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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>40 ans apr&#232;s la R&#233;volution tranquille, pourquoi sommes-nous encore plus d&#233;pendants que jamais ?</title>
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		<dc:date>2008-07-31T13:24:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Luciano Benvenuto, Monique Moisan</dc:creator>


		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Benvenuto, Luciano </dc:subject>
		<dc:subject>Moisan, Monique </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paul Rose a consacr&#233; sa vie &#224; la lutte pour l'&#233;mancipation nationale et sociale du peuple qu&#233;b&#233;cois. Projet&#233; &#224; l'avant-sc&#232;ne lors des &#233;v&#232;nements d'Octobre 1970, prisonnier politique incarc&#233;r&#233; pendant douze ans, docteur en sociologie et syndicaliste actif, il partage avec nous son analyse de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. Bilan historique et perspectives d'avenir d'un militant de la gauche politique qu&#233;b&#233;coise. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; b&#226;bord ! &#8211; &#199;a fait plus de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Moisan-Monique-+" rel="tag"&gt;Moisan, Monique &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton41.jpg?1642092268' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;283&#034; height=&#034;203&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Paul Rose a consacr&#233; sa vie &#224; la lutte pour l'&#233;mancipation nationale et sociale du peuple qu&#233;b&#233;cois. Projet&#233; &#224; l'avant-sc&#232;ne lors des &#233;v&#232;nements d'Octobre 1970, prisonnier politique incarc&#233;r&#233; pendant douze ans, docteur en sociologie et syndicaliste actif, il partage avec nous son analyse de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. Bilan historique et perspectives d'avenir d'un militant de la gauche politique qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/strong&gt; &#8211; &#199;a fait plus de quarante ans qu'on parle d'ind&#233;pendance au Qu&#233;bec. Aujourd'hui pourtant, le Qu&#233;bec est plus d&#233;pendant &#233;conomiquement et politiquement qu'il ne l'&#233;tait avant les ann&#233;es 70. Qu'est-ce qui nous a men&#233;s dans ce cul-de-sac ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul Rose&lt;/strong&gt; &#8211; Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Depuis une trentaine d'ann&#233;es, ce sont les gens d'affaires qui ont pris le contr&#244;le du mod&#232;le politique. Dans les ann&#233;es soixante-dix, le grand bailleur de fonds &#233;tait l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois, &#233;tant donn&#233; l'absence de capital qu&#233;b&#233;cois important. Cela a produit &#171; l'ind&#233;pendance &#187; des gens d'affaires, le mod&#232;le Provigo, puis Qu&#233;bec inc... Des gens qui, avec l'argent de l'&#201;tat, se sont amass&#233; des fortunes &#233;normes. C'&#233;tait une esp&#232;ce de nationalisme, non pas &#233;conomique mais d'une forme plus restreinte encore, disons plut&#244;t un nationalisme d'affaires. Ces entreprises dites &#171; qu&#233;b&#233;coises &#187; ont ainsi couvert l'ensemble du territoire. Ce mod&#232;le Qu&#233;bec inc a &#233;t&#233; aujourd'hui, &#224; son tour, totalement r&#233;cup&#233;r&#233;, dans la majorit&#233; des cas par les capitaux am&#233;ricains : maintenant, Provigo c'est Loblaws. En r&#233;sum&#233;, le projet initial d'&#233;mancipation sociale et de lib&#233;ration nationale, tout ce projet populaire (il ne faut pas oublier que le PQ d'avant l'&#233;tapisme comptait plus de 300 000 membres), a pour ainsi dire &#233;t&#233; &#171; d&#233;vi&#233; &#187; par le gouvernement du Parti qu&#233;b&#233;cois qui l'a r&#233;cup&#233;r&#233;, avec des gens d'affaires naissants, en mettant de l'avant un &#171; capital national &#187;, qui n'&#233;tait &#171; national &#187; que de nom, mais qui par contre &#233;tait &#171; capitaliste &#187; dans tous les sens du terme. C'est le danger qui guette tous les projets populaires qui n'aboutissent pas, faute de moyens, faute d'autonomie. C'est un &#233;l&#233;ment central &#224; prendre en compte dans l'&#233;volution politique du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Comment expliquer que le PQ ait pu accaparer tout le discours sur la question nationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. R.&lt;/strong&gt; &#8211; Le projet initial de lib&#233;ration nationale et d'&#233;mancipation sociale &#233;tait un projet o&#249; ces deux aspects &#233;taient intimement li&#233;s. Je me souviens des d&#233;bats dans la gauche de la fin des ann&#233;es 60, &#224; savoir est-ce que l'ind&#233;pendance doit passer avant la d&#233;mocratie sociale ou vice versa. Finalement, cela a men&#233; &#224; deux mouvements s&#233;par&#233;s : d'une part des ind&#233;pendantistes pour lesquels la d&#233;mocratie sociale n'&#233;tait qu'un paravent et, d'autre part, des mouvements sociaux-d&#233;mocrates, socialistes ou marxistes qui se sont compl&#232;tement dissoci&#233;s de la question nationale, abandonnant au Parti qu&#233;b&#233;cois toute la question de l'oppression nationale et de son int&#233;gration dans le processus de l'&#233;mancipation globale d'un peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PQ d'aujourd'hui, sous l'emprise des gens d'affaires, s'est compl&#232;tement radicalis&#233; &#224; droite (eh oui, c'est encore possible de se &#171; radicaliser &#187; davantage &#224; droite !), tant dans le discours tr&#232;s libre-&#233;changiste que dans le reste des politiques sociales. Le PQ d'apr&#232;s l'&#233;tapisme et encore plus d'apr&#232;s le libre-&#233;change est devenu le gouvernement contemporain champion des coupes dans les affaires sociales, dans l'&#233;ducation, dans les revenus des travailleurs et travailleuses oeuvrant au secteur public, etc., etc. &#199;a, il ne faut pas l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur qu'on a pu faire dans la gauche, et aussi dans l'ensemble des gens qui militaient pour l'&#233;mancipation sociale, c'est de s'&#234;tre scind&#233; en deux, en laissant au Parti qu&#233;b&#233;cois le monopole du discours ind&#233;pendantiste, avec pour r&#233;sultats les r&#233;cup&#233;rations qu'on a vu s'op&#233;rer par l'&#233;tapisme et le libre-&#233;changisme. C'est pour &#231;a que je trouve important de revenir &#224; l'essentiel : il y a l'oppression nationale &#224; r&#233;gler, il y a l'&#233;mancipation sociale &#224; faire et un projet de soci&#233;t&#233; &#224; b&#226;tir autour de &#231;a, puisque tout est li&#233;. C'est ce seul projet-l&#224; qui a le m&#233;rite de pouvoir faire avancer la soci&#233;t&#233; sous ses aspects sociaux et nationaux de domination. Tout projet &#171; d&#233;croch&#233; &#187; de cette double r&#233;alit&#233; qu&#233;b&#233;coise, c'est-&#224;-dire de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue par 90 &#224; 95 % des gens qui constituent les classes populaires, est en quelque sorte condamn&#233; &#224; la schizophr&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est s&#251;r que quand on part de l'autre point de vue de la question nationale, de celui des gens d'affaires ou m&#234;me de la d&#233;mocratie sociale du point de vue du capital international, &#231;a n'a plus rien &#224; voir, c'est vider tous les projets &#233;mancipateurs de leur sens. L&#224;-dessus, le PQ n'aura pas &#233;t&#233; tellement diff&#233;rent des autres formations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir du Parti qu&#233;b&#233;cois en 1976, quels ont &#233;t&#233; les &#233;v&#233;nements d&#233;terminants qui nous ont men&#233;s &#224; la situation actuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. R.&lt;/strong&gt; &#8211; Si l'on regarde au plan strat&#233;gique, je l'ai &#233;voqu&#233; plus t&#244;t, je pense qu'il y a eu deux grandes coupures dans l'histoire. Il y a d'abord eu la coupure de &#171; l'&#233;tapisme &#187;, qui a &#233;t&#233; une premi&#232;re fa&#231;on de &#171; noyer le poisson &#187; sur toute la question de la souverainet&#233; et, en m&#234;me temps, de se servir de la souverainet&#233; pour banaliser toute la question de la d&#233;mocratie sociale. Le second grand mouvement, qui est venu compl&#233;ter le premier &#8211; les deux &#233;tant des strat&#233;gies anti-populaires allant en-de&#231;&#224; des int&#233;r&#234;ts de la population &#8211;, a &#233;t&#233; toute la question du libre-&#233;change. C'est quand m&#234;me assez curieux qu'un parti qui se disait souverainiste ait abouti, dans les deux cas, &#224; une marginalisation du Qu&#233;bec, &#224; une marginalisation de toute la question de la lib&#233;ration du peuple qu&#233;b&#233;cois. Car le libre-&#233;change, &#231;a veut dire c&#233;der au Fonds Mon&#233;taire International, aux diktats du FMI et de la Banque mondiale, tout le contr&#244;le de ce qui est important dans une soci&#233;t&#233; et, finalement, de se retrouver avec seulement des petits pouvoirs de police, de gestion des chicanes individuelles&#8230; Or, tous les grands projets collectifs sont historiquement d&#233;natur&#233;s de cette fa&#231;on-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Quelle voie peut-on emprunter aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. R.&lt;/strong&gt; &#8211; Je pense qu'il faut revenir au sens profond d'un v&#233;ritable projet d'&#233;mancipation sociale, d'un projet lib&#233;rateur. Il y aurait possibilit&#233; pour un peuple comme le n&#244;tre, en reprenant l'ensemble de ses r&#234;nes contre le capital financier international, en devenant ind&#233;pendant et social-d&#233;mocrate, c'est-&#224;-dire socialiste au sens profond du terme, de devenir un exemple, une norme, un rep&#232;re pour l'ensemble de la plan&#232;te, &#233;tant donn&#233; notre situation g&#233;ographique particuli&#232;re, de devenir donc un peuple lib&#233;r&#233; de ses cha&#238;nes en Am&#233;rique du Nord, au c&#339;ur m&#234;me du bastion, du chef-lieu du capitalisme. En ce sens, ce projet-l&#224; est majeur parce que situ&#233; dans le mouvement universel d'&#233;mancipation de la plan&#232;te. Il repose essentiellement sur un &#233;l&#233;ment profond d'engagement de l'&#234;tre humain. Il faut percevoir et voir les choses en fonction de l'ensemble de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur majeure du Parti qu&#233;b&#233;cois et de beaucoup d'autres gens en embarquant dans le libre-&#233;change, a &#233;t&#233; de tenir un double discours : ind&#233;pendantiste localement et, en m&#234;me temps, c&#233;dant aux int&#233;r&#234;ts de la mondialisation capitaliste. Ce n'est plus vraiment de la souverainet&#233; dont il est question, c'est en fait tout le contraire de la souverainet&#233;. Ce n'est pas un projet d'ind&#233;pendance, c'est un projet de d&#233;pendance. Voyez plut&#244;t l'implication militante de la jeunesse : &#231;a va beaucoup plus dans le sens de l'affirmation des pouvoirs locaux, toujours dans le sens de contrer cette mondialisation capitaliste dominante d'aujourd'hui, et de reprendre localement les pouvoirs ali&#233;n&#233;s de la population. Je pense que c'est dans ce cadre de la mondialisation des solidarit&#233;s, par la voie de la reprise en mains populaires des pouvoirs locaux (nationaux, r&#233;gionaux), que le projet qu&#233;b&#233;cois prend tout son sens et toute son actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233;, c'est beaucoup plus qu'une simple d&#233;claration &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Tout nous le d&#233;montre : comment peut-on arriver &#224; une souverainet&#233; qu&#233;b&#233;coise, &#224; une ind&#233;pendance qu&#233;b&#233;coise, &#224; un projet tr&#232;s &#233;mancipateur, tr&#232;s lib&#233;rateur aux plans social, &#233;conomique, environnemental et culturel, sans une r&#233;appropriation de nos pouvoirs politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec, comme partout ailleurs, au m&#234;me titre que la reprise en mains populaires des souverainet&#233;s nationales, c'est aller &#224; contre-courant de la mondialisation capitaliste et en limiter le pouvoir, c'est r&#233;tablir l'&#201;tat dans une position de d&#233;cision. Sans revenir &#224; l'&#233;poque o&#249; il s'agissait simplement d'&#201;tats nationaux, mais pour cr&#233;er une mondialisation des solidarit&#233;s, pour recr&#233;er un espace o&#249; les gens puissent se reprendre en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Comment arriver &#224; remobiliser les gens pour une carcasse vide ? Comment recr&#233;er l'engouement quand ce qui est propos&#233; par le PQ est d&#233;sormais vid&#233; de toute substance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. R.&lt;/strong&gt; &#8211; C'est pour &#231;a que &#231;a ne se fait pas. Tant qu'on en restera &#224; des termes qui ont &#233;t&#233; vid&#233;s de leur sens, on passera &#224; c&#244;t&#233;. Le Parti qu&#233;b&#233;cois s'est exclu, je dirais m&#234;me &#171; auto-exclu &#187;, en embarquant dans le libre-&#233;change. Le seul objectif du PQ au Sommet des Am&#233;riques &#224; Qu&#233;bec en 2001, c'&#233;tait d'avoir sa place dans le club s&#233;lect du jet-set international. On est tr&#232;s tr&#232;s loin de tout geste lib&#233;rateur. Le Parti qu&#233;b&#233;cois est devenu le parti &#171; d&#233;pendantiste &#187; des gens d'affaires, pas le parti ind&#233;pendantiste du peuple qu&#233;b&#233;cois. Il faut revenir &#224; l'essentiel, il faut que le projet mis de l'avant en soit vraiment un de lib&#233;ration nationale et d'&#233;mancipation sociale. Sinon, on retombe dans la m&#234;me schizophr&#233;nie que dans les ann&#233;es 70. Mais il ne faut pas refaire non plus l'erreur du PQ, qui n'a fait qu'une lutte &#171; nominale &#187; de souverainet&#233;. Il faut y mettre un contenu, un projet de soci&#233;t&#233;. Sans audace et sans courage politique pour renflouer le projet ind&#233;pendantiste, il est impossible de susciter chez la population qu&#233;b&#233;coise un engouement capable de cr&#233;er le pays du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;marche, la mise en place d'une formation politique ind&#233;pendantiste populaire autonome telle l'UFP, qui regroupe plusieurs tendances de la gauche qu&#233;b&#233;coise, est un pas historique marquant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Luciano Benvenuto&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Monique Moisan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le retour des petits pains</title>
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		<dc:date>2008-07-14T13:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ga&#233;tan Breton</dc:creator>


		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Breton, Ga&#233;tan </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Qu&#233;b&#233;coises furent longtemps rel&#233;gu&#233;es aux professions lib&#233;rales par une &#201;glise jalouse de son contr&#244;le : &#171; Or mes fr&#232;res, (&#8230;) ce sacerdoce social, r&#233;serv&#233; aux peuples d'&#233;lite, nous avons le privil&#232;ge d'en &#234;tre investis ; cette vocation religieuse et civilisatrice, c'est, je n'en puis douter, la vocation propre, la vocation sp&#233;ciale de la race fran&#231;aise en Am&#233;rique. Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des id&#233;es ; elle consiste moins &#224; allumer le feu des usines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les Qu&#233;b&#233;coises furent longtemps rel&#233;gu&#233;es aux professions lib&#233;rales par une &#201;glise jalouse de son contr&#244;le : &#171; &lt;i&gt;Or mes fr&#232;res, (&#8230;) ce sacerdoce social, r&#233;serv&#233; aux peuples d'&#233;lite, nous avons le privil&#232;ge d'en &#234;tre investis ; cette vocation religieuse et civilisatrice, c'est, je n'en puis douter, la vocation propre, la vocation sp&#233;ciale de la race fran&#231;aise en Am&#233;rique. Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des id&#233;es ; elle consiste moins &#224; allumer le feu des usines qu'&#224; entretenir et &#224; faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pens&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Mgr Paquet exprime d&#233;j&#224; en 1902 l'esprit qui devait pr&#233;sider au d&#233;veloppement de nos institutions &#233;conomiques jusqu'en 1960. Laissons l'&#233;conomie aux mains sales des races inf&#233;rieures, bien que riches, et manions &#171; prudemment &#187; des id&#233;es ayant re&#231;u l'imprimatur et sentant la vieille soutane &#224; plein nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, en 1960, le Qu&#233;bec avait une structure industrielle de tiers-monde ; une &#233;conomie locale presque enti&#232;rement ax&#233;e sur l'agriculture, pendant que de grandes entreprises &#233;trang&#232;res sortaient les mati&#232;res premi&#232;res &#224; la tonne, pour presque rien, avec la complicit&#233; des r&#233;gimes corrompus qui se maintenaient au pouvoir gr&#226;ce au soutien de ces entreprises et au d&#233;tournement massif des fonds de l'&#201;tat. Les &#171; Canadiens-fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons que l'utilisation douteuse de l'expression &#171; canadiens-fran&#231;ais &#187; ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; sont alors des porteurs d'eau chez eux. La Commission Laurendeau-Danton concluait : &#171; &lt;i&gt;Il ressort de notre &#233;tude sur les aspects sociaux et &#233;conomiques de la vie au Canada (d'apr&#232;s le recensement de 1961), que les Canadiens d'origine fran&#231;aise et ceux d'origine britannique ne sont pas des partenaires &#233;gaux. Selon toutes les mesures statistiques que nous avons appliqu&#233;es, les Canadiens d'origine fran&#231;aise se classent beaucoup plus bas dans l'&#233;chelle socio-&#233;conomique. Ils sont moins bien repr&#233;sent&#233;s dans les postes d'influence et d'autorit&#233;, ne poss&#232;dent qu'une part r&#233;duite de la propri&#233;t&#233; des entreprises et ont moins facilement acc&#232;s aux fruits de la technologie. Les emplois qu'ils occupent assurent moins de prestige et sont moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; De plus, comme le clamait le Refus global, ils avaient &#233;t&#233; gard&#233;s en retrait des grands courants de la pens&#233;e mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1960, le Qu&#233;bec a une &#233;conomie &#224; construire et une longue tradition de d&#233;pendance. &#192; cette &#233;poque, les &#171; Canadiens-fran&#231;ais &#187; poss&#233;daient 15,4 % des entreprises mais ne produisaient que 10,0 % de la valeur ajout&#233;e. C'est dire que ces entreprises &#233;taient technologiquement d&#233;cal&#233;es et g&#233;r&#233;es d'une mani&#232;re familiale et paternaliste. Il faut alors trouver les moyens de montrer que les &#171; Canadiens-fran&#231;ais &#187; sont capables de faire des affaires avec succ&#232;s. Deux voies sont apparues comme les plus propices pour r&#233;ussir ce virage industriel : la nationalisation d'une certaine quantit&#233; de ressources strat&#233;giques et l'utilisation de l'&#201;tat pour la mise en place d'une classe d'entrepreneurs canadienne-fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation de l'&#233;lectricit&#233; a &#233;t&#233; le ressort principal ayant propuls&#233; les hommes d'affaires canadiens-fran&#231;ais dans le monde des affaires. La tr&#232;s grande entreprise (&#224; l'&#233;chelle du Qu&#233;bec) qui a r&#233;sult&#233; de cette nationalisation a permis aux Qu&#233;b&#233;coises de faire valoir leurs capacit&#233;s tant de gestionnaires que de concepteurs de nouvelles technologies et de b&#226;tisseurs de travaux gigantesques. Appuy&#233;es sur une effervescence sociale, les grandes entreprises install&#233;es au Qu&#233;bec se sont mises &#224; inclure des Qu&#233;b&#233;cois francophones sur leurs conseils d'administration. Ce qui n'&#233;tait d'abord qu'un geste symbolique s'est vite transform&#233; en int&#233;gration r&#233;ussie. De plus, entre 1960 et 1990, la propri&#233;t&#233; des entreprises entre les mains des &#171; Canadiens-fran&#231;ais &#187; passe de 15 % &#224; 65 %. Cette &#233;poque voit aussi na&#238;tre des organismes &#233;tatiques de financement des activit&#233;s priv&#233;es (SGF, Caisse de d&#233;p&#244;t, REXFOR, etc.) qui se chargent du volet cr&#233;ation d'une bourgeoisie d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 2001, la splendeur de Qu&#233;bec Inc. est chose du pass&#233; : les &#171; Canadiens-fran&#231;ais &#187; ne contr&#244;laient plus que 39 des 100 plus grandes entreprises et 42,5 % des 200 plus grandes. Bien que ce taux augmente plus on va vers les petites entreprises, la mainmise sur l'&#233;conomie nationale semble diminuer. De plus, ces grandes entreprises, comme Bombardier, d&#233;localisent de plus en plus leurs activit&#233;s vers des pays qui exploitent mieux (sic) leurs ressources humaines (re-sic), laissant ici des coquilles presque vides. Bref, les entrepreneurs qui se sont construits des empires les mains dans les coffres de l'&#201;tat ont quitt&#233; le navire. La mort du projet &#171; Qu&#233;bec Inc. &#187; cr&#233;e un vacuum politique du c&#244;t&#233; de l'affirmation des &#233;lites &#233;conomiques sur une base nationaliste. Ceux qui se sont b&#226;tis des fortunes &#224; partir des fonds publics, soutenus par l'&#201;tat, sont partis avec la caisse et ne s'int&#233;ressent plus &#224; l'affirmation nationale. Hydro-Qu&#233;bec, fleuron de notre &#233;conomie, est d&#233;mantel&#233;e tranquillement et sert de vache &#224; lait au gouvernement au lieu de respecter son mandat de base qui &#233;tait, avant manipulation, de fournir l'&#233;lectricit&#233; aux Qu&#233;b&#233;coises au meilleur co&#251;t possible, non pas de faire payer les clients captifs qu&#233;b&#233;cois pour jouer les hommes d'affaires internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Qu&#233;bec est un petit march&#233; et pas seulement pour les sports. Autrement dit, si on laisse les lois des march&#233;s jouer librement (en faisant comme si il existait des march&#233;s), le Qu&#233;bec n'est pas un endroit int&#233;ressant pour vendre. La r&#233;gion de Montr&#233;al conna&#238;t une certaine concentration de population, mais dans le reste du Qu&#233;bec, l'occupation du territoire est bien dispers&#233;e. Pour ces raisons, le d&#233;veloppement du Qu&#233;bec a &#233;t&#233; ax&#233; sur les &#233;normes quantit&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res que nous avions. Sur ce plan, nous &#233;tions vraiment des n&#232;gres blancs d'Am&#233;rique et notre niveau de vie d&#233;pendait exclusivement de l'&#233;norme quantit&#233; de ressources dont nous disposions, de notre proximit&#233; avec les &#201;tats-Unis et aussi, il faut bien le dire, de cette blancheur qui changeait tout. Cependant, comme dans une &#233;conomie de tiers-monde, nous n'avons &#224; peu pr&#232;s pas d&#233;velopp&#233; d'industrie de transformation dite &#224; haute valeur ajout&#233;e, ce qu'auraient pu faire les chercheurs d'Hydro si on ne s'&#233;tait pas ing&#233;ni&#233; &#224; faire dispara&#238;tre leurs inventions. Au moment o&#249; le co&#251;t et la longueur du transport ne comptent plus et o&#249; les Am&#233;ricains peuvent aller chercher ces ressources au Chili ou en Afrique, et aussi au moment o&#249; de plus en plus de mati&#232;re premi&#232;re recycl&#233;e entre dans la fabrication de nouveaux produits, nos perspectives &#233;conomiques s'assombrissent. Notre politique foresti&#232;re, d'une incurie ph&#233;nom&#233;nale, a fait reculer de plus en plus nos for&#234;ts exploitables, diminuant ainsi la taille des arbres &#224; couper et ajoutant des co&#251;ts de transport importants. Pendant ce temps, le papier &#224; recycler pour en faire du nouveau se trouve bien mieux &#224; New York qu'en Abitibi. Quand la portion de recycl&#233; atteint les 50 %, les usines n'ont plus de raison de se trouver chez nous, surtout quand le bois devient rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus, il faut ajouter que les march&#233;s n'existent pas ailleurs que dans les discours des &#233;conomistes, des hommes d'affaires et des politiciens. La situation &#233;conomique qui aurait pu, dans les ann&#233;es soixante et m&#234;me soixante-dix, mener &#224; la souverainet&#233; s'est maintenant largement compliqu&#233;e. L'incertitude &#233;conomique r&#232;gne en ma&#238;tre. Partout dans le monde occidental, alors que les mesures de richesse cr&#232;vent &#224; chaque ann&#233;e des plafonds historiques, des pans entiers de la population basculent dans la pauvret&#233;. Alors que les profits atteignent des sommets, les salaires reculent et les revenus r&#233;els des familles r&#233;gressent au niveau d'il y a plusieurs d&#233;cennies. Cette incertitude &#233;conomique li&#233;e &#224; la difficult&#233; de trouver &#224; s'employer, cr&#233;e une angoisse r&#233;elle face &#224; l'avenir peu am&#232;ne &#224; susciter des vell&#233;it&#233;s de changements drastiques. Or, les peurs &#233;conomiques, exprim&#233;es grossi&#232;rement, comme dans le d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre &#171; coup de la Brinks &#187;, ou dans la menace d'une r&#233;cession, refroidissent les ardeurs de ceux qui h&#233;sitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le beau r&#234;ve &#233;conomique &#233;vanoui et que les profiteurs de Qu&#233;bec Inc. soient partis avec la caisse de l'&#201;tat, on nous propose l'&#233;conomie sociale comme solution. L'&#233;conomie sociale consiste &#224; accepter qu'une fois que les riches sont partis avec l'argent, nous devons nous partager la pauvret&#233;, les emplois pr&#233;caires et mal pay&#233;s dans des conditions qui auraient paru inacceptables il y a seulement vingt ans. Il est difficile d'imaginer que le Qu&#233;bec puisse se tirer d'affaire dans un syst&#232;me de libre &#233;change sous le contr&#244;le absolu des Am&#233;ricains avec une structure industrielle d&#233;ficiente et des gouvernements de plus en plus orient&#233;s vers les politiques am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut probablement retenir des ann&#233;es soixante est le r&#244;le essentiel de l'&#201;tat dans une &#233;conomie de la taille de la n&#244;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons que l'utilisation douteuse de l'expression &#171; canadiens-fran&#231;ais &#187; ne se veut pas une exclusion de tous les autres groupes ethniques qui sont venus enrichir le tissu social du Qu&#233;bec. Ils doivent bien l'avoir enrichi, puisque les &#171; canadiens-fran&#231;ais &#187; figuraient &#224; la queue du peloton en 1960, ayant les moins bons emplois, les moins bien pay&#233;s. Alors, loin de nous la vell&#233;it&#233; de laisser croire qu'il faut &#234;tre tricot&#233; serr&#233; pour avoir le droit de vivre au Qu&#233;bec, en fait, en 1960 les mailles &#233;taient tellement rel&#226;ch&#233;es qu'aucun nouvel arrivant n'aurait voulu s'associer (loin de s'assimiler et ainsi perdre la merveilleuse richesse de leur h&#233;ritage culturel) &#224; un peuple de perdants et d'exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ga&#233;tan Breton&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;cole qui ne d&#233;colle pas</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-ecole-qui-ne-decolle-pas</link>
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		<dc:date>2008-07-13T13:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

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&lt;p&gt;Le syst&#232;me scolaire existant au Qu&#233;bec &#224; la fin des ann&#233;es cinquante du XXe si&#232;cle est le produit d'une longue &#233;volution dont les historiens s'accordent en g&#233;n&#233;ral pour situer le point tournant dans la R&#233;bellion de 1837-1838. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; compter de ces dates se mettent en effet progressivement en place, sous l'&#233;gide de l'&#201;glise, un syst&#232;me scolaire et une conception de l'&#233;ducation o&#249; s'incarne une triple vis&#233;e &#8211; &#224; la fois religieuse (la promotion d'un catholicisme fr&#244;lant l'ultramontanisme), (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Qu-est-le-Quebec-devenu-" rel="directory"&gt;Dossier : Qu'est le Qu&#233;bec devenu ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baillargeon-Normand-+" rel="tag"&gt;Baillargeon, Normand &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton43.jpg?1642092268' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;312&#034; height=&#034;208&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le syst&#232;me scolaire existant au Qu&#233;bec &#224; la fin des ann&#233;es cinquante du XXe si&#232;cle est le produit d'une longue &#233;volution dont les historiens s'accordent en g&#233;n&#233;ral pour situer le point tournant dans la R&#233;bellion de 1837-1838.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; compter de ces dates se mettent en effet progressivement en place, sous l'&#233;gide de l'&#201;glise, un syst&#232;me scolaire et une conception de l'&#233;ducation o&#249; s'incarne une triple vis&#233;e &#8211; &#224; la fois religieuse (la promotion d'un catholicisme fr&#244;lant l'ultramontanisme), linguistique (la pr&#233;servation du fait francophone) et politique (la d&#233;fense d'un nationalisme conservateur et plut&#244;t hostile au lib&#233;ralisme incarn&#233; par la bourgeoisie anglophone).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fonctionnalisme de la r&#233;forme des ann&#233;es 60&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Tranquille marque un moment de rupture avec ce syst&#232;me, alors &#224; bout de souffle et dont l'incapacit&#233; &#224; satisfaire les nouvelles exigences sociales, culturelles, politiques et &#233;conomiques qui se font jour de toutes parts est encore exacerb&#233;e par une forte croissance d&#233;mographique. L'extraordinaire pr&#233;valence de la question de l'&#233;ducation dans les d&#233;bats sociaux et politiques d'alors t&#233;moigne de son importance dans l'opinion publique tout au long de cette p&#233;riode : elle est sans doute in&#233;gal&#233;e. Bien vite, le caract&#232;re administrativement &#233;clat&#233; du syst&#232;me, son &#233;litisme, son sexisme, son confessionnalisme et son inad&#233;quation &#224; une soci&#233;t&#233; industrialis&#233;e et urbanis&#233;e deviennent &#233;minemment probl&#233;matiques, voire inacceptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;Grande charte de l'&#233;ducation&lt;/i&gt; de 1961 annonce quelques-unes des grandes orientations des transformations &#224; venir : fr&#233;quentation scolaire obligatoire jusqu'&#224; l'&#226;ge de 15 (puis 16) ans, d&#233;mocratisation et accessibilit&#233; de l'enseignement, &#233;galit&#233; des chances, prise en charge keyn&#233;sienne par l'&#201;tat de la mission d'&#233;ducation, r&#233;ponse par l'&#233;ducation aux exigences de qualification de la nouvelle donne &#233;conomique &#8211; tout cela se d&#233;ployant dans un contexte de formidable explosion des effectifs scolaires. La Commission Parent entreprend ses travaux dans ce contexte : ils conduiront, comme on sait, &#224; la cr&#233;ation du minist&#232;re de l'&#201;ducation (&lt;i&gt;Bill 60&lt;/i&gt;, 1964) qui demeure un symbole de l'entr&#233;e du Qu&#233;bec dans la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, on aper&#231;oit toutefois mieux, au sein de cet imposant bouillonnement d'id&#233;es et de r&#233;alisations dont un bon nombre demeurent valables et justes, la conjugaison de deux conceptions probl&#233;matiques de la nature et des fonctions de l'&#233;ducation : elles vont, comme on va le voir, lourdement peser sur l'avenir. Toutes deux peuvent commod&#233;ment &#234;tre dites fonctionnalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est sociologique : on tient ici l'&#233;ducation pour un instrument tout &#224; la fois de reproduction et de distinction sociales qui tirerait sa l&#233;gitimit&#233; du principe m&#233;ritocratique qui l'anime. La deuxi&#232;me est &#233;conomique et elle est formul&#233;e sous l'influence des th&#233;ories du capital humain, qui viennent d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;es : on tient ici l'&#233;ducation pour un investissement dont l'int&#233;r&#234;t tient &#224; sa rentabilit&#233;, laquelle est pr&#233;cis&#233;ment mesurable tant pour le d&#233;veloppement &#233;conomique de la collectivit&#233; que pour la prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle de l'individu &#8211; le slogan de l'&#233;poque est d'ailleurs, et tr&#232;s significativement : &#171; &lt;i&gt;Qui s'instruit s'enrichit&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;preuve du temps : des aveuglements de la gauche au philistinisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#233;ducation au Qu&#233;bec, &#224; compter de 1964, sera, dans une substantielle mesure, celle du destin de ces deux id&#233;es, de ce qu'elles mettent de l'avant comme de ce qu'elles interdisent de penser. Au premier rang de ces interdits, ceci, &#224; quoi ni les th&#232;ses de la reproduction sociale ni celles de l'utilitarisme &#233;conomique ne permettent de rendre justice : si la scolarisation peut &#234;tre un concept et une pratique extr&#234;mement larges, elle implique que s'y r&#233;alise de l'&#233;ducation, laquelle est n&#233;cessairement affaire de formation de l'esprit par la transmission de savoirs ayant valeur intrins&#232;que (c'est-&#224;-dire non instrumentale) et visant &#224; assurer l'autonomie de la personne &#233;duqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70 vont rapidement faire la d&#233;monstration de la facilit&#233; avec laquelle peut s'oublier ce qu'est l'&#233;ducation. Durant cette d&#233;cennie, on put en effet d&#233;montrer avec force les limites des th&#232;ses fonctionnalistes, d'une part en sociologie &#224; l'aide de sch&#233;mas inspir&#233;s de Marx et de Bourdieu, d'autre part en &#233;conomie, avec les th&#233;ories dites du &#171; filtre &#187;. Mais ces analyses en rest&#232;rent &#224; un double constat : celui de l'injustice d'un syst&#232;me (reproduisant les in&#233;galit&#233;s de d&#233;part et assurant la transmission du capital culturel) et celui du mensonge de sa pr&#233;tendue neutralit&#233; ; mais elles s'av&#233;r&#232;rent incapables de pr&#233;ciser, parce qu'incapables de le cerner, ce qu'il convenait d&#232;s lors de faire pour pr&#233;server et promouvoir une &#233;ducation digne de ce nom, tant il &#233;tait entendu que la culture &#233;tait bourgeoise, l'&#233;ducation mensong&#232;re et ali&#233;nante, la science oppressive et ainsi de suite. La r&#233;sultante nette de ces travaux sera de laisser au conservatisme et aux managers le monopole d'un discours relativement cr&#233;dible sur l'&#233;ducation et, dans l'opinion, une assimilation souvent fond&#233;e entre la gauche p&#233;dagogique et un anti-intellectualisme de ressentiment qui finit scandaleusement par d&#233;nier l'&#233;ducation &#224; ceux-l&#224; m&#234;me qui en sont le plus priv&#233;s. Disons-le : la gauche a ici un tr&#232;s s&#233;rieux examen de conscience &#224; accomplir et tout reste &#224; faire sur ce plan puisque jamais ce travail ne fut m&#234;me amorc&#233;. Ici encore, il nous manque, plus que tout, un programme positif pour faire suite &#224; la n&#233;cessaire d&#233;nonciation du syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autres questions vont bien vite s'imposer, urgentes et incontournables. D'abord celle du pluralisme, sur laquelle je ne pourrai m'attarder ici. Mais aussi, &#224; compter des ann&#233;es 80, les philistins vont effectuer un retour en force &#224; la faveur de la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme et du n&#233;oconservatisme. Le syst&#232;me d'&#233;ducation devient d&#232;s lors un bien pr&#233;cieux parce que rentable &#233;conomiquement : les institutions dominantes vont donc s'en emparer. &#192; compter de ce moment, la mondialisation de l'&#233;conomie devient pr&#233;texte &#224; toutes les d&#233;rives et cela dans le m&#234;me moment o&#249; la multiplication de certains dipl&#244;mes ne se fait plus qu'&#224; proportion de leur d&#233;valorisation aussi bien symbolique qu'&#233;conomique. La p&#233;n&#233;tration de l'id&#233;ologie n&#233;oconservatrice et n&#233;olib&#233;rale dans le monde de l'&#233;ducation, du primaire &#224; l'universit&#233;, prit alors &#8211; et continue de prendre &#8211; deux avenues privil&#233;gi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est celle de la pr&#233;paration id&#233;ologique, qu'annon&#231;ait le fonctionnalisme sociologique ; la deuxi&#232;me, l'adaptation fonctionnelle &#224; l'&#233;conomie, que les th&#233;ories du capital humain laissaient pr&#233;sager. Les diverses formes de pr&#233;paration &#224; ce qu'au minist&#232;re de l'&#233;ducation on appelle en ce moment la &#171; culture entrepreneuriale &#187; (sic !) , toutes ces formes d'&#233;ducation &#224; la citoyennet&#233;, &#224; l'environnement et ainsi de suite sont la parfaite illustration de la premi&#232;re d&#233;rive, celle o&#249; l'endoctrinement est donn&#233; pour de l'&#233;ducation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'endoctrinement est le contraire de l'&#233;ducation. C'est la transmission de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; par ailleurs, l'actuelle insistance sur le d&#233;veloppement de &#171; comp&#233;tences &#187; adapt&#233;es au march&#233; de l'emploi et toutes les formes d'apprentissage et de formation professionnelle atomis&#233;e sont l'illustration de la deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut remarquer ici la relative facilit&#233; avec laquelle s'est accompli cet assaut contre le service public et contre le modeste projet de justice sociale qu'il a pu porter et nous interroger sur ce que cela nous enseigne. Certes, les principes fonctionnalistes &#233;voqu&#233;s plus haut laissaient en partie pr&#233;sager ce qui s'est pass&#233; ; mais il convient d'y ajouter ce qu'il faut bien appeler la complicit&#233;, au mieux involontaire, de l'intelligentsia en g&#233;n&#233;ral et de celle de l'&#233;ducation en particulier, incapable de s'opposer au projet des institutions dominantes faute de savoir clairement quoi y opposer, c'est-&#224;-dire, un fois encore, faute d'une id&#233;e claire de ce qu'est l'&#233;ducation et de ce que cela implique. L'ampleur de la catastrophe sur ces plans sautera aux yeux de quiconque prendra le temps d'examiner ce qui passe d&#233;sormais pour de la pens&#233;e dans les facult&#233;s de sciences (sic) de l'&#233;ducation ou au minist&#232;re du m&#234;me nom, sur ce qui en ces lieux se donne pour des cours, de la culture ou du savoir, comme elle appara&#238;tra aussi &#224; quiconque, instruit pour en juger, jetterait un &#339;il m&#234;me distrait sur le courant &#171; th&#233;orique &#187; qui y est en ce moment dominant, le constructivisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Repenser l'&#233;ducation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a quarante ans, une g&#233;n&#233;ration affrontait le d&#233;fi immense de concevoir et d'instituer un syst&#232;me public d'&#233;ducation. La t&#226;che qui attend en ce moment une gauche minimalement s&#233;rieuse et cr&#233;dible est aussi importante : rappeler ce qu'est l'&#233;ducation dans un monde qui ne veut plus gu&#232;re le savoir et faire la preuve de sa possibilit&#233; et de sa d&#233;sirabilit&#233; ; repenser son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; l'&#233;conomie et montrer que si elle est un &#233;l&#233;ment important d'un projet de justice sociale et &#233;conomique, c'est &#224; condition que l'on adapte plus la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie &#224; l'&#233;ducation convenablement d&#233;finie que l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'ampleur de ce d&#233;fi, on pourra peut-&#234;tre trouver un certain r&#233;confort en se rappelant que l'id&#233;e d'&#233;ducation que j'ai ici &#233;voqu&#233;e et d&#233;fendue, celle-l&#224; m&#234;me qui dispara&#238;t sous nos yeux dans le d&#233;lire technocratique, dans le philistinisme instrumentaliste et dans l'imb&#233;cillit&#233; endoctrinaire &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment une cr&#233;ation de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait au si&#232;cle des Lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peut &#234;tre demain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'endoctrinement est le contraire de l'&#233;ducation. C'est la transmission de doctrines par des moyens au nombre desquels on compte des proc&#233;d&#233;s ne faisant pas appel &#224; la raison et ayant l'intention de fermer l'esprit des personnes &#224; qui on s'adresse. Il y a bien entendu endoctrinement d&#232;s que ces conditions sont r&#233;unies et cela m&#234;me si nous sommes sympathiques aux doctrines transmises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Normand Baillargeon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Quelle voie politique ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quelle-voie-politique</link>
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		<dc:date>2008-07-12T13:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cest une banalit&#233; de base que daffirmer le r&#244;le crucial du mouvement ouvrier dans tout processus de changements ou de r&#233;formes sociales. R&#244;le crucial ne serait-ce que par la position quoccupent les salari&#233;es dans les structures &#233;conomiques et qui leur conf&#232;re une arme de poids : la gr&#232;ve. Il est cependant tout aussi banal de constater que le monde du travail, depuis plus de vingt ans, sest profond&#233;ment transform&#233; avec, entre autres, la prolif&#233;ration des formes de travail dites &#171; atypiques &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Qu-est-le-Quebec-devenu-" rel="directory"&gt;Dossier : Qu'est le Qu&#233;bec devenu ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;est une banalit&#233; de base que d&lt;/code&gt;affirmer le r&#244;le crucial du mouvement ouvrier dans tout processus de changements ou de r&#233;formes sociales. R&#244;le crucial ne serait-ce que par la position qu&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;occupent les salari&#233;es dans les structures &#233;conomiques et qui leur conf&#232;re une arme de poids : la gr&#232;ve. Il est cependant tout aussi banal de constater que le monde du travail, depuis plus de vingt ans, s&lt;/code&gt;est profond&#233;ment transform&#233; avec, entre autres, la prolif&#233;ration des formes de travail dites &#171; atypiques &#187; (travail autonome, temps partiel, contractuel, etc.) et qui posent, pour les syndicats, de s&#233;rieux dilemmes en termes d`organisation et de mobilisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que le mouvement ouvrier organis&#233;, au Qu&#233;bec, est devenu, au fil des ans, une force nationale. Une force qu'on peut d'abord mesurer en terme num&#233;rique : en 2002, 40,7 % des travailleurs-travailleuses &#233;taient syndiqu&#233;e (principalement, comme nous le verrons plus loin, dans le secteur public, le priv&#233; devenant, au fil des ans, minoritaire) alors que ce taux, pour la m&#234;me p&#233;riode, en Ontario &#233;tait de 28,3 %, de 31,5 % au Canada et de 14,6 % aux &#201;tats-Unis. Une force qui est aussi capable d'impulser d'importantes actions, comme on a pu le constater en d&#233;cembre dernier, dont les retomb&#233;s politiques ne sauraient &#234;tre ignor&#233;es par nul parti ou gouvernement. Cette apparente puissance n'est malheureusement pas sans failles car, outre les nouveaux d&#233;fis pos&#233;s par la mondialisation capitaliste et les transformations dans l'organisation du travail, le syndicalisme qu&#233;b&#233;cois n'a jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me d'&#234;tre capable de traduire sa combativit&#233; revendicative dans une action politique qui lui soit propre. C'est une question qui se pose avec de plus en plus d'acuit&#233; depuis les ann&#233;es 50, ann&#233;es o&#249; le mouvement syndical surgit v&#233;ritablement en force sur la sc&#232;ne politique et sociale qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'hier&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est durant la p&#233;riode duplessiste que le mouvement ouvrier, au cours de dures batailles comme &#224; Asbestos (1949), Louiseville (1952) ou Murdochville (1957), se taille une place qui soit r&#233;ellement en rapport avec la stature qu'il avait acquise dans la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie qu&#233;b&#233;coise. Divis&#233; essentiellement entre les unions internationales (qui seront regroup&#233;es au sein de la FTQ en 1957) et les syndicats catholiques de la CTCC-Conf&#233;d&#233;rations des Travailleurs Catholiques du Canada (rebaptis&#233;e CSN en 1960), le mouvement ouvrier qu&#233;b&#233;cois commence alors, timidement, &#224; remettre en question la position qu'il avait, jusqu'&#224; cette date, adopt&#233;e sur le terrain politique, celle de la non partisanerie. Avec cette position, les syndicats qu&#233;b&#233;cois restaient, paradoxalement, soit sur le terrain de l'abstention, soit &#224; soutenir une organisation politique qui n'&#233;tait pas issue du mouvement ouvrier. Cette attitude politique, notons-le, n'est pas propre au seul syndicalisme qu&#233;b&#233;cois, elle est en lien avec la tradition nord-am&#233;ricaine et, plus pr&#233;cis&#233;ment celle des &#201;tats-Unis o&#249; l'on voit les syndicats g&#233;n&#233;ralement soutenir le Parti D&#233;mocrate. En outre, ce n'est pas la seule position, historiquement, adopt&#233;e par le mouvement ouvrier : il y a celle du troisi&#232;me parti o&#249; les syndicats sont amen&#233;s &#224; &#234;tre la force motrice dans la cr&#233;ation d'une formation charg&#233;e de repr&#233;senter leurs int&#233;r&#234;ts (Parti des travailleurs ou Parti social-d&#233;mo-crate), le marxisme-l&#233;ninisme (Parti communiste) ou le syndicalisme r&#233;volutionnaire. Dans ce dernier cas, ce sont les syndicats qui assument le r&#244;le d&#233;volu aux partis. C'est une tradition qui est, en Am&#233;rique du Nord, minoritaire si on excepte les exp&#233;riences, assez significatives malgr&#233; tout, des IWW (Industrial Workers of the World) aux &#201;tats-Unis et de la One Big Union au Canada anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, &#224; la fin des ann&#233;es 50, propuls&#233; par la force des conflits, le syndicalisme se heurte au cul-de-sac du duplessisme et des partis existants. D'o&#249; la recherche d'une autre voie qui se traduira concr&#232;tement par un appel lanc&#233; au congr&#232;s de 1958 de la FTQ, pour la fondation d'un parti des travailleurs ; appel qui sera relay&#233; par la d&#233;cision prise, en 1959, par la CTCC d'autoriser ses syndicats &#224; appuyer et &#224; s'affilier &#224; un parti. Ce changement d'orientation est au diapason avec la prise de position du Conseil du Travail du Canada, en avril 1958, appelant &#224; la formation d'une nouvelle organisation politique au Canada. Celle-ci verra effectivement le jour, en 1961, sous le nom de NPD (Nouveau Parti D&#233;mocratique). Au Qu&#233;bec, cependant, l'orientation prise vers la cr&#233;ation d'un troisi&#232;me parti restera sans lendemains. D'une part, l'occultation de la question nationale qu&#233;b&#233;coise par le NPD lui ali&#233;nera le soutien du mouvement ouvrier ; d'autre part, l'ouverture d'un vaste processus de modernisation au Qu&#233;bec, la &#171; R&#233;volution tranquille &#187;, permettra au Parti lib&#233;ral de capter le soutien syndical. Ce soutien ne sera pas sans contre-partie, car cette p&#233;riode voit une nouvelle expansion des organisations ouvri&#232;res dans un secteur public lui-m&#234;me en plein boom. Cette expansion a laiss&#233; des traces largement perceptibles aujourd'hui : en 2002, pr&#232;s de 82 % des salari&#233;es de la fonction publique &#233;tait syndiqu&#233;es alors que cette proportion, pour le priv&#233;, s'&#233;tablissait &#224; 27,7 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lune de miel entre les lib&#233;raux et le mouvement syndical sera de courte dur&#233;e. &#192; la fin des ann&#233;es 60, un nouveau cycle de lutte s'enclenche posant, une fois de plus, la question politique. L'ouverture d'un deuxi&#232;me front, hors des lieux de travail, la constitution de comit&#233; d'action et d'&#233;ducation populaire ou de comit&#233;s d'action politique (CAP) repr&#233;sentent alors des tentatives pour r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; de passer &#224; l'action politique. &#192; Montr&#233;al, cela d&#233;bouchera, au d&#233;but des ann&#233;es 70, &#224; la cr&#233;ation d'un parti municipal, le FRAP (Front d'action politique), dont l'existence sera relativement br&#232;ve. Ces initiatives ne s'ins&#232;rent pourtant pas dans une d&#233;marche structur&#233;e en vue de d&#233;boucher sur une option syndicaliste r&#233;volutionnaire ou sur la cr&#233;ation d'un troisi&#232;me parti. Elles repr&#233;sentent plut&#244;t un compl&#233;ment &#224; l'orientation non partisane, une &#171; greffe &#187; d'un discours politique sur une action qui se situe encore, pour l'essentiel, uniquement sur le plan des seuls enjeux des conventions collectives. L'ambigu&#239;t&#233; cr&#233;&#233;e par cet &#233;cart entre le discours et la pratique en illusionnera plus d'un, laissant planer la possibilit&#233; d'un tournant vers la cr&#233;ation d'un parti des travailleurs. Or, le vide politique qui s'est creus&#233; au Qu&#233;bec (d&#251;, entre autres, &#224; la forte combativit&#233; ouvri&#232;re et, cons&#233;quemment, le discr&#233;dit dans lequel plongeait les formations politiques comme le Parti lib&#233;ral ou l'Union nationale) durant cette p&#233;riode sera rapidement combl&#233; par un nouveau joueur : le Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; &#224; aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir, en 1976, du PQ cl&#244;t une p&#233;riode et en ouvre une nouvelle, celle dans laquelle nous sommes encore. Le PQ a ainsi r&#233;ussi rapidement &#224; capter le soutien syndical d'abord parce qu'il est apparu comme en rupture avec les anciens partis. Sans jamais se d&#233;signer comme parti des travailleurs (sinon, d'une mani&#232;re tr&#232;s floue, comme &#171; social-d&#233;mocrate &#187;), il en est arriv&#233; &#224; &#234;tre per&#231;u comme tel, d'ou les illusions r&#233;currentes sur la possibilit&#233; de le &#171; gauchir &#187; ou (comme tout r&#233;cemment avec le SPQ libre) de cr&#233;er une aile gauche en son sein. Ce monopole en terme de repr&#233;sentation politique aupr&#232;s du mouvement ouvrier, le parti a r&#233;ussi &#224; le renforcer avec tout son appareil concertationniste : Sommets, rencontres, partenariat, etc. En cons&#233;quence, le PQ appara&#238;t encore pour beaucoup actuellement, dans le mouvement syndical et populaire, comme le v&#233;hicule capable de porter les solutions &#224; la question nationale et sociale. Certes, le v&#233;hicule est pas mal &#233;br&#233;ch&#233;, l'ensemble des politiques anti-ouvri&#232;res (comme en 1982-83 &#224; l'encontre des syndicats du secteur public) et anti-sociales adopt&#233;es par le Parti ayant laiss&#233; quelques traces dans la m&#233;moire. Mais le PQ, trop souvent, incarne le moindre mal d'autant plus que l'arriv&#233;e au pouvoir du parti lib&#233;ral, en avril 2003, semble ouvrir une nouvelle ronde acc&#233;l&#233;r&#233;e de politiques n&#233;olib&#233;rales. L'illusion, c'est de croire que le PQ pourrait, &#224; la suite, minimiser les d&#233;g&#226;ts alors qu'il a d&#233;montr&#233; qu'il &#233;tait parfaitement capable d'implanter ce type de politiques mais &#224; un rythme et sur un mode diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, donc, le vieux dilemme se pose au mouvement ouvrier qu&#233;b&#233;cois : comment traduire politiquement son action revendicative sans se laisser prendre au pi&#232;ge de la non partisanerie et de partis qui lui sont, au fond, antagonistes. Ce passage au politique implique aussi que le syndicalisme puisse mettre ses ressources, qui ne sont pas n&#233;gligeables, non seulement au service de ses seuls membres mais aussi pour l'ensemble des salari&#233;es (dont les pr&#233;caires qui repr&#233;sentent une cat&#233;gorie de plus en plus importante et qui ne sont pas, &#224; toute fin pratique, syndiqu&#233;s) et des classes populaires dans la constitution d'un vaste mouvement de r&#233;sistance anti-capitaliste. Cela repr&#233;sente, certes, une rupture avec le r&#244;le traditionnellement d&#233;volu aux syndicats, &#224; savoir seulement n&#233;gocier une convention collective. L'&#233;poque actuelle, marqu&#233;e par de multiples bouleversements et une aggravation des in&#233;galit&#233;s sociales, appelle cependant aux ruptures et aux innovations. Comme l'&#233;crivait Rimbaud : &#171; &lt;i&gt;Oui, l'heure nouvelle est au moins tr&#232;s s&#233;v&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Brouillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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