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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?</title>
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		<dc:date>2021-03-11T20:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Marie Le Saux, Ricardo Pe&#241;afiel, Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Pe&#241;afiel, Ricardo</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Le Saux, Anne-Marie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le populisme n'a pas souvent bonne presse. Il est vu comme une fa&#231;on complaisante de faire de la politique, jouant sur les plus bas instincts de la population, sur les &#233;motions premi&#232;res et irr&#233;fl&#233;chies, simplifiant les enjeux autant que possible, s'ouvrant aux grossi&#232;res manipulations de l'&#233;lectorat. Mais cette vision ne fait pas l'unanimit&#233;. Certain&#183;e&#183;s penseur&#183;e&#183;s et personnalit&#233;s politiques consid&#232;rent que le populisme s'attaque en fait a&#768; l'&#233;litisme, &#224; une classe dominante qui se sert (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Saux-Anne-Marie-+" rel="tag"&gt;Le Saux, Anne-Marie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2794.png?1642092234' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;522&#034; height=&#034;703&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le populisme n'a pas souvent bonne presse. Il est vu comme une fa&#231;on complaisante de faire de la politique, jouant sur les plus bas instincts de la population, sur les &#233;motions premi&#232;res et irr&#233;fl&#233;chies, simplifiant les enjeux autant que possible, s'ouvrant aux grossi&#232;res manipulations de l'&#233;lectorat. Mais cette vision ne fait pas l'unanimit&#233;. Certain&#183;e&#183;s penseur&#183;e&#183;s et personnalit&#233;s politiques consid&#232;rent que le populisme s'attaque en fait a&#768; l'&#233;litisme, &#224; une classe dominante qui se sert de la politique pour consolider ses privil&#232;ges.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Au Qu&#233;bec et dans les pays occidentaux, ce courant est surtout associ&#233; &#224; l'extr&#234;me droite. Des radios priv&#233;es de Que&#769;bec &#224; Donald Trump aux &#201;tats-Unis, en passant par Jair Bolsonaro au Br&#233;sil, le Front national en France et la Ligue en Italie, le recours &#224; un discours manich&#233;en et tr&#232;s &#233;motif, aliment&#233; par la haine et le ressentiment, a sembl&#233; donner des r&#233;sultats concrets lors d'&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si bien que la gauche se pose la question : et s'il fallait emprunter un ton plus frondeur, mais avec une nette pr&#233;occupation pour la justice sociale ? Et si l'approche g&#233;n&#233;rale de la gauche, ces derni&#232;res anne&#769;es, &#233;tait trop inaccessible, coup&#233;e du &#171; vrai monde &#187; ? Et si le populisme de gauche &#233;tait tout simplement la meilleure r&#233;plique au populisme de droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'avons certes pas l'intention de donner une r&#233;ponse d&#233;finitive &#224; ces questions complexes dans ce dossier. Mais il nous semblait essentiel de bien nourrir la r&#233;flexion. Paradoxalement, le populisme a beaucoup int&#233;ress&#233; des intellectuel&#183;le&#183;s qui essaient de le comprendre et de s'en approprier, quitte &#224; ce que ce discours s'&#233;loigne de celles et ceux qu'il concerne. Il est aussi v&#233;cu au quotidien par les personnes qui font de la politique et qui en voient les avantages et les inconv&#233;nients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chose certaine, il peut sembler tout aussi difficile &#224; rejeter en bloc qu'&#224; adopter sans r&#233;serve. Nous esp&#233;rons que les textes de ce dossier puissent vous permettre de jeter un regard diff&#233;rent sur un ph&#233;nom&#232;ne parfois difficile &#224; circonscrire en raison de la multiplicit&#233; des formes dans laquelle il se pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dossier coordonn&#233; par Anne-Marie Le Saux, Ricardo Pe&#241;afiel et Claude Vaillancourt &lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Illustrations par Se&#769;bastien Marchal&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Avec des contributions de Benoit Coutu, Jean-Pierre Couture, Marc-Andr&#233; Cyr, Catherine Dorion, Ludvic Moquin-Beaudry, Roxana Paniagua Humeres, Dominique Payette, Federico Tarragoni, &#201;lisabeth Vallet et Fr&#233;d&#233;rique Verreault&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le cri du peuple</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-cri-du-peuple-3089</link>
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		<dc:date>2021-03-11T20:35:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Coutu</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Coutu, Beno&#238;t</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis l'&#233;lection de Donald Trump &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis en 2016, le mot &#171; populisme &#187; est sur toutes les l&#232;vres. Loin d'&#234;tre une nouveaut&#233; &#8211; nous en retrouvons des traces au 18e si&#232;cle autour de la R&#233;volution fran&#231;aise &#8211;, le terme est principalement associ&#233;, dans l'univers m&#233;diatique actuel, &#224; des id&#233;ologies de droite ou d'extr&#234;me droite. &lt;br class='autobr' /&gt; Utilis&#233; la plupart du temps par des chroniqueurs et chroniqueuses sous un angle n&#233;gatif pour disqualifier un mouvement, un parti ou une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Coutu-Benoit-+" rel="tag"&gt;Coutu, Beno&#238;t&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3089.jpg?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;884&#034; height=&#034;942&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'&#233;lection de Donald Trump &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis en 2016, le mot &#171; populisme &#187; est sur toutes les l&#232;vres. Loin d'&#234;tre une nouveaut&#233; &#8211; nous en retrouvons des traces au 18e si&#232;cle autour de la R&#233;volution fran&#231;aise &#8211;, le terme est principalement associ&#233;, dans l'univers m&#233;diatique actuel, &#224; des id&#233;ologies de droite ou d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Utilis&#233; la plupart du temps par des chroniqueurs et chroniqueuses sous un angle n&#233;gatif pour disqualifier un mouvement, un parti ou une personnalit&#233; politique qui ferait r&#233;f&#233;rence au peuple afin de l&#233;gitimer l'existence d'un programme politique jug&#233; controvers&#233; puisqu'allant &#224; l'encontre de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale dominante, il menacerait pour cette raison la d&#233;mocratie lib&#233;rale telle que nous la connaissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Preuve en est le nombre d'ouvrages ou d'articles r&#233;cemment publi&#233;s qui abordent les enjeux li&#233;s &#224; l'articulation entre populisme et d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jacques Ranci&#232;re, Les Sc&#232;nes du peuple, &#233;ditions Horlieu, 2013 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a eu toutefois dans les derni&#232;res ann&#233;es l'&#233;mergence de partis politiques se revendiquant ouvertement d'un populisme de gauche, les exemples les plus cit&#233;s &#233;tant Podemos en Espagne et La France insoumise en France. De ce c&#244;t&#233; de l'Atlantique, Qu&#233;bec solidaire s'en revendiquerait aussi et a &#233;t&#233; critiqu&#233; dans des journaux qu&#233;b&#233;cois notamment pour cette raison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Antonin-Xavier Fournier, &#171; Vers un populisme de gauche au Qu&#233;bec ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un moment &#224; saisir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Si les populismes de droite prennent g&#233;n&#233;ralement source dans les mouvements fascistes du d&#233;but du 20e si&#232;cle, le populisme dit de gauche, expression hautement contest&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;douard Delruelle, &#171; Populisme de gauche ou contre-populisme &#187;, en ligne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aurait pour source les exp&#233;riences politiques bolivariennes au Venezuela et en Bolivie, et il se serait r&#233;pandu en Europe occidentale et en Am&#233;rique du Nord &#224; travers la diffusion des ouvrages d'Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En valorisant ce type de populisme, ces deux philosophes proposent &#224; la fois une critique, un d&#233;passement et un renouvellement des forces de gauche. Pr&#233;c&#233;d&#233; de nombreux autres ouvrages dans lesquels ces deux auteur&#183;e&#183;s ont progressivement construit cette proposition politique pratique, l'ouvrage phare auquel on peut r&#233;f&#233;rer est celui de Chantal Mouffe, &lt;em&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/em&gt; (Albin Michel, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous pouvons r&#233;sumer les id&#233;es qui soutiennent cette hypoth&#232;se populiste de gauche en cinq points :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt; &lt;li&gt; La crise financi&#232;re de 2008 a d&#233;bouch&#233; sur une crise de l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale, ce qui a permis une ouverture &#224; un &#171; moment populiste &#187; ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt; La gauche socialiste orthodoxe, traditionnellement fond&#233;e sur l'opposition gauche/droite, n'arrive pas &#224; saisir ce moment en raison, premi&#232;rement, de l'essentialisation de la classe sociale inh&#233;rente &#224; son id&#233;ologie politique, et deuxi&#232;mement par son incapacit&#233; &#224; comprendre que la nouvelle domination s'effectue hors des processus de production &#233;conomique ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt; Cette incapacit&#233; est redoubl&#233;e par le fait que cette gauche traditionnelle s'est repositionn&#233;e au centre du spectre politique en acceptant nombre de pr&#233;misses de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale. Ce faisant elle s'est fondue dans une mouvance social-d&#233;mocrate &#171; post-politique &#187; qui l'indiff&#233;rencie des autres tendances de centre-droit puisque devenue un simple r&#233;formisme &#233;conomiciste. Bref, elle s'est d'elle-m&#234;me neutralis&#233;e politiquement en adoptant une posture consensualiste ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt; Le politique &#233;tant par nature agonistique et non consensuel, il est n&#233;cessaire de ramener la distinction entre amis et adversaires politiques, ce qui implique de comprendre que la nouvelle rupture politique est dynamis&#233;e par la fronti&#232;re entre &#233;lites et peuples ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt; En cons&#233;quence, il est n&#233;cessaire de reformuler un projet socialiste qui repose sur une radicalisation d&#233;mocratique fond&#233;e sur la cr&#233;ation du &#171; peuple &#187; comme strat&#233;gie discursive int&#233;grant la pluralit&#233; des demandes et des acteurs.&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt; En r&#233;sum&#233;, l'argument est le suivant : nous sommes pr&#233;sentement dans un &#171; moment populiste &#187; que la gauche socialiste doit saisir afin de contrer le spectre d'une &#171; droitisation du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Cusset, La droitisation du monde, Paris, Textuel, 2016.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qui plane au-dessus de nos t&#234;tes comme une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s. Pour ce faire, nous devons voir la crise de l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale comme une ouverture &#224; de nouvelles possibilit&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s lors, il importe de saisir cette opportunit&#233; afin de transformer notre conception lib&#233;rale et consensualiste du politique en lui r&#233;int&#233;grant sa dimension agonistique fond&#233;e sur le rapport conflictuel entre adversaires (et non ami/ennemi), entre autres par la reconnaissance de la centralit&#233; des passions et des affects comme dynamique politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chantal Mouffe, &#171; Le politique ou la dynamique des passions &#187;, Politique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, laquelle serait dor&#233;navant fond&#233;e sur une rupture politique entre &#171; &#233;lites &#187; (oligarchies ou &#171; castes &#187;) et &#171; peuples &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutefois, afin de red&#233;finir un projet socialiste radical et de reformuler une d&#233;mocratie plurielle qui sied &#224; notre &#233;poque de crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e, il est avant toute chose n&#233;cessaire de produire discursivement ce qu'est le &#171; peuple &#187;, et ce, afin d'y inclure &#171; la pluralit&#233; des agents sociaux et leurs combats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouffe, op. cit., 2018, p. 13.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette production du peuple est une strat&#233;gie discursive qui permettrait alors de refonder la d&#233;mocratie en r&#233;tablissant une nouvelle fronti&#232;re politique situ&#233;e entre &#171; le peuple &#187; et &#171; l'oligarchie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 17.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En objectivant de cette fa&#231;on le th&#233;&#226;tre des luttes id&#233;ologiques, cette strat&#233;gie inaugurerait un &#171; retour du politique &#187;. Ce n'est qu'ainsi qu'un nouveau projet socialiste pour le 21e si&#232;cle r&#233;ussira &#224; r&#233;unir les &#171; vari&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques &#187; en &#233;tablissant une cha&#238;ne d'&#233;quivalence entre les demandes h&#233;t&#233;rog&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Populisme de gauche et &#171; droitisation &#187; du monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Dans l'espoir de revitaliser une d&#233;mocratie &#224; bout de souffle, Laclau et Mouffe pr&#233;sentent une th&#233;orie politique du populisme de gauche qui a une vis&#233;e pratique en ce qu'elle cherche &#224; d&#233;passer, dans les discours militants comme sur le terrain des luttes, les limites auxquelles fait face la gauche traditionnelle au tournant du mill&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien que les deux auteur&#183;e&#183;s soient critiqu&#233;s d'un c&#244;t&#233; par des courants plus radicaux, car ils n'appellent pas &#224; d&#233;passer le capitalisme, la d&#233;mocratie et l'&#201;tat, et de l'autre c&#244;t&#233; par des courants lib&#233;raux, car ils placent le conflit id&#233;ologique au c&#339;ur du politique, notre &#233;poque semble toutefois donner raison &#224; Chantal Mouffe lorsqu'elle affirme qu'on ne doit pas laisser les partis de droite et d'extr&#234;me droite accaparer les passions et les affects politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous en avons pour exemple les r&#233;sultats &#233;lectoraux dans la plupart des pays occidentaux, des gouvernements fascistes de l'Europe centrale aux partis fascisants en Europe de l'Ouest et dans les Am&#233;riques. Cet appel &#224; entendre ce qu'il y a derri&#232;re les cacophonies de droite doit &#234;tre pris au s&#233;rieux si nous voulons sauver notre commune humanit&#233; des affres de r&#233;gimes g&#233;nocidaires et ainsi assister passivement &#224; l'&#233;rection de nouveaux totalitarismes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jacques Ranci&#232;re, &lt;em&gt;Les Sc&#232;nes du peuple&lt;/em&gt;, &#233;ditions Horlieu, 2013 ; Jean-Luc Nancy, &#171; Populisme et d&#233;mocratie &#187;, &lt;em&gt;Lib&#233;ration&lt;/em&gt;, 4 novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Antonin-Xavier Fournier, &#171; Vers un populisme de gauche au Qu&#233;bec ? &#187;, &lt;em&gt;Le Devoir&lt;/em&gt;, 8 janvier 2019 ; Fabien Deglise, &#171; Un populisme distinct &#187;, &lt;em&gt;Le Devoir&lt;/em&gt;, 2 f&#233;vrier 2019 ; Jocelyn Maclure, &#171; Le pacte faustien du populisme de gauche &#187;, &lt;em&gt;La Presse+&lt;/em&gt;, 2 mars 2019 ; G&#233;rard Bouchard, &#171; Un populisme qu&#233;b&#233;cois ? &#187;, &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, 31 mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;douard Delruelle, &#171; Populisme de gauche ou contre-populisme &#187;, en ligne, blogs.ulg.ac.be/edouard-delruelle/populisme-de-gauche-contre-populisme ; Bernard Poulet, &#171; Un populisme de gauche est-il possible &#187;, &lt;em&gt;Le D&#233;bat&lt;/em&gt;, vol. 2, no 204, 2019, p. 170-188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Cusset, &lt;em&gt;La droitisation du monde&lt;/em&gt;, Paris, Textuel, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chantal Mouffe, &#171; Le politique ou la dynamique des passions &#187;, &lt;em&gt;Politique et soci&#233;t&#233;s&lt;/em&gt;, vol. 22, no 3, 2003, p. 143-154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mouffe, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., 2018, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est professeur associ&#233; au D&#233;partement de sociologie de l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maladie ou salut de la d&#233;mocratie ? Fausse question, mauvaises r&#233;ponses</title>
		<link>https://www.ababord.org/Maladie-ou-salut-de-la-democratie-Fausse-question-mauvaises-reponses</link>
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		<dc:date>2021-03-11T20:31:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Federico Tarragoni</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Tarragoni, Federico</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le populisme est d'actualit&#233;. Mieux dit : il ne cesse d'&#234;tre d'actualit&#233;. Peu d'enjeux du d&#233;bat public sont aussi syst&#233;matiquement actuels. &#192; tel point que le sociologue est interpell&#233; moins par son actualit&#233; que par sa r&#233;currence : pourquoi le populisme ne cesse-t-il de faire la une ? Peut-&#234;tre est-ce l'actualit&#233; qui fait la question populiste ; et le populisme, un concept qui sert davantage qu'&#224; l'&#233;clairer, &#224; la renvoyer &#224; la d&#233;raison. &lt;br class='autobr' /&gt; Mot-insulte, pathologie de l'extr&#234;me droite et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Tarragoni-Federico-+" rel="tag"&gt;Tarragoni, Federico&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3088.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;735&#034; height=&#034;979&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le populisme est d'actualit&#233;. Mieux dit : il ne cesse d'&#234;tre d'actualit&#233;. Peu d'enjeux du d&#233;bat public sont aussi syst&#233;matiquement actuels. &#192; tel point que le sociologue est interpell&#233; moins par son actualit&#233; que par sa r&#233;currence : pourquoi le populisme ne cesse-t-il de faire la une ? Peut-&#234;tre est-ce l'actualit&#233; qui fait la question populiste ; et le populisme, un concept qui sert davantage qu'&#224; l'&#233;clairer, &#224; la renvoyer &#224; la d&#233;raison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Mot-insulte, pathologie de l'extr&#234;me droite et de l'extr&#234;me gauche, fi&#232;vre de d&#233;magogues aux penchants autoritaires, d&#233;rive de nos d&#233;mocraties par exc&#232;s de souverainet&#233; populaire : tout peut &#234;tre d&#233;sormais potentiellement tax&#233; de populisme. Davantage qu'un concept, ce terme sert aujourd'hui &#224; juger de la &#171; bonne &#187; pr&#233;sence du peuple en d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire de la dose de contestation populaire dont la d&#233;mocratie, tel un syst&#232;me hom&#233;ostatique, peut s'accommoder sans p&#233;ricliter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant, au-del&#224; de ses usages pol&#233;miques, le populisme d&#233;finit-il v&#233;ritablement quelque chose ? Et s'il d&#233;signe une mani&#232;re sp&#233;cifique de faire de la politique, quelles sont ses logiques d'action ? Depuis les travaux d'Ernest Gellner et Ghita Ionescu, de Gino Germani et Margaret Canovan, les &lt;em&gt;populist studies&lt;/em&gt; n'ont cess&#233; de chercher des r&#233;ponses &#224; ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais ils ont succomb&#233;, bien souvent, &#224; la tentation de &lt;em&gt;juger&lt;/em&gt; le ph&#233;nom&#232;ne avant de le &lt;em&gt;comprendre&lt;/em&gt;. Cet &#233;cueil a donn&#233; lieu &#224; deux modes d'analyse bien connus aujourd'hui : l'un, h&#233;g&#233;monique, consid&#232;re le populisme comme une maladie de la d&#233;mocratie ; l'autre, minoritaire, le juge comme le salut &#224; venir de nos d&#233;mocraties malades. L'un est bien repr&#233;sent&#233;, parmi une multitude de publications r&#233;centes, par l'ouvrage &lt;em&gt;Qu'est-ce que le populisme ? D&#233;finir enfin la menace&lt;/em&gt; de Jan-Werner M&#252;ller (Premier Parall&#232;le, 2016). L'autre puise ses racines dans la th&#233;orie politique d'Ernesto Laclau et est aujourd'hui bien repr&#233;sent&#233; par Chantal Mouffe, auteure de &lt;em&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/em&gt; (Albin Michel, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Maladie ou salut ? D'un point de vue politique, la question est centrale, mais d'un point de vue sociologique, elle est mal pos&#233;e. L&#224; o&#249; la sociologie invite &#224; d&#233;duire les enjeux politiques d'un ph&#233;nom&#232;ne d'une analyse scientifique de ses manifestations pass&#233;es et pr&#233;sentes, l'opposition &#171; maladie vs salut &#187; conduit &#224; faire l'inverse. Avec un double effet pervers : le d&#233;bat public tourne &#224; vide et devient lassant, et les sciences sociales, en cherchant &#224; l'imiter, deviennent incapables d'y contribuer et perdent leur originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Que croit-on savoir du populisme ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Il faut proc&#233;der de toute urgence &#224; une reconstruction int&#233;grale de ce concept, &#224; l'&#233;cart des voies balis&#233;es. Comment faire ? En suivant les consignes d'&#201;mile Durkheim dans &lt;em&gt;Les r&#232;gles de la m&#233;thode sociologique &lt;/em&gt; : on critique les pr&#233;notions de sens commun touchant un ph&#233;nom&#232;ne social donn&#233; ; on construit ensuite, &#224; l'aide d'une enqu&#234;te scientifique, un concept sociologique permettant de l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Premi&#232;re &#233;tape, donc, la d&#233;construction des pr&#233;notions. Elles se d&#233;clinent en quatre axiomes largement partag&#233;s : 1) le populisme serait essentiellement d&#233;magogique, se r&#233;duisant &#224; une rh&#233;torique &#233;lectorale caract&#233;ris&#233;e par une interpellation directe du peuple ; 2) le populisme serait trans-id&#233;ologique ou post-id&#233;ologique : seul parmi tous les ph&#233;nom&#232;nes politiques de notre pr&#233;sent, il pourrait se d&#233;cliner &#224; l'extr&#234;me droite et &#224; l'extr&#234;me gauche ; 3) le populisme caract&#233;riserait des d&#233;mocraties &#171; illib&#233;rales &#187;, alchimie perverse de d&#233;mocratie et d'autoritarisme ; 4) le populisme serait fondamentalement pathologique : m&#234;me s'il met en jeu une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, il enterre toujours les d&#233;mocraties. Chacune de ces propositions est apor&#233;tique &#8211; autrement dit, elle conduit &#224; des probl&#232;mes logiques sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est d&#233;magogique &lt;/strong&gt; : pourquoi ne pas utiliser alors le concept de d&#233;magogie &#224; sa place ? Et m&#234;me &#224; supposer que le populisme, en tant que manifestation essentiellement d&#233;magogique, commence toujours lorsqu'un leader appelle le peuple, pouvons-nous mettre sur le m&#234;me plan analytique des appels id&#233;ologiquement diff&#233;rents comme ceux de Jules C&#233;sar, Jean Jaur&#232;s, Georges Boulanger, Charles de Gaulle, Pierre Poujade, Staline, Hitler, Mussolini, Le Pen, Berlusconi, Trump, Sanders&#8230; ? C'est difficile &#224; croire. Comment amalgamer sous un m&#234;me concept les diff&#233;rents sens politiques de chaque appel, et par cons&#233;quent les diff&#233;rents &#171; peuples &#187; invoqu&#233;s ? De m&#234;me, le lib&#233;ralisme n'est pas la politique des dirigeants qui invoquent le mot &#171; libert&#233; &#187; en politique. Sinon, il serait pratiquement consensuel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est trans-id&#233;ologique ou post-id&#233;ologique &lt;/strong&gt; : comment un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne politique, d&#233;fini par le m&#234;me concept, pourrait-il d&#233;crire des formations id&#233;ologiquement oppos&#233;es comme les partis n&#233;onazis FP&#214;, AfD et Aube dor&#233;e, et les mouvements d'extr&#234;me gauche Podemos, Syriza et La France insoumise ? L'amalgame que sous-tend le concept de populisme conduit de facto &#224; confondre toutes les alternatives, d&#233;mocratiques et autoritaires, progressistes et r&#233;actionnaires, &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est une alchimie de d&#233;mocratie et d'autoritarisme&lt;/strong&gt;. Aussi toutes les d&#233;mocraties illib&#233;rales de notre temps, l&#233;gitim&#233;es par l'id&#233;e d'un &#171; peuple homog&#232;ne &#187; rang&#233; derri&#232;re son chef, seraient des r&#233;gimes populistes. Populistes ou fascistes ? Populistes ou autoritaires ? Que reste-t-il de &#171; d&#233;mocratique &#187; dans des gouvernements substantiellement autoritaires, comme la Russie de Poutine, la Hongrie d'Orb&#225;n ou le Venezuela de Maduro, qui ne conservent de la d&#233;mocratie que le principe formel de l'&#233;lection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le populisme est une pathologie de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative&lt;/strong&gt;. Quand bien m&#234;me nous pourrions analyser scientifiquement un ph&#233;nom&#232;ne par la menace qu'il est cens&#233; engendrer, que recouvre-t-elle exactement ? R&#233;cemment, tous les mouvements sociaux qui ont critiqu&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme au nom du &#171; peuple d&#233;mocratique &#187; ont &#233;t&#233; trait&#233;s de populistes et assimil&#233;s &#224; une menace : les mouvements contre la Constitution europ&#233;enne de 2005, le mouvement r&#233;f&#233;rendaire en Italie de 2012, les mouvements des places (Indignados, Occupy Wall Street, Nuit debout), les Gilets jaunes en France&#8230; Mais que serait-ce une d&#233;mocratie sans conflits sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Petite histoire du populisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Autant de questions sans issue. Afin de comprendre ce qu'est le populisme, il faut s'y prendre autrement. Comme tout ph&#233;nom&#232;ne social et politique, le populisme est d&#233;fini, tout d'abord, par son historicit&#233;. Il faut donc revenir &#224; son pass&#233; et en tirer une compr&#233;hension sociologique. Or, il y a trois &#171; moments historiques &#187; du populisme qui font consensus parmi les sp&#233;cialistes : ce sont eux que le sociologue doit comparer scientifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le premier est le narodnichestvo (1840-1880), mouvement d'intellectuels russes souhaitant mieux conna&#238;tre la paysannerie opprim&#233;e, pour la persuader de se soulever contre le tsar et de b&#226;tir une d&#233;mocratie sociale. Les narodniki insistent sur le fait que la paysannerie russe, malgr&#233; sa condition politiquement domin&#233;e, dispose d'une organisation sociale d&#233;mocratique, le &#171; mir &#187; (la coop- &#233;rative rurale), qui la pr&#233;dispose au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le People's Party &#233;tats-unien constitue, &#224; la fin du 19e si&#232;cle, le deuxi&#232;me moment historique du populisme. Ce mouvement politique &#233;ph&#233;m&#232;re, domin&#233; par des fermiers endett&#233;s qui protestent contre la lib&#233;ralisation et la financiarisation croissante de l'&#233;conomie am&#233;ricaine, cherche &#224; cr&#233;er de nouveaux droits civiques (le droit de vote pour les femmes, l'&#233;lection directe du S&#233;nat), &#233;conomiques et sociaux (r&#233;sum&#233;s dans le programme de &#171; socialisation de la monnaie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le troisi&#232;me moment est le populisme latino-am&#233;ricain, qui constitue la consolidation politique et institutionnelle du ph&#233;nom&#232;ne. Entre les ann&#233;es 1940 et 1960, tous les pays d'Am&#233;rique latine connaissent une exp&#233;rience populiste de gouvernement : le p&#233;ronisme argentin, le g&#233;tulisme br&#233;silien, le card&#233;nisme mexicain, le v&#233;lasquisme &#233;quatorien, l'ad&#233;cisme v&#233;n&#233;zu&#233;lien, etc. Tous ces gouvernements essaient, &#224; l'image du People's Party, d'&#233;largir les droits sociaux pour les masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils cr&#233;ent la premi&#232;re l&#233;gislation sociale sur le travail et les premiers syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; et de protection sociales, en donnant un pouvoir de n&#233;gociation consid&#233;rable aux syndicats ouvriers. Revers de la m&#233;daille, ils cherchent &#224; garder, sous une forme semi-corporative, une forte emprise sur ces organisations. S'en d&#233;gage une tension entre, d'un c&#244;t&#233;, un renforcement objectif des dynamiques &#233;mancipatrices dans les masses subalternes et, de l'autre, une plus grande pr&#233;sence de l'&#201;tat dans la vie sociale. Le populisme en Am&#233;rique latine fut ce champ de contradictions entre une radicalisation de l'horizontalit&#233; d&#233;mocratique et de la verticalit&#233; &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le peuple contre l'&#233;lite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Quelle d&#233;finition du populisme tirer de la comparaison de ces exp&#233;riences historiques ? Il appara&#238;t comme un mode d'action politique inspir&#233; par l'utopie d'une d&#233;mocratie radicale. Son id&#233;ologie vise &#224; radicaliser la d&#233;mocratie, &#224; la rendre plus &#233;galitaire, plus juste, plus inclusive : il s'agit de revenir &#224; une d&#233;mocratie &#171; &#224; la racine &#187;. Cela infirme la th&#232;se de la &#171; maladie populiste &#187; : le populisme fut historiquement tout le contraire, et ne peut &#234;tre que le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est en ce sens d'ailleurs qu'il faut comprendre l'opposition du populisme au lib&#233;ralisme. Les acteurs populistes critiquent ce dernier non seulement en tant que politique du laisser-faire &#233;conomique, mais &#233;galement en raison de la place strictement marginale qu'il laisse au peuple. Dans la d&#233;mocratie lib&#233;rale, le d&#232;mos est subsum&#233; dans la relation de repr&#233;sentation, assum&#233;e dans son caract&#232;re essentiellement aristocratique : la d&#233;mocratie lib&#233;rale se r&#233;duit &#224; un gouvernement repr&#233;sentatif des &#171; meilleurs &#187;. Le populisme critique cette tendance aristocratique du lib&#233;ralisme pour lui opposer un d&#232;mos constituant, pens&#233; &#224; partir de la situation de la pl&#232;be paup&#233;ris&#233;e par la politique du laisser-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'o&#249; l'opposition peuple-&#233;lite : dans le populisme, la pl&#232;be est cens&#233;e former un d&#232;mos constituant qui s'oppose &#224; une &#233;lite consid&#233;r&#233;e comme l'&#233;manation d'une d&#233;mocratie purement formelle. Cette acception sp&#233;cifique de l'opposition &#171; peuple vs &#233;lite &#187; diff&#233;rencie le populisme d'autres id&#233;ologies o&#249; cette m&#234;me opposition est pr&#233;sente. Ainsi en est-il du nationalisme, o&#249; l'ethnos, jug&#233; au fondement de la nation, s'oppose &#224; une &#233;lite pens&#233;e avant tout dans ses vell&#233;it&#233;s cosmopolitiques. Ainsi du socialisme, o&#249; la pl&#232;be est cens&#233;e former un d&#232;mos constituant, mais celui-ci s'oppose &#224; un ordre propri&#233;taire assimil&#233; au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#224; o&#249; le socialisme et le communisme r&#233;duisent la d&#233;mocratie &#171; formelle &#187; &#224; l'ordre propri&#233;taire capitaliste (la &#171; d&#233;mocratie bourgeoise &#187;) et ambitionnent de rendre la d&#233;mocratie &#171; r&#233;elle &#187; par l'abolition de l'exploitation de classe, le populisme fait l'inverse : son id&#233;ologie est indiff&#233;rente &#224; la question capitaliste et est toute tourn&#233;e vers la radicalisation de la &#171; d&#233;mocratie formelle &#187;. Ainsi de l'anarchisme enfin, o&#249; la pl&#232;be est cens&#233;e former un d&#232;mos constituant mais, diff&#233;remment du populisme et du socialisme, celui-ci s'oppose &#224; toute forme de domination, assimil&#233;e &#224; la raison gouvernementale et &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par contre, l'aspiration d&#233;mocratique du populisme s'av&#232;re difficilement compatible avec la raison &#233;tatique : le corporatisme des gouvernements latino-am&#233;ricains est l&#224; pour le prouver. S'il n'est assur&#233;ment pas une maladie de la d&#233;mocratie, le populisme n'en est pas non plus son salut. Quels enjeux tirer de cette comparaison historique pour le pr&#233;sent ? Une conclusion radicale : tous les mouvements politiques qui sont aujourd'hui indiff&#233;rents, voire oppos&#233;s &#224; la d&#233;mocratie radicale, ne peuvent pas, en tout &#233;tat de cause, &#234;tre d&#233;finis comme populistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux grandes polarit&#233;s caract&#233;risent, en ce sens, notre politique contemporaine : d'un c&#244;t&#233;, celle entre les extr&#234;mes et le centre n&#233;olib&#233;ral concernant les politiques &#233;conomiques ; de l'autre, celle entre les extr&#234;mes eux-m&#234;mes concernant la politique d&#233;mocratique. Ainsi, d'un c&#244;t&#233;, les extr&#234;mes se rejoignent dans leur critique de la politique n&#233;olib&#233;rale du centre droit et du centre gauche, comme le montrent, en France par exemple, certaines affinit&#233;s entre le Rassemblement national (ancien Front national) et La France insoumise. De l'autre, ils sont en lutte sur les &#171; peuples &#187; qu'ils d&#233;fendent et sur l'alternative &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale qu'ils pr&#244;nent : un peuple ethno-national et une alternative souverainiste ou un peuple pl&#233;b&#233;ien et une alternative radicalement d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Federico Tarragoni, ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie et directeur du Centre de recherches interdisciplinaires sur le politique (CRIPOLIS)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin : le livre de Federico Tarragoni, &lt;i&gt;L'esprit d&#233;mocratique du populisme. Une nouvelle analyse sociologique&lt;/i&gt; publi&#233; le 7 novembre 2019 aux &#233;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le peuple de Chartrand</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Andr&#233; Cyr</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Cyr, Marc-Andr&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Mes tr&#232;s chers fr&#232;res, mes tr&#232;s ch&#232;res s&#339;urs&#8230; &#187; C'est ainsi que Michel Chartrand commen&#231;ait la grande majorit&#233; de ses discours. D&#232;s ses premiers mots, on ne pouvait qu'&#234;tre impressionn&#233; par le charisme et l'&#233;nergie de cet homme. Le peuple de Chartrand, c'&#233;tait en fait toute l'humanit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Et pour &#234;tre certain qu'on comprenne bien la port&#233;e de ses propos, Chartrand encha&#238;nait g&#233;n&#233;ralement ses discours avec un extrait de la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme : &#171; Tous les &#234;tres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cyr-Marc-Andre-+" rel="tag"&gt;Cyr, Marc-Andr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3087.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;526&#034; height=&#034;744&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Mes tr&#232;s chers fr&#232;res, mes tr&#232;s ch&#232;res s&#339;urs&#8230; &#187; C'est ainsi que Michel Chartrand commen&#231;ait la grande majorit&#233; de ses discours. D&#232;s ses premiers mots, on ne pouvait qu'&#234;tre impressionn&#233; par le charisme et l'&#233;nergie de cet homme. Le peuple de Chartrand, c'&#233;tait en fait toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Et pour &#234;tre certain qu'on comprenne bien la port&#233;e de ses propos, Chartrand encha&#238;nait g&#233;n&#233;ralement ses discours avec un extrait de la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme : &#171; &lt;em&gt;Tous les &#234;tres humains naissent libres et &#233;gaux en dignit&#233; et en droits.&lt;/em&gt; &#187; Il d&#233;clarait ces lignes d'une telle mani&#232;re qu'on avait l'impression de les entendre pour la premi&#232;re fois de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si ce n'&#233;tait du ton fulminant et du regard enflamm&#233; l'accompagnant, cette ouverture pourrait laisser croire que Chartrand &#233;tait un lib&#233;ral &#171; de gauche &#187; tout aussi banal que les autres, un de ceux qui, comme il le d&#233;non&#231;ait, &#171; &lt;em&gt; collaborent avec le pouvoir &lt;/em&gt; &#187;. Tout progressiste cons&#233;quent soutient effectivement les droits de la personne, quitte &#224; en faire une simple question de principe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le peuple humain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Pour Chartrand, les droits de la personne et l'&#233;galit&#233; doivent s'incarner dans la r&#233;alit&#233; de tous les jours. Chartrand &#233;tait chr&#233;tien &#8211; il trouvait le Christ &#171; &lt;em&gt;sympathique&lt;/em&gt; &#187; &#8211; et n'aimait pas que les marxistes veuillent en finir avec la religion. Mais l'humanit&#233;, m&#234;me unie sous la gouverne de Dieu, se divise en classes sociales. Ainsi, Chartrand s'opposait tout autant &#224; l'universalisme abstrait des chr&#233;tiens qu'&#224; celui des bourgeois lib&#233;raux : &#171; &lt;em&gt; Comme si l'exploiteur et l'exploit&#233; avaient tous deux le m&#234;me c&#339;ur.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi il a &#233;t&#233; des luttes syndicales, populaires, internationales, humanitaires, f&#233;ministes, autochtones, ind&#233;pendantistes tout au long de sa vie. Il voyait le capitalisme comme un &#171; &lt;em&gt;march&#233; des esclaves&lt;/em&gt; &#187; et un syst&#232;me &#171; &lt;em&gt; amoral, asocial et apatride&lt;/em&gt; &#187;. Il faut se battre, disait-il, chaque jour et en permanence afin de pr&#233;server le peu de dignit&#233; et de libert&#233; qui nous restent. Et s'il faut &#224; l'occasion &#171; &lt;em&gt;&#233;tamper &lt;/em&gt; &#187; ou &#171; &lt;em&gt;botter le cul &lt;/em&gt; &#187; de ses adversaires, braver la loi, passer &#224; l'action directe, voire, dans le contexte des r&#233;gimes dictatoriaux, prendre le maquis, Chartrand ne s'y opposera pas, bien au contraire : &#171; &lt;em&gt;Jamais on ne me fera cracher sur les gars qui posent des bombes. Ils ont le droit de ne pas &#234;tre contents, ces gens-l&#224;. Le syst&#232;me capitaliste est fond&#233; sur la violence et il engendre n&#233;cessairement la violence.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le peuple est domin&#233; par la classe politique et les &#233;lites financi&#232;res. Le peuple &#171; r&#233;ellement existant &#187; (pour paraphraser la formule consacr&#233;e) doit s'&#233;manciper du syst&#232;me capitaliste, mais aussi de lui-m&#234;me. Il n'est pas une entit&#233; &#224; prot&#233;ger ou &#224; conserver telle quelle parce qu'elle aurait une quelconque valeur &#171; en soi &#187;. Il est en devenir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Par et pour le peuple&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Contrairement aux populistes de droite, Chartrand n'instrumentalise donc pas la culture ou le sens commun populaire afin de se donner raison. Cette culture populaire est aussi celle de la servitude, et le &#171; gros bon sens &#187; est corrompu par la pens&#233;e &#233;go&#239;ste et comp&#233;titive. Le sophisme de l'&lt;em&gt;argumentum ad populum&lt;/em&gt; lui est &#233;tranger (ou presque). Il n'appelle pas la majorit&#233; pour soutenir ses raisonnements. En fait, c'est plut&#244;t l'inverse qui est vrai. Chartrand d&#233;testait les consensus. La d&#233;mocratie, c'est le d&#233;bat. Il a d&#233;nonc&#233; toute sa vie le peuple qu&#233;b&#233;cois &#171; &lt;em&gt;peureux et colonis&#233;&lt;/em&gt; &#187;, lui reprochant son individualisme, son manque de courage, son mauvais traitement des minorit&#233;s, son machisme, son manque de solidarit&#233; et de conscience internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui l'int&#233;resse dans le peuple, c'est la possibilit&#233; d'y trouver l'outil du changement : la classe ouvri&#232;re. Chartrand ne s'identifie donc pas &#224; l'ensemble de la nation qu&#233;b&#233;coise, de bas en haut sans plus de nuance. Il s'inscrit, comme dirait Walter Benjamin, dans la m&#233;moire des vaincus : les Autochtones spoli&#233;s, les colons exploit&#233;s, les travailleurs en gr&#232;ve, les d&#233;serteurs, les pauvres, les femmes et les immigrants. Il s'identifie &#224; cette partie du peuple qui est victime de la hi&#233;rarchie et qui refuse sa condition. Le pass&#233; qui l'inspire, ce n'est pas celui des &#171; grands &#187;. Le Qu&#233;bec a d'ailleurs selon lui une part d'ombre dans son pass&#233; : &#171; &lt;em&gt;C'est cela notre civilisation, c'est cela la base de notre civilisation. Ce n'est pas une civilisation chr&#233;tienne mais une civilisation de barbares blancs qui ont conquis des peuples plus faibles et qui les ont vol&#233;s par la force d'arme, avec une fa&#231;ade de christianisme comme on a encore une fa&#231;ade de d&#233;mocratie.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le peuple &#171; &lt;em&gt;tel-qu'il-est&lt;/em&gt; &#187; doit se renier puis se transformer afin de devenir &#171; &lt;em&gt;tel-qu'il-devrait-&#234;tre &lt;/em&gt; &#187;. Il doit s'arracher &#224; lui-m&#234;me par une lib&#233;ration &#233;conomique, sociale et politique qui le transformera radicalement. Ce changement ne viendra pas d'en haut : &#171; &lt;em&gt;L'&#233;mancipation des travailleurs&lt;/em&gt;, comme disait Marx, sera &lt;em&gt;l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes&lt;/em&gt;. &#187; Chartrand ne d&#233;sire pas seulement l'&#233;lection d'un parti de gauche qui ferait quelques changements le temps de son mandat, il aspire &#224; un r&#233;el changement social et politique : &#171; &lt;em&gt;Pas surveiller le pouvoir, exercer le pouvoir &#187;, car &#171; on ne s'en sortirait m&#234;me pas avec un parti socialiste&lt;/em&gt; &#187;. Il faut que ce soit le peuple lui-m&#234;me qui &#171; brasse &#231;a &#187;. La d&#233;mocratie radicale semble &#234;tre ici l'avenue pour le futur &#8211; &#171; &lt;em&gt;toute vraie d&#233;mocratie est socialiste ; tout vrai socialisme est d&#233;mocratique&lt;/em&gt; &#187;. La classe ouvri&#232;re doit mettre en place une &#171; &lt;em&gt;machine &#233;lectorale &lt;/em&gt; &#187; permettant aux travailleurs et travailleuses de prendre le pouvoir via diff&#233;rents comit&#233;s (ch&#244;meurs, locataires, populaires, communautaires, syndicats) et de reprendre possession des entreprises via les comit&#233;s de travailleurs&#183;euses et l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Une &#233;mancipation sans fronti&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Chartrand est bien s&#251;r particuli&#232;rement concern&#233; par le sort du peuple qu&#233;b&#233;cois. Celui-ci doit s'&#233;manciper du colonialisme canadien. Le nationalisme de Chartrand n'est toutefois pas bourgeois. Pendant toute sa vie, il va critiquer le Parti qu&#233;b&#233;cois et son souverainisme sans r&#233;elle &#233;mancipation &#233;conomique et sociale. Le pays de Chartrand est concret, mat&#233;riel et vivant. Il est, pour reprendre les mots d'&#201;lis&#233;e Reclus, la &#171; &lt;em&gt;terre qui nous a nourris &#187; et le langage &#171; qui nous a berc&#233;s &lt;/em&gt; &#187;. Il ne s'agit donc pas de se donner un &#201;tat &#171; comme les autres &#187;, comme le disent les nationalistes, mais d'arracher le pays r&#233;el aux colonisateurs et aux exploiteurs pour le mettre entre les mains du peuple qui l'habite. Les exploiteurs &#8211; les &#171; &lt;em&gt;pourris&lt;/em&gt; &#187; et les &#171; &lt;em&gt;fascistes&lt;/em&gt; &#187; &#8211; sont aussi qu&#233;b&#233;cois. L'&#233;mancipation du peuple repose donc sur le prol&#233;tariat, elle est une division &#224; d&#233;passer au sein m&#234;me de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La lib&#233;ration doit se faire &#224; la fois &#224; l'&#233;chelle nationale et internationale. Fid&#232;le &#224; la pens&#233;e anticoloniale, elle est li&#233;e aux autres peuples du monde. &#171; &lt;em&gt;Des commandos viennent de partout. J'ai dit &#224; quelques-uns de ces volontaires : &#8220;En aidant les Palestiniens, c'est le Qu&#233;bec que vous aidez aussi &#224; se lib&#233;rer !&#8221;&lt;/em&gt; &#187; Chartrand va appuyer les combats des Vietnamiens, des Chiliens, des Irlandais, des Mohawks et des travailleurs et travailleuses du monde entier. Il va m&#234;me affirmer que les combattants de l'op&#233;ration de Munich, qui ont tu&#233; cinq athl&#232;tes olympiques isra&#233;liens en 1972, sont des &#171; &lt;em&gt;patriotes et des h&#233;ros&lt;/em&gt; &#187; qui avaient des intentions &#171; &lt;em&gt; hautement humanitaires &lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Derri&#232;re la nation, le peuple ; derri&#232;re le peuple, la classe sociale ; et par-del&#224; la classe, l'humanit&#233; retrouv&#233;e. Et &#224; chacune de ces &#233;tapes, Michel Chartrand nous crie &#224; tue-t&#234;te de ne pas &#233;couter les &#171; &lt;em&gt;petits messieurs &#233;duqu&#233;s tout croche &lt;/em&gt; &#187;, les &#171; &lt;em&gt;pouilleux &lt;/em&gt; &#187;, les &#171; &lt;em&gt; complices &lt;/em&gt; &#187; et les &#171; &lt;em&gt;commis de compagnie&lt;/em&gt; &#187;&#8230; Radical, anti-&#233;lite, anticapitaliste, anti-imp&#233;rialiste, nationaliste : Chartrand, populiste de gauche ? Sans doute. Populaire ? Assur&#233;ment. Mais il &#233;tait surtout socialiste et ind&#233;pendantiste. Et d&#233;testait les &#233;tiquettes. Il a constat&#233;, de l'int&#233;rieur du peuple, que l'injustice r&#233;gnait. Il a compris que la classe ouvri&#232;re organis&#233;e pouvait mettre fin &#224; la domination des puissants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Marc-Andr&#233; Cyr est historien des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Entretien avec Catherine Dorion. Comment dire les choses autrement en politique ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entretien-avec-Catherine-Dorion-Comment-dire-les-choses-autrement-en-politique</link>
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		<dc:date>2021-03-11T20:21:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Dorion, Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Dorion, Catherine</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour le meilleur et pour le pire, de l'int&#233;rieur ou de l'ext&#233;rieur, Qu&#233;bec solidaire est parfois associ&#233; au populisme de gauche. Chose certaine, le d&#233;fi de faire conna&#238;tre et appr&#233;cier un programme politique consid&#233;r&#233; par plusieurs comme radical est toujours grand. Nous discutons de la question avec la d&#233;put&#233;e Catherine Dorion qui, de son c&#244;t&#233;, a &#233;t&#233; souvent confront&#233;e &#224; un populisme&#8230; de droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Propos recueillis par Claude Vaillancourt. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; b&#226;bord ! : Qu&#233;bec solidaire a un message (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vaillancourt-Claude-+" rel="tag"&gt;Vaillancourt, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Dorion-Catherine-+" rel="tag"&gt;Dorion, Catherine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3086.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;526&#034; height=&#034;744&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour le meilleur et pour le pire, de l'int&#233;rieur ou de l'ext&#233;rieur, Qu&#233;bec solidaire est parfois associ&#233; au populisme de gauche. Chose certaine, le d&#233;fi de faire conna&#238;tre et appr&#233;cier un programme politique consid&#233;r&#233; par plusieurs comme radical est toujours grand. Nous discutons de la question avec la d&#233;put&#233;e Catherine Dorion qui, de son c&#244;t&#233;, a &#233;t&#233; souvent confront&#233;e &#224; un populisme&#8230; de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Claude Vaillancourt.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : Qu&#233;bec solidaire a un message consid&#233;r&#233; comme assez radical qui effraie une certaine partie de la population &#8211; les &#233;lites &#233;conomiques plus particuli&#232;rement. Quelle a &#233;t&#233; votre strat&#233;gie pour le rendre plus digeste et accessible ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Catherine Dorion :&lt;/strong&gt; En ce qui nous concerne, nous les d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s, c'est par une division efficace du travail. Chacun&#183;e est le porte-parole de ses dossiers. Nous sommes un parti d&#233;centralis&#233; dans notre fa&#231;on de fonctionner ; nous n'avons pas une fa&#231;on unique de parler, de prendre la parole. Personne ne nous dit : voici comment nous allons livrer le message. Nous &#233;changeons nos arguments, nous nous partageons les notes de recherche. Nous choisissons un angle particulier, nous privil&#233;gions certains aspects. Il y a autant de fa&#231;on de proc&#233;der qu'il y a de porte-parole. Bien s&#251;r, il y a les deux porte-parole officiels. Mais si je dois m'exprimer, par exemple, sur la crise des m&#233;dias, personne ne me dira comment proc&#233;der. Je connais &#233;videmment la position de QS et je consulte tout le monde &#8211; le caucus, les employ&#233;&#183;e&#183;s &#8211; si je dois ajouter du nouveau. La sagesse collective arrive &#224; une prise de position. Comme j'ai beaucoup creus&#233; le dossier, il est clair que ma position compte pour beaucoup. Quand il faut d&#233;fendre le dossier, je le fais &#224; ma fa&#231;on. Pour les autres, c'est la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : L'accessibilit&#233; du message de QS est donc li&#233;e &#224; une forme de souplesse dans l'application de la ligne de parti ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. :&lt;/strong&gt; Oui, en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Dans plusieurs pays, c'est une droite radicale et populiste qui recueille le vote des d&#233;&#231;us et des laiss&#233;s-pour-compte de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Consid&#233;rez-vous que c'est aussi le cas au Qu&#233;bec ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. :&lt;/strong&gt; Un intellectuel qu&#233;b&#233;cois dont j'ai oubli&#233; le nom disait que le Qu&#233;bec a l'avantage d'avoir un retard historique. Ce qui est moins vrai aujourd'hui, parce que tout va plus vite, tout se diffuse plus vite, les id&#233;es politiques et ce qui alimente les grands mouvements. Mais ce d&#233;calage nous a permis de voir arriver ce qui provient de la France, des &#201;tats-Unis, entre autres, notamment une droite identitaire qu'on appelle &#171; populiste &#187;&#8230; Au Qu&#233;bec, on ne sait pas trop si Fran&#231;ois Legault peut &#234;tre rattach&#233; &#224; ces mouvements. Mais c'est le cas des chroniqueurs et des chroniqueuses de radio &#224; Qu&#233;bec et de ceux et celles de Qu&#233;becor. Nous avons l&#224; du vrai populisme ! Ce ph&#233;nom&#232;ne existe depuis longtemps. Ces gens-l&#224; font de la politique tout autant que Fran&#231;ois Legault et Simon Jolin-Barette. Ils font accroire qu'ils sont les chiens de garde de la d&#233;mocratie, qu'ils demandent au pouvoir de rendre des comptes. Mais ce sont eux qui devraient rendre des comptes, apr&#232;s tout le travail de modelage de l'opinion publique qu'ils ont accompli, un travail militant, constant, appuy&#233; par des fonds g&#233;n&#233;reux &#8211; tout ceci a un effet sur le public. Bien s&#251;r, la popularit&#233; des id&#233;es de la droite radicale n'est pas li&#233;e &#224; ce facteur unique. Il y a aussi des enjeux &#233;conomiques, sociaux, il y a la pr&#233;sence de mouvements beaucoup plus profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! :&lt;/em&gt; Vous vivez justement &#224; Qu&#233;bec, au royaume de la &#171; radio-poubelle &#187;. Vous n'avez jamais eu peur d'aller confronter ces m&#233;dias, de r&#233;pondre &#224; leurs invitations. Vous avez m&#234;me tenu une chronique dans une de ces radios. Que retirez-vous de cette exp&#233;rience ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait une exp&#233;rience tr&#232;s int&#233;ressante ! Je ne regrette rien, je serais m&#234;me pr&#234;te &#224; r&#233;essayer. Hannah Arendt parlait de la banalit&#233; du mal et de comment les gens pris dans certains syst&#232;mes, qui se trouvent &#224; &#234;tre des acteurs de mouvements politiques, deviennent n&#233;fastes, entre autres en perp&#233;tuant des discours haineux, comme celui qu'on entend dans les radios priv&#233;es de Qu&#233;bec. Mais en m&#234;me temps, les personnes qui sont dans ces structures ne sont pas de mauvaises personnes&#8230; enfin, pour la plupart. Il faut avoir un esprit tr&#232;s, tr&#232;s ouvert pour voir quelque chose de bon chez certaines d'entre elles ! Prenons par exemple l'animateur Sylvain Bouchard, avec qui j'ai partag&#233; le micro. Malgr&#233; tout ce que je pourrais lui reprocher, je dois dire que quand je l'avais devant moi, je ne pouvais pas penser qu'il &#233;tait un mauvais gars. Il joue son r&#244;le d'animateur dans une station de radio de droite, il doit bien le jouer, peut-&#234;tre sans se poser de questions sur ce que &#231;a donne. Me rendre compte de tout &#231;a m'a beaucoup apport&#233;. J'ai constat&#233; que la tentation est grande de s'acharner contre ces individus, de ne faire que cela. Bien s&#251;r, ils ont souvent besoin d'&#234;tre remis &#224; leur place, mais &#231;a devient contre-productif de leur accorder trop d'importance. Si on y tient, il faudrait plut&#244;t s'attaquer &#224; ce qui permet &#224; ces m&#233;dias de r&#233;pandre du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : QS a toujours soutenu le scrutin proportionnel. Avec la popularit&#233; de la radio de Qu&#233;bec, est-ce que cela ne permettrait pas de donner naissance &#224; un parti populiste d'extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. :&lt;/strong&gt; Le scrutin proportionnel permet &#224; des id&#233;es plus radicales d'&#233;merger. Cela ne favorise pas la politique beige et centriste. C'est un risque que nous assumons pleinement. Nous faisons confiance en la d&#233;mocratie. Nous faisons confiance aux Qu&#233;b&#233;cois&#183;es. Quand on fait de la politique, on est scrut&#233; de pr&#232;s et on doit rendre des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : Est-ce que vous consid&#233;rez que QS a une strat&#233;gie populiste de gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. :&lt;/strong&gt; Le mot &#171; populiste &#187; est probl&#233;matique. Il peut &#234;tre pris dans plusieurs sens. Une des d&#233;finitions qui me conviendrait c'est : &#171; Faire appel aux &#233;motions dans le but de cr&#233;er un mouvement populaire &#187;. Le populisme, tel qu'on le comprend maintenant, est beaucoup associ&#233; au populisme de droite, qui d&#233;sinforme, s'acharne sur des minorit&#233;s, d&#233;fend des opinions qui s'opposent aux faits. Tout cela est tr&#232;s n&#233;gatif. Pour quelqu'un qui cherche la v&#233;rit&#233;, qui veut de la franchise, du r&#233;el et une vision plus profonde des choses, ce n'est pas bon. On ne veut pas s'associer &#224; ce mot. Cela peut devenir un probl&#232;me quand les journaux et les revues comme la v&#244;tre nous demandent : &#234;tes-vous des populistes de gauche ? Mais revenons &#224; l'id&#233;e de faire appel aux &#233;motions. On dit que les &#233;motions permettent de manipuler les gens. Mais la droite ne manipule pas seulement avec des &#233;motions. Elle y arrive aussi avec des id&#233;es, avec la raison. Moi, je ne cherche surtout pas &#224; manipuler les gens. Ce que j'assume cependant, c'est de dire que la politique ne se fait pas seulement avec des arguments rationnels. La crise du climat en est un bon exemple : tous les arguments rationnels sont du c&#244;t&#233; des environnementalistes. Mais les gouvernements ne font rien et agissent comme s'ils &#233;taient des climatosceptiques. Ils peuvent se le permettre parce qu'ils sont les plus forts. On a beau avoir raison, &#231;a ne suffit pas pour eux. Il faut &#224; notre tour &#234;tre les plus fort&#183;e&#183;s. Comment peut-on b&#226;tir une r&#233;ponse politique plus forte ? Il est impossible d'y arriver sans avoir recours aux &#233;motions. Il faut avoir un influx dans le corps, se sentir soulev&#233;&#183;e&#183;s ! Et quand on parle de soul&#232;vement, on parle d'un acc&#232;s de col&#232;re, mais aussi de joie. Si c'est &#231;a &#234;tre populiste, je le suis ! C'est surtout &#234;tre intelligent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Partagez-vous vos r&#233;flexions avec d'autres partis qui vous ressemblent, La France insoumise, Podemos, Die Linke par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. :&lt;/strong&gt; Oui, il y a des liens. Je suis all&#233;e &#224; Bilbao dans un forum de la gauche europ&#233;enne. J'ai &#233;t&#233; invit&#233;e au grand congr&#232;s des DSA (Democratic Socialists of America) aux &#201;tats-Unis. Des militant&#183;e&#183;s tr&#232;s pr&#233;sent&#183;e&#183;s dans QS continuent de maintenir ces liens, bien humblement. Si nous avions davantage de ressources, nous pourrions d&#233;velopper encore plus ces relations. Mais avec dix d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s et une trentaine d'employ&#233;&#183;e&#183;s, notre t&#226;che est &#233;norme, nous faisons tous du travail suppl&#233;mentaire ! On fait donc ces rapprochements &#224; temps perdu&#8230; mais il y a tr&#232;s peu de temps perdu pour nous ! De plus, il n'y a pas de r&#233;elle &#233;quivalence entre eux et nous : ces partis sont gros par rapport &#224; nous et ils sont nationaux, nous, nous demeurons pour le moment pris dans un &#201;tat f&#233;d&#233;ral et nous ne sommes pas sur un m&#234;me pied d'&#233;galit&#233; qu'eux. Ils ont des budgets pour l'international, pas nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Votre m&#233;tier est celui de com&#233;dienne. Consid&#233;rez-vous que cela vous aide quand il s'agit de s'adresser au public, pour bien passer un message ? Comment ce m&#233;tier pr&#233;pare-t-il &#224; la carri&#232;re de politicienne ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D&lt;/strong&gt;. : Je ne sais pas trop comment, mais j'ai l'impression que &#231;a me sert. J'ai fait le Conservatoire d'art dramatique &#224; Qu&#233;bec, trois ann&#233;es super intenses, ax&#233;es sur la pratique. Au th&#233;&#226;tre, on se met en danger devant les autres, il faut accepter d'avoir l'air con, de prendre des risques, de se p&#233;ter la gueule ou de r&#233;ussir quelque chose d'extraordinaire. Je ne sais pas &#224; quel point &#231;a m'a marqu&#233;, mais il y a plein de choses que j'ai int&#233;gr&#233;es naturellement. Par exemple, faire une pause apr&#232;s avoir dit une id&#233;e importante. Et d'autres trucs du genre. Les gens disent : &#171; &lt;em&gt; C'est une com&#233;dienne, elle est bonne pour faire semblant. &lt;/em&gt; &#187; Non ! &#202;tre com&#233;dienne, ce n'est pas faire semblant, c'est &#234;tre vraie ! Et dans mon travail de d&#233;put&#233;e, je n'ai pas &#224; jouer un autre personnage que moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span style=&#034;color:#b22222;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : On peut dire que les partis de centre gauche, au Qu&#233;bec et ailleurs, ont gouvern&#233; un peu comme les gouvernements de centre droit, et ont adopt&#233; des politiques qui ont renforc&#233; les &#233;lites &#233;conomiques. Comment QS pourrait-il &#233;viter de tomber dans ce pi&#232;ge ?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C.D. : &lt;/strong&gt;&#192; l'int&#233;rieur de tous les partis, il y a des tensions qui nous incitent &#224; &#234;tre tant&#244;t plus radicaux, tant&#244;t moins radicaux. Plus on se rapproche du pouvoir, plus ceux qui pr&#233;tendent qu'il faut &#234;tre moins radicaux ont du poids. &#192; QS, &#224; mon avis, il faut continuer &#224; avoir une parole radicale, mais en proc&#233;dant diff&#233;remment des autres partis, pour que les militant&#183;e&#183;s les plus engag&#233;&#183;e&#183;s continuent &#224; soutenir le parti et ne laissent pas les &#233;lu&#183;e&#183;s faire seul&#183;e&#183;s de la politique. Nous ne sommes pas un parti de politicien&#183;ne&#183;s. J'essaie de v&#233;hiculer ce message. Je ne sais pas combien de temps je vais rester en politique, pas toute ma vie. Mais pendant mon passage, j'aimerais briser quelques murs, de fa&#231;on &#224; ce que celles et ceux qui ont envie de se lancer puissent se dire : &#171; Crisse, je peux y aller moi aussi et rester moi-m&#234;me. &#187; Ces personnes seront attir&#233;es par QS non pas pour avoir un emploi, mais pour faire avancer des id&#233;es, faire des vagues, garder l'envie de militer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Radios d'opinion &#224; Qu&#233;bec. Le pr&#234;t-&#224;-penser n'est pas de gauche</title>
		<link>https://www.ababord.org/Radios-d-opinion-a-Quebec-Le-pret-a-penser-n-est-pas-de-gauche</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Radios-d-opinion-a-Quebec-Le-pret-a-penser-n-est-pas-de-gauche</guid>
		<dc:date>2021-03-11T20:09:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Payette</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Politique municipale et r&#233;gionale</dc:subject>
		<dc:subject>Payette, Dominique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les techniques populistes des radios d'opinion sont efficaces. Il n'est pas toujours facile de mesurer leur influence parce qu'il n'y a pas de m&#233;thode qui permette d'&#233;liminer les autres influences pour cerner seulement celle de la radio. Mais ces techniques, qui sont les fondements de la rh&#233;torique de la propagande, existent depuis longtemps et leurs effets ont &#233;t&#233; bien r&#233;pertori&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; De quoi parle-t-on au juste ? Parmi les techniques utilis&#233;es par les animateurs, nous pourrions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-municipale-+" rel="tag"&gt;Politique municipale et r&#233;gionale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Payette-Dominique-+" rel="tag"&gt;Payette, Dominique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3085.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;500&#034; height=&#034;744&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les techniques populistes des radios d'opinion sont efficaces. Il n'est pas toujours facile de mesurer leur influence parce qu'il n'y a pas de m&#233;thode qui permette d'&#233;liminer les autres influences pour cerner seulement celle de la radio. Mais ces techniques, qui sont les fondements de la rh&#233;torique de la propagande, existent depuis longtemps et leurs effets ont &#233;t&#233; bien r&#233;pertori&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; De quoi parle-t-on au juste ? Parmi les techniques utilis&#233;es par les animateurs, nous pourrions mentionner, entre autres, l'appel r&#233;p&#233;t&#233; au &#171; gros bon sens &#187;, l'exploitation de pr&#233;jug&#233;s et de st&#233;r&#233;otypes, le ressentiment, le recours &#224; des boucs &#233;missaires, les attaques contre les &#171; &#233;lites &#187; et contre l'&#201;tat, l'anti-intellectualisme primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il n'est pas facile de cerner pr&#233;cis&#233;ment l'influence de ces radios, le cas particulier des changements climatiques donne un &#233;clairage int&#233;ressant sur leur pouvoir de persuasion. La grande r&#233;gion de Qu&#233;bec est en effet soumise &#8211; selon les saisons et les choix &#233;ditoriaux des propri&#233;taires &#8211; aux propos d&#233;magogiques des deux, trois ou m&#234;me quatre stations de radio parl&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es, notamment en ce qui concerne les changements climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et ces stations sont unanimement climatosceptiques, pour des raisons &#233;videntes, li&#233;es au commerce. Elles sont largement commandit&#233;es par des concessionnaires de voitures, et une grande partie de ses auditeurs circulent dans des voitures priv&#233;es. Pas &#233;tonnant alors que les animateurs soutiennent que les changements climatiques sont une invention ou que, s'ils existent, ils ne sont en aucun cas li&#233;s aux activit&#233;s humaines. Les radios tournent en d&#233;rision les pr&#233;occupations des citoyen&#183;ne&#183;s &#224; ce sujet ainsi que les groupes de militantes et militants environnementaux, et leurs porte-parole sont surnomm&#233;s les &#171; enverdeurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le r&#233;sultat est &#233;tonnant. Dans la r&#233;gion de Qu&#233;bec, on se d&#233;clare climatosceptique &#224; hauteur de 44 % contre 21 % &#224; Montr&#233;al, selon un sondage men&#233; en 2015 pour le groupe CIRANO. On voit difficilement quelles autres influences seraient susceptibles de provoquer une telle diff&#233;rence. Bien s&#251;r, il fait un peu plus froid &#224; Qu&#233;bec qu'&#224; Montr&#233;al, l'hiver y est plus pr&#233;coce et un peu plus long. Mais rien ne justifie vraiment une telle diff&#233;rence de perception entre les deux villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une carte produite en septembre dernier par des chercheurs de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, dont Erick Lachapelle, professeur de sciences politiques, montre que cette diff&#233;rence se maintient au fil des ans. On per&#231;oit moins les d&#233;r&#232;glements climatiques dans la r&#233;gion de Qu&#233;bec (et en Beauce) qu'ailleurs au Qu&#233;bec et on pense encore moins que ces changements sont le fruit de l'activit&#233; humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourcentage estim&#233; de la population adulte qui per&#231;oit un r&#233;chauffement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces r&#233;gions sont des exceptions dans un Qu&#233;bec qui, dans l'ensemble, est beaucoup plus r&#233;ceptif aux propos sur le climat que le reste du Canada.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un vote conservateur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Le vote de la r&#233;gion de Qu&#233;bec, syst&#233;matiquement plus conservateur qu'ailleurs au Qu&#233;bec, est aussi un indicateur int&#233;ressant &#224; examiner, quoique plus complexe &#224; isoler. Notons seulement qu'&#224; l'&#233;lection g&#233;n&#233;rale de 2014, les animateurs qui, &#224; cause de la division du vote, craignaient le retour du PQ, ont abandonn&#233; le parti qu'ils ont traditionnellement appuy&#233;, la Coalition avenir Qu&#233;bec, pour inciter leurs auditeurs &#224; voter pour le Parti lib&#233;ral, &#171; &lt;em&gt;en se bouchant le nez&lt;/em&gt; &#187;, comme l'a dit l'animateur vedette Jean-Fran&#231;ois Fillion, en r&#233;f&#233;rence aux accusations de corruption qui marquaient ce parti. Comme par hasard, la r&#233;gion de la Capitale-Nationale est la seule r&#233;gion &#224; majorit&#233; francophone o&#249; la CAQ n'a pas progress&#233; lors de cette &#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'influence sur les r&#233;sultats des &#233;lections municipales est encore plus frappante. En 2017, le candidat soutenu par les radios, Jean-Fran&#231;ois Gosselin, qui avait d&#233;velopp&#233; &#224; l'instar des radios une v&#233;ritable obsession pour la construction d'un troisi&#232;me lien avec L&#233;vis, n'a peut-&#234;tre pas remport&#233; la mairie lors de cette &#233;lection, mais son parti, Qu&#233;bec 21, cr&#233;&#233; &#224; peine 6 mois plus t&#244;t, a remport&#233; 27,6 % des votes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face &#224; ce que certains peuvent qualifier de succ&#232;s, il peut &#234;tre tentant de reprendre la recette &#224; son compte &#224; gauche pour influencer aussi &#224; l'envers les auditeurs&#183;trices, citoyen&#183;ne&#183;s, &#233;lecteurs&#183;trices.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un exemple &#224; ne pas suivre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; De nombreux arguments s'y opposent. Le premier est tout simple : &#231;a ne fonctionne pas. Les tentatives de ce genre aux &#201;tats-Unis, avec ce qu'on appelle les &lt;em&gt;progressive talk radios&lt;/em&gt;, ont g&#233;n&#233;ralement &#233;chou&#233;, ou sont vraiment tr&#232;s loin de se comparer en audience aux radios de droite qui pullulent maintenant dans ce pays. Des chercheurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment Jeffrey M. Berry et Sarah Sobieraj, The Outrage Industry : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont expliqu&#233; cet &#233;chec par le fait que les auditeurs et auditrices de gauche semblent pr&#233;f&#233;rer une information &#224; caract&#232;re g&#233;n&#233;raliste et seraient aussi plus sensibles &#224; d&#233;tecter et &#224; rejeter la rh&#233;torique de propagande. Alors que ces &#233;tudes montrent bien comment les auditeurs conservateurs d&#233;veloppent un vocabulaire et des positions politiques directement emprunt&#233;s des radios, il semble que des auditeurs plus progressistes ne cherchent pas ce soutien, ce confort pourrait-on dire, d'une pens&#233;e directement sous influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On pourrait aussi ajouter &#224; cela que le respect de la libert&#233; de penser est une valeur essentielle de la gauche. Chercher &#224; convaincre est l&#233;gitime, bien s&#251;r, mais cela ne doit pas se faire &#224; n'importe quel prix et pas par tous les moyens. &#201;videmment une p&#233;dagogie efficace et recourir &#224; de bons arguments ne constituent pas de la propagande parce qu'on s'adresse &#224; la raison, &#224; l'intelligence, pas seulement aux &#233;motions, comme le fait syst&#233;matiquement la rh&#233;torique de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par ailleurs, il ne faut pas oublier que si les animateurs disposent d'une r&#233;elle influence, ils l'ont gagn&#233;e &#224; la faveur de leur m&#233;pris des r&#232;gles journalistiques les plus &#233;l&#233;mentaires, par exemple lorsqu'ils inondent les ondes de commentaires d&#232;s que les principaux int&#233;ress&#233;s ont quitt&#233; le studio apr&#232;s une interview, ou quand ils vont jusqu'&#224; simuler une interview avec une actrice politique qui refuse de leur parler, comme ils l'ont fait avec la candidate Ann Bourget alors qu'elle affrontait R&#233;gis Labeaume en 2007. Il est difficile d'envisager l'utilisation de tels proc&#233;d&#233;s indignes pour freiner la progression des id&#233;es conservatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au final, il n'y a qu'une seule mani&#232;re l&#233;gitime de contrer l'effet des radios : forcer l'application de la loi. En effet, ces techniques douteuses ne sont pas seulement en rupture avec la d&#233;ontologie journalistique ou avec les pratiques habituelles et raisonnables. Elles contreviennent &#233;galement &#224; la loi canadienne sur la radiodiffusion qui stipule tr&#232;s clairement que les d&#233;tenteurs de permis de diffusion &#8211; qui ne sont en aucun cas propri&#233;taires des ondes sur lesquelles ils diffusent &#8211; doivent s'efforcer &#171; &lt;em&gt;d'offrir au public l'occasion de prendre connaissance d'opinions divergentes sur des sujets qui l'int&#233;ressent &lt;/em&gt; &#187;. Cette obligation qui leur est faite par la loi devait pr&#233;cis&#233;ment emp&#234;cher cette concentration de propagande &#224; laquelle sont soumis les citoyen&#183;ne&#183;s de la r&#233;gion de Qu&#233;bec, jusqu'&#224; provoquer un important d&#233;s&#233;quilibre structurel dans la r&#233;flexion politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour comprendre, il est surtout important de questionner l'inertie gouvernementale &#8211; &#224; tous les niveaux et dans tous les partis &#8211; face &#224; une telle d&#233;rogation &#224; la loi par les m&#233;dias concern&#233;s, et il faut essayer de trouver comment forcer &#224; l'action des &#233;lu&#183;e&#183;s kidnapp&#233;&#183;e&#183;s et &#233;cras&#233;&#183;e&#183;s par le poids et l'influence des m&#233;dias de la r&#233;gion. C'est ce que la d&#233;fense de la d&#233;mocratie exige d&#233;sormais face &#224; un comportement m&#233;diatique qui lui est tellement contraire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pourcentage estim&#233; de la population adulte qui per&#231;oit un r&#233;chauffement, Universit&#233; de Montr&#233;al, &lt;a href=&#034;http://umontreal.ca/climat/index.html&#034;&gt;disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment Jeffrey M. Berry et Sarah Sobieraj, &lt;em&gt;The Outrage Industry : Political Media and the New Incivility&lt;/em&gt;, Oxford University Press, 2014 et Matthew Levendusky. &lt;em&gt;How Partisan Media Polarize America&lt;/em&gt;. University of Chicago Press, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dominique Payette est professeure titulaire au D&#233;partement d'information et de communication de l'Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bernie Sanders, populiste de gauche ?</title>
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		<dc:date>2021-03-11T19:58:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lisabeth Vallet, Fr&#233;d&#233;rique Verreault</dc:creator>


		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Vallet, &#201;lisabeth</dc:subject>
		<dc:subject>Verreault, Fr&#233;d&#233;rique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le Triomphe de l'injustice &#187;. Ce constat r&#233;cent de deux &#233;conomistes, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, de l'Universit&#233; de Californie est sans appel. Dans ce contexte, Bernie Sanders, candidat &#224; la nomination pour le parti d&#233;mocrate pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle 2020, a le vent dans les voiles. &lt;br class='autobr' /&gt; Les in&#233;galit&#233;s croissantes contribuent largement &#224; alimenter la d&#233;saffection des Am&#233;ricains &#224; l'&#233;gard des institutions politiques, et le sentiment de d&#233;connexion entre la population am&#233;ricaine et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vallet-Elisabeth-+" rel="tag"&gt;Vallet, &#201;lisabeth&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Verreault-Frederique-+" rel="tag"&gt;Verreault, Fr&#233;d&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3084.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;614&#034; height=&#034;624&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Triomphe de l'injustice&lt;/i&gt; &#187;. Ce constat r&#233;cent de deux &#233;conomistes, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, de l'Universit&#233; de Californie est sans appel. Dans ce contexte, Bernie Sanders, candidat &#224; la nomination pour le parti d&#233;mocrate pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle 2020, a le vent dans les voiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Les in&#233;galit&#233;s croissantes contribuent largement &#224; alimenter la d&#233;saffection des Am&#233;ricains &#224; l'&#233;gard des institutions politiques, et le sentiment de d&#233;connexion entre la population am&#233;ricaine et les &#233;lites washingtoniennes. En effet, en 2018, le taux d'imposition moyen des 400 familles les plus nanties des &#201;tats-Unis est tomb&#233; en de&#231;&#224; du taux appliqu&#233; &#224; la moiti&#233; la moins riche des m&#233;nages am&#233;ricains &#8211; un record dans l'histoire r&#233;cente. Or, Bernie Sanders, repr&#233;sentant de 1991 &#224; 2007 puis s&#233;nateur ind&#233;pendant au Congr&#232;s, s'est distingu&#233; pendant deux d&#233;cennies comme un l&#233;gislateur atypique : il se d&#233;crit lui-m&#234;me comme un socialiste progressiste. Conservateur sur la question des armes &#224; feu (conforme en cela &#224; l'&#201;tat du Vermont qu'il repr&#233;sente), il s'est oppos&#233; au Patriot Act et &#224; la guerre en Irak, et a promu avec constance des mesures et des l&#233;gislations pour encadrer le march&#233; du travail, prot&#233;ger les travailleurs, limiter le poids de l'argent dans les campagnes &#233;lectorales et rendre le syst&#232;me fiscal plus &#233;quitable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; &#201;mergence du ph&#233;nom&#232;ne Sanders&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Le changement s'op&#232;re &#224; compter de 2015, alors que Bernie Sanders &#233;merge nationalement &#8211; le magazine &lt;em&gt;Rolling Stone&lt;/em&gt; parle d'un &#171; ph&#233;nom&#232;ne politique national &#187;. Il s'impose alors rapidement comme une figure de proue du Parti d&#233;mocrate alors qu'il annonce en avril qu'il se lance dans les primaires du parti. Dans un contexte socio&#233;conomique marqu&#233; par quarante ans de stagnation salariale et d'accroissement des in&#233;galit&#233;s couronn&#233;s par la crise &#233;conomique de 2008, et le sauvetage in extr&#233;mis des grandes banques par le gouvernement, son discours r&#233;sonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut dire que dans la foul&#233;e de la crise, l'&#233;mergence de &lt;em&gt;Occupy Wall Street et du Tea Party&lt;/em&gt;, deux mouvements refl&#233;tant une ali&#233;nation grandissante envers les politiciens traditionnels et la polarisation croissante de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, ont pav&#233; la voix d'un discours populiste, &#224; gauche comme &#224; droite, dont Sanders et Trump sont devenus l'incarnation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La campagne pr&#233;sidentielle de Bernie Sanders a donc &#233;t&#233; marqu&#233;e par ce discours ax&#233; sur les in&#233;galit&#233;s socio&#233;conomiques, sorte de r&#233;surrection de la lutte des classes o&#249; le peuple travaillant et les &#233;lites se sont substitu&#233;s au prol&#233;tariat et &#224; la bourgeoisie. Sanders a maintes fois r&#233;it&#233;r&#233; l'existence d'un schisme d&#233;l&#233;t&#232;re entre les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante et l'&#233;lite &#233;conomique et la masse de citoyens ordinaires, en liant les travers du syst&#232;me de financement &#233;lectoral (qui permet &#224; l'&#233;lite &#233;conomique de faire &#233;lire des candidat&#183;e&#183;s qui lui seront redevables) &#224; l'influence &#171; disproportionn&#233;e &#187; d'une caste dirigeante. Et ce discours a trouv&#233; une audience favorable, moins r&#233;fractaire &#224; des arguments socio-d&#233;mocrates qu'auparavant. Au point o&#249; Sanders s'est taill&#233; une niche sur le flanc gauche du parti d&#233;mocrate, d&#233;laiss&#233; depuis plusieurs d&#233;cennies &#8211; notamment depuis l'av&#232;nement des &lt;em&gt;New Democrats&lt;/em&gt; puis des &lt;em&gt;Clinton Democrats&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ce contexte, et en raison de son succ&#232;s lors des primaires, Sanders a contribu&#233; &#224; recadrer les termes du d&#233;bat et &#224; influencer la plateforme du Parti d&#233;mocrate de 2016, qui a fini par inclure la proposition d'un salaire minimum f&#233;d&#233;ral &#224; 15$/h, la mise en place d'un &lt;em&gt;Glass-Steagall Act&lt;/em&gt; du 21e si&#232;cle, l'&#233;tablissement d'une taxe sur le carbone et la r&#233;forme globale de l'immigration. Sanders a largement utilis&#233; son image d'int&#233;grit&#233; pour s'inscrire en faux par rapport aux &#233;lites r&#233;put&#233;es corrompues (tant financi&#232;rement que par leur cosmopolitisme) et le peuple &#171; &lt;em&gt;victime &#224; la fois des &#233;lites et des menaces int&#233;rieures [&#8230;] et ext&#233;rieures &lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dieckhoff, C. Jaffrelot, &#201;. Massicard, &#171; Les pouvoirs populistes &#187;, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (comme la mondialisation).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La campagne 2019&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Forte de sa port&#233;e nationale en 2016, l'acuit&#233; de la posture populiste de Sanders demeure en 2019. Il n'est d'ailleurs pas &#233;tonnant qu'il ait amorc&#233; sa campagne pour 2020 en ciblant l'Iowa et les &#233;lecteurs qui avaient vot&#233; pour Trump. Sa strat&#233;gie, comme il y a quatre ans, repose sur l'acc&#232;s direct aux &#233;lecteurs qu'offrent les r&#233;seaux sociaux, qui n'ont alors nul besoin d'&#234;tre structur&#233;s en organisation. Sanders a mobilis&#233; ces outils communicationnels pour s'adresser directement aux &#233;lecteurs en &#233;vitant les filtres classiques, institutionnels et m&#233;diatiques : le choix op&#233;r&#233; par son &#233;quipe de campagne renforce donc son &#233;tiquette populiste, alors qu'il invoque tour &#224; tour la classe moyenne contre le 1%, le syst&#232;me corrompu, une n&#233;cessaire r&#233;volution politique (qui prend toutefois la forme d'une participation politique plus active de la masse populaire plut&#244;t que d'une lutte arm&#233;e) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;em&gt;Nous avons besoin d'un gouvernement qui se battra pour les familles de travailleurs et la classe moyenne en d&#233;clin, et pas seulement pour le 1 %.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;em&gt;La classe des milliardaires devrait &#234;tre tr&#232;s, tr&#232;s nerveuse. Les travailleurs de ce pays sont pr&#234;ts &#224; se lancer dans une r&#233;volution politique. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;em&gt;Cette campagne ne me concerne pas uniquement. Elle concerne des millions de personnes qui luttent pour survivre dans d'un syst&#232;me truqu&#233; en faveur des riches et des puissants. Leurs histoires m&#233;ritent d'&#234;tre entendues.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette approche populiste n'est pas in&#233;dite : elle est profond&#233;ment ancr&#233;e dans l'histoire am&#233;ricaine. Pour Pierre M&#233;landri d'ailleurs, le populisme refait surface dans l'univers politique des &#201;tats-Unis &#171; &lt;em&gt;chaque fois que le r&#234;ve am&#233;ricain appara&#238;t en danger&lt;/em&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P . M&#233;landri, &#171; La rh&#233;torique populiste aux Etats-Unis &#187;, Vingti&#232;me si&#232;cle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En l'occurrence, &lt;em&gt;la fracture du consensus n&#233;olib&#233;ral, &#171; fissur&#233; apr&#232;s la grande r&#233;cession de 2008&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. B. Judis, The populist explosion : how the great recession transformed (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;a v&#233;ritablement enray&#233; les m&#233;canismes de l'ascenseur social, d&#233;sormais en panne. Le cr&#233;do de Sanders fait donc &#233;cho &#224; celui qui a men&#233; &#224; l'&#233;lection de Bill Clinton &#8211; &lt;em&gt;it's the economy, stupid&lt;/em&gt;. Mais la focale est renvers&#233;e : c'est bien d'&#233;conomie dont il s'agit, mais en termes d'in&#233;galit&#233;s socio&#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un populisme positif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 2016, le populisme Sandersien a r&#233;sonn&#233; dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine car il s'est appuy&#233; sur la perte de confiance des Am&#233;ricains dans les institutions. Il en a ind&#233;niablement b&#233;n&#233;fici&#233; &#233;lectoralement, &#224; l'instar de Donald Trump. D'ailleurs la comparaison entre ces deux candidats &#171; insurg&#233;s &#187;, l'un exprimant un populisme de gauche et l'autre de droite, est fr&#233;quemment &#233;tablie et s'est traduit en 2016 par la porosit&#233; (voire le chevauchement) de leurs groupes &#233;lectoraux, puisque 12% des &#233;lecteurs favorables &#224; Sanders &#8211; une portion significative dans les &#201;tats qui ont fait la diff&#233;rence en fin de course &#8211; ont finalement vot&#233; pour Donald J. Trump, pr&#233;f&#233;rant l'outsider &#224; la figure de proue de l'establishment &#8211; Hillary Clinton. La raison &#224; cela est que le populisme &#171; &lt;em&gt;tire son profit des amalgames qu'il permet entre des forces politiques qui vont de l'extr&#234;me droite &#224; la gauche radicale [et] sert simplement &#224; dessiner l'image d'un certain peuple&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, &#171; L'introuvable populisme &#187; in Qu'est-ce qu'un peuple, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt; &#187;. &#192; la nuance pr&#232;s que l&#224; o&#249; le populisme de droite inclut la composante identitaire, celui de gauche lui substitue une dimension socio-&#233;conomique fondamentalement anti &#233;litiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De surcro&#238;t, le populisme de Sanders se distingue par son articulation plut&#244;t positive autour d'un espoir, concret, de reconqu&#234;te du pouvoir par le peuple que s'approprient ais&#233;ment ses partisans. Les enjeux sont simplement formul&#233;s, tout comme les solutions, dans la droite ligne des approches populistes. Malgr&#233; leur manque de r&#233;alisme notamment sur le plan des finances publiques &#8211; par exemple dans le cas de la mise sur pied d'un syst&#232;me d'assurance-maladie pour tous (Medicare for all) ou encore l'annulation de la dette &#233;tudiante de 45 millions d'Am&#233;ricains &#8211; ces mesures trouvent leur l&#233;gitimit&#233; dans la croyance que les droits fondamentaux (quasi naturels) d'un peuple intrins&#232;quement vertueux doivent pr&#233;valoir sur les int&#233;r&#234;ts d'une &#233;lite corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est sans doute ce qui a contribu&#233; &#224; tisser, autour de Sanders, un narratif favorable, reposant sur la m&#233;taphore de David contre Goliath &#8211; et qui s'est traduit par une couverture m&#233;diatique d&#233;favorable &#224; l'establishment. La pr&#233;gnance de ce discours est telle qu'il n'est plus seul d&#233;sormais, en 2019, dans la constellation d&#233;mocrate, &#224; s'adresser directement au peuple, &#224; aborder des enjeux en prise avec la paup&#233;risation des travailleurs, &#224; fustiger les &#233;lites et la pr&#233;dation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un an avant la prochaine &#233;lection pr&#233;sidentielle, la recomposition du Parti d&#233;mocrate est devenue in&#233;luctable. Pour autant, l'establishment peine encore &#224; r&#233;soudre les tensions entre une &#171; &lt;em&gt;r&#233;action &#233;pidermique au populisme identitaire de Donald Trump &#187; et la tension &#171; entre l'establishment (&#8230;) et la fraction populiste&lt;/em&gt; &#187; du parti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lauric Henneton, &#171; Trump, Sanders et la nouvelle donne populiste aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Paradoxalement, la version 2019 de la campagne pr&#233;sidentielle de Sanders a perdu de son unicit&#233; au sein du Parti d&#233;mocrate, alors que d'autres candidats ont adopt&#233; &#8211; et normalis&#233; &#8211; certains traits de son discours. Malgr&#233; tout, la port&#233;e de l'&#233;volution populiste qu'il a engendr&#233;e demeure. Avec les risques de fractures &#233;lectorales que cela comporte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dieckhoff, C. Jaffrelot, &#201;. Massicard, &#171; Les pouvoirs populistes &#187;, dans &lt;em&gt;L'Enjeu mondial. Populismes au pouvoir&lt;/em&gt;, Presses de Sciences Po, Paris, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P . M&#233;landri, &#171; La rh&#233;torique populiste aux Etats-Unis &#187;, Vingti&#232;me si&#232;cle. &lt;em&gt;Revue d'histoire&lt;/em&gt;, n&#176; 56, 1997, pp. 184-185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. B. Judis, &lt;em&gt;The populist explosion : how the great recession transformed American and European politics&lt;/em&gt;, New York, Columbia Global Reports, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &#171; L'introuvable populisme &#187; in &lt;em&gt;Qu'est-ce qu'un peuple&lt;/em&gt;, Paris, La Fabrique, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lauric Henneton, &#171; Trump, Sanders et la nouvelle donne populiste aux &#201;tats-Unis &#187;, SciencesPo, Centre de recherches internationales, f&#233;vrier 2018. &lt;a href=&#034;http://sciencespo.fr/ceri/fr/content/dossiersduceri/trump-sanders-et-la-nouvelle-donne-populiste-aux-etats-unis&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les autrices sont respectivement directrice de l'Observatoire de g&#233;opolitique et chercheuse en r&#233;sidence de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#232;re Morales et les d&#233;fis de la stabilit&#233; politique en Bolivie</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-ere-Morales-et-les-defis-de-la-stabilite-politique-en-Bolivie</link>
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		<dc:date>2021-03-11T19:52:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roxana Paniagua</dc:creator>


		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Paniagua, Roxana </dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Evo Morales a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme populiste, de m&#234;me que d'autres chefs d'&#201;tats sud-am&#233;ricains, comme Hugo Chavez, et Rafael Correa. Comme eux, il a d&#233;nonc&#233; l'&#233;lite et l'oligarchie, il s'est fait d&#233;fenseur des classes populaires et des Autochtones. Apr&#232;s 14 ans au pouvoir, peut-on dire que son type de gouvernement a bien d&#233;fendu sa population ? &lt;br class='autobr' /&gt; Pour plusieurs analystes, citoyennes et citoyens, les politiques d'Evo Morales ne peuvent passer &#224; c&#244;t&#233; d'une analyse critique. &#192; la lumi&#232;re des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Paniagua-Roxana-+" rel="tag"&gt;Paniagua, Roxana &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3083.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1285&#034; height=&#034;380&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Evo Morales a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme populiste, de m&#234;me que d'autres chefs d'&#201;tats sud-am&#233;ricains, comme Hugo Chavez, et Rafael Correa. Comme eux, il a d&#233;nonc&#233; l'&#233;lite et l'oligarchie, il s'est fait d&#233;fenseur des classes populaires et des Autochtones. Apr&#232;s 14 ans au pouvoir, peut-on dire que son type de gouvernement a bien d&#233;fendu sa population ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Pour plusieurs analystes, citoyennes et citoyens, les politiques d'Evo Morales ne peuvent passer &#224; c&#244;t&#233; d'une analyse critique. &#192; la lumi&#232;re des r&#233;flexions th&#233;oriques de Chantal Mouffe, le populisme de gauche d'Evo Morales se situerait peut-&#234;tre davantage dans la recherche d'une&lt;em&gt; radicalisation de la d&#233;mocratie&lt;/em&gt; dont le but est d'&#233;largir les espaces de construction de l'&#233;galit&#233; et de la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le but de radicaliser la d&#233;mocratie, le populisme de gauche de Morales viserait &#224; articuler &#171; &lt;em&gt;la r&#233;cup&#233;ration de la d&#233;mocratie&lt;/em&gt; &#187; par la participation de larges secteurs de la population gr&#226;ce &#224; ce que Mouffe appelle la cha&#238;ne d'&#233;quivalences, c'est-&#224;-dire la convergence d'int&#233;r&#234;ts divers provenant de diff&#233;rents groupes. Ainsi, le populisme de gauche serait &#171; &lt;em&gt;une strat&#233;gie &#233;tablissant une fronti&#232;re politique qui divise la soci&#233;t&#233; en deux camps et appelle &#8220;ceux d'en bas&#8221; &#224; se mobiliser contre ceux qui sont au pouvoir&lt;/em&gt; &#187;. Ne s'agit-il pas de moments conjoncturels de r&#233;sistance qui sont aujourd'hui pr&#233;sents dans le contexte bolivien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Morales et le Mouvement vers le socialisme (MAS en espagnol), surtout &#224; ses d&#233;buts dans l'exercice du pouvoir, cristallisaient l'ensemble des int&#233;r&#234;ts des mouvements sociaux et autochtones se positionnant dans les id&#233;ologies de l'&#233;mancipation plut&#244;t que dans le populisme. &#201;taient-il populistes ? Et s'ils l'&#233;taient, leur strat&#233;gie politique n'&#233;tait-elle pas l&#233;gitime dans le cadre d'un &#201;tat gouvern&#233; pendant 183 ans par les oligarchies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le &#171; Movimiento al socialismo &#187; est entr&#233; dans la vie politique bolivienne en 2002, &#224; la suite de protestations contre les politiques n&#233;olib&#233;rales et une d&#233;mocratie qui reconduisait au pouvoir les m&#234;mes partis traditionnels. En 2005, le MAS est &#233;lu avec 54 % des voix, sous le slogan &#171; &lt;em&gt;Somos pueblo, somos MAS &lt;/em&gt; &#187; (&#171; Nous sommes le peuple, nous sommes MAS &#187;, avec un jeu de mot sur le mot m&#225;s qui signifie &#171; plus &#187; en espagnol). Ces &#233;lections amorcent un cycle politico-juridico-&#233;conomique qui aboutira &#224; la reconnaissance des peuples autochtones, des mouvements sociaux et populaires (Constitution politique de 2009). Les peuples autochtones particip&#232;rent &#224; l'Assembl&#233;e constituante de 2006 pour r&#233;diger le nouveau cadre constitutionnel permettant th&#233;oriquement la &lt;em&gt;refondation&lt;/em&gt; du pays et incluant des sujets comme l'autod&#233;termination des peuples et la lutte contre le colonialisme interne des &#233;lites oligarchiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Les &lt;em&gt;evonomics&lt;/em&gt;, entre n&#233;onationalisme et &#233;conomie plurielle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La &#171; &lt;em&gt;bolivianizacion&lt;/em&gt; &#187; de l'&#233;conomie, &#224; travers la r&#233;vision de contrats des transnationales exploitant le gaz naturel ainsi que le nouvel ordre normatif mettant la sp&#233;cificit&#233; plurinationale et pluriculturelle de la Bolivie, constitue le &#171; nouveau contrat social &#187; du gouvernement Morales. &#192; partir de son &#233;lection en 2005 (et r&#233;&#233;lu en 2014 avec 63 % de voix et une majorit&#233; absolue), Morales a d&#233;fendu la redistribution de la richesse g&#233;r&#233;e par l'&#201;tat &#224; travers des allocations aux plus d&#233;munis, ce qui lui vaut un appui populaire, malgr&#233; les probl&#232;mes politiques et le r&#233;f&#233;rendum de f&#233;vrier 2016 lui refusant un troisi&#232;me mandat &#224; la pr&#233;sidence du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a qualifi&#233; d'&lt;em&gt;Evonomics&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce terme a &#233;t&#233; tir&#233; de l'analyse du journaliste Fernando Molina publi&#233;e dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les r&#233;formes de Morales, toujours tr&#232;s populaires aujourd'hui. Ce syst&#232;me repose sur la combinaison d'une &#233;conomie &#233;tatiste dans les secteurs strat&#233;giques (gaz, &#233;lectricit&#233;, mines) en s'alliant avec le secteur priv&#233; de l'agro-industrie, du commerce &#224; grande &#233;chelle et de la finance. Cela s'ajoute au &#171; pacte de coexistence pacifique &#187; entre le gouvernement et l'entrepreneuriat &#224; petite &#233;chelle (artisanaux et de commerce) qui constituent 60 % de la force du travail, qui n'ont pas d'obligations fiscales, ce qui est d&#233;cri&#233; par la classe moyenne. &#192; cela s'ajoute aussi un plan con&#231;u par les &lt;em&gt;Chuquiagoboys&lt;/em&gt; (clin d'&#339;il au&lt;em&gt; Chicagoboys&lt;/em&gt; &#8211; Chuquiago &#233;tant le nom de La Paz en aymara, une langue autochtone) qui a pu s'attaquer &#224; la dollarisation du syst&#232;me par la stabilisation du taux d'&#233;change, et cela sans interdire le dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutefois, l'extractivisme (exportateur) des mati&#232;res premi&#232;res (gaz, minerais) n'a pas permis de diversifier l'&#233;conomie et de surmonter la d&#233;pendance aux importations. Les politiques n&#233;o-nationalistes centr&#233;es sur la red&#233;finition de nouvelles clauses des contrats d'exploitation du gaz par les transnationales font aujourd'hui de l'&#201;tat un actionnaire majoritaire dans toutes les entreprises qui exploitent la ressource. Les Evonomics n'ont pas permis le renversement du capitalisme, mais visent plut&#244;t &#224; renforcer le &#171; &lt;em&gt; r&#244;le de l'&#201;tat comme partenaire des grandes industries capitalistes dans le but de renforcer le capitalisme andin &lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malgr&#233; tout, les allocations cibl&#233;es aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes &#226;g&#233;es ont contribu&#233; &#224; augmenter le revenu des personnes en situation de pauvret&#233; extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; L'impact des politiques sur les imaginaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Les discours du MAS, m&#234;me s'ils s'inscrivent dans la polarit&#233; entre les &#171; &#233;lites et le peuple &#187;, ont servi &#224; promouvoir un imaginaire politique autour de la dignit&#233; et l'&#233;mancipation. Ils ont permis de renforcer les fonctions de projection et d'identification dans la construction des imaginaires des Autochtones. Est-ce du populisme ? C'est possible, mais la redistribution de la richesse a contribu&#233; &#224; l'ascension et l'&lt;em&gt;empowerment &lt;/em&gt;d'une classe moyenne tr&#232;s prosp&#232;re des &lt;em&gt;cholos&lt;/em&gt; (Autochtones vivant dans les villes) qui sont aujourd'hui moins interpell&#233;s par les valeurs et principes de ceux qui les ont promus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Morales a souffert des contrecoups de ses politiques. Plusieurs groupes ont quitt&#233; le bateau. Le conflit du Territoire indig&#232;ne et parc national Isiboro-S&#233;cure (TIPNIS) fut parmi ceux qui ont d&#233;voil&#233; les contradictions entre une vision d&#233;veloppementaliste et une vision communautaire du pays. La r&#233;sistance des Autochtones contre la construction de la route &#8211; traversant le TIPNIS &#8211; pour relier l'ouest et l'est du pays montre la rupture entre le gouvernement et une partie des bases qui le soutenaient. Le conflit du TIPNIS a eu un impact majeur de sorte que Morales a d&#251; reculer et la route n'a pas &#233;t&#233; construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autres conflits en rapport &#224; la protection des territoires communautaires autochtones ont &#233;clat&#233; de sorte qu'une partie de la base autochtone qui a appuy&#233; le MAS s'est retir&#233;e. &#201;galement, la rupture entre Morales et les commer&#231;ants, majoritairement des &lt;em&gt;cholos&lt;/em&gt;, s'est produite lorsque le pouvoir a voulu que ces commer&#231;ants paient des imp&#244;ts pour s'attaquer &#224; l'&#233;conomie informelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quoi qu'on dise, l'&#232;re Morales a permis l'affirmation de larges couches de la population. En fait, pour le vice-pr&#233;sident Garcia Linera, la classe moyenne chola constitue aujourd'hui un point d'ancrage de l'&#233;conomie du pays gr&#226;ce &#224; la ma&#238;trise du march&#233; interne et &#224; son &#233;thique communautaire. Cette nouvelle classe, plus individualiste et consum&#233;riste, n'a toutefois pas perdu de vue l'importance de la communaut&#233;, hormis les institutions de l'&#201;tat, et c'est ce qui lui donne son importance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma&#235;lle Mariette, &#171; La gauche bolivienne a-t-elle enfant&#233; ses fossoyeurs ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Comment freiner la droite ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Petit &#224; petit, &#224; cause de la &lt;em&gt;realpolitik&lt;/em&gt;, les alli&#233;s historiques et membres du MAS ont quitt&#233; le parti et se sont cantonn&#233;s dans des revendications sectorielles. Paradoxalement, les politiques &#233;conomiques instaur&#233;s par le MAS ont grandement favoris&#233; le secteur agro-industriel et du gaz de Santa Cruz, ainsi que l'&#233;mergence d'une nouvelle classe moyenne compos&#233;e par les &lt;em&gt;cholos&lt;/em&gt; commer&#231;ants, s'inscrivant &#224; l'encontre du discours de construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que deviendra la soci&#233;t&#233; bolivienne sans Morales ? &#192; mon avis, la r&#233;cup&#233;ration de nouvelles formes d'actions politiques permettrait de renforcer la d&#233;mocratie participative. Les mesures sociales ayant conduit au consum&#233;risme et &#224; l'individualisme peuvent aussi condamner la recherche de cette vie commune. La condition &lt;em&gt;sine qua non&lt;/em&gt; pour pouvoir construire une d&#233;mocratie radicale, selon Chantal Mouffe, passe par l'action politique qui semble d&#233;sinvestie par les groupes qui, autrefois, se mobilisaient &#224; la recherche de la justice sociale. Malgr&#233; la r&#233;ussite des &lt;em&gt;Evonomics&lt;/em&gt;, la vie politique d&#233;mocratique en Bolivie s'est &#233;puis&#233; par le d&#233;sint&#233;r&#234;t de certains secteurs &#8211; des jeunes autochtones et non autochtones surtout. Cela a permis la mont&#233;e des groupes traditionnels issus des oligarchies historiques qui ne supportent pas l'image du pr&#233;sident autochtone et qui ont profit&#233; de la campagne &#233;lectorale pour poser des actes violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La protestation des groupes li&#233;s &#224; l'extr&#234;me droite &#224; laquelle n'ont pas compl&#233;tement adh&#233;r&#233; les versions mod&#233;r&#233;es du lib&#233;ralisme a eu les effets escompt&#233;s. Sur l'accusation d'une fraude, alors que l'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains n'a jamais utilis&#233; ce terme, Morales a d&#251; d&#233;missionner. Il s'agit d'un coup d'&#201;tat&lt;em&gt; sui generis&lt;/em&gt; perp&#233;tr&#233; par les &#233;l&#233;ments les plus radicaux de l'extr&#234;me droite dont leur leitmotiv repose sur le &#171; retour de la Bible au palais du gouvernement &#187; : des militants &#233;vang&#233;liques dont leur leader, un d&#233;nomm&#233; Camacho, est impliqu&#233; dans les Panama Papers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'heure est grave dans la conjoncture actuelle car la soci&#233;t&#233; bolivienne est divis&#233;e entre ceux qui appuient le MAS et ceux dits &#171; d&#233;mocratiques &#187;. L'opposition de Carlos Mesa s'est fait discr&#232;te et a refus&#233; tout dialogue avec Morales. Le leader de la droite radicale du Comit&#233; civique de Santa Cruz a annonc&#233; que &#171; &lt;em&gt; Dieu reviendra au pouvoir&lt;/em&gt; &#187;, annon&#231;ant son appartenance aux groupes &#233;vang&#233;liques. L'issu de la conjoncture actuelle nous m&#232;ne dramatiquement &#224; la pr&#233;sence d'une droite qui a trouv&#233; une mani&#232;re d'instrumentaliser la d&#233;mocratie. Verrons-nous un sc&#233;nario &#224; la br&#233;silienne se r&#233;aliser ? Des jours sombres s'annoncent pour la Bolivie o&#249; les Autochtones sont toujours confront&#233;s au racisme et aux agressions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce terme a &#233;t&#233; tir&#233; de l'analyse du journaliste Fernando Molina publi&#233;e dans &lt;em&gt;Nueva Sociedad&lt;/em&gt; en octobre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma&#235;lle Mariette, &#171; La gauche bolivienne a-t-elle enfant&#233; ses fossoyeurs ? &#187;, &lt;em&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt;, septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteure est professeure au Coll&#232;ge de Maisonneuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Difficile populisme de gauche</title>
		<link>https://www.ababord.org/DIFFICILE-POPULISME-DE-GAUCHE</link>
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		<dc:date>2021-03-11T19:48:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Couture</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, Jean-Pierre </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le populisme oppose le peuple aux &#233;lites. Dans ce combat, il propose de construire une volont&#233; populaire capable de ravir le pouvoir aux dominants. Le populisme rompt toutefois avec la d&#233;mocratie lorsque cette construction s'op&#232;re par le haut, se mat&#233;rialise par la voix d'un leader fort et concourt &#224; l'exercice d'un pouvoir souverain au nom du peuple et non par lui. Il se s&#233;pare aussi de la gauche lorsqu'il soutient cette r&#233;partition hi&#233;rarchique du pouvoir plut&#244;t que l'&#233;galit&#233; de ses parts. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Analyse-du-discours-+" rel="tag"&gt;Analyse du discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Couture-Jean-Pierre-+" rel="tag"&gt;Couture, Jean-Pierre &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3082.jpg?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1348&#034; height=&#034;963&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le populisme oppose le peuple aux &#233;lites. Dans ce combat, il propose de construire une volont&#233; populaire capable de ravir le pouvoir aux dominants. Le populisme rompt toutefois avec la d&#233;mocratie lorsque cette construction s'op&#232;re par le haut, se mat&#233;rialise par la voix d'un leader fort et concourt &#224; l'exercice d'un pouvoir souverain au nom du peuple et non par lui. Il se s&#233;pare aussi de la gauche lorsqu'il soutient cette r&#233;partition hi&#233;rarchique du pouvoir plut&#244;t que l'&#233;galit&#233; de ses parts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Qu'est-ce alors qu'un populisme de gauche ? Est-ce une vision toute th&#233;orique et quelque peu jargonneuse qui facilite d'autant son discr&#233;dit par le populisme de droite ? Est-ce une strat&#233;gie de communication simpliste qui incite, d'une part, les progressistes issu&#183;e&#183;s des couches populaires &#224; conserver leur parler ouvrier et encourage, de l'autre, les plus lettr&#233;&#183;e&#183;s &#224; le singer ? Est-ce enfin une doctrine substantielle qui pourrait &#234;tre formul&#233;e en programme de gouvernement au Qu&#233;bec ? Testons cette derni&#232;re possibilit&#233; &#224; partir de questions concr&#232;tes touchant &#224; l'environnement, au f&#233;minisme, &#224; l'immigration et aux droits de la personne. Nous prendrons ainsi la mesure du d&#233;fi pos&#233; aux &#171; populistes de gauche &#187; sur des enjeux d&#233;j&#224; cadr&#233;s par le populisme de droite.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Absoudre le peuple ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Pour le populisme de droite, l'&#233;lite scientifique n'a pas de comp&#233;tence particuli&#232;re en mati&#232;re d'environnement et aucune de ses &#233;tudes ne doit faire barrage &#224; la croissance &#233;conomique. La riposte d'un populisme de gauche pourrait fort bien accuser l'oligarchie &#233;conomique de provoquer les v&#233;ritables dangers environnementaux et la contraindre &#224; en payer le prix. Mais y arriverait-elle sans s'appuyer sur le lexique technique des meilleures &#233;tudes scientifiques en la mati&#232;re et sans d&#233;charger les &#171; gens ordinaires &#187; (locataires de voitures et titulaires de pr&#234;ts hypoth&#233;caires pour des propri&#233;t&#233;s en banlieue) de leur responsabilit&#233; environnementale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;volution f&#233;ministe, dit le populisme de droite, est termin&#233;e. Il appartient maintenant aux immigrant&#183;e&#183;s d'embo&#238;ter le pas &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; homme-femme &#187; pour faire partie du &#171; peuple &#187;. Or ne nous leurrons pas : les couches profondes de la culture populaire reproduisent rituellement le machisme et la binarit&#233; des genres. Par quel angle un populisme de gauche pourrait-il alors poursuivre une r&#233;volution qui ne laisse aucune tradition intacte, d&#251;t-elle &#234;tre &#171; populaire &#187; ? Comment pourrait-il aussi &#233;viter de scinder &#171; l'unit&#233; du peuple &#187; s'il reconna&#238;t qu'en son sein la majorit&#233; des femmes sont toujours sous le joug du travail domestique invisible et qu'un trop grand nombre d'entre elles sont victimes de violence conjugale ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Eux autres, les autres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La fiction de la crise migratoire, propuls&#233;e par le populisme de droite, est au pouvoir au Qu&#233;bec. Pas question d'y opposer faits et nuances, car &#171; &lt;em&gt; [on] ne peut pas d&#233;fendre l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise avec un gruau de mots que personne ne comprend &lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mario Dumont cit&#233; par Denis Lessard, L'instinct Dumont, Montr&#233;al, Voix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Comment le populisme de gauche peut-il combattre cette posture ? Peut-il simplement rappeler les faits quant au contr&#244;le serr&#233; que la province exerce sur le choix des immigrant&#183;e&#183;s sans risquer de froisser l'opinion courante ? Doit-il r&#233;sister au nationalisme conservateur en lui opposant le pluralisme promu par une poign&#233;e d'universitaires rassembl&#233;&#183;e&#183;s autour du projet de l'interculturalisme dont les th&#232;ses sont h&#233;las inconnues du grand public ? Doit-il d&#233;noncer la fracture identitaire &#233;rig&#233;e en propagande par le groupe Qu&#233;becor, quitte &#224; s'ali&#233;ner l'&#233;lectorat x&#233;nophobe vampiris&#233; par la CAQ et le PQ, au provincial, et le Bloc, au f&#233;d&#233;ral ? Et comment le populisme de gauche peut-il ultimement se distinguer de ces mouvances s'il adh&#232;re au cadre pi&#233;g&#233; consistant &#224; &#171; construire le peuple &#187; dans un horizon national ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'enjeu migratoire fait aussi dire au populisme de droite que le peuple souffre de la &#171; tyrannie des minorit&#233;s &#187; et du &#171; gouvernement des juges &#187;. Sur la route du peuple libre, dit-il, l'&#201;tat de droit est un obstacle. La gauche rel&#232;ve certes d'une longue tradition critique du &#171; droit bourgeois &#187; qui se contente de proclamer des libert&#233;s formelles sans assurer leur exercice r&#233;el. Cette critique du lib&#233;ralisme hypocrite n'a pourtant rien &#224; voir avec les litanies conservatrices quant &#224; &#171; l'exc&#232;s de droits &#187;. Pour la gauche, il n'y a pas de droits qui &#233;touffent le commun, mais bien manque d'exercice commun de ces droits. C'est en ce point pr&#233;cis qu'une doctrine dite &#171; populiste de gauche &#187; montre sa faiblesse la plus manifeste. Comment concevoir l'arbitrage entre les droits de la personne et la constante menace d'une tyrannie de la majorit&#233; ? Comment conc&#233;der que des limites &#224; la souverainet&#233; sont n&#233;cessaires, y compris lorsque celle-ci &#233;manerait des Actes du Peuple Tout Entier ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Gains sociaux ou populistes ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Sur le plan tactique, les tenants du populisme de gauche disent vouloir s&#233;duire l'&#233;lectorat perdu aux mains des populistes de droite. Rappelons qu'afin d'&#234;tre &#171; cr&#233;dibles &#187; en mati&#232;re d'&#233;conomie, les partis de gauche europ&#233;ens ont &#171; tactiquement &#187; gouvern&#233; &#224; droite. Ils y ont &#224; la fois perdu leur base et leur cr&#233;dibilit&#233;. La gauche refera-t-elle l'erreur de s'inspirer de ses adversaires et tenter d'employer &#224; nouveau des moyens pervers dans le but d'atteindre le juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les succ&#232;s historiques de la gauche surviennent lorsque le combat pour l'&#233;galit&#233; sociale transcende toute autre consid&#233;ration, y compris nationale-identitaire. Environnement, f&#233;minisme, immigration et droits de la personne peuvent &#234;tre situ&#233;s sur le front de l'&#233;galit&#233; sociale dont l'&#233;conomie mondiale est le cadre surplombant. C'est la t&#226;che &#224; laquelle une strat&#233;gie de gauche doit s'atteler &#224; l'heure de la puissance du populisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mario Dumont cit&#233; par Denis Lessard, &lt;em&gt;L'instinct Dumont&lt;/em&gt;, Montr&#233;al, Voix parall&#232;les, 2007, p. 403.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que n'est pas le populisme de gauche</title>
		<link>https://www.ababord.org/Ce-que-n-est-pas-le-populisme-de-gauche</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Ce-que-n-est-pas-le-populisme-de-gauche</guid>
		<dc:date>2021-03-11T19:41:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ludvic Moquin-Beaudry</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Moquin-Beaudry, Ludvic</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les d&#233;bats autour de la notion de populisme de gauche sont tr&#232;s souvent condamn&#233;s avant m&#234;me qu'ils n'aient lieu, tant cette notion elle-m&#234;me est connot&#233;e n&#233;gativement. &#192; droite comme &#224; gauche, on semble l'associer &#224; une forme de danger, que ce soit celui d'une excitation des bas instincts de la populace ou bien celui d'une d&#233;rive autoritaire d'un appareil politique par rapport &#224; sa base. &lt;br class='autobr' /&gt; Le populisme de gauche n'est pas un appel aux bas instincts. C'est peut-&#234;tre la critique la plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Moquin-Beaudry-Ludvic-+" rel="tag"&gt;Moquin-Beaudry, Ludvic&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3081.png?1642092255' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;579&#034; height=&#034;744&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;bats autour de la notion de populisme de gauche sont tr&#232;s souvent condamn&#233;s avant m&#234;me qu'ils n'aient lieu, tant cette notion elle-m&#234;me est connot&#233;e n&#233;gativement. &#192; droite comme &#224; gauche, on semble l'associer &#224; une forme de danger, que ce soit celui d'une excitation des bas instincts de la populace ou bien celui d'une d&#233;rive autoritaire d'un appareil politique par rapport &#224; sa base.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Le populisme de gauche n'est pas un appel aux bas instincts. C'est peut-&#234;tre la critique la plus souvent entendue, dans l'une ou l'autre de ses d&#233;clinaisons : le populisme de gauche ne fonctionnerait qu'&#224; coups d'exag&#233;rations et de caricatures pour stimuler le &lt;em&gt;pathos&lt;/em&gt; politique d'une population largement ignorante des finesses inh&#233;rentes aux diff&#233;rents enjeux. Cette critique est prof&#233;r&#233;e depuis une position de soi-disant neutralit&#233;, de centrisme lib&#233;ral ou de technocratie bienveillante. Dans tous les cas, on cherche &#224; prot&#233;ger le peuple contre lui-m&#234;me, ce qui laisse transpara&#238;tre un certain m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; &#201;viter les caricatures&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; D'autant plus que cela s'accompagne d'un rapprochement avec des figures de droite autoritaire : Jean-Luc M&#233;lenchon, Marine Le Pen, m&#234;me combat. Dans son livre &lt;em&gt;La raison populiste&lt;/em&gt;, Ernesto Laclau met le doigt sur ce probl&#232;me, qui en r&#233;v&#232;le un autre : cette caricature masque le fait qu'il n'y a rien derri&#232;re &#8211; le plus souvent, hormis le jugement de valeur. Les gens qui colportent une telle conception sont incapables de fournir une d&#233;finition claire de ce qu'est le populisme (qu'il soit de gauche ou non). Or, Laclau et Chantal Mouffe nous en offrent une : il s'agit d'une approche politique d'abord &lt;em&gt;langagi&#232;re, symbolique&lt;/em&gt; qui consiste &#224; articuler diff&#233;rentes demandes selon une logique &#171; &#233;quivalentielle &#187; pour ensuite les placer en opposition avec le cadre actuel du pouvoir selon une logique antagonistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En lui-m&#234;me, le populisme n'a pas de contenu : il rassemble diff&#233;rents groupes politiques (par exemple, les femmes, les immigrant&#183;e&#183;s, les travailleuses et travailleurs, les LGBTQ) qui partagent un m&#234;me adversaire au pouvoir. Le contenu d&#233;pend des personnes et des groupes qui sont rassembl&#233;s. En somme, trouver un d&#233;nominateur commun entre diff&#233;rentes luttes politiques ne signifie pas que celui-ci doit &#234;tre le plus petit possible.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un travail discursif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Le populisme de gauche n'est pas une th&#233;orie de l'organisation politique. Cette critique, que l'on entend parfois dans les cercles de gauche, tend &#224; faire le rapprochement entre l'approche symbolique du populisme de gauche et la structure de certains partis ou mouvements qui s'en sont r&#233;clam&#233;s (ou &#224; qui on a coll&#233; l'&#233;tiquette). Ainsi, le fait que, dans des organisations telles que Podemos ou La France insoumise, le pouvoir soit concentr&#233; au sommet serait consubstantiel &#224; la logique populiste. Or, bien malin qui trouvera une proposition de structure institutionnelle chez Laclau et Mouffe. Bien s&#251;r, la gauche peut et doit apprendre de ses erreurs, et un regard critique doit &#234;tre port&#233; sur les structures autoritaires l&#224; o&#249; elles existent, mais ce travail sera d'autant mieux men&#233; s'il &#233;vite de m&#234;ler les concepts. Pour la clart&#233; de l'analyse et du d&#233;bat, il faut donc &#233;viter ce rapprochement paresseux entre le populisme de gauche en tant qu'approche communicationnelle et les questions de distribution du pouvoir au sein des structures politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le populisme de gauche n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. Cette id&#233;e ressemble un peu &#224; la pr&#233;c&#233;dente, car on associerait le populisme de gauche avec certains partis ou mouvements n&#233;s au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie &#8211; comme si la gauche n'avait jamais &#233;t&#233; populiste auparavant (ou &#224; de rares occasions, comme le Parti communiste fran&#231;ais sous la gouverne de Georges Marchais). Or, la construction d'une h&#233;g&#233;monie politique par la gauche en suivant la double logique &#233;quivalentielle et antagonistique remonte aux origines m&#234;mes des mouvements socialistes, comme le montrent Laclau et Mouffe dans &lt;em&gt;H&#233;g&#233;monie et strat&#233;gie socialiste&lt;/em&gt;. Certaines formes de marxisme ont longtemps souffert d'un essentialisme de classe &#8211; comme si &#171; la classe &#187; &#233;tait un sujet politique homog&#232;ne qui ne demandait aucun effort de rassemblement &#8211;, et c'est cet essentialisme que les auteur&#183;e&#183;s d&#233;montent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce &#224; quoi invitent Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, ce &#224; quoi ils travaillent &#224; la suite d'Antonio Gramsci, c'est une fa&#231;on de &lt;em&gt;lier&lt;/em&gt; entre eux les enjeux de d&#233;possession, d'oppression au sein de cette pluralit&#233; diverse et souvent h&#233;t&#233;rog&#232;ne que l'on peut appeler &#171; soci&#233;t&#233; &#187;. N'est-ce pas pr&#233;cis&#233;ment le travail de la gauche que de f&#233;d&#233;rer toutes ces revendications frustr&#233;es, bloqu&#233;es par la domination d'une minorit&#233; dans l'ordre actuel des choses ? Alors, osons une proposition choquante : la gauche se doit d'&#234;tre populiste si elle veut &#234;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est professeur de philosophie au C&#233;gep de Saint-J&#233;r&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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