, il est beaucoup moins d&#233;fini politiquement, avec moins de grands d&#233;bats doctrinaux. Il ne faudrait pas alors que le pluralisme consensuel fasse taire les d&#233;bats politiques qui sont n&#233;cessaires sur d'importants probl&#232;mes dont celui du rapport entre le politique et le social. Mais il s'invente l&#224; quelque chose. Il faut voir les rythmes de d&#233;veloppement. On a un mouvement qui, apr&#232;s les traumatismes terribles du XXi&#232;me si&#232;cle, reprend le chemin de la r&#233;sistance et l'apprentissage de l'&#233;change et de la discussion dans le cadre, entre autres, des diff&#233;rents Forums sociaux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;fis &#224; relever&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements du 11 septembre 2001 mais aussi l'effondrement de l'&#233;conomie argentine et le scandale d'Enron, symboles &#233;clatants de la d&#233;confiture de l'utopie n&#233;olib&#233;rale, ouvrent une nouvelle p&#233;riode o&#249; &#171; &lt;i&gt;le discours antilib&#233;ral n'est plus suffisant car il faut aller &#224; la racine des choses. Et donc, cela ouvre un nouveau chapitre de politisation. Les th&#232;mes se dessinent assez clairement : quelle est l'articulation entre la guerre tout court et la guerre sociale ? Il y a lien, car l'&#233;tat de crise du projet n&#233;olib&#233;ral conduit &#224; une fuite en avant dans l'exercice de la domination violente. Cette crise appelle des r&#233;ponses en termes de r&#233;sistance. D'ailleurs, le mouvement anti-guerre n'&#233;tait pas seulement contre la guerre et pour la paix mais aussi contre les &#233;conomies d'armement. Il y a alors des batailles sociales et id&#233;ologiques &#224; mener contre les budgets militaires et les ponctions op&#233;r&#233;es au d&#233;triment des programmes sociaux. Le d&#233;fi pour le mouvement, c'est comment op&#233;rer ce tournant sans se diviser et s'affaiblir. Il faut se doter d'un pluralisme dans l'unit&#233;, sans escamoter les d&#233;bats de d&#233;finition et d'orientation, d&#233;bats qui ne sont pas invent&#233;s par des courants radicaux mais qui sont des r&#233;ponses aux conditions actuelles. Du coup, un autre monde est possible, le slogan unificateur du mouvement, fait surgir l'interrogation : quel monde ? Les questions de propri&#233;t&#233; et d'appropriation sociale deviennent alors centrales surtout dans le cas de probl&#233;matiques comme les biens communs, le brevetage du vivant ou l'exception culturelle&lt;/i&gt; &#187;. Le mouvement, apr&#232;s le 11 septembre, loin de r&#233;gresser comme le laissaient entendre certains commentateurs, poursuit donc son expansion. Il a cependant, devant lui, la n&#233;cessit&#233; d'arracher des victoires concr&#232;tes s'il veut poursuivre sa marche. Il doit aussi pouvoir s'enraciner localement, car &#171; &lt;i&gt;il y a le danger, d&#233;j&#224; perceptible, d'autonomisation de sp&#233;cialistes de l'altermondialisation. Tout le monde ne peut pas aller &#224; Canc&#250;n ou &#224; Bombay, du coup, il se cr&#233;e un microcosme, important certes, mais un microcosme quand m&#234;me. Il y a alors le risque d'un divorce, sur fond d'un grand show international Davos contre Porto Alegre, o&#249; la base risque de ne plus se sentir concern&#233;e. Il faut arriver, c'est un d&#233;fi important, &#224; faire le lien entre des luttes locales et le processus plus global de mondialisation&lt;/i&gt; &#187;. Il reste donc au mouvement altermondialiste de multiples d&#233;fis &#224; relever et de nombreux d&#233;bats &#224; mener mais, au sortir de la longue travers&#233;e du d&#233;sert que furent les ann&#233;es 80, il n'est pas de mise d'&#234;tre impatient et de br&#251;ler les &#233;tapes. Comme l'&#233;crivait Rimbaud, &#224; la fin du si&#232;cle dernier, &#171; &lt;i&gt;et &#224; l'aurore, arm&#233;s d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris Marker, &lt;i&gt;Le fond de l`air est rouge&lt;/i&gt;, Paris, Masp&#233;ro, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Holloway, &lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Lux &#201;diteur, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Christian Brouillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Ras-le-bol en Bolivie</title>
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		<dc:date>2008-07-30T21:21:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roxana Paniagua</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Paniagua, Roxana </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;bellion populaire grandissante et renversement du gouvernement du pr&#233;sident Sanchez de Lozada, la &#171; guerre du gaz &#187; montre les impasses du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral et le ras-le-bol des Boliviens. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour comprendre les enjeux concernant l'exportation du gaz naturel en Bolivie, on doit reculer aussi loin qu'en 1985, au moment o&#249; fut appliqu&#233; le programme d'ajustement structurel pr&#244;n&#233; par le FMI. Une des mesures de ce programme visait &#224; aider la stabilisation mon&#233;taire du pays et touchait notamment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton479.jpg?1642092269' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;139&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;bellion populaire grandissante et renversement du gouvernement du pr&#233;sident Sanchez de Lozada, la &#171; guerre du gaz &#187; montre les impasses du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral et le ras-le-bol des Boliviens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour comprendre les enjeux concernant l'exportation du gaz naturel en Bolivie, on doit reculer aussi loin qu'en 1985, au moment o&#249; fut appliqu&#233; le programme d'ajustement structurel pr&#244;n&#233; par le FMI. Une des mesures de ce programme visait &#224; aider la stabilisation mon&#233;taire du pays et touchait notamment l'entreprise d'hydrocarbures appartenant &#224; l'&#201;tat, Yacimientos Petrol&#237;feros Bolivianos (YPFB). L'entreprise s'est vue imposer le transfert de 75 % &#224; 85 % de ses revenus au Tr&#233;sor de la Nation, ce qui a men&#233; &#224; son affaiblissement, au ralentissement de l'exploitation et de la production, ainsi qu'&#224; la paralysie de la construction des r&#233;seaux de distribution de gaz &#224; l'int&#233;rieur du pays. Ces mesures ont aggrav&#233; l'endettement de l'entreprise et ont servi de pr&#233;texte pour d&#233;crier la &#171; mauvaise gestion &#187; des entreprises &#233;tatiques. &#192; partir de 1990, la privatisation ou &#171; capitalisation &#187; est avanc&#233;e comme la solution &#224; la crise : on annule le monopole de YPFB pour les diff&#233;rentes &#233;tapes du traitement des hydrocarbures. En 1996, la Loi sur les hydrocarbures permet, entre autres, la lib&#233;ralisation totale du march&#233; des hydrocarbures et &#233;tablit une contribution fiscale tr&#232;s basse de la part des entreprises priv&#233;es. Depuis lors, les entreprises p&#233;troli&#232;res &#233;trang&#232;res contr&#244;lent la plupart des r&#233;serves p&#233;troli&#232;res du pays. En effet, Petrobras (Br&#233;sil), Total (France et Belgique), Maxus (filiale de Repsol) et Repsol (Espagne) d&#233;tiennent 80 % des r&#233;serves. Par ailleurs, Shell et Enron monopolisent le r&#233;seau de distribution. Depuis 1997, d'importantes r&#233;serves de gaz naturel ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes en Bolivie, elles sont estim&#233;es &#224; 52 trillions de pieds cubes par la firme internationale Goldyer &amp; Mac Naughton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture du march&#233; des hydrocarbures a annul&#233; &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; la possibilit&#233; d'intervention directe de l'&#201;tat bolivien dans l'exploitation des hydrocarbures. De plus, l'octroi des contrats d'exploitation et de distribution de gaz a &#233;t&#233; tr&#232;s peu transparent et, ce, d&#232;s l'entr&#233;e en vigueur de la loi. Bien que l'&#201;tat n'ait que peu ou pas de contr&#244;le sur les r&#233;serves de gaz, il doit cependant en assumer la responsabilit&#233; financi&#232;re lors des catastrophes &#233;cologiques et lors des conflits de travail au sein des entreprises &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la population a &#233;t&#233; soumise &#224; une intense campagne de manipulation de l'information, plusieurs mobilisations ont eu lieu depuis l'ann&#233;e 2000. La crise &#233;conomique aidant, ces mouvements de contestation ont port&#233; de grands coups aux gouvernements en place. Citons en guise d'exemples &#171; la guerre de l'eau &#187;, o&#249; la population de Cochabamba a fait annuler le contrat avec la Bechtel Cie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bechtel est le num&#233;ro un am&#233;ricain de la construction et de l'ing&#233;nierie. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la lutte des retrait&#233;s contre des restrictions qu'ils jugeaient injustes et, actuellement, le gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res mobilisations ont en outre montr&#233; l'inefficacit&#233; du syst&#232;me actuel o&#249; la classe politique ne fait que d&#233;fendre, &#224; tort, les diktats du mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral, amenant le pays &#224; jouer le r&#244;le d'&#233;ternel fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res et de main-d'&#339;uvre non qualifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les derniers &#233;v&#233;nements, c'est la population d'origine indienne qui a initi&#233; la mobilisation en partant des revendications sectorielles et de la vente du gaz. Les premiers morts (70) suite aux manifestations &#233;taient surtout des Aymaras. Ce sont eux qui, en bloquant les routes menant &#224; La Paz et El Alto ont gagn&#233; l'appui d'un mouvement grandissant qui a fini par paralyser le pays tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enjeux politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &#171; guerre du gaz &#187; montre que le peuple bolivien r&#233;clame le droit d'intervenir dans les affaires &#233;conomiques et politiques du pays. D'autant plus que les gens savent que la seule richesse qui leur reste est pr&#233;cis&#233;ment le gaz, cette ressource qui devrait &#234;tre export&#233;e en termes avantageux pour l'&#201;tat. C'est l&#224; que se trouve la question cl&#233; de la r&#233;volte populaire. La d&#233;mission du gouvernement de Sanchez de Lozada marque de mani&#232;re tranchante son opposition &#224; l'exclusion politique et &#233;conomique tout comme une opposition farouche &#224; l'arnaque organis&#233;e &#224; laquelle se sont livr&#233;s les groupes proches du pouvoir. Le peuple bolivien s'oppose &#224; la corruption et manifeste son refus de l'intervention des partis traditionnels qui, pendant les 18 ann&#233;es d'ouverture d&#233;mocratique, ont d&#233;di&#233; le meilleur de leur temps &#224; se renvoyer l'ascenseur pour mieux s'incruster au pouvoir et en obtenir des redevances. La d&#233;mocratie cosm&#233;tique n&#233;olib&#233;rale a servi de couverture, de masque pour mettre en &#339;uvre des r&#233;formes (privatisation des entreprises de l'&#201;tat) qui ont eu pour effet d'enlever au peuple bolivien tout pouvoir r&#233;el sur ses ressources et sur sa destin&#233;e. Depuis l'av&#232;nement de la &#171; d&#233;mocratie &#187; (1982), la situation s'est d&#233;t&#233;rior&#233;e pour la population fragile et d&#233;j&#224; appauvrie du pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un tiers des Boliviens, soit 2 600 000 personnes, vit avec 200 $ US par ann&#233;e.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233;s au pouvoir sont les artisans d'un syst&#232;me permettant l'enrichissement rapide d'un groupe minoritaire de Boliviens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Bolivie, 5 000 familles riches ont des revenus 44 fois plus &#233;lev&#233;s que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui d&#233;tiennent et se r&#233;partissent le pouvoir tant&#244;t comme leaders absolus, tant&#244;t comme membres d'alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq si&#232;cles d'oubli et de racisme syst&#233;matique ne peuvent dispara&#238;tre d'un simple coup de baguette, aussi &#171; d&#233;mocratique &#187; soit-il. De ce fait, la d&#233;mocratie bolivienne doit elle-m&#234;me &#171; se d&#233;mocratiser &#187;, car elle n'a pas &#233;t&#233; en mesure d'int&#233;grer v&#233;ritablement &#224; la vie politique de larges couches de la population. On parle de plus de 80 % des citoyens qui sont &#224; la marge du syst&#232;me. La p&#233;riode d&#233;mocratique a aid&#233; les classes oligarchiques &#224; s'accrocher &#224; la structure du pouvoir et &#224; continuer de tirer des b&#233;n&#233;fices et redevances effarantes, sans aucune vergogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me d&#233;mocratique a servi &#233;galement &#224; cr&#233;er une pratique de n&#233;gociations en coulisses entre partis pour se partager des minist&#232;res et diff&#233;rents postes de l'administration publique. En effet, dans le spectre politique bolivien, les partis qui se sont partag&#233; ce pouvoir sans cesse sont : le Mouvement R&#233;volutionnaire Nationaliste de Sanchez de Lozada ; le Mouvement de Gauche R&#233;volutionnaire dirig&#233; par Jaime Paz Zamora et l'Action d&#233;mocratique Nationaliste de l'ex-dictateur d&#233;c&#233;d&#233; Hugo Banzer Suarez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des derni&#232;res &#233;lections, aucun de ces partis n'a obtenu la majorit&#233; des suffrages, ce qui les a forc&#233;s &#224; construire une alliance MNR-MIR et NFR (Nouvelle Force R&#233;publicaine) pour former un gouvernement. L'opposition &#233;tait principalement constitu&#233;e par les Indiens, organis&#233;s dans deux partis : le Mouvement au Socialisme et le Mouvement Indien Pachakutic. Le Mouvement au Socialisme a obtenu, lors des derni&#232;res &#233;lections, 20 % des suffrages (pour 35 d&#233;put&#233;s sur 157) faisant d'Evo Morales, son dirigeant, le deuxi&#232;me candidat ayant obtenu le plus de suffrages. Evo Morales est un dirigeant indien des cultivateurs de coca dont la plupart sont des ex-mineurs &#233;migr&#233;s de leurs localit&#233;s. En effet, en 1985, suite &#224; la fermeture et &#224; la privatisation de mines dans le cadre des politiques d'ajustement structurel, ces mineurs se sont vu offrir des terres et sont devenus des agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement indien Pachakutic, dont le dirigeant est Felipe Quispe, dit le &#171; Mallku &#187; (notable), a r&#233;ussi &#224; faire &#233;lire cinq d&#233;put&#233;s aymaras. Depuis les derni&#232;res &#233;lections de 2002, la &#171; d&#233;mocratie &#187; bolivienne a chang&#233; dans la mesure o&#249;, pour la premi&#232;re fois, les Indiens &#233;lisaient leurs propres candidats. Ce faisant, ils pensaient changer le cours de la politique. Or, rien de tel n'est arriv&#233;, car le Parlement n'a daign&#233; consid&#233;rer aucune des propositions pr&#233;sent&#233;es par les partis indiens On ne doit pas s'&#233;tonner si le Parlement a fait la sourde oreille &#224; des projets tels que celui d'une loi touchant la &#171; r&#233;duction des salaires des honorables &#187;. Face &#224; ce m&#233;pris parlementaire de la part des partis traditionnels, le Mallku a dit que les Indiens si&#233;geant au Parlement n'&#233;taient l&#224; que pour &#171; chauffer leur si&#232;ge &#187;. R&#233;duits &#224; l'impuissance parlementaire, les Indiens ont eu vite fait de r&#233;chauffer les rues pour faire entendre leur demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, apr&#232;s la d&#233;mission de Sanchez de Lozada, la situation est pour le moins grave. Carlos Mesa a promis de r&#233;soudre la crise actuelle, mais en avan&#231;ant cependant qu'il &#171; &lt;i&gt;serait faux de promettre aux Boliviens qu'il va abroger la Loi des hydrocarbures&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Que peut-on esp&#233;rer ? Est-ce qu'il va respecter la promesse faite aux citoyens de El Alto de mener &#224; bien les r&#233;formes &#224; la Constitution ? Rien n'est moins s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de Boliviens demandent maintenant la convocation d'une Assembl&#233;e Constituante, per&#231;ue comme le seul moyen de court-circuiter la corruption politique actuelle. La solution de rechange bourgeoise, c'est-&#224;-dire la solution institutionnelle de transition, est l'objet d'une surveillance &#233;troite des grandes puissances. Le gouvernement actuel est confront&#233; aux pressions &#233;trang&#232;res qui lui demandent de respecter les engagements &#224; l'&#233;gard des entreprises transnationales. L'Espagne a demand&#233; officiellement que l'on donne une &#171; &lt;i&gt;garantie juridique&lt;/i&gt; &#187; &#224; ses investissements. Quant aux &#201;tats-Unis, ils se sont empress&#233;s de demander des garanties pour leurs entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Boliviens vont-ils accepter que Carlos Mesa respecte les accords internationaux au d&#233;triment des n&#233;cessit&#233;s de la majorit&#233; appauvrie ? Ce nouveau pr&#233;sident doit relever un grand d&#233;fi, car personne en Bolivie n'oublie qu'il est un intellectuel de la classe au pouvoir qui a gouvern&#233; avec Sanchez de Lozada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations populaires surveillent elles aussi le processus enclench&#233; par Mesa. La Centrale ouvri&#232;re bolivienne (COB), par exemple, a dit qu'elle appuie le pr&#233;sident &#224; condition qu'il respecte les demandes du mouvement syndical. Le Mouvement indien Pachakutic de Felipe Quispe a demand&#233; au gouvernement de satisfaire les 72 revendications qui ont fait l'objet d'un accord avec les gouvernements pr&#233;c&#233;dents, mais qui n'ont pas &#233;t&#233; mises en application, et cela, depuis 2000. Parmi leurs principales revendications figurent celle qui touche la r&#233;partition des terres et la reconnaissance de la propri&#233;t&#233; du sous-sol, ainsi que l'acc&#232;s des Indiens &#224; la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Eduardo Galeano, la Bolivie est &#171; &lt;i&gt;un pays qui veut exister&lt;/i&gt; &#187;. Plus que jamais, la forme que prendra cet &#201;tat d&#233;pend de l'int&#233;grit&#233; morale et de la volont&#233; politique des organisations de base et des partis de l'opposition, car c'est &#224; eux qu'&#233;choit la lourde t&#226;che de faire respecter &#171; les mandats &#187; donn&#233;s &#224; ce gouvernement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bechtel est le num&#233;ro un am&#233;ricain de la construction et de l'ing&#233;nierie. C'est cette m&#234;me compagnie qui a obtenu le deuxi&#232;me plus important march&#233; dans la &#171; reconstruction &#187; en Irak (plus d'un milliard de $). Il est bon de rappeler que le p.-d.g. Riley Bechtel a &#233;t&#233; nomm&#233; membre du Conseil pour l'exportation, rattach&#233; &#224; la Maison-Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un tiers des Boliviens, soit 2 600 000 personnes, vit avec 200 $ US par ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En Bolivie, 5 000 familles riches ont des revenus 44 fois plus &#233;lev&#233;s que la moyenne de l'ensemble de la population. La fortune personnelle du pr&#233;sident d&#233;chu Gonzalo Sanchez de Lozada est estim&#233;e &#224; 50 millions de dollars US.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roxana Paniagua&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Frida Villarreal&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Ana Mar&#237;a Seifert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mal lib&#233;rien, la d&#233;rive africaine</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-mal-liberien-la-derive</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Le-mal-liberien-la-derive</guid>
		<dc:date>2008-07-30T21:11:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Nduwimana</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique sub-saharienne</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nduwimana, Fran&#231;oise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'instar de tous les dictateurs qui ont ensanglant&#233; le continent africain sans avoir &#224; r&#233;pondre de leurs actes, Charles Taylor se tire d'affaire avec pour toute r&#233;primande l'asile politique au Nigeria. Olu Adeniji, ministre nig&#233;rian des affaires &#233;trang&#232;res, a d&#233;clar&#233; qu'il est hors de question que Taylor, &#171; re&#231;u au Nigeria pour des motifs humanitaires &#187;, soit extrad&#233; en Sierra Leone o&#249; il est l'objet d'un mandat d'arr&#234;t d&#233;livr&#233; par un tribunal sp&#233;cial sur les crimes commis durant la guerre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-sub-saharienne-+" rel="tag"&gt;Afrique sub-saharienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nduwimana-Francoise-+" rel="tag"&gt;Nduwimana, Fran&#231;oise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton478.jpg?1642092269' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;227&#034; height=&#034;136&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'instar de tous les dictateurs qui ont ensanglant&#233; le continent africain sans avoir &#224; r&#233;pondre de leurs actes, Charles Taylor se tire d'affaire avec pour toute r&#233;primande l'asile politique au Nigeria. Olu Adeniji, ministre nig&#233;rian des affaires &#233;trang&#232;res, a d&#233;clar&#233; qu'il est hors de question que Taylor, &#171; &lt;i&gt;re&#231;u au Nigeria pour des motifs humanitaires&lt;/i&gt; &#187;, soit extrad&#233; en Sierra Leone o&#249; il est l'objet d'un mandat d'arr&#234;t d&#233;livr&#233; par un tribunal sp&#233;cial sur les crimes commis durant la guerre civile de ce pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Charles Taylor pr&#233;sente son exil comme un acte de patriotisme. &#192; l'entendre, il serait une colombe de la paix. Cependant, avait-il d'autre alternative que de prendre la fuite, alors qu'il &#233;tait abandonn&#233; par ses anciens alli&#233;s, encercl&#233; par deux fronts rebelles, le LURD (Lib&#233;riens unis pour la r&#233;conciliation et la d&#233;mocratie) et le MODEL (Mouvement pour la d&#233;mocratie au Liberia), et frapp&#233; par un embargo international sur les armes ? Il a plut&#244;t &#233;vit&#233; une fin aussi tragique que celle de son pr&#233;d&#233;cesseur, Samuel Doe, ou celle de Jonas Savimbi en Angola, tous deux assassin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, au nom du respect pour les victimes de la guerre au Liberia, tout devrait &#234;tre mis en &#339;uvre pour qu'il soit traduit en justice. M&#234;me si l'actuel acte d'accusation est bas&#233; sur son implication personnelle dans la guerre civile qui a d&#233;chir&#233; la Sierra Leone, il est tout autant important de l'inculper pour les crimes commis &#224; l'&#233;gard de son propre peuple. Ce qui suppose une volont&#233; de mettre sur pied des m&#233;canismes judiciaires sur les crimes commis tant par Taylor que par ses anciens opposants. Il est assez d&#233;routant de voir la condamnation internationale se limiter au cas sierra l&#233;onais, comme si les victimes lib&#233;riennes de la guerre des ann&#233;es 90 m&#233;ritaient ce qui leur est arriv&#233;. Un tel d&#233;ni de justice, qui puise sa justification dans l'imp&#233;ratif de la r&#233;conciliation nationale, nourrit paradoxalement la violence politique et l'impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une paix sans justice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience africaine montre qu'au nom d'une pseudo n&#233;cessit&#233; de pardon et de r&#233;conciliation, les grands dictateurs ont pu se tirer d'affaire, perp&#233;tuant ainsi le cycle de l'impunit&#233;. Mobutu est mort au Maroc sans avoir &#233;t&#233; jug&#233;. Il en fut de m&#234;me pour Sani Abasha, Bokassa et Idi Amin Dada, d&#233;c&#233;d&#233; le 16 ao&#251;t dernier en Arabie Saoudite o&#249; il avait trouv&#233; un asile dor&#233;. Curieusement, une telle tradition de d&#233;ficit judiciaire est susceptible de fournir des munitions aux avocats de Taylor. Il suffirait en effet qu'ils rel&#232;vent les incoh&#233;rences de la justice internationale pour discr&#233;diter le bien- fond&#233; du proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont Taylor est arriv&#233; au pouvoir, sa fa&#231;on criminelle de le g&#233;rer ainsi que son r&#244;le dans la guerre en Sierra Leone n'ont rien d'in&#233;dit. L'histoire r&#233;cente du Liberia offre l'exemple d'un conflit o&#249; les diff&#233;rents mouvements arm&#233;s ont &#233;t&#233; soutenus par les pays voisins comme la Guin&#233;e, la C&#244;te d'Ivoire et le Burkina Faso (Peter Takiramudde, &#171; Where the arms come from &#187;, &lt;i&gt;Herald Tribune&lt;/i&gt;, 17 septembre 2003). Au Congo, l'implication de plusieurs r&#233;seaux et pays &#233;trangers n'est plus &#224; d&#233;montrer. Les actes criminels qu'on reproche &#224; Taylor traduisent malheureusement une r&#233;alit&#233; de violence, d'ing&#233;rence et d'impunit&#233; qui s&#233;vit en Afrique depuis des d&#233;cennies. R&#233;alit&#233; qui a fini par se constituer en mod&#232;le de gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu des ant&#233;c&#233;dents politiques de Taylor, il e&#251;t &#233;t&#233; plus brillant de se demander comment un homme, en sept ans de guerre civile, s'est-il rendu coupable de crimes aussi r&#233;pugnants, comment a-t-il pu &#234;tre port&#233; au pouvoir et reconnu par la communaut&#233; internationale ? Charles Taylor a gagn&#233; les &#233;lections avec 75 % des suffrages, d'aucuns diront. Mais la population du Liberia avait-elle vraiment le choix, dans la mesure o&#249; ne pas &#233;lire Taylor, alors seigneur de guerre le plus redoutable, voulait dire la poursuite de la guerre civile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, aux yeux des civils victimes de cette guerre, traumatis&#233;s par un bilan aussi lourd que 200 000 morts, 700 000 r&#233;fugi&#233;s et 1,4 million de d&#233;plac&#233;s (selon le rapport d'Amnesty International publi&#233; le 1er octobre 1987), quelle diff&#233;rence pouvait-il y avoir entre Taylor et Prince Jonhson, deux seigneurs de guerre issus du NPFL (National Patriotic Front of Liberia), tant&#244;t alli&#233;s, tant&#244;t ennemis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord de paix sign&#233; en 1997, qui a valid&#233; l'accession de Taylor au pouvoir, n'exprimait pas une aspiration d&#233;mocratique, mais une amnistie pour les criminels de guerre, pour ne pas dire un dividende politique pour les crimes commis. Press&#233;e de mettre un terme &#224; ce conflit, la communaut&#233; internationale esp&#233;rait calmer les ardeurs guerri&#232;res de Taylor et de ses opposants. Dans le m&#234;me temps, cette fa&#231;on d'ignorer la marque ind&#233;l&#233;bile laiss&#233;e sur la population par ces criminels de guerre d&#233;finissait et ent&#233;rinait les &#171; conditions gagnantes &#187; requises pour acc&#233;der au pouvoir. Au Liberia, en C&#244;te d'Ivoire, en R&#233;publique Centrafricaine, en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo et ailleurs, il suffit maintenant de bien pr&#233;parer la guerre, de bien conqu&#233;rir militairement le territoire, de commettre le maximum de crimes contre des civils et le pouvoir vous est servi sur un plateau d'argent. Cyniquement, cela s'appelle &#171; &lt;i&gt;n&#233;gociations de paix en vue de la r&#233;conciliation nationale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre, une fin en soi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La logique guerri&#232;re s'impose donc de plus en plus comme un nouveau paradigme de gouvernance. Et c'est ici que se situe le paradoxe de la plupart des guerres africaines postcoloniales. Issue d'une perspective d'&#233;mancipation collective dans laquelle se situaient les mouvements de lib&#233;ration nationale au temps de la d&#233;colonisation, la guerre africaine est aujourd'hui en voie de devenir une guerre du ventre. La gu&#233;rilla (ou l'insurrection) n'est plus populaire, mais contr&#244;l&#233;e par une poign&#233;e d'individus avides de pouvoir qui, par la violence et la victimisation, fabriquent le consentement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Liberia est un exemple typique d'une tendance dangereuse : le viol des id&#233;aux. Comme bon nombre d'autres ailleurs en Afrique, les personnages qui ont marqu&#233; l'histoire de ce pays repr&#233;sentent une &#233;nigme. Avant qu'ils ne deviennent de redoutables sanguinaires, Samuel Doe et Charles Taylor ont tous les deux appartenu &#224; des mouvements panafricains de lib&#233;ration, motiv&#233;s par la dignit&#233; et l'&#233;mancipation des peuples opprim&#233;s. Quand, en 1980, le sergent Samuel Doe renverse William Tolbert, il op&#232;re une r&#233;volution en mettant un terme au r&#232;gne h&#233;g&#233;monique de la minorit&#233; am&#233;ricano-lib&#233;rienne. Mais il instaure aussi une logique de violence politique et de dictature militaire dont le Liberia a visiblement du mal &#224; se d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;L'&#201;tat en Afrique&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Fayard en 1992, Jean-Fran&#231;ois Bayart d&#233;crit la d&#233;sillusion cr&#233;&#233;e par ce coup d'&#201;tat. Au d&#233;part per&#231;u comme le d&#233;fenseur des aspirations de la majorit&#233; autochtone, Samuel Doe s'av&#233;ra &#234;tre un leader d&#233;pourvu de vision sociale, singularis&#233; par le pouvoir personnel, brutal et pr&#233;dateur. &#192; y regarder de pr&#232;s, Charles Taylor est le prototype de Doe. De militant de la cause des autochtones lib&#233;riens qu'il &#233;tait dans les ann&#233;es 60, il s'est transform&#233; en tyran pour qui la guerre est une fin en soi. Cette perte totale du sens patriotique est malheureusement un pi&#232;ge qui guette toute la classe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taylor parti, on ignore quelle surprise nous r&#233;servent ses tombeurs. Dans un rapport intitul&#233; &lt;i&gt;Back to the brink : war crimes by Liberian government and rebels&lt;/i&gt;, publi&#233; le 1er mai 2002, l'organisation internationale am&#233;ricaine Human Rights Watch a soulign&#233; les nombreux crimes commis par le LURD contre les civils accus&#233;s d'&#234;tre proches des forces gouvernementales. Tout comme ces derni&#232;res, la r&#233;bellion a commis de nombreux viols, ex&#233;cutions sommaires, mutilations, d&#233;placements forc&#233;s, enr&#244;lements d'enfants, etc. Elle partage aussi la responsabilit&#233; des 2 000 civils tu&#233;s l'&#233;t&#233; dernier, lors des affrontements avec les partisans de Taylor. Et l'on ne peut que se demander si la victoire militaire des deux factions rebelles, le LURD et le MODEL, augure une &#232;re de paix pour les Lib&#233;riens ou simplement une accalmie en attendant que d'autres fronts n&#233;s de nouveaux mouvements arm&#233;s s'ouvrent et r&#233;clament &#224; leur tour le pouvoir, r&#233;duit dans ce cas de figure &#224; rien d'autre qu'un butin de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'un accord de paix a &#233;t&#233; sign&#233; le 18 ao&#251;t dernier entre les forces rebelles et gouvernementales. Le principal mouvement rebelle, le LURD, qui estimait qu'il revenait naturellement &#224; son pr&#233;sident Sekou Damate Conneh de diriger la transition du pays, a d&#251; fl&#233;chir sa position et accepter de partager le pouvoir en attendant les prochaines &#233;lections. Applaudi par la communaut&#233; internationale, ce geste lui donne un important cr&#233;dit politique. Mais il ne r&#233;sout en rien plusieurs probl&#232;mes majeurs qui &#233;touffent ce pays. La disparition du politique, l'absence de projet de soci&#233;t&#233;, l'&#233;clatement et la rivalit&#233; des identit&#233;s ethniques continueront &#224; torpiller tous les efforts de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces probl&#232;mes, il faut ajouter le silence de la communaut&#233; internationale, particuli&#232;rement celui des &#201;tats-Unis pourtant li&#233;s par l'histoire au Liberia. Fond&#233; au XVIIIe si&#232;cle par des esclaves am&#233;ricains affranchis et proclam&#233; &#201;tat ind&#233;pendant en 1847, le Liberia a longtemps &#233;t&#233; le pays africain le plus assist&#233; &#233;conomiquement par les &#201;tats-Unis. Mais cette assistance n'&#233;tait pas d&#233;nu&#233;e d'int&#233;r&#234;t. Aux yeux du Pentagone, le Liberia devait surtout servir de satellite am&#233;ricain en Afrique de l'Ouest et du Nord. Durant la guerre froide, Monrovia a constitu&#233; la plaque tournante des services de renseignement am&#233;ricains (rapport &lt;i&gt;Africa Watch&lt;/i&gt;, 1989). La surveillance du tumultueux Khadafi importait plus que l'instauration d'un &#201;tat de droit. Pendant ces longues ann&#233;es de chasse aux sorci&#232;res communistes, la pr&#233;occupation am&#233;ricaine &#233;tait avant tout de s'assurer la collaboration des alli&#233;s africains, fussent-ils criminels. L'envoi r&#233;cent de troupes par George W. Bush est peut-&#234;tre attribuable au fait que le Liberia est soup&#231;onn&#233; d'&#234;tre un transit pour le trafic des armes destin&#233;es &#224; Al Qa&#239;da (&lt;i&gt;The Herald Sun&lt;/i&gt;, 13 juin 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix au Liberia reste donc tr&#232;s fragile, car elle est non seulement prisonni&#232;re des vell&#233;it&#233;s g&#233;ostrat&#233;giques, mais repose aussi sur l'essoufflement momentan&#233; des seigneurs de guerre plut&#244;t que sur leur volont&#233; de construire la d&#233;mocratie. Cette paix reste fragile car elle &#233;merge des crimes impunis. Elle est au bout du canon et non dans l'esprit des dirigeants lib&#233;riens. &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;oise Nduwimana&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consultante en droits de la personne et en d&#233;veloppement international&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour contrer le terrorisme d'&#201;tat... des populations civiles en r&#233;sistance !</title>
		<link>https://www.ababord.org/Pour-contrer-le-terrorisme-d-Etat</link>
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		<dc:date>2008-07-30T21:03:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tania Hall&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Terrorisme et antiterrorisme</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Hall&#233;, Tania </dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Colombie, les groupes de droits humains, les organisations syndicales et &#233;tudiantes ainsi que les communaut&#233;s rurales font face &#224; une r&#233;pression grandissante. S'appuyant sur la doctrine de la &#171; S&#233;curit&#233; d&#233;mocratique &#187;, le gouvernement d'Uribe Velez a adopt&#233; une s&#233;rie de mesures politiques et judiciaires menant &#224; la criminalisation de larges secteurs de la population, particuli&#232;rement lorsque ceux-ci d&#233;noncent la strat&#233;gie paramilitaire utilis&#233;e par l'&#201;tat colombien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tania Hall&#233;, qui a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-02-nov-dec-2003-" rel="directory"&gt;No 002 - nov. / d&#233;c. 2003&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Terrorisme-et-antiterrorisme-+" rel="tag"&gt;Terrorisme et antiterrorisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Halle-Tania-+" rel="tag"&gt;Hall&#233;, Tania &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Colombie, les groupes de droits humains, les organisations syndicales et &#233;tudiantes ainsi que les communaut&#233;s rurales font face &#224; une r&#233;pression grandissante. S'appuyant sur la doctrine de la &#171; S&#233;curit&#233; d&#233;mocratique &#187;, le gouvernement d'Uribe Velez a adopt&#233; une s&#233;rie de mesures politiques et judiciaires menant &#224; la criminalisation de larges secteurs de la population, particuli&#232;rement lorsque ceux-ci d&#233;noncent la strat&#233;gie paramilitaire utilis&#233;e par l'&#201;tat colombien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tania Hall&#233;, qui a r&#233;cemment pass&#233; six mois en Colombie, en travaillant dans la province de Choco avec l'organisation colombienne des droits humains Justice et paix, nous retrace ici &#8211; loin des informations l&#233;nifiantes des grandes agences de presse &#8211; les lignes forces de ces politiques r&#233;pressives ainsi que les efforts des populations civiles pour y r&#233;sister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On le sait, la guerre fait rage en Colombie depuis 1948, mais le conflit arm&#233; tel qu'on le conna&#238;t aujourd'hui n'existe que depuis le milieu des ann&#233;es 60, &#233;poque o&#249; naissent des mouvements d'insurrection arm&#233;e (gu&#233;rilla) &#224; tendance marxiste. Les FARC (Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie) et l'ELN (Arm&#233;e de lib&#233;ration nationale) ont pour objectif de renverser l'&#201;tat, contr&#244;l&#233; par l'oligarchie nationale, et d'instaurer un r&#233;gime &#224; tendance socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de contrer l'avanc&#233;e de la gu&#233;rilla, l'&#201;tat en est venu &#224; d&#233;cr&#233;ter des r&#232;glements sp&#233;ciaux permettant &#224; l'arm&#233;e de constituer des groupes de &#171; civils arm&#233;s &#187; ou paramilitaires, aujourd'hui connus sous le nom de &#171; AUC &#187; (Autod&#233;fenses Unies de Colombie)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Calvo Ospina, &#171; Un mariage de convenance sanguinaire : les paramilitaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a donc essentiellement que deux types d'acteurs dans le conflit arm&#233; colombien : d'un c&#244;t&#233; la gu&#233;rilla (FARC, ELN), et de l'autre l'&#201;tat avec ses forces r&#233;guli&#232;res et irr&#233;guli&#232;res, soit l'arm&#233;e colombienne et son bras clandestin, les groupes paramilitaires (AUC). Ces derniers sont financ&#233;s par les grands propri&#233;taires terriens, certains secteurs du pouvoir politique, le trafic de drogue, ainsi que par diverses compagnies colombiennes et &#233;trang&#232;res. Le pouvoir corrupteur des trafiquants de drogue a permis en outre d'acheter le silence, la protection et l'impunit&#233; des militaires. Ce qui fait que les groupes paramilitaires sont responsables, &#224; plus de 70 %, des morts et victimes g&#233;n&#233;r&#233;es par ce conflit. Et ils sont les principaux assassins de la population civile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Pour en finir avec le poisson, il faut ass&#233;cher l'eau &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 2002, M. Alvaro Uribe Velez acc&#232;de &#224; la pr&#233;sidence avec 53 % des voix. C'est un grand propri&#233;taire terrien de la r&#233;gion d'Antioquia, connu pour ses liens avec les trafiquants de drogue du Cartel de Medellin ainsi qu'avec les groupes paramilitaires colombiens. C'est d'ailleurs le chef politique des AUC, Carlos Castano qui l'affirme dans son livre : Uribe est &#171; &lt;i&gt;l'homme le plus proche de notre philosophie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mi Confesi&#243;n. Carlos Castano revela sus secretos.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les politiques &#171; d'&#201;tat communautaire &#187; et de &#171; S&#233;curit&#233; d&#233;mocratique &#187; concoct&#233;es par le Pr&#233;sident Uribe V&#233;lez, les citoyens colombiens ont des &#171; devoirs &#187; quant &#224; la s&#233;curit&#233; publique. Ce qui veut dire que tout citoyen refusant de collaborer ou de participer directement ou indirectement aux activit&#233;s militaires de la force publique sera consid&#233;r&#233; &#171; suspect &#187;, et pr&#233;sum&#233; &#234;tre un auxiliaire de la gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie paramilitaire de l'&#201;tat colombien est organis&#233;e autour de la m&#233;taphore &#171; de l'eau et du poisson &#187; d&#233;velopp&#233;e dans les manuels militaires latino-am&#233;ricains de la guerre de basse intensit&#233;. Pour en finir avec le poisson (la gu&#233;rilla), on doit d'abord ass&#233;cher l'eau (la population civile). En Colombie, la r&#233;alit&#233; de tous les jours nous fait d&#233;couvrir une guerre men&#233;e par l'&#201;tat contre les populations civiles, ces derni&#232;res &#233;tant consid&#233;r&#233;es comme une source potentielle d'appui aux organisations arm&#233;es rebelles comme les FARC et l'ELN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la politique de &#171; l'&#201;tat communautaire &#187; se cache aussi la volont&#233; de cr&#233;er un corps de 250 000 &#171; soldats-paysans &#187; et un &#171; r&#233;seau d'un million d'informateurs &#187;, g&#233;n&#233;rant l'implication croissante de la population civile dans les hostilit&#233;s. Le principe du &#171; soldat-paysan &#187; est de donner trois mois d'entra&#238;nement militaire aux membres des communaut&#233;s rurales qui retourneront ensuite vivre dans leur village avec une arme et un uniforme. Dans une logique de guerre, aucune politique n'est plus perverse : le &#171; soldat-paysan &#187; tout comme &#171; l'informateur &#187; ne peuvent plus &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme neutres, puisqu'ils collaborent activement avec un des camps en conflit, ce qui les convertit automatiquement en cible militaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En toute impunit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus inqui&#233;tant. Le 27 novembre 2002, le gouvernement d'Uribe Velez annon&#231;ait l'ouverture de &#171; n&#233;gociations &#187; avec les AUC. Le 15 juillet 2003, un accord pr&#233;liminaire &#233;tait sign&#233;, stipulant que les AUC seraient totalement d&#233;mobilis&#233;s d'ici 2005. Avec une cons&#233;quence non n&#233;gligeable : l'impunit&#233; totale accord&#233;e aux membres de ces groupes. En effet, qui dit d&#233;mobilisation des paramilitaires, dit leur amnistie et donc leur possible int&#233;gration dans les appareils l&#233;gaux de l'&#201;tat, les r&#233;seaux d'informateurs, les organisations de soldats-paysans, etc. De quoi laisser impunis les milliers de violations de droits humains et crimes contre l'humanit&#233; (d&#233;placements forc&#233;s, massacres, assassinats politiques, viols et tortures) perp&#233;tr&#233;s par les paramilitaires et les g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e colombienne. C'est la loi &#171; du pardon et de l'oubli &#187;. De plus, les chefs paramilitaires se feront probablement donner, en &#233;change de leur d&#233;mobilisation, des centaines d'hectares de terres fertiles, terres en fait vol&#233;es aux communaut&#233;s qu'ils ont d&#233;plac&#233;es. Ainsi cette &#171; n&#233;gociation &#187; du gouvernement avec les AUC m&#232;nera tout simplement &#224; la l&#233;galisation du &#171; paramilitarisme &#187; en Colombie et avec celle-ci la mort des aspirations &#224; la justice de milliers de familles touch&#233;es par ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Effondrement de l'&#201;tat de droit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bilan de la premi&#232;re ann&#233;e du gouvernement d'Uribe Velez quant &#224; la situation des droits humains est tr&#232;s sombre. Entre ao&#251;t 2002 et juin 2003, 231 personnes ont &#233;t&#233; victimes de graves violations de leurs droits pour leurs activit&#233;s syndicales ; 92 syndicalistes ainsi que 50 leaders autochtones ont &#233;t&#233; assassin&#233;s ; en moyenne 5 d&#233;fenseurs de droits humains par mois sont victimes d'attaques et de menaces, et on a enregistr&#233; un total de 831 d&#233;tentions arbitraires sans mandat judiciaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Banco de Datos de Derechos Humanos y Violencia Politica de Justicia y Paz (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pendant ce temps, le Pr&#233;sident Uribe accuse les ONG des droits humains d'&#234;tre &#171; des trafiquants de droits humains au service du terrorisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; El presidente de la Rep&#250;blica Alvaro Uribe Velez ataca a las ONG de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'en Colombie la d&#233;mocratie et l'&#201;tat de droit s'effondrent &#224; vue d'oeil, les pays du G-8 ont f&#233;licit&#233; le pr&#233;sident Uribe pour sa lutte exemplaire au terrorisme, et les &#201;tats-Unis vont de l'avant avec le Plan Colombie, formalis&#233; en 2000. Son but officiel est la lutte contre le trafic de drogue, mais en r&#233;alit&#233; il ne sert qu'&#224; camoufler l'implication am&#233;ricaine dans le conflit politique colombien. Pr&#232;s de 2,2 milliards de dollars ont &#233;t&#233; accord&#233;s par les &#201;tats-Unis dans le cadre de ce plan, faisant de la Colombie le troisi&#232;me plus important b&#233;n&#233;ficiaire de l'aide financi&#232;re des &#201;tats-Unis, apr&#232;s Isra&#235;l et l'&#201;gypte. Tout cet argent est directement destin&#233; &#224; l'entra&#238;nement militaire et &#224; l'achat d'armement, alors que la mis&#232;re de larges secteurs de la population ne cesse de s'accro&#238;tre. Les &#201;tats-Unis sont complices d'un v&#233;ritable g&#233;nocide social et politique : des armes, c'est ce dont la Colombie a le moins besoin !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec la commission &#171; Justice et Paix &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Durant les six mois de mon s&#233;jour en Colombie, j'ai travaill&#233; avec l'organisation colombienne de droits humains Justice et paix (Comision Intereclesial Justicia y Paz), qui accompagne les communaut&#233;s paysannes victimes de d&#233;placements forc&#233;s. J'&#233;tais dans le d&#233;partement du Choco, vivant aupr&#232;s de communaut&#233;s afro-colombiennes aux abords des rivi&#232;res Jiguamiando et Cacarica. Le Choco est une r&#233;gion tr&#232;s isol&#233;e, compos&#233;e d'une immense for&#234;t tropicale humide travers&#233;e par le grand fleuve Atrato. La for&#234;t du Choco poss&#232;de le plus haut taux de biodiversit&#233; au m&#232;tre carr&#233; au monde et on y retrouve une grande quantit&#233; de richesses naturelles. Des centaines de communaut&#233;s &#8211; d'origine africaine, autochtone et m&#233;tisse &#8211; habitaient jadis le long des dizaines de rivi&#232;res qui s'&#233;coulent vers le fleuve Atrato.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1997, le G&#233;n&#233;ral Rito Alejo del Rio Rojas de la 17e Brigade, invoquant la pr&#233;sence de la gu&#233;rilla de la FARC dans la r&#233;gion, y lance une op&#233;ration militaire d'envergure nomm&#233;e &#171; &lt;i&gt;Operaci&#243;n G&#233;nesis&lt;/i&gt; &#187;. Simultan&#233;ment, alors que des h&#233;licopt&#232;res de l'arm&#233;e bombardaient toute la r&#233;gion, des groupes paramilitaires faisaient des incursions au sol dans les villages, ordonnant aux gens de quitter le territoire, tuant, violant, massacrant et br&#251;lant les maisons. Les communaut&#233;s du fleuve du Jiguamiando et celles du Cacarica faisaient partie de ces centaines de communaut&#233;s qui ont ainsi d&#251; fuir leurs villages. Aujourd'hui, 7 ans plus tard, tous les crimes commis lors de &#171; l'Operaci&#243;n G&#233;nesis &#187; restent impunis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des populations civiles en r&#233;sistance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e 2000, ces communaut&#233;s sont revenues sur leurs terres ancestrales. Elles vivent dans ce qu'on appelle des &#171; zones humanitaires &#187;, plusieurs communaut&#233;s se regroupant dans un grand village g&#233;ographiquement bien d&#233;limit&#233;. Cela leur permet d'appara&#238;tre, au milieu de ce conflit arm&#233;, comme &#171; population civile en r&#233;sistance &#187;, et de s'opposer aux tentatives de l'&#201;tat de leur voler leurs terres et d'y r&#233;aliser des m&#233;gas projets destructeurs. Ces communaut&#233;s r&#233;clament le droit &#224; la vie, au territoire, &#224; l'autod&#233;termination et &#224; la dignit&#233;. Elles veulent pouvoir continuer &#224; pratiquer l'agriculture de subsistance, refusant de devenir les esclaves salari&#233;s de grandes compagnies. Il y a actuellement 1500 hectares de palme africaine sem&#233;s ill&#233;galement par la compagnie &lt;i&gt;Urapalma&lt;/i&gt; sur le territoire collectif des communaut&#233;s du Jiguamiando, pendant que la compagnie &lt;i&gt;Maderas del Dari&#233;n&lt;/i&gt; fait des coupes de bois ill&#233;gales sur le territoire collectif des communaut&#233;s du Cacarica, le tout avec la silencieuse complicit&#233; de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;gion strat&#233;gique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lutte de ces communaut&#233;s ne sera pas facile. Dans le cadre du corridor &#233;conomique de la ZL&#201;A, le Choco est une r&#233;gion strat&#233;gique. L'autoroute panam&#233;ricaine doit la traverser et l'on y envisage la construction d'un deuxi&#232;me canal transoc&#233;anique &#233;quivalent &#224; celui de Panama, le canal &#171; Atrato-Truando &#187;. On voit bien comment la politique paramilitaire de l'&#201;tat colombien sert les vis&#233;es du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral. Il faut &#171; s&#233;curiser &#187; les r&#233;gions &#233;conomiquement strat&#233;giques, envoyer des groupes paramilitaires pour y faire le &#171; m&#233;nage &#187;, y &#244;ter les &#171; obstacles au commerce &#187;. Une fois ces milliers de paysans d&#233;plac&#233;s, d&#233;poss&#233;d&#233;s et terroris&#233;s, il ne restera plus qu'&#224; leur proposer du travail dans les nouvelles plantations agro-industrielles mises en place (par de grands monopoles financiers) sur les terres qu'on leur a vol&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une conf&#233;rence de presse organis&#233;e le 21 ao&#251;t &#224; Bogot&#225;, l'arm&#233;e a accus&#233; Justice et paix d'&#234;tre le bras politique de la FARC. Elle a aussi pr&#233;sent&#233; les &#171; zones humanitaires &#187; du Cacarica comme des &#171; camps de concentration &#187;. Montage m&#233;diatique destin&#233; &#224; d&#233;consid&#233;rer Justice et paix qui est impliqu&#233;e, en tant que partie civile, dans un processus p&#233;nal contre le G&#233;n&#233;ral Rito Alejo del Rio Rojas, soup&#231;onn&#233; lors de &#171; l'Op&#233;raci&#243;n G&#233;nesis &#187; d'&#234;tre responsable de plus de 200 crimes contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si cela doit leur co&#251;ter la vie, les communaut&#233;s du Jiguamiando et du Cacarica continuent &#224; se battre pour une vie digne. Comme plusieurs me l'ont confi&#233; : &#171; &lt;i&gt;Si nous devons tous mourir pour d&#233;fendre notre vie, notre dignit&#233; et notre territoire, alors qu'il en soit ainsi, mais il en restera toujours un pour raconter notre histoire&lt;/i&gt; (&#8230;) &#187;. Voil&#224; pourquoi la solidarit&#233; internationale est si importante : elle leur permet de sortir de l'ombre, de continuer &#224; exister, &#224; r&#233;sister !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.pasc.ca" class="spip_out"&gt;Projet accompagnement solidarit&#233; Colombie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Calvo Ospina, &#171; Un mariage de convenance sanguinaire : les paramilitaires au coeur du terrorisme d'&#201;tat colombien &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, Avril 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mi Confesi&#243;n. Carlos Castano revela sus secretos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Banco de Datos de Derechos Humanos y Violencia Politica de Justicia y Paz del CINEP,&lt;/i&gt; Bogota, Ao&#251;t 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; El presidente de la Rep&#250;blica Alvaro Uribe Velez ataca a las ONG de Derechos Humanos en Colombia, Texto del discurso de Alvaro Uribe en el que se refiere a las ONG &#187;, &lt;i&gt;El Tiempo&lt;/i&gt;, Septembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tania Hall&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Projet accompagnement solidarit&#233; Colombie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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