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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Ceci (n')est (pas) mon corps</title>
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		<dc:date>2014-06-12T02:03:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Lamoureux</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Lamoureux, Diane</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le corps a toujours constitu&#233; un enjeu f&#233;ministe, d'autant plus que durant des si&#232;cles, les &#171; politiques sur notre ventre &#187; se sont longtemps faites sur notre dos. Si des hommes pratiquent de longue date (et encore aujourd'hui) l'&#233;change de femmes en raison des capacit&#233;s productives et reproductives de leur corps, il n'est pas &#233;tonnant que les mouvements et les r&#233;flexions f&#233;ministes aient fait du corps des femmes un enjeu. Cela est d'autant plus important que les mouvements f&#233;ministes se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1837.png?1642092156' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;673&#034; height=&#034;458&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le corps a toujours constitu&#233; un enjeu f&#233;ministe, d'autant plus que durant des si&#232;cles, les &#171; politiques sur notre ventre &#187; se sont longtemps faites sur notre dos. Si des hommes pratiquent de longue date (et encore aujourd'hui) l'&#233;change de femmes en raison des capacit&#233;s productives et reproductives de leur corps, il n'est pas &#233;tonnant que les mouvements et les r&#233;flexions f&#233;ministes aient fait du corps des femmes un enjeu. Cela est d'autant plus important que les mouvements f&#233;ministes se sont d&#233;velopp&#233;s &#224; une &#233;poque o&#249;, si l'on en croit Foucault, les m&#233;canismes de domination passent largement par le biopouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre corps, nous-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187; titrait le collectif de Boston pour la sant&#233; des femmes. &#171; &lt;i&gt;Mon corps m'appartient&lt;/i&gt; &#187; scandaient des f&#233;ministes un peu partout sur la plan&#232;te pour r&#233;clamer le droit &#224; l'avortement. Dans&lt;i&gt; Le Deuxi&#232;me Sexe&lt;/i&gt;, Simone de Beauvoir, dont on a essentiellement retenu le &#171; &lt;i&gt;on ne na&#238;t pas femme, on le devient&lt;/i&gt; &#187;, consacrait une partie importante de son ouvrage &#224; expliquer comment l'oppression des femmes passait par l'empreinte autant corporelle que culturelle de la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son sillage (et celui de Maurice Merleau-Ponty), les f&#233;ministes se sont donc int&#233;ress&#233;es au corps v&#233;cu. Cette exp&#233;rience du corps v&#233;cu peut autant mettre l'accent sur l'oppression que permettre de r&#233;fl&#233;chir &#224; des modalit&#233;s d'&#233;mancipation des femmes. En m&#234;me temps, cette vision du corps v&#233;cu s'oppose &#224; la vision lib&#233;rale du corps comme chose et comme propri&#233;t&#233; (Locke). Paradoxalement, cette exp&#233;rience du corps v&#233;cu a mis du temps &#224; inclure le handicap au rang de ses pr&#233;occupations, puisque ce n'est qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980 qu'on voit appara&#238;tre les premi&#232;res probl&#233;matisations dans ce domaine, ce qui permet d'ailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
d'envisager sous un autre jour les notions d'autonomie et d'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on associe le f&#233;minisme du d&#233;but du XXe si&#232;cle &#224; la revendication du droit de vote, il faut aussi se rappeler qu'il a initi&#233; des d&#233;bats importants sur les v&#234;tements, la pratique des sports, l'avortement, la contraception et, plus g&#233;n&#233;ralement, le rapport au corps. La pr&#233;sence de f&#233;ministes dans l'espace public pour revendiquer les droits des femmes les a confront&#233;es &#224; l'existence (et au statut) d'autres femmes pr&#233;sentes dans l'espace public, les prostitu&#233;es. Les femmes qui se sont investies dans les mouvements en faveur de la prohibition de l'alcool (les ligues de temp&#233;rance) soutenaient &#233;galement que les femmes avaient un meilleur contr&#244;le de leur corps que les hommes, ce qui signifiait que la raison n'&#233;tait pas un monopole masculin. Les d&#233;fil&#233;s suffragistes respectaient une chor&#233;graphie et abondaient en &#233;l&#233;ments symboliques reli&#233;s au corps. Bien avant les prisonniers membres de l'IRA, les suffragettes britanniques ont eu recours &#224; la gr&#232;ve de la faim pour se faire reconna&#238;tre un statut de prisonni&#232;res politiques, et le pouvoir en place a utilis&#233; &#224; leur encon&#173;tre l'alimentation forc&#233;e, comme on le fait aujourd'hui &#224; Guantanamo. Pr&#233;c&#233;dant les kamikazes, une suffragette s'est m&#234;me immol&#233;e en se jetant sous les sabots du cheval royal dans une course afin d'attirer l'atten&#173;tion sur la cause politique qu'elle d&#233;fendait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un terrain de luttes&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que la th&#233;matique du corps ait &#233;t&#233; &#233;galement tr&#232;s pr&#233;sente dans le f&#233;minisme qui se d&#233;veloppe &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960 un peu partout sur la plan&#232;te, d'autant plus que le monde occidental vivait &#224; l'heure de la &#171; r&#233;volution sexuelle &#187;, de la diffusion &#233;largie de psychotropes qui questionnaient le rapport corps/esprit des civilisations occi&#173;dentales et d'une remise en cause de l'&#233;thique du travail et donc du corps productif. Pour tenter de d&#233;broussailler le terrain, j'analyserai le corps comme site de l'oppression, comme instrument de lib&#233;ration et comme enjeu de controverses entre f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de lib&#233;ration des femmes, &#224; d&#233;faut de territoire g&#233;ographique &#224; revendiquer, a longtemps fonctionn&#233; sur l'analogie entre le corps et le territoire &#224; lib&#233;rer des mouvements de lib&#233;ration nationale. L'avortement, la contraception, la violence domestique des hommes, le viol, le harc&#232;lement sexuel, l'industrie de la mode et de la beaut&#233;, la pornographie ont rapidement &#233;t&#233; identifi&#233;s &#224; des politiques sur notre corps qui se pratiquaient sans nous demander notre avis. Certain&#183;e&#183;s en ont m&#234;me profit&#233; pour attribuer une &#233;tiquette &#171; victimaire &#187; au mouvement f&#233;ministe afin de mieux le rejeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps comme lieu mat&#233;riel de l'oppression a constitu&#233; une th&#233;matique f&#233;ministe de premi&#232;re importance. On insiste alors sur les contraintes (Guillaumin) vestimentaires (les v&#234;tements qui g&#234;nent le mouvement), gestuelles (la retenue) ou comportementales (la r&#233;serve) ; on peut aussi mettre l'accent sur le potentiel violent (Dworkin, Romito) des rapports h&#233;t&#233;rosexuels (viol, violence physique et psychologique) et sur l'objectivation du corps f&#233;minin qui les sous-tend dans une soci&#233;t&#233; patriarcale ; certaines ont aussi insist&#233; sur la maternit&#233; contrainte (Rich). Beaucoup ont remis en question les normativit&#233;s corporelles, concernant le poids, la forme, la couleur, l'habillement, le maquillage, mais aussi certaines coutumes de mutilation g&#233;nitale f&#233;minine (Thiam). Un peu plus tard, on a interrog&#233; la construction sociale du handicap comme incapacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, le corps n'&#233;tait pas v&#233;cu uniquement sous le mode de la contrainte, mais aussi comme une source de plaisirs. Sans nier l'ambigu&#239;t&#233; possible, puisqu'une conf&#233;rence de 1992 sur la sexualit&#233; des femmes s'intitulait &lt;i&gt;Pleasure and Danger&lt;/i&gt;. Mouvements de sant&#233; et d'auto-sant&#233; des femmes, exp&#233;rimentation d'une sexualit&#233; qui d&#233;borde les cadres de la maternit&#233;, r&#233;flexions sur l'alimentation, l'apparence ou l'habillement, techniques d'auto-d&#233;fense ou activit&#233;s sportives participaient de la vision d'un corps f&#233;ministement repens&#233; et remodel&#233;. Les mouvements d'art f&#233;ministe ont aussi transform&#233; nos visions du corps f&#233;minin et de ses modes de (re)pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration des femmes passait donc aussi par l'exploration de nos d&#233;sirs qui ne se limitaient ni &#224; la maternit&#233; ni &#224; l'orgasme vaginal, mais incluaient la c&#233;l&#233;bration d'un corps qui fait sexes de toutes parts (Irigaray), o&#249; biologique et culturel, sexe et genre, sont imbriqu&#233;s. Le multiple des corps f&#233;minins s'oppose donc &#224; l'Un patriarcal et totalitaire, de la m&#234;me fa&#231;on que l'on c&#233;l&#232;bre, plut&#244;t que de m&#233;priser, les exp&#233;riences corporelles propres aux femmes (menstruation, grossesse, allaitement). Le corps sert alors de support &#224; une &#171; culture au f&#233;minin &#187; qui s'&#233;crirait &#224; l'encre blanche du lait maternel (Cixous). Le corps devenait ainsi le lieu de construction d'un nouveau rapport &#224; soi, aux autres et au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi s'int&#233;resser aux paradoxes du corps, que ce soit &#224; la mani&#232;re queer qui insiste sur la mall&#233;abilit&#233; et la performativit&#233; et sur les possibilit&#233;s de d&#233;stabilisation de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; sur le mode parodique (Butler), ou encore en pr&#233;conisant le passage au cyborg (Haraway). Dans ce dernier cas, il s'agit de remplacer le corps socialement construit par le corps fabriqu&#233; qui permet de rompre avec le dualisme nature/culture, &#234;tre humain/animal ou encore corps/machine, dualismes qui tirent tous leur origine dans l'opposition entre le masculin et le f&#233;minin. Dans les deux cas, il s'agit de s'extirper du dualisme corps/esprit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et de d&#233;bats&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, des divergences &#233;clataient entre f&#233;ministes sur des enjeux reli&#233;s au corps : pornographie, prostitution, nouvelles technologies de repro&#173;duction humaine, mutilations g&#233;nitales, voile. Plus r&#233;cemment, l'apparition des Femen a suscit&#233; la controverse : ce type d'utilisation politique du corps est-il &#233;mancipateur ou rel&#232;ve-t-il de l'ali&#233;nation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces divergences s'expliquent largement par les diff&#233;rentes conceptions de l'autonomie des femmes et par le rapport au corps que cela entra&#238;ne. Si l'on con&#231;oit l'autonomie sur le mode du sujet n&#233;olib&#233;ral performant qui subvient &#224; ses besoins &#233;conomiques et ne voit la soci&#233;t&#233; que sous l'angle de son r&#233;seau de proches, on peut concevoir le corps sur le mode de la possession et de la r&#233;ification. Si je poss&#232;de mon corps, dans une soci&#233;t&#233; marchande, je peux choisir de me prostituer, procr&#233;er pour autrui, vendre mes organes non vitaux, le mettre en valeur par la chirurgie esth&#233;tique, etc. Bref, consid&#233;rer le corps comme un capital &#224; faire fructifier et, compte tenu de la division sociale, sexuelle et raciale du travail, comme un de mes rares atouts &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on con&#231;oit l'autonomie dans un cadre soci&#233;tal, on insiste beaucoup plus sur l'interd&#233;pendance des &#234;tres humains et donc sur l'id&#233;e que le corps fait partie de la personne humaine, mais qu'il doit &#234;tre soustrait &#224; la logique marchande. Dans ces conditions, on insistera plus sur la n&#233;cessit&#233; de faire participer toutes et tous au travail du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; dans un cadre non marchand, surtout les personnes b&#233;n&#233;ficiant actuellement de privil&#232;ges dus &#224; la classe, au genre ou &#224; la race. On mettra &#233;galement plus l'accent sur des rapports sociaux exempts de domination, y compris de domination physique, ce qui ram&#232;ne la question du handicap comme question &#224; probl&#233;matiser socialement plut&#244;t que comme d&#233;ficience individuelle. Une partie de la tradition socialiste utopique avait tent&#233; au XIXe si&#232;cle de s'engager dans cette voie en voulant &#171; changer la vie &#187; et pas simplement l'usine ou les institutions politiques. Pas &#233;tonnant que tant de femmes s'y soient engag&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : G&#233;rald McKenzie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La marchandisation de la sant&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-marchandisation-de-la-sante</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abby Lippman</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Lippman, Abby</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La m&#233;dicalisation est le processus qui consiste &#224; transformer des exp&#233;riences normales de la vie en &#171; maladies &#187; pour lesquelles un traitement m&#233;dical est alors propos&#233;. De la naissance &#224; la mort, des menstruations au vieillissement, de l'humeur au d&#233;sir sexuel, ce qui &#233;tait auparavant consid&#233;r&#233; comme normal devient de plus en plus souvent un &#171; probl&#232;me &#187; qui doit &#234;tre soign&#233;. Et on demande &#224; celles et ceux qui sont l&#233;s&#233;s de changer au lieu de chercher &#224; modifier le contexte social qui cr&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lippman-Abby-+" rel="tag"&gt;Lippman, Abby&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1835.png?1642092155' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;741&#034; height=&#034;336&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La m&#233;dicalisation est le processus qui consiste &#224; transformer des exp&#233;riences normales de la vie en &#171; maladies &#187; pour lesquelles un traitement m&#233;dical est alors propos&#233;. De la naissance &#224; la mort, des menstruations au vieillissement, de l'humeur au d&#233;sir sexuel, ce qui &#233;tait auparavant consid&#233;r&#233; comme normal devient de plus en plus souvent un &#171; probl&#232;me &#187; qui doit &#234;tre soign&#233;. Et on demande &#224; celles et ceux qui sont l&#233;s&#233;s de changer au lieu de chercher &#224; modifier le contexte social qui cr&#233;e ces probl&#232;mes. Bref, on utilise des traitements m&#233;dicaux et des pilules comme des modes ou des instruments de contr&#244;le social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'expression n'a peut-&#234;tre que 60 ans, mais le concept de m&#233;dicalisation existait bien avant ; la cr&#233;ation au milieu du XIXe si&#232;cle d'une &#171; maladie &#187; appel&#233;e la &#171; drap&#233;tomanie &#187; en est un bon exemple. Cette condition, invent&#233;e aux &#201;tats-Unis, a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour d&#233;crire le comportement des esclaves en fuite. Consid&#233;rer comme une maladie mentale le fait de vouloir fuir une terrible situation, une r&#233;ponse totalement saine dans ces circonstances, est un processus qui a souvent &#233;t&#233; appliqu&#233; aux femmes, m&#233;dicalis&#233;es pour avoir combattu le sexisme, le racisme, le colonialisme ou d'autres oppressions entrecrois&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une individualisation des probl&#232;mes de sant&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &#171; n&#233;om&#233;dicalisation &#187; s'inscrit dans la continuit&#233; de ce processus d'invention de maladies, mais avec une approche plus compl&#232;te, imbriqu&#233;e dans la logique de march&#233; et de course aux profits. Des maladies sont invent&#233;es et publicis&#233;es afin de vendre plus de pilules ; des exp&#233;riences naturelles sont red&#233;finies comme causes de futures maladies ; le fait d'&#234;tre &#171; &#224; risque &#187; devient en soi une maladie qui requiert le traitement et l'observation r&#233;guli&#232;re des individus&#8230; Tout cela est bien entendu tr&#232;s lucratif. Les m&#234;mes logiques sont &#224; l'&#339;uvre dans la n&#233;o-m&#233;dicalisation (et son rapport au corps) et dans le n&#233;olib&#233;ralisme (en rapport avec le corps social) : gestion du risque, surveillance constante (ADN, technologies d'imageries m&#233;dicales), contr&#244;le social des individus (par exemple l'usage du Ritalin chez les enfants plus exub&#233;rants que les autres dans la salle de classe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le n&#233;olib&#233;ralisme qui est son terreau, la n&#233;om&#233;dicalisation con&#231;oit la sant&#233; comme une marchandise et les personnes en sant&#233; comme des ressources n&#233;cessaires &#224; la vie &#233;conomique, et cela contribue &#224; individualiser les probl&#232;mes sociaux et &#224; d&#233;tourner l'attention de leurs racines r&#233;elles. La n&#233;om&#233;dicalisation d&#233;politise les d&#233;terminants sociaux et structurels de la sant&#233; en mettant l'accent sur ce que doivent faire les individus pour &#234;tre en forme : g&#233;rer les risques, faire les &#171; bons &#187; choix, etc. Ce sont eux et elles qui sont tenus responsables de leur mauvaise sant&#233;, pas les gouvernements ou les politiques qu'ils mettent en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'on parle de &#171; gestion &#187;, de changements dans le mode de vie (alimentation, consommation d'alcool ou de cigarettes, activit&#233; physique), cela implique des ressources qui ne sont pas distribu&#233;es &#233;quitablement. De plus, il n'existe pas non plus un mode de vie unique convenant &#224; tous et toutes. Et dans tous les cas, la pr&#233;vention primaire aupr&#232;s de la collectivit&#233; serait bien plus efficace et &#233;quitable. Par exemple, le pourcentage &#233;lev&#233; de femmes noires souffrant de haute pression pourrait &#234;tre trait&#233; plus efficacement si on l'envisageait comme r&#233;sultant du stress caus&#233; par un racisme syst&#233;mique plut&#244;t que comme la simple cons&#233;quence de choix alimentaires individuels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des changements structurels et soci&#233;taux n&#233;cessaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Faut-il r&#233;sister &#224; la n&#233;om&#233;dicalisation ? Certes, mais sans oublier de prendre en compte les in&#233;galit&#233;s et les privil&#232;ges qui peuvent jouer dans certaines dimensions de la sant&#233; de tous et toutes selon leur race, leur classe sociale, leurs capacit&#233;s, leur sexualit&#233; et ainsi de suite. Par exemple, la m&#233;dicalisation de la grossesse d'une femme qui n'a pas autrement de suivi m&#233;dical pourrait lui permettre de consulter pour d'autres probl&#232;mes de sant&#233;. Il faut aussi faire preuve de prudence devant cette tendance &#224; consid&#233;rer tout ce que nous faisons (notre alimentation, nos pratiques, etc.) comme &#233;tant essentiellement motiv&#233; par des raisons m&#233;dicales, instrumentalisant ainsi nos mani&#232;res d'&#234;tre en &#233;cartant la dimension du simple plaisir de ces actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, avoir un mode de vie actif, manger sainement et ne pas fumer sont de bonnes habitudes. Cependant, tout comme la consommation &#171; responsable &#187; ne change pas le syst&#232;me de production polluant et in&#233;galitaire des biens de consommation, des changements dans le mode de vie &#224; eux seuls sont loin de contribuer &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233; indispensable &#224; une r&#233;elle promotion de la sant&#233;. Nous pouvons certes chercher &#224; &#233;viter individuellement les aliments toxiques et potentiellement canc&#233;rig&#232;nes, mais ils restent en vente et continuent d'&#234;tre produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, nous devons nous assurer que toutes et tous ont les ressources qui leur permettent de faire les choix les plus sains possibles. Ce n'est toutefois pas suffisant. Il nous faut d&#233;m&#233;dicaliser nos conceptions de la sant&#233; et reconna&#238;tre le r&#244;le causal des pratiques et des politiques sociales et structurelles dans l'apparition de la maladie. Nous devons aussi faire en sorte que les d&#233;cideurs et d&#233;cideuses politiques, les organismes de r&#233;gulation (des m&#233;dicaments, de l'environnement) et les gouvernements assument leurs responsabilit&#233;s afin que nous puissions toutes et tous d&#233;terminer ce que constitue pour nous une vie saine, et la vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'arme du corps</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-arme-du-corps</link>
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		<dc:date>2014-06-12T01:47:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pinote</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Pinote</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le corps est un espace dans lequel s'inscrivent notre condition sociale, notre travail, les violences et les discriminations subies. Tout cela a un impact sur son apparence, sa long&#233;vit&#233;, sa bonne ou mauvaise sant&#233;. Mais c'est aussi un espace de libert&#233;, de jouissance, de transgression, d'&#233;mancipation et de revendication. Le corps peut devenir outil politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Outil d'affirmation, dans le cas o&#249; des corps discr&#233;dit&#233;s et socialement invisibles s'affichent dans l'espace public : marche des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le corps est un espace dans lequel s'inscrivent notre condition sociale, notre travail, les violences et les discriminations subies. Tout cela a un impact sur son apparence, sa long&#233;vit&#233;, sa bonne ou mauvaise sant&#233;. Mais c'est aussi un espace de libert&#233;, de jouissance, de transgression, d'&#233;mancipation et de revendication. Le corps peut devenir outil politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outil d'affirmation, dans le cas o&#249; des corps discr&#233;dit&#233;s et socialement invisibles s'affichent dans l'espace public : marche des salopes, marches LGBTQI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LGBTQI : Lesbiennes, gays, bisexuel&#183;le&#183;s, transgenres, queers, intersexu&#233;&#183;e&#183;s.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, marche des &#171; sans &#187; (sans papiers, sans emploi, etc.) en France dans les ann&#233;es 1990&#8230; Outil de perturbation lorsqu'il intervient dans l'espace en ne se soumettant pas aux gestes et comportements socialement attendus : die-in, mobilisations surprises comme le fait Act Up !, etc. Outil de r&#233;sistance lorsqu'il s'oppose en s'encha&#238;nant, en occupant, en se serrant dans les piquets de gr&#232;ve, en &#171; d&#233;sarr&#234;tant &#187; des camarades dans les manifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi le dernier instrument de ceux et celles qui n'ont rien, rien d'autre que leur corps pour hurler leur col&#232;re, r&#233;clamer la justice. Pour les sans-voix, les sans-papiers, ceux et celles qui croupissent dans les prisons, oubli&#233;s&#183;es, les sans-travail, les sans-argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves de la faim. Suicides. Immolations. Ces actes de mutilation et de destruction auto-impos&#233;s exposent et contestent la violence de l'&#201;tat, du syst&#232;me carc&#233;ral ou &#233;conomique, de la guerre. Actes de rage et de d&#233;sespoir, &#224; la fois personnels et politiques, ce sont aussi symboliquement des reprises de pouvoir, car l'individu soustrait son corps &#224; la discipline de l'adversaire et devient sujet agissant, tout en faisant porter la responsabilit&#233; de l'horreur de cette situation &#224; l'autre. Parfois cela a un effet boule de neige ; l'immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie a provoqu&#233; les manifestations qui ont men&#233; au Printemps arabe. Idle No More a commenc&#233; par une gr&#232;ve de la faim. En revanche, cela fait six mois, au moment d'&#233;crire ce texte, que des prisonniers de Guant&#225;namo sont en gr&#232;ve de la faim et aliment&#233;s de force. Un cas parmi tant d'autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LGBTQI : Lesbiennes, gays, bisexuel&#183;le&#183;s, transgenres, queers, intersexu&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Masculinit&#233; et f&#233;minit&#233; impos&#233;es</title>
		<link>https://www.ababord.org/Masculinite-et-feminite-imposees</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Masculinite-et-feminite-imposees</guid>
		<dc:date>2014-06-12T01:46:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gabrielle Bouchard, Marie-Claude Garneau</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Diversit&#233; sexuelle et de genre</dc:subject>
		<dc:subject>Bouchard, Gabrielle</dc:subject>
		<dc:subject>Garneau, Marie-Claude</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le corps trans, au Qu&#233;bec, est pathologis&#233;, m&#233;dicalis&#233;, normalis&#233;, st&#233;rilis&#233;. Ce dernier ainsi que l'&#234;tre qui l'habite subissent les impacts extr&#234;mes de la normalisation genr&#233;e, sans pour autant &#234;tre les seul&#183;e&#183;s. C'est pourquoi nous souhaitons ici ouvrir le dialogue et mettre de l'avant l'importance d'aborder l'enjeu de leur st&#233;rilisation forc&#233;e comme exemple v&#233;cu d'une normalisation extr&#234;me de nos corps. Cette normalisation et cette l&#233;galisation du corps trans passent par l'imposition (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1831.png?1642092155' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;271&#034; height=&#034;440&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le corps trans, au Qu&#233;bec, est pathologis&#233;, m&#233;dicalis&#233;, normalis&#233;, st&#233;rilis&#233;. Ce dernier ainsi que l'&#234;tre qui l'habite subissent les impacts extr&#234;mes de la normalisation genr&#233;e, sans pour autant &#234;tre les seul&#183;e&#183;s. C'est pourquoi nous souhaitons ici ouvrir le dialogue et mettre de l'avant l'importance d'aborder l'enjeu de leur st&#233;rilisation forc&#233;e comme exemple v&#233;cu d'une normalisation extr&#234;me de nos corps. Cette normalisation et cette l&#233;galisation du corps trans passent par l'imposition d'une f&#233;minit&#233; et d'une masculinit&#233; standardis&#233;es. De celles dont nous souhaitons nous &#233;loigner ou de celles dont nous souhaitons nous rapprocher.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, une personne trans &#8211; soit une personne qui ne s'identifie pas au sexe et au genre qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance &#8211; doit subir des modifications chirurgicales pour &#234;tre reconnue l&#233;galement par l'&#201;tat. En effet, une femme trans doit obligatoirement subir une vaginoplastie et un homme trans doit subir une hyst&#233;rectomie. Dans la mesure o&#249; elles sont volontaires ou &#224; tout le moins non impos&#233;es, ces op&#233;rations ne sont pas mauvaises en soi. En ce qui a trait &#224; l'enjeu qui nous pr&#233;occupe ici, le mot cl&#233; selon nous est &#171; forc&#233;e &#187;. Dans le cas des personnes trans, nous pouvons rarement parler de choix libre et &#233;clair&#233; lorsque vient le temps de choisir une op&#233;ration menant &#224; la st&#233;rilisation. Puisque c'est le seul chemin possible qui permet la pleine reconnaissance des droits et privil&#232;ges comme citoyen&#183;ne, les personnes trans sont forc&#233;es de donner leur consentement &#224; ces modifications irr&#233;versibles. Ce standard de normali&#173;&#173;&#173;sation du masculin et du f&#233;mi&#173;nin est mis en place par un groupe d'individus qui ne comprend ni ne subit les impacts de cette st&#233;rilisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cette loi qui normalise, cette loi qui marginalise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'article 71 du Code civil stipule qu'une personne doit &#234;tre majeure, citoyenne canadienne et doit subir des traitements m&#233;dicaux et des modifications structurelles de ses organes sexuels apparents si elle d&#233;sire une reconnaissance l&#233;gale de son identit&#233; v&#233;cue. Cet article de loi ne concerne que les personnes transsexuelles, transgenres, intersexes ou vivant sous un sexe autre que celui assign&#233; &#224; la naissance. Les groupes militants trans ainsi que leurs alli&#233;&#183;e&#183;s tentent d'apporter des modifications au projet de loi 35 pr&#233;sentement devant l'Assembl&#233;e nationale. Sans les modifications n&#233;cessaires et sugg&#233;r&#233;es par les groupes soutenant les personnes trans au Qu&#233;bec, le projet de loi ne retirerait que l'obligation pour une personne trans de publier dans les journaux et dans la Gazette officielle du Qu&#233;bec son changement de nom, son adresse de m&#234;me que la publication de tout changement de mention de sexe effectu&#233; au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons mettre au centre de notre r&#233;flexion la faiblesse d'une logique l&#233;gislative qui consid&#232;re la st&#233;rilisation comme &#233;tant le d&#233;terminant des identit&#233;s de genre diff&#233;rentes. Cette logique cherche &#224; normaliser les corps et se pose comme protectrice du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; social. La chirurgie invisibilise les personnes trans tout comme la norme du genre dissimule la violence faite aux femmes et aux hommes qui se manifeste dans les comportements attendus de chacun et chacune : &#171; &lt;i&gt;Fais un homme de toi ; t'as couru apr&#232;s ; fais pas ta moumoune ; tu dois &#234;tre dans ta semaine. &lt;/i&gt; &#187; Il y a une ligne directrice impos&#233;e par une &#233;ducation, une histoire, une culture sociale et des pr&#233;jug&#233;s tenaces qui invalident nos choix personnels lorsqu'ils divergent des structures &#233;tablies. La st&#233;rilisation forc&#233;e impose un standard de f&#233;minit&#233; et de masculinit&#233; qui perp&#233;tue des syst&#232;mes d'oppression tels que le sexisme, la misogynie et l'h&#233;t&#233;rosexisme. Nos f&#233;minit&#233;s et nos masculinit&#233;s sont scrut&#233;es puis rejet&#233;es si elles ne cadrent pas dans le standard normatif. Ce dernier n'a aucun sens lorsque nous prenons la peine d'y jeter un second regard, de d&#233;passer la simple acceptation de son existence et de sa l&#233;gi&#173;timit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective trans examine notre soci&#233;t&#233; et met en lumi&#232;re les potentiels de marginalisation. En &#233;coutant et appuyant ceux et celles qui vivent l'imposition l&#233;gale et extr&#234;me de la norme du genre, telles que les personnes trans, nous pouvons nous assurer de regarder dans la bonne direc&#173;tion, de toucher la bonne cible. Nos diff&#233;rentes f&#233;minit&#233;s et masculinit&#233;s, trans ou non, sont plus belles et plus fortes qu'une norme impos&#233;e et changeante selon les lieux et les &#233;poques. Elles existent et se rebellent, que le syst&#232;me le veuille ou non.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Luciano Benvenuto&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La reine et le saumon</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-reine-et-le-saumon</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-reine-et-le-saumon</guid>
		<dc:date>2014-06-12T01:37:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dalie Giroux, Am&#233;lie-Anne Mailhot</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Giroux, Dalie</dc:subject>
		<dc:subject>Mailhot, Am&#233;lie-Anne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mani-Utenam, octobre 2012. Nous sommes sur la route 138 qui m&#232;ne au chantier de La Romaine, le dernier grand projet hydro-&#233;lectrique qu&#233;b&#233;cois qui consiste &#224; harnacher une rivi&#232;re &#224; saumon du territoire traditionnel innu, le Nitassinan. Un groupe de militant&#183;e&#183;s bloque le passage des camions en direction du chantier d'Hydro-Qu&#233;bec, poursuivant les actions politiques men&#233;es &#224; l'encontre de ce projet par les Innu&#183;e&#183;s depuis 2008. Des enfants, des dames &#226;g&#233;es, des adolescent&#183;e&#183;s, quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Giroux-Dalie-+" rel="tag"&gt;Giroux, Dalie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mailhot-Amelie-Anne-+" rel="tag"&gt;Mailhot, Am&#233;lie-Anne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1827.png?1642092155' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;636&#034; height=&#034;475&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mani-Utenam, octobre 2012. Nous sommes sur la route 138 qui m&#232;ne au chantier de La Romaine, le dernier grand projet hydro-&#233;lectrique qu&#233;b&#233;cois qui consiste &#224; harnacher une rivi&#232;re &#224; saumon du territoire traditionnel innu, le Nitassinan. Un groupe de militant&#183;e&#183;s bloque le passage des camions en direction du chantier d'Hydro-Qu&#233;bec, poursuivant les actions politiques men&#233;es &#224; l'encontre de ce projet par les Innu&#183;e&#183;s depuis 2008. Des enfants, des dames &#226;g&#233;es, des adolescent&#183;e&#183;s, quelques hommes ont &#233;tabli un lieu de s&#233;jour politique directement sur l'asphalte. Sur des &#233;pinettes couch&#233;es sur la route, des affiches arborant des slogans politiques y sont pos&#233;es, et la traditionnelle tente prospecteur des chasseurs s'y &#233;rige en guise de campement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militant&#183;e&#183;s font face &#224; une escouade anti-&#233;meute de la S&#251;ret&#233; du Qu&#233;bec. Une vingtaine de policiers, qui sont l&#224; pour d&#233;manteler la barricade. Les camions d'Hydro-Qu&#233;bec, ainsi en a d&#233;cid&#233; le gouvernement et les juges de la province, doivent pouvoir se rendre sur le chantier. La police locale de Uashat Mak Mani-Utenam est &#233;galement sur les lieux, en retrait. Une militante rencontr&#233;e &#224; l'&#233;t&#233; 2013 &#224; Uashat revient sur les blocus de 2012 et raconte son arrestation : &#171; &lt;i&gt; Je me suis avanc&#233;e, les poignets offerts, entre le policier de la communaut&#233; et le policier provincial, et j'ai demand&#233; : &#171; Qui m'arr&#234;te ? &#187;&lt;/i&gt; &#187;. La r&#233;serve est sous la juridiction du corps policier local, mais la route 138 est une route provinciale, du domaine de la SQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une autre s&#233;rie d'arrestations, un Innu a capt&#233; et diffus&#233; l'image d'un p&#232;re menott&#233;, pouss&#233; dans un fourgon cellulaire, lan&#231;ant entre ses larmes &#171; &lt;i&gt;Pas l'argent, mes enfants.&lt;/i&gt; &#187; M&#233;ditant sur les &#233;v&#233;nements &#224; l'occasion d'une conf&#233;rence, une m&#232;re et politicienne innue pr&#233;cise le sens de ce cri de r&#233;sistance : &#171; &lt;i&gt;Dans ces rivi&#232;res-l&#224;, on p&#234;che des saumons de 32 pouces. On nourrit nos enfants avec &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Colonialisme historique&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;cho politique aux blocus autochtones qui ont eu lieu partout au Canada depuis une vingtaine d'ann&#233;es, ce qu'il s'agit de d&#233;fendre dans ce corps &#224; corps improbable avec les fardiers et leurs escor&#173;tes arm&#233;es, c'est le &lt;i&gt;Innu aitun&lt;/i&gt;, le mode de vie innu. Les Innu&#183;e&#183;s comprennent leur libert&#233; politique comme le pouvoir de se nourrir d'un territoire exempt de pollution et de perturbations anthropiques d&#233;structurantes, un territoire o&#249; les pratiques respectent les sources de la vie. Dans sa version la moins radicale, cette revendication prend encore la forme d'une demande de compensation qui tienne compte de cette perte irr&#233;parable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette conception fondamentale de la libert&#233; qui porte les revendications continues des Innu&#183;e&#183;s depuis la d&#233;marche de revendication globale amorc&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1970 jusqu'aux actions entreprises r&#233;cemment, notamment une poursuite de 900 millions de dollars intent&#233;e le printemps dernier par le Conseil de bande de Ushat Mak Mani-Utenam contre la Iron Ore Company qui exploite &#224; son propre profit le minerai dans le Nitassinan depuis les ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme est &#224; la fois une prise de terre et une prise de corps : capture du territoire dans un r&#233;gime foncier destin&#233; &#224; faire de la terre une marchandise (la fiction de la &#171; Couronne &#187;) ; capture du corps arrach&#233; &#224; la terre nourrici&#232;re par un r&#233;gime de citoyennet&#233; diff&#233;renci&#233; qui d&#233;termine sur une base raciale l'ensemble des relations &#233;conomiques, sociales, politiques et de droit priv&#233; de ses &#171; pupilles &#187;. L'affaire est maintenant bien document&#233;e : emp&#234;cher les Indien&#183;ne&#183;s de manger aura &#233;t&#233; l'une des politiques de nettoyage ethnique les plus syst&#233;matiquement mobilis&#233;es par le gouvernement imp&#233;rial dans sa guerre d'usurpation territoriale sur le continent. La situation v&#233;cue par les Innu&#183;e&#183;s dans leur lutte historique et actuelle contre le Canada, le Qu&#233;bec, Hydro-Qu&#233;bec, la Iron Ore Company et le Plan Nord (ainsi que le d&#233;cline le chef de Uashat Mak Mani-Utenam Mike Mackenzie dans une entrevue accord&#233;e en mai 2013) figure dans ce triste r&#233;pertoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et luttes actuelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quant au projet de La Romaine, et dans l'esprit de l'obligation de consulter dict&#233;e par la Cour supr&#234;me du Canada pour des projets d'exploitation des ressources sur des territoires traditionnels revendiqu&#233;s par des nations autochtones, deux r&#233;f&#233;rendums ont &#233;t&#233; tenus en 2011 et 2012 dans la communaut&#233; innue concernant d'&#233;ventuelles compensations. La communaut&#233;, deux fois, a dit non au projet d'entente. La compagnie a n&#233;anmoins poursuivi les travaux. &#171; &lt;i&gt;On dit non, pis ils le font pareil &lt;/i&gt; &#187;, s'exclame un &#233;lu innu rencontr&#233; &#224; Uashat cet &#233;t&#233; pour expliquer la d&#233;cision du Conseil de bande de poursuivre des ententes priv&#233;es avec les compagnies qui souhaitent s'implanter dans le Nitassinan. &#171; &lt;i&gt;J't'e parle, mais chu pas l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rit pour sa part un chasseur qualifiant la relation du gouvernement du Qu&#233;bec avec la nation innue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une mani&#232;re de manger qui rend libre &#8211; c'est un savoir politique dont a peut-&#234;tre perdu la m&#233;moire le peuple de l'&#233;lectricit&#233; : &#224; la suite des blocus de 2012, Hydro-Qu&#233;bec a obtenu de la Cour sup&#233;rieure du Qu&#233;bec une injonction, toujours, en vigueur &#224; ce jour qui interdit aux Innu&#183;e&#183;s de Uashat Mak Mani-Utenam de nuire au d&#233;roulement des travaux de La Romaine, en regard des &#171; pr&#233;judices irr&#233;parables &#187; que cela causerait &#224; la compagnie d'&#233;lectricit&#233;. Les Innu&#183;e&#183;s eux, tentent toujours d'obtenir devant les tribunaux une injonction permanente pour arr&#234;ter les travaux. &#937;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Am&#233;lie-Anne Mailhot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le corps des femmes de couleur </title>
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		<dc:date>2014-04-16T01:13:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leila Bedeir, Anahi Morales-Hudon</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Bedeir, Leila</dc:subject>
		<dc:subject>Morales-Hudon, Anahi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'instrumentalisation du corps des femmes comme symbole politique par les syst&#232;mes patriarcaux a rapidement &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e par les f&#233;ministes comme un enjeu majeur dans la lutte pour l'&#233;mancipation des femmes. Les f&#233;ministes ont rappel&#233; comment l'appropriation du corps des femmes par le syst&#232;me patriarcal constitue un enjeu central pour comprendre la domination des femmes, mais aussi pour mieux penser la r&#233;sistance. En d'autres mots, le corps est con&#231;u comme lieu de pouvoir, en tant qu'objet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Morales-Hudon-Anahi-+" rel="tag"&gt;Morales-Hudon, Anahi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1800.jpg?1642092153' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;250&#034; height=&#034;335&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'instrumentalisation du corps des femmes comme symbole politique par les syst&#232;mes patriarcaux a rapidement &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e par les f&#233;ministes comme un enjeu majeur dans la lutte pour l'&#233;mancipation des femmes. Les f&#233;ministes ont rappel&#233; comment l'appropriation du corps des femmes par le syst&#232;me patriarcal constitue un enjeu central pour comprendre la domination des femmes, mais aussi pour mieux penser la r&#233;sistance. En d'autres mots, le corps est con&#231;u comme lieu de pouvoir, en tant qu'objet mais aussi sujet de pouvoir. Aujourd'hui, au sein m&#234;me du mouvement f&#233;ministe, le corps des femmes immigrantes et racis&#233;es devient objet de d&#233;bat et sujet de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce corps, en tant que lieu de pouvoir, traduit bien plus que les rapports de domination li&#233;s au genre. D'autres rapports y sont en jeu, comme ceux issus du colonialisme et du racisme. Il y a notamment une imbrication des discriminations, c'est-&#224;-dire que non seulement les femmes immigrantes et racis&#233;es subissent de la discrimination parce qu'elles sont femmes, mais aussi parce qu'elles sont noires, autochtones, portent un v&#234;tement facilement identifiable &#224; un groupe confessionnel, parlent avec un accent non local, ne sont pas dipl&#244;m&#233;es d'une universit&#233; qu&#233;b&#233;coise, vivent dans la pauvret&#233;, etc. Tous ces facteurs se conjuguent de multiples mani&#232;res dans la vie des femmes immigrantes et racis&#233;es de fa&#231;on &#224; les marginaliser davantage, notamment en les constituant en &#171; Autres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les femmes immigrantes sont syst&#233;matiquement renvoy&#233;es &#224; leur diff&#233;rence, qu'elle soit physique (couleur de la peau) ou symbolique (hijab). D'ailleurs, le discours de la construction de la nation est un lieu particuli&#232;rement f&#233;cond pour illustrer ce ph&#233;nom&#232;ne. Au Qu&#233;bec, le recours &#224; l'argument de l'&#233;galit&#233; des sexes a permis &#224; certaines franges politiques de mieux tracer les &#171; fronti&#232;res &#187; de la nation. Sirma Bilge l'explique tr&#232;s bien dans un article intitul&#233; &#171; La Patrouille des fronti&#232;res au nom de l'&#233;galit&#233; de genre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sirma Bilge, &#171; &#171; ... alors que nous, Qu&#233;b&#233;cois, nos femmes sont &#233;gales &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette patrouille des fronti&#232;res &#171; &lt;i&gt;implique, dans le contexte o&#249; le discours de l'&#233;galit&#233; de genre est employ&#233; de mani&#232;re tendancieuse, des pratiques symboliques qui d&#233;pr&#233;cient les relations de genre et les relations interg&#233;n&#233;rationnelles associ&#233;es aux groupes minoritaires, par exemple en ravalant leurs conceptions et normes sur la f&#233;minit&#233;, la masculinit&#233;, le mariage ou la sexualit&#233;, au rang d'archa&#239;smes ou de pathologies (marqu&#233;s par la d&#233;pravation, la violence, la soumission, etc.)&lt;/i&gt; &#187;. Cette d&#233;marcation des fronti&#232;res a un effet tr&#232;s concret pour les femmes, voyant leur corps r&#233;duit &#224; un symbole de diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour un f&#233;minisme &#224; plusieurs visages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour nous il est primordial de reconna&#238;tre ces femmes comme sujets de pouvoir, et donc de d&#233;passer cette objectivation de leur corps. Nous croyons que cette perspective est une opportunit&#233; de penser la r&#233;sistance des femmes dans toute sa complexit&#233;. Le refus grandissant des femmes immigrantes et racis&#233;es de voir leur lutte compartiment&#233;e provient d'une conscience de l'impossibilit&#233; de faire des gains r&#233;els sans constamment rappeler la convergence des discriminations diverses. Cette reconnaissance nous invite &#224; porter attention au v&#233;cu et aux luttes de r&#233;sistance des femmes, en &#233;vitant d'envisager la r&#233;sistance comme ne pouvant porter qu'un seul visage ou prendre une seule forme. Le travail des f&#233;ministes autochtones est d'une grande inspiration. Comme l'explique Widia Larivi&#232;re, cofondatrice d'Idle No More au Qu&#233;bec : &#171; &lt;i&gt;La violence envers les femmes auto&#173;chtones est ce qui est le plus d&#233;vastateur actuellement. Saviez-vous que les femmes autochtones ont trois fois plus de chance d'&#234;tre victimes de violence que les non autochtones ? Cette violence est symptomatique de tous les probl&#232;mes qui touchent notre communaut&#233;. Pour am&#233;liorer la situation, il faut donc d'abord am&#233;liorer les conditions de vie des autochtones et redonner aux femmes leur pouvoir traditionnel.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roxane L&#233;ouzon, &#171; Idle No More : des femmes au front &#187;, M&#233;tro, 8 mars 2013.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que les femmes immigrantes et racis&#233;es sont aussi victimes du syst&#232;me patriarcal et qu'il est tout &#224; fait dans leur int&#233;r&#234;t de lutter contre celui-ci. Ce qu'elles font d'ailleurs. Et il est important que le mouvement des femmes adopte une approche qui permette de reconna&#238;tre leurs luttes et leurs r&#233;sistances dans toutes leurs sp&#233;cificit&#233;s, et r&#233;ussisse &#224; penser le corps des femmes racis&#233;es et immigrantes non plus comme objet de domination, mais comme sujet de r&#233;sistance &#224; des syst&#232;mes d'oppression qui s'entrecroisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reconnaissant la diversit&#233; des formes de r&#233;sistance de nos f&#233;minismes, nous, femmes et f&#233;ministes d'ici et d'ailleurs, pourrons formuler une critique plus complexe des oppressions et transformer les structures sociales et politiques qui perp&#233;tuent l'exclusion des femmes, notamment immigrantes et racis&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sirma Bilge, &#171; &#171; ... alors que nous, Qu&#233;b&#233;cois, nos femmes sont &#233;gales &#224; nous et nous les aimons ainsi &#187; : la patrouille des fronti&#232;res au nom de l'&#233;galit&#233; de genre dans une &#171; nation &#187; en qu&#234;te de souverainet&#233; &#187;, &lt;i&gt;Sociologie et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, vol. 42, no 1, 2010, p. 197-226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roxane L&#233;ouzon, &#171; Idle No More : des femmes au front &#187;, &lt;i&gt;M&#233;tro&lt;/i&gt;, 8 mars 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Merci &#224; D&#233;lice Igicari M. Mugabo pour ses commentaires sur cet article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peut-on consentir &#224; la prostitution ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Peut-on-consentir-a-la</link>
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		<dc:date>2014-04-16T01:05:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sandrine Ricci</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Ricci, Sandrine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question de la prostitution est complexe, car elle implique un ensemble de consid&#233;rations &#233;conomiques, sociales, politiques et &#233;thiques. Elle est marqu&#233;e par des rapports sociaux de pouvoir li&#233;s &#224; la classe sociale, &#224; l'appartenance ethnique et, bien entendu, au sexe ; les femmes constituant la tr&#232;s forte majorit&#233; des personnes prostitu&#233;es et les hommes, des clients. &lt;br class='autobr' /&gt; Historiquement, les f&#233;ministes ont souvent assimil&#233; la prostitution &#224; une expression ultime de la violence des hommes &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1798.jpg?1642092153' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;260&#034; height=&#034;457&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question de la prostitution est complexe, car elle implique un ensemble de consid&#233;rations &#233;conomiques, sociales, politiques et &#233;thiques. Elle est marqu&#233;e par des rapports sociaux de pouvoir li&#233;s &#224; la classe sociale, &#224; l'appartenance ethnique et, bien entendu, au sexe ; les femmes constituant la tr&#232;s forte majorit&#233; des personnes prostitu&#233;es et les hommes, des clients.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Historiquement, les f&#233;ministes ont souvent assimil&#233; la prostitution &#224; une expression ultime de la violence des hommes &#224; l'&#233;gard des femmes. Or, depuis quelques ann&#233;es, certains discours ont d&#233;plac&#233; le d&#233;bat &#224; un autre niveau. Invoquant le principe de libre disposition de leur corps, des femmes revendiquent le droit de choisir de se prostituer. Cet argument ne d&#233;stabilise pas que les f&#233;ministes, il s'inscrit dans une vaste r&#233;flexion philosophique : le concept de choix peut-il s'appliquer dans un contexte de prostitution ? Est-il possible de parler de consentement &#224; ce qui peut &#234;tre per&#231;u comme une forme de violence ? Qu'en est-il du libre arbitre des principales concern&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abolition vs r&#233;glementation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;coles de pens&#233;e utilisent des cadres d'analyse qui les m&#232;nent &#224; des conclusions antagonistes en ce qui concerne la prostitution. Sur le terrain, ces postures se traduisent le plus souvent par des actions divergentes aupr&#232;s des personnes prostitu&#233;es. Certaines f&#233;ministes privil&#233;gient une approche fond&#233;e sur la reconnaissance du travail du sexe et la r&#233;duction des m&#233;faits, d'autres favorisent au contraire la mise sur pied de moyens concrets permettant la sortie de la prostitution, de m&#234;me que la lutte contre la marchandisation du corps et de la sexualit&#233; des femmes. Dans les milieux f&#233;ministes, comme dans l'ensemble de la population, ces questions suscitent un v&#233;ritable &#233;cart&#232;lement entre deux appartenances v&#233;cues comme concurrentes et conflictuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant &lt;strong&gt;abolitionniste&lt;/strong&gt; d&#233;finit la prostitution comme une forme de violence envers les femmes et une atteinte aux droits humains des personnes prostitu&#233;es, que l'industrie du sexe exploite &#224; la faveur d'un syst&#232;me capitaliste g&#233;n&#233;rateur d'in&#233;galit&#233;s sociales qui vont en s'accroissant et de rapports sociaux induisant le sexisme, le racisme et le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant &lt;strong&gt;r&#233;glementariste&lt;/strong&gt; con&#231;oit plut&#244;t le travail du sexe comme une activit&#233; professionnelle l&#233;gitime que des adultes consentants peuvent libre&#173;ment choisir. En ce sens, le probl&#232;me r&#233;side dans le regard moraliste et stigmatisant que la soci&#233;t&#233; pose sur les personnes qui l'exercent, comme dans la r&#233;pression judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique politique qui pr&#233;vaut dans les milieux f&#233;ministes abolitionnistes peut &#234;tre associ&#233;e aux valeurs de gauche. Cette mouvance utopique refuse que le r&#233;el, tel qu'il s'impose &#224; l'heure actuelle avec les lois du march&#233; global, la mondialisation, le lib&#233;ralisme sexuel et les institutions patriarcales, soit une fatalit&#233; &#224; laquelle il faut se r&#233;signer. Cela &#233;tant dit, il existe aussi une mouvance conservatrice (et antif&#233;ministe) parmi les abolitionnistes, comme il existe des gens sensibles aux valeurs de gauche parmi les r&#233;glementaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la logique politique qui pr&#233;vaut dans les milieux r&#233;glementaristes rejoint les id&#233;aux et les pratiques mises de l'avant par le lib&#233;ralisme. Cette mouvance plut&#244;t individualiste voit dans la prostitution une institution immuable. Elle commande donc un certain &#171; pragmatisme &#187; &#224; l'aune duquel il importe avant tout de limiter les cons&#233;quences malheureuses associ&#233;es &#224; la prostitution, principalement imputables aux l&#233;gislations hypocrites, aux pratiques polici&#232;res harcelantes et &#224; la stigmatisation sociale des femmes prostitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un consentement sujet &#224; interpr&#233;tation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#233;coles de pens&#233;e ont soulev&#233; les limites du consentement, &#224; propos de la prostitution, mais aussi du &#171; voile &#187; islamique. Dans le champ des &#233;tudes f&#233;ministes, des penseuses nous permettent de comprendre &#224; quel point de tels enjeux sont complexes, surtout si, &#224; l'instar des th&#233;ories postcolonialistes comme celle de Franz Fannon, elles tiennent compte de l'ali&#233;nation des domin&#233;&#183;e&#183;s, tandis que d'un point de vue f&#233;ministe, on se doit d'accorder une place centrale &#224; la parole des femmes, &#224; la parole des opprim&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'anthropologue Nicole-Claude Mathieu ne prenne pas explicitement position sur la prostitution dans son article &#171; Quand c&#233;der n'est pas consentir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicole-Claude Mathieu, &#171; Quand c&#233;der n'est pas consentir. Des d&#233;terminants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, on peut d&#233;duire, de par son analyse mat&#233;rialiste de la conscience des femmes, que la prostitution constitue une appropriation du corps et du travail des femmes par les hommes rendue possible par le patriarcat, un syst&#232;me de domination qui s'exerce tant aux niveaux id&#233;ologiques et symboliques que structurels et mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Mathieu, la prise de conscience individuelle (et collective) des femmes de leur position de domin&#233;es serait n&#233;cessaire pour concevoir le consentement &#224; la prostitution. A contrario, pour la philosophe Judith Butler, il est illusoire de vouloir transformer ou abattre les rapports de pouvoir en jeu dans l'exercice du consentement et de la prostitution ; alors aussi bien travailler aux meilleures conditions possible de leur exercice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Tangy, &#171; Le sens du consentement dans l'&#339;uvre de Judith Butler &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette optique, la reconnaissance du choix individuel primerait sur la dissym&#233;trie sexuelle. Est-ce l&#224; une fa&#231;on d'affirmer, comme le souligne la philosophe Genevi&#232;ve Fraisse, que le principe de libert&#233; l'emporterait sur celui d'&#233;galit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genevi&#232;ve Fraisse, Du consentement, &#201;d. du Seuil, Paris, 2007.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective butl&#233;rienne, le consentement est appr&#233;hend&#233; comme un acte valorisant la capacit&#233; d'autonomie de l'individu dans le cadre m&#234;me de la domination. Dans cette optique, le consentement de la personne prostitu&#233;e constituerait un choix strat&#233;gique structur&#233; par des contraintes &#233;conomiques. De plus, la pratique infiniment vari&#233;e de la prostitution pourrait int&#233;grer une part de d&#233;sir et une part de consentement sans qu'il faille n&#233;cessairement opposer les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophe Michela Marzano consid&#232;re pour sa part que le plaidoyer en faveur de la prostitution comme &#171; pratique de r&#233;sistance &#187; et de &#171; lib&#233;ration sexuelle &#187;, sous pr&#233;texte de s'opposer aux valeurs morales traditionnelles, renforcerait bien souvent l'oppression des plus faibles et le pouvoir des plus forts. Le consentement se transformerait ainsi en un moyen d'oppression servant &#224; justifier des attitudes violentes qui tirent parti des fragilit&#233;s et des failles des &#234;tres humains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michela Marzano, Je consens, donc je suis&#8230; &#201;thique de l'autonomie, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de consentement est donc invoqu&#233;e en faveur d'un libre exercice et de la d&#233;criminalisation compl&#232;te de la prostitution, incluant le prox&#233;n&#233;tisme, une question qu'examine actuellement la Cour supr&#234;me du Canada. Peut-on r&#233;ellement d&#233;fen&#173;dre cette id&#233;e de consentement sans s'interroger sur les contraintes qui poussent les individus &#224; consentir &#8211; c&#233;der, dirait Mathieu &#8211; &#224; la prostitution ? Le consentement peut-il suffire comme principe justificateur ? S'opposent ainsi deux principales &#233;coles de pens&#233;e qui ont &#224; la base des d&#233;finitions diff&#233;rentes de la prostitution. En d&#233;pit des divergences toutefois, les f&#233;ministes s'entendent sur l'importance de mettre fin &#224; la discrimination dont sont victimes les personnes prostitu&#233;es dans le syst&#232;me judiciaire et d'obtenir leur d&#233;criminalisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicole-Claude Mathieu, &#171; Quand c&#233;der n'est pas consentir. Des d&#233;terminants mat&#233;riels et psychiques de la conscience domin&#233;e des femmes, et de quelques-unes de leurs interpr&#233;tations en ethnologie &#187;, dans N.-C. Mathieu (dir.), &lt;i&gt;L'arraisonnement des femmes : Essais en anthropologie des sexes, &lt;/i&gt; &#201;ditions de l'EHESS, Paris, 1985, p. 169-245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Tangy, &#171; Le sens du consentement dans l'&#339;uvre de Judith Butler &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, vol. 14, no 1, 2008, p. 1-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Genevi&#232;ve Fraisse, &lt;i&gt;Du consentement&lt;/i&gt;, &#201;d. du Seuil, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michela Marzano, &lt;i&gt;Je consens, donc je suis&#8230; &#201;thique de l'autonomie&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteure tient &#224; remercier Isabelle Courcy, Lyne Kurtzman et Marie-Andr&#233;e Roy pour leur apport &#224; cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#234;tre et la marchandise </title>
		<link>https://www.ababord.org/L-etre-et-la-marchandise</link>
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		<dc:date>2014-04-16T00:57:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Soleil Chr&#233;tien</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tien, Marie Soleil</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#234;tre et la marchandise Kajsa Ekis Ekman, Montr&#233;al, M &#201;diteur, 2013. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans cet ouvrage, Kajsa Ekis Ekman se penche sur deux th&#232;mes suscitant de vifs d&#233;bats actuellement, particuli&#232;rement dans le mouvement f&#233;ministe : la prostitution et la maternit&#233; de substitution. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes cr&#233;ent un clivage entre une position dite abolitionniste et l'autre dite r&#233;glementariste. L'auteure a choisi de recenser un nombre imposant de travaux et de recherches pr&#233;sentant les deux positions afin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Chretien-Marie-Soleil-+" rel="tag"&gt;Chr&#233;tien, Marie Soleil&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1796.jpg?1642092153' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;248&#034; height=&#034;361&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#234;tre et la marchandise &lt;/i&gt; Kajsa Ekis Ekman, Montr&#233;al, M &#201;diteur, 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans cet ouvrage, Kajsa Ekis Ekman se penche sur deux th&#232;mes suscitant de vifs d&#233;bats actuellement, particuli&#232;rement dans le mouvement f&#233;ministe : la prostitution et la maternit&#233; de substitution. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes cr&#233;ent un clivage entre une position dite abolitionniste et l'autre dite r&#233;glementariste. L'auteure a choisi de recenser un nombre imposant de travaux et de recherches pr&#233;sentant les deux positions afin de les mettre en perspective et de d&#233;montrer que l'approche pr&#244;nant la r&#233;glementation contient plusieurs failles et ne s'inscrit pas dans un cadre f&#233;ministe &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Son but est, en effet, de d&#233;montrer que la l&#233;galisation de la prostitution et de la maternit&#233; de substitution n'est pas en soi un moyen permettant de minimiser &#8211; voire enrayer &#8211; les violences exerc&#233;es contre les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se positionnant dans une perspective abolitionniste, l'auteure revisite les &#233;tudes sur ce sujet et &#233;labore un contre-argumentaire en se basant &#224; la fois sur des notions th&#233;oriques et sur d'autres &#233;tudes trop souvent mises de c&#244;t&#233;. Elle d&#233;montre que le syst&#232;me prostitutionnel et l'industrie de la maternit&#233; de substitution sont des produits des syst&#232;mes patriarcal et capitaliste. En ce sens, elle soutient que la position r&#233;glementariste s'inscrit dans une logique lib&#233;rale de profit et de marchandisation du corps des femmes dans un syst&#232;me d'exploitation qui ne les prend pas en consid&#233;ration. Ainsi, cette position ne vise pas &#224; changer les rapports sociaux de sexe ni &#224; abolir les in&#233;galit&#233;s, mais plut&#244;t &#224; changer la vision qu'a la soci&#233;t&#233; des femmes prostitu&#233;es et des m&#232;res porteuses dans le but d'augmenter le respect envers elles et d'encourager cette activit&#233; lucrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de s'appuyer sur un argumentaire sociologique contre le capitalisme et les exploitations, Ekman apporte une perspective psychologique pour d&#233;noncer ces syst&#232;mes d'exploitation. Partant du trouble de stress post-traumatique, elle traite du sympt&#244;me de la dissociation auquel sont con&#173;front&#233;es &#8211; surtout &#8211; les femmes prostitu&#233;es pour exposer le fait que d'&#234;tre prostitu&#233;e ou m&#232;re porteuse n'est pas un travail comme les autres, alors que la position r&#233;glementariste d&#233;savoue les effets de la dissociation afin de valoriser ce type d'activit&#233;. En effet, en parlant de leur corps comme un objet ext&#233;rieur &#224; elles et de leur sexe ou leur ut&#233;rus comme un service, ces femmes ne sont pas seulement le sujet de travail ; elles deviennent l'objet m&#234;me de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit de fa&#231;on journalistique, ce livre est fort &#233;clairant comme introduction &#224; ces sujets puisqu'il regorge de donn&#233;es et de sources. Il est int&#233;ressant de noter qu'en plus des recherches utilis&#233;es, Ekman a aussi r&#233;alis&#233; du travail de terrain pour recueillir encore plus de t&#233;moignages&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand le corps des femmes donne chair au conflit</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quand-le-corps-des-femmes-donne</link>
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		<dc:date>2014-04-16T00:48:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eve-Marie Lacasse</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Lacasse, Eve-Marie </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Corps voil&#233;, d&#233;voil&#233;, marchand&#233; ; corps conspu&#233;, vendu, r&#233;clam&#233; ; corps auto&#173;d&#233;termin&#233;... Le corps des femmes, au sein m&#234;me des f&#233;minismes, demeure un outil et un terrain de tensions, de conflits et de r&#233;sistances. Les enjeux entourant le port du voile et la prostitution/travail du sexe en sont les illustrations les plus actuelles et les plus d&#233;chirantes. Mais au-del&#224; de l'enjeu fondamental qui divise les diff&#233;rentes approches f&#233;ministes &#8211; &#224; savoir : est-il possible qu'une femme qui porte le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lacasse-Eve-Marie-+" rel="tag"&gt;Lacasse, Eve-Marie &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1794.jpg?1642092153' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;252&#034; height=&#034;254&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Corps voil&#233;, d&#233;voil&#233;, marchand&#233; ; corps conspu&#233;, vendu, r&#233;clam&#233; ; corps auto&#173;d&#233;termin&#233;... Le corps des femmes, au sein m&#234;me des f&#233;minismes, demeure un outil et un terrain de tensions, de conflits et de r&#233;sistances. Les enjeux entourant le port du voile et la prostitution/travail du sexe en sont les illustrations les plus actuelles et les plus d&#233;chirantes. Mais au-del&#224; de l'enjeu fondamental qui divise les diff&#233;rentes approches f&#233;ministes &#8211; &#224; savoir : est-il possible qu'une femme qui porte le hijab ou le niqab ou qui s'identifie comme prostitu&#233;e/travailleuse du sexe le fasse par choix ? &#8211;, enjeu retourn&#233; de tous les bords et de tous les c&#244;t&#233;s, ne sommes-nous pas t&#233;moins de l'utilisation symbolique du corps des femmes par les f&#233;minismes dans une &#233;ternelle chicane de clocher concernant le &lt;i&gt;symbole &lt;/i&gt; de l'oppression et non l'oppression elle-m&#234;me ? Est-ce que la bonne oppression serait celle qui ne se voit pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait &#234;tre tent&#233; de voir dans ces deux figures de femmes, la voil&#233;e et la prostitu&#233;e/ travailleuse du sexe, un nouvel exemple des figures de la tradition occidentale que sont la m&#232;re et la putain. En r&#233;alit&#233;, qu'il soit voil&#233; ou d&#233;voil&#233;, le corps f&#233;minin est toujours construit comme corps sexu&#233;, car l'enjeu est bien la sexualit&#233; des femmes (pas celle des hommes) ainsi que l'image et le r&#244;le des femmes dans l'espace public, qu'il s'agit d'assujettir et de mettre au service de la soci&#233;t&#233; sexiste, raciste et h&#233;t&#233;rosexiste. Tous ces &#171; ismes &#187; ont le pouvoir de d&#233;cider &#224; quels r&#244;les sexuels ce corps sera assign&#233; et d'imposer les mesures n&#233;cessaires pour l'y contraindre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des visions trop tranch&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on peut d&#233;plorer, c'est que ces d&#233;bats dans le f&#233;minisme au Qu&#233;bec peinent &#224; &#233;chapper &#224; un discours binaire et clivant et &lt;i&gt;demeurent sur le terrain du corps des femmes pour croiser les armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division qui s'ensuit sur ces questions au sein des f&#233;ministes est bien connue. Deux visions, une abolitionniste et une autre r&#233;glementariste sur la prostitution/travail du sexe et deux positions sur l'interdiction du port du voile. Ces d&#233;bats, tel que mentionn&#233; plus haut, d&#233;chirent les passions, les discours et les visions f&#233;ministes. Les prises de position s'emballent, les f&#233;ministes &#233;tant bien souvent press&#233;es par le temps, entra&#238;n&#233;es, sinon contraintes, &#224; prendre position. Dans ce climat, un processus de raidissement de la pens&#233;e est &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les f&#233;ministes s'entendent pour d&#233;noncer la violence de la domination masculine et pour accuser le patriarcat d'instrumentaliser ces deux figures de femmes. Mais, h&#233;las, nous restons trop souvent prises (et je m'y inclus) dans la logique que ce syst&#232;me nous impose. En d'autres mots, quand les f&#233;ministes consid&#232;rent les femmes prostitu&#233;es/ travailleuses du sexe et les femmes portant le foulard ou voil&#233;es comme uniquement des victimes du patriarcat, comme des &#234;tres &#171; ali&#233;n&#233;s &#187; ou maintenus dans la subordination et qu'elles veulent les lib&#233;rer, elles souscrivent au discours qui consacre le d&#233;ni de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue des femmes, de leur exp&#233;rience subjective et collective et, surtout, qui nie la logique de rapports de pouvoir entre femmes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De nouvelles voix &#224; prendre en compte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, tant bien que mal, depuis quelques ann&#233;es, une rupture se produit dans le discours f&#233;ministe. Celle-ci nous rappelle les premi&#232;res irruptions de la parole des f&#233;ministes dans l'espace public, le refus de plusieurs femmes de demeurer passives et silencieuses dans la sph&#232;re priv&#233;e, dans les ann&#233;es 1970, quand elles se mirent &#224; exprimer avec bruit et fureur leur v&#233;cu et leurs besoins. Rapidement apr&#232;s cela, avec les &lt;i&gt;third world feminists&lt;/i&gt;, ou les f&#233;ministes de la marginalit&#233;, des critiques se sont &#233;lev&#233;es contre la pr&#233;dominance dans le discours et la pratique f&#233;ministes de certaines exp&#233;riences et analyses des conditions des femmes qui ne prenaient pas en compte plusieurs exp&#233;riences diff&#233;rentes, telles que celles des femmes migrantes, lesbiennes, autochtones, handicap&#233;es, afro-am&#233;ricaines, etc. Concernant le sujet qui nous pr&#233;occupe, cette fois, ce sont les prostitu&#233;es/travailleuses du sexe d'abord, puis les femmes portant le foulard ou voil&#233;es qui s'engagent dans le processus, bien connu des f&#233;ministes, de r&#233;appropriation de la parole des femmes par elles-m&#234;mes en se faisant de plus en plus entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;minismes sont donc confront&#233;s &#224; une prise de parole publique de femmes jusque-l&#224; sans voix et/ou que l'on ne voulait pas entendre, qui les fait passer du statut d'objet d'analyse &#224; celui de sujet d'un discours puisqu'elles critiquent et revendiquent. De silencieuses et cach&#233;es, ou invisibles, elles font tout &#224; coup irruption dans l'espace public o&#249; elles sont d&#233;sormais plus visibles en affichant leurs convictions et en se revendiquant, &#224; certains moments, du f&#233;minisme. Il peut sembler paradoxal que des femmes qui r&#233;clament leur droit &#224; s'autod&#233;terminer soient pr&#233;cis&#233;ment celles qui posent probl&#232;me au mouvement des femmes. En r&#233;alit&#233;, avec ces d&#233;bats, c'est la r&#233;f&#233;rence &#224; son propre combat qui interpelle le f&#233;minisme ou, plus exactement, les diff&#233;rentes mani&#232;res qui existent de s'approprier et interpr&#233;ter son message de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la surench&#232;re politique et sociale, les f&#233;ministes, accul&#233;es &#224; faire des choix, sont tenues de les justifier, c'est-&#224;-dire de se concentrer sur leurs arguments au lieu de r&#233;ellement &#233;couter ceux des autres. La distance se creuse, rendant le dialogue de plus en plus difficile et mettant en lumi&#232;re qu'il nous manque cruellement un espace politique qui permet ou m&#234;me encourage l'expression du dissensus entre personnes poursuivant un m&#234;me objectif, celui de la lib&#233;ration des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pr&#234;ter le flanc</title>
		<link>https://www.ababord.org/Preter-le-flanc</link>
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		<dc:date>2013-12-08T18:28:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Delvaux</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Delvaux, Martine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les exemples de nudit&#233; militante sont nombreux. Dans certains cas ils sont mixtes, dans d'autres cas ils sont sp&#233;cifiquement le fait de femmes militantes. Toutefois, dans tous les cas, c'est le corps nu de la femme qu'il faut interroger, &#224; cause de l'histoire qui lui colle &#224; la peau, parce qu'un corps f&#233;minin d&#233;nud&#233; sur la place publique, &#231;a ne va pas de soi. &lt;br class='autobr' /&gt; Contre la fourrure et pour les droits des animaux (les campagnes de publicit&#233; de l'association PETA), pour la libert&#233; d'expression (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-En-plein-corps-" rel="directory"&gt;Dossier : En plein corps&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Delvaux-Martine-+" rel="tag"&gt;Delvaux, Martine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1744.jpg?1642092151' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;331&#034; height=&#034;431&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les exemples de nudit&#233; militante sont nombreux. Dans certains cas ils sont mixtes, dans d'autres cas ils sont sp&#233;cifiquement le fait de femmes militantes. Toutefois, dans tous les cas, c'est le corps nu de la femme qu'il faut interroger, &#224; cause de l'histoire qui lui colle &#224; la peau, parce qu'un corps f&#233;minin d&#233;nud&#233; sur la place publique, &#231;a ne va pas de soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contre la fourrure et pour les droits des animaux (les campagnes de publicit&#233; de l'association PETA), pour la libert&#233; d'expression (l'artiste chinois Ai Wei Wei) ou le droit au nudisme, mais toujours pour exprimer l'indignation... la nudit&#233; est un dernier retranchement, l'arme de ceux et celles qui n'ont plus rien &#224; perdre. Le geste de se d&#233;nuder constitue la mise en jeu d'un soi vuln&#233;rable, une litt&#233;ralisation de l'expression &#171; pr&#234;ter le flanc &#187;. C'est une forme de protestation pacifique, la libert&#233; et la fragilit&#233; du corps debout devant la force du pouvoir. Enfin, c'est une provocation, un &#171; attrape-moi si tu peux &#187; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyen emprunt&#233; par une collectivit&#233;, le corps nu est un d&#233;nominateur commun (qui relie non seulement les militantes et les militants entre eux, mais laisse entendre que ceux et celles qui exercent le pouvoir ne sont pas diff&#233;rents&#183;es). Utilis&#233; par un groupe en particulier, dans ce cas les femmes, son sens est &#224; interroger. D'abord, il y a une diff&#233;rence importante entre les cas o&#249; des femmes sont d&#233;nud&#233;es en tant que femmes (et d&#232;s lors instrumentalis&#233;es, comme dans le cadre de campagnes et d'actions de PETA o&#249; semble simplement reconduit le clich&#233; de la femme animalis&#233;e), et les cas o&#249; elles choisissent elles-m&#234;mes ce mode d'expression : Alya Elmahdi, par exemple, la jeune femme &#233;gyptienne qui s'est d&#233;nud&#233;e sur son blogue pour protester contre la place des femmes dans son pays, ou celui des Femen, mouvement d'origine ukrainienne install&#233; dans diff&#233;rents pays pour protester contre le patriarcat, les religions monoth&#233;istes et le commerce des femmes. &#192; l'instar de Lady Godiva manifestant dans l'Angleterre du XIe si&#232;cle contre la hausse des taxes en se promenant nue sur son cheval, les Femen d&#233;ploient dans l'espace public un corps parlant, th&#233;&#226;tral et d&#232;s lors politique. &#171; &lt;i&gt;Ne posez pas,&lt;/i&gt; se disent-elles, &lt;i&gt;vous n'&#234;tes pas des mannequins, vous &#234;tes des soldats&lt;/i&gt; &#187; ! Contre l'immobilit&#233; du mannequin, le mouvement ; contre l'individualisme, le collectif ; contre l'effacement, l'exposition qui repose sur la marque la plus claire de la f&#233;minit&#233; biologique : les seins.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Corps contre corps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La nudit&#233; des Femen est-elle l'expression d'une oppression int&#233;gr&#233;e, sorte de syndrome de Stockholm ou de mise en &#339;uvre panoptique o&#249; les femmes deviendraient leur propre surveillant et bourreau ? Ou s'agit-il plut&#244;t d'une pratique oppositionnelle : espace de man&#339;uvre braconn&#233; &#224; m&#234;me le lieu du pouvoir ? Faisant usage de vigilance et de ruse, saisissant les &lt;i&gt;bonnes&lt;/i&gt; occasions pour se manifester (avec ce que &#231;a comporte de risque et de perte, dans le champ symbolique et dans la r&#233;alit&#233;) dans l'espace o&#249; s'exercent et se d&#233;marquent les visages du pouvoir patriarcal, les Femen sont des tacticiennes. C'est pour cette raison qu'il faut s'int&#233;resser &#224; elles malgr&#233; leurs contradictions et ce qu'elles suscitent de controverse (entre autres &#224; cause de leur rapport aux religions monoth&#233;istes qui s'exercent &lt;i&gt;sur le dos &lt;/i&gt; des femmes &#8211; le catholicisme tout autant que la religion musulmane). Leur int&#233;r&#234;t r&#233;side dans le fait qu'elles ne s'appuient pas sur un discours parfaitement articul&#233; (support d'une strat&#233;gie) et qu'elles braconnent, plut&#244;t, mettant en acte une lutte contre l'oppression des femmes. Les Femen clament un espace d'apparition pour des corps vuln&#233;rables. Il ne s'agit pas pour elles de parader ou de poser, mais de crier, brandir, bouger. Les Femen se mettent v&#233;ritablement en jeu, dressant le corps f&#233;minin contre le corps policier, le corps politique discursif contre le corps &#233;rotique. Car que reste-t-il de la nudit&#233; quand des mots sont &#233;crits sur la peau ? Quel corps, au final, est touch&#233; par les mains des policiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on dit que les hommes jouissent des images des Femen (qui elles profiteraient de l'attention m&#233;diatique), j'ai plut&#244;t envie de dire que devant ces images, ils se frottent les yeux. Car enfin, le corps des Femen est un corps qui se met en danger, un corps-visage qui dit, comme chez L&#233;vinas, &#171; &lt;i&gt;tu ne tueras pas&lt;/i&gt; &#187;. La poitrine nue des Femen est non seulement &lt;i&gt;&#233;crite&lt;/i&gt;, mais elle n'est jamais coup&#233;e de leur visage, contrairement aux publicit&#233;s ou &#224; la pornographie. Et c'est ce visage-l&#224; d'une femme en col&#232;re, d'une femme militante, qui parle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Au moment o&#249; cet article est envoy&#233; &#224; l'impression (fin septembre 2013), un bruit circule autour du documentaire de Kitty Green, &lt;i&gt;Ukraine Is Not a Brothel&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; &#224; la Mostra de Venise. Le film met en exergue le r&#244;le jou&#233; par un homme, Viktor Svyatski, &#224; l'int&#233;rieur du mouvement des Femen, depuis sa cr&#233;ation. Le documentaire n'&#233;tant pas accessible au moment o&#249; j'&#233;cris, je m'en tiens aux propos d'Inna Shevchenko parus dans &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;, le 5 septembre 2013, o&#249; elle confirme la pr&#233;sence de Svyatski et son emprise, mais nie le fait qu'il ait fond&#233; le mouvement (n&#233;, plut&#244;t, d'un collectif de femmes). Par ailleurs, comme le souligne Shevchenko, il y a un lien &#224; faire entre la lutte des membres de Femen contre la domination masculine dans leurs vies priv&#233;es (ce que repr&#233;sente Svyatski), et la lutte qu'elles m&#232;nent contre cette domination plus globalement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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