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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Justice pour toutes !</title>
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		<dc:date>2019-06-28T20:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Caroline Brodeur, Micha&#235;l Lessard, Camille Robert, Karine Rosso</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Brodeur, Caroline</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Lessard, Micha&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Rosso, Karine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; B&#226;bord ! vous invite au lancement de son 74e num&#233;ro : Justice pour toutes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Rendez-vous d&#232;s 18h le 19 avril &#224; la librairie f&#233;ministe L'Eugu&#233;lionne (1426 rue Beaudry, Montr&#233;al). Nous tiendrons une table-ronde form&#233;e d'autrices du dossier. Tous les d&#233;tails ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entr&#233;e libre, bienvenue &#224; toutes et &#224; tous ! &lt;br class='autobr' /&gt; Le droit est sexiste. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les r&#233;seaux sociaux le mettent en relief. T&#233;moignant de l'incapacit&#233; du syst&#232;me judiciaire &#224; r&#233;sorber les violences sexuelles, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brodeur-Caroline-+" rel="tag"&gt;Brodeur, Caroline&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lessard-Michael-+" rel="tag"&gt;Lessard, Micha&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rosso-Karine-+" rel="tag"&gt;Rosso, Karine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2517.jpg?1642092207' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;654&#034; height=&#034;805&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; B&#226;bord !&lt;/i&gt; vous invite au lancement de son &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Sommaire-du-no-74&#034;&gt;74e num&#233;ro&lt;/a&gt; : Justice pour toutes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendez-vous d&#232;s 18h le 19 avril &#224; la librairie f&#233;ministe L'Eugu&#233;lionne (1426 rue Beaudry, Montr&#233;al). Nous tiendrons une table-ronde form&#233;e d'autrices du &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Justice-pour-toutes&#034;&gt;dossier&lt;/a&gt;. Tous les d&#233;tails &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Lancement-et-table-ronde&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233;e libre, bienvenue &#224; toutes et &#224; tous !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le droit est sexiste. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les r&#233;seaux sociaux le mettent en relief. T&#233;moignant de l'incapacit&#233; du syst&#232;me judiciaire &#224; r&#233;sorber les violences sexuelles, les d&#233;nonciations d'agresseurs se succ&#232;dent sous les #AgressionNonD&#233;nonc&#233;e, #OnVousCroit et maintenant #MoiAussi. Les survivantes doivent alors traverser un flot de commentaires incr&#233;dules et de questions intrusives. Elles bravent l'humiliation et les violences &#224; la recherche d'une justice que le syst&#232;me judiciaire ne peut pas leur offrir. Elles savent que si, sur papier, le droit se pr&#233;tend neutre et impartial, son articulation est teint&#233;e par le sexisme. Elles ne sont pourtant que la pointe visible de toutes ces femmes oubli&#233;es ou m&#234;me rou&#233;es par le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;poque o&#249; certain&#183;e&#183;s avancent que le droit, ses institutions et son application ont enfin &#233;t&#233; nettoy&#233;s de tout sexisme et o&#249; l'actualit&#233; d&#233;ment quotidiennement cette pr&#233;tention, le collectif d'&lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; a cherch&#233; &#224; r&#233;v&#233;ler les d&#233;fis actuels que ce syst&#232;me pose aux luttes f&#233;ministes. Quelles sont les emb&#251;ches que rencontrent les femmes lorsqu'elles manient le droit et tentent d'interpeller le syst&#232;me judiciaire ? Quelles formes alternatives de justice mettent-elles en place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des articles, des entrevues et des t&#233;moignages regroupant des voix de milieux diversifi&#233;s, notre dossier invite &#224; prendre conscience de la mani&#232;re dont elles interpellent la justice et comment le droit &#8211; sous diff&#233;rentes formes &#8211; intervient dans la vie de celles-ci. Nous abordons des enjeux relatifs au consentement, &#224; l'intersectionnalit&#233; et au rapport des femmes autochtones &#224; la justice environnementale, mais aussi &#224; l'histoire du droit &#224; l'avortement, aux luttes &#233;cof&#233;ministes ainsi qu'&#224; la judiciarisation de crimes de subsistance. Nous nous int&#233;ressons &#233;galement &#224; l'impact des politiques publiques sur le ch&#244;mage et la maternit&#233;, ainsi que sur le droit familial. Enfin, il sera question de justice transformatrice et des r&#233;formes n&#233;cessaires afin de respecter les droits des personnes trans et non binaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier se veut une contribution &#224; la d&#233;mocratisation des d&#233;bats qui font rage dans les milieux universitaires, militants, communautaires et politiques. Nous esp&#233;rons qu'il constituera un premier pas pour penser la justice au-del&#224; du sexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coordonn&#233; par Caroline Brodeur, Micha&#235;l Lessard, Camille Robert et Karine Rosso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des contributions de &#201;milie Biland, Kim Bouchard, Marie-Anne Casselot, Me Sau Mei Chiu, J&#233;r&#233;mie Dhavernas, Vanessa Molina, Florence Par&#233;, Arij Riahi, Camille Robert, Jennie-Laure Sully, Ileana Tismanariu, Hawa Eve Torres, Louisa Worrell et Suzanne Zaccour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Genevi&#232;ve Darling&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ch&#244;mage et maternit&#233; : l'aberration du cong&#233; parental</title>
		<link>https://www.ababord.org/Chomage-et-maternite-l-aberration-du-conge-parental</link>
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		<dc:date>2019-06-28T19:58:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kim Bouchard, J&#233;r&#233;mie Dhavernas</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Bouchard, Kim</dc:subject>
		<dc:subject>Dhavernas, J&#233;r&#233;mie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au Mouvement Action-Ch&#244;mage (MAC) de Montr&#233;al, nous croyons que toutes les travailleuses ont droit &#224; la m&#234;me protection en mati&#232;re d'assurance-ch&#244;mage. C'est pourquoi nous avons r&#233;cemment entrepris un processus de contestation judiciaire afin que les m&#232;res aient acc&#232;s aux prestations r&#233;guli&#232;res d'assurance-ch&#244;mage si elles se retrouvent sans emploi, conform&#233;ment au droit &#224; l'&#233;galit&#233; prot&#233;g&#233; par la Charte canadienne des droits et libert&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce combat s'inscrit dans la longue histoire de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bouchard-Kim-+" rel="tag"&gt;Bouchard, Kim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Dhavernas-Jeremie-+" rel="tag"&gt;Dhavernas, J&#233;r&#233;mie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2751.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;417&#034; height=&#034;626&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Mouvement Action-Ch&#244;mage (MAC) de Montr&#233;al, nous croyons que toutes les travailleuses ont droit &#224; la m&#234;me protection en mati&#232;re d'assurance-ch&#244;mage. C'est pourquoi nous avons r&#233;cemment entrepris un processus de contestation judiciaire afin que les m&#232;res aient acc&#232;s aux prestations r&#233;guli&#232;res d'assurance-ch&#244;mage si elles se retrouvent sans emploi, conform&#233;ment au droit &#224; l'&#233;galit&#233; prot&#233;g&#233; par la Charte canadienne des droits et libert&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce combat s'inscrit dans la longue histoire de la discrimination subie par les ch&#244;meuses depuis la cr&#233;ation du programme d'assurance- ch&#244;mage canadien en 1940. En 1950, &#224; peine 20% des femmes sont actives sur le march&#233; du travail. Conform&#233;ment &#224; l'esprit de l'&#233;poque, on consid&#232;re que les femmes mari&#233;es ne peuvent se retrouver au ch&#244;mage ni m&#234;me &#234;tre en &#233;tat de travailler. Suspicieuse face aux &#233;pouses qui osent r&#233;clamer des prestations d'assurance-ch&#244;mage dans les deux ans suivant leur mariage, la Commission d'assurance-ch&#244;mage exige qu'elles remplissent des conditions suppl&#233;mentaires pour avoir droit &#224; ces prestations. Jusqu'&#224; l'abrogation de cette disposition r&#233;glementaire en 1957, entre 12000 et 14000 femmes se sont ainsi vu refuser l'acc&#232;s &#224; un remplacement de revenu d&#233;cent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bureau du Conseil priv&#233;, Rapport du Comit&#233; d'enqu&#234;te relatif &#224; la Loi sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de changements des mentalit&#233;s et d'augmentation du salariat f&#233;minin, le gouvernement Trudeau modifie en 1971 la Loi sur l'assurance-ch&#244;mage et cr&#233;e des prestations sp&#233;ciales de maternit&#233;, am&#233;liorant la protection des travailleuses. Entretenant toujours une certaine m&#233;fiance face aux ch&#244;meuses, la l&#233;gislation leur impose des exigences particuli&#232;res. Une femme d&#233;sirant avoir acc&#232;s au ch&#244;mage-maternit&#233; doit avoir accumul&#233; 20 semaines de travail dans la derni&#232;re ann&#233;e, dont 10 durant sa grossesse, comparativement aux 8 semaines exig&#233;es aux autres prestataires. Pour couronner le tout, les travailleuses sont inadmissibles au b&#233;n&#233;fice des prestations r&#233;guli&#232;res pour la p&#233;riode d&#233;butant 8 semaines avant l'accouchement et se terminant 6 semaines apr&#232;s celui-ci, m&#234;me si elles sont aptes au travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi de 1971 sur l'assurance-ch&#244;mage, S.C. 1970-71-72, ch. 48, art. 46.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; In&#233;galit&#233; de nature &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces dispositions sexistes sont contest&#233;es en 1979 devant la Cour supr&#234;me du Canada dans le cadre de l'affaire Bliss. Bien qu'elle ait accumul&#233; suffisamment de semaines de travail pour &#234;tre admissible &#224; des prestations r&#233;guli&#232;res, l'appelante, Stella Bliss, ne r&#233;pond pas au crit&#232;re plus &#233;lev&#233; donnant acc&#232;s au ch&#244;mage-maternit&#233; et plaide la discrimination fond&#233;e sur le genre. La Cour lui r&#233;pond, sous la plume du juge Ritchie, que &#171; &lt;i&gt;toute in&#233;galit&#233; entre les sexes dans ce domaine n'est pas le fait de la l&#233;gislation, mais bien de la nature&lt;/i&gt; &#187; ! Il faudra attendre 1984 pour que le l&#233;gislateur corrige la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Loi sur l'assurance-emploi, adopt&#233;e en 1996, cesse de discriminer directement les ch&#244;meuses, force est de constater qu'une m&#232;re est aujourd'hui plus souvent qu'autrement exclue du b&#233;n&#233;fice des prestations r&#233;guli&#232;res d'assurance-ch&#244;mage si elle se trouve sans emploi durant ou apr&#232;s son cong&#233; parental. Cette situation est v&#233;cue autant par les m&#232;res qu&#233;b&#233;coises qui touchent des prestations allou&#233;es par le R&#233;gime qu&#233;b&#233;cois d'assurance- parentale (RQAP) que par les m&#232;res des autres provinces touchant des prestations de ch&#244;mage-maternit&#233; et de ch&#244;mage-parental. &#201;tant donn&#233; le caract&#232;re unique du RQAP, seul r&#233;gime provincial d'assurance-parentale au Canada, et le fait que les cong&#233;s parentaux rel&#232;vent de l'assurance-ch&#244;mage dans les autres provinces, les prestations de RQAP sont assimil&#233;es &#224; des prestations d'assurance-ch&#244;mage (art 76.19 de la Loi sur l'assurance-emploi).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Iniquit&#233; pour les nouvelles m&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me qui nous int&#233;resse est le suivant : lorsque des prestations sp&#233;ciales (ch&#244;mage-maternit&#233;, ch&#244;mage-parental ou RQAP) et r&#233;guli&#232;res d'assurance-ch&#244;mage sont per&#231;ues par une m&#234;me personne au cours d'une m&#234;me p&#233;riode de prestations, le nombre de semaines de prestations qu'elle peut toucher ne peut d&#233;passer 50. Ainsi, une personne qui touche le maximum de semaines pr&#233;vues au RQAP aura atteint la limite des 50 semaines de prestations pr&#233;vues &#224; l'assurance-ch&#244;mage et ne pourra d&#232;s lors recevoir d'indemnisation si elle se trouve sans emploi &#224; la fin de son cong&#233; parental. Si cette r&#232;gle ne semble pas directement viser les femmes, la r&#233;alit&#233; est toute autre&#8230; En effet, au Qu&#233;bec, les m&#232;res prennent en moyenne 45,2 semaines de prestations du RQAP, comparativement &#224; 6,7 semaines en moyenne pour les p&#232;res. Ces derniers, advenant qu'ils se retrouvent au ch&#244;mage, seront donc pleinement admissibles &#224; l'assurance-ch&#244;mage, loin d'avoir plafonn&#233; leur maximum de 50 semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus d'accorder une protection contre le ch&#244;mage aux nouvelles m&#232;res perp&#233;tue les iniquit&#233;s v&#233;cues par les femmes sur le march&#233; du travail. Pour celles-ci, l'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique cr&#233;&#233;e par la perte d'un emploi s'ajoute aux d&#233;penses inh&#233;rentes &#224; l'arriv&#233;e d'un enfant. Dans ce contexte, l'impossibilit&#233; de toucher de l'assurance-ch&#244;mage pour une travailleuse cong&#233;di&#233;e en raison du seul fait qu'elle se soit pr&#233;value de son cong&#233; parental est une aberration. Aujourd'hui, le salaire f&#233;minin est une contribution essentielle au revenu du m&#233;nage et non plus un salaire d'appoint. Ne pas accorder l'assurance-ch&#244;mage &#224; ces femmes r&#233;sulte d'un pr&#233;jug&#233; anachronique rel&#233;guant l'apport aux revenus familiaux de ces derni&#232;res au second rang, derri&#232;re celui du &#171; bon p&#232;re de famille &#187; assumant l'enti&#232;ret&#233; des d&#233;penses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pleine &#233;galit&#233; devant la loi est un objectif qui commande &#224; l'&#201;tat de tout mettre en &#339;uvre pour que ses politiques sociales s'arriment aux r&#233;alit&#233;s du monde du travail. Des r&#233;alit&#233;s qui impliquent plus que jamais la pr&#233;sence massive des femmes sur le march&#233; du travail et les responsabilit&#233;s familiales qu'elles assument. Des r&#233;alit&#233;s qui ne sont nullement refl&#233;t&#233;es par le r&#233;gime actuel d'assurance-ch&#244;mage. En tant qu'acteur incontournable dans la lutte pour l'&#233;galit&#233; hommes-femmes, l'&#201;tat doit agir. &#192; d&#233;faut de quoi, le pouvoir judiciaire pourrait bien avoir &#224; intervenir&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bureau du Conseil priv&#233;, &lt;i&gt;Rapport du Comit&#233; d'enqu&#234;te relatif &#224; la Loi sur l'assurance-ch&#244;mage&lt;/i&gt;, Ottawa, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loi de 1971 sur l'assurance-ch&#244;mage, S.C. 1970-71-72, ch. 48, art. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les auteur.e.s sont du Mouvement Action-Ch&#244;mage de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : (CC BY-SA 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vol &#224; l'&#233;talage. La fabrique de criminelles</title>
		<link>https://www.ababord.org/Vol-a-l-etalage-La-fabrique-de-criminelles</link>
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		<dc:date>2019-06-28T19:52:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arij Riahi</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Riahi, Arij</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le taux de criminalit&#233; au Canada est en baisse constante depuis les derni&#232;res d&#233;cennies. Pourtant, les donn&#233;es de Statistique Canada indiquent une augmentation de la population carc&#233;rale f&#233;minine qui ne fl&#233;chit pas. &lt;br class='autobr' /&gt; L'Association canadienne des Soci&#233;t&#233;s Elizabeth Fry, dont le mandat est d'aider les femmes faisant notamment l'objet d'accusations criminelles ou p&#233;nales, estime que le nombre de femmes en d&#233;tention a augment&#233; de 60% entre 2003 et 2013. Elle &#233;value aussi que 80 % des femmes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Riahi-Arij-+" rel="tag"&gt;Riahi, Arij&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2750.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;837&#034; height=&#034;626&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le taux de criminalit&#233; au Canada est en baisse constante depuis les derni&#232;res d&#233;cennies. Pourtant, les donn&#233;es de Statistique Canada indiquent une augmentation de la population carc&#233;rale f&#233;minine qui ne fl&#233;chit pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Association canadienne des Soci&#233;t&#233;s Elizabeth Fry, dont le mandat est d'aider les femmes faisant notamment l'objet d'accusations criminelles ou p&#233;nales, estime que le nombre de femmes en d&#233;tention a augment&#233; de 60% entre 2003 et 2013. Elle &#233;value aussi que 80 % des femmes incarc&#233;r&#233;es au Canada purgent une peine pour un crime de nature &#233;conomique et qu'elles le sont majoritairement pour des affaires de fraude et de vol de moins de 5000$.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vol est l'infraction la plus souvent commise par les femmes, le vol &#224; l'&#233;talage &#233;tant le plus courant. Les donn&#233;es sur les taux d'accusations am&#232;nent aux m&#234;mes conclusions. Document&#233;es &#224; partir des ann&#233;es 1980, alors que le genre commen&#231;ait &#224; peine &#224; &#234;tre une donn&#233;e quantifi&#233;e par les tribunaux &#224; des fins statistiques, ces tendances continuent de se confirmer. Un rapport de 2008 de Statistique Canada indique que 66% des affaires de vol attribu&#233;es &#224; des femmes rel&#232;vent de cas de vol &#224; l'&#233;talage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment punit-on le vol &#224; l'&#233;talage ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le vol &#224; l'&#233;talage est consid&#233;r&#233; comme un v&#233;ritable fl&#233;au social par les tribunaux qu&#233;b&#233;cois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Rousson c. R., 2016 QCCS 114 (CanLII), canlii.ca/t/gn09f, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon les principes de d&#233;termination de la peine, le juge qui impose une peine &#224; une personne d&#233;clar&#233;e coupable de vol &#224; l'&#233;talage doit tenir compte des facteurs relatifs aux circonstances du crime et au profil de l'accus&#233;e. De plus, la peine doit aussi tenir compte des peines ant&#233;rieurement impos&#233;es : une personne qui r&#233;cidive en mati&#232;re de vol &#224; l'&#233;talage sera punie plus s&#233;v&#232;rement qu'une personne sans ant&#233;c&#233;dents judiciaires. Le r&#233;sultat est donc une &#233;chelle de peines assez diversifi&#233;es allant de l'absolution &#8211; qu'elle soit conditionnelle ou inconditionnelle &#8211; &#224; la d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la fr&#233;quence des crimes de nature &#233;conomique chez les femmes et pour offrir une alternative &#224; la d&#233;tention, la Soci&#233;t&#233; Elizabeth Fry du Qu&#233;bec a mis sur pied le programme Entraide vol &#224; l'&#233;talage (&#171; programme EVE &#187;) en 1988, inspir&#233; du programme &#171; Stop Shoplifting &#187; au Canada anglais. Le programme fait maintenant partie de la liste des programmes sociaux disponibles &#224; la cour municipale de Montr&#233;al. Il s'adresse aux femmes accus&#233;es &#224; Montr&#233;al de vol &#224; l'&#233;talage, mais aussi d'autres crimes &#233;conomiques comme la fraude par carte de cr&#233;dit, la falsification de ch&#232;que et le vol de biens ou d'argent d'un employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accus&#233;e qui s'inscrit au programme EVE doit plaider coupable &#224; l'infraction, reconna&#238;tre les faits tels qu'ils lui sont reproch&#233;s et se pr&#233;senter &#224; toutes les s&#233;ances de groupe et rendez- vous de suivi avec l'intervenante. &#192; la fin du programme, l'accus&#233;e se pr&#233;sentera devant le ou la juge appel&#233;&#183;e &#224; prononcer la peine. Cette peine restera, conform&#233;ment aux principes de droits actuels, individualis&#233;e. Voyons deux exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, une femme de 32 ans, alors m&#232;re de famille monoparentale, plaide coupable &#224; une accusation de vol de v&#234;tements d'une valeur de 191$&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. c. Reyes Vela, 2012 QCCM 282 (CanLII), canlii.ca/t/fvkvr, consult&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle compl&#232;te avec succ&#232;s le programme EVE et demande au tribunal une absolution. Or, Madame a d&#233;j&#224; un casier judiciaire pour un vol en 2005 et elle ne s'est jamais pr&#233;value d'une demande de suspension de casier afin que l'inscription ne soit plus publique. Le tribunal reconna&#238;t qu'elle s'est prise en main, qu'elle a compl&#233;t&#233; une formation pour &#234;tre peintre industrielle, mais souligne qu'elle n'a pas fait la preuve qu'une nouvelle condamnation lui entra&#238;nerait des cons&#233;quences n&#233;gatives concr&#232;tes sur le plan professionnel. Elle vit apr&#232;s tout avec une condamnation depuis plusieurs ann&#233;es. L'absolution est refus&#233;e et l'accus&#233;e se voit imposer une amende de 100$, ce qui constituera une seconde inscription &#224; son casier judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, une femme plaide coupable &#224; une accusation de vol de 1120$ au bar o&#249; elle travaillait comme serveuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. c. Legault-Lapointe, 2006 QCCM 238 (CanLII), canlii.ca/t/1t78k, consult&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#194;g&#233;e de 19 ans au moment des &#233;v&#233;nements, elle avoue son crime rapidement et explique avoir agi ainsi afin de pouvoir payer son loyer. Elle compl&#232;te avec succ&#232;s le programme EVE et cherche &#224; recommencer des &#233;tudes pour &#234;tre technicienne dans le milieu de la sant&#233;. Elle est sans ant&#233;c&#233;dents judiciaires et enceinte au moment du prononc&#233; de la peine. Le tribunal lui accorde une absolution conditionnelle &#224; 30 heures de travaux communautaires et une probation d'une ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui sont ces femmes criminalis&#233;es ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier rapport annuel de la Soci&#233;t&#233; Elizabeth Fry du Qu&#233;bec chiffre &#224; 660 le nombre de dossiers ouverts par le programme EVE durant l'ann&#233;e 2016-2017. Les participantes sont &#226;g&#233;es de 18 &#224; 80 ans. Pr&#232;s des deux tiers sont sans emploi (65%) ou vivent seules (68%). Le rapport note aussi que celles qui travaillent ont un emploi pr&#233;caire et insuffisant pour r&#233;pondre &#224; toutes leurs obligations financi&#232;res. Le rapport souligne en outre une &#171; &lt;i&gt;recrudescence de vols &#224; l'&#233;talage en raison de la pr&#233;carit&#233; sociale et financi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Soci&#233;t&#233; indique que, d'une ann&#233;e &#224; l'autre, 68% des femmes participantes sont membres d'une &#171; &lt;i&gt;minorit&#233; ethnique&lt;/i&gt; &#187;. Nous n'avons toutefois pas trouv&#233; de ventilation des donn&#233;es entre les personnes autochtones, racis&#233;es et immigrantes. Nous n'avons pas pu non plus obtenir des donn&#233;es concernant l'identit&#233; de genre et l'accessibilit&#233; du programme, le cas &#233;ch&#233;ant, aux personnes trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe peu de donn&#233;es d&#233;mographiques ou de rapports statistiques permettant de dresser un portrait d&#233;taill&#233; du traitement des communaut&#233;s marginalis&#233;es au sein du syst&#232;me de justice p&#233;nale. Diff&#233;rentes institutions gouvernementales ou de la soci&#233;t&#233; civile se relaient pour recenser certaines donn&#233;es dans le cadre de leur mandat, mais il n'existe pas de strat&#233;gie nationale pour obtenir des donn&#233;es globales et coh&#233;rentes sur le sujet. Les donn&#233;es publiques par rapport aux femmes et aux crimes &#233;conomiques &#233;manent majoritairement des recherches et compilations des Soci&#233;t&#233;s Elizabeth Fry au pays ou des services correctionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, il est difficile d'approfondir l'analyse, m&#234;me si certains constats sont r&#233;currents. Par exemple, nous savons que les communaut&#233;s autochtones sont surrepr&#233;sent&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des murs des prisons et nous savons que les femmes autochtones connaissent la plus forte croissance carc&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Myl&#232;ne Taccoud, &#171; Prisons et discriminations. Le cas des autochtones &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, il ne semble pas y avoir de donn&#233;es publiques quant aux taux d'accusations des femmes autochtones &#224; travers le pays. Qui les judiciarise, dans quels districts et pour quelles infractions exactement ? Il semble aussi exister tr&#232;s peu de litt&#233;rature sur les femmes racis&#233;es et les crimes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un programme &#224; am&#233;liorer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que le programme EVE entra&#238;ne des r&#233;sultats positifs. Un rapport d'&#233;valuation du programme en 2015 note que les r&#233;cidivistes qui compl&#232;tent le programme EVE, soit celles ayant un historique de crimes &#233;conomiques, re&#231;oivent &#171; &lt;i&gt;significativement moins de sentences d'emprisonnement&lt;/i&gt; &#187; que celles qui ne le compl&#232;tent pas. Pour les premi&#232;res contrevenantes qui terminent le programme &#171; &lt;i&gt;l'acquittement, le retrait et les absolutions sont les sentences les plus utilis&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. En raison du manque de financement, le programme n'est toutefois disponible qu'&#224; la cour municipale de Montr&#233;al. Les femmes accus&#233;es de vol &#224; l'&#233;talage ou d'un autre crime &#233;conomique dans une autre juridiction au Qu&#233;bec ne peuvent s'en pr&#233;valoir. Notons aussi que les femmes accus&#233;es &#224; la cour municipale de Montr&#233;al, mais ne comprenant ni l'anglais ni le fran&#231;ais, ne peuvent pas int&#233;grer le programme EVE puisqu'il n'est offert que dans ces deux langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, il appara&#238;t n&#233;cessaire de d&#233;velopper des donn&#233;es fiables et pr&#233;cises &#224; l'&#233;chelle nationale, provinciale et m&#234;me municipale sur les profils socio&#233;conomiques des femmes accus&#233;es d'un crime &#233;conomique. Si la pr&#233;misse est que les femmes criminalis&#233;es sont majoritairement issues d'un contexte social de marginalit&#233; &#8211; notamment par la pauvret&#233; ou la racisation &#8211; alors la r&#233;ponse sociale &#224; cette criminalisation doit en tenir compte. En d'autres termes, si la criminalit&#233; de ces femmes est ancr&#233;e dans leurs r&#233;alit&#233;s, alors nos solutions de rechange &#224; la judiciarisation ou &#224; l'emprisonnement devraient aussi s'y amarrer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Rousson c. R., 2016 QCCS 114 (CanLII), canlii.ca/t/gn09f, paragraphe 26 ; R. c. Lapointe, 2012 QCCM 84 (CanLII), &lt;a href=&#034;http://www.canlii.ca/t/fr1wh&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.canlii.ca/t/fr1wh&lt;/a&gt;, paragraphe 29 ; R. c. Forget, 2011 QCCM 304 (CanLII), canlii.ca/t/fp1k4, paragraphe 39 ; R. c. Bernier, 2006 QCCM 104 (CanLII).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. c. Reyes Vela, 2012 QCCM 282 (CanLII), canlii.ca/t/fvkvr, consult&#233; le 2018-02-02&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. c. Legault-Lapointe, 2006 QCCM 238 (CanLII), canlii.ca/t/1t78k, consult&#233; le 2018-02-02&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Myl&#232;ne Taccoud, &#171; Prisons et discriminations. Le cas des autochtones &#187;, &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, n&#176; 68, f&#233;vrier-mars 2017. NDLR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'autrice est avocate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : John27rg (CC BY-NC 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;alit&#233;s transf&#233;minines et violences carc&#233;rales</title>
		<link>https://www.ababord.org/Realites-transfeminines-et-violences-carcerales</link>
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		<dc:date>2019-06-28T19:45:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Florence Par&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Diversit&#233; sexuelle et de genre</dc:subject>
		<dc:subject>Par&#233;, Florence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Service correctionnel du Canada a r&#233;cemment annonc&#233; une nouvelle politique de placement pour les d&#233;tenu&#183;e&#183;s transgenres. En vertu de celle-ci, les personnes trans pourront g&#233;n&#233;ralement choisir d'&#234;tre plac&#233;es dans un p&#233;nitencier f&#233;d&#233;ral correspondant &#224; leur identit&#233; de genre. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce changement a &#233;t&#233; bien re&#231;u par les communaut&#233;s trans. L'ancienne politique obligeait les personnes trans &#224; &#234;tre plac&#233;es en fonction de leurs organes g&#233;nitaux. Or, cette politique &#233;tait particuli&#232;rement nocive (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Diversite-sexuelle-+" rel="tag"&gt;Diversit&#233; sexuelle et de genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pare-Florence-+" rel="tag"&gt;Par&#233;, Florence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2749.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;939&#034; height=&#034;627&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Service correctionnel du Canada a r&#233;cemment annonc&#233; une nouvelle politique de placement pour les d&#233;tenu&#183;e&#183;s transgenres. En vertu de celle-ci, les personnes trans pourront g&#233;n&#233;ralement choisir d'&#234;tre plac&#233;es dans un p&#233;nitencier f&#233;d&#233;ral correspondant &#224; leur identit&#233; de genre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce changement a &#233;t&#233; bien re&#231;u par les communaut&#233;s trans. L'ancienne politique obligeait les personnes trans &#224; &#234;tre plac&#233;es en fonction de leurs organes g&#233;nitaux. Or, cette politique &#233;tait particuli&#232;rement nocive pour les femmes trans qui se voyaient disproportionnellement plac&#233;es dans des prisons pour hommes. Seulement 12 % des femmes trans ont d&#233;j&#224; eu une vaginoplastie, selon des donn&#233;es de grande &#233;chelle provenant des &#201;tats-Unis, et entre 12 et 34 % n'ont pas l'intention de recourir &#224; cette op&#233;ration. Le placement selon les organes g&#233;nitaux for&#231;ait donc la quasi-totalit&#233; des personnes trans &#224; &#234;tre incarc&#233;r&#233;es dans les mauvais p&#233;nitenciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche similaire est appliqu&#233;e dans les prisons provinciales d'Ontario depuis 2016, &#224; la suite d'une entente &#224; l'amiable avec Avery Edison, une femme trans dont l'incarc&#233;ration en prison pour hommes avait &#233;t&#233; grandement m&#233;diatis&#233;e. La Colombie-Britannique a aussi embo&#238;t&#233; le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, toutefois, aucune politique provinciale &#233;quivalente n'existe. C'est l'analyse au &#171; cas par cas &#187; qui est appliqu&#233;e. Or, cette approche ne fait que renforcer le pouvoir discr&#233;tionnaire des employ&#233;&#183;e&#183;s du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; publique qui, tr&#232;s souvent, ne connaissent pas bien les r&#233;alit&#233;s trans. Le placement au &#171; cas par cas &#187; n'est pas consid&#233;r&#233; meilleur que celui bas&#233; sur les organes g&#233;nitaux. Cette approche est d'autant plus risqu&#233;e pour les personnes trans immigrantes qu'elles ne peuvent changer leur nom ou marqueur de naissance sans avoir la citoyennet&#233; canadienne &#8211; une situation unique au pays. Les documents officiels se voient souvent accorder un poids consid&#233;rable par les personnes qui sont peu sensibilis&#233;es aux r&#233;alit&#233;s trans.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Violences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les prisons pour hommes, les femmes trans sont en proie au harc&#232;lement, &#224; la discrimination et &#224; la violence. Plusieurs affirment craindre r&#233;guli&#232;rement pour leur vie, comme le rapporte Bianca, une d&#233;tenue &#233;tats-unienne, dans un rapport sur l'incarc&#233;ration des femmes trans dans les prisons pour hommes de New York : &#171; &lt;i&gt;Ma vie est constamment menac&#233;e. Je veux seulement sortir d'ici vivante&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Silviera Rivera Projet, &#171; &#8220;It's war in here&#8221; : A Report on the Treatment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Elle rapporte avoir &#233;t&#233; viol&#233;e et battue &#224; maintes reprises, notamment par des gardes. La r&#233;currence du harc&#232;lement et de la discrimination est aussi tr&#232;s difficile &#224; vivre au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tention protectrice des femmes trans &#8211; s&#233;par&#233;es du reste des d&#233;tenu&#183;e&#183;s &#8211; ne garantit pas l'absence de violence par ailleurs. Une protection suffisante vient souvent au prix de l'isolement, alors que l'isolement administratif (le &#171; trou &#187;) a &#233;t&#233; r&#233;cemment jug&#233; inconstitutionnel par la Cour supr&#234;me de la Colombie-Britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche au &#171; cas par cas &#187;, dans la mesure o&#249; les femmes trans risquent d'&#234;tre d&#233;tenues dans une prison pour hommes, semble non seulement discriminatoire, mais les expose &#233;galement &#224; un niveau de violence bien sup&#233;rieur &#224; celui v&#233;cu par les d&#233;tenus cisgenres (qui ne sont pas trans). J'irais m&#234;me jusqu'&#224; sugg&#233;rer qu'il y a l&#224; contravention au droit constitutionnel &#224; la protection contre les sanctions cruelles et inusit&#233;es, ce que semblent avoir compris les gouvernements ontarien et britanno-colombien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inad&#233;quation entre la politique qu&#233;b&#233;coise et f&#233;d&#233;rale a l'effet absurde de favoriser les peines de deux ans ou plus. Une femme trans pourrait pr&#233;f&#233;rer se faire condamner &#224; deux ans de prison plut&#244;t qu'&#224; un an, puisque les peines de deux ans ou plus tombent sous l'&#233;gide du Service correctionnel du Canada.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et moi, je vais o&#249; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'une des lacunes flagrantes de la politique f&#233;d&#233;rale est qu'elle passe sous silence la situation des personnes non binaires, dont l'identit&#233; de genre n'est ni homme ni femme. L'identit&#233; de genre d&#233;termine l'opportunit&#233; de placement, mais les p&#233;nitenciers sont soit pour hommes, soit pour femmes. Puisque les personnes non binaires n'ont pas une identit&#233; de genre structurellement reconnue par notre syst&#232;me carc&#233;ral, la politique actuelle ne donne aucune r&#233;ponse claire &#224; la question : o&#249; vais-je si je suis incarc&#233;r&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnes sugg&#233;reraient probablement que le lieu o&#249; devrait &#234;tre incarc&#233;r&#233;e une personne non binaire se fasse sur la base de ses organes g&#233;nitaux, les personnes non binaires n'&#233;tant pas &#171; suffisamment &#187; diff&#233;rentes de leur genre assign&#233; sur la base de leurs organes g&#233;nitaux pour m&#233;riter un classement sur la base de l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette position peut sembler plausible pour une personne ignorant les r&#233;alit&#233;s non binaires, elle s'effrite rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons mon exemple : je suis une personne non binaire. Si on me demande mon genre, je ne r&#233;ponds pas &#171; homme &#187; ou &#171; femme &#187;&#8230; sauf si je souhaite qu'on me laisse tranquille. Quand je suis n&#233;e, le docteur s'est probablement &#233;cri&#233; : &#171; C'est un gar&#231;on ! &#187; Mais bof, il ne m'avait pas demand&#233; mon opinion. On pourrait penser que je suis g&#233;n&#233;ralement per&#231;ue comme un homme cisgenre. &#199;a serait &#224; tort. Au contraire, vous l'avez peut-&#234;tre devin&#233; si vous avez lu mon nom en dessous du titre, je suis g&#233;n&#233;ralement per&#231;ue comme une femme cisgenre. Lorsque je dis &#234;tre trans, on assume g&#233;n&#233;ralement que je suis une femme trans, apr&#232;s deux-trois allusions &#224; comment ils ne l'auraient &#171; &lt;i&gt;jamais devin&#233;&lt;/i&gt; &#187; et comment je suis &#171; &lt;i&gt;tellement belle&lt;/i&gt; &#187;. Or, les personnes non binaires sont &#233;galement trans, le terme &#171; trans &#187; se r&#233;f&#233;rant &#224; toute personne ayant une identit&#233; de genre autre que celle qui lui fut assign&#233;e &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie de tous les jours, je vis la m&#234;me misogynie et transmisogynie que les femmes cis et trans vivent. Pourquoi, alors, ne pas me laisser choisir un p&#233;nitencier pour femmes ? Je ne serais pas moins &#224; risque dans un p&#233;nitencier pour hommes. Je ne serais pas moins &#224; risque, non plus, si on pr&#233;sumait que je suis une femme trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inclusion des personnes non binaires est un d&#233;fi de taille pour nos institutions gouvernementales qui, encore aujourd'hui, se basent sur une vision binaire du genre. Ce l'est aussi pour nos communaut&#233;s f&#233;ministes qui, elles aussi, ont souvent des espaces et des missions uniquement accessibles aux femmes. Puisque les personnes non binaires vivent souvent de la misogynie et de la transmisogynie, en plus d'&#234;tre opprim&#233;es sur la base de leur genre, il est crucial de repenser l'acc&#232;s aux espaces sexosp&#233;cifiques ainsi qu'&#224; leur raison d'&#234;tre. On se doit d'avoir des espaces permettant de prendre une pause de la misogynie et de la transmisogynie, d'obtenir du soutien adapt&#233; &#224; nos besoins et pouvant servir de terreau fertile o&#249; faire germer une conscience f&#233;ministe radicale bas&#233;e sur la r&#233;sistance et la solidarit&#233;. Il ne faut toutefois pas reproduire ces m&#234;mes motifs d'exclusion des personnes bas&#233;es sur le genre. Les personnes non- binaires n'ont pas d'espace, alors qu'on pourrait le partager.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plus que des r&#233;formes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les prisons sont d'une extr&#234;me violence pour les personnes transf&#233;minines. La nouvelle politique f&#233;d&#233;rale apaise un peu cette violence. Une politique provinciale et une extension des politiques visant &#224; aider les personnes non binaires seraient &#233;galement de mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tention en immigration, monstruosit&#233; imp&#233;rialiste, continue de placer les personnes transf&#233;minines avec les hommes. Cette d&#233;tention peut &#234;tre ind&#233;finie, et ce, m&#234;me si aucun crime n'a &#233;t&#233; commis et prouv&#233;. Toute r&#233;forme devra aussi porter sur cette forme d'emprisonnement qui, &#233;pouvantablement, n'a pas encore &#233;t&#233; jug&#233;e inconstitutionnelle : &lt;i&gt;the roots of racism run deep&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut toutefois pas croire que des r&#233;formes suffiront. Aucune r&#233;forme, aucune politique ne pourra r&#233;soudre les deux questions qui sont au c&#339;ur du probl&#232;me de l'incarc&#233;ration des personnes trans, soit la sur-incarc&#233;ration des personnes trans et la violence inh&#233;rente au syst&#232;me carc&#233;ral. En pensant au probl&#232;me, il faut donc se demander quels sont les facteurs sociaux qui expliquent cette sur-incarc&#233;ration et comment nous pouvons repenser un monde sans prisons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet Alexandra Bahary et Genevi&#232;ve Lucas, &#171; Pourquoi abolir les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; la premi&#232;re question, une piste de r&#233;ponse se trouve dans la pauvret&#233;, la discrimination et le harc&#232;lement policier que vivent les personnes trans. Beaucoup de femmes trans, surtout racis&#233;es, sont en prison pour avoir r&#233;sist&#233; &#224; une arrestation abusive ou encore parce qu'elles sont travailleuses du sexe, par exemple. Pour ce qui est de la deuxi&#232;me question &#8211; la violence inh&#233;rente &#224; la prison &#8211; je ne propose aucune r&#233;ponse autre que celle-ci : poser la question, c'est d&#233;j&#224; faire un pas de plus vers une r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;The Silviera Rivera Projet, &#171; &#8220;It's war in here&#8221; : A Report on the Treatment of Transgender and Intersex People in New York State Men's Prisons &#187;, 2007. Disponible &lt;a href='https://www.ababord.org/srlp.org/files/warinhere.pdf'&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet Alexandra Bahary et Genevi&#232;ve Lucas, &#171; Pourquoi abolir les prisons ? &#187;, &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, no 68, f&#233;vrier-mars 2017. Disponible &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Pourquoi-abolir-les-prisons&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Florence Par&#233; est juriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : x1klima (CC BY-ND 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entrevue avec Suzy Basile</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entrevue-avec-Suzy-Basile</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Entrevue-avec-Suzy-Basile</guid>
		<dc:date>2019-06-28T19:36:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Suzy Basile, Camille Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Basile, Suzy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Suzy Basile est professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes autochtones de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Abitibi-T&#233;miscamingue. Elle a consacr&#233; sa th&#232;se &#224; l'identification du r&#244;le des femmes atikamekw, leur place dans la gouvernance locale, leurs perceptions de l'&#233;tat du territoire et leurs pr&#233;occupations par rapport aux connaissances qui s'y rattachent. Cette recherche a mis en lumi&#232;re l'importance d'assurer une place aux femmes dans les m&#233;canismes de prise de d&#233;cision afin que leurs savoirs contribuent au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ecologie-et-environnement-+" rel="tag"&gt;Ecologie et environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Camille-+" rel="tag"&gt;Robert, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Basile-Suzy-+" rel="tag"&gt;Basile, Suzy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2748.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;717&#034; height=&#034;715&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suzy Basile est professeure &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes autochtones de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Abitibi-T&#233;miscamingue. Elle a consacr&#233; sa th&#232;se &#224; l'identification du r&#244;le des femmes atikamekw, leur place dans la gouvernance locale, leurs perceptions de l'&#233;tat du territoire et leurs pr&#233;occupations par rapport aux connaissances qui s'y rattachent. Cette recherche a mis en lumi&#232;re l'importance d'assurer une place aux femmes dans les m&#233;canismes de prise de d&#233;cision afin que leurs savoirs contribuent au maintien et au renforcement du lien profond entre la nation atikamekw et le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Camille Robert.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; : Tout d'abord, est-ce que vous pourriez nous expliquer pourquoi vous vous &#234;tes int&#233;ress&#233;e &#224; ce sujet en particulier ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suzy Basile :&lt;/strong&gt; J'ai travaill&#233; longtemps dans ce milieu. Dans une ancienne vie, j'ai &#233;t&#233; &#224; la direction de l'Institut du d&#233;veloppement durable des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec et du Labrador. C'est l&#224; o&#249; j'ai vraiment pris le pouls des enjeux environnementaux chez l'ensemble des Premiers Peuples au Qu&#233;bec. Je participais et j'organisais plusieurs r&#233;unions, colloques, formations, consultations... et je constatais qu'il y avait toujours tr&#232;s peu de femmes. J'ai &#233;galement cumul&#233; plusieurs engagements avec l'association Femmes autochtones du Qu&#233;bec : j'ai &#233;t&#233; vice-pr&#233;sidente et repr&#233;sentante des femmes en milieu urbain, j'ai particip&#233; avec elles &#224; diff&#233;rents projets et campagnes qu'elles ont mises en place. &#192; la suite de ces exp&#233;riences, je savais que les femmes autochtones avaient beaucoup &#224; dire sur les sujets environnementaux et que, malheureusement, on les entendait tr&#232;s peu. En tout cas, pas assez, &#224; mon avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Les femmes autochtones ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es des sph&#232;res de d&#233;cision &#224; travers la colonisation. Quelles en ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. : &lt;/strong&gt; D'abord, on a tent&#233; de les effacer de toutes les sph&#232;res o&#249; elles pouvaient avoir un contr&#244;le ou un r&#244;le pr&#233;dominant &#224; jouer. &#199;a a &#233;t&#233; l'un des buts avou&#233;s tant des politiques coloniales que de l'&#201;glise, &#224; l'&#233;poque. On a voulu rel&#233;guer les femmes dans la sph&#232;re domestique pour mettre l'ensemble du pouvoir entre les mains des hommes. C'&#233;tait une politique bien pens&#233;e pour &#231;a : on voulait s'assurer que les femmes qui d&#233;rangeaient l'establishment religieux et colonial soient mises &#224; l'&#233;cart pour ne pas jouer le r&#244;le qu'elles jouaient avant, c'est-&#224;-dire une participation aux prises de d&#233;cisions et &#224; tous les aspects de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des exemples concrets est qu'elles n'avaient pas, jusqu'en 1951, le droit de participer aux assembl&#233;es publiques de leur communaut&#233;, de se pr&#233;senter aux &#233;lections et encore moins de voter. Pour nous, 1951, c'est encore tr&#232;s r&#233;cent, &#231;a fait seulement deux g&#233;n&#233;rations. &#199;a a encore des cons&#233;quences importantes chez les femmes autochtones qui ont pu s'impliquer tr&#232;s progressivement en politique. Quelques-unes sont devenues conseill&#232;res, d'autres sont devenues cheffes. Aujourd'hui, on parle d'environ une personne sur six, parmi les leaders, qui est une femme. Il y a encore du chemin &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Loi sur les Indiens, toute femme autochtone qui mariait une personne non autochtone se voyait exclue de sa communaut&#233;, ainsi que ses enfants. On faisait exactement l'inverse avec les femmes non autochtones qui mariaient des Autochtones, donc on a voulu vider les communaut&#233;s de leurs femmes pour les remplacer par des femmes blanches. Consid&#233;rant que la langue, que la culture et tout le reste passaient par elles, il y a eu une tentative de &#171; blanchisation &#187; et une assimilation par l'arriv&#233;e de femmes blanches en nombre important. &#199;a n'a pas fonctionn&#233;, mais &#231;a a quand m&#234;me eu des incidences assez importantes. Les femmes et leurs enfants ont retrouv&#233; leur statut apr&#232;s 1985 quand la loi a &#233;t&#233; chang&#233;e, mais &#231;a ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il y en a encore qui rencontrent des obstacles pour revenir dans leur communaut&#233;. Physiquement, tu peux y retourner, mais pour avoir un travail, pour avoir un logement puis t'y installer, c'est une tout autre chose. Donc &#231;a a encore des cons&#233;quences tr&#232;s r&#233;elles aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment se manifestent les conflits entre le &#171; droit des entreprises &#187; (mini&#232;res, foresti&#232;res, etc.) et le rapport au territoire des communaut&#233;s autochtones ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. : &lt;/strong&gt; Peu d'industries comprennent ce qu'est le lien privil&#233;gi&#233; entre les peuples autochtones et leurs territoires respectifs. Clairement, on n'a pas le m&#234;me lien. Pour certains, &#231;a peut &#234;tre une source de revenu et de richesse potentielle, tandis que pour d'autres, c'est un milieu de vie d'o&#249; ils tirent leurs origines, et non quelque chose &#224; exploiter &#224; tout prix. Je ne dis pas que les Autochtones ne participent pas &#224; l'exploitation des ressources naturelles, mais dans la vision et dans la mani&#232;re de voir et de traiter son environnement, c'est un tout autre rapport que ce que les industries peuvent proposer. Plus largement, &#224; travers le monde, on peut observer qu'il existe cette m&#234;me tendance &#224; la contamination et &#224; la destruction des territoires traditionnels autochtones, c'est un d&#233;nominateur commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de tout &#231;a sont assez graves. On parle de perte d'acc&#232;s au territoire et aux ressources... et pas uniquement aux ressources comme le bois ou les min&#233;raux, mais aux plantes m&#233;dicinales, &#224; la faune, aux milieux de vie et de ressourcement. L'univers des plantes m&#233;dicinales et de leurs traitements est principalement li&#233; aux femmes. Selon leurs t&#233;moignages, il y a d&#233;j&#224; quelques bonnes mesures pour conserver certaines plantes, mais les sources d'eau potable sur les territoires sont maintenant contamin&#233;es. On ne peut pas faire de m&#233;decine avec une eau qui est contamin&#233;e. Il faut toujours rester vigilants pour tenir compte de l'ensemble des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelle a &#233;t&#233; la place des femmes atikamekw dans les prises de d&#233;cisions et dans l'organisation de la communaut&#233; face &#224; ces tensions entre entreprises et environnement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. :&lt;/strong&gt; C'est un des constats de ma recherche. Les femmes atikamekw n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; impliqu&#233;es ou consult&#233;es dans ces d&#233;cisions. Quelques-unes sont en politique aujourd'hui, mais est-ce qu'on prend la peine de mettre en place un syst&#232;me de consultation sp&#233;cifique pour les femmes et leurs enjeux ? Je ne l'ai pas encore vu. C'est d'ailleurs l'une des revendications de ma th&#232;se. Je sais que les femmes atikamekw sont en train de prendre ces r&#233;sultats et de se les approprier pour mieux d&#233;fendre leurs propres revendications &#224; elles et avoir une meilleure place dans ces instances d&#233;cisionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment penser des liens entre territoire, communaut&#233;s autochtones et justice, comprise dans son sens large ? Quelles sont les pistes que vous proposez concernant la question des femmes autochtones et la gouvernance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. B. :&lt;/strong&gt; D'abord, &#233;couter les peuples autochtones quand ils vous parlent... et ne pas attendre qu'il y ait des blocages, qui sont des solutions de dernier recours. Quand on en vient &#224; ces mobilisations, c'est qu'on est venus &#224; bout de tous les autres moyens. Il ne faut pas non plus g&#233;n&#233;raliser les dossiers ou les enjeux &#224; l'ensemble des peuples autochtones. Ce que vivent les Inuits est compl&#232;tement diff&#233;rent de ce que vivent les Atikamekw, de ce que vivent les Mohawks&#8230; Je constate souvent cette tendance &#224; dire que c'est pareil partout. Non seulement c'est une voix de plus &#224; entendre, mais il y a plusieurs voix l&#224;-dedans. Je porte une attention plus particuli&#232;re &#224; celles des femmes parce que je m'y int&#233;resse, mais si tout le monde pouvait faire pareil, &#231;a apporterait des changements importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de justice, il faut rechercher une &#233;quit&#233; et une prise en consid&#233;ration de tous les genres. Dans les recherches qui ont &#233;t&#233; faites dans le pass&#233;, on n'interrogeait que les hommes et on affirmait ensuite que c'&#233;tait comme &#231;a pour tel peuple. Il faut donc prendre la peine de mener des consultations sp&#233;cifiques avec les femmes non pas pour les traiter &#224; part, mais pour ne pas les oublier et les traiter comme on traiterait un groupe d'hommes sur des questions aussi cruciales que le d&#233;veloppement territorial par exemple. Je ne pense pas qu'on puisse parler de gouvernance sans franchir cette &#233;tape pr&#233;alable : &#233;coutez-les et vous verrez !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Suzy Basile, 2016 (Genevi&#232;ve Lagrois).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enraciner la justice sociale dans l'&#233;cof&#233;minisme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Enraciner-la-justice-sociale-dans-l-ecofeminisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Enraciner-la-justice-sociale-dans-l-ecofeminisme</guid>
		<dc:date>2019-06-28T19:31:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Anne Casselot</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Casselot, Marie-Anne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme englobe plusieurs luttes pour la justice sociale, car il lie ensemble des enjeux de justice environnementale avec des enjeux d'&#233;galit&#233; entre les genres. Les perspectives &#233;cof&#233;ministes, qu'elles soient locales ou globales, ont comme pr&#233;misse l'ins&#233;parabilit&#233; de la justice sociale avec la justice environnementale. Dans les Am&#233;riques, les luttes des femmes paysannes et des femmes autochtones sont embl&#233;matiques d'un mouvement et d'une pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe active et dynamique. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ecologie-et-environnement-+" rel="tag"&gt;Ecologie et environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Casselot-Marie-Anne-+" rel="tag"&gt;Casselot, Marie-Anne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2747.png?1642092229' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;876&#034; height=&#034;790&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme englobe plusieurs luttes pour la justice sociale, car il lie ensemble des enjeux de justice environnementale avec des enjeux d'&#233;galit&#233; entre les genres. Les perspectives &#233;cof&#233;ministes, qu'elles soient locales ou globales, ont comme pr&#233;misse l'ins&#233;parabilit&#233; de la justice sociale avec la justice environnementale. Dans les Am&#233;riques, les luttes des femmes paysannes et des femmes autochtones sont embl&#233;matiques d'un mouvement et d'une pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe active et dynamique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme part de la reconnaissance de l'existence des liens structurels entre l'exploitation des femmes et l'exploitation de la nature. Or, cette pens&#233;e politique n'est pas unidimensionnelle : &#224; l'image des f&#233;minismes contemporains, il serait plus avis&#233; de dire &#171; les &#233;cof&#233;minismes &#187; pour souligner leur multiplicit&#233;. De plus, certaines femmes ne s'identifient pas comme &#233;cof&#233;ministes malgr&#233; le fait que leurs r&#233;flexions et leurs actions &#233;cologistes comportent des aspects f&#233;ministes. Mises &#224; part ces questions s&#233;mantiques, mentionnons que le d&#233;nominateur commun des &#233;cof&#233;minismes est le &lt;i&gt;souci pour le soin du vivant dans son ensemble&lt;/i&gt;. Les &#233;cof&#233;ministes souhaitent de bonnes conditions de vie pour tous les &#234;tres vivants, et ce, en cherchant &#224; prendre soin de l'environnement et des &#234;tres qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Luttes environnementales et sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, &#171; [&lt;i&gt;f]&#233;miniser l'&#233;cologie, c'est ainsi revenir &#224; la racine commune de l'&#233;cologie et de l'&#233;conomie, l'&lt;/i&gt;o&#239;kos &lt;i&gt;grec, la maison&lt;/i&gt; &#187;, explique la philosophe Catherine Larr&#232;re. Ce rapprochement &#233;tymologique r&#233;v&#232;le une prise de conscience globale envers l'am&#233;lioration des conditions de vie des &#234;tres vivants en plus d'&#234;tre une invitation &#224; prendre collectivement soin de la Terre comme demeure plan&#233;taire. Selon Larr&#232;re, l'&#233;cof&#233;minisme met en lumi&#232;re la double d&#233;pendance des soci&#233;t&#233;s humaines vis-&#224;-vis la nature et les femmes. &#201;conomiquement, nos activit&#233;s productives d&#233;pendent de plusieurs processus naturels. Dans le m&#234;me sens, nous d&#233;pendons du travail domestique des femmes, un travail souvent invisible, qui soutient et maintient la production du capital. Ainsi, penser &lt;i&gt;f&#233;ministement&lt;/i&gt; l'environnement c'est aussi r&#233;fl&#233;chir au social, puisqu'il est toujours d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233; dans des &#233;cosyst&#232;mes. Il faut d&#233;noncer les in&#233;galit&#233;s sociales provoqu&#233;es par les changements climatiques : les effets de la crise environnementale seront disproportionnellement plus graves pour les populations hautement marginalis&#233;es et les personnes qui, au sein de ces populations, prennent soin des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cof&#233;minismes ont historiquement des liens militants avec les luttes pacifistes de d&#233;militarisation nucl&#233;aire, pensons &#224; Greenham Commons en Grande-Bretagne ou encore &#224; ces femmes qui, apr&#232;s la catastrophe de Three Mile Island aux &#201;tats-Unis, composaient la grande majorit&#233; des opposant&#183;e&#183;s au d&#233;veloppement nucl&#233;aire. De plus, certaines &#233;cof&#233;ministes ont milit&#233; dans les milieux &#233;cologistes et politiques nord-am&#233;ricains &#8211; tels l'Institut d'&#233;cologie sociale du Vermont ou le R&#233;seau qu&#233;b&#233;cois des groupes &#233;cologistes &#8211;, affirmant que ce sont les in&#233;galit&#233;s entre les &#234;tres humains qui ont caus&#233; la crise environnementale. En effet, selon l'&#233;cologie sociale, c'est l'exploitation entre les humain&#183;e&#183;s qui a men&#233; &#224; une exploitation excessive et capitaliste des &#233;cosyst&#232;mes. En retour, la p&#233;nurie de &#171; ressources naturelles &#187; a engendr&#233; une multitude d'in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales en plus d'un d&#233;balancement dangereux des conditions climatiques mondiales. Aussi, soulignons que les r&#233;flexions anti-imp&#233;rialistes et anticolonialistes sont partie prenante de la pens&#233;e de certaines &#233;cof&#233;ministes. Par exemple, Maria Mies et Vandana Shiva ont d&#233;nonc&#233;, dans leur livre &lt;i&gt;Ecofeminism&lt;/i&gt; (Zed Books, 1993), &#171; &lt;i&gt;la rupture et la dissection du vivant&lt;/i&gt; &#187; effectu&#233;es par le &#171; &lt;i&gt;patriarcat capitaliste et sa science guerri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Dans le &#171; &lt;i&gt;nouvel ordre alimentaire mondialis&#233;&lt;/i&gt; &#187;, les femmes se retrouvent sans acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233;, elles sont d&#233;poss&#233;d&#233;es de leurs moyens de subsistance et se retrouvent coup&#233;es de leurs traditions et savoirs ancestraux. Incidemment, plusieurs militantes &#233;cologistes sud-am&#233;ricaines sont assassin&#233;es &#8211; pensons &#224; Berta Caceres &#8211; en raison de leur d&#233;fense de leur territoire contre des projets imp&#233;rialistes de d&#233;veloppement minier ou p&#233;trolier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sistances autochtones et paysannes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au Canada, les femmes autochtones incorporent souvent les perspectives &#233;cologistes et f&#233;ministes dans leurs revendications, sans toutefois utiliser l'&#233;tiquette &#171; &#233;cof&#233;ministe &#187;. Peu importe l'auto- identification ou le rejet du terme : l'important est de mettre de l'avant les multiples luttes des femmes en environnement afin d'enraciner nos solidarit&#233;s dans les enjeux cruciaux de notre &#233;poque. En Colombie-Britannique, les femmes de la nation Secwepemc se battent contre le pipeline Kinder Morgan et les logements temporaires majoritairement masculins que ce projet de d&#233;veloppement p&#233;trolier engendrera. Pourquoi rattacherait-on ces luttes contre le d&#233;veloppement p&#233;trolier (ou minier) avec les &#233;cof&#233;minismes ? Premi&#232;rement, parce que ces projets exploiteurs passent sur des territoires autochtones non c&#233;d&#233;s, mais aussi parce qu'ils entra&#238;nent des cons&#233;quences sociales sur la vie des communaut&#233;s. On pense notamment &#224; l'augmentation des violences sexuelles, &#224; l'inflation des loyers, au d&#233;veloppement de services temporaires pour les travailleurs majoritairement masculins sans les implanter &#224; long terme, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;claration contre Kinder Morgan, les femmes Secwepemc proclament : &#171; &lt;i&gt;Nous, les femmes Secwepemc, d&#233;clarons que nous ne consentons pas ! Nous ne consentons pas &#224; la profanation de nos territoires sacr&#233;s ; nous ne consentons pas &#224; la transgression de nos corps sacr&#233;s !&lt;/i&gt; &#187; Il y a un lien fondamental entre la profanation des territoires ancestraux et des corps f&#233;minins ; le langage du consentement y est utilis&#233; dans les deux cas. Que ce soit contre le Plan Nord, le Dakota Access Pipeline ou encore le projet Kinder Morgan, les femmes autochtones se mobilisent, non seulement pour revendiquer leurs territoires ancestraux, mais aussi pour exiger le respect de leur int&#233;grit&#233; physique, psychologique et &#233;motionnelle qui leur est trop souvent ni&#233;e. Bien souvent, elles d&#233;noncent l'augmentation des violences sexuelles tout autant que l'inflation des prix des logements dans leurs communaut&#233;s lorsque des projets de d&#233;veloppement de &#171; ressources naturelles &#187; ont lieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/png/345234.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH169/345234-191cf.png?1729036790' width='500' height='169' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Via Campesina (voir encadr&#233;) illustre aussi comment les revendications des f&#233;ministes paysannes sont de l'ordre de la justice sociale puisqu'elles s'int&#232;grent aux luttes en faveur de la souverainet&#233; alimentaire et de l'agriculture paysanne. Au sein de ce mouvement, on retrouve une mobilisation f&#233;ministe &#171; populaire et paysanne &#187; mettant de l'avant la d&#233;fense des droits des femmes comme un &#233;l&#233;ment fondamental pour l'avancement des droits paysans. Cela passe par une meilleure repr&#233;sentation des femmes dans les prises de d&#233;cisions agricoles ou encore par l'acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; pour favoriser une agriculture de subsistance. Les paysannes s'occupent majoritairement des terres agricoles pour les besoins de leur famille et l'exc&#233;dent est vendu dans les communaut&#233;s locales. Or, l'acc&#232;s in&#233;gal aux terres fait en sorte que si elles se retrouvent d&#233;poss&#233;d&#233;es de leur lieu de subsistance, elles ne peuvent pas garantir la survie de leur famille. Selon ces militantes f&#233;ministes paysannes, le soin qu'elles portent &#171; &lt;i&gt;&#224; la terre, aux semences et aux &#233;cosyst&#232;mes&lt;/i&gt; &#187; est intrins&#232;quement li&#233; aux combats qu'elles m&#232;nent contre le capitalisme, le sexisme et le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cof&#233;minismes sont donc incontournables pour comprendre &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; les questions de justice sociale et de droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/png/352345.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH112/352345-605dc.png?1729036790' width='500' height='112' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'autrice est doctorante en philosophie &#224; l'Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : R&#233;mi Leroux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>T&#233;moignages. Femmes racis&#233;es devant la justice</title>
		<link>https://www.ababord.org/Temoignages-Femmes-racisees-devant-la-justice</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Temoignages-Femmes-racisees-devant-la-justice</guid>
		<dc:date>2019-06-28T19:23:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sau Mei Chiu, Jennie-Laure Sully, Hawa Eve Torres</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Torres, Hawa Eve</dc:subject>
		<dc:subject>Sully, Jennie-Laure</dc:subject>
		<dc:subject>Chiu, Sau Mei</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sur le concept d'intersectionnalit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jennie-Laure Sully, chercheuse &#224; l'IRIS et organisatrice communautaire &#224; la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle &lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que f&#233;ministe, intervenante, militante et chercheuse, j'ai eu recours au concept d'intersectionnalit&#233; pour mieux comprendre certaines situations. Il faut savoir qu'avant m&#234;me que le mot ne soit r&#233;pandu, l'essentiel du concept avait &#233;t&#233; formul&#233; par la Combahee River Collective en 1977 : &#171; Nous pensons que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Immigration-refuge-et-racisme-+" rel="tag"&gt;Immigration, refuge et racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Torres-Hawa-Eve-+" rel="tag"&gt;Torres, Hawa Eve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sully-Jennie-Laure-+" rel="tag"&gt;Sully, Jennie-Laure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Chiu-Sau-Mei-+" rel="tag"&gt;Chiu, Sau Mei&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2746.png?1642092228' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;290&#034; height=&#034;625&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le concept d'intersectionnalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jennie-Laure Sully, chercheuse &#224; l'IRIS et organisatrice communautaire &#224; la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que f&#233;ministe, intervenante, militante et chercheuse, j'ai eu recours au concept d'intersectionnalit&#233; pour mieux comprendre certaines situations. Il faut savoir qu'avant m&#234;me que le mot ne soit r&#233;pandu, l'essentiel du concept avait &#233;t&#233; formul&#233; par la Combahee River Collective en 1977 : &#171; &lt;i&gt;Nous pensons que la politique sexuelle, sous le patriarcat, joue un r&#244;le aussi omnipr&#233;sent dans la vie des femmes noires que les politiques de classe et de race. Il nous est souvent aussi difficile de s&#233;parer la race de la classe et le sexe de l'oppression parce que dans nos vies nous en faisons plus fr&#233;quemment l'exp&#233;rience simultan&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ces temps-ci, il y a beaucoup d'incompr&#233;hension au sujet de l'intersectionnalit&#233;, car le mot est souvent utilis&#233; &#224; tort et &#224; travers. L'intersectionnalit&#233; est simplement une m&#233;thode descriptive, comme les statistiques. On peut les utiliser pour d&#233;crire la r&#233;alit&#233;. Or, comme &#231;a ne ferait aucun sens de dire &#171; &lt;i&gt;mon f&#233;minisme est statistique&lt;/i&gt; &#187;, &#231;a ne fait pas de sens de dire &#171; &lt;i&gt;mon f&#233;minisme est intersectionnel&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La juriste Kimberly Crenshaw nous donne comme exemple le cas d'un employeur aux &#201;tats-Unis qui refusait d'embaucher des femmes noires. En examinant les pratiques de l'employeur, un juge pouvait conclure qu'il n'y avait ni discrimination raciale ni sexisme puisque des hommes noirs et des femmes blanches &#233;taient engag&#233;&#183;e&#183;s. Pour Crenshaw, l'analyse intersectionnelle visait &#224; d&#233;montrer au juge qu'il existe des situations o&#249; racisme et sexisme sont v&#233;cus de fa&#231;on simultan&#233;e par une m&#234;me personne, c'est-&#224;-dire la femme noire qui portait plainte &#224; la fois pour discrimination raciale et sexisme. L'approche intersectionnelle permet donc de rendre visibles les r&#233;alit&#233;s occult&#233;es des femmes marginalis&#233;es. Par exemple, l'exploitation et la violence sexuelle font partie de ces r&#233;alit&#233;s dont la police semble ne pas tenir compte quand il s'agit de faire d&#233;porter une femme sans statut. L'intersectionnalit&#233; est importante pour d&#233;crire des situations complexes et, surtout, pour identifier la mani&#232;re dont les rapports de pouvoir ou de domination s'imbriquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la recherche que mon coll&#232;gue Francis Fortier et moi avons men&#233;e sur le sous-financement des maisons d'h&#233;bergement pour femmes victimes de violence conjugale, nous avons pu constater que les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui r&#233;duisent le filet de s&#233;curit&#233; sociale affectent particuli&#232;rement les personnes les plus vuln&#233;rables puisqu'il n'y a pas de ressources pour aider les personnes se trouvant &#224; l'intersection de diff&#233;rentes oppressions. Concr&#232;tement, les politiques publiques ne tiennent pas compte du fait qu'une femme immigrante a besoin de services et de conseils qui peuvent ne pas &#234;tre les m&#234;mes que pour les femmes n&#233;es ici. L'approche intersectionnelle permet de d&#233;crire tout cela, mais pour changer les choses, cela prend de la mobilisation sociale, de l'organisation et de la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur les actes haineux &#224; l'encontre des femmes musulmanes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hawa Eve Torres, chercheuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai choisi de partager des t&#233;moignages re&#231;us lors d'une recherche dirig&#233;e par la chercheuse Houda Asal sur les actes haineux en lien avec l'ethnicit&#233;, la religion ou la couleur de peau, un peu partout au Qu&#233;bec. Les femmes racis&#233;es subissent un double fardeau devant la justice lorsqu'elles se font agresser verbalement, physiquement ou sexuellement. Non seulement subissent-elles des violences, des agressions et se demandent si c'est leur faute, parce qu'elles portent le foulard, mais elles font &#233;galement face &#224; de nombreux obstacles lorsqu'elles d&#233;cident de porter plainte. Les d&#233;marches sont plus laborieuses et on leur demande de reconsid&#233;rer ou de retirer leur plainte. Le racisme syst&#233;mique, c'est &#231;a. C'est lorsqu'une femme qui porte le foulard se fait insulter, cracher dessus ou menacer de mort dans la rue vient pour d&#233;poser sa plainte et qu'on refuse ensuite de la recevoir ou qu'on lui dit que sa plainte ne servira &#224; rien et que la police essaie de la dissuader. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'on nous reproche beaucoup en tant que femme musulmane : &#171; &lt;i&gt;Arr&#234;tez de jouer les victimes !&lt;/i&gt; &#187; Paradoxalement, dans ces cas-l&#224;, t'es vraiment une victime, tu veux reprendre le contr&#244;le, puis on ne te consid&#232;re pas, finalement. On la retrouve beaucoup chez les femmes autochtones, cette difficult&#233; &#224; d&#233;poser une plainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement la peur que la d&#233;marche se retourne contre toi. Quand t'es racis&#233;e, t'as pas le droit &#224; l'erreur : peut-&#234;tre que t'as &#233;t&#233; b&#234;te, peut-&#234;tre que t'as r&#233;pondu lorsqu'on t'a pouss&#233;e. R&#233;sultat : il n'y a pas de statistiques repr&#233;sentatives sur ces agressions quotidiennes qui sont, au bout du compte, non reconnues et invisibilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de r&#233;el lien de confiance envers les institutions comme la police et le syst&#232;me de justice. En tant que femme portant le foulard, je constate que personne au sein du corps de police ou des responsables du syst&#232;me de &#171; justice &#187; ne porte de signe religieux, mais on ne peut pas plus leur faire confiance. L'apparence de neutralit&#233; sugg&#233;r&#233;e pour les personnes en autorit&#233; par le rapport Bouchard-Taylor me semble bien ironique ici. En taisant nos t&#233;moignages, en refusant nos plaintes, ils sont en fait loin d'&#234;tre neutres. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que ces probl&#233;matiques sont ancr&#233;es dans nos institutions. Et c'est &#224; ce niveau que la Consultation sur le racisme syst&#233;mique prenait tout son sens. L'objectif n'&#233;tait pas de pointer la population du doigt ; il s'agissait plut&#244;t de faire la lumi&#232;re sur les probl&#232;mes existants et de les reconna&#238;tre pour ensuite les r&#233;gler. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que, lorsque le gouvernement a chang&#233; l'objectif de la consultation pour se concentrer sur des enjeux purement &#233;conomiques, il a du m&#234;me coup ni&#233; le droit &#224; la s&#233;curit&#233; et ni&#233; son r&#244;le dans la prise en charge des injustices v&#233;cues par les communaut&#233;s racis&#233;es et, particuli&#232;rement, par les femmes de ces groupes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'exp&#233;rience devant la justice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Me Sau Mei Chiu, avocate en droit familial, Ouellet Nadon et associ&#233;.es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je profite de cette tribune pour parler de certains obstacles auxquels font face certaines de mes clientes lorsqu'elles sont confront&#233;es au syst&#232;me de justice. Je repr&#233;sente des femmes qui vivent &#224; l'intersection des discriminations. Bien s&#251;r, je parle de genre, de &#171; race &#187; et de langue, mais aussi de classe et de statut migratoire. Notre syst&#232;me de justice n'est pas adapt&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; complexe de mes clientes : outre les normes et la r&#233;glementation qui s'av&#232;rent probl&#233;matiques, l'acc&#232;s m&#234;me au syst&#232;me et &#224; un&#183;e avocat&#183;e repr&#233;sente un d&#233;fi. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, pour obtenir un mandat d'aide juridique, la langue et le revenu constituent un obstacle constant. Apr&#232;s une s&#233;ance de m&#233;diation qui &#233;choue, une cliente, compl&#232;tement d&#233;truite, reste dans mon bureau. Victime de violence domestique, il est clair que la conciliation n'arrivera pas &#224; bout de la domination que son mari souhaite exercer sur elle : il ne lui laissera rien. Nous devrons aller en Cour pour obtenir un r&#232;glement acceptable. Sans emploi ni revenu, mais avec une maison &#224; Montr&#233;al, elle n'est pas admissible &#224; l'aide juridique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe une solution avec une demande en provision pour frais, o&#249; on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa situation, en instance de divorce, hors de tout ce qu'elle a connu jusqu'alors, elle ne poursuivra peut-&#234;tre pas les d&#233;marches et sera plus encline &#224; accepter un r&#232;glement injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un mandat est accord&#233;, le prochain d&#233;fi pour la mise en &#339;uvre des droits de mes clientes r&#233;side dans la recherche d'expert&#183;e&#183;s abordables et sensibles &#224; leur r&#233;alit&#233; culturelle. Je vous lance le d&#233;fi de trouver une expertise psychologique en cantonais. La raret&#233; du service force souvent mes clientes &#224; payer les frais d'interpr&#233;tation. De son c&#244;t&#233;, l'aide juridique se ferme les yeux quant au ph&#233;nom&#232;ne des expert&#183;e&#183;s qui chargent plus ou les cas o&#249; les clientes ont &#224; payer la diff&#233;rence entre ce que l'aide juridique pr&#233;voit comme forfait et ce que l'expert&#183;e demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la nature de ma pratique, je dois parfois refuser des mandats d'aide juridique pour des femmes racis&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur de Montr&#233;al. Trop de frais me reviennent : frais de transport, frais de production et autres frais administratifs, d'huissiers, par exemple. Quand tu acceptes les mandats d'aide juridique, tu comprends donc que tu risques de travailler en partie pro bono ou de d&#233;bourser de ta poche pour repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des probl&#232;mes d'acc&#232;s &#224; l'ar&#232;ne juridique, nous nous heurtons &#233;galement &#224; un droit one size fits all au niveau du droit substantif. Je ne donne qu'un exemple parce qu'il y en aurait beaucoup : la situation des femmes migrantes lorsqu'arrive la s&#233;paration et qu'elles ne sont pas mari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire &#201;ric c. Lola a r&#233;cemment fait l'apologie de la volont&#233; contractuelle et de la sp&#233;cificit&#233; qu&#233;b&#233;coise du ph&#233;nom&#232;ne des conjoints de fait. Concr&#232;tement, selon le droit actuel, choisir d'&#234;tre conjointe de fait, c'est sciemment renoncer au r&#233;gime de partage du patrimoine familial advenant une s&#233;paration. Il est courant pour les femmes immigrantes que je repr&#233;sente de se retrouver sans le sou apr&#232;s avoir donn&#233; des ann&#233;es de leur vie &#224; l'entreprise familiale, &#224; celle de leur partenaire &#8211; ce dernier ayant toujours refus&#233; de se marier. L'omission intentionnelle d'accorder aux conjointes de fait de la protection du droit familial d&#233;montre l'angle mort du volet l&#233;gislatif aux r&#233;alit&#233;s des femmes racis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes racis&#233;es et migrantes ont des besoins particuliers ; nous faisons face &#224; des enjeux sp&#233;cifiques. Si le syst&#232;me est difficile d'acc&#232;s pour tout le monde, il l'est encore plus pour les gens de couleur, les invisibilis&#233;&#183;e&#183;s, les discrimin&#233;&#183;e&#183;s. Le Barreau doit se pencher sur l'enti&#232;ret&#233; du processus juridique : sur l'admissibilit&#233; et la repr&#233;sentation autant que sur la r&#233;glementation. Nous avons cruellement besoin de repenser l'acc&#232;s &#224; la justice des personnes racis&#233;es, particuli&#232;rement celle des femmes. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe une solution avec une demande en provision pour frais, o&#249; on ordonne &#224; l'autre partie de d&#233;bourser les frais d'avocats, mais une telle ordonnance est rare.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avortement en Am&#233;rique latine : exc&#232;s d'objections de conscience</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-avortement-en-Amerique-latine-exces-d-objections-de-conscience</link>
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		<dc:date>2019-06-28T19:11:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vanessa Molina</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Molina, Vanessa</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, l'avortement est g&#233;n&#233;ralement ill&#233;gal ou autoris&#233; uniquement pour sauver la vie de la m&#232;re. C'est une situation qui ne trouve son pendant qu'au Moyen-Orient et en Afrique, exception faite de la Tunisie. Ces derni&#232;res ann&#233;es, quelques pays latino-am&#233;ricains ont gagn&#233; de chaude lutte sa d&#233;criminalisation partielle. N&#233;anmoins, la multiplication des recours &#224; &#171; l'objection de conscience &#187; de la part du personnel soignant tend &#224; limiter l'acc&#232;s aux interruptions de grossesse. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Justice-pour-toutes-" rel="directory"&gt;Dossier : Justice pour toutes !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Molina-Vanessa-+" rel="tag"&gt;Molina, Vanessa&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, l'avortement est g&#233;n&#233;ralement ill&#233;gal ou autoris&#233; uniquement pour sauver la vie de la m&#232;re. C'est une situation qui ne trouve son pendant qu'au Moyen-Orient et en Afrique, exception faite de la Tunisie. Ces derni&#232;res ann&#233;es, quelques pays latino-am&#233;ricains ont gagn&#233; de chaude lutte sa d&#233;criminalisation partielle. N&#233;anmoins, la multiplication des recours &#224; &#171; l'objection de conscience &#187; de la part du personnel soignant tend &#224; limiter l'acc&#232;s aux interruptions de grossesse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Carolina, 32 ans, est m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste &#224; Bogot&#225;. Depuis quelque temps, elle angoisse. Son travail &#224; l'h&#244;pital l'inqui&#232;te. Se sentant seule et mal inform&#233;e, elle &#233;crit un message sur le site Internet d'Unidos por la vida (Unis pour la vie) : &#171; &lt;i&gt;Avec les nouvelles lois, vais-je pouvoir continuer &#224; faire valoir mon objection de conscience &#224; la r&#233;alisation d'avortements ?&lt;/i&gt; &#187; Si certaines femmes ont le &#171; &lt;i&gt;droit de d&#233;cider&lt;/i&gt; &#187;, a-t-elle le droit, elle, de &#171; &lt;i&gt;respecter ses valeurs les plus profondes&lt;/i&gt; &#187; ? Bien s&#251;r ! L'objection de conscience rel&#232;ve d'un droit fondamental inscrit &#224; m&#234;me la Constitution, lui r&#233;pond Unidos por la vida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve cette sc&#232;ne plus d'une fois sur des sites Internet d'associations &#339;uvrant contre la d&#233;criminalisation de l'avortement. &#192; travers cet &#171; &#233;change &#187; entre une citoyenne inqui&#232;te et quelqu'un qui lui r&#233;pond, &#224; grand renfort d'amendements &#224; la loi et de jugements rendus en appel, se dessine dans mon esprit la possibilit&#233; d'un conflit fort &#233;pineux. D'un c&#244;t&#233;, il y a le droit &#224; l'avortement (ou plus pr&#233;cis&#233;ment le droit de ne pas aller en prison pour un arr&#234;t volontaire de grossesse en cas de viol, danger pour la vie de la m&#232;re ou malformation grave du f&#339;tus &#8211; les seuls cas accept&#233;s en Colombie et au Chili, par exemple). De l'autre c&#244;t&#233;, il y a le droit au respect des croyances (notamment religieuses), le droit de rester coh&#233;rent avec soi-m&#234;me sur le plan des valeurs. Ce message de Carolina est repr&#233;sentatif de la confrontation possible entre deux droits fondamentaux : celui de la femme enceinte &#224; avorter (li&#233; &#224; l'&#233;galit&#233;, au droit &#224; la vie, &#224; la sant&#233;, &#224; l'int&#233;grit&#233; et &#224; l'autod&#233;termination) et celui de la femme m&#233;decin refusant, en son nom propre, de participer &#224; un avortement qui, selon elle, non seulement lui fait commettre un crime moral, mais de surcro&#238;t viole le serment d'Hippocrate qu'elle a pr&#234;t&#233; (&#171; tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour le bien de tes patients &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_552 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/png/2341234-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH369/2341234-2-a87a6.png?1729024016' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aper&#231;u des l&#233;gislations sur l'avortement dans les Am&#233;riques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un recours douteux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En posant quelques questions, la sc&#232;ne se corse toutefois davantage et montre l'&#233;pineux probl&#232;me social et politique qu'elle pose, allant bien au-del&#224; du conflit potentiel entre deux droits fondamentaux individuels. Dans les pays latino-am&#233;ricains ayant depuis peu d&#233;criminalis&#233; en partie l'avortement, l'objection de conscience est pratiqu&#233;e massivement. En 2014 et 2016, deux s&#233;minaires r&#233;gionaux de discussion ont &#233;t&#233; organis&#233;s par une quinzaine d'associations f&#233;ministes et de sant&#233; publique, dont Cat&#243;licas por el derecho a decidir (Catholiques pour le droit de choisir). Le ph&#233;nom&#232;ne fait en sorte que, dans les pays o&#249; les l&#233;gislations ont chang&#233;, des r&#233;gions g&#233;ographiques enti&#232;res s'extraient des nouvelles lois. Les services d'interruption de grossesse l&#233;gale demeurent inexistants sur des kilom&#232;tres &#224; la ronde et les avortements clandestins continuent d'&#234;tre la premi&#232;re cause de morts maternelles, surtout au sein des populations les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans les faits, c'est le plan B des opposants quand ils ont perdu la l&#233;gislation comme telle&lt;/i&gt; &#187;, me dit au t&#233;l&#233;phone Monica Roa, consultante en strat&#233;gie de d&#233;fense des droits humains et avocate ayant men&#233; la lutte de la d&#233;criminalisation de l'avortement en Colombie. &#171; &lt;i&gt;Et c'est d&#233;licat, car l'objection de conscience, habituellement individuelle, est un argument typiquement lib&#233;ral, pluraliste, que nous, les groupes de d&#233;fense des droits humains, avons beaucoup utilis&#233; par le pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187; &#192; lire les rapports des s&#233;minaires de discussion et &#224; entendre Roa, il se produit actuellement une transformation historique dans la mani&#232;re de recourir &#224; l'objection de conscience. Ce principe de droit visait initialement &#224; prot&#233;ger le refus d'un individu de s'enr&#244;ler pour une guerre qu'il consid&#233;rait comme injuste. Il a par la suite &#233;t&#233; mobilis&#233; dans divers contextes pour prot&#233;ger les diff&#233;rences culturelles et religieuses de minorit&#233;s. Or, en empruntant les mots de Bernard Dickens, juriste et &#233;thicien canadien, il tend &#224; changer de nature lorsqu'on l'utilise non pas comme &#171; bouclier &#187; des droits fondamentaux, mais comme &#171; &#233;p&#233;e &#187; pour fragiliser la loi. Une &#233;p&#233;e effil&#233;e contre des lois fragiles. &#171; &lt;i&gt;Le plus pr&#233;occupant,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Monica Roa, &lt;i&gt;c'est l'objection de conscience dite institutionnelle&lt;/i&gt; [lorsqu'un h&#244;pital entier refuse d'offrir des services en pr&#233;textant l'objection de conscience, &#224; titre de personne morale]. &lt;i&gt;En Colombie, cela a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; anticonstitutionnel et alors est apparue l'objection dite collective. En bref, des formulaires &#233;taient distribu&#233;s &#224; grande &#233;chelle dans les h&#244;pitaux pour amasser des objections individuelles&#8230; Cette autre strat&#233;gie a aussi &#233;t&#233; prohib&#233;e en Colombie, mais au Chili, par exemple, ce n'est pas encore clair.&lt;/i&gt; &#187; Les objections de conscience institutionnelles et collectives inversent la logique des choses : non seulement elles limitent absurdement l'acc&#232;s des femmes &#224; l'avortement d&#233;p&#233;nalis&#233;, mais elles menacent dans les faits la libert&#233; de conscience individuelle du personnel de sant&#233; publique qui est en faveur de la d&#233;criminalisation et qui est pr&#234;t &#224; l'implanter r&#233;ellement. Le droit se mord-il alors la queue ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Revenir &#224; l'esprit des lois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment discerner le fameux &#171; esprit de la loi &#187; et les pratiques qui le d&#233;naturent ? Comment concr&#233;tiser les nouvelles lois en mati&#232;re d'avortement tout en pr&#233;servant vraiment le droit &#224; la libert&#233; de pens&#233;e ? &#171; &lt;i&gt;Il faut agir sur plusieurs fronts &#224; la fois !&lt;/i&gt; &#187;, s'exclame Monica Roa. D'abord, clarifier que l'objection de conscience a une l&#233;gitimit&#233; strictement individuelle en raison de convictions s&#233;rieuses, profondes et stables de la part des personnes qui proc&#232;dent directement &#224; l'intervention (elle ne s'applique pas au personnel administratif, par exemple). Ensuite, il faut &#171; &lt;i&gt;remettre dans la t&#234;te des &#201;tats&lt;/i&gt; &#187; que cette objection va de pair avec une responsabilit&#233; : assurer que les patientes aient un acc&#232;s aux services d'interruption de grossesse pr&#233;vus par la loi, de fa&#231;on non discriminatoire, notamment &#224; la lumi&#232;re de leur provenance socio&#233;conomique, et cela sur l'ensemble du territoire national. Enfin, diminuer les pr&#233;jug&#233;s qu'ont les prestataires des services de sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Restituer la conscience ; l'associer au fait de d&#233;cider de mani&#232;re r&#233;fl&#233;chie et non pas au seul fait de s'opposer &#224; l'avortement&lt;/i&gt; &#187;, signalent les participant&#183;e&#183;s aux s&#233;minaires r&#233;gionaux de discussion. Aussi, ajoute Roa, &#171; &lt;i&gt;montrer que l'objection de conscience n'est pas une mani&#232;re facile de s'&#233;chapper, sans faire de vague, dans un contexte de stigmatisation forte non seulement pour les femmes qui veulent avorter, mais aussi pour le personnel de sant&#233; publique. En fait, les m&#233;decins ont peur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette peur parle d'elle-m&#234;me. Arrive-t-on au constat que les batailles sociales de grande ampleur ne se gagnent pas, en d&#233;finitive, ni en cour, ni au parlement, mais sur le plan des mentalit&#233;s ? Une loi peut-elle &#234;tre op&#233;ratoire si les mentalit&#233;s ne suivent pas ? Il faut aller encore plus loin, sugg&#232;re Roa. &#171; &lt;i&gt;Un papier juridique ne sert en effet &#224; rien s'il n'y a pas de travail de terrain qui est fait sur les valeurs, les priorit&#233;s et les comportements, c'est certain, mais en m&#234;me temps, le travail sur les mentalit&#233;s n'est pas suffisant si les gens ne font pas valoir leurs positions et leurs convictions, s'il ne font pas pression sur les structures politico-juridiques.&lt;/i&gt; &#187; Ces structures sont des ar&#232;nes d'inventivit&#233;, parfois scl&#233;ros&#233;es, parfois surprenantes ; elles suivent &#8211; comme elles les devancent aussi parfois &#8211; les imaginaires et les repr&#233;sentations sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pension alimentaire et politiques sociales. Quels impacts sur les droits des femmes ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Pension-alimentaire-et-politiques-sociales-Quels-impacts-sur-les-droits-des-femmes</link>
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		<dc:date>2019-06-21T18:47:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milie Biland</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Biland, &#201;milie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du fait des in&#233;galit&#233;s de revenus entre hommes et femmes et de la fr&#233;quence &#224; laquelle est accord&#233;e aux m&#232;res la garde des enfants, les femmes repr&#233;sentent la grande majorit&#233; des parents recevant les pensions alimentaires. D&#232;s lors, qu'elle a &#233;t&#233; la part des revendications des organismes f&#233;ministes dans l'&#233;laboration de ces dispositifs ? Quel bilan tirer de leur mise en &#339;uvre, et de leur articulation avec les politiques sociales, sur la situation &#233;conomique des femmes s&#233;par&#233;es ou divorc&#233;es ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2744.png?1642092228' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1191&#034; height=&#034;770&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du fait des in&#233;galit&#233;s de revenus entre hommes et femmes et de la fr&#233;quence &#224; laquelle est accord&#233;e aux m&#232;res la garde des enfants, les femmes repr&#233;sentent la grande majorit&#233; des parents recevant les pensions alimentaires. D&#232;s lors, qu'elle a &#233;t&#233; la part des revendications des organismes f&#233;ministes dans l'&#233;laboration de ces dispositifs ? Quel bilan tirer de leur mise en &#339;uvre, et de leur articulation avec les politiques sociales, sur la situation &#233;conomique des femmes s&#233;par&#233;es ou divorc&#233;es ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Perception, d&#233;fiscalisation, fixation : les trois principes sur lesquels repose le syst&#232;me qu&#233;b&#233;cois de pension alimentaire pour enfants sont entr&#233;s en vigueur il y a un peu de plus de 20 ans, entre 1995 et 1997. Sauf exemption, la pension est pr&#233;lev&#233;e par les services fiscaux au parent qui en est reconnu redevable. Toutefois, celui-ci ne peut la d&#233;duire de ses revenus aux fins de l'imp&#244;t (et le parent qui la re&#231;oit ne l'inclut pas dans ses propres revenus). Enfin, des r&#232;gles provinciales ou f&#233;d&#233;rales pr&#233;cises s'appliquent pour calculer son montant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobilis&#233;s contre la pauvret&#233; des familles monoparentales, les groupes de femmes ont eu un r&#244;le majeur dans la mise &#224; l'agenda de la perception des pensions, comme l'a montr&#233; l'ouvrage d'Anne Revillard (&lt;i&gt;La cause des femmes dans l'&#201;tat&lt;/i&gt;, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des objectifs h&#233;t&#233;roclites&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1980, 31 groupes ont form&#233; un Front commun pour un v&#233;ritable service de perception des pensions. Cette revendication s'inscrivait dans leur promotion de l'autonomie &#233;conomique des femmes, &#233;galement pr&#233;sente dans l'instauration de la prestation compensatoire (1980) et du patrimoine familial (1989). Deux ans plus t&#244;t, le Conseil du statut de la femme avait publi&#233; son premier rapport majeur (&lt;i&gt;Pour les Qu&#233;b&#233;coises : &#233;galit&#233; et ind&#233;pendance&lt;/i&gt;, 1978), dans lequel on retrouvait d&#233;j&#224; cette proposition. En 1995, c'est le Secr&#233;tariat &#224; la condition f&#233;minine qui pr&#233;pare le projet de loi instituant cette perception. &#192; l'Assembl&#233;e nationale, il est promu par des d&#233;put&#233;es ayant exerc&#233; des responsabilit&#233;s au sein de groupes de femmes, tandis que 15000 personnes rejoignent la Marche du pain et des roses contre la pauvret&#233;, qui a fait de la perception des pensions alimentaires une de ses revendications et qui arrive &#224; Qu&#233;bec quelques jours avant l'adoption du projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, il a fallu plus de 15 ans pour que le gouvernement reprenne ces demandes &#224; son compte, au nom d'arguments en partie diff&#233;rents de ceux des groupes. D'abord, la comp&#233;tition entre partis politiques sur la sc&#232;ne provinciale et la concurrence entre les deux paliers de gouvernement, sur fond d'&#233;chec de l'accord du lac Meech (1990) et de pr&#233;paration du second r&#233;f&#233;rendum (1995), ont beaucoup compt&#233;. Ensuite, l'action du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; du revenu a fortement pes&#233; dans la balance, alors qu'il entendait am&#233;liorer le recouvrement des pensions pour r&#233;duire les sommes vers&#233;es au titre de &#171; l'aide sociale &#187;. &#192; l'&#233;poque, de nombreuses familles monoparentales en &#233;taient en effet b&#233;n&#233;ficiaires. De fait, le mod&#232;le de fixation des pensions n'a pas &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par les groupes de femmes, mais par ce minist&#232;re, et par celui de la Justice, qui y voyait un moyen de d&#233;velopper la m&#233;diation familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groupes de femmes et gouvernements se sont &#233;galement alli&#233;s pour d&#233;fiscaliser les pensions &#8211; toujours pour des motifs distincts. Les premiers cherchaient &#224; augmenter les revenus des femmes, tandis que les gouvernements provincial et f&#233;d&#233;ral, pourtant autoris&#233;s par la Cour supr&#234;me &#224; maintenir la fiscalisation (Thibaudeau c. Canada, [1995] 2 R.C.S), y ont mis fin pour accro&#238;tre leurs propres revenus. Les d&#233;biteurs de pension alimentaire (jusque-l&#224; exon&#233;r&#233;s) ayant en moyenne des revenus plus &#233;lev&#233;s que les cr&#233;anciers (jusque-l&#224; impos&#233;s), cette mesure a augment&#233; leurs recettes fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promouvant une justice de genre priv&#233;, le syst&#232;me qu&#233;b&#233;cois de pension alimentaire est ainsi n&#233; du compromis entre deux objectifs distincts : celui de l'&#233;mancipation des femmes et celui de la pr&#233;servation des finances publiques. Quels en ont &#233;t&#233; les effets sur les in&#233;galit&#233;s au sein des familles et entre les familles ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moins d'aide sociale, plus de politique familiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Qu&#233;bec s'inscrit bel et bien dans la tendance nord-am&#233;ricaine du renforcement des responsabilit&#233;s priv&#233;es aux fins de diminution de l'aide publique aux personnes d&#233;favoris&#233;es. Pour autant, on ne peut parler de d&#233;sengagement de l'&#201;tat : les recettes fiscales associ&#233;es &#224; la d&#233;fiscalisation des pensions ont &#233;t&#233; affect&#233;es au financement de nouveaux services : des services parajudiciaires (m&#233;diation, greffiers sp&#233;ciaux), sociaux (aide sociale) ou familiaux (garderies). Ces mesures ont conduit &#224; la red&#233;finition des publics cibles des politiques sociales, d&#233;bouchant sur une redistribution horizontale, des personnes vivant seules vers les familles, notamment monoparentales. Le taux de bas revenus a diminu&#233; parmi ces derni&#232;res (tout en restant &#233;lev&#233;), tandis qu'il restait stable pour les personnes seules&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Dumais, &#171; L'&#201;tat et les politiques sociales. Dispositifs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures ont aussi induit une redistribution verticale, entre familles, au profit des classes moyennes et sup&#233;rieures. &#201;valuant en 2001 la politique de soutien au revenu des familles, l'&#233;conomiste Ruth Rose estime que tous les parents ont subi une r&#233;duction de l'aide publique pour leurs enfants, mais ce sont les plus pauvres qui y ont le plus perdu, tandis que les plus riches profitaient de baisses d'imp&#244;t. En 2005, la r&#233;forme du syst&#232;me socio-fiscal a corrig&#233; cette tendance : les prestations familiales sont maintenant int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me fiscal, sous la forme d'un cr&#233;dit d'imp&#244;t accessible &#224; toutes les familles. Dans une opinion d'expert d&#233;pos&#233; en 2009, Rose souligne que l'ensemble des familles monoparentales voit l'aide publique augmenter, surtout celles dont le revenu est l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieur au plafond de l'aide sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le m&#234;me temps, les familles monoparentales pauvres, le plus souvent dirig&#233;es par des femmes, sont cibl&#233;es par des mesures restrictives. En effet, les pensions alimentaires sont prises en compte pour l'&#233;ligibilit&#233; &#224; quatre programmes sociaux. Ainsi, le programme d'aide sociale per&#231;oit directement la pension et n'en verse qu'une partie &#224; la cr&#233;anci&#232;re (100 $ par enfant depuis 2011). Les groupes de femmes et ceux repr&#233;sentant les &#171; personnes assist&#233;es sociales &#187; ont contest&#233; &#224; deux reprises (2003 et 2009-2012) cette disposition devant les tribunaux &#8211; sans parvenir &#224; y mettre un terme. En 2016, le programme d'aide sociale a encore accru sa conditionnalit&#233;, diminuant le montant re&#231;u par les allocataires ne d&#233;montrant pas d'efforts suffisants pour chercher un emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s de redistribution entre ex-conjoints d&#233;pendent fortement de leurs positions socio&#233;conomiques respectives. L'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois a trouv&#233; son compte dans la valorisation des solidarit&#233;s familiales, au d&#233;triment des femmes appartenant aux classes populaires pr&#233;caris&#233;es, qui ne peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une pension alimentaire cons&#233;quente, soit parce que leur ex-conjoint n'est pas en mesure de la verser, soit parce que l'administration en conserve une partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspiration n&#233;olib&#233;rale de cette politique ne fait gu&#232;re de doute, mais elle n'est pas la seule &#224; peser puisque les r&#233;formes des pensions alimentaires ont accompagn&#233; l'essor des politiques familiales. Toutefois, au sein de ces derni&#232;res, &#171; &lt;i&gt;les int&#233;r&#234;ts des enfants [prennent] le dessus sur ceux de leurs parents&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jane Jenson, &#171; Changing the Paradigm : Family Responsibility or Investing in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et en particulier sur ceux des femmes. La moindre mobilisation des groupes de femmes sur les enjeux &#233;conomiques, l'influence de la probl&#233;matisation en termes de droits des enfants et les pr&#233;occupations financi&#232;res de l'&#201;tat jouent en faveur de mesures d'abord favorables aux enfants dont les deux parents font partie du salariat stable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Dumais, &#171; L'&#201;tat et les politiques sociales. Dispositifs de protection, solidarit&#233;s et autres mutations &#187;, in Pierre P. Tremblay, &lt;i&gt;L'administration contemporaine de l'&#201;tat,&lt;/i&gt; Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, 2012, p. 369-393.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jane Jenson, &#171; Changing the Paradigm : Family Responsibility or Investing in Children &#187;, &lt;i&gt;Cahiers canadiens de sociologie&lt;/i&gt;, v. 29, no 2, 2004, p. 169-192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* L'auteure pr&#233;cise que cet article est adoss&#233; &#224; un projet de recherche financ&#233; par le CRSH (programme Savoir) de 2012 &#224; 2015. Elle remercie Joanie Bouchard, Marie Hautval et Maxim Fortin pour leur collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Headquarters Paris (CC BY-NC 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand l'intelligence artificielle devient sexiste</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quand-l-intelligence-artificielle-devient-sexiste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Quand-l-intelligence-artificielle-devient-sexiste</guid>
		<dc:date>2019-06-21T18:40:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ileana Tismanariu</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Technologies, informatique et internet</dc:subject>
		<dc:subject>Tismanariu, Ileana</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une aura de neutralit&#233; accompagne souvent l'intelligence artificielle (IA) et beaucoup d'espoirs sont plac&#233;s dans sa capacit&#233; &#224; &#234;tre plus objective que son &#233;quivalent humain. Il a cependant &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que l'IA n'est pas &#224; l'abri des pr&#233;jug&#233;s qui impr&#232;gnent notre soci&#233;t&#233;. R&#233;flexions sur l'impact des biais de genre dans l'IA et la n&#233;cessit&#233; d'adapter les cadres juridiques existants. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; I fucking hate feminists and they should all die and burn in hell &#187;, tweetait Tay le 23 mars 2016. Lanc&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Technoculture-et-informatique-+" rel="tag"&gt;Technologies, informatique et internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Tismanariu-Ileana-+" rel="tag"&gt;Tismanariu, Ileana&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2743.png?1642092228' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;469&#034; height=&#034;626&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une aura de neutralit&#233; accompagne souvent l'intelligence artificielle (IA) et beaucoup d'espoirs sont plac&#233;s dans sa capacit&#233; &#224; &#234;tre plus objective que son &#233;quivalent humain. Il a cependant &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que l'IA n'est pas &#224; l'abri des pr&#233;jug&#233;s qui impr&#232;gnent notre soci&#233;t&#233;. R&#233;flexions sur l'impact des biais de genre dans l'IA et la n&#233;cessit&#233; d'adapter les cadres juridiques existants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;I fucking hate feminists and they should all die and burn in hell&lt;/i&gt; &#187;, tweetait Tay le 23 mars 2016. Lanc&#233; le m&#234;me jour, ce projet d'intelligence artificielle d&#233;velopp&#233; par Microsoft prenait les apparences d'une adolescente ordinaire capable de converser avec les internautes et d'apprendre de ses interactions avec ces derniers : &#171; &lt;i&gt;Plus vous discutez avec Tay, plus elle devient intelligente&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sumait Microsoft dans la description du compte Twitter de ce robot conversationnel (&lt;i&gt;chatbot&lt;/i&gt;). Gav&#233;e de propos sexistes et racistes par les internautes, Tay s'est mise &#224; tenir les m&#234;mes propos haineux et Microsoft a d&#251; suspendre en catastrophe sa d&#233;monstration technologique moins de vingt-quatre heures apr&#232;s sa mise en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'un simple coup de marketing manqu&#233;, l'exp&#233;rience de Tay est porteuse de le&#231;ons pertinentes sur l'IA. Si ce type de syst&#232;mes informatiques visant &#224; &#233;muler les capacit&#233;s de l'intelligence humaine fait aujourd'hui l'objet de d&#233;veloppements exponentiels, c'est notamment gr&#226;ce aux progr&#232;s des m&#233;thodes dites d'apprentissage profond (&lt;i&gt;deep learning&lt;/i&gt;). Ces m&#233;thodes permettent &#224; l'IA d'apprendre de mani&#232;re autonome par l'analyse de vastes bassins de donn&#233;es. Or, ces donn&#233;es ne sont pas neutres : elles refl&#232;tent une soci&#233;t&#233;, ses fractures, ses id&#233;ologies, ses in&#233;galit&#233;s. Une IA qui, comme Tay, int&#232;gre sans discernement les mod&#232;les qui s'en d&#233;gagent ne peut que reproduire, voire exacerber, les biais cristallis&#233;s dans ces donn&#233;es et les faire persister. &#192; ce titre, une &#233;tude publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt; a d&#233;montr&#233; comment un algorithme ayant analys&#233; plusieurs milliards de textes assimile les repr&#233;sentations sexistes des genres int&#233;gr&#233;es dans ces &#233;crits en concluant que l'homme est au programmeur ce que la femme est &#224; la m&#233;nag&#232;re, au m&#234;me titre que l'homme est au roi ce que la femme est &#224; la reine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amit Datta, Michael Carl Tschantz et Anupam Datta, &#171; Automated experiments (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences r&#233;elles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien que difficiles &#224; discerner, les effets des biais de genre assimil&#233;s par les IA qui pars&#232;ment notre quotidien sont bien r&#233;els. &#192; titre d'exemple, des chercheurs de Carnegie Mellon ont mis en lumi&#232;re que l'algorithme qui sous-tend les publicit&#233;s cibl&#233;es de Google montrait moins de publicit&#233;s li&#233;es &#224; des postes de haut salaire aux internautes identifi&#233;s comme femmes qu'aux internautes identifi&#233;s comme hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tolga Bolukbasi, Kai-Wei Chang, James Zou, Venkatesh Saligrama et Adam (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces effets sont d'autant plus pr&#233;occupants dans les situations, de plus en plus fr&#233;quentes, o&#249; des d&#233;cisions d&#233;terminantes sont confi&#233;es &#224; ces IA. Pensons aux domaines de la justice, de la sant&#233;, de l'&#233;ducation, des assurances, du travail ou de la finance. Un algorithme de recrutement pourrait, par exemple, privil&#233;gier les CV provenant d'hommes lorsqu'un recruteur ou une recruteuse cherche un candidat dans un milieu traditionnellement masculin. L'IA se retrouverait en position de fa&#231;onner l'avenir sur la base des in&#233;galit&#233;s pass&#233;es, balayant des ann&#233;es de combats sociaux et de prises de conscience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, une fois identifi&#233;s, il est techniquement possible de rem&#233;dier &#224; ces biais. N&#233;anmoins, la plupart des compagnies, soucieuses du secret de leurs algorithmes, se montrent peu enclines &#224; faire preuve de transparence et &#224; soumettre leurs IA &#224; des audits. Et, m&#234;me lorsqu'ils se r&#233;v&#232;lent accessibles, leur complexit&#233; est telle qu'il n'est pas toujours possible de retracer la mani&#232;re dont s'articule le raisonnement de ces algorithmes et d'identifier les biais pertinents. Comment le droit canadien pourrait-il nous permettre de lever le voile sur une IA, de comprendre une d&#233;cision rendue par un algorithme, voire de la remettre en cause ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Leviers juridiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette question peut &#234;tre explor&#233;e &#224; la lumi&#232;re de plusieurs cadres juridiques. Le droit &#224; la vie priv&#233;e semble cependant particuli&#232;rement propice &#224; cette r&#233;flexion, consid&#233;rant que c'est &#224; travers leurs donn&#233;es que les individus peuvent &#234;tre assujettis aux d&#233;cisions d'une IA. Ces donn&#233;es, lorsqu'elles concernent un individu identifiable, sont qualifi&#233;es de &#171; renseignements personnels &#187; aux yeux des lois sur la protection des renseignements personnels f&#233;d&#233;rales et provinciales. Comme la collecte, l'utilisation et la communication de ces renseignements personnels sont d&#233;j&#224; sujettes &#224; ces lois, ces derni&#232;res seraient un terrain tout &#224; fait ad&#233;quat &#224; l'articulation de mesures juridiques concr&#232;tes visant &#224; outiller les personnes soumises aux d&#233;cisions d'une IA. Malheureusement, cela ne semble pas &#234;tre &#224; l'agenda des autorit&#233;s de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport annuel au Parlement 2016-2017 du Commissariat &#224; la protection de la vie priv&#233;e du Canada souligne la n&#233;cessit&#233; de moderniser les r&#233;gimes de protection en place et la complexit&#233; croissante des algorithmes, sans toutefois offrir d'initiatives afin d'accro&#238;tre leur transparence dans les contextes les plus sensibles. Il reconna&#238;t &#233;galement les &#171; &lt;i&gt;cons&#233;quences discriminatoires possibles des m&#233;gadonn&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, mais estime qu'il est trop t&#244;t encore pour qu'une perspective &#233;thique soit int&#233;gr&#233;e dans la protection de la vie priv&#233;e. De m&#234;me, la Commission d'acc&#232;s &#224; l'information du Qu&#233;bec reconna&#238;t dans son rapport quinquennal que l'utilisation de certains renseignements &#224; certaines fins susceptibles d'entra&#238;ner de la discrimination pourrait &#234;tre interdite, mais ne recommande cette interdiction que vis-&#224;-vis des renseignements g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, pourtant, ces questions ont fait l'objet de nombreuses r&#233;flexions au sein de l'Union europ&#233;enne dont le parlement a adopt&#233; en 2016 le R&#232;glement g&#233;n&#233;ral sur la protection des donn&#233;es (RGPD). La prise de d&#233;cision automatis&#233;e est sp&#233;cifiquement abord&#233;e dans le RGPD, qui avance des pistes des plus int&#233;ressantes pour l'encadrer. En vertu du r&#232;glement, l'existence d'une telle prise de d&#233;cision automatis&#233;e doit &#234;tre d&#233;clar&#233;e &#224; la personne concern&#233;e et, le cas &#233;ch&#233;ant, les informations utiles concernant la logique sous-jacente de cette d&#233;cision ainsi que l'importance et les cons&#233;quences de ce traitement doivent lui &#234;tre divulgu&#233;es. Plus encore, le RGPD consacre le principe selon lequel une personne a le droit de ne pas faire l'objet d'une d&#233;cision fond&#233;e exclusivement sur un traitement automatis&#233; produisant des effets juridiques la concernant ou l'affectant de mani&#232;re significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le RGPD semble vouloir &#233;tablir qu'aussi complexes que puissent devenir les IA, leur logique devrait rester intelligible aux humains et sujette &#224; investigation afin que les personnes concern&#233;es puissent, en toute connaissance de cause, d&#233;cider de s'en soustraire ou non. L'interpr&#233;tation de ces articles du RGPD a suscit&#233; de nombreux d&#233;bats outre-Atlantique, mais leur port&#233;e risque de se clarifier &#224; partir de leur entr&#233;e en vigueur le 25 mai 2018. Dans tous les cas, on ne peut que presser les l&#233;gislateurs canadien et qu&#233;b&#233;cois de suivre avec attention la mise en &#339;uvre du RGPD et de ne pas tarder &#224; adapter les cadres juridiques existants, notamment en mati&#232;re de vie priv&#233;e, afin de garantir une plus grande transparence des IA d&#233;cisionnelles et de pr&#233;venir les traitements discriminatoires pouvant d&#233;couler des biais assimil&#233;s par leurs algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;thique et valeurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pistes d'actions ne s'arr&#234;tent toutefois pas aux lois. Une chercheuse et des chercheurs de l'Oxford Internet Institute ont avanc&#233; l'id&#233;e de la mise sur pied d'une entit&#233; ind&#233;pendante charg&#233;e d'auditer les algorithmes, autant pour les certifier en amont de leur d&#233;ploiement que pour r&#233;pondre &#224; une demande d'enqu&#234;te du public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra Wachter, Brent Mittelstadt et Luciano Floridi, &#171; Why a right to (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut &#233;galement saluer les initiatives prises par certaines institutions pour r&#233;fl&#233;chir aux principes &#233;thiques qui devraient gouverner le d&#233;veloppement de l'IA, telles que celle du Centre de recherche en &#233;thique de l'Universit&#233; de Montr&#233;al qui pilote la co-construction de la D&#233;claration de Montr&#233;al pour un d&#233;veloppement responsable de l'intelligence artificielle avec laquelle chacun&#183;e d'entre nous est invit&#233;&#183;e &#224; exprimer son avis. Finalement, on ne saurait assez encourager une plus grande diversit&#233; au sein des &#233;quipes responsables de la programmation des IA, encore largement domin&#233;es par la gent masculine, afin d'accro&#238;tre la vigilance vis-&#224;-vis des biais de genre notamment, qu'ils proviennent des donn&#233;es ou des individus m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Cyborg Manifesto&lt;/i&gt; de Donna Haraway, l'image du cyborg appelle &#224; la dissolution des fronti&#232;res et des distinctions ainsi qu'&#224; l'av&#232;nement d'un monde transcendant le genre. &#192; nous de veiller &#224; ce que l'IA n'int&#232;gre non pas les biais sexistes qui persistent dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui, mais plut&#244;t les valeurs f&#233;ministes sur lesquelles l'on souhaite construire la soci&#233;t&#233; de demain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amit Datta, Michael Carl Tschantz et Anupam Datta, &#171; Automated experiments on ad privacy settings : A tale of opacity, choice, and discrimination &#187;, arXiv:1408.6491 [cs.CR], 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tolga Bolukbasi, Kai-Wei Chang, James Zou, Venkatesh Saligrama et Adam Kalai, &#171; Man is to Computer Programmer as Woman is to Homemaker ? Debiasing Word Embeddings &#187;, arXiv:1607.06520 [cs.CL], 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra Wachter, Brent Mittelstadt et Luciano Floridi, &#171; Why a right to explanation of automated decision- making does not exist in the General Data Protection Regulation &#187;, International Data Privacy Law, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'autrice est avocate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montage photo : Ronny Sommerfeldt (CC BY-ND 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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