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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Marie-Claire Daveluy (1880-1968). Une historienne f&#233;ministe</title>
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		<dc:date>2020-07-09T15:34:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louise Bienvenue</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Bienvenue, Louise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le nom de Marie-Claire Daveluy est aujourd'hui presque effac&#233; de la m&#233;moire collective. Certain&#183;e&#183;s a&#238;n&#233;&#183;e&#183;s se souviennent peut-&#234;tre de Perrine et Charlot, les populaires personnages de ses livres pour enfants, mais ils ignorent probablement tout de son action f&#233;ministe. &lt;br class='autobr' /&gt; Au d&#233;but du 20e si&#232;cle pourtant, cette jeune Montr&#233;alaise faisait partie des quelques courageuses &#224; se mobiliser en faveur du droit de vote des femmes. Or, son engagement f&#233;ministe est loin de se limiter &#224; la question (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bienvenue-Louise-+" rel="tag"&gt;Bienvenue, Louise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2933.png?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;541&#034; height=&#034;626&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le nom de Marie-Claire Daveluy est aujourd'hui presque effac&#233; de la m&#233;moire collective. Certain&#183;e&#183;s a&#238;n&#233;&#183;e&#183;s se souviennent peut-&#234;tre de &lt;i&gt;Perrine et Charlot&lt;/i&gt;, les populaires personnages de ses livres pour enfants, mais ils ignorent probablement tout de son action f&#233;ministe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Au d&#233;but du 20e si&#232;cle pourtant, cette jeune Montr&#233;alaise faisait partie des quelques courageuses &#224; se mobiliser en faveur du droit de vote des femmes. Or, son engagement f&#233;ministe est loin de se limiter &#224; la question du suffrage ; il rev&#234;t une allure originale. Car c'est en prenant sa plume d'historienne que Marie-Claire Daveluy aura surtout contribu&#233; &#224; la mise en valeur des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce qui propulsa Daveluy sur les sentiers de l'engagement f&#233;ministe et de la recherche historique ? Nous en savons peu de choses, &#224; vrai dire. Celle qui vit le jour &#224; Montr&#233;al, le 15 ao&#251;t 1880, demeura toujours tr&#232;s discr&#232;te sur sa vie priv&#233;e. Son amour des livres semble s'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s t&#244;t, ce qui explique probablement ses &#171; brillantes &#233;tudes &#187; au couvent d'Hochelaga, une institution r&#233;put&#233;e de l'&#233;poque. Une passion pour le piano entra&#238;ne ensuite la jeune femme &#224; l'Acad&#233;mie de musique de Qu&#233;bec, o&#249; elle envisage un temps la carri&#232;re de concertiste. Puis, on la retrouve comme secr&#233;taire au bureau d'un oncle notaire. Le 1er mai 1917, elle entre &#224; la Biblioth&#232;que de la Ville de Montr&#233;al, o&#249; elle m&#232;nera une longue carri&#232;re de 27 ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Loin de s'en tenir &#224; l'atmosph&#232;re prot&#233;g&#233;e des biblioth&#232;ques, Marie-Claire Daveluy se r&#233;v&#232;le une femme de cause. En 1916, en bonne nationaliste, elle se porte &#224; la d&#233;fense des droits scolaires de la minorit&#233; fran&#231;aise en Ontario. Dans ses &#233;crits sur le sujet, elle souligne &#224; grands traits l'engagement des m&#232;res de famille dans l'&#233;pisode du R&#232;glement 17, si embl&#233;matique de la r&#233;sistance des Canadien&#183;ne&#183;s fran&#231;ais&#183;es hors Qu&#233;bec. Mais son engagement principal sera surtout la cause des femmes. Au d&#233;but des ann&#233;es 1910, elle s'active au sein de la F&#233;d&#233;ration nationale Saint-Jean-Baptiste et collabore de fa&#231;on soutenue &#224; sa revue, &lt;em&gt;La Bonne Parole&lt;/em&gt;. Fond&#233;e en 1907 &#224; Montr&#233;al, cette premi&#232;re organisation f&#233;ministe canadienne-fran&#231;aise faisait la promotion des droits sociaux et politiques des femmes. Sa pr&#233;sidente, Marie G&#233;rin-Lajoie, accordait &#224; Daveluy une grande cr&#233;dibilit&#233; intellectuelle. Elle n'h&#233;sitait jamais &#224; recourir &#224; son savoir : &#171; &lt;em&gt;Vous &#234;tes si renseign&#233;e sur la question f&#233;ministe que je viens vous consulter &#224; ce sujet&lt;/em&gt; &#187;, lui &#233;crivait-elle en 1913 pour lui demander un rapport sur le suffrage f&#233;minin dans les pays catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le Qu&#233;bec de cette &#233;poque, il ne faisait pas bon &#234;tre suffragiste, on le sait. Une forte opposition grondait alors au sein de la classe politique et du clerg&#233;. &#171; &lt;em&gt;L'entr&#233;e des femmes dans la politique, m&#234;me par le seul suffrage, serait pour notre province un malheur&lt;/em&gt; &#187;, d&#233;clarait en 1923 le cardinal B&#233;gin. Si l'enjeu du vote des femmes confrontait Marie-Claire Daveluy dans ses convictions religieuses, cette derni&#232;re devait r&#233;aliser assez t&#244;t la difficult&#233; qui consistait aussi &#224; concilier son f&#233;minisme et son nationalisme. Sa correspondance avec le leader nationaliste Henri Bourassa, antisuffragiste notoire, r&#233;v&#232;le &#224; quel point son combat est d&#233;chirant. &#171; &lt;em&gt;Je diff&#232;re d'opinion avec vous pour la premi&#232;re fois de ma vie !&lt;/em&gt; &#187;, &#233;crit-elle en 1913 au directeur du Devoir dont elle a toujours admir&#233; les positions. Le parti pris f&#233;ministe de Daveluy la p&#233;nalisera d'ailleurs au moment de la parution de son premier livre, &lt;em&gt;L'Orphelinat catholique de Montr&#233;al,&lt;/em&gt; en 1919. La jeune femme apprend que son opus ne pourra &#234;tre recens&#233; par &lt;em&gt;la Revue dominicaine&lt;/em&gt; : &#171; &lt;em&gt;Ch&#232;re Mademoiselle, lui &#233;crit le r&#233;dacteur, tant que vous n'aurez pas abjur&#233; cette doctrine dangereuse, insens&#233;e, antichr&#233;tienne du suffragisme &lt;/em&gt;[&#8230;]&lt;em&gt;, je ne puis louer publiquement aucun de vos &#233;crits &lt;/em&gt;[&#8230;]&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Sortir les femmes de leur invisibilit&#233; historique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; C'est en grande partie sur le terrain de l'histoire que se d&#233;ploie l'&#233;nergie f&#233;ministe de Marie-Claire Daveluy. Le m&#233;rite lui revient d'ailleurs d'avoir &#233;t&#233; la premi&#232;re femme &#224; entrer au sein de la v&#233;n&#233;rable Soci&#233;t&#233; historique de Montr&#233;al en 1917. Devenir membre de ce c&#233;nacle savant, &#224; l'&#233;poque, n'&#233;tait pas le moindre des accomplissements. Daveluy d'ailleurs en &#233;tait fi&#232;re et s'estimait privil&#233;gi&#233;e de se retrouver parmi des coll&#232;gues &#233;rudits aupr&#232;s de qui elle pourrait perfectionner son savoir. Employ&#233;e &#224; temps plein de la Biblioth&#232;que de la Ville de Montr&#233;al, la Montr&#233;alaise devait s'adonner &#224; sa passion pour l'histoire en autodidacte et en dehors des heures de travail. Son &#339;uvre, pourtant, d&#233;passe celle d'une simple amatrice et r&#233;ussit &#224; respecter les standards m&#233;thodologiques de son &#233;poque. On la consid&#233;rait d'ailleurs, &#224; juste titre, comme &#171; un historien &#187; &#233;rudit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est surtout par la plume que Daveluy s'&#233;vertua &#224; souligner le r&#244;le historique des femmes. Mais &#224; cette &#233;poque o&#249; s'&#233;rigent de grands monuments &#224; la gloire des h&#233;ros et que s'organisent de vastes comm&#233;morations publiques, l'historienne s'inqui&#232;te aussi de la visibilit&#233; des femmes dans le paysage urbain. En 1916, lorsqu'un projet de monument en l'honneur de Louis H&#233;bert est d&#233;voil&#233;, Daveluy s'indigne de la place que le sculpteur Alfred Lalibert&#233; laisse &#224; l'&#233;pouse du premier colon de la Nouvelle-France. Comment Marie Rollet, fondatrice de la Nation, peut-elle &#234;tre ainsi plac&#233;e au pied de son mari, demande-t-elle ? La critique de Daveluy ne suffit pas &#224; infl&#233;chir le projet ; les passant&#183;e&#183;s qui traversent le parc Montmorency &#224; Qu&#233;bec peuvent encore s'en d&#233;soler de nos jours. Qu'&#224; cela ne tienne, la Montr&#233;alaise veillera elle-m&#234;me &#224; mettre en lumi&#232;re les h&#233;ro&#239;nes canadiennes-fran&#231;aises. Fervente admiratrice de Jeanne Mance, &#224; qui elle reconna&#238;t le titre de cofondatrice de Montr&#233;al &#8211; bien avant la reconnaissance officielle de 2012 &#8211; l'historienne s'investit corps et &#226;me dans l'organisation d'une c&#233;r&#233;monie annuelle &#224; sa m&#233;moire. En 1942, elle s'engage cette fois dans le comit&#233; des f&#234;tes religieuses du tricentenaire de Montr&#233;al. Son ambition est toujours la m&#234;me : &#233;clairer le r&#244;le des femmes dans l'histoire, les faire sortir de l'oubli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#339;uvre &#233;crite de Marie-Claire Daveluy s'&#233;tend sur une cinquantaine d'ann&#233;es et comporte des volets &#224; la fois savants et populaires. Les h&#233;ro&#239;nes de la Nouvelle-France y ont surtout la vedette : Jeanne Mance, Marie Rollet, Madeleine de Chauvigny de la Peltrie, Marguerite Bourgeois, etc. Sa publication historique la plus importante est, sans aucun doute, la biographie de Jeanne Mance qui lui valut un prix David ainsi qu'un prix de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise en 1934. La critique, abondante, a reconnu dans cet opus un ouvrage substantiel et solidement document&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;rudite, passionn&#233;e d'archives, Marie-Claire Daveluy ne s'adressait pas qu'aux savant&#183;e&#183;s et se voyait aussi comme une &#233;ducatrice populaire. &#192; ce titre, elle r&#233;digea plusieurs articles portant sur des th&#232;mes historiques dans des revues &#171; &#224; grand public &#187; et des almanachs. On lui doit m&#234;me une bande dessin&#233;e sur Marie Rollet, l'une de ses figures historiques pr&#233;f&#233;r&#233;es. En carri&#232;re, la disciple de Clio pronon&#231;a aussi un nombre impressionnant de causeries et des conf&#233;rences publiques. Dans les ann&#233;es 1940, Daveluy r&#233;dige pas moins d'une centaine de sketches sur l'histoire du Canada pour les ondes de Radio-Canada. Plusieurs de ses romans de jeunesse, camp&#233;s dans un d&#233;cor historique, font aussi &#339;uvre &#233;ducative. Parmi eux, sa s&#233;rie en six volumes des &lt;em&gt;Perrine et Charlot&lt;/em&gt; triomphe litt&#233;ralement : le premier tome sera vendu &#224; 33 000 exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Reconnaissance et oubli&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; Marie-Claire Daveluy &#233;tait assur&#233;ment une personnalit&#233; reconnue de son temps. Ses prix litt&#233;raires en t&#233;moignent, ainsi que le doctorat honoris causa qu'elle re&#231;oit de l'Universit&#233; de Montr&#233;al en 1943 et la M&#233;daille du centenaire de la Soci&#233;t&#233; historique de Montr&#233;al qu'elle obtient en 1958. Son legs &#224; la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise est aussi institutionnel : elle fut cofondatrice de l'actuelle &#201;cole de biblioth&#233;conomie et sciences de l'information de l'Universit&#233; de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au vu de telles r&#233;alisations, pourquoi une m&#233;moire si oublieuse ? Cela tient sans doute &#224; son positionnement id&#233;ologique. Ardente nationaliste et fid&#232;le catholique, Daveluy se rattache ais&#233;ment &#224; une &#233;cole traditionaliste dont le cr&#233;do s'accorde mal aux sensibilit&#233;s progressistes actuelles. Pour cette raison, elle est moins c&#233;l&#233;br&#233;e que d'autres figures f&#233;ministes de son &#233;poque, comme Idola Saint-Jean (&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt;, no 72), &#201;va Circ&#233;-C&#244;t&#233; et L&#233;a Roback (&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt;, no 68), plus clairement camp&#233;es &#224; b&#226;bord. Mais n'est-il pas temps d'&#233;largir cette compr&#233;hension trop restrictive de l'histoire du f&#233;minisme et d'inclure Marie-Claire Daveluy au panth&#233;on des pionni&#232;res de la cause des femmes au Qu&#233;bec ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Marie-Claire Daveluy, 1940 (Division de la gestion de documents et des archives de l'Universit&#233; de Montr&#233;al. Wikim&#233;dia Commons).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Ma censure bien-aim&#233;e</title>
		<link>https://www.ababord.org/Ma-censure-bien-aimee</link>
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		<dc:date>2020-06-27T17:14:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe de Grosbois</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>de Grosbois, Philippe </dc:subject>
		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les prises de position contre la &#171; censure &#187; des pi&#232;ces SL&#256;V et Kanata de Robert Lepage ont su rallier une faction &#233;largie des champs m&#233;diatique et intellectuel. Le r&#233;cent dossier de la revue Argument sur la censure constitue un &#233;chantillon fort r&#233;v&#233;lateur de ce discours qui tend &#224; nourrir le conservatisme ambiant. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est pas d'hier que la pens&#233;e conservatrice se pr&#233;sente en &#238;lot de libert&#233; menac&#233; par une gauche aux ambitions totalitaires. Ronald Reagan affirmait que &#171; la libert&#233; n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-78-fevrier-mars-2019-" rel="directory"&gt;No 078 - f&#233;vrier / mars 2019&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-de-Grosbois-Philippe-+" rel="tag"&gt;de Grosbois, Philippe &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Analyse-du-discours-+" rel="tag"&gt;Analyse du discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2941.png?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1251&#034; height=&#034;388&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les prises de position contre la &#171; censure &#187; des pi&#232;ces &lt;i&gt;SL&#256;V&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Kanata&lt;/i&gt; de Robert Lepage ont su rallier une faction &#233;largie des champs m&#233;diatique et intellectuel. Le r&#233;cent dossier de la revue &lt;i&gt;Argument&lt;/i&gt; sur la censure constitue un &#233;chantillon fort r&#233;v&#233;lateur de ce discours qui tend &#224; nourrir le conservatisme ambiant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Ce n'est pas d'hier que la pens&#233;e conservatrice se pr&#233;sente en &#238;lot de libert&#233; menac&#233; par une gauche aux ambitions totalitaires. Ronald Reagan affirmait que &#171; &lt;em&gt;la libert&#233; n'est jamais &#224; plus d'une g&#233;n&#233;ration de dispara&#238;tre&lt;/em&gt; &#187;. De fait, dans les ann&#233;es 1980, le pr&#233;sident &#233;tats-unien pr&#233;sentait sa contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale comme une bataille contre des &#171; vaches sacr&#233;es &#187; maintenues par des groupes minoritaires ayant pris le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; : syndicats, Afro-Am&#233;ricains et autres &#171; &lt;em&gt;welfare queens&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Qu&#233;bec n'est pas en reste. Les ann&#233;es 2000 ont vu la mont&#233;e d'une droite libertarienne outr&#233;e par une social-d&#233;mocratie per&#231;ue comme h&#233;g&#233;monique. Certaines radios poubelles et le R&#233;seau libert&#233; Qu&#233;bec se firent les principaux propagateurs de ce discours, mais la crise des accommodements raisonnables a favoris&#233; l'&#233;mergence d'un courant conservateur plus intellectuel, mais aussi plus nationaliste et identitaire. C'est par la mont&#233;e de tribuns tel Mathieu Bock-C&#244;t&#233; que la bataille se d&#233;place sur le terrain culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Couture, &#171; Qui parle lorsque parle Mathieu Bock-C&#244;t&#233; ? &#187;, &#192; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise serait mise &#224; mal par des groupes militants (issus de communaut&#233;s racis&#233;es, de rassemblements f&#233;ministes ou de la diversit&#233; sexuelle) qui menacent nos libert&#233;s et nos acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les prises de position contre la &#171; censure &#187; des derni&#232;res pi&#232;ces de Robert Lepage ont donc des racines historiques. Par ailleurs, elles ont ceci de particulier qu'elles ont su rallier un ensemble h&#233;t&#233;roclite d'acteurs et d'actrices des milieux m&#233;diatique et intellectuel : dans le r&#233;cent dossier de la revue &lt;em&gt;Argument&lt;/em&gt; sur la censure, par exemple, des nationalistes conservateurs c&#244;toient l'avocat Julius Grey et l'historien Marc Angenot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Argument, vol. 21, no 1, automne-hiver 2018-2019.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. H&#233;las, cela ne signifie pas que la r&#233;flexion a gagn&#233; en rigueur : ce front bigarr&#233; en d&#233;fense d'une certaine vision de la libert&#233; d'expression a certes une prose plus &#233;l&#233;gante que certaines radios poubelles, mais sa croisade repose souvent sur les m&#234;mes proc&#233;d&#233;s rh&#233;toriques &#233;labor&#233;s &#224; partir d'une lecture fantasm&#233;e de la r&#233;alit&#233; contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le dossier de la revue &lt;em&gt;Argument&lt;/em&gt; constituant un &#233;chantillon fort r&#233;v&#233;lateur de ce discours, je me propose ici d'en faire un survol afin de mettre en lumi&#232;re ses principaux ressorts, en esp&#233;rant que ce portrait puisse &#233;clairer par ricochet la rh&#233;torique plus g&#233;n&#233;rale ayant cours sur cette question&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La censure de l'&#201;tat, c'est du pass&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; On est d'abord frapp&#233;s de l'insistance avec laquelle les critiques de ce nouveau r&#233;gime de censure affirment que celle-ci n'est plus l'&#339;uvre d'institutions telles que l'&#201;tat. La toute premi&#232;re phrase de la pr&#233;sentation du dossier d'&lt;em&gt;Argument&lt;/em&gt; (Julie Chamard-Bergeron et Patrick Moreau) l'affirme comme une &#233;vidence : &#171; &lt;em&gt;Nos contemporains n'ont pas &#224; craindre de quelconques organismes officiels de censure&lt;/em&gt; &#187;. Julius Grey affirme pour sa part que &#171; &lt;em&gt;nous pouvons crier&lt;/em&gt; &#8220;&#192; bas le gouvernement&#8221; (&#8230;) &lt;em&gt;sans courir de danger&lt;/em&gt; &#187;. Pierre H&#233;bert estime &#171; &lt;em&gt;embarrassant&lt;/em&gt; &#187; de traiter de censure au sens classique du terme au Qu&#233;bec en 2018, puisque &#171; &lt;em&gt;nous jouissons des avantages d'une soci&#233;t&#233; de droit pour prot&#233;ger la libert&#233; d'expression et de mouvement&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les contre-exemples de ces affirmations de sens commun pleuvent pour qui se donne la peine de regarder. En octobre dernier, j'&#233;num&#233;rais plusieurs cas r&#233;cents de censure, ciblant notamment des lanceurs et lanceuses d'alerte, des militant&#183;e&#183;s syndicaux et des manifestant&#183;e&#183;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Philippe de Grosbois, &#171; Ces censures qu'on ne saurait voir &#187;, &#192; b&#226;bord (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les quatre mois qui ont suivi, d'autres exemples ont fait les manchettes : l'enseignante Kathya Dufault est menac&#233;e de cong&#233;diement pour avoir fait part publiquement de son d&#233;sarroi face aux m&#233;diocres conditions d'enseignement ; les postiers et posti&#232;res de Postes Canada ont vu leurs moyens de pression plut&#244;t paisibles stopp&#233;s par une loi sp&#233;ciale ; en France, Amnistie internationale a d&#233;nonc&#233; les violences polici&#232;res contre les &#171; gilets jaunes &#187; (1 400 manifestant&#183;e&#183;s bless&#233;&#183;e&#183;s en date du 17 d&#233;cembre 2018 selon les chiffres officiels). Sans parler du projet cathola&#239;c de la CAQ qui pourrait interdire le port de signes religieux au travail &#224; des employ&#233;&#183;e&#183;s de l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On pourrait supposer que c'est par ignorance, voire par indiff&#233;rence que sont mis de c&#244;t&#233; ces cas inqui&#233;tants de censure &#233;tatique. Il est vrai qu'il est plus bon chic bon genre de soutenir Robert Lepage que des postiers ou des musulmanes. En fait, ces exemples sont &#233;cart&#233;s parce qu'ils viennent miner l'&#233;difice intellectuel que nos insurg&#233;&#183;e&#183;s cherchent &#224; construire. L'&#233;vaporation presque compl&#232;te de la censure &#233;tatique (on mentionne bien une fois ou deux &lt;em&gt;Noir Canada&lt;/em&gt;, presque par acquit de conscience) est un postulat essentiel qui permet aux auteur&#183;e&#183;s de concentrer toutes leurs nobles &#233;nergies sur les formes insidieuses, cach&#233;es, obscures et sourdes de censure qui menacent vraiment les amoureux de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La n&#233;o-censure est omnisciente et insaisissable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Les quelques fois o&#249; la censure est pr&#233;sent&#233;e comme institutionnelle, c'est parce qu'elle est la cons&#233;quence d'une &#171; &lt;em&gt;id&#233;ologie qui a p&#233;n&#233;tr&#233; les plus hautes sph&#232;res du gouvernement&lt;/em&gt; &#187;, comme l'affirme Mich&#232;le Sirois &#224; propos de l'intersectionnalit&#233;. Pour Patrick Moreau, un &#171; &lt;em&gt;consensus doctrinal&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;r&#233;unit les partis de gouvernement, les principaux m&#233;dias, les milieux universitaires &lt;/em&gt;[&#8230;]&lt;em&gt;, les intellectuels publics les plus en vue ainsi que les groupes de pression victimaires les plus bruyants &lt;/em&gt; &#187;. Selon Pierre H&#233;bert, il existe un &#171; &lt;em&gt;arsenal censorial qui, telle une nappe phr&#233;atique, abreuve tout ce qui s'agite &#224; sa surface&lt;/em&gt; &#187;. Comme le fluor dans l'eau, la censure contemporaine est donc &#224; la fois omnipr&#233;sente et insaisissable. &#171; Big Brother&lt;em&gt;, c'est tout le monde et personne &lt;/em&gt; &#187;, affirme Marc Angenot, pour qui notre &#233;poque est marqu&#233;e par un esprit de censure &#171; &lt;em&gt;devenu h&#233;g&#233;monique&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;veill&#233; par ces affirmations alarmantes, j'avais h&#226;te de prendre connaissance de cas pr&#233;cis et de voir les auteur&#183;e&#183;s nommer des acteurs concrets et d&#233;battre de leurs propos. Or, il semble que cela rel&#232;ve d'ennuyeuses consid&#233;rations empiriques puisque seuls quelques exemples sont mentionn&#233;s au passage. Marc Angenot parle de d&#233;l&#233;gations qui forcent des biblioth&#233;caires &#224; faire retirer des livres des rayons et d'une population &#233;tudiante &#171; &lt;em&gt;qui penche en sa majorit&#233; en faveur de la censure&lt;/em&gt; &#187;, mais n'offre aucune preuve. &#201;voquant les &#171; &lt;em&gt;nouvelles opinions obligatoires&lt;/em&gt; &#187; sur les &#171; &lt;em&gt;inconduites sexuelles&lt;/em&gt; &#187;, Julius Grey brandit le spectre des fausses d&#233;nonciations, donnant en exemple&#8230; deux romans. Rapha&#235;l Arteau McNeil construit l'ensemble de sa r&#233;flexion &#224; partir d'une objection &#233;mise par &#171; &lt;em&gt;une &#233;tudiante &lt;/em&gt; &#187; dans un de ses cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le flou est non seulement assum&#233;, mais constitutif du propos. &#171; &lt;em&gt;La vraie censure&lt;/em&gt; &#187;, nous dit Pierre H&#233;bert, &#171; &lt;em&gt;se r&#233;sout &#224; montrer pour cacher &lt;/em&gt; &#187;, elle est &#171; &lt;em&gt;in-d&#233;finie&lt;/em&gt; &#187;, elle est &#171; &lt;em&gt;ce qui nous pense&lt;/em&gt; &#187;. &#192; la fois partout et nulle part, la censure prend aussi la forme de l'autocensure, pratiqu&#233;e &#171; &lt;em&gt;en permanence&lt;/em&gt; &#187; par &#171; &lt;em&gt;tous les journalistes et les politiques&lt;/em&gt; &#187; selon Marc Angenot ; h&#233;las, ceux-ci &#171; &lt;em&gt;se refusent piteusement &#224; le reconna&#238;tre&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La critique est censure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La n&#233;o-censure est peut-&#234;tre n&#233;buleuse, mais ces effets ne le sont pas si on en juge par le langage hyperbolique qui pars&#232;me le num&#233;ro. &#171; &lt;em&gt;L'espace social est &#224; nouveau parsem&#233; de tribunaux&lt;/em&gt; &#187;, nous disent Chamard-Bergeron et Moreau en ouverture. Notre soci&#233;t&#233; est &#171; &lt;em&gt; la plus implacable&lt;/em&gt; &#187; de tous les temps, soutient Grey, pour qui &#171; &lt;em&gt;les&lt;/em&gt; cultural warriors &lt;em&gt;sont semblables aux foules chr&#233;tiennes qui &lt;/em&gt;[&#8230;] &lt;em&gt;d&#233;truisirent des temples et des biblioth&#232;ques&lt;/em&gt; &#187; au 4e si&#232;cle. Pour Angenot, il y a &#171; &lt;em&gt;tyrannie des minorit&#233;s &lt;/em&gt; &#187; et une &#171; &lt;em&gt;atmosph&#232;re r&#233;pressive g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/em&gt; &#187;, dans laquelle &#171; &lt;em&gt;bien des groupuscules vertueux&lt;/em&gt; &#187; r&#234;vent de &#171; &lt;em&gt;polices mentales &lt;/em&gt; &#187;. Patrick Moreau pour sa part &#233;voque des &#171; &lt;em&gt;inquisiteurs autoproclam&#233;s&lt;/em&gt; &#187; et des &#171; &lt;em&gt;foules lyncheuses&lt;/em&gt; &#187;, avant de clore le dossier par une r&#233;f&#233;rence &#224; &lt;em&gt;L'archipel du Goulag&lt;/em&gt; de Soljenitsyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il appara&#238;t alors que si on s'&#233;chine &#224; r&#233;p&#233;ter que la censure d'&#201;tat est termin&#233;e et que l'&#233;galit&#233; est atteinte pour les opprim&#233;&#183;e&#183;s du pass&#233;, c'est pour mieux reprendre &#224; son compte toutes les violences qu'ont subies (et que subissent encore souvent) les minorit&#233;s et les groupes marginalis&#233;s &#8211; qu'on qualifie par ailleurs de &#171; victimaires &#187; ! La pens&#233;e libre est peut-&#234;tre dangereuse, mais &#224; l'&#233;vidence l'ironie ne tue pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au-del&#224; de ces affirmations grandiloquentes et chevaleresques, on remarque qu'un amalgame entre censure et critique traverse de part en part le propos, comme le relevait r&#233;cemment Me V&#233;ronique Fortin dans une table ronde sur la libert&#233; d'expression organis&#233;e par la Ligue des droits et libert&#233;s. Ce point est central, parce que cette confusion est au c&#339;ur de l'argumentaire des auteur&#183;e&#183;s. Tout porte &#224; croire que la critique vigoureuse, concert&#233;e et passionn&#233;e &#233;quivaut dans leur esprit &#224; une volont&#233; de censure. Il me semble y avoir l&#224; une m&#233;prise fondamentale sur la nature m&#234;me du d&#233;bat politique dans nos soci&#233;t&#233;s. Car qu'est-ce que le conflit politique, sinon une bataille pour d&#233;limiter ce qu'il est acceptable ou inacceptable (et non l&#233;gal ou ill&#233;gal) de dire ou de faire dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e ? Dans toute soci&#233;t&#233;, certains discours sont bien re&#231;us et d'autres non. Qu'une id&#233;e choque et soit contest&#233;e ne signifie pas qu'elle est ill&#233;gale ou censur&#233;e. Pour prendre un exemple concret, si les &#171; jokes de blonde &#187; et les blagues homophobes sont moins courantes qu'il y a 20 ans, ce n'est pas parce qu'elles ont &#233;t&#233; censur&#233;es, mais parce que des valeurs ont pris le dessus sur d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'amalgame entre censure et critique est d'autant plus d&#233;plac&#233; que les f&#233;ministes, Autochtones, antiracistes et minorit&#233;s sexuelles d&#233;nonc&#233;s &#224; grands cris ici cherchent justement &#224; se faire une place dans l'espace public. Si demander respect et reconnaissance pour ses origines, ses croyances ou son identit&#233; sexuelle est de l'intol&#233;rance, si on suit la logique selon laquelle la critique est censure, alors l'ensemble du dossier de la revue &lt;em&gt;Argument&lt;/em&gt; ne pourrait-il pas &#224; son tour &#234;tre qualifi&#233; de tentative de censure ? L'affirmer reviendrait &#224; se mordre la queue ; cela ne semble pas incommoder les auteur&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La censure, c'est la gauche d&#233;voy&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Vous l'aurez devin&#233;, la censure contemporaine est l'&#339;uvre de la gauche. Cette gauche &#171; &lt;em&gt;d&#233;voy&#233;e&lt;/em&gt; &#187; et &#171; &lt;em&gt;en ruines&lt;/em&gt; &#187; serait paradoxalement toute puissante. Les &#201;tats-Unis (qui, c'est bien connu, sont actuellement sous le r&#232;gne d'un gauchiste forcen&#233;) et leurs campus universitaires font ici figure d'obsession : c'est l&#224; que le cancer aurait pris forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque Angenot et Moreau parlent de &#171; &lt;em&gt;privatisation de la censure&lt;/em&gt; &#187; ; ils ne font pas r&#233;f&#233;rence aux poursuites-b&#226;illons de la part de grandes entreprises, ni m&#234;me aux bailleurs de fonds qui ont retir&#233; leur appui &#224; &lt;em&gt;SL&#256;V&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Kanata&lt;/em&gt;, mais aux actions de &#171; &lt;em&gt;groupuscules&lt;/em&gt; &#187;. Face &#224; eux, affirme Moreau, la logique gestionnaire de nos institutions les rend &#171; &lt;em&gt;hypersensibles&lt;/em&gt; &#187; au scandale, et donc sans colonne vert&#233;brale. Elles sont faibles et soumises face &#224; des &#171; &lt;em&gt;repr&#233;sentants autoproclam&#233;s&lt;/em&gt; &#187; pendant que des m&#233;dias complaisants font office de &#171; &lt;em&gt;chambres d'&#233;cho&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le principe du rasoir d'Ockham stipule que l'explication la plus simple est g&#233;n&#233;ralement la plus plausible, et que des affirmations audacieuses n&#233;cessitent davantage de justifications. Dans cette perspective, il faudrait une d&#233;monstration colossale pour prouver que la gauche contemporaine prend actuellement d'assaut toutes nos institutions. Par quel &#233;trange et exceptionnel retournement les cat&#233;gories les plus marginalis&#233;es de la soci&#233;t&#233; exerceraient-elles une emprise aussi puissante sur ces institutions ? Les auteur&#183;e&#183;s ne savent l'expliquer ni m&#234;me l'illustrer de mani&#232;re satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et si la fr&#233;n&#233;sie conservatrice actuelle avait plut&#244;t &#224; voir avec un inconfort &#224; l'id&#233;e de voir ses cadres de r&#233;f&#233;rence bouscul&#233;s et sa parole interrog&#233;e et critiqu&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'excellent article de William Davies, &#171; The Free Speech Panic : How (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? L'histoire nous enseigne que pour les personnes occupant un r&#244;le dominant, l'&#233;galit&#233; que revendiquent les opprim&#233;&#183;e&#183;s est souvent per&#231;ue comme annonciatrice d'une &#232;re tyrannique &#224; venir (pensons au droit de vote des femmes ou aux droits civils pour les Afro-Am&#233;ricains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui me concerne, les auteur&#183;e&#183;s peuvent se rassurer : je ne souhaite pas les censurer. Ils ont tous les droits de s'exprimer, comme j'ai tous les droits d'affirmer que leurs r&#233;flexions, hormis quelques articles plus honn&#234;tes et rigoureux, font preuve d'une consternante pauvret&#233; argumentative. Chose certaine, le droit de faire des amalgames, de se construire des adversaires imaginaires et d'affirmer des id&#233;es sans fondement semble tr&#232;s bien portant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Couture, &#171; Qui parle lorsque parle Mathieu Bock-C&#244;t&#233; ? &#187;, &lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt;, no 34, avril-mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Argument&lt;/em&gt;, vol. 21, no 1, automne-hiver 2018-2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Philippe de Grosbois, &#171; Ces censures qu'on ne saurait voir &#187;, &lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt;, no 76, octobre-novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'excellent article de William Davies, &#171; The Free Speech Panic : How the Right Concocted a Crisis &#187;, &lt;em&gt;The Guardian&lt;/em&gt;, 26 juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gilets jaunes. L'Imperium en acte</title>
		<link>https://www.ababord.org/Gilets-jaunes-L-Imperium-en-acte</link>
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		<dc:date>2020-06-27T17:03:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francis Lagac&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Lagac&#233;, Francis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La crise des Gilets Jaunes na&#238;t d'une r&#233;volte contre la taxe sur les carburants qui est tout sauf &#233;cologique. Payer plus cher son carburant ne diminue pas l'utilisation des v&#233;hicules et n'am&#233;liore pas le transport en commun d&#233;ficient, dont les lignes rurales de train supprim&#233;es par l'&#201;tat. La mesure rapporte la somme de 5 milliards d'euros que les caisses de l'&#201;tat perdent en supprimant l'imp&#244;t de solidarit&#233; sur les fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt; Le mouvement populaire se cr&#233;e avec pour leitmotiv la d&#233;fiance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2942.jpg?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1251&#034; height=&#034;795&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise des Gilets Jaunes na&#238;t d'une r&#233;volte contre la taxe sur les carburants qui est tout sauf &#233;cologique. Payer plus cher son carburant ne diminue pas l'utilisation des v&#233;hicules et n'am&#233;liore pas le transport en commun d&#233;ficient, dont les lignes rurales de train supprim&#233;es par l'&#201;tat. La mesure rapporte la somme de 5 milliards d'euros que les caisses de l'&#201;tat perdent en supprimant l'imp&#244;t de solidarit&#233; sur les fortunes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Le mouvement populaire se cr&#233;e avec pour &lt;em&gt;leitmotiv&lt;/em&gt; la d&#233;fiance envers la classe politique et la volont&#233; de s'auto-organiser. Manifestations gigantesques, occupation des ronds-points, le pr&#233;sident r&#233;agit par une d&#233;claration officielle &#224; la t&#233;l&#233;vision le 10 d&#233;cembre 2018 pour reporter &lt;em&gt;sine die&lt;/em&gt; la hausse de la taxe sur les carburants et d&#233;guiser l'augmentation de la prime au travail en augmentation du salaire minimum (SMIC). Cette augmentation doit &#234;tre demand&#233;e par les personnes concern&#233;es, toutes les personnes travaillant au SMIC n'y ont pas droit et cette somme est d&#233;fiscalis&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elle n'am&#233;liore pas le fonds de retraite et ne contribue pas aux avantages sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui stup&#233;fie la caste oligarchique et ses laquais, c'est l'intelligence du peuple. Quand le vase a d&#233;bord&#233;, le liquide est renvers&#233;, on ne peut plus revenir en arri&#232;re. Les &#233;lites &#233;conomiques, politiques et m&#233;diatiques form&#233;es (plut&#244;t format&#233;es) par l'&#233;cole bourgeoise traditionnelle confondent l'intelligence et la culture avec la m&#233;moire, alors que l'intelligence est la facult&#233; de comprendre les m&#233;canismes et la culture la capacit&#233; de faire des liens historiques ou interdisciplinaires. C'est ainsi que le jeune loup aux dents longues et sa flop&#233;e de petits arrivistes affam&#233;s de pr&#233;bendes qui forment La R&#233;publique en marche (LREM) sont totalement d&#233;pass&#233;s, car le peuple, &#224; la diff&#233;rence des clones fabriqu&#233;s par les &#233;coles de commerce, les facult&#233;s de sciences &#233;conomiques et autres &lt;em&gt;Business Masters&lt;/em&gt;, r&#233;fl&#233;chit par lui-m&#234;me, s'informe par lui-m&#234;me et ne se contente pas d'&#226;nonner les r&#233;ponses du petit cat&#233;chisme &#233;conomique. Comme les R&#233;volutionnaires ont r&#233;pudi&#233; le clerg&#233;, les Gilets Jaunes rejettent l'&#233;conomisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce mouvement divers, de toutes les couleurs, tendances et contradictions, repr&#233;sente l'expression de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale et le pouvoir du peuple. Il forme ce que Fr&#233;d&#233;ric Lordon a appel&#233; &lt;em&gt;Imperium&lt;/em&gt; &#224; la suite de Spinoza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Lordon, Imperium. Structures et affects des corps politiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On en d&#233;gagera ici trois types d'effets : s&#233;curitaires, m&#233;diatiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; S&#233;curitaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;pression &#233;tatique fait appel &#224; un arsenal complet : grenades lacrymog&#232;nes, fusils &#224; balles de plastique (&lt;em&gt;flashballs&lt;/em&gt;), matraques, techniques d'encerclement, canons &#224; eau et m&#234;me blind&#233;s. L'&#201;tat et ses larbins m&#233;diatiques n'insistent que sur la violence (marginale) contre les biens ou contre la police et se taisent sur les violences polici&#232;res nombreuses. &lt;em&gt;Lib&#233;ration&lt;/em&gt; rapporte plus de 82 bless&#233;s graves ; David Dufresne (journaliste ind&#233;pendant inscrit sur Twitter sous l'adresse @davduf) a recens&#233; 290 violences polici&#232;res av&#233;r&#233;es et d&#251;ment signal&#233;es en date du 14 janvier dernier. Pourtant, dans ses rares interventions publiques, le pr&#233;sident fran&#231;ais n'a de bons mots que pour les forces de l'ordre et ne mentionne jamais les bless&#233;&#183;e&#183;s civil&#183;e&#183;s. LREM a m&#234;me refus&#233; d'observer une minute de silence &#224; l'Assembl&#233;e nationale en l'honneur des personnes tu&#233;es ou bless&#233;es chez les Gilets Jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis 2014, le code de d&#233;ontologie de la police nationale n'exige plus que les forces de l'ordre garantissent les libert&#233;s individuelles et la R&#233;publique, mais plut&#244;t le respect des lois et la d&#233;fense des institutions et int&#233;r&#234;ts nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le ministre de l'Int&#233;rieur, Christophe Castaner, jette de l'huile sur le feu, accusant faussement les manifestant&#183;e&#183;s d'&#234;tre complices de toute casse. Le premier ministre songe &#224; ficher les manifestant&#183;e&#183;s. Comme en 2012 au Qu&#233;bec, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur envisage une loi anti-manifestation, contraire aux Droits humains universels. Un ancien ministre de l'&#201;ducation, Luc Ferry, a m&#234;me d&#233;clar&#233; publiquement que l'arm&#233;e devrait tirer sur les manifestant&#183;e&#183;s. On se dirige clairement vers la criminalisation de la dissidence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; M&#233;diatiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Avant le mouvement, les personnes qui militent au sein des Gilets Jaunes n'avaient jamais subi personnellement les foudres du parti-pris m&#233;diatique. Avec les &#171; reportages &#187; et &#171; analyses &#187; des premiers Actes (samedis de manifestations) du mouvement, les participant&#183;e&#183;s ont constat&#233; l'ampleur des mensonges officiels : minimisation syst&#233;matique du nombre de personnes pr&#233;sentes, n&#233;gligence des endroits o&#249; les foules &#233;taient les plus nombreuses, mont&#233;e en &#233;pingle des incidents, glorification de la police, description outranci&#232;re du mouvement en &#233;pigones de l'extr&#234;me droite, ignorance des revendications, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les 42 revendications des Gilets Jaunes qui ont &#233;t&#233; ni remises en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la d&#233;votion des m&#233;dias &lt;em&gt;mainstreams&lt;/em&gt; qu&#233;b&#233;cois envers l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale est connue, on est loin ici de la veulerie et de la servilit&#233; des m&#233;dias nationaux fran&#231;ais, dont les radios et t&#233;l&#233;s publiques sont en fait des organes d'&#201;tat, donc aux ordres du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Quelques exemples&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; 1. Les m&#233;dias parlent de 12 000 participant&#183;e&#183;s en tout et pour tout aux manifs du 29 d&#233;cembre, relayant sans nuance les chiffres du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Or, si on additionne les chiffres d'une m&#234;me source pour 10 villes de province, on arrive &#224; plus de 20 000. Quand la manifestation est nettement plus forte le 5 janvier, on parle alors de 50 000 manifestant&#183;e&#183;s au grand total (la liste d'une douzaine de villes, sans compter Paris, donne plus de 60 000) par opposition &#224; 32 000 la semaine pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. Un sondage montre que Macron est &#224; 28 % d'approbation le 9 janvier 2019. Sur toutes les cha&#238;nes, on jubile : le pr&#233;sident est en nette remont&#233;e ! &#192; la question qui demande si on souhaite que les Gilets Jaunes continuent : &#171; seulement &#187; 60 % sont d'accord, donc ils devraient rentrer chez eux. Pourtant, d'autres enqu&#234;tes parlent toujours de 75 &#224; 80 % de la population qui appuie les revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mis &#224; part des m&#233;dias imprim&#233;s comme&lt;em&gt; L'Humanit&#233;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le monde diplomatique&lt;/em&gt; et des m&#233;dias &#233;lectroniques comme &lt;em&gt;M&#233;diapart&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Media&lt;/em&gt;, il n'y a que les m&#233;dias satiriques comme &lt;em&gt;Le Canard encha&#238;n&#233; &lt;/em&gt;ou &#224; la t&#233;l&#233; &lt;em&gt;Le Quotidien&lt;/em&gt; qui portent un regard critique. En cons&#233;quence, les m&#233;dias ont perdu toute cr&#233;dibilit&#233; pour le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Politiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; On peut se d&#233;soler que les plateformes des partis ne soient pas mieux connues. Celle de la France insoumise (FI) est le plus pr&#232;s du mouvement, mais on ne peut bl&#226;mer les Gilets Jaunes de s'en m&#233;fier. Le virage lib&#233;ral de Mitterrand dans les ann&#233;es 1980 n'a rien fait pour redorer le blason de la &#171; gauche &#187;, d'autant que l'&#233;chiquier s'est tellement d&#233;port&#233; &#224; droite qu'on n'y trouve plus, dans cette gauche d&#233;plum&#233;e, que le Parti communiste (PCF), la France insoumise (FI) et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). La plupart des Gilets Jaunes s'objectent &#224; ce qu'on les instrumentalise. Ils refusent m&#234;me une liste &#171; Gilets Jaunes &#187; aux &#233;lections europ&#233;ennes qui favoriserait Macron en diluant l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marine Le Pen, du Rassemblement national (RN), essaie de capitaliser sur la col&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e contre la classe politique. Elle est pourtant consid&#233;r&#233;e par l'oligarchie comme la pi&#232;ce de rechange ; les m&#233;dias la mettent en avant lui attribuant une force qui n'est que l'autre face du ph&#233;nom&#232;ne Macron. Clairement du bord des riches, Le Pen s'oppose dans les faits &#224; la majorit&#233; des revendications des Gilets Jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; gauche, Jean-Luc M&#233;lenchon a tellement &#233;t&#233; diabolis&#233; et harcel&#233; par le discours h&#233;g&#233;monique qu'il n'arrive pas &#224; attirer la sympathie. Plus habile, Fran&#231;ois Ruffin (aussi de FI) va &#224; la rencontre de ses commettant&#183;e&#183;s sur les ronds-points et leur offre du temps de parole. Il en fera un film. Par ailleurs, les parlementaires sont dans une situation intenable en soutenant la &#171; d&#233;mocratie &#187; actuelle, donc la violence institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ses discours, le pr&#233;sident souffle le chaud et le froid. Au Nouvel An, il traite les gens de &#171; &lt;em&gt;foule haineuse&lt;/em&gt; &#187;, les accuse de ne pas faire assez d'effort et vante les m&#233;rites du mod&#232;le social fran&#231;ais qu'il d&#233;molit all&#232;grement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les v&#339;ux d'Emmanuel Macron pour la nouvelle ann&#233;e : www.youtube.com/watch&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour lui, la souverainet&#233; du peuple s'exerce une fois tous les cinq ans, le jour du vote. Quant &#224; la grande consultation qui s'est amorc&#233;e &#224; la mi-janvier, Macron en d&#233;finit les contours dans une lettre qui demande comment baisser les imp&#244;ts et quels services publics couper. Pis encore, le pr&#233;sident fait des ronds de jambe &#224; l'&#233;lectorat du RN en soulevant la question identitaire et les quotas d'immigration. Ce &#171; d&#233;bat &#187; est d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; par tout ce qui sait penser comme une sinistre farce.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La suite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Le mouvement suscite de nombreux constats. D'une part, la d&#233;route des partis politiques, de l'autre, le d&#233;placement du politique (les affaires de la cit&#233;) au centre des pr&#233;occupations. Il y aurait d'autres analyses &#224; faire sur la question d&#233;mocratique, la transition &#233;cologique, le r&#244;le des syndicats, la participation des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, l'impasse dans laquelle le syst&#232;me d'&#233;ducation se trouve, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Signe des temps, le film &lt;em&gt;Les R&#233;volt&#233;s&lt;/em&gt;, un documentaire de Michel Andrieu et de Jacques K&#233;badian sur Mai 68, vient tout juste de sortir. Les ressemblances sont frappantes : m&#234;me d&#233;fiance envers les appareils politiques ou syndicaux, m&#234;me volont&#233; de s'organiser &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout en conservant son fonctionnement horizontal, le mouvement des Gilets jaunes a besoin quant &#224; lui de cr&#233;er des structures de f&#233;d&#233;ration et de d&#233;gager des analyses politiques partag&#233;es. Il faudrait d&#233;boucher sur une constituante, sinon la crise ne sera que report&#233;e&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &lt;em&gt;Imperium. Structures et affects des corps politiques&lt;/em&gt;, Paris, La Fabrique, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les 42 revendications des Gilets Jaunes qui ont &#233;t&#233; ni remises en question par le mouvement, ni relay&#233;es par l'&#201;tat et les m&#233;dias : fr.scribd.com/document/394450377/Les-revendications-des-gilets-jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les v&#339;ux d'Emmanuel Macron pour la nouvelle ann&#233;e : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=aFGzGS7yBqg&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.youtube.com/watch ?v=aFGzGS7yBqg&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Francis Lagac&#233; est essayiste et militant des droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Paris, Acte V, 15 d&#233;cembre 2018 (Jeanne Menjoulet CC BY 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilets jaunes. La France en pleine confusion</title>
		<link>https://www.ababord.org/Gilets-jaunes-La-France-en-pleine-confusion</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Gilets-jaunes-La-France-en-pleine-confusion</guid>
		<dc:date>2020-06-27T16:55:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Leroux</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Leroux, Jean-Paul</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du mois de novembre, les Fran&#231;ais et Fran&#231;aises manifestent pour faire annuler la taxe sur le carburant annonc&#233;e en d&#233;but d'ann&#233;e par Emmanuel Macron. La lutte s'est depuis &#233;largie et la question de la qualit&#233; de vie est maintenant au centre des revendications des Gilets Jaunes. Occupations des ronds-points dans des centaines de localit&#233;s et manifestations dans les grandes villes de France tous les samedis depuis plusieurs mois : le mouvement s'&#233;tend et confond les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2939.jpg?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1191&#034; height=&#034;771&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du mois de novembre, les Fran&#231;ais et Fran&#231;aises manifestent pour faire annuler la taxe sur le carburant annonc&#233;e en d&#233;but d'ann&#233;e par Emmanuel Macron. La lutte s'est depuis &#233;largie et la question de la qualit&#233; de vie est maintenant au centre des revendications des Gilets Jaunes. Occupations des ronds-points dans des centaines de localit&#233;s et manifestations dans les grandes villes de France tous les samedis depuis plusieurs mois : le mouvement s'&#233;tend et confond les commentateurs et commentatrices par la grande diversit&#233; des courants politiques qui le traverse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Que signifie le fait que le samedi les violences polici&#232;res et celles d'une partie de ces Gilets Jaunes (GJ) se r&#233;pondent, d&#233;rapent, s'arr&#234;tent le dimanche et recommencent le samedi suivant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un bouillonnement inattendu dans ses formes et ses contenus semble avoir saisi l'Hexagone. Peut-on d&#233;m&#234;ler cet &#233;cheveau lorsque ledit &#171; mouvement des gilets jaunes &#187; n'a pas de leader, n'en veut pas, d&#233;nonce les partis, les syndicats, les institutions, le syst&#232;me repr&#233;sentatif, le jeu politique classique, les m&#233;dias, mais propose un catalogue de 42 revendications aussi mouvantes qu'un ch&#226;teau de sable ? Ce mouvement cherche &#224; se structurer, mais ne sait comment s'y prendre. Il ne parvient ni &#224; mourir ni &#224; grandir. Sa force v&#233;ritable est sa dur&#233;e : sa renaissance tous les samedis, ce qui mobilise les forces de police en alerte permanente. Macron et le gouvernement ne parviennent pas &#224; enrayer cette crise sociale qui devient une crise politique in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les analystes et les commentateurs eux-m&#234;mes sont &#224; la peine. Pour certains, il s'agit d'une r&#233;volte qui pourrait (avec beaucoup de si) enclencher une r&#233;volution, pour d'autres ce n'est qu'un mouvement &#171; poujadiste &#187; qui fut un mouvement corporatiste de &#171; petits commer&#231;ants &#187; qui, de 1953 &#224; 1958, a eu une certaine notori&#233;t&#233;, traduisant leur exasp&#233;ration devant la naissance du commerce de masse. Les m&#233;dias ont &#233;t&#233; sensibles aux personnes en situation sociale pr&#233;caire ayant peur de tomber dans la mis&#232;re si elles ne pouvaient plus faire le plein de leur voiture pour aller travailler &#224; cause de la hausse des taxes sur le carburant. Le gouvernement a fini par les annuler. Trop tard, les GJ &#233;taient pass&#233;s &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement, pendant un temps, a couru apr&#232;s les GJ, mais il semble avoir abandonn&#233; pour entrer dans une politique de r&#233;pression massive, &#224; tel point que les juges commencent &#224; penser que trop c'est trop, que des policiers se font mettre en arr&#234;t maladie pour ne plus participer &#224; la r&#233;pression et que les syndicats de policiers en ont profit&#233; pour obtenir des avantages financiers importants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le comble est que, pendant ce temps, les &#233;cologistes ont r&#233;ussi une d&#233;monstration d'une ampleur in&#233;gal&#233;e le 8 d&#233;cembre et qu'une p&#233;tition pour lancer un proc&#232;s contre l'&#201;tat par quatre ONG pour inaction climatique a recueilli pratiquement 2 millions de signatures. Qu'un mouvement dans l'&#233;ducation nationale dit des &#171; stylos rouges &#187; est en train de d&#233;border les syndicats traditionnels et que les avocats sont en gr&#232;ve. La France est en &#233;bullition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un des aspects qui commence &#224; s'&#233;claircir est la contradiction entre les institutions et les aspirations &#224; contr&#244;ler sa propre vie. La France, pays jacobin, avait commenc&#233; une d&#233;centralisation en 1982 par la cr&#233;ation de r&#233;gions et une autonomie plus grande des administrations dans les territoires. Mais il y a eu &#224; partir de la pr&#233;sidence Sarkozy un mouvement inverse qui s'est traduit par la volont&#233; de supprimer &#224; terme les d&#233;partements et de vider de tous pouvoirs les petites communes. On note un mouvement de d&#233;mission important de la part des maires et la volont&#233; d'un tr&#232;s grand nombre de ne pas vouloir se repr&#233;senter. L'Association des maires ruraux de France a, lors de son congr&#232;s de septembre, tir&#233; la sonnette d'alarme sur la situation de d&#233;saffection de l'&#201;tat dans les territoires ruraux et, le hasard faisant bien les choses, c'est devenu une des revendications des GJ. D'o&#249; beaucoup de commentaires de g&#233;ographes sur l'opposition de plusieurs France : les grandes m&#233;tropoles, la France p&#233;riurbaine, la p&#233;riph&#233;rie, la n&#233;o-ruralit&#233;, etc. Il existe une &#171; confusion &#187; g&#233;ographique que traduisent bien les GJ : elles et ils n'ont plus le sentiment que l'&#201;tat se comporte &#233;galement envers les citoyen&#183;ne&#183;s. L'&#201;tat favorise la m&#233;tropolisation et cr&#233;e des d&#233;serts de services publics. Cela est particuli&#232;rement sensible en ce qui concerne les h&#244;pitaux : &#234;tre malade au fond de la Creuse ou dans le 16e &#224; Paris n'est pas du tout la m&#234;me chose. L'&#171; injustice sociale &#187; est un des grands th&#232;mes des GJ. Il est facile de comprendre pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; L'&#201;tat cibl&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; L'&#201;tat est donc la cible prioritaire des GJ parce qu'ils pensent qu'il accentue les injustices entre les citoyen&#183;ne&#183;s : augmentation des taxes pay&#233;es par tous et suppression de l'imp&#244;t de solidarit&#233; sur la fortunes, diminution de l'allocation logement pour les plus pauvres et continuation d'une politique d'aides massives aux grandes entreprises de l'ordre de 40 milliards par an. Derri&#232;re les revendications touchant au pouvoir d'achat se tiennent les injustices territoriales et sociales. &#201;tonnamment, le mouvement des GJ a laiss&#233; de c&#244;t&#233; la question salariale. Il n'y a pas de revendication visant les &#171; capitalistes &#187; ; seuls l'&#201;tat et Macron sont leurs cibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pas besoin d'&#234;tre grand clerc pour comprendre que cette politique est promue par l'Assembl&#233;e nationale et donc par les d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s. De l&#224; un antiparlementarisme, une mise en cause de la repr&#233;sentation : on assiste &#224; des attaques non seulement d'une pr&#233;fecture (celle du Puy-en-Velay, dans le d&#233;partement de la Haute-Loire), mais &#233;galement des permanences des d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s de la majorit&#233;, ce qui n'est pas sans rappeler les attaques de ch&#226;teaux et des centres d'imp&#244;ts dans les campagnes fran&#231;aises au printemps 1789 ! D'o&#249; l'id&#233;e qu'il faudrait engager un processus de r&#233;forme de la constitution pour aboutir &#224; une Assembl&#233;e constituante ! Cette id&#233;e est d&#233;fendue par &#201;ric Piole, le maire de Grenoble. Le gouvernement cherche plut&#244;t &#224; &#171; refroidir &#187; la situation en proposant de grands d&#233;bats autour de certains th&#232;mes : la vie quotidienne, la fiscalit&#233;, la pratique de la d&#233;mocratie et la citoyennet&#233;, l'organisation de l'&#201;tat et des services publics. Le mouvement des GJ milite pour l'introduction d'un &#171; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne (RIC) &#187;, mais a d&#251; mal &#224; pr&#233;ciser ce qu'il entend par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un mouvement diversifi&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; Les discussions vont bon train sur les ronds-points, mais les diff&#233;rents ronds-points n'ont pas les m&#234;mes analyses et propositions. Aussi les GJ commencent-ils &#224; chercher &#224; se structurer &#224; un niveau d&#233;partemental, &#224; se constituer en associations, mais tout cela demeure encore &#224; l'&#233;tat d'&#233;bauche. Il faut dire que chez les GJ, certain&#183;e&#183;s d&#233;couvrent l'engagement dans l'espace public et les probl&#232;mes d'&#233;coute, d'&#233;change et donc de disponibilit&#233; que cela demande, pendant que d'autres, vieux routiers des syndicats et de structures politiques (de la gauche radicale &#224; la droite radicale), nettement plus op&#233;rationnels, cherchent &#224; faire avancer leurs propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fait, le mouvement des GJ est travers&#233; par l'ensemble des positionnements politiques, d'o&#249; sa richesse et ses confusions. Il est en p&#233;riode de &#171; d&#233;cantation &#187; et de structuration. S'il se maintient dans le temps, il parviendra peut-&#234;tre &#224; des &#171; formes &#187; d'organisations novatrices en mati&#232;re de d&#233;mocratie interne et de prise de d&#233;cisions. Pour l'heure, il balbutie et engendre beaucoup d'interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Personne n'a vu venir ni ne peut pr&#233;voir l'&#233;volution et le d&#233;bouch&#233; de ce mouvement. C'est le propre de ce qu'Hannah Arendt nomme un &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, soit l'irruption dans l'espace public d'acteurs que personne n'attendait, pas m&#234;me ceux qui s'y impliquent. Ils et elles sont maintenant en position de cr&#233;er du nouveau ou de retomber dans de vieilles orni&#232;res. Leur grand m&#233;rite est d'avoir rouvert le champ des possibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Paris, Acte IX, 12 janvier 2019 (Olivier Ortelpa CC BY 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Centraide. Quand les fondations disciplinent le communautaire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rie Beauchamp</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement associatif et communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>Beauchamp, Val&#233;rie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vous &#234;tes nombreux et nombreuses &#224; donner chaque ann&#233;e &#224; Centraide du Grand Montr&#233;al. Depuis 2010, cette fondation r&#233;gionale a pourtant grandement chang&#233; et s'est progressivement align&#233;e sur les autres fondations priv&#233;es qui forment le paysage philanthropique qu&#233;b&#233;cois, causant de fortes tensions avec les organismes subventionn&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsqu'il est question de fondation, il convient d'abord de rappeler que ces institutions existent en raison d'un syst&#232;me social in&#233;galitaire qui permet &#224; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-78-fevrier-mars-2019-" rel="directory"&gt;No 078 - f&#233;vrier / mars 2019&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-associatif-et-+" rel="tag"&gt;Mouvement associatif et communautaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beauchamp-Valerie-+" rel="tag"&gt;Beauchamp, Val&#233;rie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2937.jpg?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1251&#034; height=&#034;834&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vous &#234;tes nombreux et nombreuses &#224; donner chaque ann&#233;e &#224; Centraide du Grand Montr&#233;al. Depuis 2010, cette fondation r&#233;gionale a pourtant grandement chang&#233; et s'est progressivement align&#233;e sur les autres fondations priv&#233;es qui forment le paysage philanthropique qu&#233;b&#233;cois, causant de fortes tensions avec les organismes subventionn&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Lorsqu'il est question de fondation, il convient d'abord de rappeler que ces institutions existent en raison d'un syst&#232;me social in&#233;galitaire qui permet &#224; des individus d'accumuler des capitaux substantiels pour ensuite faire bonne figure en jouant au m&#233;c&#232;ne. Les grands donateurs de Centraide en sont un bon exemple avec des dons individuels commen&#231;ant &#224; 10 000 $ et allant &#224; plus de 500 000 $ par ann&#233;e. Ces riches donateurs ont d'ailleurs la possibilit&#233; de choisir &#224; quel secteur d'intervention leurs dons seront associ&#233;s. Il s'agit d'une forme de privatisation des services sociaux et de sant&#233; : ce n'est pas l'&#201;tat qui r&#233;partit les richesses recueillies &#224; travers l'imp&#244;t dans les services publics, mais des individus fortun&#233;s qui d&#233;cident des causes et des organismes m&#233;ritants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cela n'est pas diff&#233;rent de ce qu'on observe dans les autres fondations de la r&#233;gion de Montr&#233;al. Or, contrairement &#224; d'autres bailleurs de fonds, Centraide a longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un alli&#233; des groupes communautaires, notamment en leur laissant une grande libert&#233; dans leur fa&#231;on d'utiliser les subventions offertes. Cette longue relation, datant parfois de plusieurs d&#233;cennies, a permis une stabilit&#233; du mouvement communautaire sur le territoire montr&#233;alais. Toutefois, depuis 2015, la fondation a commenc&#233; &#224; s'insinuer dans la gestion des organismes et impose sa vision de l'intervention aux milieux communautaires : l'approche territoriale int&#233;gr&#233;e, o&#249; les subventions offertes sont associ&#233;es &#224; des tables de concertation &#224; travers des projets concert&#233;s. Ces espaces deviennent les lieux quasi exclusifs o&#249; se d&#233;cident les possibilit&#233;s de d&#233;veloppement et de financement pour les organismes. Il devient donc de plus en plus difficile pour les groupes d'op&#233;rer &#224; l'ext&#233;rieur de cette logique centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; L'imposition des fa&#231;ons de faire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; Cette approche suppose qu'en regroupant tous les acteurs d'un m&#234;me territoire, il est possible d'att&#233;nuer les cons&#233;quences de la pauvret&#233; sans consentir &#224; une augmentation des ressources disponibles dans un quartier. Les groupes, pour avoir acc&#232;s &#224; des subventions, doivent &#233;tablir des partenariats pour mettre sur pied des projets qui r&#233;pondent aux objectifs de l'ensemble des instances pr&#233;sentes : institutions (l'administration municipale et les services sociaux et de sant&#233;), entreprises locales, organismes communautaires. Cette approche nie la divergence d'int&#233;r&#234;t des acteurs et les clivages id&#233;ologiques ; tous et toutes sont cens&#233;&#183;e&#183;s mettre de c&#244;t&#233; leurs diff&#233;rends pour travailler ensemble. Le partenariat est valoris&#233; au d&#233;triment d'une posture de contestation. Il s'ensuit une d&#233;politisation de certains organismes communautaires qui doivent adoucir leurs revendications ou analyses critiques pour &#234;tre en phase avec l'ensemble des acteurs impliqu&#233;s dans le projet. De plus, cela fait en sorte que le quartier est d&#233;fini comme porteur d'un changement social, mais qui ne peut se faire sans intervention &#233;tatique. Les territoires locaux ne peuvent assurer une meilleure redistribution des richesses ; celle-ci est du ressort de l'&#201;tat et de ses mesures fiscales. En centrant l'action sur la mise en commun des ressources disponibles dans un quartier pour g&#233;rer les cons&#233;quences de la pauvret&#233;, les transformations structurelles sont compl&#232;tement oblit&#233;r&#233;es au profit d'actions (le r&#233;am&#233;nagement d'un parc par exemple) qui ne se conjuguent pas avec des luttes collectives pour une transformation globale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Outre l'imposition de cette fa&#231;on d'intervenir dans un milieu pour avoir acc&#232;s &#224; des subventions, Centraide valorise une logique entrepreneuriale dans ses relations avec les organismes communautaires, notamment &#224; travers les crit&#232;res qui permettent &#224; la fondation de juger de la pertinence de financer un groupe. Depuis 2010, Centraide stipule qu'elle investit maintenant dans des organismes performants qui sont choisis selon une nomenclature provenant explicitement du milieu des affaires : gestion par r&#233;sultats, indicateurs de r&#233;ussite, importance de l'image de l'organisme, &#233;valuation continue. Au-del&#224; d'un langage qui a peu &#224; voir avec l'action communautaire, les organismes doivent parfois changer leurs pratiques pour r&#233;pondre &#224; ces crit&#232;res, par exemple en &#233;valuant leurs r&#233;sultats selon un processus sanctionn&#233; par la fondation sous peine de se voir couper leurs subventions.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Les r&#233;percussions sur les groupes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; L'approche territoriale int&#233;gr&#233;e et la valorisation d'une logique entrepreneuriale ne sont pas uniquement le fait de Centraide. Ce qui choque les groupes, c'est le revirement rapide de la fondation qui respectait, par le pass&#233;, la diversit&#233; des interventions pr&#233;sentes sur le terrain. Les impacts de ces changements de vision commencent &#224; se faire sentir. Ceux et celles qui refusent de changer leurs pratiques sont &#233;cart&#233;&#183;e&#183;s, comme c'est le cas de l'Organisation populaire des droits sociaux (OPDS) qui fermera probablement ses portes en avril 2019 apr&#232;s 39 ans d'existence &#224; la suite de la suppression compl&#232;te de leurs subventions par Centraide.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un cas de figure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; Dans une lettre adress&#233;e au groupe, la fondation reproche &#224; l'organisme des probl&#232;mes de gouvernance et de communication. Interrog&#233;e sur ces critiques, l'OPDS demeure perplexe. Il leur est toujours difficile d'&#233;tablir exactement ce qui leur est reproch&#233;. D'autant plus que l'OPDS a fait montre d'une r&#233;elle volont&#233; d'am&#233;liorer les carences cibl&#233;es. Or, pour l'organisme, la d&#233;cision de Centraide &#233;tait d&#233;j&#224; prise, car toutes les solutions que l'OPDS a propos&#233;es au bailleur de fonds ont &#233;t&#233; jug&#233;es insuffisantes. Leur interpr&#233;tation des raisons derri&#232;re la fin de leur financement est que leur fa&#231;on de faire ne r&#233;pond plus &#224; ce qui est jug&#233; efficace par la fondation en ce qui a trait &#224; la lutte &#224; la pauvret&#233; : &#171; &lt;em&gt;Ils ne veulent plus de groupes en d&#233;fense des droits. Un groupe qui manifeste, ils n'aiment pas &#231;a. Pour eux, ce n'est plus la fa&#231;on de communiquer et de se faire comprendre. Aller dans la rue, pour eux, c'est d&#233;pass&#233;.&lt;/em&gt; &#187; En ce sens, le seul exemple donn&#233; par Centraide pour expliquer leurs probl&#232;mes de communication est la manifestation color&#233;e organis&#233;e par l'OPDS au centre de finition de Bombardier en 2017, ce qui aurait donn&#233; une mauvaise image de l'organisme. Pour le groupe, cette action repr&#233;sente une vision des luttes collectives qui n'est pas en ad&#233;quation avec les approches de la fondation. Centraide leur a d'ailleurs reproch&#233; de continuer &#224; lutter comme dans les ann&#233;es 1970. Cette posture de contestation avec les pouvoirs en place serait pass&#233;e de mode &#224; l'heure du &#171; partenariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cons&#233;quemment, l'absence de l'OPDS aux tables de quartier fait partie des nombreuses lacunes reproch&#233;es &#224; l'organisme. &#171; Il aurait fallu aller s'asseoir &#224; des tables de quartier o&#249; on retrouve la police, des attach&#233;s politiques, etc. Pour eux, la panac&#233;e, c'est le quartier, comme transformer telle ruelle en ruelle verte et parler de lutte &#224; la pauvret&#233; avec ce genre de projet. &#187; Contrairement &#224; ces projets concert&#233;s qui &#233;mergent de partenariats, l'OPDS structure toutes ses actions autour d'une logique de contestation des causes des in&#233;galit&#233;s sociales par l'&#233;ducation populaire. Ces tables de quartier sont d'ailleurs financ&#233;es par Centraide dans sa croisade visant &#224; aligner toutes les ressources locales autour d'une seule approche d'intervention territoriale. Pour l'OPDS, si&#233;ger &#224; ces tables ne correspond pas &#224; sa mission. Comment pourrait-elle y apporter l'id&#233;e d'une manifestation contre Bombardier lorsqu'on doit plut&#244;t &#233;tablir un partenariat avec l'&#201;coquartier, la police ou Zooth&#233;rapie Qu&#233;bec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui est reproch&#233; &#224; ce groupe est donc directement en lien avec les approches valoris&#233;es par Centraide. Or, l'OPDS se revendique de ce courant qui croit que c'est par des changements structurels &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qu'un quartier &#233;voluera. En ce sens, Centraide doit modifier sa d&#233;cision et poursuivre son financement de l'OPDS. Les cons&#233;quences d'imposer cette logique d&#233;passe le cadre communautaire et affecte la capacit&#233; des collectivit&#233;s &#224; se mobiliser. L'OPDS, par l'&#233;ducation populaire, travaille &#224; une collectivisation des probl&#233;matiques individuelles pour mobiliser les populations dans des actions collectives qu'elles auront elles-m&#234;mes choisies. En perdant l'appui de Centraide, des formes plus contestataires de l'action communautaire deviennent de plus en plus difficiles &#224; soutenir pour les groupes qui veulent des transformations sociales globales. Qu'en est-il alors des rapports conflictuels inh&#233;rents &#224; une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes sociales ? Il s'agit de l'essence m&#234;me du mouvement communautaire qui est touch&#233; et le cas de l'OPDS repr&#233;sente un exemple des groupes qui verront leurs actions remises en doute dans les prochaines ann&#233;es. Les fondements historiques des groupes communautaires tendent &#224; dispara&#238;tre et Centraide y participe activement en coupant les subventions aux groupes r&#233;calcitrants dans une tentative d'&#171; assainir le mouvement &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Centraide Canada (David Caroll CC BY-NC 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Ce que nous apprend le cin&#233;ma</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Delvaux</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Delvaux, Martine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au moment o&#249; je m'appr&#234;te &#224; r&#233;diger cette chronique, l'&#233;crivain fran&#231;ais Yann Moix, en pleine promotion de son dernier roman, affirme dans un entretien pour le magazine Marie-Claire ne pas &#234;tre capable d'aimer les femmes de 50 ans. Ne pas les d&#233;sirer. Leur pr&#233;f&#233;rer celles qui ont la moiti&#233; de son &#226;ge. Pr&#233;f&#233;rer, aussi, des femmes du &#171; genre asiatique &#187;. Le corps des femmes de 25 ans, dit l'&#233;crivain, est extraordinaire, contrairement &#224; celui des femmes de 50 ans avec qui il n'aurait m&#234;me pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2932.jpg?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1086&#034; height=&#034;1021&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au moment o&#249; je m'appr&#234;te &#224; r&#233;diger cette chronique, l'&#233;crivain fran&#231;ais Yann Moix, en pleine promotion de son dernier roman, affirme dans un entretien pour le magazine &lt;i&gt;Marie-Claire&lt;/i&gt; ne pas &#234;tre capable d'aimer les femmes de 50 ans. Ne pas les d&#233;sirer. Leur pr&#233;f&#233;rer celles qui ont la moiti&#233; de son &#226;ge. Pr&#233;f&#233;rer, aussi, des femmes du &#171; genre asiatique &#187;. Le corps des femmes de 25 ans, dit l'&#233;crivain, est extraordinaire, contrairement &#224; celui des femmes de 50 ans avec qui il n'aurait m&#234;me pas l'id&#233;e de coucher puisqu'elles lui sont &#171; invisibles &#187;. Les propos de Yann Moix ont enflamm&#233; la toile, suscitant des r&#233;actions ulc&#233;r&#233;es et moqueuses de la part de nombre de femmes connues et moins connues. Et moi, j'ai vu mon &#226;ge clignoter sur l'&#233;cran toute la journ&#233;e. Invisible, mais pas compl&#232;tement&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Au m&#234;me moment, je visionnais le dernier film de Mireille Dansereau, &lt;em&gt;Vu pas vue&lt;/em&gt; (Cin&#233;-Plurielles, 2018), m&#233;ditation autobiographique sur le rapport au p&#232;re, un p&#232;re-cin&#233;ma qui ne regarde pas les femmes de sa vie, la m&#232;re et l'enfant qui deviendra cin&#233;aste. Une femme, Alice, entre 30 et 35 ans, fictionnalisation de Dansereau elle-m&#234;me, trouve dans les biens de son p&#232;re disparu des films pornographiques en 8 mm. Le &#171; je &#187; circule entre l'enfant t&#233;moin de sc&#232;nes qu'elle entend sans les voir, la femme adulte hant&#233;e par le pass&#233; et qui d&#233;couvre les films dans une bo&#238;te et entreprend de les visionner, et la femme d'aujourd'hui qui en fait quelque chose &#8211; cette chose qu'elle se montre en train de faire : son propre film. Une femme &#224; trois &#226;ges diff&#233;rents, et toujours en quelque sorte invisible : &#171; &lt;em&gt;&#192; partir de quand a-t-il arr&#234;t&#233; de me voir ?&lt;/em&gt; &#187; Celui qui regarde et qui est vu, dans cette histoire, c'est le p&#232;re. Ce qui est vu, ce sont les films pornographiques que lui-m&#234;me regarde. Ce qui est vu, c'est son cin&#233;ma &#224; lui : &#171; &lt;em&gt; Est-ce que c'est toi le gars des vues ? &lt;/em&gt; &#187;, demande Dansereau. Est-ce que c'est lui qui dit &#171; &lt;em&gt;d&#233;shabillez-vous ?&lt;/em&gt; &#187; Mais un cin&#233;ma regard&#233; en retour par une femme, par des femmes qui se regardent l'une l'autre en train de regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La cam&#233;ra de Dansereau montre une petite fille qui aura eu peu de contacts avec son p&#232;re, qui se demande s'il l'aime, elle, et pourquoi il ne lui parle pas, pourquoi elle ne le conna&#238;t pas. La fille n'a pas acc&#232;s au p&#232;re qui ne la voit pas (et dont le regard se tourne au lieu vers d'autres filles, nues, anim&#233;es dans des sc&#232;nes pornos), et qui ne voit pas non plus son &#233;pouse, cette m&#232;re que la fille ne veut pas devenir parce qu'elle aime le p&#232;re malgr&#233; tout : le silence, l'alcool et (on le suppose) une affection pour les filles de la pornographie. Cette m&#232;re est &#171; &lt;em&gt;l'origine du monde&lt;/em&gt; &#187; et son sexe, le lieu d'une parallaxe, pour le dire avec Slavoj &#381;i&#382;ek, o&#249; le vagin est &#224; la fois un organe du rapport sexuel, la figuration de son myst&#232;re et l'organe de la reproduction. Dansereau reproduit la prise de vue du c&#233;l&#232;bre tableau de Courbet et d&#233;plie l'image, passant du plan pornographique au plan d'un accouchement. Mani&#232;re d'interrompre le plaisir &#233;rotique qu'on pourrait prendre &#224; la sc&#232;ne. Co&#239;t interrompu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est cette interruption qui retient mon regard dans le film de Dansereau. Regardant la femme en train de regarder les films pornos de son p&#232;re, debout dans son dos, notre regard se fond au sien, dubitatif, cherchant quoi faire avec ces sc&#232;nes, o&#249; les mettre &#224; l'int&#233;rieur d'elle, essayant de mettre le doigt sur la le&#231;on qu'ils contiennent. &#171; &lt;em&gt;Toute ma vie j'ai cherch&#233; un autre corps que le mien&lt;/em&gt; &#187;, dit Dansereau en voix off, &#171; &lt;em&gt;un autre corps alors que j'en avais un&lt;/em&gt; &#187;. Un corps rendu invisible par ces autres &#171; &lt;em&gt; vues&lt;/em&gt; &#187; du p&#232;re, les films et les filles de ces films servant &#224; effacer les filles de la r&#233;alit&#233;, et d'abord celle qui se demande si elle est &#171; &lt;em&gt;la fille de son p&#232;re&lt;/em&gt; &#187;, si elle se reconna&#238;t dans les filles de la porno, si elle est comme elles, voire si elle prend plaisir elle aussi &#224; les regarder ? Et si, les regardant, au lieu de mourir, elle se met &#224; exister ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;em&gt;Quand arr&#234;terons-nous d'&#234;tre invisibles ?&lt;/em&gt; &#187;, demande Dansereau, et alors r&#233;sonne autrement la sentence de Yann Moix. Car la question concerne peut-&#234;tre moins l'&#226;ge, que l'&#233;crivain fixe comme une sorte de condamnation &#224; mort, que la question de l'invisibilit&#233; elle-m&#234;me, non seulement son refus de voir certaines femmes, mais sa mani&#232;re de voir les autres &#8211; celles qu'il dit qu'il voit, et qu'en v&#233;rit&#233; il ne voit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'invisibilit&#233; des femmes qui n'ont plus 20 ans (pour le dire ainsi) est un clich&#233;. C'est la place qu'on essaie de nous donner, l'identit&#233; qu'on tente de nous imposer (celle de femmes qui ne sont plus d&#233;sirables dans le regard des hommes), alors que dans les faits, nous ne nous sentons pas forc&#233;ment concern&#233;es. Ni par le mot &#171; femme &#187;, ni par le passage des ann&#233;es. Celles dont on dit qu'elles sont invisibles n'ont pas n&#233;cessairement l'impression de l'&#234;tre, non seulement parce que leur existence n'est pas forc&#233;ment d&#233;termin&#233;e par le regard et le d&#233;sir des hommes &#224; leur endroit, mais parce qu'elles sont occup&#233;es. &#192; travailler, &#224; cr&#233;er, &#224; prendre soin, &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; exister. L'aveu de Moix a peut-&#234;tre moins &#224; voir avec notre invisibilit&#233; qu'avec le peu d'int&#233;r&#234;t qu'on trouve &#224; ceux dont le regard devrait nous faire exister, et avec le fait qu'il ne sert &#224; rien de nous faire la le&#231;on &#8211; nous pouvons refuser de nous rajeunir, tout comme nous pouvons refuser d'&#234;tre complice de notre disparition. C'est l&#224; que la sentence de Yann Moix et le film de Mireille Dansereau se retrouvent l'un devant l'autre, comme dans un ring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si d'aucun&#183;e&#183;s pourraient trouver, dans Vu pas vue, un commentaire et une prise de position sur (et contre) la pornographie (ou sur la repr&#233;sentation pornographique des femmes et de la sexualit&#233;), je pr&#233;f&#232;re lire ce film de concert avec un article r&#233;cent de Manohla Dargis : &#171; What the Movies Taught Me About Being a Woman &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manohla Dargis, &#171; What the Movies Taught Me About Being a Woman &#187;, The New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faisant le tour des films qui l'ont form&#233;e, qu'elle a aim&#233;s, Dargis, critique de cin&#233;ma au New York Times, fait le bilan de ce que &#231;a veut dire de devenir une femme dans l'&#339;il des le&#231;ons du cin&#233;ma. S'il n'y a pas de relation causale entre l'&#233;cran et le comportement des cin&#233;philes, pr&#233;cise-t-elle, reste que le cin&#233;ma nous rentre dans le corps, que ses sch&#232;mes narratifs et visuels, ses id&#233;es et id&#233;ologies laissent sur nous leurs traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, Dargis fait la liste des le&#231;ons que le cin&#233;ma lui a apprises : on embrasse les femmes de force, elles ont besoin d'&#234;tre punies, leur r&#244;le est de mettre les hommes en valeur. Mais aussi : elles peuvent transcender les st&#233;r&#233;otypes, devenir des h&#233;ro&#239;nes, &#234;tre dangereuses et, surtout, elles peuvent dire ce qu'elles pensent. Dargis avoue avoir pris du temps avant d'accepter que les films soient des objets complexes, paradoxaux, et qu'il s'agit de poser sur eux un regard lucide &#8211; refuser d'&#234;tre complaisante, ne l'&#234;tre ni par rapport au film (et au sexisme qu'il reproduit) ni par rapport au plaisir que malgr&#233; tout on y prend. Le 30 d&#233;cembre dernier, dans un autre texte, elle poursuivait sa r&#233;flexion, s'interrogeant cette fois sur ce que &#231;a veut dire d'&#234;tre une critique de cin&#233;ma dans l'apr&#232;s #MoiAussi. Le fait n'est pas que le sexisme lui appara&#238;t plus clairement apr&#232;s Weinstein, &#233;crit-elle, mais d&#233;sormais elle refuse de passer par-dessus. Alors qu'avant elle se disait devoir accepter une certaine dose de sexisme pour pouvoir continuer &#224; aimer les films et ne pas &#234;tre en col&#232;re tout le temps, maintenant elle appelle un chat un chat et &#233;crit noir sur blanc : l'industrie du cin&#233;ma voit et traite les femmes essentiellement comme inf&#233;rieures. Ce qui fait &#233;cho aux mots de Dansereau, d&#233;non&#231;ant ce male gaze dont on n'en peut plus d'essayer de se d&#233;faire : &#171; &lt;em&gt;Ne plus jamais &#234;tre dans cette position de petite fille rabaiss&#233;e, muette &lt;/em&gt; &#187; ; &#171; &lt;em&gt; Assez d'&#234;tre dans l'&#339;il de l'autre.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vu pas vue est le film d'un regard incertain pos&#233; sur le cin&#233;ma et les le&#231;ons que trop souvent il contient. Car plus que de pornographie, c'est de cin&#233;ma qu'il est question, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale : &#171; &lt;em&gt;Tout cin&#233;ma n'est-il pas pornographique ? &lt;/em&gt; &#187;, sugg&#232;re Dansereau. D'o&#249; l'importance du geste pos&#233; par l'h&#233;ro&#239;ne, d&#233;truisant &#224; la fin les bobines de film XXX qui, &#224; elles seules, repr&#233;sentent toute l'histoire du cin&#233;ma et de la cin&#233;philie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La critique de film qu'est Dargis se trouve tiraill&#233;e entre l'amour du cin&#233;ma et le sexisme qu'il reconduit ; la cin&#233;aste qu'est Dansereau partage le m&#234;me trouble : &#171; &lt;em&gt;Une femme qui aime a toujours mal&lt;/em&gt; &#187;, dit-elle en voix off, et cette affirmation tient aussi pour le cin&#233;ma qu'on aime pendant m&#234;me qu'il nous blesse. D'o&#249; l'importance de s'indigner. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de continuer &#224; aimer le cin&#233;ma tout en pointant ce que le cin&#233;ma lui-m&#234;me ne voit pas &#8211; et les femmes en premier, celles dont la domination est perp&#233;tu&#233;e par les films qu'elles regardent et qu'elles sont appel&#233;es &#224; regarder de son point de vue &#224; lui. Refuser cette injonction. Faire au cin&#233;ma ce que le film porno (et le cin&#233;ma de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale) fait &#224; celles qu'il regarde : s'approcher, &#233;largir le plan, regarder attentivement en prenant son temps pour mettre en lumi&#232;re le sexisme au lieu de passer par-dessus. Continuer &#224; aimer le cin&#233;ma, mais l'aimer en &#233;tant f&#233;ministes, en jouant du f&#233;minisme comme les petites filles que Dansereau filme &#224; la fin de &lt;em&gt;Vu pas vue&lt;/em&gt;, en cercle sur la plage, tourn&#233;es les unes vers les autres. Et existant aussi, enfin, dans son regard &#224; elle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manohla Dargis, &#171; What the Movies Taught Me About Being a Woman &#187;, &lt;em&gt;The New York Times&lt;/em&gt;, 30 novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Blind Spot de Nicole Mason&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En guerre</title>
		<link>https://www.ababord.org/En-guerre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/En-guerre</guid>
		<dc:date>2020-06-19T21:56:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;a Fontaine</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Fontaine, L&#233;a</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Explosion de col&#232;re devant le bureau du directeur : hu&#233;es, insultes. Certains tentent m&#234;me de forcer la porte. Les 1 100 salari&#233;&#183;e&#183;s de l'entreprise viennent d'avoir la confirmation que leur usine sp&#233;cialis&#233;e dans la sous-traitance automobile fermera d&#233;finitivement sous peu. Tous se disent trahis, la direction s'&#233;tant engag&#233;e deux ans plus t&#244;t &#224; maintenir l'activit&#233; en &#233;change de la suppression de plusieurs primes et d'un passage aux 40 heures par semaine, sans augmentation de salaire. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Fontaine-Lea-+" rel="tag"&gt;Fontaine, L&#233;a&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2930.png?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;496&#034; height=&#034;626&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Explosion de col&#232;re devant le bureau du directeur : hu&#233;es, insultes. Certains tentent m&#234;me de forcer la porte. Les 1 100 salari&#233;&#183;e&#183;s de l'entreprise viennent d'avoir la confirmation que leur usine sp&#233;cialis&#233;e dans la sous-traitance automobile fermera d&#233;finitivement sous peu. Tous se disent trahis, la direction s'&#233;tant engag&#233;e deux ans plus t&#244;t &#224; maintenir l'activit&#233; en &#233;change de la suppression de plusieurs primes et d'un passage aux 40 heures par semaine, sans augmentation de salaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Une membre du comit&#233; de n&#233;gociation collective dit : &#171; [On] &lt;em&gt;a travaill&#233; 40 heures pay&#233;es 35 heures par semaine ; cela fait deux ans qu'on bosse comme des cons et voil&#224; le r&#233;sultat. &lt;/em&gt; &#187; Des salari&#233;&#183;e&#183;s qui se disent &#233;c&#339;ur&#233;&#183;e&#183;s rappellent aussi que l'entreprise, filiale d'une compagnie allemande, a r&#233;alis&#233; durant l'ann&#233;e, 17 millions d'euros de b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face &#224; eux dans la cohue, le directeur affirme qu'il y a un manque de comp&#233;titivit&#233; : &#171; &lt;em&gt;Le secteur de la sous-traitance automobile est devenu aujourd'hui fortement concurrentiel. Et le site industriel n'arrive plus &lt;/em&gt;[&#224; faire face aux] &lt;em&gt;exigences de comp&#233;titivit&#233;.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un autre membre du comit&#233; de n&#233;gociation, indign&#233;, interpelle le directeur : &#171; &lt;em&gt;Allez leur dire aux gens-l&#224;, allez leur expliquer la non-comp&#233;titivit&#233; de l'industrie.&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;Allez leur expliquer aux salari&#233;s qu'ils vont perdre leur travail parce que l'entreprise n'est pas comp&#233;titive, allez leur expliquer !&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le directeur : &#171; &lt;em&gt;Il faut bien comprendre aujourd'hui qu'il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; les salari&#233;s et de l'autre la direction, nous sommes tous dans le m&#234;me bateau, vous comprenez &#231;a ?&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La repr&#233;sentante syndicale : &#171; &lt;em&gt;On ne veut pas de votre piti&#233;, on veut juste que vous respectiez votre parole d'il y a deux ans selon laquelle vous ne garantissiez nos emplois pendant cinq ans. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le repr&#233;sentant syndical : &#171; &lt;em&gt;Je comprends une chose : lorsqu'on passe un accord avec la direction, tout va bien tant que cela vous arrange ; et quand cela ne vous arrange plus, vous ne le respectez plus. Donc qu'on conclue ou non une entente, c'est pareil. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un autre repr&#233;sentant syndical ajoute : &#171; &lt;em&gt;Chaque salari&#233; vous a offert cinq heures de travail gratuit par semaine, depuis deux ans, soit 470 heures sur deux ans, soit 4 600 euros donn&#233;s &#224; l'entreprise. Cinq millions d'euros pour l'ensemble des 1 100 salari&#233;s de l'entreprise&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Fiction/R&#233;alit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Cette sc&#232;ne est fictive, mais tellement r&#233;aliste. St&#233;phane Briz&#233;, le r&#233;alisateur du film En guerre, met en lumi&#232;re une lutte ouvri&#232;re qui passe d'un plein d'&#233;nergie, d'une motivation sans bornes &#224; d&#233;fendre les travailleuses et travailleurs, &#224; l'&#233;puisement graduel et &#224; la division du collectif. La solidarit&#233; &#233;clate sous la pression patronale. Effectivement, c'est la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En France, mais ailleurs aussi, la fermeture d'entreprises engendre des drames humains le plus souvent tus (s&#233;paration conjugale, vente de la maison familiale, d&#233;gringolade sociale, d&#233;pression).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Accul&#233;&#183;e&#183;s, les travailleuses et travailleurs peuvent manifester leur m&#233;contentement en d&#233;clenchant une gr&#232;ve. Et cette derni&#232;re peut se transformer en mouvement social de premier ordre. Le soul&#232;vement populaire que conna&#238;t actuellement la France illustre parfaitement l'&#233;c&#339;urement g&#233;n&#233;ralis&#233; d'une population &#224; l'endroit notamment de son gouvernement ou encore des dirigeants des grandes entreprises qui d&#233;localisent leur exploitation et suppriment des emplois. Les gilets jaunes fran&#231;ais incarnent le ras-le-bol d'une soci&#233;t&#233; qui n'est favorable qu'aux plus riches. Ils partagent une appartenance &#224; une classe sociale d&#233;laiss&#233;e depuis trop longtemps. La solution se trouve peut-&#234;tre dans certaines propositions &#8211; notamment celles d'Olivier Besancenot telles que la suppression de la TVA (taxe sur la valeur ajout&#233;e) sur les produits de base &#224; l'&#233;picerie, le carburant automobile, etc. Ces manifestant&#183;e&#183;s doivent &#234;tre pris tr&#232;s au s&#233;rieux. Dans &lt;em&gt;En guerre&lt;/em&gt;, l'histoire &#171; finit par finir &#187;, mais de mani&#232;re on ne peut plus tragique. Parfois la r&#233;alit&#233; d&#233;passe la fiction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le bourbier su&#233;dois du capitalisme scolaire</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-bourbier-suedois-du-capitalisme-scolaire</link>
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		<dc:date>2020-06-19T17:55:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Wilfried Cordeau</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Cordeau, Wilfried</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 1960, accusant le mod&#232;le scolaire de l'&#201;tat-providence d'&#234;tre inefficace et contre-productif, Milton Friedman appelle &#224; la d&#233;nationalisation de l'organisation scolaire. Au menu : une d&#233;r&#233;gulation favorable &#224; la &#171; libert&#233; de choix &#187; soutenue par des bons d'&#233;ducation (vouchers). La Su&#232;de s'y est employ&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1990 et s'en mord aujourd'hui les doigts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans d'autres pays occidentaux, l'&#201;tat-providence su&#233;dois fait l'objet d'importantes remises en question (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2929.png?1642092245' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;775&#034; height=&#034;727&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 1960, accusant le mod&#232;le scolaire de l'&#201;tat-providence d'&#234;tre inefficace et contre-productif, Milton Friedman appelle &#224; la d&#233;nationalisation de l'organisation scolaire. Au menu : une d&#233;r&#233;gulation favorable &#224; la &#171; libert&#233; de choix &#187; soutenue par des bons d'&#233;ducation (&lt;i&gt;vouchers&lt;/i&gt;). La Su&#232;de s'y est employ&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1990 et s'en mord aujourd'hui les doigts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme dans d'autres pays occidentaux, l'&#201;tat-providence su&#233;dois fait l'objet d'importantes remises en question dans les ann&#233;es 1980, y compris en mati&#232;re d'&#233;ducation. L'&#233;cole, dit-on, doit &#234;tre plus diversifi&#233;e, moins rigide, plus efficace. Au tournant des ann&#233;es 1990, et dans le contexte d'une crise &#233;conomique, les gouvernants troqueront le syst&#232;me centralis&#233; pour un r&#233;gime de march&#233; scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1988, une premi&#232;re r&#233;forme transfert aux 290 municipalit&#233;s plusieurs responsabilit&#233;s, dont l'organisation scolaire et la gestion des ressources humaines, tandis que m&#233;thodes p&#233;dagogiques et horaires &#233;choient aux &#233;tablissements. L'&#201;tat n'aura alors plus qu'&#224; assurer le financement des municipalit&#233;s, d&#233;finir les programmes et orientations et piloter les &#233;valuations nationales. &#192; cette d&#233;centralisation administrative s'ajoutera rapidement une autre r&#233;forme, encore plus radicale. En 1992, le gouvernement conservateur abolit la carte scolaire et introduit les bons d'&#233;ducation (&lt;em&gt;skolpeng&lt;/em&gt;). D&#233;sormais, chaque famille pourra inscrire son enfant dans l'&#233;cole de son choix, o&#249; qu'elle se trouve, et sans s&#233;lection &#8211; la seule limite &#233;tant la place disponible. L'&#233;tablissement choisi recevra le financement pr&#233;vu pour chaque inscription, qu'il soit public ou, s'il r&#233;pond &#224; certaines normes, priv&#233; &#8211; on parle alors d'une &#171; &#233;cole libre &#187; ou ind&#233;pendante (&lt;em&gt;friskola&lt;/em&gt;).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepartie de la pleine subvention gouvernementale par &#233;l&#232;ve (100 %), la &lt;em&gt;friskola&lt;/em&gt; ne peut percevoir d'autres frais de scolarit&#233;. En revanche, l'entit&#233; op&#233;rant ladite &#233;cole peut &#234;tre &#224; but non lucratif (&#233;cole alternative, &#233;cole confessionnelle, &#233;cole sp&#233;cialis&#233;e en adaptation scolaire) ou &#224; but lucratif. C'est ainsi que, rapidement, ont &#233;merg&#233; des &#233;coles primaires et secondaires priv&#233;es g&#233;n&#233;ralistes, entrant directement en concurrence avec les &#233;coles publiques et proposant des mod&#232;les d'organisation scolaire ax&#233;s sur la rationalisation des ressources, la performance et la rentabilit&#233;. De v&#233;ritables cha&#238;nes d'&#233;coles ind&#233;pendantes dominent d&#233;sormais le march&#233; su&#233;dois, op&#233;rant des dizaines de succursales. Les principales appartiennent &#224; des fonds d'investissement sp&#233;culatifs parmi les plus importants d'Europe et &#233;tendent leurs activit&#233;s sur des march&#233;s scolaires &#233;trangers. Leurs b&#233;n&#233;fices annuels se comptent en millions d'euros et leurs chiffres d'affaires en milliards. Certaines sont cot&#233;es en bourse.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la Su&#232;de compte 1 250 &lt;em&gt;friskolor&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2018, on comptait 820 &#233;coles ind&#233;pendantes au primaire-secondaire (17 % (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, concentr&#233;es dans les deux tiers des communes et op&#233;r&#233;es pour plus des deux tiers par des entreprises &#224; but lucratif. En 2018, 15 % des &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole obligatoire (7-16 ans) fr&#233;quentaient le r&#233;seau priv&#233; (contre 1 % en 1988) et 27 % au lyc&#233;e (17-19 ans). &#192; Stockholm, plus de la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves fr&#233;quenteraient une &#233;cole priv&#233;e ou ind&#233;pendante.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La chute de l'ange&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si certaines &#233;coles ind&#233;pendantes r&#233;ussissent &#224; tirer leur &#233;pingle du jeu en affichant de bonnes performances dans les tests nationaux, l'effet global de la comp&#233;tition scolaire demeure mitig&#233;, voire discutable. D'apr&#232;s plusieurs &#233;tudes, les &#233;carts de r&#233;sultats observ&#233;s entre les r&#233;seaux public et priv&#233; en fin de parcours secondaire ne seraient pas significatifs. En 2011, l'un des &lt;em&gt;think tank&lt;/em&gt;s les plus influents de Su&#232;de concluait m&#234;me &#224; l'&#233;chec des privatisations scolaires sur la qualit&#233; &#233;ducative. L'inflation des r&#233;sultats est l'une des dimensions du probl&#232;me. De fait, la concurrence aurait induit une pression &#224; gonfler les notes des &#233;l&#232;ves pour maintenir l'image de marque des &#233;tablissements priv&#233;s, d&#232;s lors surfaite. &#192; cela s'ajoute l'insuffisance de l'inspection nationale quant &#224; la qualit&#233; de ces &#233;tablissements.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait plus inqui&#233;tant encore, la d&#233;gringolade remarquable de la Su&#232;de dans les tests internationaux du Programme international pour le suivi des acquis des &#233;l&#232;ves (PISA), depuis 2009, trahit la perte g&#233;n&#233;rale de qualit&#233; de son &#233;ducation. En 2015, constatant &#171; [qu'aucun] &lt;em&gt;autre pays participant &#224; l'enqu&#234;te PISA n'enregistre un tel recul &lt;/em&gt; &#187;, l'OCDE plaidait &#171; &lt;em&gt;l'urgence d'une r&#233;forme du syst&#232;me &lt;/em&gt; &#187; scolaire su&#233;dois. Une r&#233;forme r&#233;guli&#232;rement d&#233;battue depuis le d&#233;but de la d&#233;cennie, tant sur la place publique que dans les arcanes du pouvoir, alors que rapports et comit&#233;s se succ&#232;dent, mais en vain.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives de septembre 2018, la question de cette r&#233;forme tant attendue reste enti&#232;re, mais le probl&#232;me de fond demeure : le r&#233;gime de comp&#233;tition scolaire est un v&#233;ritable fiasco social. D'une part, il favorise la s&#233;gr&#233;gation scolaire et mine l'&#233;galit&#233; des chances. D'autre part, il pousse &#224; une rationalisation abusive des op&#233;rations et plombe la qualit&#233; de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Capitalisme scolaire et s&#233;gr&#233;gation sociale&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La refragmentation du syst&#232;me scolaire su&#233;dois, &#224; la faveur d'un r&#233;gime fond&#233; sur la conqu&#234;te de client&#232;les scolaires, a g&#233;n&#233;r&#233; des d&#233;s&#233;quilibres scolaires et sociaux importants. D'abord, le mouvement des &lt;em&gt;friskolor&lt;/em&gt; s'av&#232;re davantage un ph&#233;nom&#232;ne urbain, les milieux ruraux &#233;tant nettement moins investis par les entreprises avides de profits. De m&#234;me, la d&#233;r&#233;glementation de la carte scolaire a provoqu&#233; la mise en comp&#233;tition des quartiers dans les grandes villes et accentu&#233; les disparit&#233;s au sein des tissus sociaux locaux, les parents plus fortun&#233;s d&#233;localisant leurs enfants vers les &#233;coles qu'ils estiment plus performantes. De ce fait, les &lt;em&gt;friskolor&lt;/em&gt; tendent &#224; attirer &#224; elles certains profils particuliers d'enfants et de parents, aux d&#233;pens de la mixit&#233; sociale. S'ensuit une s&#233;gr&#233;gation croissante entre des &#233;coles priv&#233;es &#224; la client&#232;le socio&#233;conomiquement plus avantag&#233;e et plus homog&#232;ne, et des &#233;coles de quartier o&#249; se concentrent des effectifs moins fortun&#233;s, issus de l'immigration ou des minorit&#233;s culturelles, ainsi que les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, autant de publics qui requi&#232;rent plus d'attention et de ressources.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant pas tenues aux m&#234;mes obligations alors qu'elles re&#231;oivent le m&#234;me financement que l'&#233;cole publique, la plupart des &#233;coles ind&#233;pendantes font du management et de la rationalisation les pierres angulaires de leur mod&#232;le d'affaires. Pour r&#233;duire leurs frais de fonctionnement et optimiser leurs ressources, elles peuvent d&#233;cloisonner leurs locaux au profit d'aires ouvertes ou les partager entre plusieurs entit&#233;s, choisir de se passer d'infrastructures scolaires sp&#233;cialis&#233;es (biblioth&#232;ques, laboratoires, infirmeries ou gymnases), accro&#238;tre le nombre d'&#233;l&#232;ves par classe, flexibiliser les conditions de travail de leur personnel (t&#226;che surcharg&#233;e, r&#233;mun&#233;ration au m&#233;rite, statut contractuel, exigences de qualification minimalistes, reddition de comptes accrue, etc.). Symbole de leur modernisme ou de leur originalit&#233;, le mod&#232;le p&#233;dagogique que certaines d'entre elles mettent de l'avant s'appuie sur une d&#233;r&#233;gulation radicale de l'organisation scolaire : m&#233;thodes d'apprentissage modulaires en ligne, infrastructures minimalistes, personnel enseignant en nombre r&#233;duit et dont la t&#226;che se limite parfois au mentorat ou &#224; l'accompagnement individualis&#233; des &#233;l&#232;ves. Mais ce mod&#232;le d'affaires ne sourit pas &#224; toutes les entreprises op&#233;rantes, qui n'ont pas toutes la m&#234;me capacit&#233; face au risque. Et toutes ne s'enrichissent pas, tant s'en faut : en 2014, &#224; peine plus de la moiti&#233; des &#233;tablissements affichaient des b&#233;n&#233;fices alors que le quart &#233;taient d&#233;ficitaires. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, le g&#233;ant JB Education, propri&#233;t&#233; d'un fonds d'investissement danois, avait subitement d&#233;clar&#233; faillite (pr&#232;s de 200 M$ de dette), entra&#238;nant la fermeture ou la vente de sa trentaine d'&#233;tablissements et laissant &#224; la rue 11 000 &#233;l&#232;ves et environ 1 600 employ&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, les al&#233;as du march&#233; ont cr&#233;&#233; d'importantes (et inqui&#233;tantes) disparit&#233;s dans l'offre, la qualit&#233; et la continuit&#233; des services &#233;ducatifs, d&#233;solidarisant compl&#232;tement le syst&#232;me scolaire de sa mission collective. C'est pourquoi plusieurs souhaiteraient faire machine arri&#232;re, rompant avec les principes de comp&#233;titivit&#233; et de rentabilit&#233; pour renouer avec ceux d'accessibilit&#233; et d'universalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute, le syst&#232;me scolaire su&#233;dois est &#224; la crois&#233;e des chemins. Malheureusement, la crise politique &#224; laquelle la Su&#232;de fait face depuis les &#233;lections de septembre 2018 ne permet pas d'entrevoir &#224; court terme la r&#233;forme attendue et n&#233;cessaire. Bien qu'une certaine gauche appelle &#224; une renationalisation du syst&#232;me, le d&#233;bat semble se situer autour d'un encadrement plus serr&#233; des &#233;coles ind&#233;pendantes, dont la majorit&#233; des contribuables s'attendent &#224; ce qu'elles ne puissent plus tirer profit de leurs imp&#244;ts. Pour s&#251;r, les r&#233;sultats du prochain PISA, cette ann&#233;e, ne manqueront pas de raviver le d&#233;bat.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2018, on comptait 820 &#233;coles ind&#233;pendantes au primaire-secondaire (17 % de cet ordre d'enseignement) et 433 au lyc&#233;e (33 %). S'y ajoutent 2 693 &#233;tablissements ind&#233;pendants au pr&#233;scolaire (28 %).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Capture d'&#233;cran issue de l'&#233;pisode 19 de la saison 6, &lt;i&gt;Lisa's Wedding&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;The Simpsons&lt;/i&gt;, diffus&#233; en 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Unit&#233; ! Solidarit&#233; ! Pour faire plier l'&#201;tat ! &#187; La lutte pour le gel des loyers (1978-1980)</title>
		<link>https://www.ababord.org/Unite-Solidarite-Pour-faire-plier-l-Etat-La-lutte-pour-le-gel-des-loyers-1978-1980</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Unite-Solidarite-Pour-faire-plier-l-Etat-La-lutte-pour-le-gel-des-loyers-1978-1980</guid>
		<dc:date>2020-06-19T17:48:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Vincent Bergeron-Gaudin</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Logement, transports et &#233;cologie urbaine</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement associatif et communautaire</dc:subject>
		<dc:subject>Bergeron-Gaudin, Jean-Vincent</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1970, des comit&#233;s logement montr&#233;alais ont men&#233; une lutte pour exiger le gel des loyers. Cette mobilisation a eu un impact majeur sur la configuration du mouvement pour le droit au logement et sur la trajectoire qu'il a poursuivie par la suite. Retour sur cet &#233;pisode relativement m&#233;connu des luttes sociales au Qu&#233;bec. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plus de cinquante ans, des dizaines d'organisations travaillent &#224; contrer le d&#233;placement des populations &#224; faible revenu des quartiers populaires, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bergeron-Gaudin-Jean-Vincent-+" rel="tag"&gt;Bergeron-Gaudin, Jean-Vincent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2928.png?1642092245' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1191&#034; height=&#034;855&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1970, des comit&#233;s logement montr&#233;alais ont men&#233; une lutte pour exiger le gel des loyers. Cette mobilisation a eu un impact majeur sur la configuration du mouvement pour le droit au logement et sur la trajectoire qu'il a poursuivie par la suite. Retour sur cet &#233;pisode relativement m&#233;connu des luttes sociales au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus de cinquante ans, des dizaines d'organisations travaillent &#224; contrer le d&#233;placement des populations &#224; faible revenu des quartiers populaires, am&#233;liorer les droits des locataires et garantir une plus grande accessibilit&#233; au logement. Les luttes en mati&#232;re de logement durant les ann&#233;es 1960 et la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1970 concernent surtout les op&#233;rations de r&#233;novation urbaine et rev&#234;tent un caract&#232;re tr&#232;s local. Dans le secteur locatif, les mobilisations sont aussi men&#233;es au cas par cas, bloc par bloc, g&#233;n&#233;ralement par des groupes de locataires menac&#233;s d'expulsion par leur propri&#233;taire. Les associations de locataires, encore naissantes &#224; l'&#233;chelle des quartiers, se consacrent alors essentiellement &#224; offrir des conseils l&#233;gaux et ne comptent pas encore de regroupement, malgr&#233; certaines tentatives en ce sens. &#192; l'&#233;t&#233; 1977, le Comit&#233; logement Saint-Louis (aujourd'hui devenu le Comit&#233; logement du Plateau Mont-Royal) et le Comit&#233; logement Centre-Sud commencent &#224; discuter de la possibilit&#233; d'organiser une campagne demandant le gel des loyers pour d&#233;passer le &#171; localisme &#187; et le &#171; l&#233;galisme &#187; et s'adresser directement &#224; l'&#201;tat.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication du gel des loyers est formul&#233;e dans un contexte &#233;conomique difficile marqu&#233; par une forte inflation. Quelques ann&#233;es plus t&#244;t, en 1975, le gouvernement lib&#233;ral de Pierre Elliot Trudeau a fait adopter le projet de loi C-73 sur les mesures de contr&#244;le des prix et des salaires. Cette loi, effective durant trois ans, entra&#238;ne un appauvrissement des classes ouvri&#232;res ; pendant que leurs salaires sont gel&#233;s, une part grandissante de leur budget est consacr&#233;e &#224; se loger, alors que les hausses de loyer atteignent en moyenne 10 % par ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Claude Thibodeau, &#171; &#201;tude comparative de la l&#233;gislation sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le f&#233;d&#233;ral a d&#233;j&#224; utilis&#233; de telles mesures anti-inflationnistes dans les ann&#233;es 1940, auxquelles il avait joint un gel des loyers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le f&#233;d&#233;ral intervient dans le contr&#244;le des loyers jusqu'en 1951, date &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour stabiliser les conditions de vie de la main-d'&#339;uvre en p&#233;riode de guerre, mais aussi pour rem&#233;dier &#224; la s&#233;v&#232;re crise du logement qui survient au retour des combattants. Un militant du Comit&#233; logement Saint-Louis, Bernard Vall&#233;e, souligne la prise en compte de ce pr&#233;c&#233;dent dans l'analyse de la conjoncture &#224; la fin des ann&#233;es 1970 : &#171; &lt;em&gt;On s'&#233;tait dit si, par n&#233;cessit&#233;, l'&#201;tat a accord&#233; un gel des loyers dans une situation exceptionnelle, &#224; nous de d&#233;montrer que la situation est exceptionnelle en ce moment avec le taux de vacance&lt;/em&gt; [tr&#232;s bas]&lt;em&gt;, les bouleversements urbains. &lt;/em&gt; &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnant lieu &#224; la cr&#233;ation du Regroupement pour le gel des loyers (RGL)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les premi&#232;res ann&#233;es du RGL, devenu le RCLAL, sont relat&#233;es plus en d&#233;tails (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la premi&#232;re campagne d&#233;di&#233;e &#224; la revendication d&#233;bute en f&#233;vrier 1978. Sept comit&#233;s logement y participent activement. Le r&#233;pertoire d'actions employ&#233;es est vari&#233; : manifestations devant la R&#233;gie des loyers, affichage, p&#233;tition, assembl&#233;es publiques, porte-&#224;-porte et ateliers. En mai, 500 personnes se d&#233;placent sous la pluie pour remettre au ministre p&#233;quiste responsable de l'habitation, Guy Tardif, une p&#233;tition de 5200 signatures. Le ministre les re&#231;oit, mais leur parle surtout du nouveau programme pour les coop&#233;ratives d'habitation. La campagne se termine en juin par une f&#234;te des locataires r&#233;unissant 300 personnes. Malgr&#233; un succ&#232;s relatif, les groupes sont satisfaits d'avoir pu briser leur isolement et d'avoir fait conna&#238;tre leur revendication.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, il est d&#233;cid&#233; que le RGL doit devenir une organisation permanente. D'autres revendications sont ajout&#233;es &#224; ses demandes, notamment des r&#233;novations sans augmentation et le refus des &#233;victions, mais le gel des loyers demeure la priorit&#233;. En plus des deux comit&#233;s fondateurs, les groupes les plus actifs durant la campagne deviennent membres, soit l'Association des locataires de Villeray, le Comit&#233; logement Rosemont, le Regroupement des locataires de Mercier et le Comit&#233; Op&#233;ration-logement Hochelaga-Maisonneuve. L'Association des locataires de Montr&#233;al-Nord et le Groupement des locataires du Qu&#233;bec m&#233;tropolitain (seul groupe en dehors de Montr&#233;al) se joignent &#233;galement &#224; la d&#233;marche dans les mois qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me campagne pour le gel des loyers est lanc&#233;e en janvier 1979 au moyen d'une conf&#233;rence de presse et d'une assembl&#233;e publique. &#192; la fin du mois, des militant&#183;e&#183;s du RGL se font expulser des bureaux de la R&#233;gie des loyers o&#249; ils manifestent, car elles et ils distribuent de l'information sur le droit au logement. En guise de riposte, une soixante de personnes se rassemble quelques semaines plus tard devant la R&#233;gie. Le projet de loi 107 du gouvernement p&#233;quiste visant &#224; instaurer la R&#233;gie du logement se retrouve au centre de cette deuxi&#232;me campagne. Tr&#232;s critique &#224; l'endroit de cette nouvelle l&#233;gislation, le RGL boycotte la commission parlementaire sur le sujet en mars et organise plusieurs manifestations. La campagne se termine en juin, encore une fois par une f&#234;te des locataires qui r&#233;unit pr&#232;s de 500 personnes. Cette seconde campagne est marqu&#233;e par des d&#233;bats persistants sur la structure du RGL. Faut-il sortir de l'esprit de coalition et cr&#233;er une organisation centralis&#233;e ou aller plus loin et mettre sur pied une v&#233;ritable organisation de masse sur le front du logement ? &#192; travers ces d&#233;bats, la revendication du gel, jug&#233;e trop limitative, est de plus en plus remise en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me campagne contre les hausses et pour le gel des loyers est organis&#233;e &#224; l'hiver 1980. La tendance observ&#233;e l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente se confirme rapidement : le travail du RGL d&#233;passe largement la seule revendication du gel, entre autres avec l'appui &#224; de nombreuses luttes locales men&#233;es par des groupes des locataires et les premi&#232;res alliances avec le milieu des habitations &#224; loyer modique (HLM). Le RGL doit aussi composer avec l'arriv&#233;e de nouvelles organisations dans le secteur du logement, dont le Front d'action populaire en r&#233;am&#233;nagement urbain (FRAPRU).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1980, le RGL est renomm&#233; le Regroupement des comit&#233;s logement et associations de locataires, le RCLAL (aujourd'hui connu sous l'acronyme de RCLALQ). Ce choix est essentiellement motiv&#233; par la volont&#233; de mieux refl&#233;ter l'&#233;tendue du travail et des revendications du regroupement qui ne se limitent plus au gel des loyers. &#192; l'hiver 1981, pour la premi&#232;re fois de son histoire, le RCLAL fait campagne sur d'autres demandes, notamment contre les premi&#232;res coupes dans le programme de construction de HLM et contre le projet de loi 107, en cherchant surtout &#224; inciter les locataires &#224; s'impliquer aupr&#232;s de leur comit&#233; logement. Dans un document pr&#233;par&#233; en vue d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale tenue &#224; l'automne 1981, on peut lire : &#171; &lt;em&gt;La revendication du gel des loyers est devenue une esp&#232;ce de fourre-tout dans lequel on ramassait p&#234;le-m&#234;le l'importance de mener des luttes, la mani&#232;re de les mener, notre analyse commune du r&#244;le de l'&#201;tat, de la conjoncture, des politiques gouvernementales, notre capacit&#233; de mobiliser, etc.&lt;/em&gt; &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication a refait surface ponctuellement dans les luttes par la suite, notamment au d&#233;but des ann&#233;es 2000, encore une fois dans un contexte de fortes hausses de loyer (environ 5 % par ann&#233;e en moyenne). &#192; la fin des ann&#233;es 1970, cette revendication aura permis aux comit&#233;s logement de se structurer &#224; l'&#233;chelle nationale autour d'une demande concr&#232;te, en ad&#233;quation avec l'analyse de classes typique de l'&#233;poque dans laquelle baignent plusieurs militant&#183;e&#183;s pour le droit au logement. Quarante ans plus tard, le regroupement issu de cette mobilisation, le RCLALQ, milite encore pour un contr&#244;le universel et obligatoire des loyers. En d&#233;cembre dernier, ce regroupement a lanc&#233; une nouvelle campagne demandant une r&#233;forme de la R&#233;gie du logement, une institution qui n'a pas connu de r&#233;elles am&#233;liorations depuis sa cr&#233;ation en 1980.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Claude Thibodeau, &#171; &#201;tude comparative de la l&#233;gislation sur le contr&#244;le des loyers au Canada entre 1950 et 2000 &#187;, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le f&#233;d&#233;ral intervient dans le contr&#244;le des loyers jusqu'en 1951, date &#224; laquelle il d&#233;l&#232;gue cette responsabilit&#233; aux provinces.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les premi&#232;res ann&#233;es du RGL, devenu le RCLAL, sont relat&#233;es plus en d&#233;tails dans &lt;em&gt;Faut-il br&#251;ler les pancartes ? Le mouvement populaire aujourd'hui&lt;/em&gt; de Jean-Fran&#231;ois Ren&#233; et Jean Panet-Raymond, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean-Vincent Bergeron-Gaudin est doctorant en science politique &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : &#171; Exigeons le gel des loyers &#187;, Comit&#233; logement St-Louis, 1978 (RCLALQ).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Quand l'art se m&#234;le de politique</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quand-l-art-se-mele-de-politique</link>
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		<dc:date>2020-06-19T17:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yannick Delbecque, Anne-Marie Le Saux, Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Le Saux, Anne-Marie</dc:subject>
		<dc:subject>Delbecque, Yannick</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le collectif de la revue &#192; B&#226;bord ! vous invite &#224; un lancement festif de son num&#233;ro 78, contenant un dossier th&#233;matique intitul&#233; : Quand l'art se m&#234;le de politique. Sous la forme d'un cabaret politico-musical, le lancement se tiendra au Quai des brumes (4481 Rue Saint-Denis, Montr&#233;al), le 4 mars &#224; partir de 17h30. Tous les d&#233;tails ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entr&#233;e libre. Bienvenue &#224; toutes et &#224; tous ! &lt;br class='autobr' /&gt; Il est bien souvent difficile de restreindre la parole des artistes, qui n'ont jamais craint d'appuyer les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Quand-l-art-se-mele-de-politique-" rel="directory"&gt;Dossier : Quand l'art se m&#234;le de politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vaillancourt-Claude-+" rel="tag"&gt;Vaillancourt, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Saux-Anne-Marie-+" rel="tag"&gt;Le Saux, Anne-Marie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Delbecque-Yannick-+" rel="tag"&gt;Delbecque, Yannick&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2682.jpg?1642092222' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;2400&#034; height=&#034;4527&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le collectif de la revue &lt;i&gt;&#192; B&#226;bord !&lt;/i&gt; vous invite &#224; un &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Lancement-du-numero-78-Cabaret-politico-musical&#034;&gt;lancement&lt;/a&gt; festif de son num&#233;ro 78, contenant un dossier th&#233;matique intitul&#233; : Quand l'art se m&#234;le de politique. Sous la forme d'un cabaret politico-musical, le lancement se tiendra au Quai des brumes (4481 Rue Saint-Denis, Montr&#233;al), le 4 mars &#224; partir de 17h30. Tous les d&#233;tails &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Lancement-du-numero-78-Cabaret-politico-musical&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233;e libre. Bienvenue &#224; toutes et &#224; tous !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est bien souvent difficile de restreindre la parole des artistes, qui n'ont jamais craint d'appuyer les r&#233;voltes populaires, d'exprimer aussi bien les aspirations que les frustrations collectives, de critiquer les puissants. Quand une dictature se met en place, c'est aux artistes qu'on s'attaque le plus souvent en premier, si leurs propos ne s'accordent pas avec celui du pouvoir politique. Dans notre d&#233;mocratie soumise &#224; la dictature des march&#233;s, de nombreux artistes refusent de se mettre au service du syst&#232;me et de fournir les &#339;uvres inoffensives et anesth&#233;siantes qu'on leur demande, parfois &#224; leurs propres risques. Si bien que les artistes n'arrivent pas &#224; &#234;tre neutres : ou ils sont complices, ou ils sont d&#233;nonciateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En concevant ce dossier, nous avons constat&#233; &#224; quel point l'art engag&#233; est bien vivant, diversifi&#233; et toujours aussi pertinent aujourd'hui. Que ce soit au cin&#233;ma, au th&#233;&#226;tre, en musique, en litt&#233;rature ou en arts visuels, de tr&#232;s nombreux artistes refusent de se plier &#224; l'ordre n&#233;olib&#233;ral, expriment leurs convictions f&#233;ministes, environnementalistes, antiracistes, anti-syst&#233;miques, avec imagination et cr&#233;ativit&#233;, en &#233;vitant de tomber dans le pi&#232;ge du moralisme ou de la culpabilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'art engag&#233; semble si dynamique et si pr&#233;sent aujourd'hui, et dans un pass&#233; r&#233;cent, qu'il ne nous a &#233;t&#233; possible, dans ce dossier, que d'en couvrir une petite partie. Il faut donc concevoir les articles r&#233;unis ici comme un instantan&#233;, un portrait sur le vif, pris d'un angle particulier qui aurait tr&#232;s bien pu &#234;tre un autre, tout en &#233;tant repr&#233;sentatifs des luttes contemporaines dans leurs particularit&#233;s et leur diversit&#233;. Si les probl&#232;mes aujourd'hui semblent exacerb&#233;s par les effets qu'ils ont sur l'avenir de la plan&#232;te &#8211; pensons aux probl&#232;mes environnementaux, migratoires et d'in&#233;galit&#233;s sociales &#8211; il demeure rassurant que de nombreux artistes se mettent au diapason des grands combats, en se servant de leur pouvoir de s&#233;duire et de fasciner pour renforcer notre volont&#233; de r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dossier coordonn&#233; par Yannick Delbecque, Anne&#8209;Marie Le Saux et Claude Vaillancourt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des contributions d'&#201;tienne Beaulieu, Anithe de Carvalho, Dominic Champagne, &#200;ve Lamoureux, Virginia P&#233;s&#233;map&#233;o Bordeleau, Brigitte Poupart et Queen Ka.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La majorit&#233; des photos qui illustre ce dossier provient de Quand l'art passe &#224; l'action (ATSA), compagnie co-fond&#233;e par les artistes Pierre Allard et Annie Roy en 1997, afin de rendre hommage &#224; Pierre Allard, qui nous a quitt&#233;s le 25 novembre 2018 et dont l'engagement artistique et citoyen a &#233;t&#233; plus qu'exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remercions chaleureusement Annie Roy de nous avoir permis d'utiliser ces images qui montrent &#224; quel point les cr&#233;ations de l'ATSA ont su combiner, avec une rare habilet&#233;, l'art et les combats pour la justice sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes particuli&#232;rement heureux et heureuses d'accueillir l'ATSA dans nos pages et lui souhaitons de belles ann&#233;es de cr&#233;ation et de militance &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : ATSA&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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