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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Nous sommes h&#233;ritiers de 1968</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard, Eve Martin Jalbert, Claude Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Rioux, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'expression &#171; les h&#233;ritiers de 1968 &#187; &#233;tait scand&#233;e il y a un an comme insulte supr&#234;me par Nicolas Sarkozy annon&#231;ant qu'il comptait bien &#171; liquider &#187; cet h&#233;ritage &#171; une bonne fois pour toutes &#187;. Face &#224; ces propos, nous ne pouvons que revendiquer pleinement l'insulte (oui, nous sommes tous des h&#233;ritiers de 1968 !), relayant ainsi, dans un &#233;cho historique, un des plus beaux slogans de Mai 68 : &#171; Nous sommes tous des juifs allemands &#187;. En s'identifiant &#224; la condition juive et, par-del&#224;, &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton107.jpg?1642092117' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;512&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; L'expression &#171; &lt;i&gt;les h&#233;ritiers de 1968&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait scand&#233;e il y a un an comme insulte supr&#234;me par Nicolas Sarkozy annon&#231;ant qu'il comptait bien &#171; &lt;i&gt;liquider&lt;/i&gt; &#187; cet h&#233;ritage &#171; &lt;i&gt;une bonne fois pour toutes&lt;/i&gt; &#187;. Face &#224; ces propos, nous ne pouvons que revendiquer pleinement l'insulte (oui, nous sommes tous des h&#233;ritiers de 1968 !), relayant ainsi, dans un &#233;cho historique, un des plus beaux slogans de Mai 68 : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes tous des juifs allemands&lt;/i&gt; &#187;. En s'identifiant &#224; la condition juive et, par-del&#224;, &#224; l'&#233;tranger, les manifestant&#183;es de ce joli mois de mai portaient au plus loin la solidarit&#233;, cette solidarit&#233; qui constitue un aspect essentiel de cette p&#233;riode et dont notre dossier souhaiterait sauver le fragile souvenir, &#224; rebours de la grande solde anti-utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne pr&#233;tendons pas restituer, contre le discours ambiant sur 1968 dans lequel nous ne reconnaissons pas nos convictions, une m&#233;moire objective ou exhaustive des &#233;v&#233;nements qui ont eu lieu &#224; travers le monde. Les textes ici r&#233;unis sont partiaux, passionn&#233;s, politiques, &#171; &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire faits &#224; un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d'horizons&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre les mots de Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette partialit&#233; ne contrevient pas &#224; la logique de l'h&#233;ritage qui, comme l'&#233;crivait r&#233;cemment Daniel Bensa&#239;d, n'est pas &#171; &lt;i&gt;un bien que l'on poss&#232;de et que l'on garde, mais quelque chose que les h&#233;ritiers se disputent et ce qu'ils en font&lt;/i&gt; &#187;. Il appert ainsi que le litige propre &#224; la politique a aussi pour terrain d'activit&#233; le rapport au pass&#233;. Pour nous, 1968, c'est la plus grande mobilisation qu'aient connue les pays surd&#233;velopp&#233;s depuis la IIe Guerre mondiale ; c'est la gr&#232;ve la plus g&#233;n&#233;rale de France ; c'est la solidarit&#233; internationale envers le peuple vietnamien et la lutte contre l'imp&#233;rialisme ; c'est une forte contagion d'enthousiasme et d'&#233;mancipation ; c'est la capacit&#233; qu'ont des gens dispers&#233;s, surtout des &#233;tudiant&#183;s et des travailleur&#183;ses, de se rencontrer et de se solidariser ; c'est le renouvellement des th&#232;mes de la lutte anticapitaliste &#8211; par les f&#233;ministes notamment ; c'est une critique de l'arbitraire autoritaire et des structures hi&#233;rarchiques fortement ancr&#233;es, y compris au sein des organisations politiques et syndicales ; c'est &#171; &lt;i&gt;Ne laissez pas les haut-parleurs parler &#224; votre place !&lt;/i&gt; &#187; ; ce sont ces Noir&#183;es qui disent &#171; &lt;i&gt;Nous aussi nous sommes des hommes&lt;/i&gt; &#187; ; c'est l'&#233;cho qui r&#233;pond sur un autre continent : &#171; &lt;i&gt;On s'en fout des fronti&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. Notre 1968, on l'aura compris, est d'abord et avant tout politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre pari de d&#233;part consistait &#224; croire en la possibilit&#233; de revenir sur les luttes du pass&#233; d'une mani&#232;re qui ne soit ni celle du retour sur les erreurs de jeunesse ni celle des le&#231;ons de l'histoire &#224; adresser au &#171; pauvre &#187; pr&#233;sent. Il nous semblait aussi que ce voyage dans le temps nous impliquait tout entier, nous et notre attitude face &#224; l'ordre actuel du monde. Voil&#224; pourquoi nous faisons n&#244;tres, en les adaptant, ces mots d'une grande justesse avec lesquels un ouvrier, Georges Maurivard, pr&#233;sentait, en janvier 1968, le film &lt;i&gt;Loin du Vietnam&lt;/i&gt; &#224; ses coll&#232;gues de l'usine Rhodiac&#233;ta, &#224; Besan&#231;on, qui venaient de conna&#238;tre d'importants licenciements : De quoi va-t-il &#234;tre question ici ?, disait en substance Maurivard. De ce qui s'est pass&#233; il y a longtemps ? D'&#233;v&#233;nements auxquels nous ne pouvons rien et qui ne nous concernent plus ? Non ! Il va s'agir de nous. De notre attitude face &#224; ces &#233;v&#233;nements, de notre attitude face au monde dans lequel nous vivons notre vie quotidienne. L&#224; se sont affront&#233;es des puissances que nous connaissons bien aussi : les riches et les pauvres, la force et la justice, la loi de l'argent et l'espoir d'un monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous souhaitons que 1968 apparaisse ici comme un monde ouvert, inachev&#233; et qui sera, comme tout h&#233;ritage, ce que nous voudrons bien en faire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Affaire non class&#233;e</title>
		<link>https://www.ababord.org/Affaire-non-classee</link>
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		<dc:date>2008-07-28T02:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Bensa&#239;d, Daniel</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Quand on se r&#233;concilie sur une affaire, dit-elle, c'est qu'on n'y entend plus rien. [&#8230;] Qui dit r&#233;conciliation en ce sens historien, dit-elle, dit pacification et momification. &#187; Charles P&#233;guy, Clio &lt;br class='autobr' /&gt; 68 c'est fini ? En un certain sens, bien s&#251;r, c'est fini. Et fini depuis longtemps. Depuis l'intervention radiophonique du g&#233;n&#233;ral de Gaulle et la manifestation aux Champs-&#201;lys&#233;es du 30 mai 1968, peut-&#234;tre. Ou depuis la signature en juin 1972 du Programme commun de la gauche. Voire depuis la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton108.jpg?1642092118' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;369&#034; height=&#034;232&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand on se r&#233;concilie sur une affaire, dit-elle, c'est qu'on n'y entend plus rien.&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Qui dit r&#233;conciliation en ce sens historien, dit-elle, dit pacification et momification.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Charles P&#233;guy, &lt;i&gt;Clio&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;68 c'est fini ? En un certain sens, bien s&#251;r, c'est fini. Et fini depuis longtemps. Depuis l'intervention radiophonique du g&#233;n&#233;ral de Gaulle et la manifestation aux Champs-&#201;lys&#233;es du 30 mai 1968, peut-&#234;tre. Ou depuis la signature en juin 1972 du Programme commun de la gauche. Voire depuis la d&#233;faite de la m&#234;me gauche aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1978, venant apr&#232;s le coup d'arr&#234;t de 1975 &#224; la r&#233;volution portugaise, la transition monarchique de 1976 en Espagne, le compromis historique sur l'aust&#233;rit&#233; en Italie. Ou bien, au plus tard, depuis la victoire de Mitterrand en 1981 et le virage lib&#233;ral de 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fin annonc&#233;e n'est pas un scoop du 40e anniversaire. Elle n'est pas d'aujourd'hui, ni m&#234;me d'hier. En un certain sens et jusqu'&#224; un certain point, Mai 68, c'est donc bel et bien fini. Mais en un autre sens, et jusqu'&#224; un autre point, non. Au sens et au point qu'il s'agit d'un litige, d'une de ces affaires qui divisent les eaux, de ces affaires non class&#233;es, sur lesquelles on ne se r&#233;concilie pas. Car si l'on se r&#233;conciliait, si l'on faisait la paix, disait P&#233;guy &#224; la lumi&#232;re d'une autre affaire fameuse, c'est qu'on n'y entendrait plus rien. C'est que la m&#233;moire vive serait morte et p&#233;trifi&#233;e en histoire monumentale et archiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait une preuve que l'affaire n'est pas class&#233;e, que son spectre bouge encore, la fureur thermidorienne et versaillaise du discours de Sarkozy &#224; Bercy, le 29 avril 2007, suffirait : &#171; &lt;i&gt;Dans cette &#233;lection, il s'agit de savoir si l'h&#233;ritage de Mai 68 doit &#234;tre perp&#233;tu&#233; ou s'il doit &#234;tre liquid&#233;, une bonne fois pour toutes. Je veux tourner la page de 68.&lt;/i&gt; &#187; Quarante ans apr&#232;s ! Curieux acharnement, &#233;trange discours expiatoire. Les versaillais victorieux firent du Sacr&#233;-C&#339;ur le monument expiatoire des crimes imput&#233;s &#224; la Commune de Paris. L'&#201;tat fran&#231;ais de Vichy dressa un autel &#224; la trinit&#233; Travail-Famille-Patrie pour racheter les p&#233;ch&#233;s d'un Front populaire rendu responsable de la d&#233;b&#226;cle de 1940. Il s'agirait &#224; pr&#233;sent d'expier les d&#233;bauches soixante-huitardes, responsables de la d&#233;cadence et du d&#233;clin fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la nouvelle g&#233;n&#233;ration militante, celle des mouvements altermondialistes ou des mobilisations contre la guerre en Irak, celle des luttes contre le Contrat premi&#232;re embauche ou contre la r&#233;forme lib&#233;rale des universit&#233;s, 1968 c'est loin, tr&#232;s loin. Quarante ans, c'est plus vieux que ne l'&#233;tait pour nous, en 1968 pr&#233;cis&#233;ment, le Front populaire. Un &#233;v&#233;nement presque refroidi ? Un sujet de colloque ? La mati&#232;re premi&#232;re d'un savoir historique positif ? De l'affaire Dreyfus, P&#233;guy faisait dire &#224; Clio : &#171; &lt;i&gt;Rassurons-nous, mes enfants&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;et pleurons sur elle : elle est bien morte, elle ne nous divisera plus.&lt;/i&gt; &#187; Eh bien, si. Comme la R&#233;volution fran&#231;aise, comme l'Affaire, Mai 68 divise encore. Car on n'est pas encore parvenu &#224; nous r&#233;concilier sur cette affaire, &#224; &#171; &lt;i&gt;nous faire perdre pr&#233;matur&#233;ment et artificiellement le sens de cette affaire, l'intelligence, l'entendement int&#233;rieur, le secret, litt&#233;ralement la m&#233;moire de cette affaire&lt;/i&gt; &#187;. Bien que &#171; &lt;i&gt;le jeu des politiciens ait &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;ment et tr&#232;s exactement de nous transformer pr&#233;matur&#233;ment et artificiellement en historiens&lt;/i&gt; &#187;, de militants en historiens de l'affaire 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire hante encore le sommeil de l'histoire. Car, &#171; &lt;i&gt;s'il y a un sens du r&#233;el, et personne ne doutera qu'il ait son droit &#224; l'existence, il doit bien y avoir quelque chose qu'on pourrait appeler le sens du virtuel&lt;/i&gt; &#187; (Robert Musil, &lt;i&gt;L'homme sans qualit&#233;&lt;/i&gt;). Ce qui int&#233;resse encore, ce ne sont pas les cendres de Mai 68, mais ses braises, les r&#233;surgences des possibles vaincus et refoul&#233;s. Quarante ann&#233;es n'auront pas suffi &#224; nous courber l'&#233;chine et &#224; nous faire baisser la t&#234;te devant le fait accompli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Nietzsche, Seconde consid&#233;ration intempestive, Paris, Garnier-Flammarion,&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et nous n'avons pas les genoux meurtris de l'agenouillement r&#233;p&#233;t&#233; devant les verdicts provisoires d'une histoire ventriloque. Car, s'obstinait Blanqui au lendemain amer de la Commune, &#171; &lt;i&gt;le chapitre des bifurcations reste ouvert &#224; l'esp&#233;rance&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une procession comm&#233;morative, une r&#233;vision permanente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mai 1978, la force propulsive de l'&#233;v&#233;nement arrivait &#224; &#233;puisement. En France, la gauche venait de perdre par sa division une &#233;lection qui lui semblait promise. Dans le monde, la crise p&#233;troli&#232;re et la r&#233;cession de 1974 avaient annonc&#233; l'&#233;puisement des &#171; trente glorieuses &#187;. Les classes dominantes &#233;taient parvenues &#224; contr&#244;ler la sortie des dictatures au Portugal et en Espagne. La c&#233;l&#233;bration de Mai h&#233;sitait alors entre l'adieu nostalgique aux ann&#233;es de jeunesse et l'&#226;ge de raison historienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1988, Fran&#231;ois Mitterrand venait tout juste de remporter sa seconde &#233;lection pr&#233;sidentielle. Le gouvernement Rocard mettait en &#339;uvre son programme social-lib&#233;ral. Devenue &#171; g&#233;n&#233;ration-mitterrand &#187;, la classe 68 autoc&#233;l&#233;brait sa propre r&#233;ussite sociale et sa conversion au sens du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1998, le mur de Berlin avait &#233;t&#233; renvers&#233;. L'Union sovi&#233;tique n'existait plus. La page du &#171; court XXe si&#232;cle &#187; &#233;tait tourn&#233;e. Rest&#233; de l'autre c&#244;t&#233; du mur, 68 semblait avoir bascul&#233; dans la pr&#233;histoire. N'en subsistait qu'une tra&#238;ne de &#171; r&#233;formes soci&#233;tales &#187; mises en &#339;uvre presque partout en Europe, sans qu'il f&#251;t besoin pour cela d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et de barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2008, ce serait donc la liquidation g&#233;n&#233;rale promise par Sarkozy, le temps venu de la repentance et de la p&#233;nitence. Dans son encyclique Foi et raison de juillet 2007, Beno&#238;t XVI a donn&#233; le ton, qualifiant Mai 68 de &#171; &lt;i&gt;p&#233;riode de crise de la culture occidentale&lt;/i&gt; &#187; et appelant &#224; censurer &#171; &lt;i&gt;le relativisme intellectuel et moral de 68&lt;/i&gt; &#187;. Le discours de Sarkozy &#224; Bercy fait directement &#233;cho &#224; ce pr&#234;che papal d'une nouvelle croisade civilisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La force symbolique de 1968 comme &#233;v&#233;nement global&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce fut, d'une part, un &#233;v&#233;nement indissociablement national et international. Derri&#232;re le Mai fran&#231;ais se profilent la guerre d'Indochine, le printemps tch&#233;coslovaque, l'essor du mouvement national palestinien apr&#232;s la guerre des Six jours, la r&#233;bellion des &#233;tudiants polonais, un soul&#232;vement quasi plan&#233;taire de la jeunesse. En f&#233;vrier 1968, nous &#233;tions une poign&#233;e, sur l'esplanade des Invalides, &#224; crier : &#171; &lt;i&gt;Lib&#233;rez Modzelewski et Kuron !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karol Modzelewski et Jacek Kuron &#233;taient les jeunes auteurs d'une Lettre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Quelques semaines plus tard, nous &#233;tions des dizaines de milliers &#224; scander &#171; &lt;i&gt;Rome, Berlin, Varsovie, Paris !&lt;/i&gt; &#187; pour c&#233;l&#233;brer la convergence des r&#233;voltes contre l'exploitation capitaliste, contre l'oppression coloniale, contre le despotisme bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut, d'autre part, un &#233;v&#233;nement indissociablement social et culturel. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sans pr&#233;c&#233;dent, &#233;valu&#233;e en France &#224; 150 millions de jours de gr&#232;ve (&#224; comparer avec les 37 millions pour le &#171; mai rampant &#187; italien de 1969 et les 14 millions des grandes gr&#232;ves britanniques de 1974). Mais aussi une effervescence cin&#233;matographique et musicale (&lt;i&gt;Street Fighting Man&lt;/i&gt; des Stones, &lt;i&gt;I'm Black and I'm proud&lt;/i&gt; de James Brown, le d&#233;tournement de l'hymne am&#233;ricain par Jimmy Hendrix&#8230;). Et encore la critique de la vie quotidienne, de la soci&#233;t&#233; de consommation, qui pr&#233;figuraient les mouvements sociaux des ann&#233;es 1970.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#233;tait-il possible pour autant, comme on le proclamait en actualisant une formule de Marceau Pivert sous le Front populaire ? Tout, peut-&#234;tre pas. Mais quelque chose, autre chose, sans doute. Un champ de possibles s'ouvrait. Il n'&#233;tait pas sans limites. C'est ce qui distingue la possibilit&#233; d&#233;termin&#233;e et concr&#232;te de la possibilit&#233; ind&#233;termin&#233;e et abstraite, qui n'est que le contraire de l'impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 fut l'aboutissement d'un quart de si&#232;cle de reconstruction et de croissance. Le Ve Plan &#233;labor&#233; pour les ann&#233;es 1966-1970 par le commissariat au Plan situait le niveau d'alerte pour l'emploi &#224; 2,5 % de ch&#244;meurs et il &#233;tait admis qu'atteindre la barre de 500 000 ch&#244;meurs provoquerait une explosion r&#233;volutionnaire. Les revendications syndicales portaient principalement sur le rattrapage des salaires et un meilleur partage des &#171; fruits de la croissance &#187;. C'est ce qui explique une reprise du travail sans grands d&#233;bordements, alors que les conqu&#234;tes, bien que significatives (37 % d'augmentations salariales en moyenne et de droits syndicaux dans l'entreprise, notamment), restaient bien en de&#231;&#224; de ce que pouvait laisser esp&#233;rer un mouvement sans pr&#233;c&#233;dent et, en tout cas, d'une port&#233;e symbolique bien moindre que les cong&#233;s pay&#233;s obtenus en 1936 ou la S&#233;curit&#233; sociale en 1945. Les exp&#233;riences d'auto-organisation sont demeur&#233;es l'exception et les appareils syndicaux gard&#232;rent la ma&#238;trise de la n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'accorde aussi, aujourd'hui, &#224; reconna&#238;tre que la composition exclusivement masculine des tribunes et fortement masculine des cort&#232;ges. Le nouveau mouvement f&#233;ministe apparut plus tard, avec le d&#233;p&#244;t le 20 ao&#251;t 1970 d'une gerbe en m&#233;moire de &#171; &lt;i&gt;la femme du soldat inconnu&lt;/i&gt; &#187;. De m&#234;me, il n'y eut gu&#232;re d'importants mouvements de conscrits dans les casernes. Le mouvement des comit&#233;s de soldats ne s'&#233;tendit r&#233;ellement qu'en 1973-1974, culminant avec les manifestations de rue de Draguignan et de Karlsruhe. Enfin, s'il y eut une dizaine de morts au cours des &#233;v&#233;nements (dont le lyc&#233;en mao&#239;ste Gilles Tautin et les deux ouvriers de Peugeot &#224; Sochaux), et si elle fut souvent spectaculaire, la violence fut aussi relativement bien contr&#244;l&#233;e et autolimit&#233;e de part et d'autre. Autant d'indi-ces tendant &#224; montrer que, si la question du pouvoir fut bel et bien pos&#233;e dans la semaine du 24 au 30 mai, les conditions pour la r&#233;soudre n'&#233;taient gu&#232;re r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai 68, c'est fini ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction r&#233;trospective du mouvement de Mai &#224; une volont&#233; de lib&#233;ration anti-autoritaire et de modernisation des m&#339;urs pr&#233;sente cependant une lecture d&#233;politis&#233;e et d&#233;politisante, clairement assum&#233;e dans un article de Manuel Castells : &#171; &lt;i&gt;Car enfin, la r&#233;volution de Mai 68 fut culturelle et non politique. Elle ne briguait pas le pouvoir, elle cherchait &#224; le dissoudre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courrier international, 20 d&#233;cembre 2007. Jeune r&#233;fugi&#233; espagnol, assistant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Apr&#232;s avoir jadis imprudemment proclam&#233; que &#171; &lt;i&gt;tout est politique&lt;/i&gt; &#187; (formule juste dans une certaine mesure, mais grosse aussi de tentations normatives), on affirme ainsi d&#233;sormais, inversement, que rien ne l'&#233;tait. Qu'il s'agissait simplement d'une r&#233;volution, ou plut&#244;t d'une r&#233;forme culturelle, d'un aggiornamento du mode de vie, d'une dissolution magique et fantasm&#233;e du pouvoir, qu'il suffirait de &#171; &lt;i&gt;chasser de sa t&#234;te&lt;/i&gt; &#187; &#224; d&#233;faut d'oser l'affronter r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Cohn-Bendit siffle, lui aussi, la fin de la r&#233;cr&#233; : &#171; &lt;i&gt;Mai, c'est fini, fini comme l'est la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/i&gt; &#187; Cette manie de proclamer la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise pour en conjurer le spectre n'est pas nouvelle. Fran&#231;ois Furet en fut, il y a 20 ans, le grand avocat. Du point de vue de ses acteurs, la R&#233;volution &#233;tait pourtant &#171; &lt;i&gt;glac&#233;e&lt;/i&gt; &#187; (selon les mots de Saint-Just) d&#232;s l'hiver 1793, et finie en tant qu'&#233;v&#233;nement d&#232;s Thermidor au moins. Elle &#233;tait pourtant loin d'avoir &#233;puis&#233; ses effets et ses r&#233;surgences. Pour Cohn-Bendit, &#224; son tour, 68 est fini parce que &#171; &lt;i&gt;ce qui a fait le fond de r&#233;volte n'existe plus&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;On n'a pas compris &#224; l'&#233;poque ce que la n&#233;gociation de Grenelle portait comme rupture avec un conservatisme de la pens&#233;e politique. La preuve, on l'a aujourd'hui avec le Grenelle de l'environnement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; Grenelle de l'environnement &#187; consiste en une s&#233;rie de rencontres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] : on voit que cette r&#233;f&#233;rence a fini par s'imposer comme un moment historique positif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Politis, 26 juillet 2007.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Par un tour de prestidigitation rh&#233;torique, la n&#233;gociation de Grenelle, dont les conclusions furent massivement rejet&#233;es par les travailleurs assembl&#233;s de Renault-Billancourt, et dont nous nous accordions alors &#224; estimer qu'elles visaient &#224; arr&#234;ter le mouvement, devient aujourd'hui le fleuron, la r&#233;f&#233;rence, le reste positif de 68. Tardif hommage du boutefeu repenti &#224; la sagesse des strat&#232;ges du Parti communiste, accus&#233;s &#224; l'&#233;poque, et par le m&#234;me, de &#171; s&#233;nilit&#233; &#187; bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Grenelle, ou comment arr&#234;ter une gr&#232;ve pour &#233;touffer un &#233;v&#233;nement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au fond, Cohn-Bendit, Castells, et bien d'autres, d&#233;clinent &#224; leur mani&#232;re la formule selon laquelle il s'agirait de &#171; changer le monde sans prendre le pouvoir &#187;, en douceur, subrepticement, &#224; pas de tortue. Mais il change tout seul, le monde. Il ne nous attend pas. Il n'a pas besoin de nous pour &#231;a. Il ne cesse m&#234;me de changer, avec l'acc&#233;l&#233;ration de la ronde mortif&#232;re des marchandises, avec la boulimie spatiale du capital, avec la fuite en avant des techniques de domination. La mondialisation, c'est m&#234;me, tr&#232;s exactement ce remue-m&#233;nage et ce bouleversement permanents, si lucidement annonc&#233;s il y a plus de 150 ans : &#171; &lt;i&gt;La bourgeoisie ne peut exister sans r&#233;volutionner constamment les instrument de production, ce qui veut dire les conditions de la production, c'est-&#224;-dire tous les rapports sociaux.&lt;/i&gt; &#187; (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde change, mais il change aussi bien pour le pire que pour le meilleur. La question est donc de savoir dans quelle soci&#233;t&#233; nous voulons vivre et quelle humanit&#233; nous ne voulons pas devenir, &#224; d&#233;faut de savoir laquelle nous devrions &#234;tre. Et la r&#233;ponse &#224; cette question passe, qu'on le veuille ou non, par des rapports de force et des luttes de pouvoir. Des si&#232;cles de lutte des classes acharn&#233;es en t&#233;moignent et il serait pour le moins imprudent de l'oublier. Grenelle &#233;rig&#233; en h&#233;ritage de 68 et le &#171; Grenelle de l'environnement &#187; en mod&#232;le d'un &#171; dialogue social &#187; pacifi&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'effacement de la lutte des classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas inutile de rappeler qu'&#224; la diff&#233;rence des Accords de Matignon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais, apr&#232;s leur rejet par les travailleurs de Renault, un simple protocole unilat&#233;ralement appliqu&#233; par le patronat, et n&#233;goci&#233; branche par branche entre &#171; &lt;i&gt;partenaires sociaux&lt;/i&gt; &#187; entre lesquels, une fois la gr&#232;ve arr&#234;t&#233;e, le rapport de force devient fortement asym&#233;trique (entre celui qui d&#233;tient le pouvoir propri&#233;taire sur les moyens de production et celui qui, contraint &#224; offrir sa force de travail sur le march&#233; du m&#234;me nom, le subit).]]. C'est la dissolution du tort, du litige et du conflit dans le consensus entre l'&#201;tat reconnu l&#233;gitime et la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;, dans laquelle tous les chats sont gris, o&#249; se c&#244;toient, du m&#234;me c&#244;t&#233; de la table, travailleurs et patrons, exploit&#233;s et exploiteurs, poss&#233;dants et poss&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond de r&#233;volte n'existe plus, insiste Dany-le-Vert. Il n'a pourtant pas disparu. Il a chang&#233;. Il est plus grave. Plus exasp&#233;r&#233; aussi devant le creusement des injustices et des in&#233;galit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Nous voulons tout !&lt;/i&gt; &#187; clamaient d'aucuns au lendemain de Mai. &#171; &lt;i&gt;Tout, tout de suite !&lt;/i&gt; &#187;, ajoutaient les autres. Illusions lyriques d'une soci&#233;t&#233; sans ch&#244;mage, qui pouvait croire l'abondance &#224; port&#233;e de main, et avoir confiance en la marche in&#233;luctable du progr&#232;s. &lt;i&gt;Getting &lt;br class='autobr' /&gt;
better&lt;/i&gt;, chantait alors Paul McCartney, tout va mieux, de jour en jour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans apr&#232;s, face aux d&#233;sastres sociaux et &#233;cologiques d'un capitalisme ensauvag&#233;, une majorit&#233; de la population est convaincue que les g&#233;n&#233;rations &#224; venir vivront plus mal que les pr&#233;c&#233;dentes. &lt;i&gt;Getting worse ?&lt;/i&gt; Raison de plus pour rester fid&#232;le &#224; l'&#233;v&#233;nement. Et pour ne pas laisser se refermer la porte entrouverte d'o&#249; peuvent surgir des possibilit&#233;s intempestives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Nietzsche, &lt;i&gt;Seconde consid&#233;ration intempestive&lt;/i&gt;, Paris, Garnier-Flammarion, 1988, p. 147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karol Modzelewski et Jacek Kuron &#233;taient les jeunes auteurs d'une Lettre ouverte au Parti ouvrier unifi&#233; polonais (appellation locale du Parti communiste pro-sovi&#233;tique) critiquant le despotisme bureaucratique, dont nous avions publi&#233; en brochure, l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, la traduction fran&#231;aise. Ils avaient &#233;t&#233; emprisonn&#233;s par le r&#233;gime. Aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;, Jacek Kuron fut ult&#233;rieurement ministre sous la pr&#233;sidence de Lech Walesa. Karol Modzelewski est aujourd'hui chercheur en histoire m&#233;di&#233;vale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, 20 d&#233;cembre 2007. Jeune r&#233;fugi&#233; espagnol, assistant de Henri Lefebvre au d&#233;partement de Sociologie de Nanterre, Manuel Castells avait fait le d&#233;placement en f&#233;vrier &#224; la manifestation de Berlin contre la guerre du Vietnam dans les cars affr&#233;t&#233;s par la Jeunesse communiste r&#233;volutionnaire dont il &#233;tait alors sympathisant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &#171; Grenelle de l'environnement &#187; consiste en une s&#233;rie de rencontres r&#233;unissant des repr&#233;sentants patronaux et syndicaux, l'&#201;tat, les collectivit&#233;s locales et des environnementalistes, pr&#233;sid&#233;es par Nicolas Sarkozy en octobre 2007, et portant sur l'environnement et le d&#233;veloppement durable. [ndlr&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;, 26 juillet 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas inutile de rappeler qu'&#224; la diff&#233;rence des Accords de Matignon de 1936, il n'y a pas eu d'accords de Grenelle[[Sur cette interpr&#233;tation, &#201;douard Balladur (n&#233;gociateur de Grenelle aux c&#244;t&#233;s de Chirac et Pompidou) et Charles Fiterman (alors secr&#233;taire de Georges Marchais) ont confirm&#233; leur accord lors d'une &#233;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e de janvier 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Bensa&#239;d&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; de Paris VIII et militant de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire. Il est notamment l'auteur de &lt;i&gt;Les d&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/i&gt; (Lux &#201;diteur, 2008).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Mai 68 &#224; la puissance quatre</title>
		<link>https://www.ababord.org/Mai-68-a-la-puissance-quatre</link>
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		<dc:date>2008-07-26T21:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Badiou</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Badiou, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce qui a fait la singularit&#233; de Mai 68 (et plus encore sans doute de la petite dizaine d'ann&#233;es qui a suivi), ce n'est pas du tout la simplicit&#233; d'une Id&#233;e, non plus que la massivit&#233; d'une r&#233;volte. Ni l'&#233;clat de la pens&#233;e, ni la puissance du nombre ne peuvent caract&#233;riser ce moment. Quand Jean-Claude Milner, dans Constat, d&#233;chiffre l'&#233;pisode comme la conjonction de la r&#233;volte et de la pens&#233;e, il s'&#233;gare. Ce qui fut du c&#244;t&#233; de la violence et du nombre n'&#233;tait gu&#232;re nouveau, et ce qui fut du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Europe-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui a fait la singularit&#233; de Mai 68 (et plus encore sans doute de la petite dizaine d'ann&#233;es qui a suivi), ce n'est pas du tout la simplicit&#233; d'une Id&#233;e, non plus que la massivit&#233; d'une r&#233;volte. Ni l'&#233;clat de la pens&#233;e, ni la puissance du nombre ne peuvent caract&#233;riser ce moment. Quand Jean-Claude Milner, dans Constat, d&#233;chiffre l'&#233;pisode comme la conjonction de la r&#233;volte et de la pens&#233;e, il s'&#233;gare. Ce qui fut du c&#244;t&#233; de la violence et du nombre n'&#233;tait gu&#232;re nouveau, et ce qui fut du c&#244;t&#233; de la pens&#233;e neuve encouragea la dur&#233;e patiente et restreinte bien plus que l'urgence de l'action de masse. On dira plut&#244;t que Mai 68 et ses cons&#233;quences sign&#232;rent la &lt;i&gt;disjonction&lt;/i&gt; de la r&#233;volte et de la pens&#233;e. On y a enfin compris que le probl&#232;me politique n'&#233;tait pas celui du mouvement massif contre l'inertie de l'&#201;tat, mais celui de l'organisation &#224; inventer contre la forme-Parti, entr&#233;e en d&#233;sh&#233;rence. Mai 68 signe &#224; la fois la fin de l'id&#233;e du &#171; parti r&#233;volutionnaire &#187; et le commencement d'une &#233;nigme encore en travail, qu'on peut formuler simplement : s'il est vrai que ceux qui n'ont rien &#8211; ni argent, ni armes, ni pouvoir, ni instruments de propagande&#8230; &#8211; n'ont de force que celle de leur unit&#233; et de leur discipline et s'il est vrai aussi que la forme militaris&#233;e du parti l&#233;niniste est p&#233;rim&#233;e, de quelle discipline neuve, de quelle unit&#233; encore &#224; venir faut-il alors soutenir l'action populaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour bien comprendre tout cela, il faut d'abord en finir avec les visions st&#233;r&#233;otyp&#233;es de Mai 68. Visions qui ont en commun de vouloir &#224; tout prix r&#233;duire l'&#233;pisode &#224; une sorte d'&#233;clat vibrant de l'illusion dans la platitude du r&#233;el. Qu'on parle de &#171; &lt;i&gt;la plus grande gr&#232;ve de l'histoire de France&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;la r&#233;volte des jeunes&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution dans les m&#339;urs&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;f&#234;te des utopies&lt;/i&gt; &#187;, on se prend au mirage d'une discontinuit&#233; simple, d'un &#233;vanouissement lumineux, et l'on ignore que tout &#233;v&#233;nement n'est valid&#233; dans sa force que par la t&#233;nacit&#233; de ses cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, le nom &#171; Mai 68 &#187; recouvre quatre processus collectifs distincts. C'est cet entrelacement qui fait la singularit&#233; fran&#231;aise de la s&#233;quence qui va de 1968 (peut-&#234;tre du reste 1967, voire 1966) &#224; 1976 (ou peut-&#234;tre 1981, avec l'&#233;lection de Mitterrand). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'abord un soul&#232;vement de la jeunesse instruite, &#233;tudiante ou lyc&#233;enne. Rappelons qu'&#224; l'&#233;poque, cette fraction de la jeunesse est tout &#224; fait minoritaire (environ 10 % de bacheliers) et compl&#232;tement coup&#233;e de la jeunesse populaire. Ce soul&#232;vement est plan&#233;taire : il bouleverse la Chine communiste, sous la forme des &#171; gardes rouges &#187;, &#224; partir de 1966, dresse les campus am&#233;ricains contre la guerre du Vietnam, indigne la bourgeoisie conservatrice allemande (Rudi le rouge), produit le massacre des &#233;tudiants &#224; Mexico, etc. Il est tr&#232;s fortement id&#233;ologis&#233;, lieu de toutes les tendances qu'engendre la crise du bolchevisme stalinis&#233;, trotskystes, mao&#239;stes, anarchistes&#8230; Mais il est aussi tr&#232;s enferm&#233; dans la logique des institutions acad&#233;miques, dont il r&#233;clame &#224; grands cris la fumeuse &#171; r&#233;forme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me composante cristallise une sorte de pouss&#233;e libertaire concernant les m&#339;urs, ou plus g&#233;n&#233;ralement la relation entre la vie ordinaire et sa sublimation. Elle m&#233;lange les revendications portant sur la sexualit&#233;, des &#233;l&#233;ments de contre-culture &#171; jeune &#187;, o&#249; les nouvelles musiques, singuli&#232;rement le rock, jouent un grand r&#244;le, o&#249; les drogues ont une fonction symbolique importante, la recherche de nouvelles &#171; formes de vie &#187;, et aussi une critique collective des formes institutionnelles r&#233;glant l'activit&#233; artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me composante est l'activit&#233; ouvri&#232;re, certes sous la forme de la grande gr&#232;ve de mai-juin, mais plus g&#233;n&#233;ralement, d&#232;s 1967, sous la forme de ce que Xavier Vigna appelle &#171; &lt;i&gt;l'insubordination ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &#187; et qui d&#233;ploie toutes sortes de formes d'action neuves, d'une radicalit&#233; qui impressionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me composante est la diagonale des trois autres, notamment de la premi&#232;re et de la troisi&#232;me. Elle cr&#233;e des trajets et des liens enti&#232;rement nouveaux entre la jeunesse intellectuelle et les ouvriers, ou plus g&#233;n&#233;ralement les gens du peuple (usines, mais aussi quartiers, foyers, march&#233;s&#8230;). C'est elle qui porte l'avenir en ce qu'elle propose des nouvelles formes d'intervention, d'action et d'organisation, toutes fond&#233;es sur la connexion directe entre des composantes sociales h&#233;t&#233;rog&#232;nes, sans la m&#233;diation s&#233;paratrice du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que le complet d&#233;veloppement des quatre processus, et singuli&#232;rement du quatri&#232;me, qui est le seul r&#233;ellement nouveau d&#232;s qu'on parle de politique, a trouv&#233; ses principaux lieux symboliques en Chine, en France et en Italie. Le cas de la Chine est &#224; part, de ce qu'il concerne un &#201;tat socialiste au d&#233;part largement calqu&#233; sur le mod&#232;le sovi&#233;tique. Mais il influence tr&#232;s directement la situation en France, en particulier par le motif de la &#171; liaison de masse &#187; qui va jeter en direction des usines et des quartiers populaires des milliers de jeunes &#233;tudiants. En Italie, la tradition de l'autonomie ouvri&#232;re prendra plut&#244;t le dessus. De l&#224; que pour faire court, on peut dire que la nouveaut&#233; politique d&#233;tenue par Mai 68 et ses cons&#233;quences s'est pr&#233;sent&#233;e, en France, sous le nom de &#171; mao&#239;sme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; mao&#239;sme &#187; revenait &#224; dire que la s&#233;paration des composantes de la situation devait &#234;tre surmont&#233;e. Pour ce faire, on devait b&#226;tir des organisations nouvelles, d'une part dans le feu de l'action, pour en finir avec les vieilles repr&#233;sentations ; d'autre part, &#224; partir d'une int&#233;riorit&#233; durable de l'activit&#233; politique en tant que pens&#233;e aux lieux populaires de sa r&#233;alisation. Les intellectuels devaient donc se d&#233;placer vers les usines et les cit&#233;s. Et, de m&#234;me, selon du reste un des grands mots d'ordre de la R&#233;volution culturelle en Chine, les ouvriers devaient &#171; &lt;i&gt;entrer dans les universit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, venir &#224; la porte des lyc&#233;es pour t&#233;moigner de leurs actions et des formes nouvelles de leur organisation. Les mots d'ordre g&#233;n&#233;raux qui couvraient la premi&#232;re n&#233;cessit&#233; (celle de l'action, qui seule r&#233;volutionne les vieilles id&#233;es) &#233;taient &#171; &lt;i&gt;on a raison de se r&#233;volter&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;b&#226;tir l'organisation au feu de la lutte des classes&lt;/i&gt; &#187;. Les mots d'ordre qui couvraient la deuxi&#232;me n&#233;cessit&#233; (lieux organis&#233;s imm&#233;diatement communs aux ouvriers et &#224; la jeunesse intellectuelle) &#233;taient &#171; &lt;i&gt;liaison de masse&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;servir le peuple&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;cr&#233;ation de lieux politiques&lt;/i&gt; &#187;. La temporalit&#233; elle-m&#234;me devait &#234;tre neuve. &#192; la pr&#233;cipitation des partisans du mouvement pur (les anarchistes sous leurs diff&#233;rentes formes), les mao&#239;stes opposaient l'id&#233;e de la &#171; &lt;i&gt;guerre prolong&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Au r&#233;alisme des partisans de la vieille politique parlementaire, qui disaient que pour agir au niveau d'ensemble il faut se rallier aux partis existants, aux &#233;lections, etc., les mao&#239;stes opposaient la patience des exp&#233;rimentations locales, g&#233;n&#233;ralis&#233;es avec prudence, sous le signe de ce que, suivant cette fois Mallarm&#233;, ils appelaient &#171; &lt;i&gt;l'action restreinte&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de tout cela entra&#238;nait de s&#233;v&#232;res conflits avec les gardiens de la s&#233;paration ou de &#171; l'autonomie &#187; des diff&#233;rentes composantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'enfermement des &#233;tudiants dans leurs bastions universitaires, nous devions constamment intervenir, les appeler &#224; sortir, &#224; laisser de c&#244;t&#233; l'obsession des &#171; r&#233;formes &#187;, &#224; se lier aux larges masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre une conception classique de la gr&#232;ve ouvri&#232;re, nous devions affronter les syndicats traditionnels, singuli&#232;rement la CGT, soutenue par le Parti communiste fran&#231;ais (PCF), qui montait la garde aux portes des usines. En fait, la CGT enfermait les ouvriers dans les usines, tout comme les r&#233;formistes universitaires enfermaient les &#233;tudiants dans les facs. Briser ces enfermements ne se faisait pas sans violence, surtout du c&#244;t&#233; des usines. Les affrontements entre les &#171; r&#233;visionnistes &#187;, comme nous appelions le PCF, et les &#171; gauchistes &#187;, comme le PCF nous appelait, furent nombreux et s&#233;v&#232;res. Au fond, on nous opposait la m&#233;moire du Front populaire (une grande gr&#232;ve venant appuyer la venue au pouvoir d'un gouvernement d'union de la gauche), alors que nous cherchions les voies d'une nouvelle unit&#233;, directement discut&#233;e entre intellectuels et ouvriers, et qui mettait en jeu des formes d'action radicales (s&#233;questration des patrons, coulage des cadences, cr&#233;ation de comit&#233;s d'atelier, r&#233;unions improvis&#233;es dans les quartiers proches, meetings devant les usines, &#233;tablissement de jeunes &#233;tudiants dans les usines, information sur les actions ouvri&#232;res dans les facult&#233;s, etc.). Tout cela, je tiens &#224; le rappeler, a eu une existence r&#233;elle, prolong&#233;e, enthousiasmante. Le probl&#232;me fondamental, celui de l'organisation de type nouveau, n'a pas &#224; ce jour &#233;t&#233; r&#233;solu (mais il a fallu un si&#232;cle pour que soit formul&#233; le mod&#232;le l&#233;niniste du parti&#8230;). Cependant, les exp&#233;riences cumul&#233;es, y compris dans le conflit avec le bolchevisme stalinis&#233;, demeurent, et tout indique que leur actualit&#233; va se renouveler. D'autant plus que le mod&#232;le l&#233;niniste a, depuis, av&#233;r&#233; son fiasco &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la vision libertaire, symbolis&#233;e en France par l'occupation du th&#233;&#226;tre de l'Od&#233;on et ses &lt;i&gt;happenings&lt;/i&gt; d&#233;braill&#233;s, nous devions rappeler que rien ne peut se faire sans discipline et que si le mod&#232;le militaris&#233; de celle-ci doit &#234;tre surmont&#233;, ce n'est certainement pas l'apologie de la &#171; f&#234;te &#187;, le principe de jouissance et la m&#233;lancolie des nuits informes qui aident &#224; ce d&#233;passement. L&#224; aussi, il y a eu des heurts f&#233;conds, des pol&#233;miques de haute vol&#233;e, contre ceux que nous appelions les &#171; anarcho-d&#233;sirants &#187;. Ils anticipaient, ces anarcho-d&#233;sirants, ce qui est devenu depuis la politique des identit&#233;s (nationales ou r&#233;gionales, sexuelles, religieuses, culturelles, etc.) et &#224; quoi d&#232;s ce temps nous opposions les rigueurs de l'universalisme, qui reconna&#238;t toutes les diff&#233;rences, mais les enveloppe dans une conception partag&#233;e de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mao&#239;sme, au fond, a lutt&#233; sur deux fronts et cette id&#233;e de la &#171; lutte sur deux fronts &#187;, venue de Chine (il faut lutter contre la bourgeoisie classique certes, mais aussi contre la bourgeoisie nouvelle, cach&#233;e dans le Parti communiste et accaparant la bureaucratie d'&#201;tat), en r&#233;sume assez bien l'existence. Contre les bureaucraties &#171; ouvri&#232;res &#187; d'un c&#244;t&#233;, par l'anti-syndicalisme des actions d'usine radicales et par le refus du mod&#232;le-standard du Parti ; mais aussi contre l'autonomie anarchisante et identitaire des &#171; mouvements &#187;, par l'appel au trajet commun vers les lieux politiques populaires et par la recherche d'une nouvelle discipline arrach&#233;e au mod&#232;le militaire ou bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donn&#233; dans ses cons&#233;quences, Mai 68 a &#233;t&#233; l'inauguration d'une p&#233;riode enti&#232;rement nouvelle de la politique. Apr&#232;s le communisme historique de Marx, centr&#233; sur l'&#233;mancipation id&#233;ologique des actions ouvri&#232;res, et apr&#232;s le communisme r&#233;volutionnaire et &#233;tatique de L&#233;nine, centr&#233; sur la discipline militaire du Parti, vient la troisi&#232;me &#233;tape du communisme, centr&#233;e sur la fin des s&#233;parations sociales, la r&#233;pudiation des &#233;go&#239;smes revendicatifs, la critique du motif de l'identit&#233; et la proposition d'une discipline non militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Badiou&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophe et &#233;crivain, animateur de l'Organisation politique. Il est notamment l'auteur de &lt;i&gt;De quoi Sarkozy est-il le nom ?&lt;/i&gt; (Ed. Lignes, 2007)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Retour sur le mouvement naxalite</title>
		<link>https://www.ababord.org/Retour-sur-le-mouvement-naxalite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Retour-sur-le-mouvement-naxalite</guid>
		<dc:date>2008-07-26T05:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mritiunjoy Mohanty</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Mohanty, Mritiunjoy </dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Asie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les mouvements populaires de revendication des droits d'occupation et de location de la terre constituent une partie importante de l'histoire des luttes progressistes en Inde. M&#234;me s'ils sont d&#233;faits, les mouvements des ann&#233;es 1940 ont obtenu un gain important : les r&#233;formes agraires autoris&#233;es par la Constitution de l'Inde, au moment o&#249; elle devient une r&#233;publique en 1950. Ces r&#233;formes agraires sont cependant mises en &#233;chec par une coalition de la bourgeoisie urbaine et des int&#233;r&#234;ts (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Asie-+" rel="tag"&gt;Asie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mouvements populaires de revendication des droits d'occupation et de location de la terre constituent une partie importante de l'histoire des luttes progressistes en Inde. M&#234;me s'ils sont d&#233;faits, les mouvements des ann&#233;es 1940&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme Tebhaga (en 1946, dans ce qui est aujourd'hui le Bangladesh) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont obtenu un gain important : les r&#233;formes agraires autoris&#233;es par la Constitution de l'Inde, au moment o&#249; elle devient une r&#233;publique en 1950. Ces r&#233;formes agraires sont cependant mises en &#233;chec par une coalition de la bourgeoisie urbaine et des int&#233;r&#234;ts agraires. Ainsi, en d&#233;pit de l'abolition du landlordism (grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re), tr&#232;s peu de terres sont redistribu&#233;es, sauf dans l'&#201;tat du Kerala. L'abolition du &lt;i&gt;landlordism&lt;/i&gt; ouvre plut&#244;t la voie &#224; une transformation capitaliste de l'agriculture indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, l'Inde se trouve en pleine crise agraire. C'est sur cette toile de fond qu'en mai 1967, dans le village &#233;loign&#233; de Naxalbari, au nord du Bengale, Charu Mazumdar et Kanu Sanyal, deux dirigeants du Parti communiste indien marxiste (CPM), un parti n&#233; en 1964 d'une scission &#224; l'int&#233;rieur du Parti communiste de l'Inde (CPI), m&#232;nent un des plus c&#233;l&#232;bres soul&#232;vements paysans depuis l'ind&#233;pendance de l'Inde, inspir&#233; par la doctrine de Mao Zedong et par la r&#233;volution paysanne communiste chinoise. Le soul&#232;vement paysan est rapidement &#233;cras&#233;, mais il conduit en mai 1968 &#224; la formation d'un mouvement de gu&#233;rilla arm&#233;e de gauche : le mouvement naxalite, qui refuse la politique parlementaire et passe ouvertement &#224; la lutte arm&#233;e dans le but de fomenter une r&#233;volution paysanne. En mai 1969, Mazumdar, Sanyal et leurs partisans se s&#233;parent du CPM pour former le Parti communiste de l'Inde (marxiste-l&#233;niniste). En octobre de la m&#234;me ann&#233;e, une autre faction quitte le parti pour former un mouvement autonome. Ces scissions et contre-scissions, dues &#224; des divergences sur les plans id&#233;ologique et strat&#233;gique, ne marquent pas seulement la naissance du mouvement naxalite (ou mao&#239;ste), elles continuent encore aujourd'hui de le miner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1969, le Parti communiste de l'Inde (marxiste-l&#233;niniste) rallie &#224; sa cause non seulement la paysannerie, mais aussi la frange progressiste de la jeunesse urbaine, dont de nombreux membres, d&#233;&#231;us par les faibles progr&#232;s politiques et &#233;conomiques r&#233;alis&#233;s par l'Inde depuis son accession &#224; l'ind&#233;pendance, abandonnent leurs &#233;tudes pour se joindre au mouvement. L'&#201;tat indien r&#233;pond par une puissante r&#233;pression, &#224; laquelle le mouvement sera incapable de r&#233;sister, en raison d'une mobilisation populaire insuffisante, de ses querelles internes et de la m&#233;fiance populaire face &#224; l'usage excessif de la violence. Charu Mazumdar est arr&#234;t&#233; en juillet 1972. Il meurt en prison quelques semaines plus tard. Au milieu des ann&#233;es 1970, apr&#232;s une r&#233;pression d'&#201;tat implacable, apr&#232;s des milliers de morts au cours des affrontements avec la police, des meurtres arbitraires et des dizaines de milliers de prisonniers politiques, le mouvement naxalite, dans sa premi&#232;re phase, finira par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'h&#233;ritage du mouvement naxalite ? Une de ses contributions les plus durables se retrouve dans la litt&#233;rature et le th&#233;&#226;tre, particuli&#232;rement dans l'ouest du Bengale, et dans les tr&#232;s fortes r&#233;flexions sur les cons&#233;quences de la violence d'&#201;tat sur les individus et sur une soci&#233;t&#233; en proie &#224; une grande effervescence id&#233;ologique. Naxalbari a aussi entra&#238;n&#233; l'&#233;mergence de l'&#201;cole indienne d'historiographie subalterne qui a remis l'accent sur les forces populaires dans le discours narratif sur l'histoire indienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Dolor&#232;s Chew pour ses remarques &#224; ce sujet.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mouvement des droits civils s'est ainsi dot&#233; d'une forte assise historique. Des groupes progressistes ont commenc&#233; &#224; utiliser les recours constitutionnels et l&#233;gaux pour obtenir justice non seulement pour les dizaines de milliers de Naxalites qui croupissaient dans les prisons indiennes, mais aussi pour toutes les autres victimes de la r&#233;pression d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat indien a r&#233;pondu &#224; la crise agraire du milieu des ann&#233;es 1960 en introduisant et en subventionnant un ensemble de technologies agricoles connues sous le nom de &#171; r&#233;volution verte &#187;. Le mouvement de Naxalbari a certainement donn&#233; une impulsion &#224; son implantation g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; travers l'Inde et contribu&#233; &#224; l'&#233;mergence d'une bourgeoisie rurale et d'une agriculture de type capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, le mouvement naxalite a connu une r&#233;surgence, provoqu&#233;e par la r&#233;apparition de la question agraire que la bourgeoisie indienne avait crue r&#233;solue par la r&#233;volution verte et l'agriculture capitaliste. Mais le mouvement oublie que nous ne sommes plus en 1968 : l'agriculture indienne est largement capitaliste, la paysannerie est diff&#233;rente, les diverses communaut&#233;s qui composent la population de l'Inde ne souhaitent plus n&#233;cessairement renverser l'&#201;tat et l'aversion populaire face &#224; l'usage excessif et arbitraire de la violence, que ce soit par l'&#201;tat ou par des groupes r&#233;volutionnaires arm&#233;s, est toujours pr&#233;sente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme Tebhaga (en 1946, dans ce qui est aujourd'hui le Bangladesh) et Telengana (de 1944 &#224; 1951, dans l'&#201;tat d'Andhra Pradesh), tous deux en d&#233;finitive dirig&#233;s par le Parti communiste de l'Inde (CPI), avant qu'il ne se scinde en plusieurs tendances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Dolor&#232;s Chew pour ses remarques &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mritiunjoy Mohanty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur adjoint d'&#233;conomie &#224; l'Institut indien de gestion de Calcutta (IIM Calcutta) &#224; Kolkata et chercheur invit&#233; &#224; l'Institut d'&#233;tudes internationales de Montr&#233;al (IEIM) de l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Claude Brouillard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Sisterhood is powerful &#187; ? ... O yes mama !</title>
		<link>https://www.ababord.org/Sisterhood-is-powerful-O-yes-mama</link>
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		<dc:date>2008-07-25T21:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Dassas</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Dassas, V&#233;ronique </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La fin des ann&#233;es 1960 est un moment charni&#232;re dans l'histoire du mouvement des femmes aux &#201;tats-Unis. Apr&#232;s un certain essoufflement d'un f&#233;minisme r&#233;formiste focalis&#233; autour de la question de l'&#233;galit&#233; des droits dans la Constitution et malgr&#233; la cr&#233;ation en 1966 d'une nouvelle organisation, NOW (National Organization for Women), qui cherche &#224; le ressourcer, un mouvement plus radical va se mettre en place. Il prendra, au cours des ann&#233;es 1970, l'ampleur et l'importance qu'on lui conna&#238;t. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Dassas-Veronique-+" rel="tag"&gt;Dassas, V&#233;ronique &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La fin des ann&#233;es 1960 est un moment charni&#232;re dans l'histoire du mouvement des femmes aux &#201;tats-Unis. Apr&#232;s un certain essoufflement d'un f&#233;minisme r&#233;formiste focalis&#233; autour de la question de l'&#233;galit&#233; des droits dans la Constitution et malgr&#233; la cr&#233;ation en 1966 d'une nouvelle organisation, NOW (National Organization for Women), qui cherche &#224; le ressourcer, un mouvement plus radical va se mettre en place. Il prendra, au cours des ann&#233;es 1970, l'ampleur et l'importance qu'on lui conna&#238;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Radicales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce radicalisme revendiqu&#233; autour de 1968 n'est pas sans &#233;quivalent dans l'histoire du mouvement. Les suffragettes du d&#233;but du si&#232;cle, qui finirent par obtenir le droit de vote en 1920, puisent leur inspiration dans la &lt;i&gt;Declaration of Sentiments&lt;/i&gt; d'Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott, document pr&#233;sent&#233; &#224; la premi&#232;re conf&#233;rence qui entend aborder les probl&#232;mes et les droits des femmes, &#224; Seneca Falls en 1848. Il s'agit d'une d&#233;nonciation v&#233;h&#233;mente de la domination des femmes sur le plan individuel et sur le plan politique, d'un cri de r&#233;volte et de rage. &#171; &lt;i&gt;L'histoire de l'humanit&#233;, peut-on y lire, n'est qu'une suite de pr&#233;judices et d'usurpations que les hommes ont fait subir aux femmes, et qui vise directement &#224; &#233;tablir une v&#233;ritable tyrannie &#224; leur endroit&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; The history of mankind is a history of repeated injuries and usurpations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Suit une liste de ces pr&#233;judices et usurpations et un appel &#224; l'organisation et &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le droit de vote finira par aboutir. Par contre, celle voulant que l'&#233;galit&#233; des droits soit inscrite dans la Constitution et qui mobilisera les femmes par la suite ira de trahisons en d&#233;convenues. Toujours est-il que le radicalisme des f&#233;ministes am&#233;ricaines jalonne leur histoire, avec des hauts et des bas certes, mais il n'en est pas &#224; ses premi&#232;res manifestations &#224; la fin des ann&#233;es 1960, et cela malgr&#233; des ann&#233;es de maccarthysme et de chasse aux sorci&#232;res. Betty Friedan par exemple, que les f&#233;ministes radicales ont beaucoup critiqu&#233;e pour son livre &lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; (1963), o&#249; elle focalise son analyse sur l'ali&#233;nation des femmes de la classe moyenne pi&#233;g&#233;es dans leur r&#244;le de m&#232;res de famille, a tout un pass&#233; de militante de gauche dans les ann&#233;es 1950, avec des positions autrement plus corrosives que celles qu'elle d&#233;fendra par la suite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet un article de Joanne Boucher paru en 2003 dans New Politics (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas nouveau non plus que les femmes se d&#233;cident &#224; prendre leurs affaires en main apr&#232;s avoir tent&#233; de se faire entendre &#224; l'int&#233;rieur d'organisations vou&#233;es plus g&#233;n&#233;ralement &#224; l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; et &#224; la justice pour tous. C'est en luttant contre l'esclavage des Noirs que les premi&#232;res f&#233;ministes am&#233;ricaines prirent conscience de leur propre servitude. C'est en se voyant refuser le droit de parler lors d'une convention abolitionniste &#224; Londres en 1840 que deux d'entre elles prennent toute la mesure de leur condition et qu'elles d&#233;cident, une fois rentr&#233;es aux &#201;tats-Unis, de commencer leur lutte pour les droits politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Militantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bon nombre de femmes qui vont s'engager sur la voie du f&#233;minisme radical et autonome &#224; la fin des ann&#233;es 1960 ont un pass&#233; de militantes. Elles ont, pour les plus &#226;g&#233;es, comme Betty Friedan ou Gerda Lerner, un pass&#233; militant h&#233;rit&#233; de l'antifascisme ou du communisme de leurs parents. Les plus jeunes viennent de groupes qui luttent pour les droits civils des Noirs, comme le Student Non-Violent Coordinating Council (SNCC) ou de groupes d'&#233;tudiants de gauche comme Students for a Democratic Society (SDS). Elles participent de cette New Left, cette nouvelle gauche qui se d&#233;marque d'une gauche plus traditionnelle par le fait qu'elle entend d&#233;passer la critique reli&#233;e au travail et &#224; la production pour s'attaquer plus largement &#224; l'ensemble des rapports sociaux. Seulement, elles constatent rapidement qu'elles n'occupent dans ces organisations que des positions subalternes et qu'on ne les &#233;coute gu&#232;re quand elles s'avisent d'&#233;voquer leur condition particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volt&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte &#233;crit en 1969, Marge Piercy d&#233;crit ainsi le fonctionnement de cette gauche qu'&#224; l'&#233;poque on appelle The Movement : &#171; &lt;i&gt;La v&#233;ritable base, c'est la force de travail, surtout f&#233;minine et g&#233;n&#233;ralement non pay&#233;e qui assure le travail quotidien. Comme dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233; capitaliste, il n'y a aucun prestige rattach&#233; au travail concret. Les travailleurs sont invisibles. Ce sont ceux qui &#233;crivent, ceux qui font des discours et les protagonistes qui tiennent les r&#244;les spectaculaires qui se tiennent en vue et sont respect&#233;s. Produire des analyses th&#233;oriques sur ce qu'on devrait faire, produire du jargon technique, c'est cela qu'on admire, beaucoup plus que ce que tout le monde appelle le sale travail&lt;/i&gt; (shitwork)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marge Piercy, &#171; The Grand Coolie Damn &#187;, 1969. On peut consulter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La critique est acerbe, on l'entendra &#224; sati&#233;t&#233; un peu partout en Occident dans les ann&#233;es suivantes : les hommes ne prennent pas les femmes au s&#233;rieux, ils les manipulent et les m&#233;prisent, s'en servent quand &#231;a les arrange, les rejettent quand elles ne leur servent plus. Mais plus que tout, les hommes, m&#234;me de gauche, consid&#232;rent, au mieux, l'oppression des femmes comme secondaire, au pire, ils la nient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incapacit&#233; &#224; communiquer avec les hommes sur la situation des femmes &#233;tait clairement exprim&#233;e en 1965 dans un texte que l'on consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement comme l'un des premiers documents du mouvement de lib&#233;ration des femmes qui s'amorce. Le ton est pos&#233;, presque &#233;teint, comme si les arguments avaient &#233;t&#233; us&#233;s par un pass&#233; difficile : &#171; &lt;i&gt;Tr&#232;s peu d'hommes semblent penser, quand ils entendent parler de tout cela, qu'ils ont le droit de participer &#224; ces discussions, puisqu'ils sont profond&#233;ment impliqu&#233;s. En m&#234;me temps, tr&#232;s peu d'hommes peuvent r&#233;agir sans &#234;tre sur la d&#233;fensive parce que ces probl&#232;mes les menacent, les d&#233;masquent ou encore sont hors de leur compr&#233;hension. Leur r&#233;action, c'est g&#233;n&#233;ralement le rire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; A Kind of Memo &#187;, Casey Hayden et Mary King, 1965. On peut consulter le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Tout cela peut passer aujourd'hui pour anodin, mais qu'on pense un peu &#224; ce rire ordinaire et &#224; sa charge, ordinaire elle aussi, de m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;c&#339;ur&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sur un fond de ressentiment &#224; l'&#233;gard de la nouvelle gauche que vont s'inscrire les premi&#232;res initiatives des f&#233;ministes radicales, mais c'est bien s&#251;r &#233;galement sur sa lanc&#233;e. Pour m&#233;moire, en 1968, la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine semble secou&#233;e de l'int&#233;rieur comme par une onde sismique : r&#233;bellion g&#233;n&#233;ralis&#233;e contre la guerre au Vietnam, &#233;meutes lors de la Convention d&#233;mocrate &#224; Chicago, &#233;meutes apr&#232;s l'assassinat de Martin Luther King... Sans compter une forme de contre-culture o&#249; se m&#233;langent sexe, drogue et rock'n'roll, selon une expression d&#233;sormais us&#233;e jusqu'&#224; la corde, et qui attaque tous azimuts, y compris bien s&#251;r la gauche politique. Les femmes sont en quelque sorte en porte-&#224;-faux : elles ne se reconnaissent pas et elles critiquent les st&#233;r&#233;otypes d'une pornographie dite &#171; &lt;i&gt;lib&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, par exemple, mais elles aussi veulent parler (et pas seulement parler) sexualit&#233; et normes sexuelles. Elles se reconnaissent dans certains aspects de la lutte des Noirs, mais elles ne sont ni minoritaires ni pr&#234;tes &#224; accepter le machiste affich&#233; de certains groupes... Un exemple : &#224; l'automne 1968, le Women's Majority Union, un groupe de femmes de Seattle, publie le premier num&#233;ro d'un journal intitul&#233; Lilith, o&#249; l'on peut lire une d&#233;claration de principes du Black Unity Party de l'&#233;tat de New York r&#233;clamant aux &#171; &lt;i&gt;s&#339;urs de ne pas prendre la pilule,&lt;/i&gt; [car] &lt;i&gt;c'est la m&#233;thode dont se sert le syst&#232;me pour &#233;liminer le peuple noir&lt;/i&gt; &#187;. Lilith publie &#233;galement la r&#233;ponse de six femmes noires de Mount Vernon, New York, qui commence ainsi : &#171; &lt;i&gt;Les s&#339;urs noires pauvres d&#233;cident par elles-m&#234;mes si elles veulent ou non avoir des enfants. Si nous prenons la pilule ou pratiquons le contr&#244;le des naissances par d'autres moyens, c'est &#224; cause des hommes noirs et pauvres&lt;/i&gt; [...]. &lt;i&gt;Les hommes noirs ont toujours dit aux femmes noires qu'elles &#233;taient noires, laides, mauvaises. Ils nous ont trait&#233;es de chiennes et de putains, en d'autres termes, c'est nous qui &#233;tions les vrais noirs de la soci&#233;t&#233;, opprim&#233;es par les blancs, hommes et femmes, et aussi par les hommes noirs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Black Women in Poverty &#187;, 1968, &#224; consulter &#224; .&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il faut d'ailleurs signaler l'apport du Black Feminism (on peut citer Angela Davis parmi les femmes de ce courant) qui, dans les ann&#233;es 1970, va tenter une analyse de la discrimination prenant en compte sexe, classe, race et &#233;ventuellement homosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;cha&#238;n&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elles vont passer &#224; l'action, ces femmes. Elles vont se regrouper, former des organisations, d&#233;filer, protester, d&#233;clarer, &#233;crire beaucoup, publier des bulletins, des journaux, des br&#251;lots, des essais qui feront date, organiser des groupes de conscientisation, des groupes de parole, elles vont se raconter encore et encore leurs histoires, elles vont se tomber dans les bras, quitter leur mari, faire des enfants, faire l'amour entre elles et avec d'autres. Elles vont se servir de la litt&#233;rature, du cin&#233;ma, de la musique, elles vont s'emparer de tous les modes d'expression possibles. Certaines vont devenir des ic&#244;nes : Kate Millet, Gloria Steineim... Elles vont entamer une critique radicale de la soci&#233;t&#233; et des rapports de sexes qui n'a pas fini de faire parler, enrager, batailler ; bref, vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques exemples de ce qu'elles entreprirent au cours de l'ann&#233;e 1968. Le 15 janvier, arrive &#224; Washington pour demander la fin de la guerre au Vietnam un regroupement qui se nomme Jeanette Rankin Brigade. Cette coalition choisit ainsi de s'identifier &#224; la premi&#232;re femme, connue pour ses convictions f&#233;ministes et pacifistes, &#224; avoir &#233;t&#233; &#233;lue au Congr&#232;s en 1917. Rankin avait vot&#233; imperturbablement contre l'entr&#233;e en guerre des &#201;tats-Unis au moment des deux guerres mondiales, son nom &#233;tait donc de circonstance. Mais finalement les femmes de la brigade rediscutent la finalit&#233; premi&#232;re du rassemblement. Elles se rendent compte, raconte Shulamith Firestone, qu'elles interviennent encore une fois &#224; partir de leurs r&#244;les traditionnels : femmes, m&#232;res, s&#339;urs, filles. Le r&#244;le des pleureuses, finalement. Un r&#244;le passif dont elles ne veulent plus. Certaines d'entre elles d&#233;cident donc d'aller enterrer symboliquement la f&#233;minit&#233; traditionnelle au cimeti&#232;re d'Arlington : cort&#232;ge, cercueil rempli de toutes sortes d'accessoires et d'accoutrements typiquement f&#233;minins. Sur les banderoles : &#171; &lt;i&gt;Don't cry, resist.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 mars, un groupe de femmes de Chicago c&#233;l&#232;bre la journ&#233;e internationale en projetant un film de 1954, &lt;i&gt;The Salt of the Earth&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le sel de la Terre&lt;/i&gt;), r&#233;alis&#233; par Herbert Biberman avec une &#233;quipe de gens ayant &#233;t&#233; inscrits sur les listes noires d'Hollywood pendant le maccarthysme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce film est libre de droits d'auteur. On peut le visionner &#224; .&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le film raconte la gr&#232;ve de mineurs mexicains qui luttent pour des conditions d&#233;centes de travail et de vie. Leurs femmes se mobi-lisent et remportent la victoire malgr&#233; la r&#233;sistance des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin, Valerie Solanas tire sur Andy Warhol. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, elle avait &#233;crit le &lt;i&gt;SCUM Manifesto&lt;/i&gt; (SCUM : Society for Cutting up Men, ce qui en gros pourrait se traduire par Association pour castrer les hommes, mais qui est parfois plus pudiquement traduit par Association pour tailler les hommes en pi&#232;ces !). Ti-Grace Atkinson la soutient publiquement, ce qui fait scandale &#224; NOW.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne, en r&#233;action au f&#233;minisme lib&#233;ral de NOW, Ti-Grace Atkinson fonde le mouvement du 17 octobre, qui sera connu plus tard sous le nom de The Feminists. Les femmes de ce groupe se r&#233;clament d&#233;sormais non plus du mouvement des femmes, mais du f&#233;minisme radical. En 1968 &#233;galement, &#224; New York, na&#238;t WITCH (Women's International Terrorist Conspiracy from Hell, Conspiration terroriste internationale des femmes venues de l'enfer). Ce groupe fait du th&#233;&#226;tre de gu&#233;rilla. Sa premi&#232;re intervention se d&#233;roule &#224; Wall Street le jour de l'Halloween. Il y en aura bien d'autres : le jour de la Saint-Valentin de 1969, par exemple, avec des slogans incendiaires contre le mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, un groupe de femmes vient semer la zizanie lors de l'&#233;lection de Miss America &#224; Atlantic City : elles couronnent une brebis et jettent dans une grande poubelle gaines, produits de maquillage, soutiens-gorge, talons hauts, etc. La presse est sur les lieux : les photos du scandale feront le tour du pays donnant ainsi un retentissement consid&#233;rable &#224; l'&#233;v&#233;nement. La d&#233;rision devient une arme politique que les femmes retournent contre ceux qui continuent de ne pas les prendre au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e-l&#224;, les actions, symboliques ou non, se multiplient. Ce n'est l&#224; que le d&#233;but de l'exercice d'un pouvoir de r&#233;bellion hors du contr&#244;le des &#171; rebelles &#187; masculins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sisterhood is powerful&lt;/i&gt; ? Sans aucun doute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;The history of mankind is a history of repeated injuries and usurpations on the part of man toward woman, having in direct object the establishment of an absolute tyranny over her.&lt;/i&gt; &#187; On peut lire l'int&#233;gralit&#233; du texte &#224; &lt;a href=&#034;http://www.fordham.edu/halsall/mod/Senecafalls.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.fordham.edu/halsall/mod/Senecafalls.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet un article de Joanne Boucher paru en 2003 dans &lt;i&gt;New Politics&lt;/i&gt; et que l'on peut consulter &#224; &lt;a href=&#034;http://www.wpunj.edu/newpol/issue35/boucher35.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.wpunj.edu/newpol/issue35/boucher35.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marge Piercy, &#171; The Grand Coolie Damn &#187;, 1969. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; du texte &#224; &lt;a href=&#034;http://www.cwluherstory.com/CWLUArchive/damn.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cwluherstory.com/CWLUArchive/damn.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; A Kind of Memo &#187;, Casey Hayden et Mary King, 1965. On peut consulter le texte &#224; &lt;a href=&#034;http://www.cwluherstory.org/classic-feminist-writings/a-kind-of-memo-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cwluherstory.org/classic-feminist-writings/a-kind-of-memo-2.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Black Women in Poverty &#187;, 1968, &#224; consulter &#224; &lt;a href=&#034;http://www.cwluherstory.com/CWLUArchive/blackwomen.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cwluherstory.com/CWLUArchive/blackwomen.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce film est libre de droits d'auteur. On peut le visionner &#224; &lt;a href=&#034;http://www.archive.org/details/salt_of_the_earth&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.archive.org/details/salt_of_the_earth&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ronique Dassas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste et traductrice, elle est membre de l'&#233;quipe de la revue &lt;i&gt;Conjonctures&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Toutes les adresses Internet donn&#233;s dans les notes ont &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;es le 29-2-2008.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le 2 octobre ne s'oublie pas</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-2-octobre-ne-s-oublie-pas</link>
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		<dc:date>2008-07-24T21:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laura Castellanos</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Castellanos, Laura </dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Laura Castellanos, journaliste &#224; Mexico, vient de faire para&#238;tre un livre important : M&#233;xico Armado. 1943-1981 (&#233;ditions Era, 2007), relatant pour la premi&#232;re fois l'histoire des gu&#233;rillas du Mexique. Nous reproduisons ici les quelques pages portant sur les &#233;v&#233;nements de 1968. Car le massacre de Tlatelolco constitue un point tournant dans l'histoire de ce pays, &#224; la fois pour ces centaines de jeunes qui, au cours des ann&#233;es suivantes, se lancent dans la lutte arm&#233;e estimant que toutes les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Castellanos-Laura-+" rel="tag"&gt;Castellanos, Laura &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton128.jpg?1642092130' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;354&#034; height=&#034;226&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Laura Castellanos, journaliste &#224; Mexico, vient de faire para&#238;tre un livre important : &lt;i&gt;M&#233;xico Armado. 1943-1981&lt;/i&gt; (&#233;ditions Era, 2007), relatant pour la premi&#232;re fois l'histoire des gu&#233;rillas du Mexique. Nous reproduisons ici les quelques pages portant sur les &#233;v&#233;nements de 1968. Car le massacre de Tlatelolco constitue un point tournant dans l'histoire de ce pays, &#224; la fois pour ces centaines de jeunes qui, au cours des ann&#233;es suivantes, se lancent dans la lutte arm&#233;e estimant que toutes les autres voies de changement &#233;taient bloqu&#233;es et pour un r&#233;gime autoritaire qui s'enfonce dans la violence et la r&#233;pression de la &#171; sale guerre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Marxism and Communism in Twentieth-Century Mexico&lt;/i&gt;, Barry Carr signale que durant les ann&#233;es 1960, celles du &#171; miracle mexicain &#187;, le Mexique connait une croissance soutenue combin&#233;e &#224; une stabilit&#233; mon&#233;taire. L'industrie manufacturi&#232;re et p&#233;troli&#232;re sont en plein essor, les salaires r&#233;els des travailleurs s'am&#233;liorent, les sommes allou&#233;es &#224; l'&#233;ducation et &#224; la sant&#233; augmentent et le pays commence &#224; se d&#233;finir comme une soci&#233;t&#233; de consommation. Toutefois, sur le plan politique, cette pouss&#233;e se fait sentir avec plus de virulence. Jaramillo est assassin&#233; en 1962 ; le mouvement de Salvador Nava &#224; San Luis Potos&#237; est dissous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rub&#233;n Jaramillo, ancien combattant de l'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Sud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; diverses manifestations pacifiques sont r&#233;prim&#233;es dans le sang sur les places du Guerrero ; le mouvement des m&#233;decins est &#233;cras&#233; en 1964-1965 ; l'Universit&#233; Nicola&#237;ta, dans le Michoac&#225;n, est occup&#233;e militairement en 1966 et celle de Sonora un an plus tard. Pendant qu'on an&#233;antit toute tentative de soul&#232;vement arm&#233;, le Parti communiste mexicain (PCM), exsangue et sans registre &#233;lectoral, continue d'&#234;tre harcel&#233;. Quelques dirigeants des cheminots, dont Demetrio Vallejo, Valent&#237;n Campa, Alberto Lumbreras et Hugo Ponce de Le&#243;n, sont toujours d&#233;tenus pour avoir lutt&#233;, une d&#233;cennie auparavant, pour l'autonomie et la reconnaissance des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les vieux militants languissent en prison, de nouveaux visages rejoignent le militantisme social. La prol&#233;tari-sation de la campagne et la migration vers les villes, la r&#233;pression des mouvements ouvrier et professoral de 1957-1959, la consolidation des institutions corporatistes et corrompues du gouvernement, la massification de la vie urbaine, l'ankylose du PCM, l'assujettissement du Parti populaire socialiste (PPS) &#224; l'&#201;tat, et le Concile Vatican II adoptant l'&#171; &lt;i&gt;option pour les pauvres&lt;/i&gt; &#187; constituent autant de ph&#233;nom&#232;nes qui, selon Carr, provoquent l'apparition de nouveaux protagonistes sur la sc&#232;ne nationale : travailleurs agricoles et paysans sans terre, bureaucrates, chr&#233;tiens radicalis&#233;s, organisations de colons avec une pr&#233;sence f&#233;minine majoritaire demandant logements et services urbains, ainsi qu'hommes et femmes cultivant leurs pr&#233;occupations politiques sur les campus des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cependant la jeunesse ayant acc&#232;s aux &#233;coles normales rurales et &#224; l'enseignement sup&#233;rieur dans les grandes villes qui, au cours des ann&#233;es 1960, hisse le drapeau de la lutte d&#233;mocratique. Les cercles &#233;tudiants mexicains ne restent pas &#233;trangers &#224; la r&#233;bellion juv&#233;nile de la d&#233;cennie et &#224; la lib&#233;ration f&#233;minine qui accro&#238;t la participation politique des femmes. Dans les milieux les plus politis&#233;s circulent les &#339;uvres de Marx, de L&#233;nine ou de Mao. Des milliers d'&#233;tudiants militent dans la Jeunesse communiste, le PPS, ou dans l'une des deux organisations les plus importantes au niveau national : la Centrale nationale des &#233;tudiants d&#233;mocratiques (CNED) ou la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants paysans socialistes du Mexique &#8211; qui r&#233;unissent les normaliens &#8211;, alors que d'autres, ayant une formation chr&#233;tienne, adh&#232;rent &#224; la naissante th&#233;ologie de la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; cette g&#233;n&#233;ration admire la jeunesse r&#233;volutionnaire consolidant la r&#233;volution cubaine, elle assiste au Mexique &#224; l'&#233;puisement du pacte de d&#233;veloppement &#233;conomique qui avait rendu possible l'ascension sociale des classes moyennes. Elle observe l'aggravation de la crise du milieu rural, les attaques implacables contre les mouvements d'opposition et l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser des changements sociaux et &#233;conomiques &#224; travers la voie &#233;lectorale. Voil&#224; la toile de fond sur laquelle cette g&#233;n&#233;ration vit diverses exp&#233;riences politiques et commence &#224; discuter, notamment dans les &#233;tats du Chiahuahua et du Guerrero, de la pertinence de la voie arm&#233;e, avant m&#234;me qu'ait lieu le massacre de 1968.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment m&#234;me o&#249; G&#233;naro V&#225;zquez et Lucio Caba&#241;as forment leurs gu&#233;rillas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement l'Asociaci&#243;n c&#237;vica nacional revolucionaria (ACNR) et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le pr&#233;sident Gustavo D&#237;az Ordaz trouve le pr&#233;texte id&#233;al pour montrer le visage du &#171; miracle mexicain &#187; au monde entier : Mexico a &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;e pour la tenue des XIXe Jeux Olympiques. N&#233;anmoins, sa susceptibilit&#233; anticommuniste se convertit en parano&#239;a et engendre ce que Carlos Monsiv&#225;is a appel&#233;, dans &lt;i&gt;Parte de guerra, Tlatelolco 1968&lt;/i&gt;, la &#171; th&#233;orie du complot &#187; : le pr&#233;sident est obs&#233;d&#233; par l'id&#233;e qu'un complot communiste international ne sabote les Jeux Olympiques pour discr&#233;diter le pays. Son obsession s'incarne dans un fait divers impliquant des &#233;tudiants, qui provoque en cascade une fausse alarme, puis une intervention militaire sur des campus universitaires, un &#233;tonnant militantisme &#233;tudiant, une violence brutale exerc&#233;e &#224; son endroit et un point culminant dans la nuit tragique de Tlatelolco. Le responsable de la s&#233;curit&#233; est alors Luis Echeverr&#237;a&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors ministre de l'Int&#233;rieur (Gobernaci&#243;n), il succ&#232;de &#224; D&#237;az Ordaz &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 juillet 1968, une querelle entre des gangs de jeunes et des &#233;tudiants de la Polytechnique, qui &#233;clate aux alentours de la Ciudadela, provoque l'incursion violente de policiers anti-&#233;meute dans ces campus scolaires. Des &#233;tudiants de la Polytechnique et des jeunes de la CNED manifestent leur indignation durant la marche du 26 juillet comm&#233;morant l'assaut &#224; la caserne de Moncada men&#233; par Fidel Castro en 1953. La marche est interrompue par des nervis vandalisant les commerces avec la complicit&#233; de la police. Quatre jours plus tard, les militaires font irruption sur les campus de l'Universit&#233; nationale autonome de Mexico (UNAM) et de la Polytechnique et tirent au bazooka dans une porte du Coll&#232;ge de San Ildefonso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps estudiantin cr&#233;e alors le Conseil national de gr&#232;ve (CNH pour &lt;i&gt;Consejo nacional de huelga&lt;/i&gt; [ndt]) au sein duquel convergent des repr&#233;sentants de diverses facult&#233;s et &#233;coles. Des marches massives ont lieu, puis des assembl&#233;es spontan&#233;es et marathoniennes. L'assaut militaire contre la Ville universitaire et le campus de Santo Tom&#225;s, abritant respectivement l'UNAM et la Polytechnique, entra&#238;ne l'appui inconditionnel aux gr&#233;vistes de Javier Barros Sierra, recteur de l'UNAM, qui d&#233;missionne pour protester contre le viol de l'autonomie universitaire par l'arm&#233;e. L'assaut &#233;veille aussi la solidarit&#233; de l'acad&#233;mie et des intellectuels progressistes, de m&#232;res et de p&#232;res de famille. En revanche, le gouvernement &#233;tend son contr&#244;le sur la presque totalit&#233; des m&#233;dias de communication et fait emprisonner plus d'un millier d'&#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CNH brandit comme &#233;tendard les &#171; &lt;i&gt;six points de la plateforme de revendication&lt;/i&gt; &#187; qui d&#233;passent les questions acad&#233;miques : libert&#233; des prisonniers politiques (parmi eux, les vieux cheminots) ; destitution des g&#233;n&#233;raux Luis Cueto Ram&#237;rez et Ra&#250;l Mendiola, chefs des corps de police, pour leurs attaques contre les &#233;tudiants ; dissolution du corps des policiers anti-&#233;meute ; abrogation des lois r&#233;f&#233;rant au d&#233;lit de &#171; &lt;i&gt;dissolution sociale&lt;/i&gt; &#187; ayant &#233;t&#233; promulgu&#233;es comme mesures d'urgence lors de la IIe Guerre mondiale et qui sont utilis&#233;es comme instrument juridique r&#233;pressif pour emprisonner des militants d'opposition ; indemnisation des familles dont des membres ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou bless&#233;s depuis la manifestation du 26 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s font la sourde oreille et la &#171; th&#233;orie du complot &#187; atteint son apog&#233;e le 2 octobre 1968. La manifestation qui a lieu devant l'&#233;difice Chihuahua de l'Unit&#233; d'habitation Nonoalco Tlatelolco rassemble quelque 5 000 personnes, surtout des &#233;tudiants et des familles solidaires, plusieurs d'entre elles habitant l'&#233;difice. La manifestation est encercl&#233;e par des soldats et des v&#233;hicules blind&#233;s, des francs-tireurs avec des armes de haut calibre sont post&#233;s dans diff&#233;rents &#233;difices et des officiers de l'&#201;tat-major pr&#233;sidentiel sont dissimul&#233;s dans des appartements entourant la place&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de la Place des Trois cultures (r&#233;f&#233;rence aux cultures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des officiers du bataillon &lt;i&gt;Olimpia&lt;/i&gt;, v&#234;tus en civil et portant un gant ou un mouchoir blanc comme signe de reconnaissance, se dissimulent dans les escaliers et les couloirs de l'entr&#233;e de l'&#233;difice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux feux de Bengale lanc&#233;s d'un h&#233;licopt&#232;re servent de signal pour qu'un franc-tireur fasse feu sur le g&#233;n&#233;ral Jos&#233; Hern&#225;ndez Toledo, provoquant ainsi l'attaque des militaires contre la foule sans d&#233;fense. La fusillade &#224; bout portant, raconte Monsiv&#225;is, dure plus d'une demi-heure. Les corps d'enfants, de femmes, d'hommes et de personnes &#226;g&#233;es demeurent &#233;parpill&#233;s sur la place. Plus de 2 000 personnes sont emprisonn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les autorit&#233;s admettront par la suite le d&#233;c&#232;s de 40 personnes. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, &#224; l'exception de l'&lt;i&gt;Exc&#233;lsior&lt;/i&gt; de Julio Scherer, de la revue &lt;i&gt;&#191;Por qu&#233; ?&lt;/i&gt; de Mario Men&#233;ndez et de &lt;i&gt;Siempre !&lt;/i&gt; de Jos&#233; Pag&#233;s Llergo, tous les m&#233;dias dissimulent la v&#233;rit&#233;. Dix jours plus tard, D&#237;az Ordaz inaugure les XIXe Jeux Olympiques. C'&#233;tait Mexico 1968.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rub&#233;n Jaramillo, ancien combattant de l'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Sud d'Emiliano Zapata, &#233;tait un leader paysan et un gu&#233;rillero de l'&#233;tat de Morelos ; il aurait &#233;t&#233; assassin&#233; par ordre du pr&#233;sident Adolfo L&#243;pez Mateos. Salvador Nava Castillo &#233;tait &#224; la t&#234;te d'un mouvement d&#233;mocratique de d&#233;fense des droits civiques. (ndt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Respectivement l'&lt;i&gt;Asociaci&#243;n c&#237;vica nacional revolucionaria&lt;/i&gt; (ACNR) et le &lt;i&gt;Partido de los pobres&lt;/i&gt; (PDLP), toutes deux actives dans l'&#233;tat du Guerrero. (ndt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors ministre de l'Int&#233;rieur (&lt;i&gt;Gobernaci&#243;n&lt;/i&gt;), il succ&#232;de &#224; D&#237;az Ordaz &#224; la pr&#233;sidence pour le sexennat de 1970-1976. (ndt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de la Place des Trois cultures (r&#233;f&#233;rence aux cultures pr&#233;colombienne, espagnole et du Mexique moderne). La &lt;i&gt;Plaza de las Tres Culturas&lt;/i&gt; est le th&#233;&#226;tre, en 1521, de la capitulation de Cuauht&#233;moc devant Hern&#225;n Cort&#233;s, lequel y fait massacrer plusieurs milliers d'indig&#232;nes. (ndt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les autorit&#233;s admettront par la suite le d&#233;c&#232;s de 40 personnes. Les chercheurs estiment aujourd'hui que le Massacre de Tlatelolco a fait de 300 &#224; 800 morts, selon les estimations. (ndt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laura Castellanos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'espagnol par Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233; et Claude Rioux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Terre en transe</title>
		<link>https://www.ababord.org/Terre-en-transe</link>
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		<dc:date>2008-07-23T23:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1968 devait &#234;tre, selon les paroles de Fidel Castro prononc&#233;es le 2 janvier &#224; La Havane, celle du &#171; gu&#233;rillero h&#233;ro&#239;que &#187;. Les &#233;chos de la mort du Che allaient se r&#233;percuter tout au long de cette ann&#233;e dans le monde, &#224; travers un, deux, trois, mille foyers de r&#233;volte. Le Qu&#233;bec n'y &#233;chappera pas et cet &#233;cho sera modul&#233; selon les caract&#233;ristiques propres de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise : on assiste alors non pas &#224; un &#171; complot international &#187; ou &#224; une transposition tardive de ce qui se fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1968 devait &#234;tre, selon les paroles de Fidel Castro prononc&#233;es le 2 janvier &#224; La Havane, celle du &#171; &lt;i&gt;gu&#233;rillero h&#233;ro&#239;que&lt;/i&gt; &#187;. Les &#233;chos de la mort du Che allaient se r&#233;percuter tout au long de cette ann&#233;e dans le monde, &#224; travers un, deux, trois, mille foyers de r&#233;volte. Le Qu&#233;bec n'y &#233;chappera pas et cet &#233;cho sera modul&#233; selon les caract&#233;ristiques propres de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise : on assiste alors non pas &#224; un &#171; complot international &#187; ou &#224; une transposition tardive de ce qui se fait ailleurs, mais &#224; une convergence de mouvements de lutte qui entrent en r&#233;sonance avec ce qui se passe au niveau mondial (pouvant, &#224; l'occasion, s'en inspirer) et qui ont des racines dans l'histoire qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'enchev&#234;trement des luttes ayant marqu&#233; cette p&#233;riode, on peut distinguer trois grandes lignes de force correspondant &#224; trois foyers contestataires : celui de la gauche nationaliste dans toutes ses variantes, celui des luttes ouvri&#232;res et populaires, et enfin, celui de la contestation &#233;tudiante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Feu sur l'Am&#233;rique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960, au sortir de la &#171; grande noirceur &#187; duplessiste, le r&#234;ve de l'ind&#233;pendance nationale du Qu&#233;bec resurgit avec force, s'immis&#231;ant par les portes ouvertes &#224; la faveur du processus de modernisation qu'on a appel&#233; la R&#233;volution tranquille tout en s'inspirant des exp&#233;riences de la R&#233;volution cubaine et des luttes de d&#233;colonisation en Afrique et en Asie. Le projet ind&#233;pendantiste est alors essentiellement port&#233; par le RIN (Rassemblement pour l'ind&#233;pendance nationale), cr&#233;&#233; en 1960. Ce dernier, fondant l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec sur une base socialisante, pr&#233;sente des candidatures aux &#233;lections provinciales (un peu moins de 6 % des voix au scrutin de 1966) tout en ne d&#233;daignant pas les actions de rue &#171; muscl&#233;es &#187;. &#192; l'occasion de la venue de la reine &#201;lisabeth II au Qu&#233;bec, en octobre 1964, les manifestations appel&#233;es par le RIN seront f&#233;rocement r&#233;prim&#233;es par les forces polici&#232;res lors de ce qu'on a appel&#233; le &#171; samedi de la matraque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; l'action l&#233;gale du RIN, certains de ses militants ont form&#233;, en 1962-1963, un mouvement arm&#233;, le Front de lib&#233;ration du Qu&#233;bec (FLQ). Le premier r&#233;seau du Front sera rapidement d&#233;mantel&#233;, mais d'autres, au fil des ans, surgiront de nouveau. En 1968, le groupe qui anime le FLQ (autour de Pierre-Paul Geoffroy) axe essentiellement son action et ses attentats contre des cibles en lien avec des conflits ouvriers, et cela, dans une perspective o&#249; s'articulent anti-imp&#233;rialisme, socialisme et ind&#233;pendantisme. Ce r&#233;seau a d'ailleurs adopt&#233; comme premi&#232;re d&#233;nomination &#171; Front de lib&#233;ration des travailleurs &#187;, avant de revenir au sigle plus connu de FLQ. Le r&#233;seau Geoffroy r&#233;alise sans doute le plus grand nombre d'actions arm&#233;es (plus d'une trentaine) au Qu&#233;bec, frappant aussi bien le consulat des &#201;tats-Unis dans un geste de solidarit&#233; avec la r&#233;sistance vietnamienne que des int&#233;r&#234;ts patronaux (attentats contre les locaux de chambres de commerce et de dirigeants d'entreprise), le tout culminant avec l'explosion d'une bombe, le 13 f&#233;vrier 1969, &#224; la Bourse de Montr&#233;al. On peut ainsi appr&#233;cier le changement de conception s'&#233;tant op&#233;r&#233; par rapport &#224; la vague felquiste de 1963 qui, plus impr&#233;gn&#233;e d'id&#233;ologie de la d&#233;colonisation que de socialisme, frappait essentiellement des symboles du &#171; &lt;i&gt;colonialisme anglo-canadian&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement radical de conception a pris forme avec l'entr&#233;e de Pierre Valli&#232;res et de Charles Gagnon au sein du FLQ en 1966. La cr&#233;ation de ce nouveau r&#233;seau n'est par ailleurs pas &#233;trang&#232;re &#224; l'apparition, &#224; la gauche du RIN, d'un regroupement, le Mouvement de lib&#233;ration populaire (MLP), constitu&#233; du collectif de la revue &lt;i&gt;Parti pris&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;R&#233;volution qu&#233;b&#233;coise&lt;/i&gt; (dont font partie Valli&#232;res et Gagnon) et de diverses organisations d'extr&#234;me-gauche. Le MLP entend donner un contenu ouvrier et socialiste &#224; l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec, ce qui signifie, pour traduire cela en des termes contemporains et assez affadis : pas d'ind&#233;pendance sans projet de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968, tout cela est du pass&#233;. Valli&#232;res et Gagnon sont emprisonn&#233;s et leur r&#233;seau disloqu&#233; par les arrestations. Ils n'ont cependant pas perdu toute voix ; ainsi, les &#233;ditions Parti pris publient, en mars 1968, un texte de Valli&#232;res qui conna&#238;tra un grand retentissement, &lt;i&gt;N&#232;gres blancs d'Am&#233;rique&lt;/i&gt;. Quant au MLP, il a fusionn&#233; en mars 1966 avec le Parti socialiste du Qu&#233;bec (issu d'un schisme du NPD-Qu&#233;bec en 1963) qui dispara&#238;tra en f&#233;vrier 1968. Certains &#233;l&#233;ments du MLP, par contre, ont ralli&#233; la gauche du RIN. Br&#232;ve pause car, avec la cr&#233;ation, au printemps 1968, du Mouvement souverainet&#233;-association (MSA) propuls&#233; par l'ancien ministre lib&#233;ral Ren&#233; L&#233;vesque, un nouvel acteur politique vient d'appara&#238;tre sur la sc&#232;ne ind&#233;pendantiste. Des tractations vont alors s'engager entre le MSA et le RIN, mais il n'y aura pas de fusion officielle de ces deux organisations, certaines positions rinistes (entre autres sur l'unilinguisme fran&#231;ais au Qu&#233;bec et sur l'approche plus socialisante des questions &#233;conomiques) rendant impossible toute conciliation. Cependant, deux semaines apr&#232;s la cr&#233;ation du Parti qu&#233;b&#233;cois (constitu&#233; du MSA et d'une organisation de droite, le Ralliement national), le 11 octobre 1968, le RIN se saborde et incite ses membres &#224; adh&#233;rer individuellement au nouveau parti. La gauche riniste ayant d&#233;j&#224; quitt&#233; le navire se scinde alors en deux branches : le Front de lib&#233;ration populaire (FLP) et le Comit&#233; Ind&#233;pendance-socialisme (CIS). Ces deux groupes, pr&#233;sents sur de nombreux fronts de lutte, vont &#234;tre fortement engag&#233;s lors des manifestations ayant ponctu&#233; la Saint-Jean-Baptiste de 1968, &#224; la veille d'&#233;lections f&#233;d&#233;rales. Les propos incendiaires et provocateurs du candidat lib&#233;ral Pierre Trudeau, comparant les ind&#233;pendantistes aux assassins de Robert Kennedy, ne sont pas pour rien dans le d&#233;clenchement des affrontements ayant eu lieu ce soir-l&#224;, menant &#224; 292 arrestations et 250 bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Combativit&#233; ouvri&#232;re et populaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de groupes, arm&#233;s ou non, qui tentent de lier social et question nationale s'explique, en premier lieu, par une forte combativit&#233; ouvri&#232;re. Ainsi, certains auteurs relient la naissance du r&#233;seau Geoffroy &#224; la marche de solidarit&#233; avec les travailleurs de la Seven Up qui, en gr&#232;ve depuis l'&#233;t&#233; 1967, devaient affronter briseurs de gr&#232;ve et flics. Cette marche, qui a lieu le 27 f&#233;vrier 1968, d&#233;bouche sur des affrontements tr&#232;s durs avec les forces de l'ordre, ponctu&#233;s par une pluie de cocktails Molotov et de coups de matraque&#8230; &#171; &lt;i&gt;Parmi les manifestants dont plusieurs brandissent des drapeaux rouges et scandent R&#233;volution ! R&#233;volution !, on compte Pierre-Paul Geoffroy et ses camarades de l'aile gauche du RIN&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Fournier, FLQ : histoire d'un mouvement clandestin, Montr&#233;al, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve &#224; la Seven Up n'est pas la seule qui secoue le Qu&#233;bec &#224; ce moment l&#224;. &#192; la papeterie Domtar de Windsor, en Estrie, les ouvriers en gr&#232;ve occupent leur usine les armes &#224; la main, en novembre 1968, r&#233;ussissant, ultimement, &#224; emp&#234;cher l'entreprise de fermer ses moulins. Autres gr&#232;ves significatives qu'on peut relever : celles qui touchent la Soci&#233;t&#233; des alcools du Qu&#233;bec &#224; l'&#233;t&#233;, la compagnie Lord dans l'Est de Montr&#233;al et l'usine de la Victoria Precision Works. Une caract&#233;ristique commune qu'on peut d&#233;gager de ces conflits, c'est leur dur&#233;e exceptionnellement longue et les affrontements suscit&#233;s par la pr&#233;sence de briseurs de gr&#232;ve prot&#233;g&#233;s par les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agitation ouvri&#232;re n'est pas sans effet sur le discours des directions syndicales. D&#233;laissant quelque peu (sans l'abandonner totalement) ce qu'on appelle le syndicalisme d'affaires, essentiellement centr&#233; sur l'entreprise et le corporatisme, les centrales syndicales adoptent un ton plus combatif. Prenant acte de la mont&#233;e des luttes et du vide politique cr&#233;&#233; par le discr&#233;dit touchant les partis traditionnels (Parti lib&#233;ral et Union nationale), la CSN met sur pied des Comit&#233;s d'action politique (CAP) et la CEQ des Comit&#233;s d'action et d'&#233;ducation populaire. Cette nouvelle orientation sera compl&#233;t&#233;e &#224; l'automne 1968 quand la CSN appellera &#224; ouvrir un &#171; deuxi&#232;me front &#187;, tentant ainsi de nouer une alliance avec les comit&#233;s de citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res organisations, apparues vers 1963 et &#339;uvrant dans les quartiers sur des questions sociales, &#233;tablissaient alors un constat d&#233;sabus&#233; des r&#233;alisations effectives de la R&#233;volution tranquille pour les couches populaires. Face &#224; cela, il s'agissait, pour beaucoup, de d&#233;passer l'action corporative et de s'orienter vers l'action politique, articul&#233;e au mouvement syndical. Ce virage politique appara&#238;tra plus clairement &#224; la suite d'une importante rencontre, le 19 mai 1968 &#224; Saint-Henri, de repr&#233;sentants de 20 comit&#233;s de citoyens de Montr&#233;al et du reste de la province. &#192; la suite de cette r&#233;union, des liens effectifs se tisseront entre certains militants syndicaux et des comit&#233;s de citoyens pour d&#233;boucher, sur la constitution, &#224; Montr&#233;al en mai 1970, du FRAP (Front d'action politique). Proposant de construire un &#171; &lt;i&gt;pouvoir populaire&lt;/i&gt; &#187; au niveau municipal, le FRAP sera touch&#233; par la r&#233;pression qui aura lieu lors des &#233;v&#233;nements d'octobre 1970, pour finalement dispara&#238;tre en 1973. &#192; ce moment, la radicalisation politique commence &#224; se d&#233;placer vers d'autres instances, pour une bonne part vers les groupes marxistes-l&#233;ninistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Philippe Warren, Ils voulaient changer le monde : le militantisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela, c'est d&#233;j&#224; une autre histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pouvoir &#233;tudiant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit dans les mouvements de contestation populaire ou dans les luttes ind&#233;pendantistes, le mouvement &#233;tudiant a fourni son lot de militants. Il a par ailleurs, comme en France ou aux &#201;tats-Unis, men&#233; des combats sur son propre terrain. D&#232;s f&#233;vrier 1968, la facult&#233; des Sciences sociales et le d&#233;partement de Philosophie de l'Universit&#233; de Montr&#233;al sont secou&#233;s par de violentes remises en cause de l'enseignement magistral qui y est donn&#233;, critiques port&#233;es par de petits groupes &#233;tudiants et qui ont donn&#233; lieu &#224; la publication d'un manifeste, &lt;i&gt;Universit&#233; ou fabrique de ronds-de-cuir&lt;/i&gt;. Par ailleurs, l'Union g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants du Qu&#233;bec (UGEQ), cr&#233;&#233;e en 1964, a compl&#233;t&#233; un virage &#224; gauche qui l'a men&#233; &#224; abandonner la participation aux instances de pouvoir pour adopter un ton plus revendicatif : soutien &#224; la souverainet&#233; du Qu&#233;bec, engagement &#224; lutter contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et volont&#233; de transformer radicalement le syst&#232;me d'enseignement. Cependant, cette radicalisation politique reste assez marginale dans le mouvement, plusieurs associations &#233;tudiantes contestant fortement la repr&#233;sentativit&#233; r&#233;elle de l'UGEQ. C'est d'ailleurs moins du c&#244;t&#233; universitaire que viendra l'explosion de l'automne 1968 que des c&#233;geps nouvellement constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons qu'en 1968, il y a 23 c&#233;geps, pr&#232;s du double par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Cette croissance n'est pas sans poser de nombreux probl&#232;mes, sur le plan notamment des structures d'enseignement inad&#233;quates et scl&#233;ros&#233;es (h&#233;ritage des pr&#233;c&#233;dents coll&#232;ges classiques) et sur celui des d&#233;bouch&#233;s universitaires pour les nouveaux dipl&#244;m&#233;s. Les revendications &#233;tudiantes vont alors se focaliser autour de la cr&#233;ation d'un nouveau r&#233;seau universitaire francophone, de l'am&#233;lioration du r&#233;gime de pr&#234;ts et bourses et de l'autogestion des &#233;tablissements d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 8 octobre que le c&#233;gep Lionel-Groulx vote la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et l'occupation du coll&#232;ge, mouvement qui va faire boule de neige pour toucher, le 14 octobre, 15 c&#233;geps, aussi bien &#224; Montr&#233;al que dans le reste du Qu&#233;bec. L'&#201;cole des beaux-arts de Montr&#233;al, pour sa part, d&#233;braie &#224; partir du 11 octobre. C'est l&#224; que s'esquisse une passionnante tentative autogestionnaire dans un climat que Lysiane Gagnon d&#233;crira dans ces termes : &#171; &lt;i&gt;Un m&#233;lange de terrorisme pur et simple et de chaleur humaine, de fantaisie d&#233;lirante et de rigueur th&#233;orique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lysiane Gagnon, &#171; Bref historique du mouvement &#233;tudiant au Qu&#233;bec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'occupation &#224; l'&#233;cole perdurera jusqu'en novembre mais, &#224; ce moment-l&#224;, le mouvement, au niveau provincial, sera d&#233;j&#224; disloqu&#233;. Dans ce reflux, nombre d'&#233;tudiants de c&#233;gep quitteront avec amertume leurs &#233;tudes, devenant ainsi les premiers &#171; drop out &#187; du syst&#232;me. &#192; l'horizon se profile d&#233;j&#224; le mouvement des communes et de la contre-culture, qui fleurira &#224; travers le Qu&#233;bec des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et pour ne pas conclure&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte rest&#233; longtemps in&#233;dit, &lt;i&gt;Feu sur l'Am&#233;rique&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; en prison au cours de l'ann&#233;e 1968, Charles Gagnon &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Le Qu&#233;bec constitue une des r&#233;gions de l'Am&#233;rique du Nord o&#249; la situation est la plus r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Gagnon, Feu sur l'Am&#233;rique. &#201;crits politiques, vol. I (1966-1972), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette &#233;valuation de la situation qu&#233;b&#233;coise, qui rejoignait d'ailleurs les conclusions &#233;mises par son camarade Valli&#232;res &#224; la fin de &lt;i&gt;N&#232;gres blancs d'Am&#233;rique&lt;/i&gt;, peut, aujourd'hui, pr&#234;ter &#224; sourire. C'est l&#224; le luxe de l'observateur qui juge &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;. De fait, si les affrontements sociaux et politiques que nous avons &#233;voqu&#233;s ici ont pris tr&#232;s souvent, en cette ann&#233;e 1968, un caract&#232;re tranch&#233; et violent, nulle part une alternative socialiste claire face au pouvoir dominant n'est apparue. Jean-Philippe Warren, dans un texte sur le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois de 1968, notait d'ailleurs avec justesse que &#171; &lt;i&gt;la vis&#233;e de cette r&#233;volte spontan&#233;e demeurait&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;beaucoup plus r&#233;formiste qu'en France&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Philippe Warren, &#171; Le Mai 68 qu&#233;b&#233;cois &#187;, La Presse, 20 janvier 2008.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; De ce r&#233;formisme, il est rest&#233; des traces tangibles, comme la cr&#233;ation de l'UQAM et du r&#233;seau des universit&#233;s du Qu&#233;bec, comme une vision de l'&#233;ducation moins autoritaire et hi&#233;rarchique, la pr&#233;sence d'un r&#233;seau d'organismes communautaires issus des comit&#233;s de citoyens, une mutation &#224; long terme des valeurs sociales dans un sens un peu plus &#233;galitaire, le surgissement de nouveaux mouvements sociaux comme le f&#233;minisme (le Front de lib&#233;ration des femmes na&#238;t en 1969) ou l'&#233;cologisme, etc. Cependant, c'est dans l'imaginaire social que reste log&#233; le plus important legs de 1968, au Qu&#233;bec comme ailleurs, et dans le fait que la possibilit&#233; de changer la vie et de transformer le monde continue toujours, sous d'autres formes et d'autres mots, &#224; courir dans les t&#234;tes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Fournier, &lt;i&gt;FLQ : histoire d'un mouvement clandestin&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Qu&#233;bec/Am&#233;rique, 1982, p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Philippe Warren, &lt;i&gt;Ils voulaient changer le monde : le militantisme marxiste-l&#233;niniste au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, VLB, 2007 ; Charles Gagnon, &lt;i&gt;En Lutte ! &#201;crits politiques, vol. II (1972-1982)&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Lux &#201;diteur, coll. &#171; Histoire politique &#187;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lysiane Gagnon, &#171; Bref historique du mouvement &#233;tudiant au Qu&#233;bec (1958-1971) &#187;, &lt;i&gt;Bulletin d'histoire politique&lt;/i&gt;, dossier th&#233;matique sur les mouvements &#233;tudiants des ann&#233;es 1960, vol. 16, no 2, hiver 2008, Lux &#201;diteur, p. 40. Sur l'occupation de l'&#201;cole des beaux-arts, le documentaire r&#233;alis&#233; en 1997 par Claude Laflamme, &lt;i&gt;La r&#233;publique des beaux-arts&lt;/i&gt;, constitue un t&#233;moignage fort int&#233;ressant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Gagnon, &lt;i&gt;Feu sur l'Am&#233;rique. &#201;crits politiques, vol. I (1966-1972)&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Lux &#201;diteur, coll. &#171; Histoire politique &#187;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Philippe Warren, &#171; Le Mai 68 qu&#233;b&#233;cois &#187;, La Presse, 20 janvier 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Brouillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chars sovi&#233;tiques contre le socialisme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-chars-sovietiques-contre-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Les-chars-sovietiques-contre-le</guid>
		<dc:date>2008-07-23T00:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>


		<dc:subject>Mandel, David</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Russie et Europe de l'Est</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Printemps de Prague &#233;tait en grande partie une crise de d&#233;stalinisation retard&#233;e. Ce processus de lib&#233;ralisation relative des dictatures bureaucratiques et de r&#232;glement de comptes limit&#233; avec la terreur stalinienne a eu lieu en 1956, de mani&#232;re plus ou moins explosive, dans la plupart des pays du camp sovi&#233;tique &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congr&#232;s du Parti communiste d'Union sovi&#233;tique (PCUS). &lt;br class='autobr' /&gt; Pour une s&#233;rie de raisons, la direction (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mandel-David-+" rel="tag"&gt;Mandel, David&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Russie-et-Europe-de-l-Est-+" rel="tag"&gt;Russie et Europe de l'Est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Printemps de Prague &#233;tait en grande partie une crise de d&#233;stalinisation retard&#233;e. Ce processus de lib&#233;ralisation relative des dictatures bureaucratiques et de r&#232;glement de comptes limit&#233; avec la terreur stalinienne a eu lieu en 1956, de mani&#232;re plus ou moins explosive, dans la plupart des pays du camp sovi&#233;tique &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congr&#232;s du Parti communiste d'Union sovi&#233;tique (PCUS).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour une s&#233;rie de raisons, la direction tch&#233;coslovaque, tr&#232;s impliqu&#233;e dans les r&#233;pressions de l'&#233;poque stalinienne, a pu r&#233;sister plus longtemps que les autres aux pressions internes et &#224; celles venant de Moscou. L'une de celles-ci &#233;tait sans doute la faiblesse du facteur nationaliste en Tch&#233;coslovaquie. En Pologne et en Hongrie, o&#249; la d&#233;stalinisation avait d&#233;clench&#233; les plus puissantes contestations, les r&#233;gimes communistes &#233;taient largement per&#231;us comme des agents d'un pouvoir &#233;tranger et hostile, l'URSS. Cependant, en Tch&#233;coslovaquie &#224; la fin de la IIe Guerre mondiale, le Parti communiste jouissait d'un soutien populaire important, bas&#233; sur so-n r&#244;le dans la r&#233;sistance (surtout en Slovaquie) et le prestige de l'Union sovi&#233;tique comme lib&#233;rateur de l'Allemagne nazie. Surtout, il existait un puissant d&#233;sir populaire d'une transformation radicale de la soci&#233;t&#233; dans le sens de la justice sociale. Les Tch&#233;coslovaques se souvenaient aussi que seule l'URSS avait &#233;t&#233; pr&#234;te &#224; venir les secourir en 1938 lors du d&#233;membrement de leur pays aux mains de l'Allemagne nazie avec la complicit&#233; des puissances occidentales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre 1938, les Accords de Munich, sign&#233;s entre l'Allemagne, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; qu'en 1962 &#233;clate une crise &#233;conomique : croissance z&#233;ro, chose inou&#239;e &#224; cette &#233;poque dans un camp communiste habitu&#233; &#224; des taux annuels de 10 % et plus. En plus d'intensifier le m&#233;contentement popu-laire, cette crise a surtout &#233;branl&#233; la confiance de l'&#233;lite bureaucratique en elle-m&#234;me. Une partie de plus en plus importante des fonctionnaires comprenait la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes d'envergure du mode de gestion. Puis, cette m&#234;me ann&#233;e, Khrouchtchev est revenu &#224; la charge au XXIIe congr&#232;s du PCUS avec une d&#233;nonciation encore plus candide et virulente des crimes de Staline, ce qui a mis sur la d&#233;fensive les &#233;l&#233;ments conservateurs de la direction tch&#233;coslovaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'intelligentsia communiste &#8211; journalistes, &#233;crivains, &#233;conomistes &#8211; qui a pris la t&#234;te du mouvement d'opposition, avec le soutien tacite d'&#233;l&#233;ments r&#233;formistes au sommet du pouvoir, en demandant une discussion ouverte et franche du pass&#233;, des libert&#233;s politiques et des r&#233;formes &#233;conomiques. La situation interne et internationale des conservateurs de l'&#233;quipe dirigeante ne permettait pas le recours &#224; la r&#233;pression, tandis que les concessions faites aux forces r&#233;formistes ne faisaient que les &#233;peronner davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux travailleurs qui &#233;coutaient avec plaisir les r&#233;v&#233;lations et les d&#233;nonciations, ils n'&#233;taient pas encore persuad&#233;s de la signification pour leur propre situation de cette lutte au sommet. De plus, ils se m&#233;fiaient de la r&#233;forme d&#233;centralisatrice propos&#233;e par les r&#233;formateurs, laquelle semblait menacer le principe de s&#233;curit&#233; d'emploi et l'&#233;galitarisme assez remarquable de leur pays (&#224; l'exception partielle de rangs de la bureaucratie) et qui n'offrait rien de concret comme compensation. Les r&#233;formateurs attribuaient cette m&#233;fiance &#224; la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re sous le r&#233;gime stalinien. Mais le vrai probl&#232;me &#233;tait qu'ils n'avaient pas pris la peine de consulter les travailleurs sur la r&#233;forme qui, il va sans dire, n'envisageait pas la d&#233;mocratisation de la gestion de l'&#233;conomie. Par contre, elle devait renforcer le pouvoir des directeurs des entreprises vis-&#224;-vis des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ralisation politique avan&#231;ait, bien que lentement, face &#224; la r&#233;sistance de la fraction conservatrice de la direction qui, semblait-il, n'attendait que le moment propice pour lancer sa contre-offensive. En octobre 1967, une manifestation &#233;tudiante &#224; Prague contre les mauvaises conditions des r&#233;sidences a &#233;t&#233; brutalement r&#233;prim&#233;e par la police. Au sein du Comit&#233; central (CC) du Parti communiste qui, gr&#226;ce aux divisions au sommet, &#233;tait devenu un vrai lieu de d&#233;bat et de d&#233;cision politiques, l'opposition r&#233;formatrice &#233;tait d&#233;j&#224; majoritaire. Lors de sa r&#233;union de la fin octobre, il a donc d&#233;cid&#233; de mettre sur pied une commission ayant pour mandat de soumettre dans les 15 jours une proposition de r&#233;solution de la crise. Profitant de ce sursis, le chef stalinien du parti, Antonin Novotny, a tent&#233; de monter un coup de force militaire contre l'opposition, sans succ&#232;s. Ce sont les officiers politiques, cadres du parti au sein de l'arm&#233;e, qui l'ont bloqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1968, le CC a &#233;lu Alexander Dubcek &#224; la t&#234;te du parti. C'&#233;tait un candidat de compromis, un communiste lib&#233;ral mais pas trop radical, le premier Slovaque &#224; diriger le pays. Ce tournant allait avoir un impact majeur sur le caract&#232;re du mouvement r&#233;formiste. La nouvelle direction du pays a pu convaincre les travailleurs de la sinc&#233;rit&#233; de son intention de partager le pouvoir avec la soci&#233;t&#233;, sinon de le lui remettre enti&#232;rement. C'est cela qui a pouss&#233; les travailleurs &#224; se mobiliser. Le projet de r&#233;forme &#233;conomique a &#233;t&#233; modifi&#233; avec l'adoption d'une loi permettant l'&#233;lection, dans les entreprises, de conseils d'employ&#233;s dot&#233;s du pouvoir d'&#233;lire et de contr&#244;ler la direction et d'adopter le plan de production et d'emploi ainsi que la politique salariale. Les syndicats ont regagn&#233; leur autonomie et les gr&#232;ves ont &#233;t&#233; l&#233;galis&#233;es. Des programmes d'assurance-ch&#244;mage et de recyclage de main-d'&#339;uvre ont &#233;t&#233; mis en place. Mais c'est avant tout le progr&#232;s fait vers la d&#233;mocratie au sein de la soci&#233;t&#233; qui a donn&#233; aux travailleurs l'assurance que les r&#233;formes &#233;conomiques profiteront au peuple, non pas &#224; l'&#233;lite bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'initiative est pass&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; qui ne cessait de pousser le gouvernement dans le sens d'une d&#233;mocratie v&#233;ritablement populaire. Le r&#233;gime, quant &#224; lui, ne tra&#238;nait pas trop les pieds. En cons&#233;quence, il a acquis un remarquable soutien populaire. En avril 1968, le gouvernement a publi&#233; son &lt;i&gt;Programme d'action&lt;/i&gt;, lequel &#233;cartait le Parti communiste de l'administration du pays. Il n'a pas annonc&#233; le multipartisme, mais l'existence libre d'autres partis &#233;tait d&#233;j&#224; un fait. La censure a &#233;t&#233; abolie, une mesure ayant particuli&#232;rement alarm&#233; la direction sovi&#233;tique, qui exigeait son r&#233;tablissement imm&#233;diat. Face &#224; cette pression, les travailleurs ont cr&#233;&#233; dans leurs entreprises des comit&#233;s de d&#233;fense de la libert&#233; de la presse et se sont d&#233;clar&#233;s pr&#234;ts &#224; d&#233;brayer pour la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les r&#233;gimes communistes &#171; fraternels &#187; de Pologne, de Hongrie, de Roumanie et de Bulgarie, effray&#233;s par la menace pos&#233;e par les forces &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;br class='autobr' /&gt;
socialistes&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;antisovi&#233;tiques&lt;/i&gt; &#187;, faisaient monter la pression. Ces dictatures bureaucratiques avaient une peur bleue de l'influence que pouvait avoir cet exemple d&#233;mocratique sur leurs propres populations. Car dans les faits, aucun groupe de quelque importance que ce soit en Tch&#233;coslovaquie ne songeait en 1968 &#224; la restauration du capitalisme ni au retrait de leur pays du Pacte de Varsovie. C'est de socialisme que la soci&#233;t&#233; r&#234;vait en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 juillet, les dirigeants du Pacte de Varsovie ont envoy&#233; une lettre au gouvernement tch&#233;coslovaque avec 15 demandes, y inclus une lutte d&#233;cisive contre les &#171; &lt;i&gt;forces antisocialistes&lt;/i&gt; &#187;, le r&#233;tablissement de la censure et du &#171; &lt;i&gt;centralisme d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187;, bref la restauration de la dictature bureaucratique. Mais Dubcek n'a pas recul&#233;. Les Sovi&#233;tiques devaient agir avant septembre, date du congr&#232;s du Parti communiste tch&#233;coslovaque qui ent&#233;rinerait certainement le programme de transformation d&#233;mocratique. L'invasion a donc commenc&#233; le 21 ao&#251;t. Mais le congr&#232;s du parti s'est tenu quand m&#234;me dans la clandestinit&#233; d'une usine de Prague. Il a condamn&#233; l'invasion et a lanc&#233; l'appel &#224; une gr&#232;ve d'une heure, pour le 23 &#224; midi, qui fut suivie unanimement &#224; travers le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupants n'ont pu trouver une minorit&#233; quelle que peu importante au sein des fonctionnaires ou &#224; la base du parti sur laquelle s'appuyer pour refaire le r&#233;gime. Il a donc fallu d&#233;manteler le parti pour le reconstruire de nouveau. Mais cela prenait du temps et, dans l'intervalle, la population refusait la nourriture et m&#234;me l'eau aux troupes sovi&#233;tiques, dont certaines au d&#233;but de l'op&#233;ration se croyaient en Allemagne de l'Ouest, non pas dans un &#171; &lt;i&gt;pays socialiste fraternel&lt;/i&gt; &#187;. Les Sovi&#233;tiques, qui avait conduit l'&#233;quipe de Dubcek en URSS, ont d&#251; la ramener et la r&#233;installer. Du point de vue politique, l'invasion a &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait donc mettre en place une tactique des petits pas pour &#233;touffer le socialisme en Tch&#233;coslovaquie. Un demi-million (le tiers) des membres ont &#233;t&#233; purg&#233;s du parti. Un grand nombre d'intellectuels ont perdu leur emploi et ont d&#251; chercher du travail manuel. Les enfants des obstin&#233;s se sont vus refuser l'acc&#232;s aux &#233;tudes sup&#233;rieures. Les autres, isol&#233;s et craignant pour leur poste et pour l'avenir de leurs enfants, se sont tus. C'&#233;tait une terreur socio-&#233;conomique &#171; douce &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la r&#233;sistance ouverte a dur&#233; encore quelques ann&#233;es. Sous l'impulsion de l'invasion, les conseils ouvriers se sont multipli&#233;s malgr&#233; les menaces &#224; leur endroit. Au cours de l'hiver 1969, les travailleurs se sont prononc&#233;s pour l'&#233;largissement du mouvement des conseils, &#224; l'encontre de la politique de concessions d'Alexandre Dubcek et de la politique de &#171; normalisation &#187; de son successeur, Gust&#225;v Hus&#225;k. Il existait &#224; cette &#233;poque une alliance r&#233;elle entre travailleurs et intellectuels pour la d&#233;fense des libert&#233;s et pour des revendications &#233;conomiques. Mais la &#171; normalisation &#187; poursuivait son cours. En 1970, 50 000 syndicalistes ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de leur poste et les conseils d'entreprise interdits. En m&#234;me temps, pour amadouer les travailleurs, Husak am&#233;liorait l'approvisionnement du march&#233; en biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la dictature bureaucratique de 1968 en Tch&#233;coslovaquie a men&#233; le pays au socialisme. L'invasion d&#233;montre bien le caract&#232;re antisocialiste, profond&#233;ment contre-r&#233;volutionnaire de la bureaucratie sovi&#233;tique, et cela malgr&#233; sa d&#233;fense &#8211; jusqu'en 1989 au moins &#8211; de l'&#233;conomie &#233;tatis&#233;e. La crise de 1989 l'a men&#233; au capitalisme. Pourquoi ces r&#233;sultats contradictoires ? Il y a deux facteurs principaux li&#233;s l'un &#224; l'autre. Le premier &#233;tait que malgr&#233; les crimes de la bureaucratie tch&#233;coslovaque, le socialisme comme projet n'&#233;tait pas encore discr&#233;dit&#233; aux yeux du peuple en 1968, comme il le sera en 1989 apr&#232;s 20 ans de &#171; normalisation &#187;. L'autre &#233;tait le contexte international : en 1968, on assistait &#224; une puissante mont&#233;e de contestation du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme &#224; travers le monde. Partout et jusque dans les pays capitalistes riches, de larges couches de la population croyaient le socialisme possible et souhaitable. En 1989, l'accumulation de d&#233;faites accompagn&#233;es de la mont&#233;e de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale avait &#224; toutes fins pratiques &#233;touff&#233; l'id&#233;e qu'une alternative &#233;tait possible. Cela ne pouvait pas ne pas influencer les Tch&#233;coslovaques dans leur choix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En septembre 1938, les Accords de Munich, sign&#233;s entre l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie repr&#233;sent&#233;es respectivement par Adolf Hitler, &#201;douard Daladier, Neville Chamberlain, et Benito Mussolini scellent le sort de la Tch&#233;coslovaquie qui sera envahie six mois plus tard par l'Allemagne nazie. Les Accords de Munich devaient permettre, croyait-on &#224; l'&#233;poque, d'&#171; &lt;i&gt;&#233;viter la guerre&lt;/i&gt; &#187; avec l'Allemagne&#8230; (ndlr)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Mandel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur au d&#233;partement de Science politique de l'UQAM&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Chronologie des &#233;v&#233;nements</title>
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		<dc:date>2008-07-22T02:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Rioux, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;tats-Unis &lt;br class='autobr' /&gt;
1965 &lt;br class='autobr' /&gt;
4 janvier &#8211; L'universit&#233; de Berkeley autorise la libert&#233; d'expression et d'association et instaure une plus grande libert&#233; acad&#233;mique. Victoire partielle du Free Speech Movement, qui a mobilis&#233; les &#233;tudiants de Californie durant 4 mois et provoqu&#233; l'arrestation de 800 d'entre eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
21 f&#233;vrier &#8211; New York : Assassinat du militant noir Malcolm X. &lt;br class='autobr' /&gt;
7 mars &#8211; R&#233;pression polici&#232;re lors de la Marche pour les droits civiques dans l'&#233;tat de l'Alabama. &lt;br class='autobr' /&gt;
Juin &#8211; Fondation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rioux-Claude-+" rel="tag"&gt;Rioux, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tats-Unis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1965&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 janvier &#8211; L'universit&#233; de Berkeley autorise la libert&#233; d'expression et d'association et instaure une plus grande libert&#233; acad&#233;mique. Victoire partielle du Free Speech Movement, qui a mobilis&#233; les &#233;tudiants de Californie durant 4 mois et provoqu&#233; l'arrestation de 800 d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 f&#233;vrier &#8211; New York : Assassinat du militant noir Malcolm X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 mars &#8211; R&#233;pression polici&#232;re lors de la Marche pour les droits civiques dans l'&#233;tat de l'Alabama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin &#8211; Fondation de la National Organization for Women (NOW).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1966&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 octobre &#8211; Fondation du Black Panther Party par Huey P. Newton et Bobby Seale.&lt;br class='autobr' /&gt;
1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 f&#233;vrier &#8211; 2 500 femmes manifestent devant le Pentagone &#224; l'appel de Women's Strike for Peace. Elles r&#233;clament de voir &#171; &lt;i&gt;les g&#233;n&#233;raux qui envoient nos fils &#224; la mort&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 avril &#8211; Martin Luther King prononce son discours &#171; &lt;i&gt;Beyond Vietnam. A Time to Break Silence&lt;/i&gt; &#187; &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 avril &#8211; Le champion du monde de boxe Mohammed Ali (Casius Clay), qui refusait de partir &lt;br class='autobr' /&gt;
pour le Vietnam, est arr&#234;t&#233; apr&#232;s s'&#234;tre fait refuser le statut d'objecteur de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet &#8211; &#171; &#201;meutes raciales &#187; dans 127 villes, tuant 77 personnes et faisant 4 000 bless&#233;s, essentiellement des Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre &#8211; D&#233;but de la Campagne pour les pauvres, contre la s&#233;gr&#233;gation des Noirs et la pauvret&#233;, organis&#233;e par des mouvements des droits civiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 mars &#8211; Johnson annonce un arr&#234;t partiel des bombardements au Vietnam et renonce &#224; se pr&#233;senter aux &#233;lections pr&#233;sidentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril &#8211; N-Y : Occupation de l'Univ. Columbia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 avril &#8211; Assassinat de Martin Luther King &#224; Memphis ; &#233;meutes dans plusieurs villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 juin &#8211; Le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; commence la publication des &lt;i&gt;Pentagon papers&lt;/i&gt;, des documents internes secrets sur l'implication des &#201;-U dans la guerre du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15-16 juillet &#8211; Ouverture du proc&#232;s de Huey P. Newton, dirigeant des Black Panthers &#224; Oakland. Plus de 6 000 personnes manifestent devant le palais de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 au 29 ao&#251;t &#8211; Manifestations contre la guerre, le racisme et les in&#233;galit&#233;s lors de la Convention du Parti d&#233;mocrate &#224; Chicago. 800 arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 septembre &#8211; Manifestation &#224; Atlantic City des Radical Women contre l'&#233;lection de Miss America.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 octobre &#8211; Tommy Smith et John Carlos, athl&#232;tes noirs &#233;tats-uniens, l&#232;vent un poing gant&#233; de noir sur le podium des Jeux Olympiques de Mexico pour protester contre la discrimination raciale aux &#201;-U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin &#8211; Naissance de la Weather Underground Organization qui organisera, bient&#244;t dans la clandestinit&#233;, des actions directes durant toute la guerre du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 juin &#8211; Nuit d'&#233;meutes apr&#232;s un raid policier au Stonewall Inn, bar gay de New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 octobre &#8211; Manifestations monstres contre la guerre du Vietnam dans plusieurs grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 novembre &#8211; D&#233;but de l'occupation de l'&#238;le d'Alcatraz, dans la baie de San Francisco, par 79 autochtones ayant pour slogan &#171; &lt;i&gt;You are on Indian land&lt;/i&gt; &#187;. L'occupation durera jusqu'en juin 1971.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Am&#233;rique latine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril : Dans un message transmis par Fidel Castro &#224; la Tricontinentale, r&#233;unie &#224; La Havane, Che Guevara d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Il faut d&#233;truire l'imp&#233;rialisme&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Il faut pour cela cr&#233;er deux, trois, plusieurs Vietnam.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 octobre &#8211; Bolivie : Ernesto Che Guevara est ex&#233;cut&#233; &#224; La Higuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 juin &#8211; Br&#233;sil : Manifestation de 100 000 personnes &#224; Rio de Janeiro pour la fin de la r&#233;pression et de la censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26-27 juillet &#8211; Mexico : Violents affrontements entre &#233;tudiants et policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ao&#251;t &#8211; Colombie : Ouverture de la Conf&#233;rence de Medell&#237;n, o&#249; l'&#233;piscopat latino-am&#233;ricain affirme l'engagement de l'&#201;glise aupr&#232;s des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 octobre &#8211; Mexique : Massacre de Tlatelolco, Mexico, apr&#232;s deux semaines d'affrontements violents entre policiers et &#233;tudiants (et sympathisants). Entre 300 et 800 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 mai &#8211; Argentine : R&#233;volte des &#233;tudiants de l'Universit&#233; de C&#243;rdoba (le &lt;i&gt;cordobazo&lt;/i&gt;) contre la dictature du g&#233;n&#233;ral Ongan&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre &#8211; Chili : Fondation de l'Unit&#233; populaire qui remporte les &#233;lections en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu&#233;bec&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1965&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mai &#8211; Fran&#231;ois Schirm, fondateur de l'Arm&#233;e r&#233;volutionnaire du Qu&#233;bec, est condamn&#233; &#224; mort par un tribunal pour le vol d'une armurerie. La peine sera commu&#233;e en emprisonnement &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin &#8211; Fondation du Mouvement de lib&#233;ration populaire auquel adh&#232;rent Pierre Valli&#232;res et Charles Gagnon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1966&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril &#8211; D&#233;clenchement d'une gr&#232;ve de 5 mois par les travailleurs de la Dominion Textile &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 mai &#8211; Le FLQ pose une bombe &#224; la manufacture de souliers La Grenade (&#224; Montr&#233;al) dont les employ&#233;s sont en gr&#232;ve ; une victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er juillet &#8211; Explosion d'une bombe du Front de lib&#233;ration du Qu&#233;bec (FLQ) &#224; l'H&#244;tel de ville de Westmount.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 juillet &#8211; Explosion d'une bombe dans les mains d'un membre du FLQ (Jean Corbo, 16 ans) pr&#232;s du local de la Dominion Textile &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 septembre &#8211; New York : Charles Gagnon et Pierre Valli&#232;res manifestent devant le si&#232;ge des Nations unies contre l'arrestation &#224; Montr&#233;al des membres du FLQ. Incarc&#233;r&#233;s &#224; la prison des Tombs, ils entament une gr&#232;ve de la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 f&#233;vrier &#8211; D&#233;clenchement d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures des enseignants du Qu&#233;bec &#224; la suite de la suppression de leur droit de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 juillet &#8211; De Gaulle proclame du haut du balcon de l'H&#244;tel de ville de Montr&#233;al : &#171; &lt;i&gt;Vive le Qu&#233;bec libre !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septembre &#8211; Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 30 jours des travailleurs des transports en commun de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 septembre &#8211; Manifestation &#224; Montr&#233;al de 10 000 travailleurs de la construction en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier &#8211; Publication par un groupe d'&#233;tudiants de sciences sociales de l'Universit&#233; de Montr&#233;al du manifeste anti-autoritaire &lt;i&gt;Universit&#233; ou fabrique de ronds-de-cuir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 f&#233;vrier &#8211; Organisation &#224; Montr&#233;al d'une marche de solidarit&#233; en faveur des travailleurs de l'embouteilleur Seven Up en gr&#232;ve depuis le 15 juin 1967. La manifestation d&#233;g&#233;n&#232;re en &#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 mars &#8211; Parution de &lt;i&gt;N&#232;gres blancs d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; de Pierre Valli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 juin &#8211; 292 personnes sont arr&#234;t&#233;es lors de la parade de la Saint-Jean-Baptiste &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 octobre &#8211; Prise de possession par les &#233;tudiants de l'&#201;cole des beaux-arts &#224; Montr&#233;al et proclamation de la &#171; R&#233;publique des beaux-arts &#187;. Le m&#234;me jour, le c&#233;gep Lionel-Groulx vote la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. Vague de gr&#232;ves et d'occupations dans les coll&#232;ges partout au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 octobre &#8211; Manifestation de 10 000 &#233;tudiants en gr&#232;ve &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 octobre &#8211; Blocages et manifestations des chauffeurs de taxi de Montr&#233;al contre le monopole de la Murray Hill. Cr&#233;ation du Mouvement de lib&#233;ration du taxi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 f&#233;vrier &#8211; Attentat &#224; la bombe &#224; la Bourse de Montr&#233;al : 20 bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 mars &#8211; L'Op&#233;ration McGill fran&#231;ais rassemble plus de 15 000 personnes. Cette campagne pour la francisation de cette universit&#233;, symbole du colonialisme britannique, acc&#233;l&#232;re la cr&#233;ation de l'UQAM, inaugur&#233;e l'automne suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai &#8211; Lors d'un &lt;i&gt;bed-in&lt;/i&gt; &#224; l'H&#244;tel Reine-&#201;lizabeth de Montr&#233;al, Jonh Lennon, Yoko Ono et Timothy Leary enregistrent &#171; &lt;i&gt;Give peace a chance&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin &#8211; Reprise des attentats par le FLQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 septembre &#8211; La maison du maire de Montr&#233;al, Jean Drapeau, explose sous l'effet d'une charge de dynamite. L'attentat n'est pas revendiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 octobre &#8211; Intervention &#224; Montr&#233;al de la S&#251;ret&#233; du Qu&#233;bec, de la Gendarmerie royale du Canada et de l'Arm&#233;e en raison de la gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e par les policiers et les pompiers de Montr&#233;al. Pillage de plusieurs commerces du centre-ville. Profitant du chaos le Mouvement de lib&#233;ration du taxi tente de saccager les locaux de la compagnie de transport Murray Hill. Bilan : un mort et plusieurs bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 novembre &#8211; 3 000 personnes participent &#224; l'op&#233;ration &#171; Lib&#233;ration des prisonniers politiques &#187; dans les rues de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 novembre &#8211; Promulgation des r&#232;glements antimanifestation par la Ville de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 novembre &#8211; Deux cents femmes d&#233;fient l'interdiction de manifester en s'encha&#238;nant sur la place publique. Elles sont aussit&#244;t arr&#234;t&#233;es. Certaines d'entres elles fonderont peu apr&#232;s le Front de lib&#233;ration des femmes (FLF).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1966&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre &#8211; Publication de la brochure &lt;i&gt;De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant&lt;/i&gt; par des membres de l'Internationale situationniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 f&#233;vrier &#8211; D&#233;but de la gr&#232;ve de la Rhodiac&#233;ta &#224; Besan&#231;on contre les cadences, pour l'augmentation des salaires et l'allongement du temps de pause. Les 3 000 ouvriers seront bient&#244;t suivis par ceux de Lyon. 14 000 gr&#233;vistes au total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 mars &#8211; Paris : Des &#233;tudiants de Nanterre investissent le b&#226;timent de la cit&#233; universitaire r&#233;serv&#233; aux &#233;tudiantes pour exiger la mixit&#233; des r&#233;sidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 avril &#8211; Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Saint-Nazaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre-d&#233;cembre &#8211; Gr&#232;ves &#233;tudiantes &#224; Nanterre contre le plan Fouchet favorisant la formation technique des futurs cadres de l'enseignement et de l'industrie. &#8211; Formation des premiers Comit&#233;s d'action lyc&#233;ens. &#8211; Parution du &lt;i&gt;Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt; de Raoul Vaneigem et de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; de Guy Debord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier &#8211; Formation du groupe des Enrag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15-30 janvier &#8211; Gr&#232;ve ouvri&#232;re &#224; Caen (15 000 gr&#233;vistes) avec affrontements violents. Mouvement d'agitation dans les lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 janvier &#8211; Paris : Manifestation contre le &#171; flicage de l'universit&#233; &#187; &#224; Nanterre et les &#171; listes noires &#187; d'&#233;tudiants &#233;ventuellement sanctionn&#233;s. Intervention des policiers &#224; la demande du recteur. Ils sont chass&#233;s par les &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17-18 mars &#8211; Paris : Manifestation devant le si&#232;ge d'American Express. Arrestations de manifestants dont un &#233;tudiant de Nanterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 mars &#8211; Paris : Occupation de la tour administrative de la Facult&#233; de Nanterre par 142 &#233;tudiants qui exigent la lib&#233;ration de l'&#233;tudiant arr&#234;t&#233; le 18 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 mai &#8211; Paris : Meeting &#224; la Sorbonne pour d&#233;noncer la fermeture de la Facult&#233; de Nanterre et en soutien &#224; Ren&#233; Riesel, Daniel Cohn-Bendit et les autres &#233;tudiants menac&#233;s de sanction. Intervention de la police &#224; la demande du recteur. Premiers affrontements de rue avec les policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 mai &#8211; D&#233;but des gr&#232;ves lyc&#233;ennes. Premi&#232;res barricades &#224; Paris. Violents affrontements au Quartier latin : 600 &#233;tudiants et plus de 300 policiers sont bless&#233;s. Le mouvement s'&#233;tend en province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10-11 mai &#8211; &#171; Nuit des barricades &#187; au Quartier latin. 1 000 bless&#233;s lors d'affrontements avec la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 mai &#8211; Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Un million de manifestants antigaullistes &#224; Paris. Occupation de la Sorbonne. Manifestations violentes &#224; Nantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14-16 mai &#8211; Gr&#232;ves et occupations aux usines de Sud-Aviation &#224; Nantes, de Renault &#224; Flins, puis &#224; Billancourt. Les journalistes de la radio et de la t&#233;l&#233;vision d'&#201;tat (ORTF) d&#233;brayent contre la partialit&#233; de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 mai &#8211; L'Universit&#233; de Strasbourg se d&#233;clare autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 mai &#8211; Daniel Cohn-Bendit est interdit de s&#233;jour en France. Dix millions de gr&#233;vistes chez les ouvriers et les salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 mai &#8211; Deuxi&#232;me &#171; nuit des barricades &#187; &#224; Paris. Manifestations et &#233;meutes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 mai &#8211; Paris : Fin des n&#233;gociations entre le gouvernement et les repr&#233;sentants syndicaux. Les &#171; accords &#187; de Grenelle (r&#233;duction du temps de travail, augmentation des salaires, droit syndical) seront rejet&#233;s par les gr&#233;vistes. Un meeting au stade Charl&#233;ty r&#233;unit 60 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 mai &#8211; Manifestation de soutien &#224; de Gaulle sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Dissolution de l'Assembl&#233;e nationale, annonce des &#233;lections l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 juin &#8211; Occupation des usines Renault, &#224; Flins, par les CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 juin &#8211; Mort par noyade de Gilles Tautin, lyc&#233;en de 17 ans, &#224; Flins, alors qu'il &#233;tait poursuivi par les policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 juin &#8211; Manifestations dans plusieurs villes de France en r&#233;action &#224; la mort de Tautin. Heurts violents entre policiers et gr&#233;vistes de l'usine Peugeot &#224; Montb&#233;liard ; deux ouvriers sont tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 juin &#8211; Interdiction de toute manifestation sur tout le territoire jusqu'aux &#233;lections et dissolution judiciaire de 11 organisations d'extr&#234;me-gauche par d&#233;cret du ministre de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 juin &#8211; Il reste environ un million de gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 juin &#8211; La Sorbonne est &#233;vacu&#233;e par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 et 30 juin &#8211; Les &#233;lections l&#233;gislatives consacrent la r&#233;action gaulliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 septembre &#8211; R&#233;ouverture de la Sorbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier &#8211; Ouverture de l'Univ. de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril &#8211; De Gaulle d&#233;missionne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Europe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 avril &#8211; Gr&#232;ce : Coup d'&#201;tat militaire, instauration de la Dictature des colonels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 octobre &#8211; Tch&#233;coslovaquie : Manifestation &#233;tudiante &#224; Prague contre les mauvaises conditions des r&#233;sidences, brutalement r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 janvier &#8211; Irlande : Manifestation des catholiques de Derry r&#233;prim&#233;e dans le sang. D&#233;but des &#171; troubles &#187; en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 janvier &#8211; Tch&#233;coslovaquie : D&#233;but du Printemps de Prague avec le r&#233;formateur Dubcek &#224; la t&#234;te du Parti communiste tch&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 janvier &#8211; Pologne : Les repr&#233;sentations de la pi&#232;ce d'Adam Mickiewicz, &lt;i&gt;Les A&#239;eux&lt;/i&gt;, sont suspendues : les passages antirusses sont trop applaudis par les &#233;tudiants. D&#233;but d'une s&#233;rie de manifestations contre la censure et l'autoritarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 f&#233;vrier &#8211; Berlin : Manifestation internationale de solidarit&#233; avec le peuple vietnamien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 f&#233;vrier &#8211; Italie : Occupation de l'Universit&#233; de Rome par les &#233;tudiants. La police intervient pour &#233;vacuer les locaux : bataille de Valle Giulia le 1er mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 mars &#8211; Pologne : R&#233;pression des manifestations &#233;tudiantes de Varsovie et expulsion des juifs du Parti ouvrier unifi&#233; polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 avril &#8211; Allemagne de l'Ouest : Rudi Dutschke, leader de l'extr&#234;me-gauche allemande, est gri&#232;vement bless&#233; lors d'un attentat commandit&#233; par l'extr&#234;me-droite. Violentes manifestations &#233;tudiantes en RFA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 avril &#8211; Italie : Les syndicats d&#233;cr&#232;tent une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 ao&#251;t &#8211; Tch&#233;coslovaquie : Invasion des arm&#233;es du Pacte de Varsovie et &#233;crasement du Printemps de Prague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 ao&#251;t &#8211; Gr&#232;ce : Attentat manqu&#233; contre le chef de la Dictature des colonels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 janvier &#8211; Tch&#233;coslovaquie : Un &#233;tudiant (Jan Palach) s'immole par le feu pour protester contre l'invasion du pays par le Pacte de Varsovie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril &#8211; Italie : D&#233;but des gr&#232;ves des usines Fiat, &#224; Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 juillet &#8211; Italie : Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des ouvriers et &#233;tudiants de Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 septembre &#8211; Italie : Le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve des m&#233;tallurgistes donne le coup d'envoi de l'automne chaud italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 d&#233;cembre &#8211; Italie : Explosion d'une bombe dans le hall de la Banque de l'Agriculture, Piazza Fontana &#224; Milan, faisant 16 morts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Asie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1965&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 f&#233;vrier &#8211; Vietnam : D&#233;but des bombardements &#233;tats-uniens sur le Vietnam du Nord. &lt;br class='autobr' /&gt;
Septembre &#8211; Chine : Coup d'envoi de la Grande r&#233;volution culturelle prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 f&#233;vrier &#8211; Chine : Proclamation de la commune populaire de Shanghai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5-11 juin : Guerre des Six jours d&#233;clench&#233;e par Isra&#235;l contre les pays arabes. Occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier &#8211; Japon : Violents affrontements entre les &#233;tudiants et la police &#224; Tokyo puis &#224; Sasebo. Les &lt;i&gt;Zengakuren&lt;/i&gt; (F&#233;d&#233;ration japonaise des associations d'autogestion &#233;tudiantes) protestent contre l'arriv&#233;e du porte-avions nucl&#233;aire &lt;i&gt;Enterprise&lt;/i&gt; et assi&#232;gent la base d'Okinawa (USA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 janvier &#8211; Vietnam : Offensive du T&#234;t. Le Vietcong et l'Arm&#233;e populaire vietnamienne mobilisent 80 000 hommes dans 100 villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 mars &#8211; Vietnam : L'arm&#233;e &#233;tats-unienne massacre les habitants du village de My Lai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai &#8211; Japon : 50 universit&#233;s sont paralys&#233;es par des &#233;meutes &#233;tudiantes. 20 000 arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre &#8211; Japon : &#171; Assaut de Tokyo &#187; par le mouvement des &#233;tudiants et des ouvriers. Ils attaquent le parlement, l'ambassade am&#233;ricaine, et le si&#232;ge de la police. Manifestations dans plus de 300 localit&#233;s japonaises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Compil&#233;e par &lt;strong&gt;Claude Rioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du mai rampant &#224; l'automne chaud</title>
		<link>https://www.ababord.org/Du-mai-rampant-a-l-automne-chaud</link>
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		<dc:date>2008-07-21T02:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Rioux, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contrastant avec la nature rapide et explosive des mouvements de 1968 en France, l'Italie conna&#238;t une agitation qui s'inscrit dans la longue dur&#233;e. Les &#233;v&#233;nements auront &#233;galement une tournure plus violente et plus dramatique, car au &#171; mai rampant &#187; succ&#233;dera bient&#244;t l'&#171; automne chaud &#187; de 1969 avec son cort&#232;ge de morts violentes dans les affrontements et les attentats, pour mener aux sombres &#171; ann&#233;es de plomb &#187; de la d&#233;cennie 1970, avec l'&#233;mergence du terrorisme. &lt;br class='autobr' /&gt; L'agitation qui m&#232;nera (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Nous-sommes-heritiers-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Nous sommes h&#233;ritiers de 1968&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rioux-Claude-+" rel="tag"&gt;Rioux, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Europe-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contrastant avec la nature rapide et explosive des mouvements de 1968 en France, l'Italie conna&#238;t une agitation qui s'inscrit dans la longue dur&#233;e. Les &#233;v&#233;nements auront &#233;galement une tournure plus violente et plus dramatique, car au &#171; mai rampant &#187; succ&#233;dera bient&#244;t l'&#171; automne chaud &#187; de 1969 avec son cort&#232;ge de morts violentes dans les affrontements et les attentats, pour mener aux sombres &#171; ann&#233;es de plomb &#187; de la d&#233;cennie 1970, avec l'&#233;mergence du terrorisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'agitation qui m&#232;nera au &#171; mai rampant &#187; de 1968 &#8211; une expression faisant r&#233;f&#233;rence au caract&#232;re progressif, voire sinueux de la mobilisation &#8211; commence au d&#233;but 1966 &#224; l'Institut des sciences sociales de Trente, qui envisage la cr&#233;ation d'une contre-universit&#233; pour contrecarrer &#171; l'universit&#233; de classe &#187;. En 1967, gr&#232;ves, occupations, organisation d'une semaine pour le Vietnam s'y succ&#232;dent. L'agitation s'&#233;tend et atteint la Sapienza de Pise, occup&#233;e en f&#233;vrier 1967, puis l'Universit&#233; catholique de Milan et la facult&#233; des Lettres de Turin o&#249; les &#233;tudiants mettent en place des contre-cours et des structures autog&#233;r&#233;es en novembre de la m&#234;me ann&#233;e. L'anti-autoritarisme et la critique des contenus de l'enseignement sont les th&#232;mes dominants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lavabre, M.-C. et H. Rey, Les mouvements de 1968, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Maggio strisciante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La contestation se radicalise au fil des mois et touche en 1968 de nombreuses villes universitaires. &#192; Florence, d&#232;s le mois de janvier, le recteur d&#233;missionne &#224; la suite des violences polici&#232;res qui ont marqu&#233; les premi&#232;res manifestations &#233;tudiantes. Dans la plupart des grandes villes, les affrontements avec les forces de l'ordre sont aussi vifs que fr&#233;quents. &#192; Rome, au mois de mars, &#224; la suite de l'&#233;vacuation de l'universit&#233; et d'incidents avec la police, les &#233;tudiants se mobilisent massivement pour r&#233;clamer la r&#233;forme de l'universit&#233; et marchent, rue Giulia, vers la facult&#233; d'Archi-tecture, ferm&#233;e sur d&#233;cision du recteur. Cette bataille, dite de la Villa Giulia, fera de nombreux bless&#233;s et restera dans les m&#233;moires comme l'&#233;v&#233;nement fondateur de la r&#233;volte qui gagne toute l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; du &#171; mai rampant &#187;, &#233;tendu dans le temps comme dans l'espace de la p&#233;ninsule, est dans la rencontre en ces ann&#233;es-l&#224; des mouvements &#233;tudiant et ouvrier. D&#233;j&#224; au printemps 1968, il y eut des relations entre les &#233;tudiants et les ouvriers de quelques usines, en particulier Lancia &#224; Turin et Saint-Gobain &#224; Pise. Les relations deviennent peu &#224; peu permanentes et produisent des formes organisationnelles d&#233;mocratiques nouvelles, comme l'assembl&#233;e &lt;i&gt;operai-studenti&lt;/i&gt; (ouvriers-&#233;tudiants) autour de la Fiat de Turin. Les tentatives syndicales pour &#171; chevaucher le tigre du mouvement ouvrier spontan&#233; &#187; conduiront, au cours des ann&#233;es suivantes, &#224; la formation des conseils ouvriers dans les usines, une structure de d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autunno caldo&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant les explosions de m&#233;contentement se multiplient, d&#233;bouchant souvent sur des heurts avec la police. En avril 1969 &#224; Battipaglia, dans le Sud, une manifestation contre la fermeture de l'unique &#233;tablissement industriel de la ville d&#233;g&#233;n&#232;re en affrontements entre manifestants et policiers, faisant deux morts parmi les premiers. &#192; peu pr&#232;s dans la m&#234;me p&#233;riode, les gr&#232;ves contre les cadences de travail, pour l'augmentation des salaires et une diminution des heures de travail commencent &#224; se multiplier chez Fiat &#224; Turin. Le 3 juillet 1969, les syndicats d&#233;clarent une journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sur un objectif ext&#233;rieur &#224; l'usine : la lutte contre la hausse des loyers. Les cort&#232;ges, rejoints par les &#233;tudiants, convergent sur l'usine de Mirafiori. Face &#224; celle-ci, &#224; l'entr&#233;e du Corso Traiano, de violentes bagarres &#233;clatent avec la police. Les affrontements durent plusieurs heures et s'&#233;tendent &#224; d'autres quartiers de Turin. Au m&#234;me moment, les d&#233;brayages et les gr&#232;ves se multiplient dans de nombreuses entreprises. &#192; la fin du mois d'ao&#251;t, lorsque les travailleurs rentrent de vacances, les gr&#232;ves reprennent chez Fiat, chez Pirelli et chez bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait &#233;num&#233;rer ici toutes les journ&#233;es d'action des trois mois de l'&#171; automne chaud &#187; : les 11 et 12 septembre les m&#233;tallurgistes, le 16 la chimie et la m&#233;tallurgie du secteur d'&#201;tat, le 7 octobre gr&#232;ve des m&#233;tallos &#224; Milan, le 8 gr&#232;ve nationale du b&#226;timent et des m&#233;tallos de Rome, le 9 octobre gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la r&#233;gion Frioul-V&#233;n&#233;tie julienne, le 10 octobre gr&#232;ve des m&#233;tallos turinois, les 15 et 16 octobre gr&#232;ve &#224; Milan contre la vie ch&#232;re, le 17 octobre gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Palerme, le 19 novembre gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la vie ch&#232;re et violentes manifestations &#224; Milan, le 28 novembre, manifestation nationale des m&#233;tallos &#224; Rome...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Anni di piombo&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est le 12 d&#233;cembre 1969 que se produit un funeste &#233;v&#233;nement qui, mettant le mouvement ouvrier sur la d&#233;fensive, am&#232;ne les m&#233;tallos du secteur priv&#233; &#8211; qui avaient &#233;t&#233; l'avant-garde du mouvement &#8211; &#224; signer, le 21 d&#233;cembre, un contrat collectif mettant un point final &#224; cette saison de luttes et ouvrant la voie aux &#171; ann&#233;es de plomb &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 12 d&#233;cembre donc, une bombe &#233;clate devant la Banque de l'Agriculture, sur la piazza Fontana, dans le centre de Milan, faisant 16 morts et une centaine de bless&#233;s. On accuse aussit&#244;t l'extr&#234;me-gauche d'&#234;tre &#224; l'origine de l'attentat. Plus de 400 personnes sont arr&#234;t&#233;es par les forces de police, dont le cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli. Dans la nuit du 15 au 16 d&#233;cembre 1969, il est d&#233;fenestr&#233; du 4e &#233;tage du commissariat o&#249; il &#233;tait interrog&#233;. Les autorit&#233;s tentent de faire croire alors &#224; un suicide avant de conclure, en 1972, &#224; &#171; &lt;i&gt;une mort accidentelle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet incident inspirera la pi&#232;ce de Dario Fo, Mort accidentelle d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est malais&#233; de d&#233;nouer l'&#233;cheveau des complicit&#233;s ayant conduit &#224; l'&#233;laboration et &#224; la mise en &#339;uvre de la &#171; strat&#233;gie de la tension &#187; dont l'attentat de la piazza Fontana est la premi&#232;re manifestation. On sait aujourd'hui, en raison notamment de r&#233;v&#233;lations faites par l'OTAN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En octobre 1990, &#224; la suite des r&#233;v&#233;lations du premier ministre italien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; elle-m&#234;me, que les services secrets &#233;tats-uniens, l'appareil d'&#201;tat italien et des organisations n&#233;ofascistes se sont coalis&#233;s pour organiser des attentats &#8211; dont celui du 12 d&#233;cembre 1969 &#8211; attribu&#233;s par la suite &#224; l'extr&#234;me-gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Il Reichstag brucia ?&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Reichstag br&#251;le-t-il ?&lt;/i&gt;), un tract distribu&#233; &#224; Milan d&#232;s le 19 d&#233;cembre &#8211; &#224; peine une semaine apr&#232;s les attentats &#8211;, Gianfranco Sanguinetti et la section milanaise de l'Internationale situationniste d&#233;noncent l'&#201;tat italien comme responsable du massacre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Devant la mont&#233;e du mouvement r&#233;volutionnaire, malgr&#233; l'action m&#233;thodique de r&#233;cup&#233;ration des syndicats et des bureaucrates de la vieille et de la nouvelle gauche, le pouvoir se voit contraint de jouer la fausse carte du terrorisme. La bourgeoisie italienne de 1969 n'a plus besoin des erreurs des vieux anarchistes pour trouver un pr&#233;texte &#224; la r&#233;alisation politique de sa r&#233;alit&#233; totalitaire. Mais elle cherche &#224; se fabriquer toute seule un tel pr&#233;texte, en coin&#231;ant les nouveaux anarchistes dans une machination polici&#232;re. La bombe de Milan a explos&#233; contre le prol&#233;tariat : destin&#233;e &#224; frapper les cat&#233;gories les moins radicalis&#233;es pour les allier au pouvoir, et &#224; battre le rappel de la bourgeoisie.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La bourgeoisie italienne est la plus mis&#233;rable d'Europe. Inca-pable aujourd'hui de r&#233;aliser sa propre terreur active sur le prol&#233;tariat, il ne lui reste plus qu'&#224; tenter de communiquer &#224; la majorit&#233; de la population sa propre terreur passive, la peur du prol&#233;tariat. Impuissante et maladroite dans la tentative d'arr&#234;ter de cette mani&#232;re le d&#233;veloppement du mouvement r&#233;volutionnaire et de se cr&#233;er en m&#234;me temps une force qu'elle ne poss&#232;de pas, elle risque de perdre d'un seul coup ces deux possibilit&#233;s.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;L'exc&#232;s de faiblesse reporte la bourgeoisie italienne sur le terrain de l'exc&#232;s policier ; elle comprend que sa seule possibilit&#233; de sortir d'une agonie sans fin passe par le risque de la fin imm&#233;diate de son agonie. C'est ainsi que le pouvoir doit d&#232;s le d&#233;but br&#251;ler la derni&#232;re carte politique &#224; jouer avant la guerre civile ou un coup d'&#201;tat dont il est incapable, la double carte du faux &#8220;p&#233;ril anarchiste&#8221; (pour la droite) et du faux &#8220;p&#233;ril fasciste&#8221; (pour la gauche) dans le but de masquer et de rendre possible son offensive contre le v&#233;ritable danger : le prol&#233;tariat.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gianfranco Sanguinetti, Du terrorisme et de l'&#201;tat. La th&#233;orie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une illustration limpide de la strat&#233;gie de la tension, qui vise &#224; instaurer la terreur afin de renforcer l'&#233;lectorat des partis de l'ordre. Entre 1969 et 1989, des milliers d'&#233;pisodes de violence enl&#232;vent la vie &#224; pr&#232;s de 500 personnes : les partis de l'ordre se succ&#232;dent au pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Lavabre, M.-C. et H. Rey, &lt;i&gt;Les mouvements de 1968&lt;/i&gt;, Paris, Casterman-Giunti, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet incident inspirera la pi&#232;ce de Dario Fo, &lt;i&gt;Mort accidentelle d'un anarchiste&lt;/i&gt; (1970).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En octobre 1990, &#224; la suite des r&#233;v&#233;lations du premier ministre italien Giulio Androetti, l'OTAN a &#233;t&#233; oblig&#233;e d'admettre l'existence du r&#233;seau &#171; &lt;i&gt;Stay behind&lt;/i&gt; &#187;, constitu&#233; de cellules paramilitaires clandestines diss&#233;min&#233;es &#224; travers l'Europe de l'Ouest. Le r&#233;seau italien Gladio, dont l'implication dans l'attentat de la piazza Fontana est av&#233;r&#233;e, est la plus c&#233;l&#232;bre de ces cellules et la premi&#232;re &#224; avoir fait l'objet de r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gianfranco Sanguinetti, &lt;i&gt;Du terrorisme et de l'&#201;tat. La th&#233;orie et la pratique du terrorisme divulgu&#233;es pour la premi&#232;re fois,&lt;/i&gt; Paris, Le fin mot de l'histoire, 1979, p. 89-90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Rioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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