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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Du logement</title>
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		<dc:date>2023-02-17T03:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !</dc:creator>


		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Logement, transports et &#233;cologie urbaine</dc:subject>
		<dc:subject>Le Collectif de la revue &#192; b&#226;bord !</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Editoriaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 88 et son dossier Cultiver la r&#233;sistance agricole seront lanc&#233;s le 26 juin, 16h, en partenariat avec la revue Relations ! En raison de la pluie, &#231;a se passera en ligne. Tous les d&#233;tails ici ! &lt;br class='autobr' /&gt; La crise du logement est un squelette qui ressurgit r&#233;guli&#232;rement du placard et illustre de mani&#232;re flagrante la lenteur des politiques de l'&#201;tat en la mati&#232;re. Malgr&#233; la Strat&#233;gie nationale du logement conclue entre Ottawa et Qu&#233;bec en novembre 2017, l'offre de logements ne parvient pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Logement-transports-et-ecologie-+" rel="tag"&gt;Logement, transports et &#233;cologie urbaine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Editoriaux-+" rel="tag"&gt;Editoriaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3145.png?1642092260' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;511&#034; height=&#034;643&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Sommaire-du-numero-88&#034;&gt;num&#233;ro 88&lt;/a&gt; et son &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Cultiver-la-resistance-agricole&#034;&gt;dossier Cultiver la r&#233;sistance agricole&lt;/a&gt; seront lanc&#233;s le 26 juin, 16h, en partenariat avec la revue Relations ! En raison de la pluie, &#231;a se passera en ligne. Tous les d&#233;tails &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Lancement-du-numero-88&#034;&gt;ici !&lt;/a&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; La crise du logement est un squelette qui ressurgit r&#233;guli&#232;rement du placard et illustre de mani&#232;re flagrante la lenteur des politiques de l'&#201;tat en la mati&#232;re. Malgr&#233; la &lt;em&gt;Strat&#233;gie nationale du logement&lt;/em&gt; conclue entre Ottawa et Qu&#233;bec en novembre 2017, l'offre de logements ne parvient pas &#224; r&#233;pondre aux besoins de loyers d&#233;cents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En plus d'&#234;tre un droit et un besoin de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, &#224; l'instar de l'alimentation, le logement joue dans notre vie un r&#244;le social, psychologique et symbolique de grande importance : c'est le lieu o&#249; l'on se met &#224; l'abri, o&#249; l'on mange, o&#249; l'on &#233;coute de la musique ou, parfois, le silence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#201;tat devrait donc assurer &#224; toutes et tous un logement abordable. Mais en ne s'attaquant pas &#224; la sp&#233;culation et en soutenant le droit des amis des partis au pouvoir de s'enrichir &#224; outrance gr&#226;ce &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il s'&#233;gare et prive chaque ann&#233;e des centaines de personnes d'un foyer. Plus que du saupoudrage (comme celui annonc&#233; r&#233;cemment, destin&#233; &#224; r&#233;nover 500 logements), c'est une politique du logement digne de ce nom qui doit &#234;tre pens&#233;e et mise en application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce d&#233;ficit de logements oblige parfois les locataires &#224; se tourner vers des appartements inad&#233;quats ou insalubres. Mais il y a des cons&#233;quences &#224; &#234;tre mal log&#233; : abandons scolaires, perte d'emploi, probl&#232;mes de sant&#233; physique et mentale, augmentation de l'itin&#233;rance&#8230; &#192; ce titre, le campement Notre-Dame, d&#233;log&#233; par la force en octobre 2020, et celui du bois&#233; Steinberg, d&#233;mantel&#233; le 4 mai dernier, montrent que des citoyennes et citoyens vivent une pression grave qui peut les obliger &#224; s'installer dehors en attendant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, le fractionnement des immeubles &#224; logement multiples en condos ou leur transformation en maisons unifamiliales, les reprises de logements frauduleuses permettant l'&#233;viction des locataires, tristement connues d&#233;sormais sous la d&#233;testable appellation de &#171; r&#233;novictions &#187;, ou encore l'occupation de nombreux loyers par la plateforme Airbnb sont autant de tactiques induites par le libre march&#233;, agissant de mani&#232;re n&#233;gative sur l'abordabilit&#233; du logement et contribuant &#224; l'embourgeoisement d&#233;vastateur qui transforme certains quartiers de Montr&#233;al. De plus, des carences dans les r&#233;glementations, comme l'absence d'un contr&#244;le des loyers, ouvrent grand la porte aux propri&#233;taires voulant imposer des hausses indues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le faible taux d'inoccupation des logements dans plusieurs villes du Qu&#233;bec n'est pas &#233;tranger &#224; une tendance g&#233;n&#233;rale &#224; la diminution du nombre des espaces de vie. D'un autre c&#244;t&#233;, une quantit&#233; importante de grands logements sont scind&#233;s en deux ou en trois, ce qui multiplie les revenus de location pour les propri&#233;taires. Ce morcellement, s'il accro&#238;t le nombre de loyers, va &#224; l'encontre des n&#233;cessit&#233;s des familles qui ne sont pas en mesure de devenir propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les maisons de chambres comptent aussi parmi les options sur lesquelles se rabattent les personnes &#224; la recherche de loyers. Mais un habitat de petite taille comporte des nuisances : la promiscuit&#233; et l'exigu&#239;t&#233; de l'espace vital cr&#233;ent du stress ; la r&#233;duction du lieu de vie &#224; l'&#233;chelle d'une cellule transforme notre rapport &#224; l'espace. Le logement s'apparente ainsi &#224; un lieu d'enfermement &#224; connotation carc&#233;rale, posant de r&#233;elles difficult&#233;s d'adaptation &#224; l'espace. Cette solution ne peut que rarement constituer un mode de vie p&#233;renne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le pass&#233;, la difficult&#233; &#224; trouver un logement a fait &#233;clore diverses strat&#233;gies d'appropriation de l'espace r&#233;sidentiel. En 2001, alors que s&#233;vissait d&#233;j&#224; une crise du logement, des personnes sans-logis et sans-emploi ont op&#233;r&#233; une v&#233;ritable transgression pour se doter d'un toit. Le squat Pr&#233;fontaine et quelques autres du genre ont suscit&#233; des exp&#233;riences de partage communautaire et de r&#233;sistance en affirmant la l&#233;gitimit&#233; de l'acte d'occupation ill&#233;gal. La loi doit permettre de se r&#233;approprier les habitations et les b&#226;timents sciemment abandonn&#233;s par leurs propri&#233;taires. Les belles utopies que repr&#233;sentaient ces pratiques ont c&#233;d&#233; la place &#224; des actions plus cibl&#233;es et plus br&#232;ves, faisant office de moyens de pression pour faire respecter le droit au logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis l'adoption de la &lt;em&gt;Loi sur l'am&#233;nagement et l'urbanisme &lt;/em&gt;en 2017, les villes sont cens&#233;es disposer d'une plus grande marge de man&#339;uvre pour cr&#233;er du logement abordable ou familial. Plut&#244;t que d'attendre des d&#233;cisions prises trop loin des r&#233;alit&#233;s de terrain, la solution pourrait-elle &#234;tre d'accro&#238;tre les responsabilit&#233;s municipales ? Le municipalisme et les politiques de proximit&#233; sauraient sans doute mieux relever de tels d&#233;fis, tout en gardant les sp&#233;culateurs dans la mire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrairement &#224; ce qu'affirmait un jovialiste repr&#233;sentant de la &lt;em&gt;Corporation des propri&#233;taires immobiliers du Qu&#233;bec&lt;/em&gt; (CORPIQ), nul n'a besoin d'inventer une crise du logement &#224; des fins &#233;lectoralistes ou activistes ; celle-ci, majeure, se porte malheureusement tr&#232;s bien, et ce, depuis plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S'affranchir de Facebook </title>
		<link>https://www.ababord.org/S-affranchir-de-facebook</link>
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		<dc:date>2023-02-17T03:26:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yannick Delbecque, Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Delbecque, Yannick</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Technologies, informatique et internet</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement associatif et communautaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Facebook a r&#233;ussi l'exploit de s'imposer comme carrefour de communication indispensable, y compris aupr&#232;s des groupes qui devraient &#234;tre ses adversaires naturels. Comment en sommes-nous arriv&#233;s l&#224; et comment penser un militantisme qui aille au-del&#224; des r&#233;seaux sociaux ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre noir de Facebook a &#233;t&#233; &#233;crit plusieurs fois. Cette entreprise est l'une des plus puissantes au monde, et son expansion s'est faite sous le mode de la pr&#233;dation. Elle attire vers elle les revenus de la publicit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vaillancourt-Claude-+" rel="tag"&gt;Vaillancourt, Claude&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-associatif-et-+" rel="tag"&gt;Mouvement associatif et communautaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/12.png?1676604377' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;647&#034; height=&#034;442&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Facebook a r&#233;ussi l'exploit de s'imposer comme carrefour de communication indispensable, y compris aupr&#232;s des groupes qui devraient &#234;tre ses adversaires naturels. Comment en sommes-nous arriv&#233;s l&#224; et comment penser un militantisme qui aille au-del&#224; des r&#233;seaux sociaux ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre noir de Facebook a &#233;t&#233; &#233;crit plusieurs fois. Cette entreprise est l'une des plus puissantes au monde, et son expansion s'est faite sous le mode de la pr&#233;dation. Elle attire vers elle les revenus de la publicit&#233; sans offrir de contenu original, au d&#233;triment des autres m&#233;dias. Avec la complicit&#233; implicite de ses usagers, y compris les organisations du mouvement social, elle permet aux publicitaires d'entreprendre des campagnes mieux cibl&#233;es que jamais. Elle contribue &#224; la diffusion de mensonges, de th&#233;ories farfelues et de discours haineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es qu'elle permet d'accumuler au sujet de ses utilisateurs peuvent m&#234;me avoir une influence politique importante, comme l'a montr&#233; le scandale de Cambridge Analytica, qui utilisait les informations et la plateforme de Facebook pour influencer des r&#233;sultats &#233;lectoraux aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni. Selon le sociologue Antonio Casilli, les usagers de Facebook &#8212; repr&#233;sentant le &#171; &lt;em&gt;plus grand march&#233; mondial de la contribution non r&#233;mun&#233;r&#233;e&lt;/em&gt; &#187; &#8212; fournissent volontairement des donn&#233;es sur eux-m&#234;mes, une attitude qui contribue &#224; une forme d'ali&#233;nation. &#171; &lt;em&gt; Il devient de plus en plus apparent que les humains qui l'animent ne sont pas des usagers b&#233;n&#233;voles, des participants enthousiastes ou des amateurs g&#233;n&#233;reux, mais des prol&#233;taires du clic&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonio A. Casilli, En attendant les robots. Enqu&#234;te sur le travail du clic, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#233;crit Casilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Facebook permet de consolider des amiti&#233;s et d'entretenir des liens pr&#233;cieux entre les individus. M&#234;me sur cet aspect, cependant, le r&#233;seau social peut devenir nocif, ce que de nombreuses recherches ont d&#233;montr&#233;. Une &#233;tude de Statistique Canada soulignait notamment que les effets n&#233;gatifs des m&#233;dias sociaux incluent &#171; &lt;em&gt; la perte de sommeil, la difficult&#233; &#224; se concentrer sur des t&#226;ches ou des activit&#233;s, le fait de faire moins d'activit&#233; physique, le fait de se sentir anxieux ou d&#233;prim&#233;, le fait de se sentir envieux de la vie des autres et le fait de se sentir frustr&#233; ou en col&#232;re&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;valuation que font les Canadiens des m&#233;dias sociaux dans leur vie. En ligne :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces tares majeures, les organisations du mouvement social continuent d'utiliser Facebook &#224; qui mieux mieux. La page Facebook devient la vitrine des organisations et un moyen privil&#233;gi&#233; pour communiquer avec les membres. Aucun &#233;v&#232;nement ne semble pouvoir se passer d'une page Facebook pour s'annoncer. Il est devenu tout naturel de payer afin d'assurer aux contenus une plus grande visibilit&#233;. Tout cela nourrissant une entreprise qui devient monstrueusement puissante.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le grand tour de force&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Facebook n'a pas le m&#233;rite d'avoir invent&#233; les modes d'interaction qu'il centralise en un seul outil : les sites Web personnels ou associatifs, les courriels, les forums en ligne, le clavardage, l'annonce d'&#233;v&#232;nements sur le Web sont des id&#233;es qui ont &#233;t&#233; explor&#233;es bien avant l'existence du r&#233;seau social Facebook. La compagnie a su trouver une formule centralisant ces diff&#233;rents outils Web en un seul site dont l'utilisation demande peu de connaissances techniques. Mais le v&#233;ritable coup de g&#233;nie de Mark Zuckerberg a &#233;t&#233; d'exploiter au maximum les id&#233;es de certains de ses pr&#233;curseurs sur le Web pour rendre tout le monde d&#233;pendant de son site, avec la complicit&#233; de tous, pour son propre enrichissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines organisations militantes avaient pourtant appris &#224; se servir d'Internet et du Web &#224; des fins militantes avant l'arriv&#233;e de Facebook. Elles utilisaient de mani&#232;re cr&#233;ative les nouvelles possibilit&#233;s d'Internet, rendant beaucoup plus facile le r&#233;seautage mondial, la diffusion d'information &#224; un tr&#232;s large public et la coordination d'action impliquant un grand nombre de participant&#183;e&#183;s. Cela a souvent &#233;t&#233; combin&#233; &#224; des pratiques ant&#233;rieures &#224; l'&#232;re d'Internet (t&#233;l&#233;phone, tract, porte-&#224;-porte), qui permettaient de rejoindre un public &#224; la fois large et bien cibl&#233;. Bien qu'ils soient encore mobilis&#233;s &#224; l'occasion, par exemple dans les campagnes &#233;lectorales, nombre de ces outils sont maintenant n&#233;glig&#233;s devant l'expansion de Facebook et en cons&#233;quence de l'effet puissant des r&#233;seaux sociaux, en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pratiques d'avant les r&#233;seaux sociaux s'appuyaient sur des syst&#232;mes d&#233;centralis&#233;s sur le plan technique &#8211; des logiciels de communications et des serveurs qui n'&#233;taient pas sous l'&#233;gide d'une entit&#233; centrale. En effet, le courriel est un moyen de communication qui fonctionne sans la mainmise d'une compagnie particuli&#232;re, une page Web peut &#234;tre stock&#233;e sur n'importe quel serveur Web &#8211; m&#234;me sur son propre serveur, si on a les connaissances techniques pour cr&#233;er une telle chose.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les limites du militantisme sur Facebook&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La centralisation de ces usages d'Internet dans un site unique, tr&#232;s utilis&#233; et sous le contr&#244;le d'une seule corporation donne &#224; Facebook un pouvoir immense, auquel aucune entit&#233; ne pouvait pr&#233;tendre auparavant. Ce pouvoir permet par exemple &#224; Facebook de mettre en place ses outils de tra&#231;age Web et d'accumuler une immense quantit&#233; d'informations sur les habitudes de navigations des internautes. Il lui permet d'imposer, sans consultation publique, sa propre version de la libert&#233; d'expression via son code de conduite. D'ailleurs, les organisations militantes sont en cons&#233;quence plac&#233;es dans une situation paradoxale : adopter Facebook est ais&#233; et semble faciliter l'exercice de leur libert&#233; d'expression, tout en &#233;tant une menace importante pour celle-ci. La diffusion d'information via Facebook met les organisations militantes &#224; la merci des politiques de la corporation. Par exemple, Facebook pourrait parfaitement d&#233;cider d'appliquer des r&#232;gles hostiles au monde syndical, en limitant la diffusion des critiques n&#233;gatives envers les compagnies qui paient pour afficher des publicit&#233;s cibl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'une organisation militante d&#233;cide de compter exclusivement sur Facebook pour annoncer ses activit&#233;s en ligne, elle coupe les ponts avec celles et ceux qui choisissent de s'exclure du r&#233;seau social, par principe ou pour d'autres raisons. L'un des deux auteurs de cet article, qui a fait ce choix, le constate r&#233;guli&#232;rement, ne recevant plus d'information sur de nombreux &#233;v&#232;nements qui devraient pourtant l'int&#233;resser. De plus, que faire quand l'action militante consiste &#224; &#171; liker &#187;, &#224; &#171; partager &#187;, &#224; se r&#233;pandre dans ce r&#233;seau social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre d'usagers de Facebook est certes impressionnant, voire sans pr&#233;c&#233;dent. Et cette popularit&#233; incite fortement les gens &#224; s'y joindre. Mais faut-il pour autant en faire un outil de diffusion quasiment unique, comme c'est souvent le cas ? Seulement 2,13 sur 7,61 milliards de personnes sur Terre ont un profil Facebook, ce qui ne repr&#233;sente que 28 % de la population mondiale. Au Qu&#233;bec, nous comptons 5,49 millions d'utilisateurs sur 8,5 millions d'habitant&#183;e&#183;s, ce qui laisse 3 millions de personnes sur le carreau, et encore plus si on consid&#232;re que toutes et tous ne sont pas actifs sur ce r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Difficile, mais pas impossible&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment faire pour &#233;chapper &#224; l'emprise de Facebook ? Id&#233;alement, on pourrait simplement envisager que toutes les organisations du mouvement social op&#232;rent un retrait concert&#233; et syst&#233;matique de ce r&#233;seau social, un grand boycott. Mais devant l'impossibilit&#233; d'arriver &#224; un pareil r&#233;sultat, il faut penser &#224; d'autres strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations militantes devraient d'abord offrir &#224; tou&#183;te&#183;s un moyen de rester inform&#233;&#183;e&#183;s de leurs activit&#233;s et d'y participer sans obligatoirement passer par Facebook, ce que beaucoup font d&#233;j&#224;, par ailleurs : avoir des infolettres et des sites Web pour leurs associations, offrir un moyen de participer aux &#233;v&#232;nements en ligne sans utiliser les fonctionnalit&#233;s de Facebook. Ce compromis assez simple permet de continuer &#224; &#234;tre pr&#233;sent sur le r&#233;seau social sans pour autant larguer les personnes qui partagent leur vision politique. Il a aussi l'avantage de permettre aux organisations de continuer leurs activit&#233;s en ligne en cas de probl&#232;me avec les politiques d'utilisation de Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi opter pour le remplacement total de Facebook par des sites de r&#233;seaux sociaux alternatifs. Les options sont nombreuses, mais l'emprise de Facebook est si grande qu'on ne peut qu'&#234;tre pessimistes concernant le sort de tout autre r&#233;seau social. Par exemple, Ello, lanc&#233; en 2014 par une petite entreprise priv&#233;e s'engageant &#224; ne jamais vendre de donn&#233;es personnelles et &#224; ne pas afficher de publicit&#233;s sur son site, n'a qu'un million d'usagers. Il y a aussi des r&#233;seaux sociaux libres et d&#233;centralis&#233;s comme Diaspora ou Mastodon. Ce genre de projet vise &#224; recr&#233;er les fonctionnalit&#233;s de Facebook ou de Twitter, mais avec une conception technique d&#233;centralis&#233;e emp&#234;chant une seule entreprise d'avoir le contr&#244;le sur ces r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la garantie de ne jamais tomber sous le contr&#244;le d'une firme n'a pas suffi &#224; cr&#233;er un engouement pour ces plateformes, qui n'ont jamais repr&#233;sent&#233; une menace pour les int&#233;r&#234;ts du g&#233;ant Facebook. M&#234;me un comp&#233;titeur de taille comme Alphabet, la compagnie m&#232;re de Google, avec tous les moyens dont elle dispose, n'a gu&#232;re fait mieux. Google a ainsi lanc&#233; entre 2004 et 2011 quatre projets de r&#233;seaux sociaux qui ont tous &#233;t&#233; abandonn&#233;s apr&#232;s quelques ann&#233;es. Le plus ambitieux, Google+, a &#233;t&#233; actif de 2011 &#224; 2019, mais n'a jamais connu la popularit&#233; de Facebook : &#224; ses meilleurs moments, il affichait quelques centaines de millions d'usagers inscrits, mais ceux-ci demeuraient tr&#232;s peu actifs sur le site. L'&#233;chec d'un g&#233;ant comme Google rend pessimiste quant aux chances de succ&#232;s d'&#233;ventuels nouveaux projets concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux alternatifs peuvent tout de m&#234;me jouer un r&#244;le int&#233;ressant pour les organisations militantes. Des probl&#232;mes li&#233;s aux politiques de Facebook et de Twitter ont men&#233; plusieurs membres de la communaut&#233; LBGTQ+ &#224; migrer de Facebook &#224; Ello et de Twitter &#224; Mastodon. Cela leur permettait de se soustraire &#224; des politiques interdisant l'utilisation de pseudonymes ou &#224; des politiques trop tol&#233;rantes envers les discours haineux contre les membres de la communaut&#233;. La migration visait donc &#224; aller sur une plateforme o&#249; on se sentait plus en s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, des groupes d'extr&#234;me droite ont aussi su utiliser les r&#233;seaux sociaux alternatifs &#224; leur avantage : quand ils ont &#233;t&#233; bannis de Facebook ou Twitter, ils ont migr&#233; vers VK (un r&#233;seau populaire en Russie, fr&#233;quent&#233; par une frange de l'extr&#234;me droite exclue de sites comme Facebook ou YouTube) ou ils ont carr&#233;ment cr&#233;&#233; de nouveaux sites comme Gab (techniquement d&#233;riv&#233; du Mastodon). Si de telles migrations ont malheureusement servi &#224; maintenir la diffusion des id&#233;es d'extr&#234;me droite, un pareil d&#233;placement pourrait aussi &#234;tre utile &#224; la gauche. La cl&#233; de ces r&#233;seaux alternatifs est de ne pas chercher &#224; entrer en comp&#233;tition avec Facebook, mais &#224; remplir un besoin sp&#233;cifique pour une communaut&#233;. On pourrait donc imaginer la cr&#233;ation d'un r&#233;seau social pour la gauche locale, permettant aux personnes et aux groupes militants de diffuser de l'information, d'organiser des &#233;v&#232;nements et d'avoir des &#233;changes actifs hors des contraintes de Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation d'outils alternatifs &#224; Facebook, centr&#233;s sur les besoins de communaut&#233;s sp&#233;cifiques, semble donc une piste plus prometteuse que celle d'un concurrent global. Il existe aussi d&#233;j&#224; plusieurs r&#233;seaux sociaux commerciaux alternatifs &#224; Facebook permettant de r&#233;pondre &#224; des besoins sp&#233;cifiques, comme ResearchGate pour le partage d'articles scientifiques, ou encore LinkedIn pour le r&#233;seautage professionnel. Ces sites sont cependant tr&#232;s peu utilis&#233;s pour la discussion, et servent plut&#244;t de vitrines o&#249; afficher ses r&#233;alisations.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Au-del&#224; de la communication&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une derni&#232;re piste pour s'affranchir de Facebook est d'attendre que ce site devienne d&#233;suet et soit abandonn&#233; massivement par les personnes qui l'utilisent. Cela pourrait se produire si une nouvelle mani&#232;re d'interagir sur Internet finissait par voir le jour, encore plus facile d'utilisation que les r&#233;seaux sociaux actuels. Il faut cependant se m&#233;fier : un g&#233;ant pourrait rapidement &#234;tre remplac&#233; par un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel r&#244;le pourraient alors jouer les mouvements sociaux pour acc&#233;l&#233;rer la d&#233;ch&#233;ance de Facebook et &#233;viter l'arriv&#233;e d'une firme tout aussi dominante ? Le d&#233;fi pour la gauche est de ne plus laisser le d&#233;veloppement de nouvelles technologies aux int&#233;r&#234;ts capitalistes, mais plut&#244;t de r&#233;ussir &#224; en prendre le contr&#244;le. Il est important, d'abord, d'entreprendre un examen de conscience : pourquoi sommes-nous tomb&#233;&#183;e&#183;s avec autant de facilit&#233; dans le pi&#232;ge tendu par Facebook ? Puis, il s'agit de passer &#224; l'action et de cr&#233;er de nouveaux outils informatiques, par le biais de projets collaboratifs ne pouvant pas &#234;tre contr&#244;l&#233;s par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi penser les r&#233;seaux sociaux en fonction de la t&#226;che des personnes qui les utilisent : &#224; force de les additionner (Facebook + Twitter + Instagram + une nouveaut&#233; qui s'imposera) et d'exiger une vitesse de r&#233;action toujours plus grande devant les contenus diffus&#233;s, le stress augmente, la capacit&#233; de penser diminue, aux d&#233;pens de la communication qui devient une fin en soi. Facebook est une machine qui carbure trop efficacement &#224; l'image et la popularit&#233;. Maintenir son organisation sur Facebook peut au premier abord simplifier la diffusion de ses messages, mais en en faisant une complice de tous les vices du r&#233;seau social dominant. La qu&#234;te perp&#233;tuelle du &#171; clic &#187; est-elle une strat&#233;gie de lutte sociale v&#233;ritablement efficace ? Peut-&#234;tre que l'&#233;nergie militante serait mieux investie dans l'action concr&#232;te et la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'affranchir de Facebook devrait nous permettre d'&#233;viter une r&#233;elle ali&#233;nation. En nous entra&#238;nant progressivement &#224; suivre ses r&#232;gles et son rythme, &#224; adopter son cadre et &#224; la consid&#233;rer comme un mod&#232;le insurpassable, cette compagnie nous a mis dans un &#233;tat de servitude volontaire dont il ne faudra pas cesser de mesurer les cons&#233;quences. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antonio A. Casilli, &lt;em&gt;En attendant les robots. Enqu&#234;te sur le travail du clic&lt;/em&gt;, Paris, Seuil, &#171; La couleur des id&#233;es &#187;, 2019, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;valuation que font les Canadiens des m&#233;dias sociaux dans leur vie. En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210324/dq210324a-fra.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210324/dq210324a-fra.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Ramon Vitesse&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Inspirer la p&#233;dagogie de la bienveillance</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entrevue-Inspirer-la-pedagogie-de-la-bienveillance</link>
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		<dc:date>2023-02-17T03:15:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Bouchard, Myriam Laabidi</dc:creator>


		<dc:subject>Bouchard, Isabelle</dc:subject>
		<dc:subject>Laabidi, Myriam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nul ne peut ignorer le d&#233;bat pour le moins polarisant qui secoue l'univers de l'&#233;ducation sup&#233;rieure &#224; propos de l'enseignement des sujets sensibles. &#192; b&#226;bord ! s'entretient avec Myriam Laabidi, professeure de sociologie au coll&#233;gial, afin de s'inspirer de sa pratique. Propos recueillis par Isabelle Bouchard. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : Devant la pol&#233;mique concernant l'enseignement de certains sujets d&#233;licats, vous faites la proposition de ce que vous nommez une p&#233;dagogie de la bienveillance. Quelles en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bouchard-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Bouchard, Isabelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Laabidi-Myriam-+" rel="tag"&gt;Laabidi, Myriam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/1234123.png?1676604003' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;668&#034; height=&#034;443&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nul ne peut ignorer le d&#233;bat pour le moins polarisant qui secoue l'univers de l'&#233;ducation sup&#233;rieure &#224; propos de l'enseignement des sujets sensibles. &#192; b&#226;bord ! s'entretient avec Myriam Laabidi, professeure de sociologie au coll&#233;gial, afin de s'inspirer de sa pratique. Propos recueillis par Isabelle Bouchard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : Devant la pol&#233;mique concernant l'enseignement de certains sujets d&#233;licats, vous faites la proposition de ce que vous nommez une p&#233;dagogie de la bienveillance. Quelles en sont les principales caract&#233;ristiques ? &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Myriam Laabidi : &lt;/strong&gt;En fait, c'est un terme qui m'est venu spontan&#233;ment &#224; l'esprit, mais c'est une forme de p&#233;dagogie qui est explor&#233;e dans la recherche scientifique en &#233;ducation. Pour moi, adopter une p&#233;dagogie de la bienveillance, c'est tr&#232;s intuitif et spontan&#233;, tout simplement parce que je suis une adepte de la p&#233;dagogie inclusive. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;finis la p&#233;dagogie de la bienveillance comme une mani&#232;re d'enseigner en &#233;tant d'abord et avant tout &#224; l'&#233;coute des &#233;tudiant&#183;e&#183;s et en faisant en sorte que je puisse non seulement leur offrir un contenu de qualit&#233; qui les int&#233;resse, mais aussi m'assurer qu'elles et ils se sentent en s&#233;curit&#233; dans mon espace intellectuel et dans mon espace physique, en salle classe. Cette p&#233;dagogie n'emp&#234;che pas que je puisse les challenger intellectuellement, les faire sortir de leur zone confort. Non pas du tout, on ne s'enl&#232;ve pas ce luxe-l&#224; de l'enseignement, puisque c'en est un ! Une p&#233;dagogie de la bienveillance va simplement faire en sorte de ne pas &#233;puiser inutilement les personnes : si j'en viens &#224; pr&#233;senter trop de situations qui peuvent &#234;tre traumatisantes pour mes &#233;tudiant&#183;e&#183;s, je vais les perdre, ce que je ne veux pas. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que, moi-m&#234;me, je vis avec des couches de traumas qui m'ont &#233;t&#233; transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration et avec lesquelles je voyage, je me mets &#224; leur place. Cela rel&#232;ve donc d'un processus tr&#232;s empathique, qui m'est venu tr&#232;s organiquement et que je n'ai pas intellectualis&#233;. C'est une pratique qui existe d&#233;j&#224;. On n'enseigne plus comme on enseignait avant ! Mais cela dit, on ne doit pas &#224; mon avis se culpabiliser de ce que l'on faisait avant. On n'est pas parfait&#183;e&#183;s. C'est normal, on est dans une soci&#233;t&#233; qui a &#233;t&#233; construite sur des rapports de pouvoir d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. Le plus important, c'est d'avancer ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : J'ai l'impression que, pour vous, nous ne sommes pas n&#233;cessairement dans une situation qui met en cause la libert&#233; acad&#233;mique, mais plut&#244;t dans un contexte qui soul&#232;ve la question &#233;thique des mani&#232;res d'enseigner les sujets sensibles ? &lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. L. : &lt;/strong&gt;Pose la question, c'est y r&#233;pondre ! Vous avez bien cern&#233; ma fa&#231;on de faire. Dans notre soci&#233;t&#233;, on valorise vraiment la cr&#233;ativit&#233; individuelle ou, si vous voulez, cette singularit&#233; o&#249; les individus peuvent s'exprimer et &#234;tre eux-m&#234;mes. C'est une qualit&#233; que l'on recherche. Alors, il faut &#234;tre cons&#233;quent avec nos attentes sociales. On se retrouve, dans nos classes, avec une diversit&#233; qui est l&#224;, qui est notre normalit&#233;, que l'on veut valoriser : je crois r&#233;ellement que prendre le temps de s'asseoir et d'&#233;couter toute cette diversit&#233;, c'est un premier pas vers l'inclusion. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, comme enseignant&#183;e&#183;s, nous faisons tout le temps de l'autocensure, notamment en choisissant nos contenus de cours. &#192; partir du moment o&#249; nous adoptons une ligne &#233;ditoriale, elle implique d&#233;j&#224; une forme de censure ! La libert&#233; acad&#233;mique, c'est donc un truc qui est personnalis&#233;, qui change et qui s'adapte en fonction de nos besoins. Aborder des sujets d&#233;licats avec grande bienveillance implique qu'on puisse aborder tous les sujets en classe dans la mesure o&#249; on le fait en d&#233;construisant les paradigmes, en d&#233;construisant aussi les rapports de domination, en les mettant de l'avant, en d&#233;non&#231;ant toutes formes d'in&#233;galit&#233;s sociales et en faisant l'exercice d'analyser sa propre positionnalit&#233;. Nous y reviendrons. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;Des m&#233;dias donnent l'impression que le seul sujet d&#233;licat &#224; enseigner est celui qui touche au mot en n. Quelles sont les autres situations d&#233;licates dans lesquelles peuvent &#234;tre plong&#233;es les personnes &#233;tudiantes au coll&#233;gial ? En fait, comment d&#233;finir un sujet d&#233;licat ?&lt;/span&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. L. :&lt;/strong&gt; Pour moi, un sujet sensible &#224; enseigner est un sujet qui va r&#233;veiller des traumas. Ces traumas se superposent les uns aux autres et se transmettent de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. La d&#233;finition du trauma, elle, sera d&#233;termin&#233;e par les personnes impliqu&#233;es. Toutes les personnes vont elles-m&#234;mes se la fixer, selon leur propre situation et leur exp&#233;rience. Tous les sujets peuvent amener des situations d&#233;licates. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En classe de philosophie, par exemple, la mort est un th&#232;me &#224; port&#233;e &#233;thique. Dans un cours sur la famille, par exemple, la monoparentalit&#233; peut &#234;tre un sujet sensible pour une jeune fille qui a eu un parcours de vie avec une famille monoparentale dysfonctionnelle, puisque cela peut r&#233;veiller des traumas en elle. Il en va de m&#234;me pour tout ce qui est reli&#233; au dysfonctionnement familial, tout ce qui concerne les orientations sexuelles ou l'expression et l'identit&#233; de genre, mais aussi tout ce qui est li&#233; au racisme et au pluralisme culturel, dont les processus d'adaptation et d'int&#233;gration. Par exemple, quand je parle en classe de la non-reconnaissance des dipl&#244;mes chez les personnes nouvellement arriv&#233;es, je peux avoir devant moi des jeunes dont le p&#232;re souffre r&#233;ellement d'avoir un m&#233;tier qui est sous valoris&#233; par rapport &#224; sa formation. Le p&#232;re exclu peut connaitre des probl&#232;mes de sant&#233; mentale importants, lesquels sont encore tr&#232;s tabous dans certaines communaut&#233;s. Il n'y a pas de hi&#233;rarchisation entre les sujets d&#233;licats &#224; enseigner. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je ne censure aucun de ces sujets. Ce que je vais censurer, c'est l'utilisation de termes offensants, parce qu'&#233;tant moi-m&#234;me africaine, utiliser le mot en n, par exemple, c'est me faire violence. De plus en plus de personnes noires et m&#233;tisses ne veulent plus utiliser ce mot. C'est que le terme est ultra violent pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : Vous affirmez que les personnes enseignantes &#171; gagneraient &#224; dresser le diagnostic de leur pratique p&#233;dagogique sur les plans de l'inclusion et de la diversit&#233; &#187;. Quelle sont les vis&#233;es et les &#233;tapes d'une telle autoanalyse ? &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. L. : &lt;/strong&gt;Le diagnostic de nos pratiques enseignantes pourrait nous aider &#224; rep&#233;rer les biais de racisme syst&#233;mique et &#224; repenser notre positionnalit&#233;. D&#233;pendamment de quelle classe sociale je proviens, je peux v&#233;hiculer une certaine image de r&#233;ussite sociale qui peut renvoyer &#224; de l'oppression. L'exp&#233;rience &#233;tudiante racis&#233;e est diff&#233;rente selon qu'elle est en face d'une personne enseignante blanche ou racis&#233;e. Il faut le reconnaitre. Cette mani&#232;re de r&#233;envisager notre positionnalit&#233; en rep&#233;rant nos biais, c'est un processus d'humilit&#233; et de bienveillance &#224; l'endroit des personnes &#233;tudiantes. Ce processus permet de regarder nos contenus de cours, de revoir les r&#233;f&#233;rences avec lesquelles nous souhaitons travailler, de faire parler les gens qui n'ont pas l'habitude qu'on les entende, de r&#233;viser nos attentes, d'essayer de comprendre qu'il y a une diversit&#233; d'apprentissages et aussi une diversit&#233; de parcours de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, j'inclus dans les listes de lecture des auteur&#183;trice&#183;s racis&#233;&#183;e&#183;s aux noms de famille apparent&#233;s &#224; ceux de mes &#233;tudiant&#183;e&#183;s. Ainsi, elles et ils ont devant elleux des mod&#232;les intellectuels qui r&#233;ussissent ! De cette mani&#232;re, j'ai l'impression de faire une diff&#233;rence ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'enseigne plus comme avant. Il n'y a plus ce rapport entre un ma&#238;tre et ses disciples. Maintenant, il y a des individus et on &#233;volue dans des milieux et des exp&#233;riences o&#249; nos rapports sont d&#233;mocratiques. Cela ne veut pas dire qu'on nivelle par le bas, puisqu'on doit continuer &#224; challenger les personnes en leur offrant autre chose ! L'&#233;cole n'est plus, non plus, la sph&#232;re exclusive de l'&#233;ducation, qui se joue aussi ailleurs. Avec humilit&#233;, il faut prendre le recul n&#233;cessaire pour saisir les nouveaux paradigmes sociaux et politiques, jusqu'&#224; d&#233;coloniser nos pratiques enseignantes issues d'un syst&#232;me patriarcal, blanc et sexiste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Myriam Laabidi est professeure de sociologie au coll&#233;gial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Mur de Ben, &#201;cole de musique et des arts de Blois en France (Daniel Jolivet).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Moderniser les structures scolaires : un pari d'&#233;quilibriste</title>
		<link>https://www.ababord.org/Moderniser-les-structures-scolaires-un-pari-d-equilibriste</link>
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		<dc:date>2023-02-17T03:11:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Wilfried Cordeau</dc:creator>


		<dc:subject>Cordeau, Wilfried</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1995-1996, &#224; l'occasion d'&#201;tats g&#233;n&#233;raux sur l'&#233;ducation, le Qu&#233;bec &#233;tait convi&#233; &#224; un important examen de son syst&#232;me &#233;ducatif et &#224; sa refondation. Vingt-cinq ans plus tard, les promesses et objectifs formul&#233;s ont-ils finalement &#233;t&#233; respect&#233;s ? Quatri&#232;me article d'une br&#232;ve s&#233;rie pour faire le point, alors que circulent des appels &#224; une Commission Parent 2.0. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exercice de bilan du syst&#232;me scolaire auquel la Commission des &#201;tats g&#233;n&#233;raux (C&#201;G&#201;) invite la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise &#224; compter (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cordeau-Wilfried-+" rel="tag"&gt;Cordeau, Wilfried&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/ab-88_25-ans-ege.png?1676603321' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;904&#034; height=&#034;678&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1995-1996, &#224; l'occasion d'&#201;tats g&#233;n&#233;raux sur l'&#233;ducation, le Qu&#233;bec &#233;tait convi&#233; &#224; un important examen de son syst&#232;me &#233;ducatif et &#224; sa refondation. Vingt-cinq ans plus tard, les promesses et objectifs formul&#233;s ont-ils finalement &#233;t&#233; respect&#233;s ? Quatri&#232;me article d'une br&#232;ve s&#233;rie pour faire le point, alors que circulent des appels &#224; une Commission Parent 2.0.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'exercice de bilan du syst&#232;me scolaire auquel la Commission des &#201;tats g&#233;n&#233;raux (C&#201;G&#201;) invite la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise &#224; compter d'avril 1995 ne peut faire l'&#233;conomie d'un r&#233;examen des structures qui soutiennent le syst&#232;me d'&#233;ducation, critiqu&#233;es qu'elles sont depuis plusieurs ann&#233;es. Mais on n'op&#232;re pas des changements profonds de structures comme on modifie un r&#232;glement, et le succ&#232;s d'une telle entreprise ne s'appr&#233;cie qu'&#224; long terme. Ainsi en va-t-il des projets de d&#233;centralisation et de d&#233;confessionnalisation du syst&#232;me scolaire, entrepris en parall&#232;le, mais ayant obtenu des r&#233;sultats diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la d&#233;centralisation &#224; l'abolition de la d&#233;mocratie scolaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Trop rigide, ax&#233; sur la conformit&#233; &#224; la norme, &#171; &lt;em&gt;technocratique, hyperhi&#233;archis&#233; et bureaucratis&#233;,&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;lourd et lent &#224; r&#233;agir&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#201;G&#201;, Expos&#233; de la situation, 1996, 131 p. En ligne : collections.banq.qc.ca/ark&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et &#224; s'adapter aux nouveaux d&#233;fis sociaux : telles sont les critiques g&#233;n&#233;ralement adress&#233;es depuis les ann&#233;es 1980 &#224; un syst&#232;me scolaire qui, dit-on, &#233;touffe l'&#233;cole et la rend impersonnelle et d&#233;mobilisante. Pour plusieurs, la solution r&#233;side dans un nouveau partage des pouvoirs : l'innovation scolaire et la confiance dans l'institution doivent rena&#238;tre d'une marge de man&#339;uvre accrue &#224; l'&#233;cole. En 1996, la Commission embrasse cette vision et recommande &#171; &lt;em&gt;un changement de cap, &lt;/em&gt;[afin de]&lt;em&gt; rapprocher le lieu de d&#233;cision et le lieu d'action, donc &lt;/em&gt;[de]&lt;em&gt; d&#233;placer le pouvoir vers l'&#233;tablissement d'enseignement.&lt;/em&gt; &#187; Bien qu'elle ne voit pas dans la d&#233;centralisation un but en soi, elle souhaite &#171; &lt;em&gt;une plus grande ma&#238;trise, par les &#233;tablissements, de l'activit&#233; &#233;ducative&lt;/em&gt; &#187;. &#192; cette fin, un conseil d'&#233;tablissement imputable et d&#233;cisionnel doit mobiliser les parents et les forces vives de la communaut&#233; de chaque &#233;cole autour d'un projet &#233;ducatif singulier, rassembleur et d&#233;di&#233; &#224; la r&#233;ussite &#233;ducative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#201;G&#201;, R&#233;nover notre syst&#232;me scolaire : dix chantiers prioritaires, 1996, 90 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, la commission scolaire doit &#234;tre maintenue pour assurer la distribution &#233;quitable des ressources et services &#233;ducatifs sur le territoire &#8211; celui-ci doit cependant &#234;tre agrandi et le nombre de commissions scolaires r&#233;duit &#8211;, soutenir les &#233;tablissements et, insiste la Commission, faire contrepoids &#224; un exc&#232;s de centralisation. C'est pourquoi elle doit demeurer le si&#232;ge d'une instance d&#233;cisionnelle &#233;lue au suffrage universel &#8211; pour peu qu'on redonne du sens et du tonus &#224; cette derni&#232;re, en rehaussant les responsabilit&#233;s et l'imputabilit&#233; des commissaires scolaires, ainsi que la valeur des enjeux et d&#233;cisions &#233;ducatifs par la consultation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre radicale, la proposition de la C&#201;G&#201; fait le p&#233;rilleux pari d'un compromis constructif entre la d&#233;centralisation du r&#233;seau vers les &#233;coles et la dynamisation du gouvernement scolaire au palier interm&#233;diaire. La suite de l'histoire sera cependant plut&#244;t asym&#233;trique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'amorce avec le projet de loi n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 180 qui, d&#232;s 1998, r&#233;duit le nombre de commissions scolaires de 157 &#224; 72 et cr&#233;e les conseils d'&#233;tablissement. Au fil des r&#233;formes, ces derniers se voient confier toujours plus de pouvoirs et de responsabilit&#233;s en mati&#232;re de planification strat&#233;gique, de projets p&#233;dagogiques, de politiques locales, etc., faisant de l'&#233;cole la v&#233;ritable cheville ouvri&#232;re du syst&#232;me. Pendant ce temps, le minist&#232;re h&#233;rite de pouvoirs de surveillance, de contr&#244;le et de pilotage plus &#233;tendus. Sur le plan politique, c'est moins &#224; une d&#233;centralisation qu'&#224; un long &#233;cart&#232;lement de la commission scolaire qu'on assiste : en augmentant sa taille, on &#233;loigne son centre d&#233;cisionnel des communaut&#233;s, tandis que l'&#233;tablissement devient le lieu principal de mobilisation et d'appartenance de ces derni&#232;res et que le minist&#232;re s'accapare les grands enjeux &#233;ducatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de vastes territoires, les sujets qui animent les conseils de commissaires deviennent aussi plus administratifs et plus insaisissables aux yeux de l'&#233;lectorat. Depuis les &#201;tats g&#233;n&#233;raux, la d&#233;saffection &#233;lectorale s'accro&#238;t &#224; chaque scrutin : 15,4 % de participation en 1998, 8,4 % en 2003, 7,9 % en 2007 et finalement 4,9 % en 2014. Tardives, les r&#233;flexions et recommandations &#233;toff&#233;es du Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation (2006)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CSE, Agir pour renforcer la d&#233;mocratie scolaire. Rapport annuel sur l'&#233;tat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et du Directeur g&#233;n&#233;ral des &#233;lections (2010)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DGEQ, Les modifications propos&#233;es &#224; la Loi sur les &#233;lections scolaires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne parviennent pas davantage &#224; provoquer le sauvetage de la d&#233;mocratie scolaire. En fait, chaque &#233;chec &#233;lectoral a plut&#244;t servi de pr&#233;texte commode &#224; une r&#233;forme suppl&#233;mentaire, assujettissant ou &#233;cartelant un peu plus l'instance interm&#233;diaire &#8211; jusqu'&#224; ce qu'on la rende trop symbolique pour la maintenir. En f&#233;vrier 2020, l'adoption du projet de loi n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 40 &#8211; sous le b&#226;illon &#8211; a donc aboli une instance d&#233;mocratiquement &#233;lue ainsi que le droit de vote (chez les francophones) en transformant les commissions scolaires en coop&#233;ratives de soutien administratif et logistique au service des &#233;coles et gouvern&#233;es dans l'opacit&#233; et l'herm&#233;tisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, la trajectoire r&#233;cente de la structure scolaire montre bien que l'absence d'int&#233;r&#234;t politique pour la d&#233;mocratie scolaire a rendu impossible de m&#233;nager la ch&#232;vre d&#233;centralisatrice et le chou d&#233;mocratique, comme le souhaitait la C&#201;G&#201;. Si la d&#233;centralisation vers l'&#233;tablissement a permis d'en faire un pivot du syst&#232;me, elle n'a pas emp&#234;ch&#233; la concentration entre les mains du ministre de pouvoirs accrus de contr&#244;le sur les paliers inf&#233;rieurs. Finalement, cette redistribution des pouvoirs n'a pas seulement vid&#233; la d&#233;mocratie scolaire de son sens : elle a surtout permis de mettre fin &#224; un contre-pouvoir &#233;lu et imputable. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce contrepoids &#224; l'exc&#232;s de centralisation que la C&#201;G&#201; appelait &#224; maintenir qui a &#233;t&#233; neutralis&#233; au fil des ans avant d'&#234;tre purement ray&#233; de l'&#233;quation. Bilan net du compromis : la balance penche du c&#244;t&#233; de l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la d&#233;confessionnalisation, et au-del&#224;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, on compte encore certaines officines confessionnelles au sein du minist&#232;re de l'&#201;ducation et du Conseil sup&#233;rieur de l'&#201;ducation (CSE)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le minist&#232;re comptait deux sous-ministres associ&#233;s, un pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'organisation du syst&#232;me scolaire s'articule autour de commissions scolaires et d'&#233;coles catholiques ou protestantes au sein desquelles on offre des services de pastorale et un enseignement religieux. Pourtant, la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise s'est consid&#233;rablement transform&#233;e et diversifi&#233;e, tant sur le plan culturel que sur celui des croyances et pratiques religieuses. Depuis plusieurs ann&#233;es, bien que loin de faire l'unanimit&#233;, l'id&#233;e d'une organisation scolaire fond&#233;e sur un crit&#232;re linguistique plut&#244;t que confessionnel fait son chemin comme moyen de garantir une &#233;cole neutre et commune. Malheureusement, les diverses tentatives ou propositions de d&#233;confessionnalisation des structures se heurtent &#224; l'article 93 de la Constitution canadienne, qui garantit aux communaut&#233;s protestante et catholique le droit d'organiser et de g&#233;rer leurs institutions scolaires sur une base confessionnelle. A contrario, le maintien de telles institutions entrave les droits prot&#233;g&#233;s par les chartes, tels que l'&#233;galit&#233; devant les services &#233;ducatifs et les libert&#233;s de religion et de conscience. Bref, les diverses pistes d'intervention m&#232;nent soit &#224; l'impasse juridique, soit &#224; la confrontation politique. &#192; d&#233;faut de solution, le statu quo pr&#233;vaut en s'appuyant sur des clauses d&#233;rogatoires, &#224; la demande du clerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ouverture des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, la question demeure donc enti&#232;re, et les avis, polaris&#233;s. Bien vite, on comprend que le consensus sera impossible, bien que &#171; &lt;em&gt;la question des valeurs fait figure de point de convergence&lt;/em&gt; &#187;. Les commissaires devront donc &#171; &lt;em&gt;d&#233;verrouiller&lt;/em&gt; &#187; cette situation intenable, en tranchant le d&#233;bat sur ses trois principaux enjeux : les structures, le statut de l'&#233;cole, l'enseignement religieux. Pour la C&#201;G&#201;, l'&#233;mergence, voire la &#171; r&#233;alit&#233; d'une soci&#233;t&#233; pluraliste et la&#239;que de fait &#187; exige une &#233;cole pour tous, ouverte &#224; la diversit&#233; et la totalit&#233; des &#233;l&#232;ves, &#171; &lt;em&gt;ind&#233;pendamment de leurs croyances, de leur appartenance ethnique ou culturelle et de la religion de leurs parents&lt;/em&gt; &#187; : une &#233;cole neutre. Le temps est donc venu d'&#171; &lt;em&gt;achever la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat&lt;/em&gt; &#187; et de mettre fin au r&#233;gime d&#233;rogatoire qui subordonne le droit &#224; l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; de conscience aux privil&#232;ges confessionnels de deux communaut&#233;s. La C&#201;G&#201; exhorte &#224; abroger ou &#224; modifier l'article 93 de la Constitution canadienne pour d&#233;confessionnaliser tant les commissions scolaires que les &#233;coles. Quant &#224; l'&#233;ducation religieuse, elle doit relever des familles et des &#233;glises, et non de l'&#233;cole, qui cependant peut &#233;duquer par des &#171; &lt;em&gt;contenus d'enseignement culturel en rapport avec le ph&#233;nom&#232;ne religieux&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent en ce sens. Gr&#226;ce &#224; l'obtention d'un amendement constitutionnel, les commissions scolaires linguistiques deviennent r&#233;alit&#233; le 1er juillet 1998. L'ann&#233;e suivante, le rapport Proulx&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GTPR&#201;, La&#239;cit&#233; et religions : perspective nouvelle pour l'&#233;cole qu&#233;b&#233;coise, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; convie &#224; poursuivre la mise en place d'un &#171; &lt;em&gt;syst&#232;me scolaire public la&#239;c&lt;/em&gt; &#187; en abrogeant les clauses d&#233;rogatoires qui maintiennent la confessionnalit&#233; des &#233;coles, et recommande, au nom d'une &#171; &lt;em&gt;la&#239;cit&#233; ouverte&lt;/em&gt; &#187;, de remplacer l'enseignement religieux par &#171; &lt;em&gt;un enseignement culturel des religions obligatoire pour tous&lt;/em&gt; &#187; et des services d'animation spirituel. Appuy&#233;es par une vaste coalition, ces propositions prennent forme dans les projets de loi n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 118 (2000) et 95 (2005), qui ouvrent notamment la voie &#224; la mise en place, d&#232;s 2008, du programme d'&#233;thique et de culture religieuse (ECR), porteur d'une perspective d'&#233;ducation interculturelle et civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En une dizaine d'ann&#233;es, le programme &#233;labor&#233; par la C&#201;G&#201; est donc accompli. Mais le d&#233;bat sur la place de la religion &#224; l'&#233;cole se poursuit dans la foul&#233;e notamment de la &#171; &lt;em&gt;crise des accommodements raisonnables&lt;/em&gt; &#187; et malgr&#233; le rapport Bouchard-Taylor (2008), pour se porter notamment sur la neutralit&#233; des intervenants scolaires et des services &#233;ducatifs dispens&#233;s. Bien qu'au demeurant pol&#233;mique, cette extension du d&#233;bat trouve sa finalit&#233; dans la politique de la&#239;cit&#233; stricte du gouvernement Legault d&#232;s 2019 : annonce du remplacement du cours ECR, abolition des services d'animation de la vie spirituelle et du Comit&#233; des affaires religieuses, interdiction pour le personnel enseignant d'afficher des signes d'appartenance religieuse dans l'enceinte de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, la marche du syst&#232;me scolaire qu&#233;b&#233;cois vers la la&#239;cit&#233; s'est accomplie de mani&#232;re acc&#233;l&#233;r&#233;e &#224; compter des &#201;G&#201;. La strat&#233;gie d'une la&#239;cit&#233; ouverte a notamment permis de rallier les clans, dont le clerg&#233; lui-m&#234;me, car elle garantissait un &#233;quilibre viable dans la reconnaissance et le respect des int&#233;r&#234;ts et des droits fondamentaux de chacun : libert&#233; de conscience, libert&#233; de religion, &#233;galit&#233; devant les services, etc. C'&#233;tait la voie n&#233;cessaire pour ne pas subordonner le droit des uns aux int&#233;r&#234;ts des autres, et permettre &#224; l'&#233;cole commune de se r&#233;aliser dans la tol&#233;rance et l'interculturalisme, comme le pr&#233;voyait notamment la Politique d'int&#233;gration scolaire et d'&#233;ducation interculturelle adopt&#233;e en 1998. Manifestement, l'approche r&#233;cente traduit une rupture avec le chemin ouvert par la C&#201;G&#201;, et risque de briser un &#233;quilibre durement acquis, faute de proposer un projet clair, rassembleur et inclusif pour une &#233;cole du vivre-ensemble. Au bilan : succ&#232;s fragilis&#233; par exc&#232;s de z&#232;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#201;G&#201;, Expos&#233; de la situation, 1996, 131 p. En ligne : collections.banq.qc.ca/ark :/52327/bs40858&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#201;G&#201;, R&#233;nover notre syst&#232;me scolaire : dix chantiers prioritaires, 1996, 90 p. En ligne : collections.banq.qc.ca/ark :/52327/bs40260&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CSE, Agir pour renforcer la d&#233;mocratie scolaire. Rapport annuel sur l'&#233;tat et les besoins de l'&#233;ducation 2005-2006, 2006, 110 p. En ligne : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='http://www.cse.gouv.qc.ca/publications/renforcer-democratie-scolaire-rebe-05-06-50-0184/' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cse.gouv.qc.ca/publications/renforcer-democratie-scolaire-rebe-05-06-50-0184/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DGEQ, Les modifications propos&#233;es &#224; la Loi sur les &#233;lections scolaires, 2010, 222 p. En ligne : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='http://www.electionsquebec.qc.ca/documents/pdf/DGE-6435.pdf' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.electionsquebec.qc.ca/documents/pdf/DGE-6435.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le minist&#232;re comptait deux sous-ministres associ&#233;s, un pour la foi catholique, l'autre pour la foi protestante, tandis que le CSE comptait un comit&#233; catholique et un comit&#233; protestant pour le conseiller.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GTPR&#201;, La&#239;cit&#233; et religions : perspective nouvelle pour l'&#233;cole qu&#233;b&#233;coise, 1999, 282 p. En ligne : numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/64152&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Thomas Hawk (CC BY-NC 2.0)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un retour &#224; la vie normale ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-retour-a-la-vie-normale</link>
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		<dc:date>2023-02-17T03:09:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jade Almeida</dc:creator>


		<dc:subject>Almeida, Jade</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est mon plaidoyer pour ne pas nous laisser s&#233;duire par l'id&#233;e d'un &#171; retour &#224; la vie normale &#187;. Les graves cons&#233;quences de la pand&#233;mie doivent r&#233;sonner comme un appel &#224; changer en profondeur les rapports sociaux, pour &#233;viter que les prochaines crises du genre ne soient aussi d&#233;vastatrices. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant qu'un plan de d&#233;confinement a &#233;t&#233; annonc&#233;, il est tentant de se laisser gagner par l'euphorie. Je comprends tout &#224; fait qu'apr&#232;s plus d'un an de pand&#233;mie, la seule chose qui nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Almeida-Jade-+" rel="tag"&gt;Almeida, Jade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/9869.png?1676603263' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;656&#034; height=&#034;437&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est mon plaidoyer pour ne pas nous laisser s&#233;duire par l'id&#233;e d'un &#171; retour &#224; la vie normale &#187;. Les graves cons&#233;quences de la pand&#233;mie doivent r&#233;sonner comme un appel &#224; changer en profondeur les rapports sociaux, pour &#233;viter que les prochaines crises du genre ne soient aussi d&#233;vastatrices.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Maintenant qu'un plan de d&#233;confinement a &#233;t&#233; annonc&#233;, il est tentant de se laisser gagner par l'euphorie. Je comprends tout &#224; fait qu'apr&#232;s plus d'un an de pand&#233;mie, la seule chose qui nous obs&#232;de, c'est de pouvoir tourner la page. D'applaudir &#224; l'id&#233;e de laisser tout cela derri&#232;re nous et d'enfiler nos lunettes de soleil pour retrouver les ami&#183;e&#183;s dans les terrasses de nos bars pr&#233;f&#233;r&#233;s. Du moins ceux qui auront surv&#233;cu &#224; la pand&#233;mie (&#224; ce stade, ma phrase peut d&#233;signer les ami&#183;e&#183;s comme les bars &#8211; je suis cynique, je sais, vous m'en voyez navr&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; que j'interviens pour vous exhorter &#224; la patience et &#224; la raison. Le plus dur reste &#224; faire et cela va demander beaucoup, mais alors beaucoup d'efforts. Prenons tout d'abord le temps de r&#233;aliser que le virus, en lui-m&#234;me, ne s'en va nulle part. Il est l&#224; pour rester, de nombreuses ann&#233;es au minimum, et cela selon l'avis d'experts &#224; travers le monde. De plus &#8211; et c'est quelque chose de difficile &#224; envisager, mais auquel nous devons malheureusement faire face &#8211; les pand&#233;mies telles que celles que nous venons de connaitre seront des ph&#233;nom&#232;nes de plus en plus r&#233;currents et de plus en plus mortels. Les avertissements &#224; ce sujet abondent en effet depuis des ann&#233;es. Je n'ai pas l'espace dans cet article pour l'expliquer en d&#233;tail, mais disons que nos modes vie, les avanc&#233;es m&#233;dicales, notre impact sur l'environnement ainsi que l'interconnexion des pays du monde entier, tout cela rend la situation in&#233;vitable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je vous invite &#224; lire plus amplement sur le sujet. Voir par exemple : Rob (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous pour autant vivre dans la peur et rester enferm&#233;&#183;e&#183;s chez nous jusqu'&#224; la fin des temps ? Non, bien s&#251;r que non. En revanche, plut&#244;t que d'enfouir notre t&#234;te dans le sable et faire comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233;, nous devrions apprendre de nos erreurs. Je ne cesserai jamais de le marteler : ce qui a particip&#233; massivement &#224; la mortalit&#233; du virus est en grande partie le fonctionnement de nos soci&#233;t&#233;s actuelles. Oui, le virus est dangereux en lui-m&#234;me, mais sa dangerosit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;multipli&#233;e par des services hospitaliers sous-financ&#233;s depuis des d&#233;cennies, par un abandon horrifiant de nos populations les plus marginalis&#233;es, &#224; commencer par les ain&#233;&#183;e&#183;s, et par des politiques n&#233;olib&#233;rales en compl&#232;te roue libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, un retour &#224; la &#171; vie normale &#187; est-il si excitant que cela ? Non, si cela signifie un retour &#224; la perp&#233;tuation d'un tel syst&#232;me ! Comprenons-nous : j'ai &#233;videmment h&#226;te, comme tout le monde, d'en avoir enfin termin&#233; avec la COVID-19. Mais cette pand&#233;mie ne devrait pas &#234;tre un hiatus dans notre quotidien, elle devrait au contraire nous amener &#224; r&#233;&#233;crire enti&#232;rement notre tissu social ; &#224; changer l'ADN m&#234;me de nos vies. En somme, il devrait y avoir une coupure entre l'avant et l'apr&#232;s, une coupure tellement drastique qu'une g&#233;n&#233;ration tout enti&#232;re serait amen&#233;e &#224; consid&#233;rer la p&#233;riode pr&#233;-COVID comme le Moyen &#194;ge. Une &#233;poque sombre de l'humanit&#233; o&#249; la vie humaine n'&#233;tait pas respect&#233;e et o&#249; faire du profit &#233;tait plus important que de sauver des vies.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensons &#224; tous ces emplois qui ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de la lutte contre le virus. Oui, bien s&#251;r, cela englobe le milieu m&#233;dical et les services &#224; la personne, mais &#233;galement tout ce qui touche &#224; l'hygi&#232;ne et aux m&#233;nages. Pour stopper la propagation du virus, nous avons mis l'accent sur le besoin de propret&#233; : ramasser, nettoyer, rincer, frotter, d&#233;sinfecter, a&#233;rer et tout recommencer le jour suivant. Voil&#224; le care dans sa dimension la moins reluisante : celle qui implique de g&#233;rer l'amas de salet&#233;s g&#233;n&#233;r&#233; au quotidien. Or, en d&#233;pit du fait qu'elles sont essentielles au bon fonctionnement de nos soci&#233;t&#233;s, ces t&#226;ches et par extension ces emplois sont parmi les moins valoris&#233;s, que ce soit sur le plan des salaires, de conditions de travail ou de reconnaissance du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire autrement, on refile le sale boulot aux plus exploit&#233;&#183;e&#183;s et on les m&#233;prise pour s'&#234;tre retrouv&#233;&#183;e&#183;s dans cette situation, sous pr&#233;texte qu'il s'agit de travail non ou peu qualifi&#233; que tout le monde pourrait le faire. Si tout le monde peut le faire, curieusement, ce sont toujours les m&#234;mes qui s'en chargent. D'ailleurs, le concept m&#234;me d'emplois &#171; non qualifi&#233;s &#187; a des racines particuli&#232;rement classistes, racistes, sexistes et capacitistes (les quatre cavaliers de l'apocalypse) et sert d'abord et avant tout &#224; justifier le non-respect des travailleur&#183;euse&#183;s qui occupent cesdits emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article &#171; Pour une soci&#233;t&#233; du care &#187;, Evelyn Nakano Glenn nous appelle &#224; repenser notre r&#233;partition du travail de care pour qu'il soit partag&#233; entre tou&#183;te&#183;s. De m&#234;me, il faudrait un shift profond des mentalit&#233;s pour revaloriser le fait de s'occuper des besoins d'autrui, sachant que nous serons tou&#183;te&#183;s amen&#233;&#183;e&#183;s, in&#233;vitablement, &#224; nous reposer &#233;galement sur ces autres &#224; notre tour. Enfin, la r&#233;&#233;valuation salariale ainsi que l'am&#233;lioration des conditions de travail (par l'utilisation de produits non toxiques, l'am&#233;nagement d'horaires vivables, et l'offre d'une meilleure couverture sant&#233;, d'outils de protection et de mesure d'accompagnement pour les travailleur&#183;euse&#183;s) sont urgentes.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quelques colonnes, je n'ai eu le temps de toucher qu'au domaine du care, mais il y aurait tellement &#224; repenser pour nous pr&#233;parer &#224; une nouvelle pand&#233;mie et pr&#233;venir ses pires cons&#233;quences. Parmi les probl&#232;mes le plus criants : l'architecture d'espaces partag&#233;s qui ne permettent pas d'a&#233;rer les salles (par exemple dans les &#233;tablissements scolaires), les logements sociaux en mauvais &#233;tat, les salaires qui ne suivent pas la flamb&#233;e du prix des loyers et qui ne permettent pas de vivre dans des conditions salubres, nos ain&#233;&#183;e&#183;s abandonn&#233;&#183;e&#183;s aux marges de la soci&#233;t&#233;, l'usage automatique et massif des forces de r&#233;pression polici&#232;res et la surcriminalisation qui s'en suit, ou encore les rh&#233;toriques racistes qui ont entour&#233; la maladie, que ce soit au sein du public, dans les m&#233;dias ou dans le milieu hospitalier...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, des acquis de la pand&#233;mie sont &#224; pr&#233;server, mais &#224; examiner avec un certain &#339;il critique : l'ouverture en masse de services en ligne, &#224; commencer par tous les cours universitaires (alors que depuis des d&#233;cennies les activistes en situation de handicap les r&#233;clament et se les voient refuser sous divers pr&#233;textes fallacieux) ou les emplois &#224; distance, l'usage des masques en cas de sympt&#244;mes grippaux afin de limiter les contaminations et ainsi pratiquer le communal care pour mieux prendre soin de celleux qui nous entourent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tellement de domaines &#224; r&#233;former, voire &#224; r&#233;volutionner, et dans notre h&#226;te de fermer le chapitre COVID, nous risquons de manquer encore une fois l'occasion de faire mieux. Or, cette pand&#233;mie a fait plus de trois millions de morts &#224; ce jour &#8211; et ces chiffres sont consid&#233;r&#233;s comme conservateurs ! Avant de nous pr&#233;cipiter en terrasse comme si de rien n'&#233;tait, il est de notre responsabilit&#233; collective d'en tirer des le&#231;ons et de nous mettre au travail, pour que la prochaine pand&#233;mie ne ressemble plus jamais &#224; ce que nous venons de vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je vous invite &#224; lire plus amplement sur le sujet. Voir par exemple : Rob Wallace et al., &#171; COVID-19 et les routes du capital &#187;, &lt;em&gt;Contretemps&lt;/em&gt;, 4 avril 2020. En ligne : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='http://www.contretemps.eu/covid-19-routes-capital-wallace/' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.contretemps.eu/covid-19-routes-capital-wallace/&lt;/a&gt; ; Daniel Tanuro, &#171; Pand&#233;mie, capitalisme et climat &#187;, &lt;em&gt;Contretemps&lt;/em&gt;, 16 avril 2020. En ligne : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='http://www.contretemps.eu/pandemie-capitalisme-et-climat/' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.contretemps.eu/pandemie-capitalisme-et-climat/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Jeanne Menjoulet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Lancer de la brique avec ses mots </title>
		<link>https://www.ababord.org/Regards-feministes-Lancer-de-la-brique-avec-ses-mots</link>
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		<dc:date>2023-02-17T02:59:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kharoll-Ann Souffrant</dc:creator>


		<dc:subject>Souffrant, Kharoll-Ann</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a mille et une fa&#231;ons de militer pour le progr&#232;s. Toutes font partie int&#233;grante de la mosa&#239;que foisonnante du changement social. Ces diverses formes de militantisme ne devraient jamais &#234;tre mises en opposition. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait aux alentours du 8 mars dernier. Une soir&#233;e organis&#233;e pour la Journ&#233;e internationale des droits des femmes. J'assistais &#224; une conf&#233;rence en ligne du Centre Toussaint, institution importante pour la communaut&#233; ha&#239;tienne de Montr&#233;al. On y parlait des grandes femmes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Souffrant-Kharoll-Ann-+" rel="tag"&gt;Souffrant, Kharoll-Ann&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/876876.png?1676602655' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;434&#034; height=&#034;453&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a mille et une fa&#231;ons de militer pour le progr&#232;s. Toutes font partie int&#233;grante de la mosa&#239;que foisonnante du changement social. Ces diverses formes de militantisme ne devraient jamais &#234;tre mises en opposition. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait aux alentours du 8 mars dernier. Une soir&#233;e organis&#233;e pour la Journ&#233;e internationale des droits des femmes. J'assistais &#224; une conf&#233;rence en ligne du Centre Toussaint, institution importante pour la communaut&#233; ha&#239;tienne de Montr&#233;al. On y parlait des grandes femmes de l'histoire d'Ha&#239;ti, elles qui tendent &#224; &#234;tre invisibilis&#233;es. Cet effacement de leur contribution est ironique, car plusieurs d'entre elles ont pris les armes pour se d&#233;fendre contre de la colonisation et l'esclavage. Ainsi, elles ont directement contribu&#233; &#224; la cr&#233;ation de la R&#233;publique d'Ha&#239;ti, le premier &#201;tat noir de l'histoire moderne. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;renci&#232;re de la soir&#233;e, Winnie Jay, affirmait, d&#232;s les premi&#232;res minutes de sa pr&#233;sentation, que les femmes d'origine ha&#239;tienne de 2021 sont aussi des guerri&#232;res et des r&#233;volutionnaires lorsqu'elles prennent la parole dans l'espace public pour la justice sociale et l'&#233;galit&#233;, ou, en d'autres termes, lorsqu'elles font usage des mots. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La figure du militant id&#233;al &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a de ces pr&#233;jug&#233;s sur ce qu'on con&#231;oit &#234;tre la &#171; bonne &#187; fa&#231;on de faire progresser une soci&#233;t&#233;. Dans les sph&#232;res militantes au Qu&#233;bec, il y a souvent une hi&#233;rarchisation implicite des actions &#224; poser et des mani&#232;res de mener la lutte, qui se cristallise dans ce que j'appelle la figure id&#233;ale du &#171; militant de type A &#187;. Le militant de type A, c'est souvent un homme. Le militant de type A s'implique 80 heures par semaine, au point de ne pas voir ses enfants, sa famille et les personnes qui lui sont les plus ch&#232;res. Le militant de type A organise des manifestations &#224; n'en plus finir. Le militant de type A est trop souvent malheureux, parce qu'il n'a pas r&#233;ellement de qualit&#233; de vie : il se consacre corps et &#226;me pour une cause plus grande que lui, esp&#233;rant voir un renversement des in&#233;galit&#233;s sociales de son vivant. Le militant de type A ne r&#233;alise souvent pas qu'il doit d&#233;l&#233;guer, qu'un changement social s'op&#232;re sur plusieurs d&#233;cennies, voire plusieurs si&#232;cles. Le militant de type A n'a souvent pas conscience qu'il ne fait que mettre une brique &#224; l'&#233;difice du progressisme pour le plus grand nombre, et que c'est d&#233;j&#224; beaucoup. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe plusieurs fa&#231;ons de contribuer au d&#233;bat public et de faire trembler le statu quo. Dans mon registre &#224; moi, elles sont toutes importantes, n&#233;cessaires et valables. J'estime qu'elles ne devraient jamais &#234;tre hi&#233;rarchis&#233;es. Il y a de nombreuses mani&#232;res d'occuper ce qu'on appelle &#171; le terrain &#187;. Il n'y en a pas une qui soit absolument meilleure que toutes les autres. L'important est de trouver celle qui nous sied le mieux et qui met &#224; profit nos forces, int&#233;r&#234;ts et talents. Loretta J. Ross, grande militante afro-am&#233;ricaine s'&#233;tant grandement impliqu&#233;e dans les luttes pour la justice reproductive aux &#201;tats-Unis, affirmait que les injustices sociales sont &#171; plates &#187;, mais que lutter contre elles ne devrait jamais l'&#234;tre. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les guerri&#232;res de lettres &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les moyens pour se faire entendre ne manquent pas. Certain&#183;e&#183;s sc&#233;narisent des documentaires ou produisent des recherches universitaires engag&#233;es. Certaines personnes transforment la soci&#233;t&#233; &#224; travers des reportages journalistiques mettant en lumi&#232;re des r&#233;alit&#233;s n&#233;glig&#233;es ou oubli&#233;es de nos soci&#233;t&#233;s contemporaines. Quelques-un&#183;e&#183;s &#233;branlent les consciences endormies en &#233;crivant des livres. D'autres s'engagent en politique active &#8211; cela dit, j'estime qu'on fait de la politique d&#232;s que l'on prend parole pour la justice sociale et l'&#233;galit&#233;, m&#234;me si ce n'est pas de mani&#232;re partisane &#224; l'Assembl&#233;e nationale ou &#224; la Chambre des communes. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi de ces gens qui &#233;crivent des manifestes. Les artistes sont pour moi de grand&#183;e&#183;s r&#233;volutionnaires. Leur contribution essentielle &#224; la m&#233;moire culturelle d'un peuple est souvent tenue pour acquise, m&#233;pris&#233;e, peu reconnue &#224; sa juste valeur. De toujours, les artistes ont &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde et ont jet&#233; un regard lucide sur leur soci&#233;t&#233;, quitte &#224; choquer. Quand on est en avance sur son &#233;poque, on tend souvent &#224; prendre les premi&#232;res gifles jusqu'&#224; ce que notre propos, au fil du temps, s'int&#232;gre au sens commun. Au Qu&#233;bec, le manifeste du Refus global, publi&#233; en 1948, qui d&#233;non&#231;ait l'immobilisme de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise enferm&#233;e dans la religion catholique, a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; et port&#233; par des artistes. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi de ces changements sociaux qui s'op&#232;rent lorsqu'une femme d&#233;cide courageusement de raconter son histoire, de nommer et de vivre sa v&#233;rit&#233; &#224; voix haute. Car lorsqu'une femme prend la parole, elle invite toutes celles qui lui ressemblent de pr&#232;s ou de loin &#224; prendre, elles aussi, la parole. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut tout &#224; fait lancer de la brique sur les structures in&#233;galitaires de sa soci&#233;t&#233; avec ses mots. Lancer de la brique avec ses mots, cela peut s'av&#233;rer risqu&#233;, et m&#234;me dangereux dans certains contextes sociaux, g&#233;ographiques et politiques. En Ha&#239;ti, de nombreux intellectuels ont d&#251; fuir le pays parce qu'ils osaient prendre parole. Ils et elles faisaient trembler de rage les puissants avec des lettres et des mots, ce qui n'&#233;tait pas sans risque de repr&#233;sailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le cas de Marie Vieux-Chauvet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Catherine Lalonde, &#171; La col&#232;re oubli&#233;e de Marie Vieux-Chauvet &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, grande femme de lettres et dramaturge, auteure de Amour, col&#232;re et folie, livre r&#233;dig&#233; en Ha&#239;ti sous le r&#233;gime duvali&#233;riste, avec, selon la rumeur, le soutien de Simone de Beauvoir et des &#233;ditions Gallimard. Vieux-Chauvet a d&#251; s'exiler &#224; Paris. Plusieurs membres de sa famille avaient soudainement disparu sous &#171; Papa Doc &#187;. C'est qu'Amour, col&#232;re et folie jette un regard critique sur la l&#226;chet&#233; de l'&#233;lite et des bourgeois qui composent la soci&#233;t&#233; ha&#239;tienne. Sa famille, exprimant n'avoir jamais eu honte de son esprit de r&#233;bellion, &#233;crit dans une nouvelle &#233;dition du livre que &#171; &lt;em&gt;Marie Vieux-Chauvet n'a pas &#233;t&#233; une martyre ou une femme d&#233;sabus&#233;e, elle qui se d&#233;finissait simplement comme &#8220;un &#233;l&#233;ment de la nature&#8221;. Les &#233;preuves n'ont fait que renforcer sa disposition &#224; la lutte, sa joie de vivre, sa g&#233;n&#233;rosit&#233; et l'optimisme qui lui a permis de surmonter l'&#233;touffement de sa plus belle &#339;uvre. [... E] lle fut simplement une femme qui d&#233;testait par-dessus tout le cynisme, la veulerie et l'injustice&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amour, col&#232;re et folie, Paris, &#201;ditions Zulma, 2015, p. 7-8.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Militante n'est pas mon m&#233;tier &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, le terme &#171; militant&#183;e &#187; est souvent employ&#233; de mani&#232;re p&#233;jorative contre toute personne racis&#233;e, noire et/ou femme qui manifeste une posture critique dans son travail. On reproche souvent &#224; ces personnes ayant une pr&#233;occupation tr&#232;s importante pour la justice sociale de ne pas &#234;tre objectives, d'avoir un &#171; agenda &#187; ou de ne pas rechercher &#171; la v&#233;rit&#233; &#187;. Or, le militantisme et la recherche de la v&#233;rit&#233; ne sont pas deux choses mutuellement exclusives. C'est m&#234;me une fausse dichotomie que d'opposer ainsi ces deux termes aux ramifications tr&#232;s complexes et pluriformes. La notion d'objectivit&#233; a souvent &#233;t&#233; invoqu&#233;e, tant dans le monde universitaire que m&#233;diatique, contre toute personne qui recherche le progr&#232;s social &#224; travers son m&#233;tier. Inversement, dans les milieux politiques, on reproche plut&#244;t &#224; des communicateur&#183;trice&#183;s, des chercheur&#183;e&#183;s, des intellectuel&#183;le&#183;s, des penseur&#183;euse&#183;s, des &#233;crivain&#183;e&#183;s et des artistes de ne pas &#234;tre assez &#171; sur le terrain &#187;, c'est &#224; dire, de ne pas &#234;tre suffisamment &#171; militant&#183;e&#183;s &#187;, voire de ne pas correspondre &#224; la figure du &#171; militant de type A &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que l'on cherche &#224; faire bouger une soci&#233;t&#233;, on s'expose aux critiques, aux attaques et remontrances de tout acabit, m&#234;me de la part nos soi-disant alli&#233;&#183;e&#183;s. En fin de compte, le plus important est de rester fid&#232;le &#224; ses valeurs et &#224; soi-m&#234;me, afin de pouvoir se coucher le soir la conscience tranquille, fi&#232;re d'avoir ajout&#233; notre petite ou grande brique &#224; l'&#233;difice de nos collectivit&#233;s. M&#234;me si elles et ils risquent de n'&#234;tre remerci&#233;&#183;e&#183;s que dans 50 ans, celles et ceux qui aiment v&#233;ritablement leur soci&#233;t&#233; s'att&#232;lent malgr&#233; tout &#224; cette t&#226;che ingrate, mais n&#233;cessaire. Les guerri&#232;res de lettres font souvent office de v&#233;ritables chiennes de garde de nos droits, libert&#233;s et d&#233;mocraties &#8211; ch&#232;rement gagn&#233;s, mais jamais acquis. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Catherine Lalonde, &#171; La col&#232;re oubli&#233;e de Marie Vieux-Chauvet &#187;, &lt;em&gt;Le Devoir&lt;/em&gt;, 4 juillet 2015. En ligne : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='http://www.ledevoir.com/lire/444152/la-colere-oubliee-de-marie-vieux-chauvet &#187;' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ledevoir.com/lire/444152/la-colere-oubliee-de-marie-vieux-chauvet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amour, col&#232;re et folie, Paris, &#201;ditions Zulma, 2015, p. 7-8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Ramon Vitesse&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Omert&#225; dans la sant&#233; et les services sociaux : prendre parole sans peur</title>
		<link>https://www.ababord.org/Omerta-dans-la-sante-et-les-services-sociaux-prendre-parole-sans-peur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Omerta-dans-la-sante-et-les-services-sociaux-prendre-parole-sans-peur</guid>
		<dc:date>2023-02-17T02:54:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lisabeth B&#233;fort-Doucet, Maude Fr&#233;chette</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;fort-Doucet, &#201;lisabeth</dc:subject>
		<dc:subject>Fr&#233;chette, Maude</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a plus d'omert&#224;, on veut que les gens parlent. &#187; - Danielle McCann, alors ministre de la Sant&#233; et des Services sociaux, le 1er mai 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'omert&#224; au sein du syst&#232;me de sant&#233; et de services sociaux qu&#233;b&#233;cois n'est pas nouvelle : il s'agit en fait d'un enjeu syndical depuis des lustres. L'obligation de loyaut&#233; qu'ont les salari&#233;&#183;e&#183;s envers leur employeur entre ici en contradiction avec leur code de d&#233;ontologie, mais aussi avec leur responsabilit&#233; sociale et politique. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Befort-Doucet-Elisabeth-+" rel="tag"&gt;B&#233;fort-Doucet, &#201;lisabeth&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Frechette-Maude-+" rel="tag"&gt;Fr&#233;chette, Maude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/ab-88_omerta.png?1676602360' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;521&#034; height=&#034;546&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Il n'y a plus d'omert&#224;, on veut que les gens parlent. &#187; - Danielle McCann, alors ministre de la Sant&#233; et des Services sociaux, le 1er mai 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de l'omert&#224; au sein du syst&#232;me de sant&#233; et de services sociaux qu&#233;b&#233;cois n'est pas nouvelle : il s'agit en fait d'un enjeu syndical depuis des lustres. L'obligation de loyaut&#233; qu'ont les salari&#233;&#183;e&#183;s envers leur employeur entre ici en contradiction avec leur code de d&#233;ontologie, mais aussi avec leur responsabilit&#233; sociale et politique. Un exemple de cette tension entre le devoir de loyaut&#233; et l'obligation professionnelle peut par exemple &#234;tre trouv&#233; dans le &lt;em&gt;Code de d&#233;ontologie des membres de l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux et des th&#233;rapeutes conjugaux et familiaux du Qu&#233;bec&lt;/em&gt; : on y lit que les membres de l'Ordre doivent promouvoir et favoriser la justice sociale, en plus d'appuyer toute mesure favorisant l'am&#233;lioration des services. Ainsi, la volont&#233; des intervenant&#183;e&#183;s de mettre au jour des situations d&#233;plorables dans leur milieu de travail pourrait &#234;tre accept&#233;e sur la base qu'elle est conforme &#224; leurs exigences d&#233;ontologiques. Or, il n'en est rien : des gestionnaires sont d'ailleurs reconnus pour appliquer des mesures disciplinaires envers les salari&#233;&#183;e&#183;s qui osent d&#233;noncer publiquement, emp&#234;chant ainsi d'autres travailleur&#183;euse&#183;s de faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'obligation de loyaut&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le droit qu'ont les employeurs d'imposer des mesures disciplinaires &#224; un&#183;e salari&#233;&#183;e r&#233;v&#233;lant une situation dans les m&#233;dias provient de l'obligation de loyaut&#233;, pr&#233;vue aux lois du travail. La personne salari&#233;e &#171; &lt;em&gt;doit agir avec loyaut&#233; et honn&#234;tet&#233; et ne pas faire usage de l'information &#224; caract&#232;re confidentiel qu'il obtient dans l'ex&#233;cution ou &#224; l'occasion de son travail&lt;/em&gt; &#187; (Code civil du Qu&#233;bec, art. 2088). Cette obligation est maintenue m&#234;me apr&#232;s la fin du contrat de travail. Des employ&#233;&#183;e&#183;s ou d'ancien&#183;ne&#183;s employ&#233;&#183;e&#183;s pourraient donc se voir imposer des mesures disciplinaires allant de l'avertissement verbal au cong&#233;diement pour avoir contrevenu &#224; cette obligation envers leur employeur, et c'est cette arme que les gestionnaires utilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obligation de loyaut&#233; se heurte bien &#233;videmment &#224; d'autres droits pr&#233;vus aux chartes, comme la libert&#233; d'expression. Plusieurs lanceur&#183;euse&#183;s d'alerte ont fait les manchettes ces derni&#232;res ann&#233;es, autant pour leurs r&#233;v&#233;lations que pour les mesures de repr&#233;sailles impos&#233;es par les employeurs. Devant l'indignation populaire suscit&#233;e par ces repr&#233;sailles, des sites Web gouvernementaux ont &#233;t&#233; mis en place afin de faciliter les d&#233;nonciations anonymes. Toutefois, les repr&#233;sailles restent parfois informelles et contribuent &#224; l'omert&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu la complexit&#233; de la situation, les syndicats peuvent &#234;tre incertains quant &#224; la mani&#232;re d'assurer leur devoir de repr&#233;sentation : s'ils doivent d&#233;fendre les salari&#233;s qui souhaitent prendre la parole, un jugement en leur d&#233;faveur peut toutefois rapidement les d&#233;poss&#233;der de moyens d'action l&#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'omert&#224; qui rend malade&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le syst&#232;me de sant&#233; et de services sociaux, le mutisme impos&#233; par les gestionnaires contribue &#224; la fragilisation des conditions de travail. Consid&#233;rant que le gouvernement pr&#233;tend que tout se passe bien dans les milieux de travail, l'investissement pour panser les maux et trouver des solutions aux probl&#232;mes est lacunaire. De plus, les employeurs profitent des d&#233;nonciations &#224; visage d&#233;couvert pour individualiser les probl&#233;matiques v&#233;cues et ainsi occulter la dimension syst&#233;mique des difficult&#233;s engendr&#233;es par le d&#233;sinvestissement continu dans les services publics. Cet effort organis&#233; pour emp&#234;cher les employ&#233;&#183;e&#183;s de d&#233;noncer est internalis&#233; par les travailleur&#183;euse&#183;s elles- et eux-m&#234;mes. La lanceuse d'alerte Ingrid Garceau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agente de relations humaines &#224; la Direction de la protection de la jeunesse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parle de culpabilit&#233; organisationnelle. &#171; &lt;em&gt;On te dit que si tu n'arrives pas &#224; faire ton travail, c'est que tu n'es pas capable de mettre tes limites. On responsabilise l'individu qui n'est pas capable de fournir dans le syst&#232;me, mais c'est le syst&#232;me, le probl&#232;me&lt;/em&gt; &#187;, nous explique-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie de COVID-19 a d'ailleurs exacerb&#233; cette n&#233;cessit&#233; de d&#233;noncer des agissements de gestionnaires, puisque ceux-ci mettent concr&#232;tement en danger les usager&#183;&#232;re&#183;s, les employ&#233;&#183;e&#183;s et leurs familles. Une salari&#233;e ayant d&#233;nonc&#233; l'absence de mesures sanitaires dans son &#233;tablissement souhaite rester anonyme par peur de repr&#233;sailles. Au d&#233;but de la pand&#233;mie, &#224; cause des manquements pour respecter la s&#233;curit&#233; des employ&#233;&#183;e&#183;s, elle a d&#251; annoncer &#224; sa famille qu'elle &#233;tait symptomatique apr&#232;s avoir &#233;t&#233; en contact &#233;troit avec des coll&#232;gues porteurs du virus. M&#234;me si son test s'est finalement av&#233;r&#233; n&#233;gatif, elle d&#233;nonce entre autres le fait que son travail avait mis sa famille &#224; risque : &#171; &lt;em&gt;Le regard de peur dans les yeux de mon fils me marquera pour toujours&lt;/em&gt; &#187;. Malgr&#233; des rencontres avec les gestionnaires lors desquelles ceux-ci ont affirm&#233; officiellement, en pr&#233;sence de ses repr&#233;sentants syndicaux, qu'ils ne lui imposeraient pas de mesures disciplinaires, cette travailleuse affirme avoir subi du harc&#232;lement psychologique de la part de son chef d'&#233;quipe, et ce &#224; de multiples reprises apr&#232;s sa d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des initiatives pour prendre parole&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des initiatives ont vu le jour pour permettre aux salari&#233;s de d&#233;noncer en toute s&#233;curit&#233;. La page Facebook &lt;em&gt;Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe r&#233;flexixe&lt;/em&gt;, suivie par plus de 30 000 abonn&#233;&#183;e&#183;s, a notamment &#233;t&#233; un outil pour partager des d&#233;nonciations de fa&#231;on anonyme ou pour apporter du support &#224; celles et ceux qui subissent des r&#233;primandes. L'&#233;quipe d'administratrices de la page a partag&#233; des lev&#233;es de fonds pour des frais d'avocats, destin&#233;es &#224; des travailleur&#183;euse&#183;s n'ayant pas acc&#232;s &#224; de la repr&#233;sentation syndicale et des informations sur les droits au travail. &#171; &lt;em&gt;On voit vraiment une autonomisation des salari&#233;&#183;e&#183;s dans leurs t&#233;moignages et leur v&#233;cu, une forme d'empowerment&lt;/em&gt; &#187;, nous raconte une des personnes derri&#232;re la page. &#171; &lt;em&gt;C'est beau de voir la force que les gens ont en tenant t&#234;te.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centrales syndicales ont &#233;galement d&#233;velopp&#233; des plateformes pour permettre la d&#233;nonciation des probl&#232;mes v&#233;cus dans les milieux de travail, autant &#224; visage d&#233;couvert que de mani&#232;re anonyme. Avoir acc&#232;s aux t&#233;moignages d'autrui peut &#234;tre un soulagement &#233;norme pour les salari&#233;&#183;e&#183;s r&#233;duit&#183;e&#183;s au silence depuis trop longtemps. Ingrid nous a confirm&#233; que son t&#233;moignage a fait du bien &#224; ses coll&#232;gues, qui ne se sentaient plus seules : &#171; &lt;em&gt;Je me suis fait remercier par d'autres &#233;quipes d'&#234;tre all&#233;e d&#233;noncer publiquement ce que nous subissions toutes&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre solution, qui mettrait &#224; profit des strat&#233;gies intersyndicales, serait que des organisations prennent la parole pour d&#233;fendre les salari&#233;&#183;e&#183;s d'un autre syndicat. Si, par exemple, des travailleuses sociales doivent exercer leur travail dans un milieu n'ayant pas mis en place des mesures sanitaires ad&#233;quates, les autres syndicats du secteur pourraient d&#233;noncer d'une seule voix les lacunes observ&#233;es. Cela &#233;viterait que des employ&#233;&#183;e&#183;s osant mettre au jour des situations ne soient cibl&#233;&#183;e&#183;s et ne fassent l'objet de mesures disciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des situations inacceptables se produisent encore aujourd'hui au sein de notre syst&#232;me de sant&#233; et de services sociaux. La pand&#233;mie exacerbe les in&#233;galit&#233;s et la pr&#233;carit&#233; des travailleur&#183;euse&#183;s qui tiennent le Qu&#233;bec &#224; bout de bras. En ces temps incertains, les prises de parole sont parfois vitales pour maintenir le syst&#232;me &#224; flot, et les conditions pour qu'elles se r&#233;alisent doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;es. &#171; &lt;em&gt;Je ne regrette pas d'&#234;tre sortie&lt;/em&gt; &#187;, a conclu, en larmes, la salari&#233;e anonyme que nous avons rencontr&#233;e. &#171; &lt;em&gt;Il fallait que &#231;a sorte, &#231;a n'avait aucun bon sens.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le besoin de mettre en lumi&#232;re et de d&#233;noncer les situations insoutenables v&#233;cues dans le r&#233;seau de la sant&#233; et des services sociaux doit &#224; tout prix trouver un support solide dans les instances syndicales et les groupes alli&#233;s aux travailleur&#183;euse&#183;s. Les entrevues que nous avons faites et l'analyse que nous en d&#233;gageons conduisent &#224; un constat clair : d&#233;noncer est possible et souhaitable quand un r&#233;seau nous appuie et quand l'instance qui nous repr&#233;sente nous d&#233;fend. Sans ce filet tiss&#233; serr&#233; par nos syndicats et par nos pairs, la d&#233;marche de d&#233;nonciation peut devenir cauchemardesque, m&#234;me si elle est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agente de relations humaines &#224; la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), Ingrid Garceau a d&#233;nonc&#233; publiquement, l'hiver dernier, la surcharge de travail associ&#233;e aux d&#233;parts massifs en cong&#233; de maladie qu'avait connus son &#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maude Fr&#233;chette est travailleuse sociale, et &#201;lisabeth B&#233;fort-Doucet est conseill&#232;re syndicale. Toutes deux sont membres de Lutte commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Ramon Vitesse&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sant&#233; communautaire : un exercice de d&#233;mocratie directe</title>
		<link>https://www.ababord.org/Sante-communautaire-un-exercice-de-democratie-directe</link>
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		<dc:date>2023-02-17T02:53:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Audrey-Ann Bissonnette-Clermont, Eve-Lyne Clusiault, Caroline Dufour, B&#233;atrice Landry-Belleau</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Clusiault, Eve-Lyne</dc:subject>
		<dc:subject>Dufour, Caroline</dc:subject>
		<dc:subject>Landry-Belleau, B&#233;atrice</dc:subject>
		<dc:subject>Bissonnette-Clermont, Audrey-Ann</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La crise sanitaire actuelle remet en &#233;vidence les probl&#232;mes existant depuis des d&#233;cennies dans le r&#233;seau de la sant&#233;. La solution passe par le d&#233;veloppement des services communautaires et de premi&#232;res lignes. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1971, avec l'adoption de la Loi sur les services de sant&#233; et les services sociaux, le Qu&#233;bec exprimait la volont&#233; de d&#233;velopper son syst&#232;me de sant&#233; publique par la cr&#233;ation des Centres locaux de services communautaires (CLSC). Ceux-ci existent toujours aujourd'hui, mais leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Clusiault-Eve-Lyne-+" rel="tag"&gt;Clusiault, Eve-Lyne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Dufour-Caroline-+" rel="tag"&gt;Dufour, Caroline&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Landry-Belleau-Beatrice-+" rel="tag"&gt;Landry-Belleau, B&#233;atrice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bissonnette-Clermont-Audrey-Ann-+" rel="tag"&gt;Bissonnette-Clermont, Audrey-Ann&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/ab-88_ccpsc.png?1676601213' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;522&#034; height=&#034;291&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise sanitaire actuelle remet en &#233;vidence les probl&#232;mes existant depuis des d&#233;cennies dans le r&#233;seau de la sant&#233;. La solution passe par le d&#233;veloppement des services communautaires et de premi&#232;res lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1971, avec l'adoption de la &lt;em&gt;Loi sur les services de sant&#233; et les services sociaux&lt;/em&gt;, le Qu&#233;bec exprimait la volont&#233; de d&#233;velopper son syst&#232;me de sant&#233; publique par la cr&#233;ation des Centres locaux de services communautaires (CLSC). Ceux-ci existent toujours aujourd'hui, mais leur raison d'&#234;tre a &#233;t&#233; lourdement &#233;branl&#233;e par de nombreuses r&#233;formes et par l'apparition d'un mod&#232;le comp&#233;titif favorisant la primaut&#233; des m&#233;decins, celui des Groupes de m&#233;decine familiale (GMF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de faire une comparaison exhaustive de ces deux entit&#233;s, mais plut&#244;t de r&#233;fl&#233;chir aux besoins des services de premi&#232;res lignes. D'abord, ces services devraient &#234;tre dirig&#233;s par des &#233;quipes multidisciplinaires impliquant les membres des diff&#233;rentes communaut&#233;s concern&#233;es et non pas uniquement par des m&#233;decins. Ensuite, les priorit&#233;s et les ressources devraient &#234;tre guid&#233;es par les besoins des populations desservies et non par le profit. Finalement, les services devraient &#234;tre accessibles sur l'ensemble du territoire de fa&#231;on &#233;quitable plut&#244;t que concentr&#233;s en milieu urbain ou offerts &#224; la discr&#233;tion des propri&#233;taires de services qui tendent &#224; favoriser les milieux privil&#233;gi&#233;s. C'est ce qu'on cherchait &#224; contrer avec la cr&#233;ation des CLSC et c'est de ce mod&#232;le que s'inspire la proposition qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;venir ou gu&#233;rir ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les choix d'orientation et de d&#233;veloppement d'un syst&#232;me de sant&#233;, il faut s'int&#233;resser &#224; l'approche g&#233;n&#233;rale qui y est pr&#233;conis&#233;e. Un syst&#232;me bas&#233; sur une &lt;em&gt;approche biom&#233;dicale curative&lt;/em&gt; aura tendance &#224; segmenter la soci&#233;t&#233; en groupes d'&#226;ge, en probl&#233;matiques qui seront trait&#233;es de mani&#232;re plus ou moins ind&#233;pendante les unes des autres. C'est une approche centr&#233;e sur le m&#233;decin, car on consid&#232;re que c'est l'acte m&#233;dical qui est cens&#233; gu&#233;rir la soci&#233;t&#233; de ses maux. Cons&#233;quemment, ce type d'approche g&#233;n&#232;re un syst&#232;me hospitalo-centriste tr&#232;s peu ax&#233; sur la pr&#233;vention, c'est-&#224;-dire o&#249; tr&#232;s peu de gestes sont pos&#233;s visant &#224; &#233;viter que les probl&#232;mes de sant&#233; ne se manifestent en premier lieu. L'adage populaire stipule qu'il &#171; vaut mieux pr&#233;venir que gu&#233;rir &#187;. Or, dans le syst&#232;me actuel, on gu&#233;rit beaucoup plus qu'on ne pr&#233;vient et cela nous co&#251;te extr&#234;mement cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; contrario, un syst&#232;me bas&#233; sur une approche de sant&#233; communautaire, soit une approche biopsychosociale de pr&#233;vention et de promotion de la sant&#233;, optera pour un d&#233;cloisonnement des besoins de la population, selon une organisation d&#233;centralis&#233;e et multidisciplinaire. Cela n'implique pas d'&#233;liminer le centre hospitalier. Les gens auront toujours besoin de soins d'urgence, de m&#233;decine interne, d'op&#233;rations et d'imagerie m&#233;dicale. L'id&#233;e est de mettre fin &#224; l'hypercentralisation des services et de consacrer beaucoup plus de ressources &#224; la pr&#233;vention des crises et des maladies. Par la proximit&#233; et l'accessibilit&#233; des services, un tel syst&#232;me serait en mesure d'agir sur les probl&#233;matiques de sant&#233; en amont, avant qu'elles n'arrivent &#224; une phase symptomatique aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une approche globale qui prend en consid&#233;ration tous les d&#233;terminants de sant&#233; de la personne, incluant son organisation sociale, son statut socio-&#233;conomique, son milieu de vie et ses relations avec les autres. Les in&#233;galit&#233;s sociales de sant&#233; sont ainsi mises en lumi&#232;re et s'articulent clairement avec les classes sociales et les oppressions syst&#233;miques telles que la pauvret&#233;, le racisme, l'&#226;gisme, le sexisme ou le capacitisme. En effet, ces injustices devraient &#234;tre trait&#233;es comme des priorit&#233;s de sant&#233; publique, car elles ont un impact sur l'ensemble des d&#233;terminants sociaux de la sant&#233; de celles et ceux qui les subissent. Ce que l'approche communautaire de la sant&#233; revendique, c'est une r&#233;volution politique, sociale et &#233;conomique, afin que nous puissions construire une soci&#233;t&#233; qui nous garde en sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la charit&#233; &#224; la solidarit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il nous faudra sortir de la logique d'assistanat et de charit&#233; pour entrer dans une dynamique d'organisation communautaire et de solidarit&#233;. On dit qu'il y a sant&#233; communautaire quand les membres d'une collectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissent en commun &#224; leurs probl&#232;mes de sant&#233;, expriment leurs priorit&#233;s et participent activement &#224; la mise en place et au d&#233;roulement des activit&#233;s les plus aptes &#224; r&#233;pondre &#224; leurs besoins. Une r&#233;elle participation &#224; toutes les &#233;tapes de mise en place d'un service de sant&#233; permet de faire en sorte que le service soit pertinent et bien orient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet aussi de r&#233;aliser des activit&#233;s d'&#233;ducation populaire et de s'exercer &#224; la pratique de la d&#233;mocratie. Des m&#233;canismes internes sont n&#233;cessaires pour assurer une prise de parole &#233;galitaire et inclusive au sein du groupe. Il ne s'agit pas uniquement d'&#234;tre pr&#233;sent, encore faut-il pouvoir exprimer sa r&#233;alit&#233;, sa v&#233;rit&#233; et son point de vue sur les choses. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cet effort de d&#233;mocratie directe que l'on d&#233;construit les rapports de pouvoir et que l'on cr&#233;e de la coh&#233;sion sociale. La sant&#233; devient un espace d'organisation collective pouvant contribuer &#224; la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles. Les autrices de cet article plaident pour un retour &#224; des services de proximit&#233; et ancr&#233;s dans la communaut&#233;, &#224; l'image de ce qu'ont &#233;t&#233; les CLSC &#224; l'&#233;poque de leur implantation. Comme bien souvent dans l'histoire des services sociaux et de sant&#233; au Qu&#233;bec, la cr&#233;ation de ce service &#233;tatique avait &#233;t&#233; inspir&#233;e par le milieu communautaire, notamment la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, qui est consid&#233;r&#233;e par plusieurs comme l'anc&#234;tre du r&#233;seau des CLSC.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Favoriser l'autonomie des soignantes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'infirmi&#232;res, nous devons faire face &#224; des politiques n&#233;olib&#233;rales qui visent surtout &#224; privatiser le syst&#232;me de sant&#233;. Nous sommes d'avis que ce type de d&#233;cision politique ne permet pas de prendre soin ni des soignantes ni des besoins de la population. Si nous portons notre regard &#224; l'international, nous pouvons constater un certain effondrement des services publics dans la plupart des &#201;tats occidentaux. Cette tendance, qui ne semble pas vouloir ralentir, est extr&#234;mement inqui&#233;tante pour l'ensemble de la population qu&#233;b&#233;coise et tout particuli&#232;rement pour les plus vuln&#233;rables d'entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-financement chronique de services de premi&#232;re ligne a des cons&#233;quences r&#233;elles et palpables sur la surcharge du reste des services de sant&#233;. Sans une premi&#232;re ligne forte et sans un r&#233;el effort de pr&#233;vention et de promotion de la sant&#233; visant l'am&#233;lioration des conditions de vie de la population, il n'est pas possible d'avoir un syst&#232;me de sant&#233; viable, efficace et efficient. Il est urgent de mettre en place, d&#232;s maintenant, des structures qui soient capables de r&#233;pondre &#224; nos besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour appliquer l'approche de la sant&#233; communautaire, nous avons besoin de structures ad&#233;quates. La mise en place de structures de sant&#233; autog&#233;r&#233;es par des &#233;quipes multidisciplinaires repr&#233;sente une solution concr&#232;te aux enjeux que nous vivons. Ces espaces ont le potentiel d'assurer des conditions de travail dignes et s&#233;curitaires pour celles qui soignent la soci&#233;t&#233;. Ils permettraient &#233;galement de mettre en place les conditions optimales pour d&#233;ployer le savoir des infirmi&#232;res en sant&#233; communautaire. Il serait possible de d&#233;montrer l'efficacit&#233; et l'efficience de ce type d'approche. Une telle structure lib&#233;rerait la parole des soignantes, afin que leur expertise puisse exister davantage dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une structure autonome autog&#233;r&#233;e de sant&#233;, c'est aussi un p&#244;le d'organisation communautaire qui est libre de contester, de d&#233;noncer et de proposer. Cela devient un acteur vivant dans l'espace public, pouvant faire pression sur les politiques et participer &#224; la construction de la r&#233;silience de nos communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exemples inspirants existent, comme la coop&#233;rative de solidarit&#233; de sant&#233; SABSA &#224; Qu&#233;bec, le r&#233;seau des dispensaires autog&#233;r&#233;s en Gr&#232;ce, ou encore le centre de sant&#233; autog&#233;r&#233; et populaire Village2 en Is&#232;re, en France. Nous sommes d'avis qu'avec un syst&#232;me bas&#233; sur une approche de sant&#233; communautaire, une premi&#232;re ligne forte et une pr&#233;sence de multiples petits centres de sant&#233; multidisciplinaire partout sur le territoire, nous aurions pu minimiser de beaucoup les impacts de la pand&#233;mie sur nos communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour aller plus loin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour en conna&#238;tre davantage sur les CLSC et les GMF, nous vous recommandons la lecture des diff&#233;rentes publications d'Anne Plourde :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li&gt;&#171; CLSC ou GMF ? Comparaison des deux mod&#232;les et impact du transfert de ressources &#187;, IRIS, mai 2017. En ligne : iris-recherche.qc.ca/publications/CLSC-GMF&lt;/li&gt; &lt;li&gt;Le capitalisme, c'est mauvais pour la sant&#233;, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2021, 288 p.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Eve-Lyne Clusiault est infirmi&#232;re clinicienne et &#233;tudiante &#224; la ma&#238;trise en sciences infirmi&#232;res (Infirmi&#232;re Praticienne Sp&#233;cialis&#233;e en Premi&#232;re Ligne &#8211; IPSPL). Audrey-Ann Bissonnette-Clermont est infirmi&#232;re clinicienne. B&#233;atrice Landry-Belleau est infirmi&#232;re et &#233;tudiante au baccalaur&#233;at en sciences infirmi&#232;res. Caroline Dufour est infirmi&#232;re clinicienne sp&#233;cialis&#233;e. L'auteure et ses collaboratrices sont toutes membres du conseil d'administration de l'Association qu&#233;b&#233;coise des infirmi&#232;res et infirmiers (AQII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CLSC, une inspiration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autrices de cet article plaident pour un retour &#224; des services de proximit&#233; et ancr&#233;s dans la communaut&#233;, &#224; l'image de ce qu'ont &#233;t&#233; les CLSC &#224; l'&#233;poque de leur implantation. Comme bien souvent dans l'histoire des services sociaux et de sant&#233; au Qu&#233;bec, la cr&#233;ation de ce service &#233;tatique avait &#233;t&#233; inspir&#233;e par le milieu communautaire, notamment la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, qui est consid&#233;r&#233;e par plusieurs comme l'anc&#234;tre du r&#233;seau des CLSC.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise du logement : tout va tr&#232;s bien, madame la ministre</title>
		<link>https://www.ababord.org/Crise-du-logement-tout-va-tres-bien-madame-la-ministre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Crise-du-logement-tout-va-tres-bien-madame-la-ministre</guid>
		<dc:date>2023-02-17T02:47:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Ross, Maxime Roy-Allard</dc:creator>


		<dc:subject>Ross, Claire</dc:subject>
		<dc:subject>Logement, transports et &#233;cologie urbaine</dc:subject>
		<dc:subject>Roy-Allard, Maxime</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'une grave crise du logement s&#233;vit au Qu&#233;bec, frappant durement les personnes locataires, les &#233;lu&#183;e&#183;s et les repr&#233;sentants des propri&#233;taires immobiliers se relaient pour nous assurer que tout va pour le mieux. Que r&#233;v&#232;lent ces discours, et que leur r&#233;pondre ? Propos recueillis par Alexis Ross. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : Tout d'abord, bri&#232;vement, &#224; quoi ressemble la crise du logement ? Et comment contribue-t-elle &#224; aggraver des in&#233;galit&#233;s pr&#233;existantes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Maxime Roy-Allard : La crise s&#233;vit sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ross-Alexis-+" rel="tag"&gt;Ross, Claire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Logement-transports-et-ecologie-+" rel="tag"&gt;Logement, transports et &#233;cologie urbaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Roy-Allard-Maxime-+" rel="tag"&gt;Roy-Allard, Maxime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/ab-88_crise-logement-tout-va-bien.png?1676600437' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;530&#034; height=&#034;668&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'une grave crise du logement s&#233;vit au Qu&#233;bec, frappant durement les personnes locataires, les &#233;lu&#183;e&#183;s et les repr&#233;sentants des propri&#233;taires immobiliers se relaient pour nous assurer que tout va pour le mieux. Que r&#233;v&#232;lent ces discours, et que leur r&#233;pondre ? Propos recueillis par Alexis Ross.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : Tout d'abord, bri&#232;vement, &#224; quoi ressemble la crise du logement ? Et comment contribue-t-elle &#224; aggraver des in&#233;galit&#233;s pr&#233;existantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maxime Roy-Allard :&lt;/strong&gt; La crise s&#233;vit sur plusieurs fronts. D'abord, elle frappe durement l'abordabilit&#233; des logements. Les loyers connaissent une r&#233;elle flamb&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es. Un quatre et demi &#224; louer co&#251;te d&#233;sormais en moyenne plus de 1 300 $ par mois &#224; Montr&#233;al et 1000 $ dans la province. Cela a &#233;videmment des cons&#233;quences directes sur le budget des m&#233;nages. Les locataires doivent trop souvent couper dans leurs autres besoins de base pour r&#233;ussir &#224; payer le loyer chaque mois. Il suffit d'une bad luck pour se retrouver en situation de non-paiement de loyer et de risquer une &#233;viction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la raret&#233; des logements est un autre bon indicateur d'une crise du logement. Dans la plupart des r&#233;gions du Qu&#233;bec, les logements se font tr&#232;s rares, les taux d'inoccupation sont autour de 1 % ou 2 % (alors qu'on juge que le taux d'&#233;quilibre est de 3 %). Et ces taux sont fauss&#233;s dans plusieurs villes en raison d'une forte disponibilit&#233; de logements neufs, donc significativement plus chers. Ainsi, quand on regarde le nombre de logements disponibles qui sont abordables, on est souvent pr&#232;s de 0 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se traduit aussi en une forte discrimination par les propri&#233;taires, car ils ont le &#171; luxe &#187; de choisir leurs locataires. Les gens se font discriminer en raison de leur condition sociale, de leur origine ethnique, de la pr&#233;sence d'enfants, etc. Or, ce sont tous des motifs de discrimination interdits en vertu de la Charte qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Quels sont les pires mensonges ou demi-v&#233;rit&#233;s qu'aiment r&#233;pandre les associations de propri&#233;taires pour d&#233;nier l'existence d'une crise du logement ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. R.-A. :&lt;/strong&gt; Les associations de propri&#233;taires sont tr&#232;s habiles quand vient le temps de cadrer les d&#233;bats sur le logement. &#192; les &#233;couter, on penserait que l'immobilier n'est pas payant et que les locataires sont rois et maitres. Ces lobbys utilisent abondamment des sondages &#171; maison &#187;, effectu&#233;s aupr&#232;s de leurs membres, pour r&#233;pandre des demi-v&#233;rit&#233;s voulant par exemple que les taux d'inoccupation soient plus &#233;lev&#233;s que les chiffres officiels. Ils affirment &#233;galement sur toutes les tribunes que les loyers n'augmentent pas assez rapidement et que cela emp&#234;che les propri&#233;taires de r&#233;nover leurs logements. Or, jamais ils ne pr&#233;cisent que l'immobilier est tr&#232;s payant sur le moyen et le long terme, lorsqu'on revend les immeubles, ni que la plupart des propri&#233;taires ne respectent pas les taux d'augmentation de loyer &lt;em&gt;sugg&#233;r&#233;s&lt;/em&gt; par le Tribunal administratif du logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Quelle est la part de responsabilit&#233; des propri&#233;taires dans la crise actuelle, et comment en profitent-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. R.-A. :&lt;/strong&gt; Ils profitent abondamment de la crise pour d&#233;loger les locataires et augmenter leurs profits. On voit de plus en plus de tactiques comme les r&#233;novictions, des pratiques malhonn&#234;tes et souvent frauduleuses qui visent &#224; obtenir le d&#233;part des locataires dans le but d'augmenter rapidement les loyers. Ce qui est d&#233;courageant, c'est que les propri&#233;taires sont tr&#232;s originaux quand vient le temps de d&#233;jouer la loi afin d'&#233;vincer les locataires. Alors que &#231;a peut prendre des ann&#233;es pour convaincre les gouvernements de renforcer la loi, les propri&#233;taires r&#233;inventent constamment leurs pratiques pour augmenter leurs profits et bafouer les droits des locataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Quand Andr&#233;e Laforest, ministre responsable de l'Habitation, dit qu'&#171; &lt;em&gt;on n'est pas du tout dans une situation de crise du logement&lt;/em&gt; &#187;, ou quand Fran&#231;ois Legault affirme que les logements co&#251;tent 500 $ &#224; Montr&#233;al, est-ce de la &#171; d&#233;connexion &#187;, comme l'ont dit plusieurs, ou est-ce plut&#244;t une strat&#233;gie calcul&#233;e de d&#233;ni ? Qu'est-ce que le gouvernement aurait &#224; gagner &#224; nier une crise qui frappe si durement la population ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. R.-A. :&lt;/strong&gt; Nier la crise du logement a d'abord un c&#244;t&#233; pratique pour le gouvernement du Qu&#233;bec : cela le d&#233;douane d'entreprendre toute action pour r&#233;gler ladite crise. De plus, il n'est pas tr&#232;s surprenant que la CAQ refuse de reconna&#238;tre le probl&#232;me, quand on sait que l'&#233;lectorat du parti est fortement compos&#233; de propri&#233;taires : tr&#232;s peu de comt&#233;s caquistes ont une forte proportion de locataires. Il est donc facile pour le gouvernement Legault de nier le probl&#232;me sans avoir peur pour les prochaines &#233;lections. Le d&#233;ni de la CAQ est aussi id&#233;ologique : parler de crise ouvrirait la porte &#224; une ing&#233;rence de l'&#201;tat dans le march&#233; de l'habitation. Et qui dit ing&#233;rence dans le march&#233; dit r&#233;duction des profits pour les propri&#233;taires bailleurs (locateurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Fran&#231;ois Legault affirme qu'en mati&#232;re de logement, &#171; &lt;em&gt;la loi fonctionne tr&#232;s bien&lt;/em&gt; &#187; : si c'est bien le cas, alors on peut imaginer que la loi n'a tout simplement pas pour but de prot&#233;ger les droits des locataires. &#192; quoi sert-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. R.-A. :&lt;/strong&gt; Le probl&#232;me avec la vision des gouvernements lorsque vient le temps de consid&#233;rer les probl&#232;mes de logement, c'est que leur pr&#233;misse de base est que le logement locatif est d'abord et avant tout un investissement. Cette conception du logement entre directement en contradiction avec le droit au logement. Chaque avanc&#233;e pour les droits des locataires est donc per&#231;ue comme un recul pour la capacit&#233; des propri&#233;taires immobiliers &#224; faire du profit. Tant et aussi longtemps que cette conception dominera les politiques de logement des gouvernements, il sera tr&#232;s difficile d'avoir des avanc&#233;es substantielles pour les locataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment pour ces raisons qu'il faut voir le logement sans but lucratif comme une avenue importante pour garantir le droit au logement. Mais d'ici &#224; ce qu'il y ait plus de logements sociaux, il faut s'assurer que les droits des locataires soient mieux prot&#233;g&#233;s, notamment en mati&#232;re d'&#233;viction et de hausse de loyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Si les rapports entre propri&#233;taires et locataires sont in&#233;gaux, et que les premiers semblent avoir la sympathie du gouvernement, comment peut-on esp&#233;rer renverser la situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. R.-A. :&lt;/strong&gt; Si ce n'&#233;tait des comit&#233;s logement, des associations de locataires et des autres organisations de lutte pour le droit au logement, il est clair que la situation des locataires au Qu&#233;bec serait bien pire actuellement. Bien que peu de victoires significatives ont &#233;t&#233; gagn&#233;es au fil des ann&#233;es, ces groupes ont bloqu&#233; de nombreuses r&#233;formes qui auraient fait tr&#232;s mal &#224; l'acc&#232;s au logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc continuer d'organiser la lutte pour le droit au logement &#224; tous les niveaux, que ce soit dans les blocs de logement, dans les quartiers, dans les villes et au niveau provincial et national. Beaucoup reste &#224; faire pour qu'un v&#233;ritable mouvement social pour le droit au logement voie le jour au Qu&#233;bec, mais la crise actuelle nous montre que le vent est en train de tourner, que de plus en plus de personnes s'int&#233;ressent &#224; ces questions. La mission d'un organisme comme le RCLALQ est justement de canaliser ces forces pour arriver &#224; l'am&#233;lioration des droits des locataires et du droit au logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse des groupes de locataires aux discours des propri&#233;taires et du gouvernement est de montrer que la crise du logement n'est pas simplement &#233;pisodique ni uniquement fond&#233;e sur le taux d'inoccupation. La crise perdure depuis d&#233;j&#224; tr&#232;s longtemps. On en parle plus actuellement car &#231;a touche de plus en plus la classe moyenne, mais les m&#233;nages &#224; faible revenu sont affect&#233;s par les probl&#232;mes de logements de fa&#231;on chronique. Le r&#244;le des comit&#233;s logement est justement de porter la parole des locataires qui ont rarement un &#233;cho sur la place publique, par exemple en sortant dans la rue. Pour nous, il y aura crise du logement tant et aussi longtemps que le logement sera vu comme un outil pour faire du profit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maxime Roy-Allard est porte-parole du Regroupement des comit&#233;s logement et associations de locataires du Qu&#233;bec (RCLALQ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image : RCLALQ. Illustration tir&#233;e d'une brochure de 1983 sur les augmentations de loyers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Itin&#233;rance &#224; Montr&#233;al : Prends garda toi !</title>
		<link>https://www.ababord.org/Itinerance-a-Montreal-Prends-garda-toi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Itinerance-a-Montreal-Prends-garda-toi</guid>
		<dc:date>2023-02-17T02:39:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chlo&#233; Bourbiaux, Vincent Masson</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement associatif et communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Bourbiaux, Chlo&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Masson, Vincent</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 20 janvier 2021, la direction de l'Accueil Bonneau abolissait int&#233;gralement son service d'intervention de premi&#232;re ligne et pla&#231;ait des agent&#183;e&#183;s de s&#233;curit&#233; l&#224; o&#249; des intervenant&#183;e&#183;s qualifi&#233;&#183;e&#183;s faisaient leur travail avec passion et engagement. Ces coupures ne sont que la pointe de l'iceberg. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'approche bas&#233;e sur la s&#233;curit&#233; et la r&#233;pression est d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans bien des lieux publics. On embauche de gardien&#183;ne&#183;s de s&#233;curit&#233; (bien souvent de la firme GARDA) dans les centres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-associatif-et-+" rel="tag"&gt;Mouvement associatif et communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bourbiaux-Chloe-+" rel="tag"&gt;Bourbiaux, Chlo&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Masson-Vincent-+" rel="tag"&gt;Masson, Vincent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/88687.png?1676602107' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;393&#034; height=&#034;262&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 20 janvier 2021, la direction de l'Accueil Bonneau abolissait int&#233;gralement son service d'intervention de premi&#232;re ligne et pla&#231;ait des agent&#183;e&#183;s de s&#233;curit&#233; l&#224; o&#249; des intervenant&#183;e&#183;s qualifi&#233;&#183;e&#183;s faisaient leur travail avec passion et engagement. Ces coupures ne sont que la pointe de l'iceberg. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'approche bas&#233;e sur la s&#233;curit&#233; et la r&#233;pression est d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans bien des lieux publics. On embauche de gardien&#183;ne&#183;s de s&#233;curit&#233; (bien souvent de la firme GARDA) dans les centres commerciaux, pour vous faire circuler ; dans les salles d'attente des h&#244;pitaux, pour vous tenir tranquilles ; dans certains quartiers, pendant la p&#233;riode touristique, pour s'assurer que vous ne perturbiez pas le bon d&#233;roulement des activit&#233;s et que vous n'entachiez pas l'image de la ville ; dans certaines biblioth&#232;ques, pour vous dire de ne pas dormir ni fl&#226;ner ; dans les installations d'urgence pour personnes en situation d'itin&#233;rance pour soi-disant pallier le manque d'intervenant&#183;e&#183;s, etc. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie &#224; laquelle nous faisons face depuis plus d'un an semble donc avoir fourni une excuse inesp&#233;r&#233;e &#224; certains organismes communautaires pour amorcer eux aussi ce virage drastique vers la s&#233;curit&#233;. Ainsi, les agent&#183;e&#183;s de s&#233;curit&#233; Garda se sont retrouv&#233;&#183;e&#183;s en plus grand nombre que les intervenant&#183;e&#183;s dans l'ensemble des dispositifs sp&#233;ciaux mis en place par la ville. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci &#233;taient g&#233;r&#233;s par les cinq plus gros organismes en itin&#233;rance de Montr&#233;al : Maison du P&#232;re, Old Brewery Mission, Mission Bon Accueil, Arm&#233;e du Salut et Accueil Bonneau. La demande de ces organismes en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; est telle que la firme Garda a m&#234;me publi&#233; une offre d'emploi visant sp&#233;cifiquement &#224; recruter et &#224; former des agents pour le milieu de l'itin&#233;rance ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les diff&#233;rents financeurs publics municipaux et provinciaux ont notamment choisi de venir en aide aux organismes communautaires dans le contexte pand&#233;mique par des enveloppes budg&#233;taires sp&#233;cialement destin&#233;es &#224; financer l'entretien m&#233;nager et&#8230; la s&#233;curit&#233; ! &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'accompagnement &#224; la r&#233;pression&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons donc &#224; un glissement dans notre vision sociale des populations les plus marginalis&#233;es. La personne en situation d'itin&#233;rance n'est dor&#233;navant plus un&#183;e citoyen&#183;ne qui a besoin d'une main tendue. Elle est devenue cette personne potentiellement dangereuse &#224; surveiller et contr&#244;ler. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les directions d'organismes en itin&#233;rance op&#232;rent elles-m&#234;mes ce changement de vision, cela se traduit concr&#232;tement par des d&#233;cisions comme celle de l'Accueil Bonneau, d'abolir l'intervention en premi&#232;re ligne pour la remplacer par de la s&#233;curit&#233;. Or, lorsqu'une personne en situation d'itin&#233;rance veut se confier &#224; quelqu'un&#183;e pouvant l'accompagner concr&#232;tement dans ses d&#233;marches, mais qu'elle ne trouve plus en face d'elle qu'un agent Garda, &#231;a fait toute une diff&#233;rence. Imaginez-vous arriver chez le dentiste et trouver un agent du SPVM la fraise &#224; la main : vous pouvez avoir le plus profond respect pour l'uniforme, vous ne la trouverez pas dr&#244;le ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intervenant&#183;e&#183;s de premi&#232;re ligne sont des professionnel&#183;le&#183;s form&#233;&#183;e&#183;s et qualifi&#233;&#183;e&#183;s dans diff&#233;rents domaines de la relation d'aide : la toxicomanie, la sant&#233; mentale, la psychologie, la criminologie, etc. Cette pluralit&#233; d'expertises est une richesse qui garantit des services adapt&#233;s et de qualit&#233; aux personnes qui en ont besoin. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, notre travail consiste &#224; accueillir les personnes l&#224; o&#249; elles en sont en leur offrant une &#233;coute attentive pour ainsi &#233;valuer avec elles leurs besoins, leurs d&#233;sirs et leurs priorit&#233;s. Il s'agit ensuite de les orienter vers les d&#233;marches &#224; entreprendre et vers les ressources appropri&#233;es, ainsi que de les accompagner, malgr&#233; les rechutes et les &#233;cueils qui jalonnent ce parcours du combattant. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil principal de l'intervenant&#183;e pour mener &#224; bien ses diff&#233;rents mandats, c'est le d&#233;veloppement d'un lien de confiance avec les personnes qui viennent chercher des services. Les bases de la relation d'aide sont d'accueillir les personnes et leurs souffrances avec respect, empathie et sans jugement. Or, d&#233;velopper ce lien et gagner la confiance d'une personne malmen&#233;e par la vie prend du temps. Cela implique que l'intervenant&#183;e d&#233;montre qu'elle est une personne rep&#232;re stable, quels que soient les &#233;cueils du parcours vers un mieux-&#234;tre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition des intervenant&#183;e&#183;s dans les services de premi&#232;re ligne au profit d'agent&#183;e&#183;s de s&#233;curit&#233; est dommageable pour les personnes qui utilisent ces services. Cela revient &#224; les vider compl&#232;tement de leur dimension personnalis&#233;e et professionnelle, pour n'y laisser qu'une gestion froide et rigide de services de base n&#233;cessaires &#224; la survie, comme les repas, les douches ou le vestiaire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;shumanisation pourrait rapidement modifier les rapports que les personnes en situation d'itin&#233;rance entretiennent avec les organismes qui sont l&#224; pour leur venir en aide. Si elles ne se sentent plus accueillies dans ces ressources, mais plut&#244;t surveill&#233;es et ind&#233;sirables comme dans le reste de l'espace public, certaines pourraient faire le choix de ne plus utiliser m&#234;me les services de base. Or, lorsqu'elles coupent le lien avec les ressources, les personnes deviennent plus &#224; risque d'&#233;prouver des probl&#232;mes de sant&#233;, de toxicomanie, de violences ou de surjudiciarisation. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le sentiment de s&#233;curit&#233; des personnes vuln&#233;rables est aujourd'hui mis de c&#244;t&#233; au profit d'une s&#233;curit&#233; visible visant le contr&#244;le social. Ce changement de vision de l'itin&#233;rance et ce virage s&#233;curitaire sont en droite ligne avec d'autres changements de pratiques d&#233;j&#224; en place au sein m&#234;me des organismes sp&#233;cialis&#233;s. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'approche unidimensionnelle du &#171; Logement d'abord&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es maintenant, les politiques de gestion de l'itin&#233;rance sont tourn&#233;es vers l'approche &#171; Logement d'abord &#187;. Cette approche, d&#233;velopp&#233;e &#224; Vancouver, consiste &#224; offrir un logement &#224; une personne en situation d'itin&#233;rance, ainsi qu'un soutien professionnel pour r&#233;pondre aux difficult&#233;s v&#233;cues au fil du parcours vers la stabilit&#233; r&#233;sidentielle. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche vise ainsi &#224; r&#233;duire l'itin&#233;rance chronique, celle que l'on voit le plus et qui correspond &#224; l'imagerie populaire de &#171; l'itin&#233;rant &#187;. L'itin&#233;rance chronique n'est toutefois pas la plus r&#233;pandue, au contraire. De nombreuses personnes se trouvent en situation d'itin&#233;rance cyclique (de la rue aux ressources, puis &#224; un logement instable ou insalubre, en passant par des phases de r&#233;tablissement, de rechute et de retours &#224; la rue, et ainsi de suite) ou d'itin&#233;rance situationnelle (due &#224; une perte d'emploi, un divorce, une pand&#233;mie, et &#224; un manque de ressources ou de r&#233;seau social). Face &#224; une telle vari&#233;t&#233; de situations d'itin&#233;rance, il est n&#233;cessaire de d&#233;velopper une pluralit&#233; d'approches permettant de r&#233;pondre &#224; l'ensemble des besoins et surtout de ne laisser personne sur le bord du chemin. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les gouvernements semblent vouloir privil&#233;gier &#224; tout prix cette approche du &#171; Logement d'abord &#187;, et l'on comprend ais&#233;ment pourquoi : c'est celle qui donne les meilleurs r&#233;sultats chiffr&#233;s ! Par exemple, lorsque la ville de Montr&#233;al fait le recensement annuel des personnes en situation d'itin&#233;rance, toute personne ayant une adresse fixe ce jour-l&#224; n'est pas consid&#233;r&#233;e comme itin&#233;rante. Le meilleur moyen de produire des statistiques avantageuses est donc de fournir un logement aux personnes, de les faire rentrer dans une case acceptable pour la soci&#233;t&#233;. Cela cr&#233;e en retour un sentiment social de s&#233;curit&#233;, puisque ces personnes ne sont plus &#224; la rue. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir un toit est un droit fondamental pour tout &#234;tre humain, et il est ind&#233;niable qu'il y a encore beaucoup &#224; faire pour que ce droit devienne une r&#233;alit&#233; pour tou&#183;te&#183;s. Seulement, ce ne sont pas toutes les personnes en situation d'itin&#233;rance qui en sont &#224; cette &#233;tape de leur parcours. Il ne faut pas non plus oublier que, bien souvent, l'enjeu principal n'est pas de trouver un logement, mais de le garder ! Pour cela, il est n&#233;cessaire d'adopter une approche syst&#233;mique de l'itin&#233;rance, de prendre en compte l'ensemble des difficult&#233;s v&#233;cues et d'offrir des services adapt&#233;s, gr&#226;ce &#224; des approches vari&#233;es r&#233;pondant &#224; l'ensemble des besoins des personnes. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; terme, le danger d'une approche unique est de cr&#233;er deux cat&#233;gories de personnes en situation d'itin&#233;rance : &#171; la bonne &#187;, qui veut s'aider et entrer dans les cases, et &#171; la mauvaise &#187;, qui ne veut pas s'aider et &#224; qui tout ce que l'on a &#224; proposer, ce sont des services de survie dans un cadre d'une logique s&#233;curitaire, contr&#244;lante et r&#233;pressive. Voulons-nous vraiment collectivement de cette logique s&#233;curitaire pour faire face &#224; un enjeu social aussi important que l'itin&#233;rance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Chlo&#233; Bourbiaux est intervenante militante et repr&#233;sentante syndicale du STTAB-CSN. Vincent Masson est co-fondateur et repr&#233;sentant syndical du STTAB-CSN (Syndicat des travailleuses et travailleurs de l'Accueil Bonneau). &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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