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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>L'&#233;tincelle d'un mouvement</title>
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		<dc:date>2023-08-16T01:42:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Vigneau</dc:creator>


		<dc:subject>Vigneau, Nicolas</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Si nous devons combattre un dragon, il ne faut pas se contenter de lui couper les ongles de temps en temps &#187; &#8211; Jos&#233; Saramago, &#233;crivain et journaliste portugais &lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans. J'ai du mal &#224; r&#233;aliser que dix ans se sont bel et bien &#233;coul&#233;s depuis la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012. Je n'irais pas jusqu'&#224; dire que pour moi, c'est comme si c'&#233;tait hier, mais j'ai l'impression que ces dix ans sont pass&#233;s comme un clin d'&#339;il, sans trop que je m'en rende compte. Je n'avais aucune id&#233;e en votant en faveur de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-2012-an-dix-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : 2012, an dix&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vigneau-Nicolas-+" rel="tag"&gt;Vigneau, Nicolas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/capture_d_e_cran_le_2023-08-15_a_21.34_58.png?1692150008' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1011&#034; height=&#034;442&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Si nous devons combattre un dragon, il ne faut pas se contenter de lui couper les ongles de temps en temps &#187; &#8211; Jos&#233; Saramago, &#233;crivain et journaliste portugais&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dix ans. J'ai du mal &#224; r&#233;aliser que dix ans se sont bel et bien &#233;coul&#233;s depuis la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012. Je n'irais pas jusqu'&#224; dire que pour moi, c'est comme si c'&#233;tait hier, mais j'ai l'impression que ces dix ans sont pass&#233;s comme un clin d'&#339;il, sans trop que je m'en rende compte. Je n'avais aucune id&#233;e en votant en faveur de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'Association facultaire &#233;tudiante des arts (AF&#201;A), au th&#233;&#226;tre Le National le 13 f&#233;vrier 2012, que je m'appr&#234;tais &#224; vivre la p&#233;riode la plus intense de ma vie. J'&#233;tais alors &#224; la ma&#238;trise en &#233;tudes litt&#233;raires &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al (UQAM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis une personne diff&#233;rente de ce jeune homme r&#234;veur levant avec conviction son carton de vote. J'ai toujours mes r&#234;ves et mes convictions progressistes, mais cette gr&#232;ve de huit mois m'a irr&#233;m&#233;diablement transform&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour plusieurs d'entre nous, cette gr&#232;ve &#233;tait port&#233;e par l'ardent d&#233;sir de prot&#233;ger des valeurs et des id&#233;aux, afin de s'opposer &#224; la marchandisation et &#224; l'&#233;conomie du savoir en luttant pour une &#233;ducation accessible, &#233;mancipatrice, gratuite, non discriminatoire et libre de toute ing&#233;rence des &#233;lites &#233;conomiques. Nous voulions planter les assises d'un projet de soci&#233;t&#233; plus juste, &#233;galitaire, solidaire, inclusif, &#233;coresponsable et respectueux de chaque citoyenne et de chaque citoyen, pour nous et les g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gr&#232;ve, elle a &#233;t&#233; ponctu&#233;e par des rencontres fabuleuses et significatives qui m'ont permis de traverser tout ce que cette p&#233;riode a pu avoir d'&#233;prouvant sans perdre trop de plumes ; par des moments de r&#233;flexion collective n&#233;cessaires et enthousiasmants ; par des d&#233;monstrations de solidarit&#233; &#233;mouvantes et &#233;nergisantes ; par des projets artistiques &#233;clat&#233;s et rassembleurs ainsi que par des actions de protestation, des plus ludiques aux plus loufoques en passant par les plus muscl&#233;es, qui &#224; mes yeux nous ont permis d'incarner pleinement le politique et la citoyennet&#233;. Mais elle a &#233;galement &#233;t&#233; marqu&#233;e par les charges polici&#232;res, les sourici&#232;res, les coups de matraque, le go&#251;t du poivre de Cayenne, la br&#251;lure des gaz lacrymog&#232;nes, l'impact des balles de plastique, l'explosion des grenades assourdissantes. Brutalit&#233;. R&#233;pression. Violence. Pour l'ensemble de l'ann&#233;e 2012 sur tout le territoire du Qu&#233;bec, on compte 3636 arrestations de masse et abusives en lien avec les nombreuses manifestations de notre mouvement de contestation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ligue des droits et libert&#233;s, &#171; Manifestations et r&#233;pression &#187;, juin 2015, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes illusions sur la politique, les m&#233;dias et le syst&#232;me judiciaire ont vol&#233; en &#233;clats, comme pour plusieurs de mes camarades qui estiment avoir perdu une partie de leur innocence et de leur na&#239;vet&#233; dans la m&#234;l&#233;e, pour le meilleur et pour le pire. On nous a ouvert les yeux &#224; la dure, mais maintenant, on a vu neiger et, comme disait Salisse le p&#234;cheur dans &lt;em&gt;Le fou de l'&#238;le&lt;/em&gt; de F&#233;lix Leclerc : &#171; &lt;em&gt;Moi, dor&#233;navant, quand je mangerai de la vase, ce sera volontairement. Et on ne me fera plus prendre de la boue pour de la cr&#232;me. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ressenti tout l'&#233;ventail des &#233;motions humaines, des plus belles aux plus laides, parce que la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012 a &#233;t&#233; pour moi aussi extraordinaire que traumatisante. Elle a forg&#233; l'homme que je suis aujourd'hui, parce que pendant huit mois j'ai lutt&#233; de toutes mes forces pour mes convictions et tent&#233; de les incarner, me donnant corps et &#226;me dans l'exercice de ce que j'estimais &#234;tre une d&#233;mocratie plus directe et plus proche de son essence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fleuve de la m&#233;moire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les beaux souvenirs sont faciles &#224; faire remonter &#224; la surface. Je me souviens me rendre &#224; l'&#233;glise de la rue Masson &#224; 20 h tapantes un soir de mai, un carr&#233; rouge &#233;pingl&#233; sur le c&#339;ur. Je me souviens marcher en tapant sur une casserole avec une cuill&#232;re de bois, &#224; l'unisson avec mes voisins et mes voisines. Au-dessus de nos t&#234;tes s'&#233;tendait un ciel aussi survolt&#233; que nous, &#233;clairs et tonnerre en prime. Je me souviens savourer la beaut&#233; impressionnante de l'orage, comme s'il voulait se joindre au concert de nos casseroles, et accueillir sans m'arr&#234;ter une pluie diluvienne. Je me souviens danser sous la pluie au son du rire des enfants en continuant de frapper sur ma casserole tout en hurlant &#224; pleins poumons &#171; La loi sp&#233;ciale, on s'en c&#226;lisse ! &#187; en ch&#339;ur avec les gens de mon quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pires souvenirs ne sont pas loin non plus. Je me souviens de l'&#233;meute de Victoriaville et du sentiment profond que le Qu&#233;bec avait sombr&#233; dans le chaos, la brutalit&#233; polici&#232;re ayant atteint ce jour-l&#224; des degr&#233;s que je ne pensais pas possibles. Je me demanderai toujours pourquoi les &#171; forces de l'ordre &#187; ont utilis&#233; une force suffisante pour tuer ou rendre parapl&#233;gique contre la jeunesse qu&#233;b&#233;coise, perforant l'&#339;il de l'un et cassant la m&#226;choire de l'une de nos camarades ; pourquoi ses agents frappaient des personnes d&#233;j&#224; &#224; terre ; pourquoi ils tenaient des propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes et tellement charg&#233;s de m&#233;pris &#224; notre endroit ; pourquoi ils serraient tellement leurs tie-wrap que plusieurs d'entre nous ont subi des blessures aux poignets et aux chevilles ; pourquoi ils arr&#234;taient des gens pour des motifs aussi loufoques et fallacieux que le port de patins &#224; roulettes. Tout &#231;a pour &#171; prot&#233;ger &#187; le Congr&#232;s g&#233;n&#233;ral du Parti lib&#233;ral d'une manifestation &#233;tudiante ? Je me souviens de la peur sourde qui m'habitait, la peur de finir par &#234;tre tu&#233; ou que des ami&#183;es ou des camarades le soient. Je me souviens des h&#233;licopt&#232;res qui poussaient les gaz lacrymog&#232;nes vers nous, nous br&#251;lant atrocement les yeux et les voies respiratoires. Je me souviens que l'anti&#233;meute n'a jamais d&#233;clar&#233; la manifestation ill&#233;gale, donn&#233; d'avertissement ou demand&#233; notre dispersion avant de nous rentrer dedans. Je me souviens des barrages policiers qui attendaient nos autobus au retour &#224; Montr&#233;al et auxquels le n&#244;tre a heureusement &#233;chapp&#233;. Je me revois pleurer en tremblant dans l'appartement de ma cousine quelques jours plus tard, visionnant les images de l'&#233;meute prises par son copain, choqu&#233; par le contraste irr&#233;el du d&#233;but bon enfant de la manifestation et de sa fin aux airs de guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les b&#234;tes f&#233;roces de l'espoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, je suis fier d'avoir particip&#233; &#224; la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012. Une gr&#232;ve qui, j'esp&#232;re, &#224; d&#233;faut d'avoir combl&#233; tous nos espoirs, a tout de m&#234;me r&#233;ussi &#224; semer des graines afin de pr&#233;parer les luttes actuelles et futures. Pour plusieurs d'entre nous, elle a constitu&#233; l'&#233;veil d'une conscience sociale, d'une pens&#233;e critique et d'un engagement citoyen qui ont continu&#233; &#224; se d&#233;velopper et &#224; s'incarner apr&#232;s la gr&#232;ve, au-del&#224; de ses r&#233;ussites et de ses &#233;checs, pavant la route que nous suivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai une pens&#233;e pour tous ceux et toutes celles qui ont port&#233; cette gr&#232;ve &#224; bout de bras, avec qui j'ai lutt&#233; c&#244;te &#224; c&#244;te et agi pour un avenir meilleur. Ceux et celles qui l'ont pr&#233;par&#233;e pendant deux ans. Les Black Blocs anonymes qui ont fait office de boucliers humains sur les premi&#232;res lignes ainsi que les soignants et soignantes volontaires pendant les manifestations les plus houleuses. Mes coll&#232;gues ex&#233;cutants et ex&#233;cutantes des diverses associations &#233;tudiantes. Les militants et militantes de tout acabit et de tous les horizons, et particuli&#232;rement ceux et celles qui ont milit&#233; dans des villes leur &#233;tant hostiles. Les profs contre la hausse. Les M&#232;res solidaires et en col&#232;re. Les T&#234;tes blanches, carr&#233;s rouges. Tous les groupes de la soci&#233;t&#233; qui nous ont soutenu&#183;es d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mille milliards de mille mercis. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ligue des droits et libert&#233;s, &#171; Manifestations et r&#233;pression &#187;, juin 2015, p. 6. En ligne : &lt;a href=&#034;https://liguedesdroits.ca/manifestations-et-repressions-points-saillants-du-bilan-sur-le-droit-de-manifester-au-quebec/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://liguedesdroits.ca/manifestations-et-repressions-points-saillants-du-bilan-sur-le-droit-de-manifester-au-quebec/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Gr&#232;ve en r&#233;gion. Faire bloc</title>
		<link>https://www.ababord.org/Greve-en-region-Faire-bloc</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cl&#233;mence Harvey</dc:creator>


		<dc:subject>Harvey, Cl&#233;mence</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Politique municipale et r&#233;gionale</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Celles et ceux qui, comme Cl&#233;mence Harvey et moi, ont fait la gr&#232;ve en r&#233;gion se souviendront de la r&#233;flexion entourant le poids de nos petites associations dans le mouvement. Retour sur la gr&#232;ve &#224; l'est de Rimouski et sur les formes de politisation qu'elle a g&#233;n&#233;r&#233;es. Propos recueillis par Miriam Hatabi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Matane, en 2012, les manifestations &#233;tudiantes ne perturbent pas la circulation. Dans les petites communaut&#233;s, mobiliser des gens pour prendre la rue repr&#233;sente tout un d&#233;fi, rappelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-2012-an-dix-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : 2012, an dix&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Harvey-Clemence-+" rel="tag"&gt;Harvey, Cl&#233;mence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-municipale-+" rel="tag"&gt;Politique municipale et r&#233;gionale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/iyiuy.png?1692149372' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;539&#034; height=&#034;374&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Celles et ceux qui, comme Cl&#233;mence Harvey et moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2012, Cl&#233;mence Harvey &#233;tait membre du comit&#233; ex&#233;cutif de l'association (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont fait la gr&#232;ve en r&#233;gion se souviendront de la r&#233;flexion entourant le poids de nos petites associations dans le mouvement. Retour sur la gr&#232;ve &#224; l'est de Rimouski et sur les formes de politisation qu'elle a g&#233;n&#233;r&#233;es. Propos recueillis par Miriam Hatabi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; Matane, en 2012, les manifestations &#233;tudiantes ne perturbent pas la circulation. Dans les petites communaut&#233;s, mobiliser des gens pour prendre la rue repr&#233;sente tout un d&#233;fi, rappelle Cl&#233;mence : &#171; &lt;em&gt;Quand t'es quarante &#224; manifester, t'as juste l'impression d'&#234;tre une petite gang d'ami&#183;es &#224; marcher dans la rue, et t'as le sentiment que les gens ne te prennent pas au s&#233;rieux. Pis &#224; quarante, on d&#233;range pas grand-monde.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifester en petits nombres, c'est aussi &#234;tre bien plus visibles. Quand il est impossible de se fondre &#224; la masse, revendiquer la gratuit&#233; scolaire exige d'accepter d'&#234;tre &#233;tiquett&#233;&#183;e par sa communaut&#233; &#8211; ami&#183;es, famille, employeur, prof de conduite, alouette &#8211;, avec tout ce que cela implique. Dans ce contexte tendu, Cl&#233;mence se souvient que certain&#183;es h&#233;sitaient &#224; de s'afficher. En fin de compte, &#171; &lt;em&gt;manifester dans les rues de Matane, on l'a fait, mais pas souvent &lt;/em&gt; &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Former un bloc r&#233;gional&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces difficult&#233;s, d'autres strat&#233;gies de mobilisation sont privil&#233;gi&#233;es pour &#233;viter un essoufflement du mouvement dans le Bas-Saint-Laurent et en Gasp&#233;sie. &#192; de nombreuses reprises, la ligne de piquetage du c&#233;gep d'Amqui re&#231;oit la visite de membres des ex&#233;cutifs des associations &#233;tudiantes du c&#233;gep de Rimouski et de Matane, avec qui on tissait des liens et on s'informait des strat&#233;gies &#224; employer pour cultiver l'&#233;nergie militante. C'est d'ailleurs ce que faisaient Cl&#233;mence et d'autres organisateur&#183;trices, qui prenaient r&#233;guli&#232;rement la route vers les piquets de gr&#232;ve des autres c&#233;geps &#171; &lt;em&gt;pour motiver les troupes&lt;/em&gt; &#187;, dit-elle. Moralement, le mouvement de gr&#232;ve en est venu &#224; reposer en partie sur cette solidarit&#233; intercoll&#233;giale. &#171; &lt;em&gt;Un des membres de l'association du c&#233;gep de Rimouski m'a d&#233;j&#224; dit&lt;/em&gt; &#8220; le piquet de gr&#232;ve &#224; Matane, il est important, &#231;a motive les gens de Rimouski et d'ailleurs &#8221;. &lt;em&gt;Le fait de savoir que ce qu'on faisait contribuait &#224; motiver des gens d'ailleurs, &#231;a montrait qu'on n'&#233;tait pas d&#233;phas&#233;&#183;es et qu'on contribuait bien &#224; quelque chose de plus grand.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des communications sont entretenues entre les associations des c&#233;geps de la r&#233;gion et de l'UQAR pour &#233;changer sur l'action collective et la coordonner. Les mobilisations se sont unies &#224; travers l'action concert&#233;e. &#171; &lt;em&gt;On voulait &#234;tre solidaires entre c&#233;geps de r&#233;gion, se tenir au courant de nos modes d'action et &#233;changer sur nos revendications. Apr&#232;s chaque assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, on se donnait un coup de fil. C'est en se parlant qu'on est devenu un bloc qui se soutenait. &lt;/em&gt; &#187; C'est ainsi que le mouvement &#233;tudiant bas-laurentien et gasp&#233;sien est parvenu &#224; coordonner des mobilisations locales, comme le blocage des bureaux du minist&#232;re de l'&#201;ducation &#224; Rimouski dans la semaine du 29 mars, tenu par des &#233;tudiant&#183;es de Rimouski avec l'aide d'&#233;tudiant&#183;es d'Amqui et d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de mobilisation &#233;tait toutefois co&#251;teuse en &#233;nergie et en argent, les &#233;tudiant&#183;es devant disposer de voitures ou de fonds suffisants pour louer un autobus, faire quelques heures de route, en plus d'assurer le maintien de la ligne de piquetage pendant ce temps. Les grands nombres de manifestant&#183;es &#233;tant aussi plus difficiles &#224; atteindre, on en est rapidement venu &#224; comprendre que le poids du mouvement en r&#233;gion se situait dans le renouvellement des mandats de gr&#232;ve. &#171; &lt;em&gt;On savait que tant et aussi longtemps qu'on avait notre mandat de gr&#232;ve, on avait un impact. Aussit&#244;t qu'on le perdait, on avait beau manifester, on n'avait plus d'impact tangible. C'&#233;tait notre mani&#232;re de contribuer au mouvement avec un M majuscule, et de s'afficher contre la hausse, pour la gratuit&#233;. &lt;/em&gt; &#187; Bien qu'informelle, l'alliance entre les c&#233;geps s'est av&#233;r&#233;e importante en ce sens : &#171; &lt;em&gt;On voulait cr&#233;er un bloc de c&#233;geps en gr&#232;ve en r&#233;gion. Le plan, c'&#233;tait que Matane, Rimouski, Amqui, Gasp&#233; soient un gros piquet de gr&#232;ve, un blocage&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Se mobiliser de loin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fort&#183;es de cette solidarit&#233;, les &#233;tudiant&#183;es que nous &#233;tions ont tent&#233; de nourrir une culture militante dans un milieu o&#249; la mobilisation est souvent plus difficile. &#199;a nous a politis&#233;&#183;es, &#233;videmment. D'ailleurs, pour Cl&#233;mence, qui est aujourd'hui travailleuse sociale dans un Centre d'aide et de lutte contre les agressions &#224; caract&#232;re sexuel (CALACS), l'influence de la gr&#232;ve ne fait aucun doute : &#171; &lt;em&gt;c'est 2012 qui a cr&#233;&#233; un chemin pour moi et qui m'a donn&#233; envie de travailler dans le communautaire&lt;/em&gt; &#187;. Au-del&#224; de tout ce qui touche &#224; l'organisation militante, pour Cl&#233;mence et pour moi comme pour bien d'autres, la gr&#232;ve a &#233;t&#233; la prise de conscience brutale des rapports de pouvoir et des enjeux de classes qui structurent notre soci&#233;t&#233;, l'exp&#233;rience violente du r&#244;le r&#233;pressif de la police, la d&#233;sillusion devant l'imperturbabilit&#233; des logiques n&#233;olib&#233;rales dans le discours dominant et chez la classe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, la distance des grands centres a jou&#233; un r&#244;le important dans la forme que cette politisation a prise. D'embl&#233;e, une part de l'opposition &#224; la hausse s'articulait autour de cette distance : pour la majorit&#233;, aller &#224; l'universit&#233; &#8211; comme au c&#233;gep &#8211; rimant avec d&#233;m&#233;nager, tous les co&#251;ts que cela repr&#233;sente s'additionnent &#224; la hausse envisag&#233;e et accroissent l'inaccessibilit&#233; des &#233;tudes sup&#233;rieures. Ensuite, le fait m&#234;me de se mobiliser d&#233;pendait de la capacit&#233; mat&#233;rielle &#224; se r&#233;unir et &#224; se d&#233;placer, ce que l'adoption de la loi sp&#233;ciale 78 a grandement compliqu&#233;, notamment en rendant les entreprises de location d'autobus bien frileuses &#224; l'id&#233;e de transporter des &#233;tudiant&#183;es vers les grandes manifestations. Une part des revendications les plus concr&#232;tes, tout comme les modes de mobilisation, ont &#233;t&#233; forg&#233;es par la distance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un d&#233;cloisonnement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, la col&#232;re et l'indignation partag&#233;es par les &#233;tudiant&#183;es de part et d'autre de la province ont contribu&#233; &#224; un d&#233;cloisonnement pour ces militant&#183;es de r&#233;gion. En 2012, on a senti une ouverture des horizons &#8211; pas au sens d'une multiplication des possibles, vu l'&#233;chec sur lequel s'est sold&#233; la gr&#232;ve, mais plut&#244;t au sens litt&#233;ral d'&#233;largissement de l'espace au sein duquel on se sent l&#233;gitime d'agir politiquement. Dans ces milieux &#233;loign&#233;s, il est facile de se sentir peu ou m&#234;me pas concern&#233;&#183;es du tout par les &#171; grands d&#233;bats de soci&#233;t&#233; &#187;, et ceux-ci sont parfois balay&#233;s du revers de la main comme des &#171; affaires de la ville &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail d'&#233;ducation, de communication et de ralliement men&#233; par les militant&#183;es &#233;tudiant&#183;es locaux a &#233;t&#233; le levain de cette politisation qui n'&#233;tait pas donn&#233;e d'avance ; il a permis au mouvement de percer une br&#232;che dans l'imaginaire de certain&#183;es &#233;tudiant&#183;es du coin, dans le mien et celui de mes camarades, du moins. Souvent pour une premi&#232;re fois, on se voyait appartenir &#224; un corps politique, on se reconnaissait dans l'autre et on se sentait concern&#233;&#183;es par des d&#233;bats et des discussions qui d&#233;bordaient des limites des villes. Plus encore, souvent pour une premi&#232;re fois et de mani&#232;re durable, 2012 a &#233;t&#233; un moment de subjectivation politique, de reconnaissance de soi comme un&#183;e acteur&#183;trice politique &#224; part enti&#232;re. La r&#233;flexion strat&#233;gique d&#233;bouchant sur la priorisation du renouvellement des mandats de gr&#232;ve et la formation du bloc r&#233;gional entre les c&#233;geps et l'UQAR repose, &#224; mon avis, sur cette forme toute particuli&#232;re de politisation qui a &#233;t&#233; la n&#244;tre en 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2012, Cl&#233;mence Harvey &#233;tait membre du comit&#233; ex&#233;cutif de l'association &#233;tudiante du c&#233;gep de Matane. C'est justement en 2012 que nous nous sommes rencontr&#233;es, alors que j'&#233;tais impliqu&#233;e dans l'organisation de la gr&#232;ve au c&#233;gep d'Amqui, &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres au sud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Elisabeth Doyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alma. Comment le conflit &#233;tudiant s'est judiciaris&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Alma-Comment-le-conflit-etudiant-s-est-judiciarise</link>
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		<dc:date>2023-08-16T01:04:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Steeve Simard</dc:creator>


		<dc:subject>Simard, Steeve</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La toute premi&#232;re injonction du conflit &#233;tudiant a frapp&#233; le coll&#232;ge d'Alma. En m&#233;moire de ces &#233;v&#233;nements particuliers, voici un t&#233;moignage sommaire accompagn&#233; de quelques r&#233;flexions. &lt;br class='autobr' /&gt; Premier vote, d&#233;but des hostilit&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la mi-f&#233;vrier, on voit les premi&#232;res assos au Qu&#233;bec voter en faveur de la gr&#232;ve. Apr&#232;s celui de Saint-F&#233;licien, le coll&#232;ge d'Alma est le deuxi&#232;me &#233;tablissement de la r&#233;gion &#224; se prononcer. &#192; ce moment, le coll&#232;ge compte 1118 &#233;tudiant&#183;es inscrit&#183;es dans plusieurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-2012-an-dix-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : 2012, an dix&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Simard-Steeve-+" rel="tag"&gt;Simard, Steeve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/123123-8.png?1692147807' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;427&#034; height=&#034;311&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La toute premi&#232;re injonction du conflit &#233;tudiant a frapp&#233; le coll&#232;ge d'Alma. En m&#233;moire de ces &#233;v&#233;nements particuliers, voici un t&#233;moignage sommaire accompagn&#233; de quelques r&#233;flexions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier vote, d&#233;but des hostilit&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Vers la mi-f&#233;vrier, on voit les premi&#232;res assos au Qu&#233;bec voter en faveur de la gr&#232;ve. Apr&#232;s celui de Saint-F&#233;licien, le coll&#232;ge d'Alma est le deuxi&#232;me &#233;tablissement de la r&#233;gion &#224; se prononcer. &#192; ce moment, le coll&#232;ge compte 1118 &#233;tudiant&#183;es inscrit&#183;es dans plusieurs programmes, comme ceux de technique polici&#232;re, musique, soins, art, sciences&#8230; Le 27 f&#233;vrier, Alma a le r&#233;sultat de son premier vote de gr&#232;ve, tenu sur trois jours : 975 votes (un taux de participation de 87 %), 474 pour (48,6 %), 480 contre (49,2 %) et 21 abstentions (2,2 %). Le vote contre ne gagne que par six voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens entendre les &#233;tudiant&#183;es dans les corridors discuter passionn&#233;ment avec leurs coll&#232;gues de l'ill&#233;gitimit&#233; d'un autre vote de gr&#232;ve. Certaines des critiques formul&#233;es par le camp du contre serviront d'arguments afin de miner la cr&#233;dibilit&#233; des votes de gr&#232;ve suivants. On disait, par exemple, qu'il n'y avait que des personnes pour la gr&#232;ve qui tenaient les bureaux de vote, que m&#234;me si le vote s'&#233;tait tenu sur trois jours, certaines personnes en stage n'avaient pas pu voter, que l'isoloir n'&#233;tait pas ad&#233;quat ou encore que la question ne figurait pas sur les bulletins de vote. La source de ces critiques &#233;tait la crainte d'entrer en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me vote, d&#233;but d'une proc&#233;durite aig&#252;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 7 mars, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale sp&#233;ciale a lieu dans le gymnase du coll&#232;ge. Quatre personnes diff&#233;rentes vont se succ&#233;der &#224; la pr&#233;sidence de l'assembl&#233;e : deux enseignants, un professionnel et un ancien &#233;tudiant du coll&#232;ge. Le premier d&#233;cide de quitter la salle lorsqu'il constate le climat de tension, le deuxi&#232;me est tass&#233; parce qu'il manque de connaissances sur les proc&#233;dures, le troisi&#232;me doit partir pour aller &#224; un rendez-vous et le dernier parvient &#224; terminer la r&#233;union. Celle-ci dure quatre heures, bien qu'elle ait comme unique point &#224; l'ordre du jour le vote de gr&#232;ve. &#192; la suite d'&#233;changes &#233;motifs et apr&#232;s une proposition d'un vote secret sur un sous-amendement, il est convenu que l'asso tienne un deuxi&#232;me vote de gr&#232;ve &#224; partir de la fin de l'assembl&#233;e jusqu'au vendredi 9 mars &#224; 20 h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette AG sp&#233;ciale, le camp du contre fait circuler une p&#233;tition qui obtiendra 104 signatures. Elle demande de ne pas ouvrir les bo&#238;tes de scrutin et de convoquer une nouvelle AG sp&#233;ciale. Le camp du contre affirme que l'AG du 7 mars &#233;tait ill&#233;gitime puisqu'on n'avait pas fait signer les feuilles de pr&#233;sence pour constater le quorum, comme pr&#233;vu par les statuts et r&#232;glements. L'A&#201;CA n'a pas fait signer ces feuilles, mais a v&#233;rifi&#233; le quorum en tenant une liste et en v&#233;rifiant les cartes &#233;tudiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 mars, les r&#233;sultats du deuxi&#232;me vote de gr&#232;ve sont d&#233;voil&#233;s : 876 votes (un taux de participation de 78,4 %), 453 pour (51,7 %), 408 contre (46,5 %) et 15 abstentions (1,7 %). Les r&#233;sultats tombent en m&#234;me temps que la mi-session, ce qui va donner le temps aux deux camps de s'organiser. C'est &#224; ce moment qu'un ancien r&#232;glement de l'A&#201;CA refait surface&#8230; Ce r&#232;glement avait &#233;t&#233; vot&#233; en 2004 par un ex&#233;cutif plus r&#233;fractaire aux gr&#232;ves. On d&#233;couvre que ce r&#232;glement, bien que discutable, est toujours en vigueur. Il s'agit de l'article 3.1h des statuts et r&#232;glements de l'A&#201;CA, qui stipule qu'en cas de victoire d'un vote de gr&#232;ve, 50 % des gens ayant vot&#233; en faveur de la gr&#232;ve doivent &#234;tre pr&#233;sents sur les lignes de piquetage. De plus, le quorum doit &#234;tre v&#233;rifi&#233; deux fois par jour, le matin et l'apr&#232;s-midi. Sans cela, la gr&#232;ve n'est plus valable et les cours doivent reprendre le lendemain matin. Concr&#232;tement, cela signifie qu'au moins 227 personnes doivent &#234;tre pr&#233;sentes le matin et l'apr&#232;s-midi sur les piquets de gr&#232;ve. Apr&#232;s la mi-session, le piquetage a lieu, la participation est forte et le quorum est constat&#233; &#224; 11 h 59 et &#224; 12 h &#1632;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale a lieu le 20 mars pour abolir le r&#232;glement 3.1 h. Pour ce faire, il faut un vote aux 2/3 en faveur de son abolition. Sur les 359 personnes votantes, 236 soutiennent l'abolition, soit 65,7 % du total. Le r&#232;glement devra demeurer en vigueur pour toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me vote, d&#233;but de la fin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme il &#233;tait devenu difficile pour l'asso d'obtenir un local au coll&#232;ge pour tenir ses assembl&#233;es, le p&#232;re d'un &#233;tudiant, un agent de pastorale sympathisant &#224; la cause, propose &#224; l'ex&#233;cutif de mener gratuitement la troisi&#232;me assembl&#233;e de gr&#232;ve &#224; l'&#233;glise Saint-Pierre. Le 23 mars, l'assembl&#233;e se d&#233;roule cordialement. La gr&#232;ve est reconduite pour une semaine avec un vote &#224; main lev&#233;e. Sur 441 votes (un taux de participation de 39,4 %), 327 pour (74,1 %), 65 contre (14,7 %) et 49 abstentions (11,1 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ces r&#233;sultats, une mise en demeure est envoy&#233;e par un cabinet d'avocats, &#233;non&#231;ant que, consid&#233;rant le r&#232;glement 3.1h et puisque le quorum n'a pas &#233;t&#233; atteint les 19 et 20 mars, la gr&#232;ve n'est plus valide et les cours doivent reprendre. Le comit&#233; l&#233;gal de la CLASSE donnera en partie raison &#224; la mise en demeure et proposera d'annuler la prochaine AG de reconduction de gr&#232;ve afin d'en tenir une autre, lors de laquelle sera propos&#233;e la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e (GGI).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Injonction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e pour voter la GGI devait avoir lieu le 30 mars &#224; l'&#233;glise Saint-Pierre. Mais le matin m&#234;me, une injonction est prononc&#233;e par le juge Jean Lemelin, de la Cour sup&#233;rieure. L'AG est annul&#233;e &lt;em&gt;in extremis&lt;/em&gt;. L'injonction provisoire, valide jusqu'au 10 avril, ordonne la lev&#233;e des lignes de piquetage et oblige le coll&#232;ge d'Alma &#224; tout mettre en &#339;uvre pour la reprise des cours. C'est la premi&#232;re injonction au Qu&#233;bec du conflit &#233;tudiant de 2012. Le soir m&#234;me et pour toute la fin de semaine, le congr&#232;s de la CLASSE a lieu &#224; Alma. Du monde de partout dans la province discute et r&#233;fl&#233;chit de la suite des &#233;v&#233;nements. Dans ce tumulte, un climat d'indignation et de m&#233;fiance flotte &#224; l'&#233;gard des pouvoirs officiels impliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 2 avril, les cours devaient reprendre normalement, mais une centaine d'&#233;tudiant&#183;es se mobilisent t&#244;t le matin pour mettre des tables et des chaises dans le couloir afin que les cours ne se donnent pas. La direction annule les cours pour cette journ&#233;e. Dans les m&#233;dias locaux, on parle de vandalisme et de saccage. Or, en discutant avec le personnel d'entretien, je confirme qu'aucun bien n'a &#233;t&#233; endommag&#233;. Le mobilier a seulement &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 avril, il y a des agent&#183;es de Garda &#224; toutes les portes d'entr&#233;e. Ils et elles ne laissent pas entrer les &#233;tudiant&#183;es qui portent un carr&#233; rouge et demandent syst&#233;matiquement &#224; celles et ceux qui forment un attroupement de trois personnes et plus de se s&#233;parer. M&#234;me si les cours ont repris, les &#233;tudiant&#183;es en faveur de la gr&#232;ve manquent leurs cours, par respect pour le vote de gr&#232;ve qu'ils et elles estiment toujours valide, ou parce que le climat est tendu et n'est pas propice &#224; l'apprentissage. Une marche de protestation a lieu dans les murs du coll&#232;ge et on voit apparaitre le mouvement des carr&#233;s blancs, qui souhaite la paix en ces temps troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mes cours, la moiti&#233; des &#233;tudiant&#183;es ne se pr&#233;sente pas et l'autre moiti&#233; ne semble pas enthousiaste &#224; recevoir un cours de philo. Dans deux de mes groupes, les &#233;tudiant&#183;es pr&#233;sent&#183;es me demandent si on est oblig&#233; d'avoir un cours. Je leur r&#233;ponds que je donnerai le cours m&#234;me s'il n'y a qu'une seule personne pr&#233;sente. &#192; tout coup, ils et elles se sont alors lev&#233;&#183;es et sont parti&#183;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette situation parait contradictoire et ironique venant d'&#233;tudiant&#183;es ayant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 6 avril, une nouvelle AG a lieu &#224; l'&#233;glise Saint-Pierre pour voter une GGI. Les &#233;tudiant&#183;es votent contre &#224; 52,1 %, ce qui met fin &#224; la saga de la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012 &#224; Alma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'autres &#233;v&#233;nements et anecdotes m&#233;riteraient d'&#234;tre racont&#233;s en d&#233;tail, comme les multiples manifs, les actions spontan&#233;es, les piquetages, les gr&#232;ves de la faim, les arrestations, les convocations au bureau de la direction ainsi que les mani&#232;res de s'organiser des &#233;tudiant&#183;es des deux camps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le r&#232;glement 3.1h n'existe plus. Ce qu'il reste de 2012 ? Un vague souvenir et un pr&#233;c&#233;dent judiciaire. Ce que j'en retiens ? C'est que le &#171; cours normal des choses &#187; ne se gagne pas &#224; coup d'injonctions ou de proc&#233;durite, et que r&#233;primer des gens qui sont convaincus de faire quelque chose de juste a comme cons&#233;quence de les radicaliser et de miner leur confiance envers les diverses autorit&#233;s morales et l&#233;gales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette situation parait contradictoire et ironique venant d'&#233;tudiant&#183;es ayant majoritairement vot&#233; contre la gr&#232;ve. Il est important de comprendre que ce geste ne se fait pas par solidarit&#233; envers les &#233;tudiant&#183;es absent&#183;es. Une des raisons que je peux donner pour expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne est que parmi ces &#233;tudiant&#183;es, la plupart &#233;taient inscrit&#183;es dans des programmes techniques. Ils et elles ont vot&#233; contre la gr&#232;ve pour ne pas retarder leurs stages, leur diplomation et leur entr&#233;e sur le milieu de travail. Les cours de formation g&#233;n&#233;rale tels que le cours de philosophie sont mixtes, c'est pourquoi la moiti&#233; de la classe manquait. Devant une classe &#224; moiti&#233; vide, les &#233;tudiant&#183;es pr&#233;sent&#183;es se sont questionn&#233;&#183;es sur la pertinence d'assister &#224; leur cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Steeve Simard est enseignant en philosophie au coll&#232;ge d'Alma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : &#201;lisabeth Doyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une gr&#232;ve f&#233;ministe ? Entrevue avec Camille Robert</title>
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		<dc:date>2023-08-16T00:57:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Miriam Hatabi, Camille Robert, Claire Ross</dc:creator>


		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Ross, Claire</dc:subject>
		<dc:subject>Hatabi, Miriam</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par Claire Ross et Miriam Hatabi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : La gr&#232;ve de 2012 a-t-elle &#233;t&#233; l'occasion d'une politisation f&#233;ministe ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Camille Robert : La gr&#232;ve a permis une politisation large des &#233;tudiantes et &#233;tudiants, mais pas suffisamment sur les enjeux f&#233;ministes. Du moins, pas au d&#233;part. Cette politisation f&#233;ministe s'est plut&#244;t faite durant la gr&#232;ve et apr&#232;s. Il y a d'abord eu une conscientisation progressive &#224; travers diff&#233;rentes exp&#233;riences de sexisme au quotidien, notamment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-2012-an-dix-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : 2012, an dix&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ross-Alexis-+" rel="tag"&gt;Ross, Claire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Hatabi-Miriam-+" rel="tag"&gt;Hatabi, Miriam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/capture_d_e_cran_le_2023-08-15_a_20.40_48.png?1692146463' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;545&#034; height=&#034;682&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Claire Ross et Miriam Hatabi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : La gr&#232;ve de 2012 a-t-elle &#233;t&#233; l'occasion d'une politisation f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille Robert :&lt;/strong&gt; La gr&#232;ve a permis une politisation large des &#233;tudiantes et &#233;tudiants, mais pas suffisamment sur les enjeux f&#233;ministes. Du moins, pas au d&#233;part. Cette politisation f&#233;ministe s'est plut&#244;t faite durant la gr&#232;ve et apr&#232;s. Il y a d'abord eu une conscientisation progressive &#224; travers diff&#233;rentes exp&#233;riences de sexisme au quotidien, notamment par rapport aux dynamiques de pouvoir et de genre et &#224; la marginalisation des enjeux f&#233;ministes dans les instances de l'ASS&#201; et des f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes. Ensuite, dans les mois suivant la gr&#232;ve, il y avait un retour critique &#224; faire sur le d&#233;roulement des mobilisations et sur les relations entre militants et militantes. Je me souviens de l'onde de choc, en 2012 et 2013, quand il y a eu des vagues de d&#233;nonciations d'agressions sexuelles ayant eu lieu pendant et apr&#232;s la gr&#232;ve. Pour moi, ces &#233;v&#233;nements ont mis de l'avant toute l'importance de s'organiser entre f&#233;ministes, notamment en non-mixit&#233;. Il y a donc eu une effervescence f&#233;ministe pendant et apr&#232;s 2012 qui a beaucoup profit&#233; du mouvement de politisation engendr&#233; par la gr&#232;ve, tout en d&#233;non&#231;ant certains aspects du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Quelle a &#233;t&#233; la place des revendications et des pratiques f&#233;ministes dans le mouvement de 2012 ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; Je ne peux pas dire que les revendications f&#233;ministes aient eu une place centrale&#8230; Il s'agissait surtout de souligner que la hausse des frais de scolarit&#233; allait affecter les femmes en particulier, puisqu'elles gagnent g&#233;n&#233;ralement des salaires moins &#233;lev&#233;s que les hommes et qu'elles sont plus pr&#233;sentes dans les programmes d'&#233;tudes traditionnellement f&#233;minins, qui d&#233;bouchent sur des emplois moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;s. Avec la Coalition Main rouge, on mettait aussi de l'avant que les femmes seraient davantage touch&#233;es par les mesures d'aust&#233;rit&#233; annonc&#233;es &#224; l'&#233;poque (hausse des tarifs d'hydro&#233;lectricit&#233;, ticket mod&#233;rateur en sant&#233;, etc.). Durant la gr&#232;ve, on d&#233;non&#231;ait aussi le sexisme dans la r&#233;pression, par exemple de la part de la police qui traitait les militantes de mani&#232;re tr&#232;s paternaliste, en passant des commentaires et en les tabassant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des associations &#233;tudiantes, il y avait certaines pratiques f&#233;ministes, comme l'alternance des tours de parole dans les instances, et une certaine volont&#233; de parit&#233; dans les comit&#233;s ex&#233;cutifs, mais c'&#233;tait assez superficiel. Au sein des comit&#233;s, les femmes occupaient souvent des postes moins int&#233;ressants et r&#233;alisaient des t&#226;ches r&#233;p&#233;titives, tandis que les hommes occupaient des r&#244;les strat&#233;giques. C'&#233;tait surtout des gars qui r&#233;fl&#233;chissaient au d&#233;roulement de la gr&#232;ve : les femmes &#233;taient exclues de ces r&#233;flexions strat&#233;giques qui se passaient souvent autour d'une bi&#232;re, entre les congr&#232;s, par affinit&#233;s amicales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup de f&#233;ministes, il y a eu une grande d&#233;ception du fait que, dans ce mouvement se disant progressiste et sensible aux valeurs f&#233;ministes, il y avait encore des pratiques sexistes. D'ailleurs, juste avant la gr&#232;ve, les membres du comit&#233; femmes de l'ASS&#201; ont d&#233;missionn&#233; en bloc en d&#233;non&#231;ant notamment leur manque d'autonomie au sein de l'organisation. Plusieurs d'entre elles ont ensuite rejoint le comit&#233; femmes GGI, qui fonctionnait &#224; travers une structure plus horizontale et sans lien avec les associations &#233;tudiantes nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, je r&#233;alise que le f&#233;minisme, dans les associations &#233;tudiantes, c'&#233;tait un peu un f&#233;minisme de fa&#231;ade. Et l'analyse concernant les personnes trans et non binaires, elle, &#233;tait compl&#232;tement absente des perspectives politiques, tout comme les questions li&#233;es au racisme ou au colonialisme, et la reconnaissance du fait que les femmes ne constituent pas un groupe homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Dirais-tu qu'il y a un renouveau f&#233;ministe, au Qu&#233;bec, qu'on peut dater de 2012 ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; Je pense que c'est venu dans les ann&#233;es qui ont suivi. Le mouvement de 2012 a &#233;t&#233; un moment de prise de conscience. Apr&#232;s, il y a eu de nombreuses initiatives, pas juste au Qu&#233;bec, avec l'apparition de blogues et l'accroissement de l'utilisation des m&#233;dias sociaux. &#199;a a co&#239;ncid&#233; avec la quatri&#232;me vague f&#233;ministe qui s'est notamment d&#233;velopp&#233;e &#224; travers des plateformes comme Facebook et Twitter, o&#249; des f&#233;ministes &#233;taient tr&#232;s actives. Comme f&#233;ministes, &#231;a devenait plus facile de s'organiser, de cr&#233;er des nouveaux liens et d'avoir acc&#232;s &#224; de nouvelles id&#233;es et de nouvelles th&#233;ories. Et beaucoup de femmes plus jeunes qui n'ont pas n&#233;cessairement particip&#233; &#224; 2012, qui &#233;taient peut-&#234;tre au secondaire, se sont politis&#233;es en voyant ce qui se passait &#224; la t&#233;l&#233; et en ayant ensuite acc&#232;s &#224; des discours et des espaces f&#233;ministes sur les m&#233;dias sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : C'est donc dire que la gr&#232;ve a politis&#233; des personnes, des femmes qui ont ensuite particip&#233; &#224; cette quatri&#232;me vague f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; C'est mon impression. On ne peut pas dire que 2012 a &#233;t&#233; une gr&#232;ve f&#233;ministe. Le livre &lt;em&gt;Les femmes changent la lutte&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Myl&#232;ne Bigaouette et Marie-Eve Surprenant (dir.), 2013, &#201;ditions Remue-m&#233;nage.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par exemple, montre bien que c'&#233;tait un moment de frustration, de constat d'oppression. Mais cette effervescence politique a aussi servi de levier pour d&#233;velopper une conscience f&#233;ministe et pour r&#233;seauter pour le militantisme f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la gr&#232;ve a aussi &#233;t&#233; un moment de partage g&#233;n&#233;rationnel entre militants et militantes. Avec la Coalition Main rouge, on &#233;tait en contact avec des gens du milieu communautaire et du mouvement syndical. C'&#233;tait des militant&#183;es qui &#233;taient parfois pass&#233;&#183;es par le mouvement &#233;tudiant, mais on se retrouvait pour lutter contre les mesures d'aust&#233;rit&#233;, pour faire des alliances, pour partager des strat&#233;gies et des revendications. Ce partage-l&#224; s'est aussi fait entre des f&#233;ministes de diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations, avec des anciennes du mouvement &#233;tudiant qui &#233;taient l&#224; en 2005 ou en 1996 et qui pouvaient partager leur exp&#233;rience avec les plus jeunes de 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Est-ce que ce regain du f&#233;minisme apr&#232;s 2012 a eu un effet sur le mouvement &#233;tudiant dans les ann&#233;es suivantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. R. :&lt;/strong&gt; &#192; court terme, la politisation et la prise de conscience f&#233;ministe a eu un impact sur diff&#233;rents collectifs qui sont apparus, comme lors des mouvements de d&#233;nonciations des agressions sexuelles qui ont commenc&#233; dans les cercles militants en 2012 et 2013. Ces mouvements ont ensuite touch&#233; la soci&#233;t&#233; plus largement et on a connu plusieurs autres vagues de d&#233;nonciation dans les ann&#233;es qui ont suivi. Peu &#224; peu, des valeurs f&#233;ministes qui &#233;taient tr&#232;s militantes et marginalis&#233;es dans les m&#233;dias sont devenues plus &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt; : &#231;a se voit dans la fa&#231;on dont les journalistes traitent aujourd'hui les questions d'agressions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est du mouvement &#233;tudiant lui-m&#234;me, on a connu un certain essoufflement apr&#232;s 2012. L'ASS&#201; a commenc&#233; &#224; d&#233;cliner et son comit&#233; femmes a connu des conflits sur les enjeux li&#233;s &#224; l'inclusion des femmes trans, notamment. Puis, il y a eu la gr&#232;ve du printemps 2015, o&#249; on a fait les m&#234;mes constats qu'en 2012 concernant la marginalisation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par apr&#232;s, en 2019, il y a eu la gr&#232;ve pour la r&#233;mun&#233;ration des stages, structur&#233;e autour des Comit&#233;s unitaires sur le travail &#233;tudiant (CUTE). Les CUTE menaient une gr&#232;ve fondamentalement f&#233;ministe, qui int&#233;grait les id&#233;es f&#233;ministes dans ses revendications et dans ses pratiques de gr&#232;ve. &#192; partir des apprentissages et des d&#233;ceptions des mouvements pr&#233;c&#233;dents, les CUTE ont montr&#233; comment c'est possible de faire les choses autrement. C'&#233;tait une gr&#232;ve qui portait directement sur la d&#233;valorisation du travail des femmes, le travail de reproduction sociale. On dit que le travail des femmes est d&#233;valoris&#233; au foyer, il l'est aussi dans les milieux d'&#233;tudes traditionnellement f&#233;minins : d&#233;valoris&#233; lors des stages non pay&#233;s et encore une fois lorsque ces &#233;tudiantes obtiennent un emploi &#224; titre de travailleuse sociale ou d'infirmi&#232;re, par exemple. Plut&#244;t que d'essayer d'int&#233;grer une dimension f&#233;ministe &#224; une cause d'abord pens&#233;e sans trop tenir compte des femmes, la gr&#232;ve des CUTE est partie des enjeux f&#233;ministes et les a politis&#233;s. Ce faisant, elle a permis de mobiliser des d'&#233;tudiant&#183;es de certains programmes d'&#233;tudes traditionnellement oppos&#233;s &#224; la gr&#232;ve, des programmes souvent plus f&#233;minins o&#249; il y a des stages &#224; faire et o&#249; les &#233;tudiant&#183;es craignent donc particuli&#232;rement d'&#234;tre p&#233;nalis&#233;&#183;es par une gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CUTE ont aussi renouvel&#233; les mani&#232;res de faire au sein du mouvement &#233;tudiant. Auparavant, le mouvement &#233;tait beaucoup calqu&#233; sur les structures syndicales, quoique le printemps 2015 &#233;tait d&#233;j&#224; venu un peu brasser &#231;a. Avec les CUTE, le fonctionnement &#233;tait d&#233;centralis&#233; et il n'y avait pas de porte-parole fixe, contrairement &#224; l'ASS&#201;, la CLASSE et les f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes. Il y avait une rotation dans les portes-parole et dans les t&#226;ches &#224; effectuer pour &#233;viter qu'il se cr&#233;e des sp&#233;cialisations, selon l'id&#233;e que les militant&#183;es pouvaient apprendre &#224; faire diff&#233;rentes choses et qu'on pouvait donner la chance &#224; tout le monde de se former. Les militantes des CUTE ont port&#233; une r&#233;flexion essentielle et complexe, mais aussi tr&#232;s accessible, ce qui a men&#233; les revendications f&#233;ministes encore plus loin qu'en 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Myl&#232;ne Bigaouette et Marie-Eve Surprenant (dir.), 2013, &#201;ditions Remue-m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Camille Robert est doctorante en histoire &#224; l'UQAM et militante de la CLASSE en 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Elisabeth Doyon. Les nuages de mots sont produits par des analyses de fr&#233;quence de mots, effectu&#233;es sur un corpus de 6 276 articles concernant la gr&#232;ve de 2012 et parus dans des journaux &#224; grand tirage. Le corpus est segment&#233; par mois, de f&#233;vrier &#224; septembre. Dans ces nuages, la taille du mot correspond &#224; sa fr&#233;quence d'apparition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>C'&#233;tait don beau</title>
		<link>https://www.ababord.org/C-etait-don-beau</link>
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		<dc:date>2023-08-16T00:13:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Ross</dc:creator>


		<dc:subject>Ross, Claire</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comme toutes les comm&#233;morations, celle qui est en cours ces jours-ci risque fort de servir une certaine forme d'oubli : de tout ce qu'il y a eu d'exigeant, de conflictuel dans la gr&#232;ve d'il y a dix ans &#8211; et qui demeure actuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah ! 2012 ! C'&#233;tait don beau, la jeunesse engag&#233;e, les manifestations, la victoire ! &#187; Des banalit&#233;s du genre sont vou&#233;es &#224; r&#233;sonner un peu partout &#224; l'occasion du dixi&#232;me anniversaire de la gr&#232;ve. C'est qu'il peut &#234;tre tentant, quand on se ressouvient de la gr&#232;ve (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/87676.png?1692144716' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;455&#034; height=&#034;404&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme toutes les comm&#233;morations, celle qui est en cours ces jours-ci risque fort de servir une certaine forme d'oubli : de tout ce qu'il y a eu d'exigeant, de conflictuel dans la gr&#232;ve d'il y a dix ans &#8211; et qui demeure actuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Ah ! 2012 ! C'&#233;tait don beau, la jeunesse engag&#233;e, les manifestations, la victoire ! &lt;/em&gt; &#187; Des banalit&#233;s du genre sont vou&#233;es &#224; r&#233;sonner un peu partout &#224; l'occasion du dixi&#232;me anniversaire de la gr&#232;ve. C'est qu'il peut &#234;tre tentant, quand on se ressouvient de la gr&#232;ve de 2012, d'en faire un &#233;v&#233;nement essentiellement positif, festif, une mobilisation triomphale parce qu'ayant engendr&#233; un beau et grand mouvement et &#8211; comble de la gloire ! &#8211; obtenu l'annulation de la hausse de 1 625 $ des frais de scolarit&#233; pr&#233;vue par le gouvernement Charest. Eh ! Apr&#232;s tout, la protestation &#233;tudiante a m&#234;me donn&#233; naissance au vaste mouvement populaire des casseroles, forc&#233; la tenue d'&#233;lections et men&#233; &#224; la chute d'un gouvernement corrompu ! Or, dans ces quelques mots, dans cette c&#233;l&#233;bration de la &#171; jeunesse engag&#233;e manifestant jusqu'&#224; la victoire &#187;, se trouve condens&#233; tout ce qui menace de vider de son sens la m&#233;moire de 2012.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La jeunesse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Loin de donner lieu &#224; d'idylliques sc&#232;nes o&#249; se serait spontan&#233;ment exprim&#233; l'esprit de solidarit&#233; d'une jeunesse unie dans la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts, la gr&#232;ve de 2012 telle que je l'ai v&#233;cue a d'abord &#233;t&#233; une exp&#233;rience d'adversit&#233; et de division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris &#171; gr&#232;ve &#187;, mais en v&#233;rit&#233;, dans le c&#233;gep de Qu&#233;bec o&#249; j'&#233;tudiais en 2012, nous n'avons jamais &#233;t&#233; en gr&#232;ve. Nous &#233;tions d'ailleurs loin d'&#234;tre les seul&#183;es dans une telle situation : il y a l&#224; toute une dimension de 2012 qu'on ferait bien ne pas escamoter trop rapidement. Au fil des distributions de tracts, des d&#233;bats et des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, mes camarades et moi-m&#234;me nous sommes confront&#233;&#183;es au mieux &#224; l'indiff&#233;rence, au pire &#224; l'opposition obstin&#233;e de nos semblables. J'ai souvenir des appels inquiets &#224; &#171; &lt;em&gt; ne pas retarder l'entr&#233;e sur le march&#233; du travail&lt;/em&gt; &#187; lanc&#233;s par des &#233;tudiant&#183;es soucieux&#183;ses de rejoindre au plus vite le salariat et ses promesses. J'ai souvenir de ceux qui arboraient fi&#232;rement un carr&#233; vert au revers de leur veston, et de leurs injonctions &#224; &#171; &lt;em&gt;nous forcer pour nous payer une &#233;ducation et investir dans notre avenir &lt;/em&gt; &#187;. Et j'ai souvenir, tout particuli&#232;rement, des contingents d'&#233;tudiant&#183;es en techniques polici&#232;res qui se pr&#233;sentaient en uniforme aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de mon c&#233;gep pour voter en masse &#8211; en suivant fid&#232;lement les signaux d'un ou deux de leurs leaders &#8211; contre tout ce qui pouvait ressembler &#224; du militantisme &#233;tudiant. Le texte de Steeve Simard (p. 28-29) &#233;voque clairement les d&#233;chirements qui se jouaient jusque dans les &#233;tablissements d'enseignement et qui ont culmin&#233; dans une s&#233;rie d'injonctions, une judiciarisation &#224; outrance de ce qui &#233;tait bel et bien un &lt;em&gt;conflit &#233;tudiant&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La mobilisation &#233;tudiante a suscit&#233; tout autant d'animosit&#233; au sein de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce conflit intestin ne se jouait pas qu'entre une faction mobilis&#233;e et une autre d&#233;mobilis&#233;e, loin de l&#224;. Nous affrontions les blas&#233;&#183;es et les satisfait&#183;es, mais aussi les jeunes id&#233;ologues n&#233;olib&#233;raux en formation &#8211; comme quoi le camp du il-faut-payer-pour-vivre n'avait aucune peine &#224; se renouveler &#224; m&#234;me les g&#233;n&#233;rations montantes. Nous nous butions, plus encore, &#224; cette &#233;trange contre-mobilisation r&#233;actionnaire m&#234;lant tenant&#183;es d'une libart&#233; obtuse et escouades de d&#233;fenseurs de l'ordre en rangs serr&#233;s. Il est d'ailleurs dur, &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt;, de ne pas percevoir l&#224; un avant-go&#251;t de cette droite agressive qui a pris depuis une inqui&#233;tante expansion, au point de pr&#233;tendre au statut d'alternative &#224; la droite lib&#233;rale conventionnelle, en perte de cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un tel antagonisme a pu &#233;merger &#224; m&#234;me la &#171; classe &#233;tudiante &#187;, c'est parce qu'on n'avait pas affaire &#224; un mouvement simplement &#171; &#233;tudiant &#187; ou &#171; de la jeunesse &#187; : la gr&#232;ve &#233;tait un mouvement &#233;minemment politique, structur&#233; non simplement par des int&#233;r&#234;ts corporatistes ou g&#233;n&#233;rationnels, mais par des valeurs et des revendications clairement ancr&#233;es &#224; gauche, id&#233;ologiquement situ&#233;es et ne pouvant donc pas, par d&#233;finition, faire consensus. Pour moi, pour plusieurs d'entre nous, la gr&#232;ve aura &#233;t&#233;, au fond, une d&#233;couverte &#224; la dure de cette fameuse &#171; polarisation &#187; entre une gauche qui reprend des forces et une droite qui d&#233;fend f&#233;rocement ses positions.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Engag&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation de 2012 avait donc un contenu politique clair, fort. Elle n'&#233;tait pas simplement le fait de militant&#183;es enthousiastes, heureux&#183;ses de &#171; &lt;em&gt;s'exprimer&lt;/em&gt; &#187; et de &#171; &lt;em&gt;se faire entendre&lt;/em&gt; &#187;, de &#171; &lt;em&gt;prendre enfin part au d&#233;bat public &#187; et de &#171; go&#251;ter aux joies de l'engagement politique&lt;/em&gt; &#187;. Soyons clairs : dans la mesure o&#249; six mois de d&#233;brayage et des semaines de manifestations nocturnes remettent lourdement en question le cours normal des choses et les formes habituelles de la participation politique, cette longue gr&#232;ve a certainement &#233;t&#233; l'occasion d'une solidarit&#233;, d'une autonomie et d'une vitalit&#233; hors de l'ordinaire qui comptent parmi ses enseignements les plus pr&#233;cieux (comme le montrent bien Cl&#233;mence Harvey et Miriam Hatabi, en p. 26-27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le mouvement avait aussi des objectifs, des ambitions ne se bornant pas &#224; la mobilisation pour la mobilisation. On ne saurait conserver le souvenir de la gr&#232;ve comme pure forme sans porter attention au contenu qui a &#233;t&#233; le sien &#8211; &#224; ses revendications, ses d&#233;sirs, ses id&#233;aux. La gr&#232;ve, faut-il le rappeler, visait d'abord &#224; obtenir une &#233;ducation publique accessible et pas trop inf&#233;od&#233;e aux exigences du march&#233;. Plus largement, elle est rapidement devenue l'occasion de faire valoir une vision du monde o&#249; la justice, l'&#233;galit&#233;, la libert&#233; s'affranchiraient un tant soit peu des diktats impos&#233;s par la Sainte-Alliance du capital et de l'&#201;tat. En t&#233;moignent par exemple les perturbations du Salon Plan Nord en avril et du Grand Prix en juin, de m&#234;me que la manifestation organis&#233;e le 22 juillet par la CLASSE, dont le mot d'ordre &#233;tait &#171; contre le n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Ont aussi pris corps, au fil des mois, toutes sortes de pr&#233;occupations voisines, notamment f&#233;ministes (voir l'entrevue &#224; ce sujet avec Camille Robert, p. 29-32). De bien des mani&#232;res, pour une multitude de gr&#233;vistes, 2012 a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur d'une &#8211; osons le mot &#8211; &lt;em&gt;radicalisation&lt;/em&gt; politique, la d&#233;fense soutenue et acharn&#233;e du b.a.-ba de la social-d&#233;mocratie ouvrant finalement la porte &#224; une rencontre avec les imaginaires socialiste, autonome, anarcha-f&#233;ministe, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des meilleures mani&#232;res d'effacer toute cette dimension de la gr&#232;ve consiste sans doute &#224; mettre l'accent sur le mouvement des casseroles contre la loi sp&#233;ciale &#8211; ou encore sur ces carr&#233;s blancs &#171; contre la violence &#187; et &#171; pour une sortie de crise &#187; &#8211; et &#224; en faire un point culminant de la mobilisation, lors duquel le mouvement &#233;tudiant serait enfin parvenu &#224; r&#233;unir autour de lui un large soutien citoyen. Or, il me semble pour le moins douteux de chercher &#224; faire tenir l&#224;-dedans l'esprit de 2012, en d&#233;peignant des tintamarres familiaux aux accents parfois ni-de-gauche-ni-de-droite, demandant finalement surtout le respect des bonnes vieilles conventions de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et le retour de la &#171; paix sociale &#187; et r&#233;clamant au passage la d&#233;mission d'un vilain gouvernement corrompu. Nous ne nous battions pas simplement pour avoir le droit de nous battre, et certainement pas pour demander poliment d'&#234;tre domin&#233;&#183;es et exploit&#233;&#183;es dans les r&#232;gles de l'art par les entrepreneurs aust&#233;ritaires qui se relaient pour nous gouverner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous battions dans l'espoir que l'existence dans laquelle nous &#233;tions jet&#233;&#183;es soit autre chose que le long repaiement d'une dette. Et &#224; cet &#233;gard, l'endettement &#233;tudiant n'&#233;tait au fond qu'une forme particuli&#232;rement flagrante de cette dette qui nous est impos&#233;e chaque jour dans un monde o&#249; le droit de vivre est conditionnel au fait de se tuer au travail. Nous nous battions, aussi, pour arracher un tant soit peu de pouvoir &#224; ceux qui le monopolisent, parce que nous refusions que l'essentiel de ce qui concerne notre vie commune soit d&#233;cid&#233; d'en haut par quelques tristes personnages qui nous m&#233;prisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effacer cela, taire cette contestation radicale, c'est non seulement se condamner &#224; ne rien comprendre des &#233;v&#233;nements de 2012, c'est aussi &#233;touffer leur charge toujours actuelle, puisque les aspirations qui s'y sont fait jour demeurent pour l'essentiel &#224; concr&#233;tiser.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les manifestations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il y ait eu dans la gr&#232;ve une ardeur et une conviction remarquables, il ne faudrait pas faire l'erreur de se la raconter comme un joyeux carnaval. Loin d'&#234;tre un facile retournement de l'ordre &#233;tabli, la gr&#232;ve a fait face &#224; un pouvoir bien d&#233;cid&#233; &#224; la mater et &#224; r&#233;tablir ledit ordre, &#224; grand renfort de brutalit&#233;. Nul besoin de s'&#233;tendre sur les violences que nous r&#233;servaient les policiers : intimidation, gazages, tabassages, blessures graves, arrestations de masse &#8211; ces images sont bien connues (et bien &#233;voqu&#233;es par Nicolas Vigneau, en pages 24-25). Nul besoin, non plus, de nier &#8211; comme si c'&#233;tait honteux &#8211; que la r&#233;ponse &#233;tudiante &#224; ces attaques n'&#233;tait pas toujours docile ni pacifique. Il faut peut-&#234;tre rappeler, cela dit, que certaines des interventions polici&#232;res les plus s&#233;v&#232;res ont eu lieu apr&#232;s le changement de garde &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat, en marge du Sommet sur l'enseignement sup&#233;rieur organis&#233; en 2013 par le Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient aussi g&#233;n&#233;ralement assez bien que 2012 a vu s'&#233;tablir une f&#233;roce remise en cause du droit m&#234;me des &#233;tudiant&#183;es &#224; faire gr&#232;ve. La client&#232;le &#233;tudiante, disait-on, n'&#233;tait qu'en mesure de &#171; boycotter &#187; individuellement ses cours. De m&#234;me, la triste m&#233;moire de la loi sp&#233;ciale est encore bien vivante : on n'est pas pr&#234;t&#183;es d'oublier, je l'ai dit, que le gouvernement s'est cru permis non seulement d'interdire le d&#233;brayage &#233;tudiant, mais aussi de restreindre s&#233;v&#232;rement le droit de contester son pouvoir en manifestant dans l'espace public. Ici encore, il n'est pas inutile de rappeler qu'en 2013, le gouvernement Marois a longtemps jongl&#233; avec l'id&#233;e &#171; d'accorder &#187; formellement le droit de gr&#232;ve aux associations &#233;tudiantes &#8211; c'est-&#224;-dire, tr&#232;s certainement, d'encadrer et de limiter strictement les conditions dans lesquelles le mouvement aurait pu recourir &#224; ce moyen de pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, le conflit &#233;tudiant est devenu un affrontement acharn&#233; entre un &#201;tat m&#233;prisant et autoritaire, d&#233;sireux d'avoir raison de la r&#233;sistance, et un mouvement social forc&#233; de d&#233;fendre son droit m&#234;me &#224; l'existence. D'un gouvernement &#224; l'autre, la r&#233;pression de la mobilisation a &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'exp&#233;rience de la gr&#232;ve. Cela dit, plusieurs d'entre nous n'avons pas tant eu l'impression de faire face aux regrettables &#171; exc&#232;s &#187; d'un mauvais gouvernement que de d&#233;couvrir le vrai visage de l'&#201;tat, celui qu'il peine &#224; cacher quand on le pousse dans ses derniers retranchements. Plus g&#233;n&#233;ralement, nous avons aussi pu constater que, contrairement &#224; ce qu'on avait voulu nous faire croire, l'&#201;tat n'&#233;tait pas n&#233;cessairement un bienfaisant rempart contre l'expansion du march&#233; : nous avons clairement vu que le premier pouvait tr&#232;s bien se faire le bras arm&#233; de la seconde. Pour bien des gr&#233;vistes, la mobilisation de 2012 a d'abord &#233;t&#233; l'occasion de d&#233;couvrir &lt;em&gt;les mensonges de la d&#233;mocratie lib&#233;rale&lt;/em&gt; et les fins de non-recevoir qui y sont le plus souvent oppos&#233;es aux espoirs venus d'en bas.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La victoire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de 2012, &#231;'aura aussi &#233;t&#233; une exp&#233;rience de d&#233;ceptions, de trahisons, de d&#233;faites. C'est, ultimement, l'histoire d'un d&#233;nouement &#233;lectoral, souvent pr&#233;sent&#233; comme une occasion d&#233;mocratique supr&#234;me couronnant de succ&#232;s la contestation &#233;tudiante, mais ayant surtout eu pour effet d'&#233;touffer la mobilisation, de neutraliser la radicalit&#233; de la gr&#232;ve et de jeter la premi&#232;re poign&#233;e de terre sur ses revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous cette opposition p&#233;quiste qui, quelques semaines apr&#232;s avoir exhib&#233; le carr&#233; rouge jusqu'&#224; l'Assembl&#233;e nationale, troquait une hausse abrupte des frais de scolarit&#233; pour une indexation plus douce, mais infinie. Cela, alors que le parti comptait dans ses rangs l'une des trois figures &#233;tudiantes les plus en vue, d&#233;cid&#233;ment &#171; &lt;em&gt;en mode solution &lt;/em&gt; &#187;. Bien s&#251;r, pour ajouter l'insulte &#224; l'injure, on tentait de nous faire croire que c'&#233;tait l&#224; la r&#233;alisation de nos v&#339;ux les plus chers : &#171; &lt;em&gt;l'indexation, c'est le gel&lt;/em&gt; &#187; ! Une telle affirmation &#233;tait assez &#233;videmment grotesque, mais elle avait le m&#233;rite de passer sous silence le fait que nous &#233;tions des milliers &#224; demander non le gel, mais la gratuit&#233; &#8211; et plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait, il me semble, c&#233;l&#233;brer &#171; &lt;em&gt;la plus grande mobilisation &#233;tudiante de l'histoire du Qu&#233;bec&lt;/em&gt; &#187; sans souligner &#224; grands traits qu'apr&#232;s pr&#232;s de sept mois de d&#233;brayage, elle s'est finie en queue de poisson, qu'elle s'est sold&#233;e, en fin de compte, par un &#233;chec. Il y a quelque chose de sordide &#224; entendre ces ex-&#171; leaders &#187; satisfait&#183;es et soucieux&#183;ses de d&#233;fendre leur bilan nous expliquer que, vu le contexte d'adversit&#233;, &#171; &lt;em&gt;nous aurions difficilement pu esp&#233;rer mieux comme d&#233;nouement&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabriel Nadeau-Dubois, Tenir t&#234;te, Lux, 2013, ch. 11.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On peut certes se livrer &#224; une guerre de chiffres pour essayer de d&#233;terminer pr&#233;cis&#233;ment si l'indexation instaur&#233;e &#224; la suite du Sommet sur l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; combin&#233;e &#224; des am&#233;liorations aux pr&#234;ts et bourses, mais &#224; des r&#233;ductions au cr&#233;dit d'imp&#244;t pour frais de scolarit&#233;, etc., etc. &#8211; aura constitu&#233; ou non un gain, aussi maigre soit-il, pour la condition &#233;tudiante. Il reste que sur le coup, la d&#233;cision du gouvernement Marois avait &#233;t&#233; jug&#233;e insultante par les trois grandes associations &#233;tudiantes nationales : dans la mesure o&#249; les attentes port&#233;es par une mobilisation ne sont pas satisfaites, on peut difficilement parler de victoire, me semble-t-il &#8211; sauf &#224; consid&#233;rer que la d&#233;fense des acquis et le &lt;em&gt;damage control &lt;/em&gt;sont les finalit&#233;s des luttes sociales. Mais surtout, le bilan est encore plus &#233;videmment d&#233;solant si l'on tient compte des revendications plus larges, des espoirs plus grands qui sont n&#233;s chez les &#233;tudiant&#183;es au fil des mois de mobilisation, concernant non seulement l'&#233;ducation et ses finalit&#233;s, mais aussi le mod&#232;le social dans son ensemble. On ne saurait affirmer qu'ils ont &#233;t&#233; exauc&#233;s par la hausse &#224; rabais du gouvernement Marois &#8211; ni, c'est le moins qu'on puisse dire, par la Charte des valeurs p&#233;quiste, l'aust&#233;rit&#233; lib&#233;rale ou la guerre caquiste contre les wokes qui ont marqu&#233; les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas sous-estimer, enfin, le risque de voir la m&#233;moire de 2012 confin&#233;e dans la case &#233;troite de la politique partisane, voire limit&#233;e &#224; la seule personne d'un porte-parole devenu porte-parole. D&#233;j&#224;, apr&#232;s le d&#233;clenchement des &#233;lections &#224; l'&#233;t&#233; 2012, la volont&#233; de certain&#183;es au sein de la CLASSE de mettre fin au d&#233;brayage et de rediriger leurs efforts vers la campagne de Qu&#233;bec solidaire n'est pas tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; la d&#233;route de la gr&#232;ve et donc, ultimement, &#224; la faillite de ses revendications. Certes, l'investissement de la sc&#232;ne parlementaire peut, dans une certaine mesure, &#234;tre une mani&#232;re de faire perdurer quelque chose de la force progressiste de 2012. Mais il ne faudrait tout de m&#234;me pas voir l&#224; l'apoth&#233;ose, le couronnement d'un mouvement de contestation, quand il s'agit plut&#244;t, me semble-t-il, d'un mal n&#233;cessaire, d'un compromis strat&#233;gique visant &#8211; peut-&#234;tre &#8211; &#224; concr&#233;tiser quelques-unes des aspirations les plus &#171; raisonnables &#187; venues de la rue. Sa dimension partisane et parlementaire ne peut, en tout cas, repr&#233;senter qu'une fraction de l'h&#233;ritage de 2012 &#8211; comme le veut l'excellent mot d'ordre de la &lt;em&gt;diversit&#233; des tactiques&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loin de moi l'id&#233;e de sous-entendre que le prolongement de 2012 aurait &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus pernicieuse encore est cette tendance qu'ont les anciens &#171; visages &#187; de la gr&#232;ve, apr&#232;s avoir rencontr&#233; un certain succ&#232;s, &#224; pr&#233;senter leur brillant parcours comme l'incarnation m&#234;me des suites du mouvement. Ce faisant, ils ne manquent pas d'insister que leur assagissement, leur mod&#233;ration, est tout &#224; l'honneur de ce qui, apr&#232;s tout, demeurait peut-&#234;tre un peu trop na&#239;f, un peu trop turbulent. &#171; &lt;em&gt;Dans la vie, je pense qu'on peut changer tout en restant coh&#233;rent avec ses valeurs&lt;/em&gt; &#187;, nous explique-t-on, ajoutant avec fiert&#233; que si on a &#171; &lt;em&gt;&#233;volu&#233;&lt;/em&gt; &#187;, c'est parce qu'on a &#171; &lt;em&gt;pris de l'exp&#233;rience, de la maturit&#233;, aussi&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration de Gabriel Nadeau-Dubois sur sa page Facebook, le 13 f&#233;vrier 2022.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Voil&#224; un bien triste sort &#224; faire subir &#224; la m&#233;moire de 2012 que cette pr&#233;tention &#224; faire vivre un h&#233;ritage qu'on s'efforce en fait de mod&#233;rer, de refouler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces exp&#233;riences de conflictualit&#233;, de marginalisation, de violence, de d&#233;sirs &#224; peine n&#233;s et aussit&#244;t bafou&#233;s ne sont pas rest&#233;es sans cons&#233;quence. Dans les ann&#233;es qui ont suivi 2012, j'ai vu autour de moi beaucoup de col&#232;re, de d&#233;tresse. Nous &#233;tions nombreux&#183;ses &#224; vivre difficilement avec le sentiment, nouvellement acquis ou exacerb&#233; &#224; outrance, que le monde dans lequel il nous fallait vivre nous &#233;tait s&#233;rieusement hostile. Nous &#233;tions nombreux&#183;ses &#224; ne pas savoir que faire des aspirations auxquelles la gr&#232;ve avait laiss&#233; toute la place, mais qui semblaient devoir rester sans lendemain alors que nous retournions en classe et reprenions le rythme monotone de la vie quotidienne. Par la suite, nous avons, avec plus ou moins d'aise et de succ&#232;s selon les cas, r&#233;appris &#224; vivre dans ce monde. Mais, en v&#233;rit&#233;, nous savons que le probl&#232;me demeure entier. &#171; &lt;em&gt;Travaille, consomme, pis ferme ta gueule.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La mobilisation &#233;tudiante a suscit&#233; tout autant d'animosit&#233; au sein de la population g&#233;n&#233;rale. En passant sur la Grande All&#233;e, &#224; Qu&#233;bec, nous recevions crachats, injures, projectiles de la part des gens aux terrasses. Le mouvement des casseroles, souvent d&#233;peint comme l'expression d'un ras-le-bol populaire consensuel, avait ses opposant&#183;es, et des plus d&#233;cid&#233;&#183;es. &#192; plus d'une reprise, alors que mon fr&#232;re de 15 ans et ma s&#339;ur de 13 ans &#233;taient sorti&#183;es faire du bruit dans notre rue, il et elle ont fait face aux menaces et aux invectives des voisins. L'un d'eux &#8211; celui qui arborait fi&#232;rement un immense ruban &#171; &lt;em&gt;Appuyons nos troupes&lt;/em&gt; &#187; sur sa fa&#231;ade &#8211; est sorti sur sa galerie marteau &#224; la main pour leur expliquer que s'il et elle continuaient de taper sur leurs casseroles, il se ferait, lui, un devoir de leur taper dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabriel Nadeau-Dubois, &lt;em&gt;Tenir t&#234;te&lt;/em&gt;, Lux, 2013, ch. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loin de moi l'id&#233;e de sous-entendre que le prolongement de 2012 aurait &#233;t&#233; tout entier accapar&#233; par l'appareil partisan de Qu&#233;bec solidaire. Bien au contraire, je sais pertinemment que les militant&#183;es d'il y a dix ans sont aujourd'hui impliqu&#233;&#183;es dans une multitude d'initiatives de toutes envergures et de divers degr&#233;s de radicalit&#233;. J'esp&#232;re simplement que la compr&#233;hension que nous avons des suites de 2012 puisse rendre justice &#224; cela. Chose certaine, on peut douter qu'un parti misant en fin de compte assez peu sur la mobilisation populaire soit l'incarnation id&#233;ale de ce qui a bel et bien &#233;t&#233; une exp&#233;rience d'auto-organisation militante, d'&#233;ducation politique et de participation directe d'une ampleur difficile &#224; saisir pour celles et ceux qui n'y ont pas pris part directement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration de Gabriel Nadeau-Dubois sur sa page Facebook, le 13 f&#233;vrier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Elisabeth Doyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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