<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.ababord.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
	<link>https://www.ababord.org/</link>
	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.ababord.org/spip.php?id_rubrique=45&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
		<url>https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L144xH53/siteon0-9c6c5.png?1729015892</url>
		<link>https://www.ababord.org/</link>
		<height>53</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;dias, journalisme et critique sociale</title>
		<link>https://www.ababord.org/Medias-journalisme-et-critique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Medias-journalisme-et-critique</guid>
		<dc:date>2008-08-22T13:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis R&#233;millard, Louis R&#233;millard, Claude Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Rioux, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;millard, Denis</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;millard, Louis </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les les m&#233;dias et le journalisme aiment se pr&#233;senter comme l'expression de l'id&#233;al de la sph&#232;re publique, un lieu de d&#233;lib&#233;ration et de prise de conscience des enjeux collectifs marqu&#233; par la rationalit&#233;, l'accessibilit&#233; et la transparence correspondant au mod&#232;le de l'agora d&#233;mocratique. &#192; gauche cependant, domine la critique de l'appareil id&#233;ologique et propagandiste, analysant l'usage que font les &#233;lites politiques et &#233;conomiques des m&#233;dias, utilis&#233;s comme instruments producteurs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rioux-Claude-+" rel="tag"&gt;Rioux, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Remillard-Denis-+" rel="tag"&gt;R&#233;millard, Denis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Remillard-Louis-+" rel="tag"&gt;R&#233;millard, Louis &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton258.gif?1642092212' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;227&#034; height=&#034;303&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les les m&#233;dias et le journalisme aiment se pr&#233;senter comme l'expression de l'id&#233;al de la &lt;i&gt;sph&#232;re publique&lt;/i&gt;, un lieu de d&#233;lib&#233;ration et de prise de conscience des enjeux collectifs marqu&#233; par la rationalit&#233;, l'accessibilit&#233; et la transparence correspondant au mod&#232;le de l'agora d&#233;mocratique. &#192; gauche cependant, domine la critique de l'&lt;i&gt;appareil id&#233;ologique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;propagandiste&lt;/i&gt;, analysant l'usage que font les &#233;lites politiques et &#233;conomiques des m&#233;dias, utilis&#233;s comme instruments producteurs de consentement dans la lutte id&#233;ologique pour l'h&#233;g&#233;monie. Les m&#233;dias sont souvent assimil&#233;s &#224; l'un des nombreux outils dont disposent ces &#233;lites pour maintenir leur domination sur la soci&#233;t&#233;. Entre ces deux p&#244;les du &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt;, une analyse approfondie peut faire appara&#238;tre une myriade de nuances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des m&#233;dias canadiens appartiennent &#224; d'importants groupes priv&#233;es (Power Corporation, Quebecor, CanWest, BCE, Rogers), lesquels brassent &#233;galement des affaires dans d'autres secteurs de l'&#233;conomie. Non seulement ces entreprises d&#233;fendent-elles &lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; int&#233;r&#234;ts dans &lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; m&#233;dias, mais ces derniers diffusent une information globalement favorable &#224; l'initiative priv&#233;e, sont procapitalistes et pr&#233;conisent un style de vie ax&#233; sur la consommation et le march&#233;. Cette orientation est le fruit d'une dynamique complexe passant par l'exercice de l'autorit&#233; des patrons de presse eux-m&#234;mes, la marchandisation de l'information, la concentration des m&#233;dias et l'omnipr&#233;sence de la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation capitaliste et la pr&#233;carisation de la main-d'&#339;uvre qui en d&#233;coule touchent &#233;galement la profession journalistique, laquelle vit actuellement une profonde crise &#224; la fois d'identit&#233;, du sens et des valeurs, qui compromet la qualit&#233; d'une information plus que jamais n&#233;cessaire &#224; la vie d&#233;mocratique. Que ce soit au sein m&#234;me des m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; ou &#224; l'ext&#233;rieur de ceux-ci, dans les m&#233;dias alternatifs ou autonomes, des journalistes et des m&#233;dias-activistes tentent de pratiquer un journalisme int&#232;gre, de subvertir les m&#233;dias ou d'en fonder de nouveaux, plus &#171; libres &#187;, ou encore de se servir des m&#233;dias pour op&#233;rer ou promouvoir de profonds changements sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Claude Rioux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Penser le journalisme dans un monde en crise</title>
		<link>https://www.ababord.org/Penser-le-journalisme-dans-un</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Penser-le-journalisme-dans-un</guid>
		<dc:date>2008-08-21T13:24:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Pichette</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pichette, Jean</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il faut prendre au s&#233;rieux la pr&#233;tention des journalistes &#224; se voir comme &#171; chiens de garde de la d&#233;mocratie &#187; pour saisir l'ampleur des d&#233;rives actuelles de l'id&#233;al moderne d'autonomie collective, classiquement entendu comme la capacit&#233; de la soci&#233;t&#233; de prendre en main son histoire. Appr&#233;hender le journalisme en le confrontant &#224; sa doxa permet alors de resituer la crise contemporaine du journalisme dans le miroir de la crise du politique. Cela ne fait bien s&#251;r pas dispara&#238;tre le probl&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pichette-Jean-+" rel="tag"&gt;Pichette, Jean&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton259.jpg?1642092212' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;369&#034; height=&#034;440&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut prendre au s&#233;rieux la pr&#233;tention des journalistes &#224; se voir comme &#171; chiens de garde de la d&#233;mocratie &#187; pour saisir l'ampleur des d&#233;rives actuelles de l'id&#233;al moderne d'autonomie collective, classiquement entendu comme la capacit&#233; de la soci&#233;t&#233; de prendre en main son histoire. Appr&#233;hender le journalisme en le confrontant &#224; sa &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La doxa est l'ensemble &#8211; plus ou moins homog&#232;ne &#8211; d'opinions confuses, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; permet alors de resituer la crise contemporaine du journalisme dans le miroir de la crise du politique. Cela ne fait bien s&#251;r pas dispara&#238;tre le probl&#232;me extr&#234;mement grave de la marchandisation de l'information, mais permet de le resituer dans une logique plus large, la d&#233;symbolisation du monde, qu'il faut comprendre pour saisir les enjeux fondamentaux &#224; l'&#339;uvre dans les transformations du journalisme et des m&#233;dias. Du coup, les analyses centrant leurs critiques sur des consid&#233;rations &#233;conomiques montrent rapidement leurs limites, incapables qu'elles sont de penser la n&#233;cessit&#233; d'instituer un espace de repr&#233;sentation au sein de la soci&#233;t&#233;. La &#171; radicalit&#233; &#187; de certaines critiques peut d&#232;s lors &#234;tre vue comme le compl&#233;ment innocent &#8211; l'alli&#233; &#171; objectif &#187; &#8211; d'une dynamique de destruction de toute m&#233;diation r&#233;fl&#233;chie au sein de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un espace public de d&#233;bat
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler le lien historique tr&#232;s &#233;troit entre la d&#233;mocratie et les m&#233;dias, qui vont soutenir le d&#233;veloppement d'un espace public permettant de d&#233;battre collectivement des enjeux sociopolitiques et des orientations normatives du monde. Le journalisme affleure ainsi en tant que m&#233;diation : il ne s'agit plus de faire entendre une parole de v&#233;rit&#233; &#233;manant d'&#171; en haut &#187; mais de favoriser un d&#233;bat entre citoyens &#171; &#233;clair&#233;s &#187;, aptes &#224; d&#233;terminer les formes d'un monde qui n'appara&#238;t donc plus comme quelque chose de donn&#233; mais plut&#244;t &#224; construire. Le journalisme est donc indissociable de la construction d'un espace politique dans lequel la soci&#233;t&#233; se d&#233;double, se distancie d'elle-m&#234;me pour se repr&#233;senter, se r&#233;fl&#233;chir &#8211; dans le double sens du terme : se donner une image d'elle-m&#234;me, qui pourra lui appara&#238;tre comme un projet &#224; r&#233;aliser, et se penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une dimension fondamentale &#8211; et fondatrice &#8211; du journalisme qu'il faut garder &#224; l'esprit pour jauger la situation pr&#233;sente : le journalisme, comme le politique, se constitue dans un &#233;cart, une distance creus&#233;e au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233;. Ce lieu de repli sur soi, cette mise &#224; distance du monde, du dedans de celui-ci, portait bien s&#251;r l'id&#233;al d'un rapport r&#233;fl&#233;chi et critique &#224; la r&#233;alit&#233;, que devait en quelque sorte incarner la figure du citoyen. Le journalisme permettait ainsi la mise en forme symbolique du conflit social : indissociable de l'id&#233;al d&#233;mocratique, il ouvrait &#224; la parole la possibilit&#233; de construire pacifiquement, &#224; travers le d&#233;bat, une repr&#233;sentation diff&#233;rente du monde pouvant devenir moteur de transformation de la soci&#233;t&#233;. Il ne s'agit pas ici d'affirmer que le journalisme &#8211; ni d'ailleurs le politique ou le projet &#233;ducatif moderne &#8211; a connu un &#226;ge d'or o&#249; il aurait &#233;t&#233; &#224; la hauteur de cet id&#233;al mais de rappeler que seule cette volont&#233; d'instaurer une distance critique face &#224; la r&#233;alit&#233; a permis &#224; la pratique journalistique d'appara&#238;tre l&#233;gitime dans le mouvement de constitution d'un espace public de d&#233;bat. Que la pratique n'ait pas toujours &#233;t&#233; conforme &#224; son id&#233;al constitutif est une chose ; qu'elle renonce massivement &#224; tout id&#233;al pour devenir un simple exercice de communication parmi d'autres devrait toutefois suffire &#224; nous convaincre qu'une mutation profonde du journalisme est en cours depuis peut-&#234;tre d&#233;j&#224; un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette toile de fond qu'il nous faut aujourd'hui penser le journalisme, alors que sont remises en question toutes les formes de m&#233;diation &#8211; y compris le politique &#8211; que la modernit&#233; avait jug&#233; fondamentales pour la construction du monde. Nous vivons d&#233;sormais dans un monde o&#249; tout &#233;cart est vu comme suspect et o&#249; la transparence appara&#238;t comme la vertu cardinale favorisant un acc&#232;s &lt;i&gt;im-m&#233;diat&lt;/i&gt;, r&#233;put&#233; &#171; authentique &#187;, &#224; la r&#233;alit&#233;. Le choix des mots n'est pas ici anodin : que peut en effet signifier le journalisme (ou, plus largement, les m&#233;dias) dans un monde valorisant l'imm&#233;diatet&#233; &#8211; la n&#233;gation des m&#233;diations ? Comment penser le travail journalistique dans un contexte social o&#249; les m&#233;diations apparaissent non pas constitutives de la r&#233;alit&#233; mais comme des obstacles voilant cette r&#233;alit&#233;, bloquant l'acc&#232;s &#224; son &#171; essence &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se trouve ainsi pos&#233;e est au fond tr&#232;s simple : les normes &#233;mergeant d'un espace public de r&#233;flexion font-elles partie de la r&#233;alit&#233;, qu'elles contribueraient ainsi &#224; mettre en forme, ou lui sont-elles plut&#244;t fondamentalement &#233;trang&#232;res ? L'enjeu est loin d'&#234;tre th&#233;orique : l'approfondissement du tout-&#224;-l'&#233;conomie ambiant &#8211; dans ses versions tant n&#233;olib&#233;rale que n&#233;omarxiste &#8211; requiert en effet la remise en cause de la l&#233;gitimit&#233; de la m&#233;diation politique, avec les limites que celle-ci assigne n&#233;cessairement aux pr&#233;tentions &#224; l'autonomie et &#224; la toute-puissance individuelles. Disons les choses autrement : l'&#233;conomie se construit sur une conception individualiste de l'homme, r&#233;put&#233; entrer dans un rapport &#224; autrui sur une base fondamentalement int&#233;ress&#233;e. Dans cette optique, le symbolique, la culture, n'apparaissent plus comme des donn&#233;es fondatrices de l'exp&#233;rience humaine. La soci&#233;t&#233; peut alors &#234;tre r&#233;duite en un lieu o&#249; s'entrechoquent des atomes portant des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques et pouvant &#233;ventuellement s'associer entre eux pour la d&#233;fense de ces int&#233;r&#234;ts. Elle cesse donc de pouvoir &#234;tre appr&#233;hend&#233;e comme un lieu &#8211; vivant &#8211; de culture capable de se r&#233;fl&#233;chir ; elle devient un objet analysable par une esp&#232;ce de physique des rapports sociaux o&#249;, pourrait-on dire avec Marx, &#171; &lt;i&gt;le mort saisit le vif&lt;/i&gt; &#187;, dans la mesure o&#249; tend &#224; n'&#234;tre saisi comme &#171; r&#233;el &#187; que ce qui &#233;chappe &#224; toute vis&#233;e subjective, si ce n'est celle r&#233;sultant de tendances statistiques. C'est ainsi que, par anthropomorphisme na&#239;f &#8211; mais surtout ridicule &#8211; on peut pr&#234;ter une intentionnalit&#233; au march&#233; boursier alors m&#234;me qu'on traite de plus en plus de gens comme de simples objets, mall&#233;ables au point de pouvoir en disposer librement apr&#232;s usage, tels des d&#233;chets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de la repr&#233;sentation
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;symbolisation du monde &#233;voqu&#233;e plus haut trouve dans cette dynamique son point d'ancrage : la soci&#233;t&#233; &#233;tant d&#233;sormais vue comme le produit empirique d'interactions entre atomes individuels, tout d&#233;tour par la repr&#233;sentation para&#238;t suspect, comme un voile jet&#233; sur la r&#233;alit&#233; pour en cacher les aspects fondamentaux. On comprend dans cette optique que le journalisme devienne lui-m&#234;me objet de suspicion, peu importe les modalit&#233;s concr&#232;tes de son exercice : que peut en effet signifier le projet de repr&#233;senter la r&#233;alit&#233; quand l'id&#233;e m&#234;me de repr&#233;sentation s'apparente &#224; un dessein de dissimulation, comme si les mots, loin d'&#234;tre la chair du rapport humain au monde, pouvaient &#234;tre r&#233;duits &#224; de simples vecteurs de mensonge ? La crise du journalisme doit ainsi &#234;tre inscrite dans le m&#234;me horizon de pens&#233;e que celle d'autres types de repr&#233;sentation (litt&#233;rature, th&#233;&#226;tre, arts visuel, etc.) : toutes les formes de narration de la r&#233;alit&#233;, par lesquelles celle-ci se r&#233;fl&#233;chit, sont aujourd'hui sous la loupe du soup&#231;on et participent de ce qu'on peut identifier comme une crise de la repr&#233;sentation. La difficult&#233; de penser la repr&#233;sentation comme exigence d'une distance &#224; soi de la soci&#233;t&#233; est perceptible, notamment, dans la r&#233;duction de l'id&#233;e m&#234;me d'une crise de la repr&#233;sentation en un simple manque de repr&#233;sentativit&#233; de divers segments de la soci&#233;t&#233; au sein des institutions politiques. Le nombre de ces &#171; bouts de r&#233;alit&#233; &#187; &#233;tant multipliable &#224; l'infini (femmes, homosexuels, patrons, handicap&#233;s, groupes ethniques, travailleurs, ch&#244;meurs, gens des r&#233;gions, etc.), la sortie de cette crise passerait ainsi par la constitution d'une carte de la r&#233;alit&#233; &#224; une &#233;chelle 1:1, comme la r&#233;alise le cartographe d'un texte de Borges, rendant du coup visibles tous les segments (r&#233;put&#233;s exister de fa&#231;on autonome) de la r&#233;alit&#233;. On peut alors se demander, bien s&#251;r, quel est l'int&#233;r&#234;t d'avoir une repr&#233;sentation qui n'est en fait qu'une duplication de la r&#233;alit&#233;, r&#233;alit&#233; ainsi vid&#233;e de toute tension interne (entre ce qu'elle est et ce qu'elle pourrait &#234;tre si on la voulait autrement). Mais n'est-ce pas l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le projet du journalisme contemporain : dresser un portrait empirique de la r&#233;alit&#233; par addition de bouts de r&#233;alit&#233; r&#233;put&#233;s ind&#233;pendants entre eux, en s'abstenant, surtout, sauf &#224; sombrer dans le crime de l&#232;se-r&#233;alit&#233; qu'on appelle &#171; id&#233;ologie &#187;, de faire des liens entre ces moments du r&#233;el ? Un scandale politique, ici ; une famine, l&#224; ; un meurtre sordide, ici ; une annonce d'investissement, l&#224; ; une gr&#232;ve d'athl&#232;tes professionnels, ici, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet le plus notable de ce r&#233;tr&#233;cissement de la distance entre la r&#233;alit&#233; et la repr&#233;sentation qu'on s'en fait est d'enfermer le r&#233;el dans ce qu'il est : l'espace public appara&#238;t de moins en moins comme un lieu o&#249; pourrait l&#233;gitimement &#234;tre pens&#233; le d&#233;passement de ce qui est par la projection dans une alt&#233;rit&#233; (un autre monde) qu'on estimerait souhaitable, sur la base de normes d&#233;battues collectivement. L'imm&#233;diatet&#233;, c'est la pr&#233;sentation du monde dans son &#171; &#233;vidence &#187; empirique, incontournable, inquestionnable : le monde &#233;tant ce qu'il est, il faudrait simplement s'y adapter, ainsi que le clament en ch&#339;ur nos &#233;lites m&#233;diatico-politiques. Sur le plan journalistique, cette valorisation de l'imm&#233;diatet&#233; se traduit par l'affirmation d'une neutralit&#233; qui place en son centre l'id&#233;al d'objectivit&#233;. D&#232;s les ann&#233;es &#8216;20, le journaliste et sociologue am&#233;ricain Walter Lippmann appelait ainsi de ses v&#339;ux une professionnalisation du journalisme passant selon lui par l'adh&#233;sion stricte &#224; l'id&#233;e d'objectivit&#233;, telle que promue par la connaissance scientifique. La complexification du monde, estimait-il, avait rendu caduc l'id&#233;al du citoyen &#233;clair&#233; : le journaliste devait d&#232;s lors se mettre au service des experts, seuls aptes, &#224; ses yeux, &#224; g&#233;rer les probl&#232;mes sociaux. Invit&#233; &#224; favoriser la professionnalisation (ou la technocratisation) du politique, le journaliste allait ainsi nourrir &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; la d&#233;politisation de l'espace public. Les probl&#232;mes sociopolitiques devant &#234;tre pris en charge par les &#171; experts &#187;, le d&#233;bat public perdait en effet sa raison d'&#234;tre : rien ne sert de d&#233;battre, de questionner les finalit&#233;s d'une logique abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, il faut permettre &#224; ceux qui savent de g&#233;rer la r&#233;alit&#233;. Cette &#171; privatisation du public &#187; &#8211; qui accorde &#224; l'&#171; expert &#187; une place privil&#233;gi&#233;e dans l'espace public &#8211; allait tr&#232;s rapidement trouver son compl&#233;ment inverse dans la &#171; publicisation du priv&#233; &#187;, permettant au journaliste de se sentir justifi&#233; d'amener dans l'ar&#232;ne publique des informations &#224; caract&#232;re priv&#233; &#8211; potins et autres comm&#233;rages &#8211; concernant des hommes et des femmes publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce brouillage entre le &#171; public &#187; et le &#171; priv&#233; &#187;, au profit de la reconnaissance graduelle d'un espace de gestion unifi&#233;, indiff&#233;renci&#233;, ach&#232;ve de dissoudre l'id&#233;e d'une capacit&#233; collective de d&#233;cider de l'orientation du monde et de mandater en ce sens une puissance publique l&#233;gitime. Il nourrit au contraire un sentiment d'impuissance et de fatalit&#233; &#8211; &#171; de toutes fa&#231;ons, les experts s'en occupent &#187; &#8211; qui fait des citoyens de moins en moins des acteurs et de plus en plus de simples spectateurs, voire des consommateurs de spectacles, y compris du spectacle de leur propre vie. La d&#233;mocratie comme autonomie collective, prise en charge collective du devenir du monde, se transforme alors en son exact inverse : une h&#233;t&#233;ronomie croissante, un abandon &#224; toutes sortes de forces centrifuges auxquelles les individus sont somm&#233;s de s'adapter &#171; librement &#187;, du moins avec les lambeaux de &#171; libert&#233; &#187; qui leur restent. De plus en plus r&#233;duite au choix du consommateur, la libert&#233; perd peu &#224; peu toute r&#233;sonance politique, avec la distance critique au r&#233;el que cela comportait. Aussi ne faut-il pas s'&#233;tonner que l'espace public s'apparente de plus en plus &#224; un espace publicitaire et qu'il soit m&#234;me reconnu comme tel par les acteurs m&#233;diatiques, dont Guy Crevier, &#233;diteur de &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;, qui &#233;crivait ainsi, le 22 septembre dernier : &#171; &lt;i&gt;Curieux et ouverts sur le monde, les lecteurs de&lt;/i&gt; La Presse &lt;i&gt;sont des consommateurs avertis dont le profil est recherch&#233; par les annonceurs qui reconnaissent la force de notre m&#233;dia en tant que v&#233;hicule publicitaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le journalisme comme narration
du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il importe de d&#233;noncer et de combattre l'emprise de la logique &#233;conomique sur les m&#233;dias et le travail journalistique, cela, pourtant, ne suffit pas. Il est non moins capital de penser les conditions du maintien d'un espace de repr&#233;sentation, seul capable de nourrir une distance critique au r&#233;el. Le d&#233;fi peut ainsi s'&#233;noncer simplement : comment peut-on penser le d&#233;veloppement d'une pratique du journalisme qui soit &#224; la hauteur de son id&#233;al constitutif ? Comment peut-on favoriser la construction d'un espace de m&#233;diation qui assure une distance r&#233;fl&#233;chie face &#224; la r&#233;alit&#233;, tout en permettant &#224; tous &#8211; pas seulement aux &#171; experts &#187; &#8211; d'habiter cet espace de la pens&#233;e ? La critique de l'&#233;conomie &#8211; fondamentale, je le r&#233;p&#232;te &#8211; ne peut apporter aucune r&#233;ponse &#224; ces questions. Elle permet certes, en autant qu'elle daigne s'y consacrer, de poser &#224; nouveaux frais la question de la repr&#233;sentation, dans la mesure o&#249; la logique &#233;conomique en est pr&#233;cis&#233;ment une d'abstraction des rapports sociaux, qui renvoie du coup ceux-ci dans l'indiff&#233;renciation (eu &#233;gard aux finalit&#233;s) et l'invisibilit&#233; (toute orientation collective du monde, en rendant lisible le devenir, &#233;tant assimil&#233;e &#224; une forme de totalitarisme). L'&#233;conomie, autrement dit, tue la repr&#233;sentation. Dans &lt;i&gt;La Rabbia&lt;/i&gt;, un film r&#233;alis&#233; en 1963, Pier Paolo Pasolini affirmait ainsi : &#171; &lt;i&gt;Quand il ne restera plus rien du monde classique, quand tous les paysans et les artisans seront morts, quand l'industrie aura fait tourner sans r&#233;pit le cycle de la production et de la consommation, alors notre histoire sera finie.&lt;/i&gt; &#187; Il &#233;crivait 12 ans plus tard, quelques mois avant sa mort, dans&lt;i&gt; Lettres luth&#233;riennes&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Notre faute, en tant que p&#232;res, consisterait &#224; croire que l'histoire n'est et ne saurait &#234;tre que l'histoire bourgeoise.&lt;/i&gt; &#187; C'est toujours l'&#233;cueil qui nous guette aujourd'hui, y compris dans la critique des m&#233;dias et du journalisme. Car au fond, comment peut-on continuer &#224; &#233;crire collectivement l'histoire &#8211; ou ou maintenir la fiction dans la r&#233;alit&#233;, afin de garder l'histoire ouverte &#8211; si celle-ci est d&#233;j&#224; inscrite dans la soi-disant naturalit&#233; du monde ? Pourquoi continuer &#224; dire le monde si les mots lui sont fondamentalement &#233;trangers ? Comment veiller &#224; ce que les mots gardent un poids dans la r&#233;alit&#233; si celle-ci est r&#233;put&#233;e loger en de&#231;&#224; d'eux ? Aucune politique &#233;conomique, fut-elle de gauche, ni aucune critique de l'&#233;conomie ne peut nous aider &#224; r&#233;pondre &#224; ces questions. Tant que la critique du journalisme ne placera pas ces questions au c&#339;ur de sa r&#233;flexion, elle &#233;pousera malgr&#233; elle l'histoire bourgeoise d&#233;cri&#233;e par Pasolini, une histoire satur&#233;e du visible mais aveugle &#224; ce qu'elle pourrait faire sourdre de l'invisible. Cette critique ne pourra ainsi, dans le meilleur des cas, que nous laisser suspendus dans le vide d'une absence de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; est l'ensemble &#8211; plus ou moins homog&#232;ne &#8211; d'opinions confuses, de pr&#233;jug&#233;s populaires, de pr&#233;suppositions g&#233;n&#233;ralement admises et &#233;valu&#233;es positivement ou n&#233;gativement, sur lesquelles se fonde toute forme de communication. [ndlr - Wikipedia]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Pichette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, professeur &#224; l'&#201;cole des m&#233;dias, UQAM&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mod&#232;le propagandiste des m&#233;dias</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-modele-propagandiste-des-medias,261</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Le-modele-propagandiste-des-medias,261</guid>
		<dc:date>2008-08-20T14:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1988, il y a donc bient&#244;t 20 ans, Edward Herman et Noam Chomsky publiaient Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage a depuis acquis une grande renomm&#233;e et est devenu une sorte de classique dans le domaine de l'&#233;tude des m&#233;dias de masse. Rappelons d'abord les grandes lignes du mod&#232;le d'analyse des m&#233;dias qui est propos&#233; dans Manufacturing Consent. Ce mod&#232;le ayant suscit&#233; de tr&#232;s nombreuses discussions critiques &#8211; certaines mesur&#233;es et constructives, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baillargeon-Normand-+" rel="tag"&gt;Baillargeon, Normand &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1988, il y a donc bient&#244;t 20 ans, Edward Herman et Noam Chomsky publiaient &lt;i&gt;Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage a depuis acquis une grande renomm&#233;e et est devenu une sorte de classique dans le domaine de l'&#233;tude des m&#233;dias de masse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons d'abord les grandes lignes du mod&#232;le d'analyse des m&#233;dias qui est propos&#233; dans &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;. Ce mod&#232;le ayant suscit&#233; de tr&#232;s nombreuses discussions critiques &#8211; certaines mesur&#233;es et constructives, d'autres brouillonnes et pol&#233;miques &#8211;, nous en &#233;voquerons ensuite quelques-unes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mod&#232;le propagandiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt; s'ouvre (chapitre 1) sur la description de ce que les auteurs appellent un &#171; &lt;i&gt;mod&#232;le propagandiste&lt;/i&gt; &#187; des m&#233;dias. &#192; quoi renvoie cette expression ? Ce mod&#232;le est &#171; propagandiste &#187;, en ce sens que les auteurs soutiennent que les grands m&#233;dias de masse &#171; &lt;i&gt;servent &#224; mobiliser des appuis en faveur des int&#233;r&#234;ts particuliers qui dominent les activit&#233;s de l'&#201;tat et celles du secteur priv&#233;&lt;/i&gt; [et que] &lt;i&gt;leurs choix, insistances et omissions peuvent &#234;tre au mieux compris &#8211; et parfois m&#234;me compris de mani&#232;re exemplaire et avec une clart&#233; saisissante &#8211; lorsqu'ils sont analys&#233;s en ces termes.&lt;/i&gt; &#187; (p. xi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite un &#171; mod&#232;le &#187;, parce qu'il se propose d'identifier des variables &#8211; celles qui seront retenues sont, comme on va le voir, structurelles &#8211; qui permettront de rendre compte de ce fonctionnement, de ces &#171; &lt;i&gt;choix, insistances et omissions&lt;/i&gt; &#187; et de leur syst&#233;maticit&#233;. Ces variables &#8211; il y en a cinq &#8211; sont pr&#233;sent&#233;es comme autant de &#171; filtres &#187;. Les voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le premier filtre est celui que constituent la taille, l'appartenance et l'orientation vers le profit des m&#233;dias. Nous sommes donc ici invit&#233;s &#224; noter que les m&#233;dias sont des corporations ; qu'un nombre tr&#232;s restreint d'entre celles-ci, gigantesques, contr&#244;lent d&#233;sormais la presque totalit&#233; des m&#233;dias ; et que ces corporations ont pour finalit&#233;, par d&#233;finition, de g&#233;n&#233;rer des profits ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le deuxi&#232;me filtre est celui de la d&#233;pendance de ces m&#233;dias envers la publicit&#233;, laquelle constitue, comme on sait, leur premi&#232;re et principale source de revenus ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le troisi&#232;me filtre est celui de la d&#233;pendance des m&#233;dias &#224; l'&#233;gard de certaines sources d'information : le gouvernement, les entreprises elles-m&#234;mes par d&#233;finition notamment par le biais des firmes de relations publiques dont l'importance est croissante par d&#233;finition les groupes de pression, les agences de presse. Tout cela cr&#233;e, par symbiose, une sorte d'affinit&#233; autant bureaucratique qu'&#233;conomique et id&#233;ologique entre les m&#233;dias et ceux qui les alimentent, affinit&#233; n&#233;e de la co&#239;ncidence des int&#233;r&#234;ts des uns et des autres ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le quatri&#232;me filtre est celui des &#171; &lt;i&gt;flaks&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire des critiques qui sont adress&#233;es aux m&#233;dias et qui servent &#224; les discipliner &#8211; les plus influentes d'entre ces critiques &#233;tant celles qui &#233;manent des institutions dominantes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le cinqui&#232;me et dernier filtre est constitu&#233; par l'anticommunisme des m&#233;dias ainsi que par la pr&#233;valence, en leur sein, d'une id&#233;ologie favorable au libre march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un exemple&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'analyse, on l'aura compris, se centre sur le cas des m&#233;dias des &#201;tats-Unis et Herman et Chomsky &#233;tudient donc, dans &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;, divers &#233;v&#233;nements couverts par les m&#233;dias de ce pays et s'efforcent de montrer que ce qu'on d&#233;couvre est tr&#232;s largement conforme aux pr&#233;dictions du mod&#232;le. Cela est tr&#232;s important : ce mod&#232;le permet en effet de faire des pr&#233;dictions, ce qui rend possible sa mise &#224; l'&#233;preuve empirique. On peut alors constater si ces pr&#233;dictions sont av&#233;r&#233;es, mener des &#233;tudes comparatives, et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donnons un exemple, &#233;tudi&#233; au chapitre 2, o&#249; les auteurs comparent les traitements m&#233;diatiques respectivement accord&#233;s &#224; un &#233;v&#233;nement et &#224; une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements. L'&#233;v&#233;nement est le meurtre, commis par des policiers, en 1984 en Pologne communiste, du pr&#234;tre Jerzy Popieluszko. Ce meurtre a &#233;t&#233; r&#233;solu, les coupables ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, jug&#233;s et emprisonn&#233;s. Mais, on s'en souviendra, la Pologne communiste, pour le gouvernement Reagan, est une composante de l'&#171; Empire du mal &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements, ce sont les meurtres de cent religieux et religieuses, au nombre desquels se trouvent des personnalit&#233;s importantes et en vue, dont Oscar Romero, archev&#234;que de San Salvador, ainsi que quatre religieuses &#233;tats-uniennes assassin&#233;es et viol&#233;es, toujours au Salvador. Les coupables, cependant, sont cette fois des membres des &#171; forces de s&#233;curit&#233; &#187; ayant l'appui du gouvernement am&#233;ricain et ces meurtres, survenus entre 1964 et 1985, ont &#233;t&#233; commis dans des pays aux gouvernements alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le propagandiste permet d'avancer des pr&#233;dictions quant &#224; la couverture qui sera faite par les m&#233;dias am&#233;ricains de cet &#233;v&#233;nement et de cette s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements. Ce qu'on observe alors est remarquablement conforme aux pr&#233;dictions du mod&#232;le. Le premier meurtre est d&#233;nonc&#233; sans rel&#226;che, d&#233;crit dans ses sordides et sanglants d&#233;tails, rapport&#233; au r&#233;gime au pouvoir en Pologne, voire &#224; l'URSS. Les autres, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, sont, qualitativement et quantitativement, trait&#233;s avec beaucoup de retenue, d'occultations et d'omissions. &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt; propose (p. 40-41) un saisissant tableau comparant la couverture du premier meurtre et celle des cent autres : j'y renvoie les personnes int&#233;ress&#233;es &#224; en savoir plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de&lt;i&gt; Manufacturing Consent&lt;/i&gt;, on l'aura compris, est que ce sont les filtres, comme autant de conditions structurelles, qui ont conduit &#224; ce r&#233;sultat &#8211; les m&#233;dias ayant par exemple tendu &#224; accepter la pr&#233;sentation de l'information mise de l'avant par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre qu'on peut, sur ce cas pr&#233;cis, voir &#224; l'&#339;uvre ce proc&#233;d&#233; que les auteurs appellent &#171; dichotomisation &#187; et qui r&#233;sulte de l'application &#224; l'information et &#224; sa pr&#233;sentation d'un double standard. C'est lui qui fait qu'on tendra, par exemple, &#224; pr&#233;sumer d'embl&#233;e de la bonne foi du gouvernement et de ses alli&#233;s, qui souhaitent parvenir &#224; &#233;tablir la paix, promouvoir la d&#233;mocratie, lutter contre le terrorisme, mais &#224; ne pas adopter les m&#234;mes pr&#233;mices pour ceux qui sont d&#233;sign&#233;s comme dangereux ou comme des ennemis par les institutions dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre les simplifications abusives et les contresens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature sur les th&#232;ses avanc&#233;es dans &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt; est tr&#232;s abondante et on ne peux gu&#232;re l'aborder ici. Il semble cependant utile de dire que si bon nombre de commentateurs ont apport&#233; des critiques valables et importantes, d'autres ne s'&#233;l&#232;vent gu&#232;re au-del&#224; de l'attaque &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt; ou rel&#232;vent du contresens ou de la simplification abusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on a voulu faire de Chomsky et Herman des adeptes d'une th&#233;orie de la conspiration, contre laquelle ils avaient pourtant pris le plus grand soin de se positionner. Ce type d'interpr&#233;tation a notamment fleuri en France, o&#249; Chomsky est depuis longtemps victime de ce que nous nous bornerons &#224; appeler l'atmosph&#232;re intellectuelle bien particuli&#232;re qui r&#232;gne en ce pays. Lui et Herman ont aussi eu &#224; souffrir d'une traduction singuli&#232;rement brouillonne et b&#226;cl&#233;e de &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a encore reproch&#233; aux auteurs de ne pas tenir compte de certains facteurs jug&#233;s importants pour comprendre les m&#233;dias. Mais on se m&#233;prend alors sur le sens de leur travail. Herman et Chomsky proc&#232;dent en effet, &lt;i&gt;mutatis mutandis,&lt;/i&gt; comme on le fait en sciences naturelles, c'est-&#224;-dire par : adoption de principes permettant de s&#233;lectionner des faits jug&#233;s centraux dans la masse autrement informe des donn&#233;es que fournit l'exp&#233;rience ; construction de sch&#233;mas explicatifs ; mise &#224; l'&#233;preuve de ces sch&#233;mas par confrontation avec l'exp&#233;rience. Une telle approche, par d&#233;finition, n&#233;glige certains facteurs afin d'isoler des variables pr&#233;sum&#233;es &#8211; &#224; tort ou &#224; raison &#8211; &#234;tre plus importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on n'a pas assez not&#233; que Chomsky et Herman ont voulu &#233;viter non seulement l'&#233;cueil conspirationniste qui explique le fonctionnement des m&#233;dias par l'intention des acteurs, mais aussi la facilit&#233; de certaines analyses fonctionnalistes qui expliquent leur fonctionnement par de vaporeuses g&#233;n&#233;ralit&#233;s (&#171; contribuer au fonctionnement du capitalisme &#187;, &#171; propager l'id&#233;ologie dominante &#187;, et ainsi de suite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, inspir&#233;s des travaux en &#233;conomie et en organisation industrielle, ils ont privil&#233;gi&#233; une hypoth&#232;se interactionniste (i.e. ni individualiste, ni holiste, sur le plan m&#233;thodologique) et pour laquelle la structure d&#233;finit la variabilit&#233; possible des comportements, tandis que ceux-ci et la structure permettent conjointement de d&#233;finir la performance effective des acteurs. Ce type d'analyse a ses m&#233;rites, mais il laisse dans l'ombre &#8211; et on peut le d&#233;plorer &#8211; le travail journalistique au quotidien ainsi que toute la question de l'impact et de la r&#233;ception de ce qui est avanc&#233; dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discuter de ces questions nous entra&#238;nerait tr&#232;s loin. En bout de piste, cependant, il reste ceci que Chomsky et Herman, deux chercheurs dont le premier centre d'int&#233;r&#234;t n'est pas l'&#233;tude des m&#233;dias, offrent l'exemple &#233;tonnant d'auteurs qui publient plus sur la question que la plupart d'entre ceux dont c'est le travail ; que leurs ouvrages constituent un apport d&#233;sormais incontournable au domaine ; enfin, et c'est ce qui est le plus important, que leurs travaux sont lus par le grand public qui comprend ce dont on lui parle, tandis qu'on s'adresse &#224; lui sans complaisance, sans d&#233;magogie, mais aussi sans surth&#233;orisation artificielle. Les sp&#233;cialistes de l'&#233;tude des m&#233;dias devraient prendre bonne note de tout cela, le m&#233;diter et en tirer le&#231;on.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Normand Baillargeon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers une nouvelle critique des m&#233;dias</title>
		<link>https://www.ababord.org/Vers-une-nouvelle-critique-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Vers-une-nouvelle-critique-des</guid>
		<dc:date>2008-08-20T01:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Corcuff, Philippe </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La critique des m&#233;dias dominants est une n&#233;cessit&#233; pour contrer la tendance h&#233;g&#233;monique de la &#171; pens&#233;e unique &#187; n&#233;olib&#233;rale. Mais une critique trop manich&#233;enne des m&#233;dias est sans doute d&#233;mesur&#233;ment &#224; la mode dans la galaxie altermondialiste. Face au risque d'une critique unique de &#171; la pens&#233;e unique &#187;, une autre critique des m&#233;dias est possible, plus sensible aux complications et aux contradictions de notre monde, et donc plus radicale, car plus &#224; m&#234;me de saisir les racines emm&#234;l&#233;es des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Corcuff-Philippe-+" rel="tag"&gt;Corcuff, Philippe &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La critique des m&#233;dias dominants est une n&#233;cessit&#233; pour contrer la tendance h&#233;g&#233;monique de la &#171; pens&#233;e unique &#187; n&#233;olib&#233;rale. Mais une critique trop manich&#233;enne des m&#233;dias est sans doute d&#233;mesur&#233;ment &#224; la mode dans la galaxie altermondialiste. Face au risque d'une critique unique de &#171; la pens&#233;e unique &#187;, une autre critique des m&#233;dias est possible, plus sensible aux complications et aux contradictions de notre monde, et donc plus radicale, car plus &#224; m&#234;me de saisir les racines emm&#234;l&#233;es des maux humains dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une certaine critique des m&#233;dias a donc le vent en poupe dans la galaxie altermondialiste. Certains y voient un signe de bonne sant&#233; de la radicalit&#233; politique. J'y vois poindre aussi des indices de simplification de la critique sociale. Le triple &#233;cueil rencontr&#233; consiste en une sur&#233;valuation de l'effet direct des logiques &#233;conomiques (&#233;conomisme), d'une focalisation sur les &#171; complots &#187; cach&#233;s de quelques puissants (conspirationnisme) et d'un oubli du rapport social &#233;metteur/r&#233;cepteurs au profit d'une toute-puissance du premier (mis&#233;rabilisme).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Critiques traditionnelles :
Adorno et Horkheimer, Chomsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une tradition a marqu&#233; l'approche philosophique et sociologique des m&#233;dias : la th&#233;orie critique de l'&#201;cole de Francfort. Theodor Adorno et Max Horkheimer ont ainsi ouvert la voie &#224; l'analyse des &#171; industries culturelles &#187; dans leur livre &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1&#232;re &#233;d. : 1947 ; trad. fran&#231;., Paris, Gallimard, coll. &#171; TEL &#187;, 1974.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Adorno et Horkheimer (qui, de leur exil am&#233;ricain, analysaient les magazines, le cin&#233;ma et la radio), l'industrialisation et la marchandisation de la culture, dans une logique de production capitaliste pour le profit, conduit &#224; une standardisation et &#224; une soumission plus grande aux st&#233;r&#233;otypes sociaux dominants du c&#244;t&#233; des &#233;metteurs et des produits diffus&#233;s, et &#224; un ab&#234;tissement g&#233;n&#233;ralis&#233; du c&#244;t&#233; des r&#233;cepteurs. La double standardisation et st&#233;r&#233;otypisation des messages induirait donc m&#233;caniquement une &#171; ali&#233;nation &#187; des consommateurs, avec une tendance &#224; l'atrophie de leur imagination. Les deux philosophes ont ainsi anticip&#233; de mani&#232;re p&#233;n&#233;trante une &#233;volution capitaliste qui s'est, depuis, accentu&#233;e. Leurs r&#233;flexions ont toutefois quelques limites par rapport &#224; l'&#233;tat actuel des sciences sociales. Tout d'abord, ils ne laissent aucun espace pour des d&#233;calages critiques au sein des industries culturelles. D'autre part, le poids d&#233;terminant de l'&#233;conomique donne peu de place &#224; d'autres logiques sociales. Enfin, les comportements des r&#233;cepteurs des produits culturels sont ignor&#233;s, puisque consid&#233;r&#233;s &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; comme passifs. On per&#231;oit ici un certain m&#233;pris &lt;i&gt;mis&#233;rabiliste&lt;/i&gt; dans le rapport aux publics populaires, suppos&#233;s porteurs d'adh&#233;sion quasi animale aux logiques culturelles dominantes, sans possibilit&#233; d'autonomie critique, dont les sociologues Claude Grignon et Jean-Claude Passeron ont point&#233; la r&#233;currence chez les intellectuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Le savant et le populaire. Mis&#233;rabilisme et populisme en sociologie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins affin&#233;es th&#233;oriquement que celles de l'&#201;cole de Francfort, les analyses du linguiste Noam Chomsky ont eu un impact sur les mouvements sociaux alternatifs contemporains. Chomsky est l'une des figures les plus honorables et les plus courageuses de l'intellectuel critique au c&#339;ur de l'Empire &#233;tats-unien. Un de ses livres importants sur les m&#233;dias est &lt;i&gt;La fabrique de l'opinion publique am&#233;ricaine. La politique &#233;conomique des m&#233;dias am&#233;ricains (Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass-Media)&lt;/i&gt;, &#233;crit avec l'&#233;conomiste Edward S. Herman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1&#232;re &#233;d. : 1988 ; trad. fran&#231;., Paris, Le Serpent &#224; plumes, 2003.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les auteurs y dessinent un &#171; &lt;i&gt;mod&#232;le de propagande&lt;/i&gt; &#187;, selon lequel les &#171; &lt;i&gt;grands m&#233;dias am&#233;ricains&lt;/i&gt; &#187; se livreraient &#171; &lt;i&gt;&#224; une propagande qui sert les int&#233;r&#234;ts des puissantes firmes qui les contr&#244;lent en les finan&#231;ant&lt;/i&gt; &#187; (p. xi). L'analyse rend bien compte du mouvement de concentration &#233;conomique en cours dans le secteur des moyens de communication. Elle tend cependant &#224; unifier la r&#233;alit&#233; autour d'un double sch&#233;ma &#233;conomiste (les contraintes &#233;conomiques imposant directement leurs lois aux pratiques journalistiques) et conspirationniste (la logique pr&#233;dominante d'un &#171; complot &#187; men&#233; dans l'ombre par quelques puissants). Ce deuxi&#232;me sch&#233;ma appara&#238;t comme la trame narrative principale du livre. C'est, par exemple, le cas dans une phrase comme : &#171; &lt;i&gt;les ma&#238;tres qui contr&#244;lent les m&#233;dias ont choisi de ne pas diffuser un tel contenu&lt;/i&gt; &#187; (p. xix). Toute une s&#233;rie de travaux en sciences sociales nous &#233;loignent aujourd'hui de telles simplifications. Car, chez Chomsky, les intentions conscientes de quelques &#233;lites semblent modeler la r&#233;alit&#233; sociohistorique, en sous-estimant les structures sociales, les dynamiques historiques et les logiques contradictoires qui p&#232;sent sur ces intentions individuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la controverse sur Chomsky et les m&#233;dias dans la revue ContreTemps, n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une critique renouvel&#233;e : Bourdieu
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; est constitu&#233;e chez Pierre Bourdieu d'une vari&#233;t&#233; de champs sociaux autonomes : champ &#233;conomique, mais aussi champ politique, champ journalistique, champ intellectuel, etc. Un champ, c'est une sph&#232;re de la vie sociale qui s'est progressivement autonomis&#233;e &#224; travers le temps autour de relations sociales, d'enjeux, de ressources, de rythmes temporels et de rapports de domination qui lui sont propres, diff&#233;rents de ceux des autres champs. On n'a pas chez Bourdieu une repr&#233;sentation unidimensionnelle de l'espace social, &#8211; comme c'est la tendance chez nombre de marxistes, autour d'une &#171; infrastructure &#187; (&#233;conomique d&#233;terminante) et d'une &#171; superstructure &#187; (id&#233;ologique, politique et juridique d&#233;termin&#233;e). Mais on a plut&#244;t une repr&#233;sentation &lt;i&gt;pluridimensionnelle&lt;/i&gt;, tiss&#233;e d'une vari&#233;t&#233; de modes de domination (n'&#233;tant pas tous du m&#234;me poids dans le cours du monde, mais chacun disposant d'une certaine autonomie). La radicalit&#233; de la sociologie post-marxiste esquiss&#233;e par Bourdieu vise la pluralit&#233; des racines emm&#234;l&#233;es de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ journalistique se pr&#233;sente comme un de ces champs autonomes, voyant courir les journalistes autour d'enjeux particuliers (comme les scoops). Les effets du champ &#233;conomique sur le champ journalistique ne sont pas directs, mais passent par la m&#233;diation de la logique autonome du champ journalistique : &#171; &lt;i&gt;la concurrence pour la client&#232;le tend &#224; prendre la forme d'une concurrence pour la priorit&#233;, c'est-&#224;-dire pour les nouvelles les plus nouvelles (le scoop)&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La contrainte du march&#233; ne s'exerce que par l'interm&#233;diaire de l'effet de champ&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Sur la t&#233;l&#233;vision, Paris, Liber, coll. &#171; Raisons d'agir &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par exemple, la comp&#233;tition pour le scoop peut conduire &#224; enqu&#234;ter sur un scandale financier, malgr&#233; le poids &#233;conomique des propri&#233;taires des grands m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrent aussi en ligne de compte les dispositions des journalistes (leurs &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; selon Bourdieu), c'est-&#224;-dire leurs fa&#231;ons de penser et d'agir inconsciemment int&#233;rioris&#233;es au cours de leur socialisation. Par exemple, le traitement plut&#244;t n&#233;gatif des &#233;meutes des banlieues en d&#233;cembre 2005 en France par les m&#233;dias et leur traitement plut&#244;t positif des mobilisations &#233;tudiantes contre le Contrat premi&#232;re embauche (CPE) du printemps 2006 a moins &#224; voir avec &#171; la pens&#233;e unique &#187; n&#233;olib&#233;rale (demeur&#233;e stable parmi les &#233;lites) qu'avec la moindre et la plus grande proximit&#233; des dispositions des journalistes avec celles des milieux sociaux concern&#233;s. Il faut relever ici une confusion courante dans le sens donn&#233; au mot &#171; connivences &#187; fort usit&#233; dans les critiques des m&#233;dias. Chez Bourdieu, il a surtout un sens structurel : les &#233;vidences inconsciemment partag&#233;s au croisement du fonctionnement du champ journalistique et des dispositions sociales int&#233;rioris&#233;es par les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prendre en compte la r&#233;ception
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes de r&#233;ception de la t&#233;l&#233;vision ont &#233;t&#233; syst&#233;matis&#233;es &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1980, sous l'impulsion des &lt;i&gt;cultural studies&lt;/i&gt; britanniques. Les t&#233;l&#233;spectateurs r&#233;v&#233;l&#233;s par ces &#233;tudes de r&#233;ception tendent &#224; filtrer les messages qu'ils re&#231;oivent (en fonction de leur groupe social d'appartenance, de leur genre, de leur g&#233;n&#233;ration, de diverses dimensions de leur parcours de vie, etc.) et manifestent des capacit&#233;s critiques variables (mais rarement compl&#232;tement nulles). La &#171; propagande &#187; n'aurait ainsi pas d'effets n&#233;cessaires et univoques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des auteurs les plus int&#233;ressants est le &#171; n&#233;omarxiste &#187; anglais Stuart Hall&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en fran&#231;ais &#171; Codage/d&#233;codage &#187; (1&#232;re &#233;d. britannique : 1977), trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il met en &#233;vidence au moins deux choses : 1) dans la cadre de la logique capitaliste, il y aurait du jeu dans la production des messages, laissant place &#224; des espaces critiques, &#224; cause d'une relative autonomie professionnelle des producteurs et 2) le &#171; codage &#187; du message dans la logique des st&#233;r&#233;otypes dominants laisse ouverts des &#233;carts avec le &#171; d&#233;codage &#187; mis en &#339;uvre par les t&#233;l&#233;spectateurs. J'ai ainsi pu d&#233;montrer, &#224; partir d'une enqu&#234;te sur la r&#233;ception de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e am&#233;ricaine &lt;i&gt;Ally McBeal&lt;/i&gt;, qu'un tel produit de &#171; l'industrie culturelle &#187; pouvait laisser place, &#224; c&#244;t&#233; de st&#233;r&#233;otypes dominants, &#224; des significations critiques, devenant alors un support pour les imaginaires utopiques des t&#233;l&#233;spectatrices, en rupture avec les valeurs marchandes dominantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Philippe Corcuff, &#171; De l'imaginaire utopique dans les cultures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les complications d'une nouvelle critique des m&#233;dias ne r&#233;duisent pas sa radicalit&#233;, bien au contraire. Nous devenons ainsi plus conscients de la pluralit&#233; des rapports de domination qui travaillent nos soci&#233;t&#233;s, et plus attentifs, dans une perspective &#233;mancipatrice, aux contradictions des ordres dominants comme aux potentialit&#233;s imaginaires des citoyens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1&#232;re &#233;d. : 1947 ; trad. fran&#231;., Paris, Gallimard, coll. &#171; TEL &#187;, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Le savant et le populaire. Mis&#233;rabilisme et populisme en sociologie et en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard/Seuil, coll. &#171; Hautes &#201;tudes &#187;, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1&#232;re &#233;d. : 1988 ; trad. fran&#231;., Paris, Le Serpent &#224; plumes, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la controverse sur Chomsky et les m&#233;dias dans la revue &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt;, n&#176; 17, septembre 2006 opposant Philippe Corcuff et Gilbert Achcar sur le site &lt;a href=&#034;http://calle-luna.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://calle-luna.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, Liber, coll. &#171; Raisons d'agir &#187;, 1996, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en fran&#231;ais &#171; Codage/d&#233;codage &#187; (1&#232;re &#233;d. britannique : 1977), trad. fran&#231;., revue R&#233;seaux (CNET), n&#176;68, novembre-d&#233;cembre 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Philippe Corcuff, &#171; De l'imaginaire utopique dans les cultures ordinaires. Pistes &#224; partir d'une enqu&#234;te sur la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &lt;i&gt;Ally McBeal&lt;/i&gt; &#187;, dans &lt;i&gt;L'ordinaire et le politique&lt;/i&gt;, sous la direction de Claude Gautier et de Sandra Laugier, Paris, PUF, coll. &#171; CURAPP &#187;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Corcuff&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, membre du Conseil scientifique d'ATTAC France et du comit&#233; de r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt; et cofondateur de l'Universit&#233; Populaire de Lyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Conflits d'int&#233;r&#234;ts</title>
		<link>https://www.ababord.org/Conflits-d-interets</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Conflits-d-interets</guid>
		<dc:date>2008-08-17T16:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Marie Gingras</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gingras, Anne-Marie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Professeure au d&#233;partement de Science politique de l'Universit&#233; Laval, Anne-Marie Gingras est l'auteure de M&#233;dias et d&#233;mocratie, Le grand malentendu, publi&#233; aux Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec (Qu&#233;bec, 2006). Ce livre s'attache &#224; analyser le r&#244;le politique des m&#233;dias priv&#233;s et publics, ainsi que des sondages et des technologies m&#233;diatiques et jette un regard &#224; la fois critique et nuanc&#233; sur le m&#233;tier de journaliste. L'entretien qu'elle a accord&#233; &#224; &#192; b&#226;bord ! porte sur les liens entre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gingras-Anne-Marie-+" rel="tag"&gt;Gingras, Anne-Marie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Professeure au d&#233;partement de Science politique de l'Universit&#233; Laval, Anne-Marie Gingras est l'auteure de &lt;i&gt;M&#233;dias et d&#233;mocratie, Le grand malentendu&lt;/i&gt;, publi&#233; aux Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec (Qu&#233;bec, 2006). Ce livre s'attache &#224; analyser le r&#244;le politique des m&#233;dias priv&#233;s et publics, ainsi que des sondages et des technologies m&#233;diatiques et jette un regard &#224; la fois critique et nuanc&#233; sur le m&#233;tier de journaliste. L'entretien qu'elle a accord&#233; &#224; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; porte sur les liens entre les m&#233;dias et les pouvoirs &#233;conomiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord ! :&lt;/strong&gt; Pourquoi les gens d'affaires ach&#232;tent-ils des m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne-Marie Gingras :&lt;/strong&gt; Il y a d'abord la volont&#233; chez eux d'avoir dans leur portefeuille d'entreprises un maillon dans le domaine des communications pour faire du profit. Il y a &#233;galement la volont&#233; d'&#234;tre pr&#233;sent sur la place publique, d'&#234;tre visible, et d'acqu&#233;rir ainsi un peu d'influence sur les gouvernants par le biais de l'influence des m&#233;dias sur le public. On voit &#224; l'&#339;uvre une sorte de triangle : m&#233;dias, gouvernants, public. En faisant miroiter l'influence m&#233;diatique sur le public, les patrons de presse assoient leur prestige aupr&#232;s de la classe politique. Au niveau symbolique, cette influence s'exerce &#233;galement par la capacit&#233; pour les patrons de presse de pr&#233;senter la soci&#233;t&#233; sous un certain jour, de diffuser une vision du monde dans lequel le syst&#232;me priv&#233; marchand a un r&#244;le structurant. Les patrons de presse sont des entrepreneurs et ils pr&#233;sentent la soci&#233;t&#233; marchande et le secteur priv&#233; comme r&#233;gulateurs d'un &#171; bon &#187; ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; La rentabilit&#233; de la presse ne semble cependant pas au rendez-vous. On parle d'un lectorat en chute libre, de recettes publicitaires &#233;parpill&#233;es sur d'autres plates-formes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; A-MG :&lt;/strong&gt; Il est vrai que le secteur de l'information en g&#233;n&#233;ral, et celui des grands journaux en particulier, ne rapportent pas &#233;norm&#233;ment d'argent ces temps-ci &#8211; c'est un euph&#233;misme ! &#8211; et on pourrait donc chercher d'autres motivations. Il faut toutefois nuancer. Certains patrons de presse visent d'avantage le profit, alors que d'autres visent d'abord l'influence politique, ce qui explique les diff&#233;rentes strat&#233;gies des uns et des autres. Quebecor et Pierre-Karl P&#233;ladeau, en r&#233;alit&#233;, ne visent pas tant l'acquisition d'une influence aupr&#232;s de la classe politique que l'instauration d'habitudes culturelles qui vont faire en sorte que les Qu&#233;b&#233;cois et Qu&#233;b&#233;coises vont acheter un certain type de produits, regarder tel type de t&#233;l&#233;vision, acheter tel quotidien, telle revue &#8211; et ainsi mousser l'ensemble des produits de Quebecor. C'est ce qu'on appelle la convergence. Dans l'entreprise Quebecor, c'est tr&#232;s important de travailler &#224; instaurer chez la population un ensemble d'habitudes culturelles. &#192; l'autre extr&#234;me, on retrouve CanWest et la famille Asper, qui ont dans le pass&#233; poursuivi avec beaucoup d'acharnement des objectifs politiques par le biais de &#171; l'&#233;ditorial unique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En d&#233;cembre 2001, Izzy Asper, propri&#233;taire de 13 journaux dont The Gazette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; impos&#233; &#224; tous les journaux de l'entreprise en d&#233;cembre 2001. Cet &#233;ditorial unique faisait la promotion de la protection des grandes fortunes et de la r&#233;duction du r&#244;le de l'&#201;tat dans l'&#233;conomie. Sur le plan international, on avait pris partie pour la ligne dure envers les Palestiniens, aux d&#233;pens de toute forme d'accord entre Isra&#235;l et l'Autorit&#233; palestinienne et donc aux d&#233;pens de toute recherche de paix dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Comment &#233;valuer le pouvoir et l'influence des patrons de presse et des propri&#233;taires de m&#233;dias au sein de leur entreprise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Il y a plusieurs modes d'intervention. Le premier se situe au niveau des d&#233;cisions &#233;conomiques : l'achat et la vente des m&#233;dias, le rendement financier, le budget g&#233;n&#233;ral consacr&#233; &#224; l'information, les salaires, les d&#233;penses, la somme accord&#233; aux pigistes, les salaires des permanents, etc. Les propri&#233;taires d&#233;l&#232;guent ensuite &#224; leur &#233;diteur ou leur directeur de l'information l'affectation des ressources humaines et mat&#233;rielles qui d&#233;terminent le cadre de travail des journalistes (charge de travail, d&#233;lais, priorit&#233;s, quelle place pour l'&#233;conomie, pour les sports, les faits divers). Le contr&#244;le le plus visible correspond aux interventions ponctuelles des propri&#233;taires ou de leurs cadres qui remettent en cause l'autonomie journalistique. Il peut s'agir d'une &#171; commande sp&#233;ciale &#187; qui transite par la cha&#238;ne d'autorit&#233; : faire interviewer un leader politique, en m&#233;nager un autre, couvrir un sujet particulier, ou un sujet habituel avec un angle privil&#233;gi&#233; &#224; adopter, ou encore &#233;viter une question. Enfin, le contr&#244;le se manifeste le plus nettement et le plus brutalement dans la sanction ou le renvoi d'un journaliste dont le travail d&#233;pla&#238;t au patron ou &#224; ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant &#233;viter de simplifier et de donner &#224; penser que le monde journalistique ne fonctionne qu'au piston, car il y a des logiques &#233;conomiques qui structurent de mani&#232;re plus importante le fonctionnement des m&#233;dias, comme la concentration de la presse et la marchandisation de l'information. Les journalistes syndiqu&#233;es et les chroniqueurs ont beaucoup de libert&#233;, mais semblent en perdre l'usage d&#232;s qu'ils touchent le &#171; plafond de verre &#187;, cet ensemble de contraintes qu'ils et elles ont int&#233;rioris&#233;es &#8211; contraintes de temps, de sujets, d'angles etc. &#8211;, au point o&#249; les journalistes eux-m&#234;mes vont d&#233;clarer que tel sujet n'est pas int&#233;ressant. En r&#233;alit&#233; il peut s'agir de sujets &#171; int&#233;ressants &#187;, mais difficiles &#224; couvrir, ou qui prendraient trop de temps. Entre les pressions des patrons et les exigences (int&#233;rioris&#233;es) d'instantan&#233;it&#233; et de rapidit&#233;, les journalistes mettent souvent de c&#244;t&#233; des dossiers fondamentaux en ce qui a trait &#224; l'organisation de la vie en soci&#233;t&#233;. Rappelons-nous que les m&#233;dias ont mis beaucoup de temps &#224; comprendre le v&#233;ritable sens du scandale des commandites... un &#233;chec journalistique qu'explique Jean-Claude Leclerc dans un article du &lt;i&gt;Trente&lt;/i&gt; (&#233;t&#233; 2004). Il met en perspectives les raisons de l'aveuglement des m&#233;dias &#224; l'&#233;gard du fonctionnement du syst&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Dans vos travaux, les expressions &#171; d&#233;fense du syst&#232;me &#233;conomique &#187; et &#171; conflit d'int&#233;r&#234;ts &#187; reviennent souvent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; L'id&#233;e d'objectivit&#233; journalistique ou, du moins, de rigueur journalistique, est tr&#232;s pr&#233;sente dans le milieu. Mais, en m&#234;me temps, les entreprises de presse sont d&#233;tenues par des individus en chair et en os, des entreprises dont l'objectif principal est de faire du profit... il y a des situations de conflit d'int&#233;r&#234;ts. Ces conflits ne concernent pas n&#233;cessairement tous les secteurs de l'&#233;conomie, ils existent dans les secteurs de l'&#233;conomie o&#249; &#339;uvre l'entreprise propri&#233;taire. Si on prend Quebecor, par exemple, une entreprise ayant des journaux et poss&#233;dant &#233;galement des int&#233;r&#234;ts dans la c&#226;blodistribution via son association avec Videotron, on peut supposer que tout ce qui a trait &#224; la c&#226;blodistribution &#8211; et, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, ce qui concerne la diffusion par satellite, la principale concurrente de la c&#226;blodistribution &#8211; sera trait&#233; dans un contexte de conflit d'int&#233;r&#234;ts. M&#234;me chose pour le secteur des assurances avec Power Corporation, non seulement en ce qui concerne les compagnies d'assurances qui appartiennent &#224; la famille Desmarais, mais &#233;galement les compagnies qui sont les rivales des Desmarais. La question des conflits d'int&#233;r&#234;ts peut &#233;galement &#234;tre &#233;tendue aux publicitaires. Il y a des publicitaires qui sont extr&#234;mement actifs. Pensons &#224; Bell Canada, qui annonce dans la majorit&#233; des m&#233;dias. Evidemment, les conflits de travail chez Bell sont assez peu rapport&#233;s et pourtant Bell Canada est un bien mauvais employeur sur le plan des droits de la personne et du travail. Avant qu'une entreprise de presse d&#233;cide de fouiller ce qui se passe chez Bell&#8230; Les plus gros commanditaires sont donc prot&#233;g&#233;s &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;. Il peut &#233;galement y avoir des entreprises de presse o&#249; les patrons connaissent des individus. &#201;videmment, vous et moi ne sommes pas au courant de ces amiti&#233;s personnelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Vous parlez &#233;galement d'une &#171; vision globalement favorable &#224; l'entreprise priv&#233;e &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; La majorit&#233; des m&#233;dias appartiennent &#224; des entreprises priv&#233;es et ces entreprises ont des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques &#224; d&#233;fendre. L'id&#233;ologie lib&#233;rale et procapitaliste de ces m&#233;dias correspond &#224; ces int&#233;r&#234;ts. Dans les m&#233;dias, une vision favorable au secteur priv&#233; marchand transpire, avec une s&#233;rie de valeurs comme l'individualisme, la valorisation des r&#233;alisations personnelles et non pas collectives, la charit&#233; plut&#244;t que la justice, la libert&#233; plut&#244;t que l'&#233;galit&#233;. Il s'agit d'une vision du monde tr&#232;s particuli&#232;re dont on peut faire ressortir un principe de base : tout ce qui est r&#233;alis&#233; collectivement est spontan&#233;ment d&#233;consid&#233;r&#233;. Presque tous les secteurs, la sant&#233;, l'&#233;ducation, vont &#234;tre trait&#233;s comme si on devait y importer les solutions du priv&#233;. L'int&#233;gration des m&#233;dias au syst&#232;me &#233;conomique rel&#232;ve donc tout autant, sinon d'avantage, d'un effet de syst&#232;me que d'actes individuels pos&#233;s par des personnes en autorit&#233;. Par exemple, les grands m&#233;dias priv&#233;s ont int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;fendre les baisses d'imp&#244;t et les paradis fiscaux. Izzy Asper &#233;tait un mod&#232;le dans le domaine. Le premier &#233;ditorial unique des journaux du groupe CanWest portait justement sur la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, que l'on voulait voir inscrite dans la Constitution. Mais ce genre de man&#339;uvres a un impact limit&#233;, car les gens voient vite les gros fils blancs de la prise de position du patron de presse en faveur de ses propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Qu'entend-on par &#171; marchandisation &#187; de l'information ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Il s'agit de la transformation de l'information en marchandise, en quelque chose qui est &#224; vendre, ce qui fait qu'on peut dire n'importe quoi, pourvu que &#231;a se vende, c'est l'essentiel. &lt;br class='autobr' /&gt;
On homog&#233;n&#233;ise ainsi une foule de &#171; produits &#187; de l'information et de la communication dissemblables : nouvelles, sports, jeux, vari&#233;t&#233;s, films, etc. Pour arriver &#224; saisir tout type d'information comme une marchandise, il faut pouvoir &#233;tablir un crit&#232;re de performance. Ce crit&#232;re servira d'outil de standardisation, de mesure d'&#233;quivalence pouvant &#233;valuer des informations de natures diff&#233;rentes. Ce crit&#232;re ce sont les cotes d'&#233;coute, qui &#224; leur tour serviront &#224; d&#233;terminer les co&#251;ts de publicit&#233; qu'un m&#233;dia peut exiger. Cela r&#233;pond &#224; la n&#233;cessit&#233; d'inclure le travail des m&#233;dias dans le syst&#232;me plus vaste des &#233;changes de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Cela s'oppose &#233;videmment &#224; la conception de l'information comme bien public, comme un bien qui sert collectivement, ayant une fonction dans la soci&#233;t&#233;, celle d'aider les citoyens et les citoyennes &#224; r&#233;fl&#233;chir sur leur soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandisation s'oppose au mandat de service public parce qu'elle instrumentalise l'information. Cette derni&#232;re devient un outil visant &#224; rapporter des dividendes pour les m&#233;dias et les annonceurs. L'aspect marchand de l'information s'inscrit dans une voie contraire &#224; celle de l'am&#233;lioration des contenus. Par exemple, dans la guerre que se livrent les radiodiffuseurs, l'accroissement des parts de march&#233; passe par la multiplication des cha&#238;nes, et non par l'am&#233;lioration de la programmation. On cherche plut&#244;t &#224; multiplier les produits pour capter un auditoire accru, l'id&#233;e &#233;tant qu'occupant davantage de place dans l'offre, on r&#233;coltera n&#233;cessairement une part de march&#233; plus grande. Tout cela est fort paradoxal, puisque la multiplication des cha&#238;nes par un m&#234;me radiodiffuseur n'est pas garante d'un surcro&#238;t de revenu suffisant pour assurer le fonctionnement des nouvelles stations ; la multiplication des cha&#238;nes r&#233;duit donc les budgets disponibles pour chacune d'elles, ce qui ne peut am&#233;liorer la qualit&#233; des &#233;missions. La r&#233;duction des ressources a un impact &#233;vident sur les conditions de travail des &#233;quipes de reportage : dossiers moins fouill&#233;s, temps de travail r&#233;duit, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandisation fait donc pr&#233;valoir les consid&#233;rations commerciales sur toutes les autres missions de l'information, y compris sur l'id&#233;e que les m&#233;dias constituent une agora o&#249; l'on retrouve une vari&#233;t&#233; de points de vue qui aident les citoyens et les citoyennes &#224; se faire une opinion &#233;clair&#233;e &#224; propos des enjeux politiques. En r&#233;sum&#233;, la marchandisation cristallise le triomphe de la consommation sur la citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Quelle est la diff&#233;rence entre &#171; concentration &#187; et &#171; convergence &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Il y a la concentration verticale, la concentration horizontale et la concentration crois&#233;e. La concentration horizontale renvoie &#224; la jonction d'activit&#233;s &#233;conomiques de m&#234;me nature, par exemple lorsqu'un journal ach&#232;te un autre journal. La concentration verticale consiste en achat d'entreprises dont les activit&#233;s sont compl&#233;mentaires, comme lorsqu'un journal ach&#232;te une imprimerie ou un distributeur. La concentration crois&#233;e signifie que des m&#233;dias de natures diff&#233;rentes, sans &#234;tre n&#233;cessairement compl&#233;mentaires, peuvent &#234;tre acquis dans un m&#234;me march&#233;, comme une station de radio et un journal. Dans une perspective d'affaires, la concentration s'inscrit dans la tendance &#224; la maximalisation des rendements sur l'investissement. La concentration permet des &#233;conomies d'&#233;chelle, c'est-&#224;-dire une r&#233;duction des co&#251;ts reli&#233;e &#224; une &#171; production accrue &#187;. En achetant d'autres m&#233;dias du m&#234;me secteur ou en fusionnant, les entreprises augmentent leur part de march&#233; et peuvent accro&#238;tre leurs profits. De plus, si une entreprise occupe une part importante du march&#233; et qu'elle a les reins solides, elle peut livrer une concurrence f&#233;roce &#224; ses comp&#233;titeurs en baissant temporairement ses taux de publicit&#233; (elle charge moins pour une m&#234;me publicit&#233;) ; les entreprises concurrentes sont donc oblig&#233;es de faire de m&#234;me, et cette strat&#233;gie d&#233;soriente leur strat&#233;gie d'affaire, leur fait perdre de l'argent et les place en position de vuln&#233;rabilit&#233;. La concentration de la presse permet donc de contr&#244;ler jusqu'&#224; un certain point le march&#233; de la publicit&#233;. L'int&#233;r&#234;t ici est strictement de nature commerciale, on se fiche pas mal des contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration permet et favorise la convergence, qu'on appelle &#233;galement synergie. La convergence est l'utilisation d'un m&#234;me &#171; produit &#187; sur diff&#233;rentes plates-formes ou dans diff&#233;rents m&#233;dias, utilisation ayant pour objectif de mousser le produit. Le meilleur exemple en est sans doute &lt;i&gt;Star Acad&#233;mie&lt;/i&gt; : l'&#233;mission est diffus&#233;e &#224; TVA (Quebecor), le disque est fabriqu&#233; par Quebecor et distribu&#233; chez Archambault (Quebecor) et on en parle dans les hebdomadaires de Quebecor. Il existe enfin un autre ph&#233;nom&#232;ne connexe de la convergence et de la concentration, qui est le d&#233;cloisonnement des salles de r&#233;daction des diff&#233;rents m&#233;dias d'un m&#234;me groupe. Il s'agit ici de la dimension &#171; exploitation des journalistes &#187;, que l'on presse comme des citrons : en plus de faire son papier, un journaliste doit pr&#233;parer un topo pour la radio, faire une capsule sur le site Internet, etc., sans tenir compte de la vocation sp&#233;cifique des divers m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Quels sont les moyens et les politiques que pourrait se donner la soci&#233;t&#233; pour exercer un certain contr&#244;le public sur la propri&#233;t&#233; et la concentration des m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Les groupes de r&#233;flexion, les comit&#233;s et les commissions parlementaires qui se sont pench&#233;s sur la concentration de la presse depuis quarante ans ont tous dit la m&#234;me chose : on aurait besoin d'un organisme, d'un observatoire qui pourrait analyser les transactions, &#233;valuer la concentration de la presse et les conflits d'int&#233;r&#234;t. Cependant, sur le plan politique, il y a tr&#232;s peu de volont&#233; d'accomplir une telle chose, ce qui fait qu'on aura, lors de la prochaine vague de concentration des m&#233;dias, un &#233;ni&#232;me comit&#233; d'&#233;tude, une &#233;ni&#232;me commission parlementaire, qui va encore demander la mise en place d'un organisme de surveillance de la concentration. Le Conseil de presse n'est pas suffisant &#8211; en fait il ne se pr&#233;occupe pas de la concentration de la presse &#8211; et les organismes professionnels ont des objectifs qui sont aussi corporatistes &#8211; l'int&#233;r&#234;t des membres de ces organismes n'est pas n&#233;cessairement l'am&#233;lioration de la qualit&#233; de l'information. Je suis par ailleurs tr&#232;s pessimiste quant &#224; notre capacit&#233; collective de mettre en place un tel organisme, tout simplement parce qu'il n'y a aucun parti politique susceptible de prendre le pouvoir &#224; Qu&#233;bec ou &#224; Ottawa qui a &#231;a dans son programme. Aucun parti susceptible de prendre actuellement le pouvoir ne remet en cause les principes du syst&#232;me capitaliste actuel. On pr&#233;sente les failles du capitalisme comme des accidents de parcours, au lieu de penser que le syst&#232;me &#233;conomique nuit &#224; la qualit&#233; de l'information et &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En d&#233;cembre 2001, Izzy Asper, propri&#233;taire de 13 journaux dont &lt;i&gt;The Gazette&lt;/i&gt; de Montr&#233;al, &lt;i&gt;The Vancouver Sun&lt;/i&gt;, le&lt;i&gt; Ottawa Citizen&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Edmonton Journal&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Calgary Herald&lt;/i&gt;, impose un &#233;ditorial unique &#224; l'ensemble de ses journaux (sauf au &lt;i&gt;National Post&lt;/i&gt;), &#233;ditorial &#233;crit au si&#232;ge social de Winnipeg. Les r&#233;dactions de tous les journaux du groupe doivent se conformer aux orientations politiques exprim&#233;es dans ces &#233;ditoriaux. [tir&#233; de &lt;i&gt;M&#233;dias et d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, p. 109-110.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Claude Rioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tout est publicit&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Tout-est-publicite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Tout-est-publicite</guid>
		<dc:date>2008-08-16T16:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ga&#233;tan Breton</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Breton, Ga&#233;tan </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il fut un temps, du moins aime-t-on le croire, o&#249; l'espace de la publicit&#233; &#233;tait bien identifi&#233; et herm&#233;tiquement s&#233;par&#233; des autres espaces, celui des nouvelles ou du divertissement, par exemple. Ces temps n'ont plus cours. Aujourd'hui, les marques des voitures utilis&#233;es dans un film, les bandes pendant les comp&#233;titions de patinage, les v&#234;tements des joueurs de golf, tout est envahi par la publicit&#233;, dans le but de pousser le consommateur &#224; agir dans une direction donn&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
On disait de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Breton-Gaetan-+" rel="tag"&gt;Breton, Ga&#233;tan &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il fut un temps, du moins aime-t-on le croire, o&#249; l'espace de la publicit&#233; &#233;tait bien identifi&#233; et herm&#233;tiquement s&#233;par&#233; des autres espaces, celui des nouvelles ou du divertissement, par exemple. Ces temps n'ont plus cours. Aujourd'hui, les marques des voitures utilis&#233;es dans un film, les bandes pendant les comp&#233;titions de patinage, les v&#234;tements des joueurs de golf, tout est envahi par la publicit&#233;, dans le but de pousser le consommateur &#224; agir dans une direction donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On disait de la publicit&#233; qu'elle consistait &#224; acheter un espace m&#233;diatique dans lequel l'&#233;metteur avait le contr&#244;le complet. Mais quand le m&#233;dia fait partie d'un groupe multinational ayant des int&#233;r&#234;ts multiples, tout le contenu du m&#233;dia tombe sous le contr&#244;le de vendeurs de produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, quand &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt; pr&#233;sente, en premi&#232;re page, et &#224; sa fa&#231;on, les incidents de Walkerton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cette ville d'Ontario, en mai 2002, les eaux potables sont contamin&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle fait une publicit&#233; pour la privatisation des services d'eau. Qui se souvient alors que Power Corporation, qui poss&#232;de La Presse, poss&#232;de aussi un lot important d'actions de Suez, un des g&#233;ants de l'eau dans le monde qui lorgne le service d'eau de Montr&#233;al ? Quand le m&#234;me journal fait des commentaires sur le syst&#232;me de sant&#233; et ouvre all&#232;grement ses pages au Rapport M&#233;nard, qui se souvient que Power Corp est aussi propri&#233;taire des plus grandes compagnies d'assurance de personnes au Canada, celles qui b&#233;n&#233;ficieront pleinement d'une privatisation du financement des services de sant&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la publicit&#233; ne se contente plus d'espaces bien identifi&#233;s, dans lesquels on l'attend et donc on peut se d&#233;fendre. Elle envahit l'espace r&#233;put&#233; (&#224; tort) neutre de la nouvelle et du reportage. Elle se glisse ainsi insidieusement dans les consciences sous la forme de faits et devient d'autant pernicieuse et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'omnipr&#233;sence de la publicit&#233; transpose l'id&#233;e que tout est marchandise et transforme le citoyen en consommateur. La politique elle-m&#234;me est devenue objet de consommation. Nous n'&#233;lisons plus des femmes ou des hommes politiques en fonction des projets de soci&#233;t&#233; qu'elles et ils proposent, nous &#233;lisons des images m&#233;diatiques concoct&#233;es par des firmes de relations publiques, lesquelles deviennent interchangeables &#224; la direction des partis en fonction de leur charisme pr&#233;fabriqu&#233; dans le total m&#233;pris des id&#233;es et des programmes. Nous n'avons qu'&#224; &#233;couter les commentaires des &#171; sp&#233;cialistes &#187;, maintenant souvent des sondeurs, apr&#232;s n'importe quel d&#233;bat des chefs. On discute v&#234;tements, coiffure, attitude et gestes, tr&#232;s peu du fond. D'ailleurs, reste-t-il encore un fond ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus traditionnel en est invers&#233;. Avant, la publicit&#233; pr&#233;tendait vendre des objets ou des services &#224; des consommateurs. Maintenant, les diff&#233;rents m&#233;dias vendent du temps de consommateurs &#224; des annonceurs. Le consommateur lui-m&#234;me est ainsi devenu marchandise &#224; son tour, bon &#224; consommer par les vendeurs de toutes sortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait du financement public des t&#233;l&#233;visions publiques place celles-ci &#224; la merci des annonceurs. Nous sommes loin de l'id&#233;al d'une t&#233;l&#233;vision publique, ou m&#234;me de la t&#233;l&#233;vision en g&#233;n&#233;ral, qui &#233;tait d'informer, d'&#233;duquer, de donner l'acc&#232;s aux &#233;v&#233;nements culturels, d'aider les citoyens et citoyennes &#224; jouer pleinement leur r&#244;le, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le pr&#233;sident de TF1, la t&#233;l&#233;vision est maintenant destin&#233;e en priorit&#233; &#224; aider les entreprises &#224; vendre leurs produits. Entre les publicit&#233;s qui servent directement ce dessein, la t&#233;l&#233;vision ouvre les esprits des spectateurs pour qu'ils soient perm&#233;ables aux publicit&#233;s qui vont suivre. M. Le Lay, pr&#233;sident de TF1 a ainsi d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Or pour qu'un message publicitaire soit per&#231;u, il faut que le cerveau du t&#233;l&#233;spectateur soit disponible. Nos &#233;missions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-&#224;-dire de le divertir, de le d&#233;tendre pour le pr&#233;parer entre deux messages. Ce que nous vendons &#224; Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;p&#234;che de l'AFP du 9 juillet 2004, reprise notamment par Lib&#233;ration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici &#224; ce qu'on fasse des &#233;tudes pour savoir quel est le contenu des &#233;missions pr&#233;parant le mieux &#224; recevoir les publicit&#233;s, il n'y a qu'un pas, qui est probablement d&#233;j&#224; franchi dans les officines des sp&#233;cialistes en communication. De ce point de vue, la grande question platonicienne de d&#233;terminer ce qui m&#233;rite d'&#234;tre mis en &#233;vidence dans une soci&#233;t&#233; devient totalement obsol&#232;te. Ainsi, les entreprises contr&#244;lent les cha&#238;nes d'information en continu, les t&#233;l&#233;s commerciales, les journaux ainsi que des portefeuilles d'industries et de produits. Il n'est donc plus de lieu pour &#233;chapper &#224; cette fr&#233;n&#233;sie organis&#233;e de la consommation. M&#234;me vivre au fond des bois n'est plus utile : les bois n'ont plus de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, quand le contenu fictionnel des &#233;missions ne sera plus qu'un hymne &#224; la consommation travers&#233; par le nom des diff&#233;rents produits utilis&#233;s, et que les informations nous aurons convaincus que toute r&#233;volte contre cette soci&#233;t&#233; est vaine et que ces entreprises ne nous veulent que du bien, les m&#233;dias exprimeront encore notre culture, puisque celle-ci sera essentiellement centr&#233;e sur la consommation et qu'enfin le citoyen sera devenu compl&#232;tement consommateur. Dit ainsi, &#231;a peut ressembler &#224; de la science-fiction, mais en regardant bien autour de nous, nous sentons la vitesse avec laquelle nous nous dirigeons dans cette direction. Nous avons d&#233;j&#224; un pied dans ce monde et, malheureusement, je ne vois pas que nous puissions retenir l'autre d'y glisser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans cette ville d'Ontario, en mai 2002, les eaux potables sont contamin&#233;es par une souche mortelle de la bact&#233;rie &lt;i&gt;E. coli&lt;/i&gt;. Sept personnes perdront la vie, des milliers d'autres souffriront de maux divers. Le drame fait ressortir les failles du syst&#232;me de contr&#244;le de l'eau potable, &#233;claboussant au passage le gouvernement de Mike Harris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;p&#234;che de l'AFP du 9 juillet 2004, reprise notamment par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (10-11/07/04) : &#171; Patrick Le Lay, d&#233;cerveleur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ga&#233;tan Breton&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mis&#232;re du journalisme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Misere-du-journalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Misere-du-journalisme</guid>
		<dc:date>2008-08-15T16:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Accardo</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Accardo, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1990, Alain Accardo faisait para&#238;tre en France les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te approfondie sur le journalisme. Ces travaux font actuellement l'objet d'une r&#233;&#233;dition dans un m&#234;me volume intitul&#233; Journalistes pr&#233;caires, journalisme au quotidien, &#224; para&#238;tre chez Agone (Marseille). Ce livre suit plusieurs journalistes chevronn&#233;s dans leurs pratiques quotidiennes, &#224; l'int&#233;rieur des r&#233;dactions comme sur le terrain, pour expliquer la nature de la crise profonde &#224; la fois (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Accardo-Alain-+" rel="tag"&gt;Accardo, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton268.jpg?1642092222' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;369&#034; height=&#034;295&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1990, Alain Accardo faisait para&#238;tre en France les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te approfondie sur le journalisme. Ces travaux font actuellement l'objet d'une r&#233;&#233;dition dans un m&#234;me volume intitul&#233; &lt;i&gt;Journalistes pr&#233;caires, journalisme au quotidien&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre chez Agone (Marseille). Ce livre suit plusieurs journalistes chevronn&#233;s dans leurs pratiques quotidiennes, &#224; l'int&#233;rieur des r&#233;dactions comme sur le terrain, pour expliquer la nature de la crise profonde &#224; la fois d'identit&#233;, du sens et des valeurs, qui affecte aujourd'hui l'ensemble du journalisme et qui compromet la qualit&#233; d'une information plus que jamais n&#233;cessaire &#224; la vie d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te centre l'observation et l'analyse sur le processus de pr&#233;carisation croissante qui touche d&#233;sormais l'emploi dans les entreprises de presse, de plus en plus soumises &#224; la loi du march&#233;, avec des effets le plus souvent d&#233;sastreux tant au plan de l'activit&#233; professionnelle &#8211; et donc de la qualit&#233; de l'information &#8211; qu'au plan de l'existence personnelle des pr&#233;caires (piges, contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, etc.). Comme le soulignent le sociologue Alain Accardo et ses amis journalistes du groupe de recherche, &#171; &lt;i&gt; on per&#231;oit actuellement dans le journalisme les cons&#233;quences d'une &#233;volution qui affecte plus largement une grande partie du tertiaire et tout particuli&#232;rement le secteur de la production et de la diffusion des biens symboliques, &#233;volution caract&#233;ris&#233;e par l'&#233;mergence et le d&#233;veloppement au sein des classes moyennes d'un &#8220;prol&#233;tariat&#8221; de type nouveau, comparable &#224; bien des &#233;gards &#224; l'ancien prol&#233;tariat industriel, et en m&#234;me temps tr&#232;s diff&#233;rent parce que les nouveaux man&#339;uvres, ouvriers sp&#233;cialis&#233;s et autres &#8220;nouveaux pauvres&#8221; de la production symbolique sont porteurs de propri&#233;t&#233;s (origines sociales, capital culturel, dispositions, etc.) gr&#226;ce auxquelles ils peuvent faire illusion, aux yeux des autres et &#224; leurs propres yeux, et continuer &#224; tourner ind&#233;finiment en rond dans les contradictions inh&#233;rentes &#224; leur position de dominants (tr&#232;s) domin&#233;s, &#224; la fois victimes malheureuses, souffre-douleur r&#233;volt&#233;s et complices consentants de l'exploitation qu'ils subissent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit est tir&#233; de la pr&#233;face de&lt;i&gt; Journalistes pr&#233;caires, journalisme au quotidien&lt;/i&gt;, &#233;crit en collaboration avec Georges Abou, Gilles Balbastre, Christophe Dabitch et Annick Puerto.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le constat de carence et de crise du monde journalistique que notre enqu&#234;te, entreprise il y a plus de dix ans, nous avait conduits &#224; dresser demeure pour l'essentiel valable aujourd'hui. Il convient m&#234;me, en toute rigueur, de dire que la situation s'est encore d&#233;t&#233;rior&#233;e, l'aggravation des causes ne pouvant qu'entra&#238;ner celle de leurs effets. Aujourd'hui plus encore qu'auparavant, les m&#233;dias sont une industrie soumise &#224; toutes les contraintes et tous les imp&#233;ratifs de l'&#233;conomie lib&#233;rale. L'h&#233;g&#233;monie de l'audiovisuel, et singuli&#232;rement de la t&#233;l&#233;vision, a renforc&#233;, par l'interm&#233;diaire de la publicit&#233;, la soumission au mercantilisme des industriels, des banquiers et des autres grands investisseurs qui d&#233;tiennent d&#233;sormais la propri&#233;t&#233; de la presque totalit&#233; des m&#233;dias d'information et de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marge de ces &#171; empires de presse &#187; dominateurs, de modestes artisans se battent avec courage et abn&#233;gation pour faire subsister une presse (le plus souvent imprim&#233;e) ind&#233;pendante et critique, qui a beaucoup de peine &#224; se maintenir malgr&#233; les incontestables talents qui s'y d&#233;ploient. Certains d'entre eux, ayant fait pr&#233;c&#233;demment, &#224; l'int&#233;rieur de quelque grande r&#233;daction, l'exp&#233;rience de la condition pr&#233;caire, ont finalement pr&#233;f&#233;r&#233; les difficult&#233;s mat&#233;rielles et les al&#233;as li&#233;s &#224; la libert&#233; de penser plut&#244;t que l'asservissement de l'esprit qu'on voulait leur imposer. Ce sont tous ces journalistes-l&#224; qui m&#233;riteraient d'&#234;tre encens&#233;es et qualifi&#233;es de &#171; grandes professionnelles &#187; et non celles et ceux qui, par irresponsabilit&#233;, conviction ou cynisme, ont fait fructueusement carri&#232;re au service des puissants et qui plastronnent vaniteusement aujourd'hui dans la vitrine des m&#233;dias en proclamant que, d&#233;sormais, ce sont eux qui &#171; cr&#233;ent l'&#233;v&#233;nement &#187;, autre fa&#231;on d'afficher leurs pr&#233;tentions au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Piliers de l'ordre &#233;tabli&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res d&#233;cennies, les raisons et les enjeux des luttes sociales se sont d'une certaine fa&#231;on clarifi&#233;s. Pour les nouvelles g&#233;n&#233;rations en particulier, dont l'entendement n'est plus obnubil&#233; par les affrontements de la guerre froide ayant si longtemps pes&#233; sur tout combat politique et social, il devient toujours plus &#233;vident que la seule alternative s&#233;rieuse qui s'offre &#224; l'humanit&#233; actuelle est l'acceptation ou le refus de la mondialisation capitaliste en marche. On peut d&#233;sormais, sans craindre de passer pour un bolchevik sanguinaire et born&#233;, d&#233;noncer dans la soif insatiable de profits du capitalisme la source sinon exclusive, du moins principale, des iniquit&#233;s et des souffrances de notre temps, et se battre pour y mettre fin. Nous sommes d&#233;sormais &#224; la crois&#233;e des chemins et un nombre croissant d'individus et de groupes choisissent de rejoindre le combat anticapitaliste. Ce n'est pas le cas des journalistes, dont la corporation, en d&#233;pit d'opposants internes courageux mais non organis&#233;s et tr&#232;s minoritaires, s'est depuis longtemps rang&#233;e massivement dans le camp des d&#233;fenseurs de l'ordre &#233;tabli. Se proclamant, de fa&#231;on purement rh&#233;torique et rituelle, &#171; amis de la V&#233;rit&#233; et de la Justice &#187;, ils sont en fait l'un des plus solides piliers d'un ordre qui se soutient par le mensonge et l'injustice. Dans les strictes limites assign&#233;es &#224; leur activit&#233; par la logique objective de la d&#233;fense et de la reproduction des rapports de domination capitalistes, ils entretiennent avec les autres fractions (politique, intellectuelle, artistique, sportive, etc.) de l'establishment un ensemble de rapports complexes et contradictoires, &#224; la fois d'alliance obs&#233;quieuse et de concurrence envieuse, &#224; travers d'incessants &#233;changes de services, de r&#233;v&#233;rences, de perfidies, d'id&#233;es et d'idylles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand public ne conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement du journalisme que sa vitrine la plus clinquante. Il ignore, ou du moins sous-estime gravement &#224; quel degr&#233; de m&#233;diocrit&#233; intellectuelle et d'imposture morale est parvenue, sous la conduite de ses &#171; &#233;lites &#187; autoproclam&#233;es, cette corporation o&#249; une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, parfois brillante et talentueuse, mais pas toujours, loin s'en faut, r&#233;gente avec arrogance et sans compassion excessive une masse de jeunes hommes et de jeunes femmes auxquelles quelques ann&#233;es d'&#233;tudes postbaccalaur&#233;at sans v&#233;ritable substance et le passage par les &#233;coles de journalisme ont permis d'atteindre ce niveau officiellement certifi&#233; d'inculture branch&#233;e et culott&#233;e, bavarde et narcissique, que les m&#233;tiers de la communication, de la relation et de la pr&#233;sentation semblent appr&#233;cier et favoriser. Les cadres sup&#233;rieurs des r&#233;dactions et des directions trouvent d'ailleurs dans les insuffisances de formation (tant professionnelle que g&#233;n&#233;rale), hypocritement d&#233;plor&#233;es, de leurs jeunes coll&#232;gues un argument suppl&#233;mentaire pour justifier le peu de prix accord&#233; &#224; leur travail et le peu de consid&#233;ration accord&#233; &#224; leur personne. Jamais sans doute cette caste dirigeante n'a m&#233;rit&#233; autant qu'aujourd'hui l'appellation de &#171; journaille &#187; que lui donnait Karl Kraus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Karl Kraus, lire &#171; Les guerres de Karl Kraus &#187;, Agone, 35-36, 2006 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Journalisme et soumission&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Adh&#233;rant sans le moindre recul &#224; l'id&#233;ologie des managers capitalistes et partageant sans r&#233;serve la philosophie patronale, ces journalistes ont r&#233;ussi &#224; faire des entreprises de presse des entreprises &#171; comme les autres &#187;, c'est-&#224;-dire des affaires de gros sous, gouvern&#233;es par une logique gestionnaire n&#233;olib&#233;rale, o&#249; le travail est exploit&#233; toujours davantage et o&#249; les travailleurs ne sont plus qu'une &#171; variable d'ajustement &#187;. Le secteur de la presse, en particulier dans les radios et les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;, est certainement l'un de ceux o&#249; la pr&#233;carisation des petits salari&#233;s est la plus galopante. La corporation, pourtant truff&#233;e de grandes consciences toujours pr&#234;tes &#224; d&#233;livrer des le&#231;ons d'humanisme sans fronti&#232;res, ne s'&#233;meut gu&#232;re de la condition gal&#233;rienne qui est faite, jusque dans son sein, &#224; des milliers de jeunes gens et de jeunes filles, complaisamment livr&#233;es &#224; l'arbitraire des employeurs par les &#233;coles de journalisme et leur enseignement de la soumission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire en particulier Fran&#231;ois Ruffin, Les Petits Soldats du journalisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224; m&#234;mes qui sont les victimes de cette forme de paup&#233;risation du tertiaire entra&#238;n&#233;e par la pr&#233;carisation du travail de production symbolique et des t&#226;ches intellectuelles n'ont pas d'autre choix que de se soumettre ou de s'en aller. Mais le plus souvent, ils ne s'en vont que s'ils y sont contraints, pour cette raison &#8211; entre autres &#8211; que l'illusion d'appartenir &#224; un corps prestigieux et puissant (le fameux &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;) compense en partie les avanies qu'ils y subissent du fait de leur position inf&#233;rieure. Le recrutement bourgeois et petit-bourgeois largement majoritaire de la population journalistique entra&#238;ne que les journalistes non seulement r&#233;pugnent &#224; s'engager dans des luttes sociales et sont hostiles &#224; l'action syndicale, mais encore qu'ils sont incapables de percevoir le bien-fond&#233; de ces luttes quand elles sont le fait d'autres salari&#233;es, ce qui se ressent clairement dans la couverture m&#233;diatique des mouvements sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera des exemples &#233;difiants dans les dossiers sociaux du Plan B :&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on peut dire que la repr&#233;sentation m&#233;diatique du monde, telle qu'elle est fabriqu&#233;e quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu'est effectivement la r&#233;alit&#233; mais ce que les classes dirigeantes et poss&#233;dantes croient qu'elle est, souhaitent qu'elle soit ou redoutent qu'elle devienne. Autrement dit, les m&#233;dias et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et z&#233;l&#233;s, dont la classe dominante a besoin pour assurer son h&#233;g&#233;monie. Comme tels, ces instruments doivent &#234;tre d&#233;mont&#233;s et combattus avec vigueur et sans rel&#226;che &#8211; ce que ne font malheureusement pas les organisations de la gauche institutionnelle, qui ont renonc&#233; &#224; la critique de classe et sont toujours pr&#234;tes &#224; pactiser avec l'ennemi au nom de la biens&#233;ance r&#233;publicaine, du r&#233;alisme politique et de la n&#233;cessit&#233; d'exister m&#233;diatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre objectera-t-on qu'il serait injuste de traiter en ennemis de classe tous les journalistes sans exception, puisque beaucoup sont des victimes de la perversion du syst&#232;me m&#233;diatique et ne font qu'ob&#233;ir aux ordres. Il serait facile de r&#233;pondre, d'un point de vue sociologique, que l'&#233;tablissement, le maintien et la reproduction des dominations sociales exigent un &#233;norme travail collectif impliquant des myriades d'individus ; que le propre de toutes les institutions sociales, c'est d'embrigader tout le monde dans leur fonctionnement, dominantes et domin&#233;es confondues, et qu'il serait peut-&#234;tre temps, dans une soci&#233;t&#233; charg&#233;e d'histoire comme la n&#244;tre, o&#249; l'on a appris depuis longtemps &#224; rationaliser l'injustice et &#224; planifier l'ignominie, que des citoyens et des citoyennes se pr&#233;tendant instruites, lucides et responsables r&#233;fl&#233;chissent sur leur participation au maintien du d&#233;sordre r&#233;gnant, &#224; la fa&#231;on dont leur t&#226;che parcellaire s'inscrit dans un processus global, et donc qu'ils s'interrogent sur les ordres qu'ils re&#231;oivent, sur ceux qui les donnent, et sur toutes les cons&#233;quences que leur ex&#233;cution peut entra&#238;ner. Quand la monstruosit&#233; du syst&#232;me que l'on sert est devenue &#233;vidente, l'excuse consistant &#224; dire qu'on ne savait pas ou qu'on ne pouvait pas faire autrement n'est plus acceptable. Certaines et certains journalistes ont l'intelligence de le comprendre et le courage de se battre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une liste d'entreprises de presse &#233;crite ou audiovisuelle alternatives, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Honneur &#224; elles et &#224; eux. Il appartient aux autres de suivre leur exemple.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur Karl Kraus, lire &#171; Les guerres de Karl Kraus &#187;, Agone, 35-36, 2006 ; Jacques Bouveresse, &lt;i&gt;Les Voix de Karl Kraus&lt;/i&gt;, satiriste et proph&#232;te, Marseille, Agone, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire en particulier Fran&#231;ois Ruffin, &lt;i&gt;Les Petits Soldats du journalisme&lt;/i&gt;, Paris, Ar&#232;nes, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On en trouvera des exemples &#233;difiants dans les dossiers sociaux du Plan B : &lt;a href=&#034;http://www.leplanb.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leplanb.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une liste d'entreprises de presse &#233;crite ou audiovisuelle alternatives, cf. l'ouvrage tr&#232;s inform&#233; d'Olivier Cyran et Mehdi ba, &lt;i&gt;Almanach critique des m&#233;dias&lt;/i&gt;, Ar&#232;nes, 2005, p. 354 sq. [ndlr : au Qu&#233;bec, consulter le site du R&#233;seau des m&#233;dias alternatifs : &lt;a href=&#034;http://www.reseaumedia.info&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.reseaumedia.info&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Accardo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;sistances et m&#233;dias alternatifs *</title>
		<link>https://www.ababord.org/Resistances-et-medias-alternatifs</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Resistances-et-medias-alternatifs</guid>
		<dc:date>2008-08-14T18:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Lefebvre-Legault</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement associatif et communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>Lefebvre-Legault, Nicolas </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il ne peut y avoir de v&#233;ritable progr&#232;s social au Qu&#233;bec sans un journal qui traite des probl&#232;mes du peuple &#187; Michel Chartrand &lt;br class='autobr' /&gt; Pour rompre l'isolement et la marginalit&#233;, il faut pouvoir passer du je au nous. Voil&#224; qui est &#233;videmment plus facile &#224; dire qu'&#224; faire. Dans cette bataille de tous les instants pour faire &#233;merger un (ou plusieurs) sujet collectif, sans lequel il n'y a pas de transformation sociale possible, les m&#233;dias alternatifs peuvent &#234;tre une arme puissante. &#192; cet &#233;gard, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-associatif-et-+" rel="tag"&gt;Mouvement associatif et communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lefebvre-Legault-Nicolas-+" rel="tag"&gt;Lefebvre-Legault, Nicolas &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton271.jpg?1642092224' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;255&#034; height=&#034;283&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Il ne peut y avoir de v&#233;ritable progr&#232;s social au Qu&#233;bec sans un journal qui traite des probl&#232;mes du peuple &lt;/i&gt; &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Michel Chartrand&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour rompre l'isolement et la marginalit&#233;, il faut pouvoir passer du je au nous. Voil&#224; qui est &#233;videmment plus facile &#224; dire qu'&#224; faire. Dans cette bataille de tous les instants pour faire &#233;merger un (ou plusieurs) sujet collectif, sans lequel il n'y a pas de transformation sociale possible, les m&#233;dias alternatifs peuvent &#234;tre une arme puissante. &#192; cet &#233;gard, voici quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion sur le r&#244;le des m&#233;dias alternatifs dans les luttes sociales et les mouvements d'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dialogue de sourds
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de plus frustrant pour les artisanes des m&#233;dias alternatifs que de constater que leurs &#171; alli&#233;s &#187; &#8211; groupes communautaires, syndicats, associations &#233;tudiantes, etc. &#8211; ne les prennent pas au s&#233;rieux et r&#233;servent leurs communiqu&#233;s et leurs analyses, quand ce n'est pas carr&#233;ment leurs campagnes de pub, &#224; la concurrence. &#192; quoi bon &lt;i&gt;se fendre en quatre&lt;/i&gt; pour produire un journal, animer un site web, tenir &#224; bout de bras une radio, voire, dans certains coins, une station de t&#233;l&#233;, si les principaux mouvements sociaux les ignorent dans leurs strat&#233;gies de communication ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut difficilement en vouloir &#224; ces groupes militants. L'essentiel de la communication des mouvements sociaux s'inscrit dans une strat&#233;gie de rapport de force et vise &#224; marquer des points dans l'opinion publique. Normal dans ce contexte de chercher &#224; rejoindre le plus de gens possible et d'attaquer l'ennemi sur son propre terrain. Dans les luttes, le &lt;i&gt;timing&lt;/i&gt; est vital : quand un groupe envoie un communiqu&#233; sur une action en cours, c'est pour &#234;tre couvert le jour m&#234;me ou le lendemain, pas un mois plus tard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, les militantes des mouvements sociaux sont tout aussi frustr&#233;es quand les m&#233;dias alternatifs ne reprennent pas &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; leurs communiqu&#233;s et leurs articles. &#192; quoi bon avoir des m&#233;dias alternatifs s'ils les traitent comme la &#171; grande &#187; presse, se montrent tr&#232;s critiques et prennent leurs distances par rapport au discours militant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquez, encore l&#224;, on peut difficilement en vouloir &#224; ces m&#233;dias alternatifs. La prose militante est bien souvent indigeste, l&#233;nifiante, acritique ou digne de la langue de bois. Les &#171; articles &#187; des groupes sont rarement autre chose que des communiqu&#233;s ou, pire, des info-pub. Personne ne veut lire un journal de &#171; plogues &#187;, que ce soit &lt;i&gt;&#201;cho-vedettes&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#201;cho-militants&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; quoi servent les m&#233;dias &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si, sauf rare exception, les m&#233;dias alternatifs sont inutiles dans le feu de l'action, &#224; quoi peuvent-ils donc servir ? M&#234;me s'ils n'ont en g&#233;n&#233;ral pas les moyens d'appuyer directement et en temps opportun les mouvements sociaux, encore moins de les initier, les m&#233;dias alternatifs sont importants avant, pendant et apr&#232;s les &#233;pisodes de luttes sociales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Englu&#233;e dans une perspective de rapport de force, ou de critique tous azimuts, la gauche perd souvent de vue pourquoi, &#224; la base, les gens lisent, regardent et &#233;coutent diff&#233;rents m&#233;dias. Il s'agit bien s&#251;r de s'informer et de se divertir mais aussi de partager un espace culturel permettant de participer &#224; la vie sociale (en caricaturant : pour savoir de quoi jaser avec les proches, les coll&#232;gues et les amies). M&#234;me la presse d'extr&#234;me gauche, qui s'adresse &#224; un petit cercle de convaincus, n'&#233;chappe pas &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. C'est juste que son lectorat, et donc son espace culturel, est infiniment plus restreint que celui des quotidiens de Quebecor.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un espace culturel alternatif
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel du probl&#232;me de la gauche est l&#224; : l'espace culturel commun est balis&#233; et domin&#233; par la droite. Les m&#233;dias alternatifs sont surtout l&#224; pour ouvrir un espace culturel diff&#233;rent, le faire partager et diffuser des sch&#232;mes de r&#233;f&#233;rence commun. Cet espace culturel, aussi restreint soit-il, est l'un des rares lieux de contestation du discours dominant, l'un des rares endroits, aussi, o&#249; les acteurs des luttes ne doivent pas surmonter un pr&#233;jug&#233; d&#233;favorable et sont trait&#233;s &#233;quitablement. La pr&#233;sence constante de m&#233;dias alternatifs dans un milieu donn&#233; permet une certaine &#171; s&#233;dimentation &#187; des id&#233;es des mouvements sociaux dans la population. Ce qui fait que lorsqu'&#233;clate une lutte sociale, les militantes ne partent pas de z&#233;ro : une partie de leurs arguments sont d&#233;j&#224; connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut s'av&#233;rer crucial devant une offensive id&#233;ologique. Il serait sans doute int&#233;ressant de comparer sous cet angle les mouvements syndicaux et &#233;tudiants. Dans quelle mesure la pr&#233;sence d'une vigoureuse presse &#233;tudiante a-t-elle permis aux gr&#233;vistes de 2005 de tenir le coup face &#224; l'offensive m&#233;diatique alors que, du c&#244;t&#233; syndical, le projet de gr&#232;ve sociale contre Charest n'a jamais abouti ? Sans compter que toutes les grandes gr&#232;ves des derni&#232;res ann&#233;es se sont fait d&#233;molir dans les m&#233;dias, sans possibilit&#233; de r&#233;pliquer, an&#233;antissant ainsi le moral des gr&#233;vistes et menant &#224; de cuisantes d&#233;faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, cr&#233;er un espace culturel alternatif ne sert pas &#224; grand chose si les gens continuent de se sentir isol&#233;s et impuissants. Le mod&#232;le m&#233;diatique dominant r&#233;ussit le tour de force de marginaliser des positions qui sont pourtant majoritaires dans la population. Par exemple, sur la question du &#171; mod&#232;le qu&#233;b&#233;cois &#187; : la majorit&#233; de la population serait plut&#244;t social-d&#233;mocrate, si on en croit les sondages. Pourtant, on ne le devinerait pas &#224; voir les m&#233;dias qui sont majoritairement n&#233;olib&#233;raux. &#192; force de ne jamais voir leur opinion refl&#233;t&#233;e dans les m&#233;dias (et de se faire faire la morale par chroniqueurs et &#233;ditorialistes), les gens en viennent &#224; croire qu'ils sont marginaux et qu'ils sont les seuls &#224; &#171; avoir ces id&#233;es de fou l&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Passer du &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mass-m&#233;dias, notamment parce qu'ils traitent l'information &#224; partir d'une r&#233;alit&#233; de classe sp&#233;cifique, qui n'est pas partag&#233;e par la majorit&#233; de la population, sont ali&#233;nants, c'est-&#224;-dire qu'ils renvoient une image d'un monde qui nous est &#233;trang&#232;re. Les journalistes, avec le style &#171; objectif &#187; qui leur est propre, renforcent ce sentiment d'&#233;tranget&#233; puisqu'ils parlent toujours &#171; des autres &#187;. Mais il y a plus : les mass-m&#233;dias sont largement &#171; d&#233;territorialis&#233;s &#187;. &lt;i&gt;Le Journal de Qu&#233;bec&lt;/i&gt; par exemple (soyons chauvins !), est de Qu&#233;bec, mais personne n'est en mesure de dire o&#249; &#224; Qu&#233;bec. Il couvre tout comme si c'&#233;tait &#171; ailleurs &#187;. Qui n'a pas eu un sentiment d'&#233;tranget&#233; quand &#171; son &#187; quartier fait la manchette ? Sous l'&#339;il des m&#233;dias, on ne reconna&#238;t plus les lieux du quotidien, on se croirait presque ailleurs. Et on y est : &#231;a pourrait &#234;tre n'importe o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, les m&#233;dias alternatifs sont presque toujours inscrits dans une &#171; communaut&#233; naturelle &#187;, qu'elle soit g&#233;ographique, sociale ou politique. L'ancrage des m&#233;dias alternatifs permet de rassembler et de tracer une ligne : il y a &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;. Voil&#224; comment ils peuvent favoriser un passage du &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partir des pr&#233;occupations des gens
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour que &#231;a marche, encore faut-il que les gens aient de bonnes raisons de lire, &#233;couter ou regarder les m&#233;dias alternatifs. Malheureusement, l'information, la mati&#232;re premi&#232;re des m&#233;dias tout court, est trop souvent absente ou peu pr&#233;sente dans les m&#233;dias alternatifs. L'opinion, l'&#233;ditorial, l'analyse, le &#171; moi-je-pense-que &#187;, c'est bien, mais c'est nettement insuffisant, un m&#233;dia ne peut pas &#234;tre &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; &#231;a. &#199;a prend de la chair autour de l'os : des nouvelles, des reportages, des portraits, des entrevues, de la vie quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mass-m&#233;dias sont bourr&#233;s d'information, mais ce n'est pas une information qui touche la majorit&#233; de la population dans son quotidien. C'est clich&#233; mais nous ne sommes pas tous des petits-bourgeois du Plateau Mont-Royal (et nous n'avons pas tous de l'argent plac&#233; en bourse&#8230;). L'information m&#233;diatique est spectaculaire et n'est que rarement mise en contexte. Finalement, c'est une information qui parle de tout sauf du &#171; monde ordinaire &#187; (&#224; part dans les faits divers), de nos luttes et de nos pr&#233;occupations autres que triviales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un aspect &#171; service public &#187;, presque p&#233;dagogique, dans le travail d'information qui doit &#234;tre repris par les m&#233;dias alternatifs. Tout un pan de la r&#233;alit&#233;, &#224; commencer par l'information locale, &#233;chappe aux mass-m&#233;dias. &#192; nous de nous y engouffrer. Il faut couvrir ce qui n'est pas couvert. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, les mouvements sociaux et la gauche sont peu et mal couverts dans les mass-m&#233;dias, &#224; nous de faire le travail. Qu'est-ce qu'on attend pour s'y mettre ? Il est plus que temps que les m&#233;dia-activistes se prennent au s&#233;rieux&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Lefebvre-Legault&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur fait de la radio, &#233;dite un blogue (&lt;a href=&#034;http://syndical.blogspot.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://syndical.blogspot.com&lt;/a&gt;) et anime le comit&#233; de r&#233;daction de &lt;i&gt;L'infobourg&lt;/i&gt;, un journal communautaire de Qu&#233;bec dont il coordonne la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Ce texte reprend l'essentiel d'une intervention faite aux Rendez-vous d'automne : des m&#233;dias communautaires r&#233;sistent et signent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un espace m&#233;diatique critique est-il possible ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-espace-mediatique-critique-est</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Un-espace-mediatique-critique-est</guid>
		<dc:date>2008-08-14T17:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabien Granjon</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Granjon, Fabien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les grands r&#233;seaux de communication dont l'objectif est de d&#233;velopper les &#233;changes d'information ont toujours &#233;t&#233; soumis aux int&#233;r&#234;ts de la sph&#232;re marchande et &#224; l'essor d'un capitalisme de plus en plus d&#233;territorialis&#233;. L'emprise de la rationalit&#233; du mode de production capitaliste dans le champ m&#233;diatique n'a ainsi eu de cesse de se faire de plus en plus pr&#233;gnante. La concentration &#233;conomique des m&#233;dias, leur financiarisation, le r&#244;le jou&#233; par la publicit&#233;, l'affaiblissement de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Granjon-Fabien-+" rel="tag"&gt;Granjon, Fabien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton269.jpg?1642092222' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;351&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les grands r&#233;seaux de communication dont l'objectif est de d&#233;velopper les &#233;changes d'information ont toujours &#233;t&#233; soumis aux int&#233;r&#234;ts de la sph&#232;re marchande et &#224; l'essor d'un capitalisme de plus en plus d&#233;territorialis&#233;. L'emprise de la rationalit&#233; du mode de production capitaliste dans le champ m&#233;diatique n'a ainsi eu de cesse de se faire de plus en plus pr&#233;gnante. La concentration &#233;conomique des m&#233;dias, leur financiarisation, le r&#244;le jou&#233; par la publicit&#233;, l'affaiblissement de l'audiovisuel public et sa d&#233;pendance de la logique commerciale soumettent toujours davantage les m&#233;dias &#224; l'&#233;preuve des lois du march&#233; et les tiennent de plus en plus &#233;loign&#233;s d'un mod&#232;le th&#233;orique de m&#233;dias servant le jeu d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question des m&#233;dias dans le champ de la critique sociale occupait pourtant, jusqu'&#224; il y a peu, une place tout &#224; fait marginale. Peu prise en compte par les forces progressistes, elle t&#233;moignait ainsi de leur int&#233;r&#234;t relatif pour les interrogations portant sur l'information, la culture et la lutte id&#233;ologique comme champ d'exercice &#224; part enti&#232;re de la contestation sociale. La situation a toutefois quelque peu &#233;volu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es et l'on constate une prise en compte plus importante de ces th&#233;matiques, notamment au sein du mouvement altermondialiste. Si les militants qui portent ces probl&#233;matiques sont rarement de nouveaux venus (la plupart du temps ce sont des professionnels de l'information et des militants informationnels dont l'engagement a toujours &#233;t&#233; centr&#233; sur la communication), la mise sur l'agenda altermondialiste et la visibilit&#233; donn&#233;e &#224; ces questions sont en revanche relativement nouvelles. La contestation de l'ordre m&#233;diatique r&#233;v&#232;le par ailleurs un ensemble de contradictions qui ont trait pour une part &#224; la n&#233;cessit&#233; de structurer cette critique et de construire des strat&#233;gies d'action permettant d'intervenir efficacement dans ce domaine. Elles sont d'autre part li&#233;es aux tensions qui opposent les tenants d'une critique des m&#233;dias orientant leurs revendications &#8211; pour l'essentiel &#8211; vers une r&#233;forme radicale de l'espace public m&#233;diatique et ceux (les m&#233;dias de la critique, les m&#233;dia-activistes) qui consid&#232;rent plus important de construire un espace m&#233;diatique alternatif &#224; c&#244;t&#233; des m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une et l'autre de ces perspectives pr&#233;sentent avantages et inconv&#233;nients. Principalement fond&#233;e sur un principe de d&#233;nonciation des appareils id&#233;ologiques de domination et des contenus produits par les grands m&#233;dias, la critique des m&#233;dias insiste surtout sur les dangers de la concentration de la propri&#233;t&#233; des moyens de production m&#233;diatiques au profit de quelques entreprises transnationales et de la financiarisation des m&#233;dias. Son travail critique l'oriente vers des propositions de contr&#244;le de la production d'information. En France, celles de l'Observatoire Fran&#231;ais des M&#233;dias (citons &#233;galement dans ce domaine le travail d'Acrimed) sont parmi les plus avanc&#233;es. Elles pr&#233;conisent par exemple de r&#233;affirmer le principe de pluralisme en dehors de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; libre concurrence &#187; et au march&#233;, notamment publicitaire. En la mati&#232;re, la d&#233;fense de l'information en tant que bien public, la revendication d'un exercice libre, contradictoire et pluraliste de l'expression et la d&#233;fense d'un droit &#224; la communication sont les fondements &#224; partir desquels est envisag&#233;e la reconstruction d'un &#171; autre espace m&#233;diatique &#187;. Le mod&#232;le d'une presse d'opinion de qualit&#233; est ainsi d&#233;fendu dans le cadre renouvel&#233; de missions de service public et d'entreprises m&#233;diatiques qui devraient &#234;tre g&#233;r&#233;es sur la base de conseils mixtes regroupant producteurs (journalistes, secr&#233;taires, personnels techniques, etc.) et usagers. Une attention toute particuli&#232;re est par ailleurs port&#233;e aux combats men&#233;s par tous les personnels de la presse quant &#224; l'am&#233;lioration de leurs conditions mat&#233;rielles d'exercice. La d&#233;fense des conventions collectives, la revalorisation des salaires, l'application stricte du code du travail, la lutte contre le recours syst&#233;matique aux contrats pr&#233;caires (notamment pour les pigistes et les correspondants locaux) participent aussi concr&#232;tement &#224; la remise en cause de l'ordre m&#233;diatique capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la critique des m&#233;dias n'envisage qu'&#224; la marge et que les m&#233;dias de la critique prennent en revanche &#224; bras le corps concerne les questions de rapport de production qui fondent le travail de production de l'information. Les m&#233;dia-activistes mettent surtout en avant la n&#233;cessit&#233; de refonder une pratique m&#233;diatique qui ne soit pas en d&#233;calage avec les exp&#233;riences sociales des producteurs d'information, information dont la construction ne saurait &#234;tre laiss&#233;e aux &#171; professionnels de la profession &#187;. Ils fondent en acte une pratique visant notamment &#224; d&#233;naturaliser la diff&#233;rence entre &#233;metteurs et r&#233;cepteurs, producteurs et consommateurs. Ils posent ainsi la n&#233;cessit&#233; d'un exercice participatif de construction de l'information selon des modalit&#233;s autogestionnaires qui tranchent avec les normes d'une presse envisag&#233;e comme devant avoir la fonction d'agence de propagande. Le principal d&#233;fi est alors de trouver de nouvelles formes de communication qui ne reproduisent pas les rapports de domination impos&#233;s par les classes dominantes et les structures de pouvoir qui les accompagnent. Les m&#233;dias alternatifs ont pour vocation de d&#233;cloisonner les savoirs et les publics et de r&#233;v&#233;ler les antagonismes sociaux &#224; partir d'outils de production dont les r&#233;f&#233;rents ne sauraient &#234;tre ceux des m&#233;dias dominants (verticalit&#233;, objectivit&#233;, professionnalisation, massification, etc.), m&#234;me pass&#233;s aux mains des forces progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme g&#233;n&#233;tique des m&#233;dias alternatifs ne va toutefois pas sans quelques travers dans ses applications concr&#232;tes. Apr&#232;s avoir vu dans l'appropriation sociale et autonome de la radio, de la vid&#233;o et de la t&#233;l&#233;matique de premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de nouvelles potentialit&#233;s &#233;mancipatrices susceptibles de faire vaciller l'ordre m&#233;diatique dominant, l'Internet est aujourd'hui saisi comme dispositif technique permettant, plus que tout autre, de construire un id&#233;al alter-m&#233;diatique. Si les m&#233;dia-activistes posent par leurs pratiques quelques unes des questions essentielles quant aux modalit&#233;s de production de l'information, ils ne se d&#233;partissent pas toujours de certaines formes de d&#233;terminisme technique corr&#233;latives d'une id&#233;ologie &#233;mancipatrice. La tentation de consid&#233;rer la moindre cr&#233;ation m&#233;diatique alternative comme l'ouverture de br&#232;ches dans le syst&#232;me des m&#233;dias et des industries culturelles se pr&#233;sente comme un travers r&#233;current de l'enthousiasme de certains militants informationnels. Les usages les plus avanc&#233;s et les plus rares des technologies de l'information et des communications (TIC) sont parfois envisag&#233;s, sans prudence, comme les indices probants et syst&#233;matiques d'une r&#233;volution dans la production et la diffusion de l'information et des biens symboliques. Le rep&#233;rage des innovations technologiques les plus r&#233;centes et l'insistance syst&#233;matique &#224; rendre compte de ph&#233;nom&#232;nes sociotechniques marginaux tendent &#224; donner une centralit&#233; consid&#233;rable &#224; des faits &#233;mergeants dont on voit mal comment, en l'&#233;tat actuel des choses, ils pourraient conduire &#224; un bouleversement majeur de la sph&#232;re m&#233;diatique, des industries culturelles et des syst&#232;mes marchands de diffusion des biens symboliques. Sans doute faut-il aussi se pr&#233;server d'une perspective faisant de l'information et de la communication l'alpha et l'om&#233;ga des soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es et des rapports sociaux (de production), alors qu'elles n'en sont qu'une des composantes qui certes les transforment, mais n'en modifient pas fondamentalement la nature (l'exploitation capitaliste). Donner &#224; croire que l'information ou l'id&#233;ologie seraient au fondement des in&#233;galit&#233;s sociales et seraient donc aussi le moteur (ou tout du moins le carburant) du changement social, c'est verser dans une approche bien peu r&#233;aliste (mat&#233;rialiste) du monde tel qu'il va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal obstacle que rencontrent aujourd'hui les tenants d'un changement radical de la production de l'information et de sa diffusion c'est, comme au sein des luttes sociales en g&#233;n&#233;ral, l'&#233;clatement des acteurs, des revendications, la multitude des r&#233;ponses locales et le manque d'une vision strat&#233;gique globale. Il est aujourd'hui important de faire &#233;merger un front de lutte commun qui, tout en construisant une critique des m&#233;dias qui ne soit pas seulement fond&#233;e sur une critique de l'information, porte le d&#233;bat sur les enjeux structurels du syst&#232;me m&#233;diatique et encourage le d&#233;veloppement des m&#233;dias alternatifs. De m&#234;me que la lutte contre la &#171; malbouffe &#187; passe par la valorisation de mod&#232;les alternatifs de production des denr&#233;es alimentaires (bio, sans OGM, etc.), mais aussi par un combat pour l'instauration d'un contr&#244;le social des moyens de production existants, la production alternative d'information ne doit pas faire oublier qu'il faut aussi s'engager pour une r&#233;appropriation sociale des m&#233;dias de masse. Plus que jamais, critique des m&#233;dias et m&#233;dias de la critique doivent dialoguer ensemble afin de mener de concert le combat pour une appropriation sociale de l'espace m&#233;diatique et des instruments collectifs d'expression. La critique et la d&#233;nonciation des m&#233;dias dominants, gardiens de l'ordre social, doit s'accompagner de la mise en &#339;uvre de m&#233;dias de la critique et de pratiques alternatives de communication. La construction d'agences de presse ind&#233;pendantes et de m&#233;dias alternatifs est &#224; encourager, tout comme l'appropriation des plus r&#233;centes technologies de l'information et de la communication, la promotion des logiciels libres ou la lutte contre l'extension de la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Ceci doit toutefois &#234;tre entrepris &#224; distance des f&#233;tiches &#171; communication &#187;, &#171; technologie &#187; et &#171; r&#233;seaux &#187; pr&#233;sent&#233;s comme force de lib&#233;ration. Une autre information est possible mais encore faut-il se mettre en capacit&#233; de construire, ensemble, les dynamiques sociales, &#233;conomiques, techniques et politiques qui permettront d'atteindre objectifs de justice sociale et d&#233;mocratisation de l'espace m&#233;diatique. S'il est aujourd'hui un imp&#233;ratif, c'est bien celui de surmonter les clivages th&#233;oriques et pratiques qui structurent habituellement les mobilisations informationnelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabien Granjon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, enseignant &#224; l'Universit&#233; de Nantes, chercheur associ&#233; au CEMTI - Universit&#233; de Paris 8&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues</title>
		<link>https://www.ababord.org/Dictionnaire-des-idees-recues</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Dictionnaire-des-idees-recues</guid>
		<dc:date>2008-08-12T22:55:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eve Martin Jalbert</dc:creator>


		<dc:subject>Jalbert, Eve Martin </dc:subject>
		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A &lt;br class='autobr' /&gt; Accommodements raisonnables &#8212; Jusqu'o&#249; ira-t-on ? Entra&#238;nent le reniement de soi. T&#234;te de pont d'une vaste entreprise de multiculturalisation de notre soci&#233;t&#233;. D&#233;font le lien social, bafouent nos valeurs communes et notre identit&#233; collective. &lt;br class='autobr' /&gt; B &lt;br class='autobr' /&gt; Baby-boomers &#8212; Ont eu toutes les jobs. Il faudra payer leur pension. &lt;br class='autobr' /&gt; C &lt;br class='autobr' /&gt; Ch&#225;vez &#8212; Gouvernement populiste. Graine de dictateur. Gouvernement corrompu. &#201;num&#233;rer ce nom avec ceux de Castro, Staline. &lt;br class='autobr' /&gt; Chiffres &#8212; Ne mentent pas. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-18-fevrier-mars-2007-" rel="directory"&gt;No 018 - f&#233;vrier / mars 2007&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-jalbert-eve-martin-+" rel="tag"&gt;Jalbert, Eve Martin &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Analyse-du-discours-+" rel="tag"&gt;Analyse du discours&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; A&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Accommodements raisonnables &#8212; Jusqu'o&#249; ira-t-on ? Entra&#238;nent le reniement de soi. T&#234;te de pont d'une vaste entreprise de multiculturalisation de notre soci&#233;t&#233;. D&#233;font le lien social, bafouent nos valeurs communes et notre identit&#233; collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; B&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Baby-boomers &#8212; Ont eu toutes les jobs. Il faudra payer leur pension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ch&#225;vez &#8212; Gouvernement populiste. Graine de dictateur. Gouvernement corrompu. &#201;num&#233;rer ce nom avec ceux de Castro, Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chiffres &#8212; Ne mentent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cols bleus &#8212; Quatre sur un nid de poule. Gros bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Communautaires (Groupes) &#8212; Centre de l'immobilisme. Professionnel&#183;les de la contestation. Ont une influence politique excessive. Nuisent &#224; la prosp&#233;rit&#233;, aux projets porteurs. Emp&#234;chent le pouvoir de prendre des d&#233;cisions &#233;conomiques sens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comp&#233;tition &#8212; Tabou. Nous sommes appel&#233;&#183;es &#224; prendre part &#224; la &#8212; mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; David, Fran&#231;oise &#8212; Fille d'Outremont. A &#233;t&#233; marxiste-l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;mocratie &#8212; R&#232;gne de la m&#233;diocrit&#233; et des pulsions &#233;go&#239;stes. Facteur d'immobilisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dette &#8212; V&#233;rit&#233; qui d&#233;range. Chaque Qu&#233;b&#233;cois&#183;e na&#238;t avec une dette de 20 000 $.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;veloppement (ne pas sp&#233;cifier lequel) &#8212; Passe par la croissance &#233;conomique, laquelle passe par le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dion, St&#233;phane &#8212; Champion de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; E&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;cologisme &#8212; Nouvelle id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;tat-Providence &#8212; On n'a plus les moyens de se le payer. D&#233;responsabilise les gens. Synonyme de rigidit&#233; et de dogmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; F&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Fonction publique (Travailleur&#183;ses de la) &#8212; Profitent du syst&#232;me. Co&#251;tent cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Forum social mondial &#8212; Belle f&#234;te. R&#233;unit des gens n'ayant rien &#224; proposer, mais qui aiment en discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; France &#8212; Royaume du ch&#244;mage et de la s&#233;curit&#233; d'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; G&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gauche &#8212; Gauche caviar, gau-gauche. Menace le consensus souverainiste. Se veut l'unique porte-parole du bien commun. D&#233;responsabilise les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gauche-Droite &#8212; Se dire en dehors de cette opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; H&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Harper &#8212; A tenu ses promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Homme qu&#233;b&#233;cois &#8212; En crise d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Immigr&#233;&#183;es &#8212; Profitent des politiques sociales, de l'assurance-maladie et de l'aide sociale. Viennent avec leurs v&#234;tements, leur religion int&#233;griste et leur t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Immobilisme &#8212; &#192; cause des monopoles syndicaux et des professionnels de la contestation. Emp&#234;che les projets porteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Imp&#244;ts &#8212; L'argent que le gouvernement se met dans les poches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Innovation &#8212; Facteur de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Irak &#8212; Sans la pr&#233;sence militaire am&#233;ricaine, serait &#224; feu et &#224; sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jeunes &#8212; Ne votent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; K&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kandahar &#8212; R&#233;gion d'Afghanistan o&#249; l'arm&#233;e canadienne travaille &#224; la reconstruction du pays malgr&#233; la menace des Talibans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Khadir, Amir &#8212; N'&#233;carte pas la th&#233;orie du complot du 11-Septembre (ne pas sp&#233;cifier laquelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Libert&#233; &#8212; Valeur incarn&#233;e par notre civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lien social &#8212; D&#233;crier ce qui le d&#233;fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mai 68 &#8212; Mouvement d&#233;sordonn&#233; et pu&#233;ril. Avait interdit d'interdire pour slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Manifestations &#8212; En criant so, so, so, solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mod&#232;le qu&#233;b&#233;cois &#8212; On n'a plus les moyens de se le payer. Dire &#171; sacro-saint &#187;, et pr&#233;ciser &#171; on ne peut pas lui toucher &#187; (Le faire pareil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mondialisation &#8212; D&#233;fis &#224; relever, opportunit&#233;s &#224; saisir. Nous ne pouvons pas ne pas y participer et rester seuls dans notre coin &#224; faire nos affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mouvement &#233;tudiant &#8212; Le plus puissant lobby du Qu&#233;bec. Futur&#183;es candidat&#183;es du Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Musulman&#183;es &#8212; Int&#233;gristes. Les hommes battent leurs femmes, leurs filles et leurs s&#339;urs. Culture du terrorisme parce qu'ils et elles n'accordent pas de valeur intrins&#232;que &#224; la vie humaine. Refusent de vivre comme nous, bafouent nos valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; O&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Omc &#8212; Le chaos si elle n'existait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Organisation du travail &#8212; Pas assez flexible, obstacle &#224; la prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Partenariat &#8212; N&#233;cessaire &#224; la r&#233;ussite. Les travailleur&#183;ses qui acceptent de r&#233;duire leur salaire sont partenaires de la r&#233;duction des co&#251;ts de production et de l'augmentation de la comp&#233;titivit&#233; des entreprises. Comme tou&#183;tes les travailleur&#183;ses sous-pay&#233;&#183;es (ne pas le dire tout &#224; fait ainsi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pauvret&#233;, lutte contre la &#8212; Il faut cr&#233;er de la richesse et responsabiliser les pauvres (Ne jamais dire : les laisser se d&#233;brouiller avec leurs probl&#232;mes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plateau Mont-Royal &#8212; Base de Qu&#233;bec solidaire. Lieu des intellectuel&#183;les gau-gauches m&#233;prisant le vrai monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Politique &#8212; D&#233;saffection croissante de la population &#224; son &#233;gard. Domaine des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes divergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Programmes sociaux &#8212; Blind&#233;s mur &#224; mur, co&#251;tent cher. Il n'est pas normal que les riches ne paient pas plus, donc tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Progressistes &#8212; Intellectuel&#183;les du Plateau Mont-Royal. Dominent l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Propri&#233;taires &#8212; Victimes de la R&#233;gie du logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Q&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu&#233;bec solidaire &#8212; Pour la vertu. Divise le vote. Faire des blagues sur la f&#233;minisation des mots. Les membres ne se sont pas entendu&#183;es sur un logo. De toute fa&#231;on, ne r&#233;colte que 4 % des votes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Recherche et innovation &#8212; Secteur d'avenir pour le d&#233;veloppement &#233;conomique et la prosp&#233;rit&#233;. Permettra au Qu&#233;bec de se tailler une place de choix sur la sc&#232;ne mondiale. Donc l'&#201;tat doit y investir davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;ing&#233;nierie &#8212; Mal expliqu&#233;e &#224; la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;f&#233;rendums &#8212; Co&#251;teux. Divisent la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;volution tranquille&#8212; L'&#232;re de la mondialisation nous oblige &#224; imiter ce moment de r&#233;formes et &#224; insuffler &#224; la soci&#233;t&#233; un vent de changement (ne pas pr&#233;ciser la direction du vent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Richesse &#8212; Les Qu&#233;b&#233;cois&#183;es en ont peur. Il n'y en a pas assez, il faut en faire plus (ne pas dire dans quelles mains elle se concentrera).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sondages &#8212; Outils de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Syndicats &#8212; Facteurs d'immobilisme. D&#233;fendent des acquis, le statu quo et l'int&#233;r&#234;t de leurs membres. Marchent dans les rues en hurlant. Nous vivons dans une dictature syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; T&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Taxes &#8212; La taxe sur le capital est trop &#233;lev&#233;e. Les Qu&#233;b&#233;cois&#183;es sont les plus tax&#233;&#183;es en Am&#233;rique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; U&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Universit&#233;s &#8212; Entreprises sous-financ&#233;es de recherche et d'innovation, devant r&#233;pondre aux exigences du march&#233; du travail et de l'&#233;conomie du savoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Martin Jalbert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la collaboration de &lt;strong&gt;Mathieu Arseneault&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Claude Vaillancourt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
