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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Tout est dans tout</title>
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		<dc:date>2012-08-26T19:20:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Farah</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Farah, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si Roland Barthes d&#233;crit le style de l'&#233;crivain comme &#233;tant fonci&#232;rement biologique, il en va de m&#234;me pour le rapport au politique qu'entretient celui dont la vie consiste &#224; faire de la litt&#233;rature. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces choses-l&#224; remontent &#224; loin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour s'incarner dans une forme, l'engagement n'a pas &#224; &#234;tre seulement le r&#233;sultat d'un choix r&#233;fl&#233;chi. Il serait pudibond de croire l'esprit &#233;loign&#233; des visc&#232;res, la politique autre chose qu'une affaire de pulsions. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;crivain a d'abord pour travail de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Litterature-fuite-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Litt&#233;rature, fuite et r&#233;sistance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Farah-Alain-+" rel="tag"&gt;Farah, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si Roland Barthes d&#233;crit le style de l'&#233;crivain comme &#233;tant fonci&#232;rement biologique, il en va de m&#234;me pour le rapport au politique qu'entretient celui dont la vie consiste &#224; faire de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces choses-l&#224; remontent &#224; loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'incarner dans une forme, l'engagement n'a pas &#224; &#234;tre seulement le r&#233;sultat d'un choix r&#233;fl&#233;chi. Il serait pudibond de croire l'esprit &#233;loign&#233; des visc&#232;res, la politique autre chose qu'une affaire de pulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain a d'abord pour travail de rappeler la contingence des forces d'ordonnancement qui structurent nos histoires intimes autant que celles qui gouvernent nos corps. La part engag&#233;e de son &#339;uvre travaille en dessous de la table. Adorno avait d'ailleurs cette formule, en parlant de Beckett et de Kafka : c'est dans son refus de communiquer que la litt&#233;rature r&#233;siste au cours du monde, que les formes qu'elle d&#233;ploie deviennent une sorte de &#171; cryptogramme de la domination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vous soyez f&#233;d&#233;raliste ou ind&#233;pendantiste, progressiste ou conservateur, id&#233;aliste ou cynique importe peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui compte, c'est de savoir si vous &#234;tes content ou f&#226;ch&#233; de la &lt;i&gt;situation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les questions que votre revue adresse aux &#233;crivains sont n&#233;cessaires, encore et toujours. Le lien entre engagement et litt&#233;rature n'est pas une lubie ou l'objet d'une sous-sp&#233;cialit&#233; r&#233;serv&#233;e &#224; des sur-sp&#233;cialistes. Cette question revient toujours, et tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends ceux qui l'&#233;vitent, c'est un embarras de pens&#233;e, et personne n'aime les ennuis, &#224; part les &#233;crivains, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la limite, on peut faire comme Bastien, ce concurrent de quiz t&#233;l&#233;vis&#233; qui disait toujours &#171; je passe &#187; &#224; Questions pour un champion,&#8194;mais si on d&#233;cide de faire &#233;crivain, esquiver le probl&#232;me politique trahit de la mauvaise foi, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; sartrien, le temps d'une phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez, j'y vais encore un peu : ceux qui refusent de penser l'engagement se tiennent souvent du c&#244;t&#233; du pouvoir, pr&#233;textent le fait de se m&#234;ler de leurs oignons seulement pour mieux organiser leur mandarinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, au lieu de r&#233;pondre &#224; la sempiternelle question de la politique de la litt&#233;rature (allez lire l'essai de Ranci&#232;re du m&#234;me nom !) s'en sortent avec ce poncif : &#171; &lt;i&gt;Tout est politique&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne veut rien dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'on fait, alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;pondre en 300 pages bien tass&#233;es. J'ai essay&#233; dans ma th&#232;se de doctorat, mais personne ne vous lit. Ou on r&#233;plique avec quelque chose d'encore plus g&#233;n&#233;ral, avec par exemple la formule qu'Alphonse Allais a mieux r&#233;sum&#233; que les autres : &#171; &lt;i&gt; Tout est dans tout et vice versa&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le lien, entre litt&#233;rature et politique, entre l'&#233;criture et la vie, je l'ai trouv&#233; encore r&#233;cemment dans les pages de &lt;i&gt;L'insurrection qui vient&lt;/i&gt;, brillant pamphlet du comit&#233; invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte aborde les raisons de la mis&#232;re affective qui accable bon nombre de nos contemporains : elle est li&#233;e &#224; notre d&#233;sertion de la sph&#232;re politique. &#201;tant de moins en moins capable de penser politiquement le cours du monde, on en est venu &#224; l'id&#233;e qu'il fallait se gu&#233;rir de notre solitude comme on le ferait pour un orgelet ou une verrue. Or, l'acceptation de la solitude, surtout pour quelqu'un qui pratique l'&#233;criture, demeure le premier pas de c&#244;t&#233; &#224; op&#233;rer pour sortir de la torpeur qui nous assaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de c&#244;t&#233;, comme &#224; la boxe, quand on &#233;vite les coups en d&#233;bordant de l'axe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique le fait d'&#234;tre d&#233;cal&#233;, d'accepter la solitude, de voir ce qu'il y a d'int&#233;ressant au fond d'elle, quitte &#224; comprendre son impasse : l'onanisme ne fait pas des enfants forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, les gens vont peut-&#234;tre retrouver l'envie de se constituer &#224; nouveau en communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais pour &#231;a, il faut travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde aime dire qu'il fait son possible, mais ce qui est frappant, c'est &#224; quel point l'horrible travail, dont parlaient Rimbaud et Socrate avant lui, celui qui m&#232;ne &#224; se conna&#238;tre soi-m&#234;me, &#224; transformer en forces nos faiblesses, n'int&#233;resse personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes trop paresseux pour nous regarder dans le miroir, alors imaginez le peu de gens capable d'imaginer &#171; &lt;i&gt; un homme s'implantant et se cultivant des verrues sur le visage &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se braque contre des dispositifs dits rigides seulement parce que nous sommes trop flemmards pour les r&#233;inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inanit&#233; de notre temps a d&#233;politis&#233; tous les acc&#232;s d'intensit&#233;, &#224; commencer par le projet pr&#233;tendument pu&#233;ril de transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, &#224; chercher un peu, on garde espoir : il y a encore des intellectuels, des &#233;crivains, des artistes qui rappellent la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre libre, de s'affranchir des diktats d'une soci&#233;t&#233; qui fait de tout une marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne manque qu'&#224; les rassembler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'un bon usage de l'anachronisme en litt&#233;rature ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/D-un-bon-usage-de-l-anachronisme</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:20:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Mavrikakis</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Mavrikakis, Catherine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La voix silencieuse des morts &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on en croit le livre de Melina Balcazar Moreno, Travailler pour les morts, Jean Genet n'&#233;crivait pas pour ses contemporains. &#171; L'&#339;uvre d'art, lit-on dans L'Atelier d'Alberto Giacometti, n'est pas destin&#233;e aux g&#233;n&#233;rations enfants. Elle est offerte &#224; l'innombrable peuple des morts. &#187; Genet, &#171; l'ennemi d&#233;clar&#233; &#187;, l'&#233;crivain pro-palestinien, l'admirateur des Black Panthers, lui qui d&#233;crit les cadavres apr&#232;s le massacre de Chatila, lui qui aurait r&#233;pondu &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1357.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La voix silencieuse des morts&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on en croit le livre de Melina Balcazar Moreno, &lt;i&gt;Travailler pour les morts&lt;/i&gt;, Jean Genet n'&#233;crivait pas pour ses contemporains. &#171; &lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art&lt;/i&gt;, lit-on dans L'Atelier d'Alberto Giacometti, &lt;i&gt;n'est pas destin&#233;e aux g&#233;n&#233;rations enfants. Elle est offerte &#224; l'innombrable peuple des morts.&lt;/i&gt; &#187; Genet, &#171; l'ennemi d&#233;clar&#233; &#187;, l'&#233;crivain pro-palestinien, l'admirateur des Black Panthers, lui qui d&#233;crit les cadavres apr&#232;s le massacre de Chatila, lui qui aurait r&#233;pondu &#224; l'appel aux combats que lui lan&#231;ait son &#233;poque, voyait son &#233;criture comme &#171; &lt;i&gt;une recherche d'une autre forme de temps, un temps d&#233;sajust&#233;, par cette adresse aux morts qui la travaille au plus profond&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture de Jean Genet envers le monde qui fut le sien m'appara&#238;t essentielle quand il s'agit de penser la litt&#233;rature dans son lien &#224; la tyrannie d'un pr&#233;sent qui avale tout rond la temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre, loin de s'ajuster aux r&#232;gles violentes du moment, inscrit au contraire un d&#233;calage par rapport au temps qui l'accueille. Comme le pense le philosophe Giorgio Agamben dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le contemporain ?&lt;/i&gt;, &#234;tre vraiment de son &#233;poque demande un d&#233;calage, un d&#233;phasage ou une non-co&#239;ncidence envers le temps pr&#233;sent. Cette distanciation critique qu'un tel &#233;cart donne permet &#224; l'artiste, &#224; l'intellectuel de mieux saisir l'actuel. Pour Agamben, la contemporan&#233;it&#233; est &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la relation au temps qui adh&#232;re &#224; lui par le d&#233;phasage et l'anachronisme &lt;/i&gt; &#187;. Celui ou celle qui voudrait &#234;tre dans une synchronie avec son &#233;poque ou encore saisir l'essence de celle-ci ne pourrait qu'&#234;tre aveugl&#233; par les lumi&#232;res &#233;ph&#233;m&#232;res et s&#233;ductrices de l'Histoire imm&#233;diate. En fait, ce qu'Agamben pr&#233;conise pour le penseur ou le cr&#233;ateur est une pratique anachronique. Il est alors question d'avoir, face &#224; son pr&#233;sent, une &#171; &#233;coute flottante &#187; dans laquelle une certaine absence, une distraction, une inattention est n&#233;cessaire pour garder au contemporain sa force vive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pervertir le consensus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;sister au pr&#233;sent ? Comment ne pas seulement et simplement participer comme &#233;crivain au cirque litt&#233;raire ou culturel actuel ? Si Agamben peut, dans son analyse des &#233;crivains et philosophes, conclure &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un certain anachronisme, il ne nous donne jamais un mode d'emploi pour un bon usage du rapport au pr&#233;sent. Or, se refuser de fa&#231;on trop radicale &#224; une adh&#233;sion &#224; l'actuel ne cr&#233;erait-il pas chez l'artiste un repli romantique sur soi, o&#249; il aurait la folie de croire &#224; sa position messianique et proph&#233;tique, fond&#233;e sur le pouvoir de l'avenir quant &#224; la v&#233;rit&#233; du contemporain ? Comment &#234;tre &#224; la fois pr&#233;sent et absent &#224; son &#233;poque ? Et comment ne pas travailler uniquement pour un futur hypoth&#233;tique qui, lui, saurait reconna&#238;tre les siens et s&#233;parer le bon grain de l'ivraie ? En d'autres termes, quelles pourraient &#234;tre les tactiques de r&#233;sistance &#224; la b&#234;tise du pr&#233;sent qui permettraient &#224; l'artiste ou au penseur de se faire entendre par ses contemporains ? Quand Genet s'engage dans la cit&#233; qu'il voit sienne, il n'a pas pour destinataire ses contemporains, ni les hommes de l'avenir dont il n'esp&#232;re rien. Il en appelle &#224; une communaut&#233; des morts et vivants o&#249; il s'agit de rendre hommage aux disparus. Le pr&#233;sent aurait pour lui le devoir de parler des morts hors de la c&#233;l&#233;bration et de la comm&#233;moration. Le contemporain ne peut se fonder dans l'usage pervers du pass&#233;. Pour Genet, la &#171; monumentalisation &#187; artificielle de l'His&#173;toire demeure la tentation du contemporain. Il faut faire entendre la vraie voix silencieuse des morts et lib&#233;rer le pr&#233;sent du fardeau d'un temps emprisonn&#233; dans l'&#233;criture trop facile de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; fa&#231;on de faire &#187; de Genet pour &#233;chapper &#224; son &#233;poque tout en se plongeant en elle n'est malheureusement pas imitable. Il faut croire que c'est &#224; chaque intellectuel, &#224; chaque artiste et plus largement &#224; chacun de trouver son propre mode de r&#233;sistance anachronique. On peut aussi penser que les mani&#232;res de r&#233;sister &#224; son &#233;poque doivent s'adapter &#224; celle-ci pour mieux la contrer. Les fa&#231;ons de pervertir le consensus social, de produire des contradictions dans un syst&#232;me donn&#233; sont sans cesse &#224; r&#233;inventer. Par ses exemples, la litt&#233;rature peut nous aider &#224; trouver nos moyens de lutte, mais elle ne peut malheureusement pas proposer de r&#232;gles. L'&#233;thique d'un &#171; contemporain anachronique &#187; reste une t&#226;che infinie, qui joue sans cesse avec son propre &#233;chec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La litt&#233;rature est inefficace et ennuyeuse aujourd'hui</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-litterature-est-inefficace-et</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:19:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu Arsenault</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Arsenault, Matthieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On doit se rendre &#224; l'&#233;vidence : la litt&#233;&#173;rature n'est ni aussi efficace ni aussi divertissante que le cin&#233;ma, la t&#233;l&#233;, les jeux vid&#233;o ou les technologies de l'infor&#173;mation. On doit &#233;galement se rendre &#224; cette autre &#233;vidence : si &#224; notre &#233;poque, les genres litt&#233;raires survivent, c'est plut&#244;t par inertie d'institution que par une r&#233;elle capacit&#233; de rendre l'exp&#233;rience de leur &#233;poque aux individus qui ont les deux pieds dedans. La litt&#233;rature suscite aujourd'hui l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Il ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arsenault-Matthieu-+" rel="tag"&gt;Arsenault, Matthieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1356.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;92&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On doit se rendre &#224; l'&#233;vidence : la litt&#233;&#173;rature n'est ni aussi efficace ni aussi divertissante que le cin&#233;ma, la t&#233;l&#233;, les jeux vid&#233;o ou les technologies de l'infor&#173;mation. On doit &#233;galement se rendre &#224; cette autre &#233;vidence : si &#224; notre &#233;poque, les genres litt&#233;raires survivent, c'est plut&#244;t par inertie d'institution que par une r&#233;elle capacit&#233; de rendre l'exp&#233;rience de leur &#233;poque aux individus qui ont les deux pieds dedans. La litt&#233;rature suscite aujourd'hui l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Il ne reste que des miettes de la grandeur de Voltaire &#224; son &#233;poque, des miettes de Victor Hugo. Des miettes, m&#234;me, de Gaston Miron, c'est dire. Invoquer des motifs moralisateurs sur la beaut&#233; et l'importance de l'histoire litt&#233;raire pour l'identit&#233; collective, la nation ou la grandeur de l'homme ne contribuerait aucunement &#224; d&#233;montrer la pertinence du litt&#233;raire aujourd'hui au sein de la culture. Il n'y a pas de pertinence &#224; la litt&#233;rature aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Le pouvoir singulier de la litt&#233;rature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais est-elle pour cette raison d&#233;finitivement termin&#233;e ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faudrait plut&#244;t revenir &#224; ses fondements, &#224; ce qui fait sa singularit&#233; mat&#233;rielle et formelle. Elle poss&#232;de en effet une chose qui lui est unique, le r&#233;sultat de milliers d'ann&#233;es d'&#233;volution : son code, l'&#233;criture, et son mat&#233;riau, le langage sont plus adapt&#233;s, plus durables et plus &#233;conomiques que tout ce que les deux derniers mill&#233;naires ont pu produire en mati&#232;re d'art et de communication. Toutes les technologies de l'image, depuis la peinture jusqu'&#224; l'archivage num&#233;rique en passant par la pellicule, sont fond&#233;es sur des mat&#233;riaux friables appliqu&#233;s sur des surfaces de quelques microm&#232;tres &#224; peine. Leur conservation demande un soin constant, des environnements contr&#244;l&#233;s et des institutions co&#251;teuses qui, sur une longue dur&#233;e incluant des guerres, des r&#233;volutions et m&#234;me la disparition de civilisations enti&#232;res, feront en sorte qu'il ne restera rien de tout cela d'ici peut-&#234;tre mille ans &#224; peine. Il nous reste cependant des fragments toujours lisibles de l&lt;i&gt;'&#201;pop&#233;e de Gilgamesh &lt;/i&gt; et m&#234;me des &#339;uvres enti&#232;res des Grecs. Et parce que ce code est aussi &#233;conomique que durable, il fait en sorte que chaque individu, pour autant qu'il sache lire et &#233;crire, se sent une part de responsabilit&#233; au moins &#224; la litt&#233;rature, car elle est &#224; sa port&#233;e, il l'invoque m&#234;me n&#233;cessairement d&#232;s qu'il s'installe pour &#233;crire. De ce point de vue mat&#233;riel, on peut comprendre la litt&#233;rature comme le r&#233;pertoire des techniques du r&#233;cit et de l'imaginaire de l'&#233;criture, des personnages possibles, des intrigues potentielles, des figures de style virtuelles, des moyens les plus fondamentaux de communiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, la litt&#233;rature a un pouvoir et une responsabilit&#233; historique qui exc&#232;de tout ce dont sont capables &#224; la fois le march&#233; et les technologies de l'information. En mati&#232;re de culture, l'&#233;conomie de march&#233; est en effet incapable de conserver quelque m&#233;moire que ce soit. La culture de masse fait circuler de mani&#232;re virale des &#233;l&#233;ments culturellement localis&#233;s, si connot&#233;s qu'au-del&#224; d'un certain espace-temps tr&#232;s restreint ils deviennent aussi ind&#233;chiffrables que d&#233;pourvus de pertinence. Les technologies de l'information, quant &#224; elles, plus soucieuses de la m&#233;moire de notre &#233;poque, se sont engag&#233;es dans une poursuite pour archiver et conserver l'int&#233;gralit&#233; du savoir et de l'exp&#233;rience humaine. Mais pour y arriver, les travailleurs de l'information ne cessent de faire migrer les donn&#233;es de serveur en serveur, de syst&#232;me en syst&#232;me, de disque en disque parce qu'aucune de ces surfaces ne saurait durer plus que 50 ans. Cette poursuite, malheureusement, est perdue d'avance. Le d&#233;sint&#233;r&#234;t, le manque de fonds et de ressources, la d&#233;gradation physique, les erreurs de classement et, finalement, l'impossibilit&#233; de ramener cette quantit&#233; d'information &#224; une &#233;chelle humaine, vouent ces archives &#224; l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La mesure du temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est uniquement &#224; cette &#233;chelle de temps infiniment vaste qu'on red&#233;couvre la raison d'&#234;tre de la litt&#233;rature. Par sa capacit&#233; de mettre en sc&#232;ne autant l'activit&#233; humaine que son imaginaire, elle ram&#232;ne le savoir et la pens&#233;e d'une &#233;poque &#224; un niveau o&#249; ils deviennent saisissables au regard d'un individu d'une autre &#233;poque ; par la mall&#233;abilit&#233; de son code, elle est infiniment plus r&#233;sistante aux erreurs de classement et &#224; la d&#233;gradation physique de ses surfaces d'inscription ; et parce qu'elle constitue une des traces les mieux intelligibles de tout le pass&#233; de l'histoire humaine, il est pratiquement assur&#233; que l'ensemble des connaissances n&#233;cessaires pour en assurer la transmission se transmettra lui aussi. Les p&#233;riodes d'obscurit&#233;, d'&#233;clipse du litt&#233;raire sont parfois longues et d&#233;sesp&#233;rantes, mais jamais d&#233;finitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Efficace et divertissante, la litt&#233;rature ne l'est assur&#233;ment pas &#224; l'int&#233;rieur de l'industrie culturelle d'aujourd'hui. Mais ramen&#233;e &#224; cette &#233;chelle de milliers d'ann&#233;es qui lui donne son sens, &lt;i&gt;&#338;dipe roi de Sophocle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les dialogues de Platon&lt;/i&gt; et m&#234;me les fragments &#224; peine compr&#233;hensibles de L'&lt;i&gt;&#201;pop&#233;e de Gilgamesh&lt;/i&gt; demeurent suffisamment lisibles pour &#234;tre plus agr&#233;ables que tous les &#233;dits royaux, les &#233;tats de comptes et les protocoles de pri&#232;res qui nous sont aussi parvenus des m&#234;mes &#233;poques. Ces textes litt&#233;raires constituent le seul t&#233;moignage accessible de l'exp&#233;rience totale de ce pass&#233; qui ne nous appartient pas, mais qui pourtant constitue notre seul horizon, pass&#233; et futur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelques impasses actuelles</title>
		<link>https://www.ababord.org/Quelques-impasses-actuelles</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:19:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Tr&#233;panier</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#233;panier, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une tendance importante chez nos auteurs fait que l'on &#233;crit au Qu&#233;bec des romans russes, am&#233;ricains, anglais, br&#233;siliens, antillais, etc. La critique louange ces livres et les lecteurs suivent. Mais qu'en est-il alors d'une v&#233;ritable vision de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise dans notre roman aujourd'hui ? &lt;br class='autobr' /&gt; Cette tendance importante &#224; refuser d'aborder ce qui se passe ici et maintenant est peut-&#234;tre r&#233;v&#233;latrice d'une forme de d&#233;mission. On se dit que le lecteur ne veut pas entendre parler de notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Trepanier-Michel-+" rel="tag"&gt;Tr&#233;panier, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1355.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une tendance importante chez nos auteurs fait que l'on &#233;crit au Qu&#233;bec des romans russes, am&#233;ricains, anglais, br&#233;siliens, antillais, etc. La critique louange ces livres et les lecteurs suivent. Mais qu'en est-il alors d'une v&#233;ritable vision de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise dans notre roman aujourd'hui ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette tendance importante &#224; refuser d'aborder ce qui se passe ici et maintenant est peut-&#234;tre r&#233;v&#233;latrice d'une forme de d&#233;mission. On se dit que le lecteur ne veut pas entendre parler de notre r&#233;alit&#233;. Prenons le cas de Perrine Leblanc qui a con&#231;u avec &lt;i&gt;L'homme blanc&lt;/i&gt; un roman tr&#232;s bien re&#231;u qui se d&#233;roule en Russie, sans aucune r&#233;f&#233;rence &#224; la soci&#233;t&#233; de l'auteure. Un livre bien construit, avec des sc&#232;nes adroitement ficel&#233;es et une &#233;criture rigoureuse. Mais il devient difficile d'en discerner la pertinence sociale ou d'en voir l'originalit&#233; esth&#233;tique, alors que plusieurs excellents romans &#8211; depuis Soljenitsyne &#8211; ont &#233;t&#233; &#233;crits sur le m&#234;me sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans &lt;i&gt;L'&#233;nigme du retour&lt;/i&gt;, Dany Laferri&#232;re a &#233;vit&#233; ce pi&#232;ge : l'histoire commence par une rencontre entre le narrateur et Victor-L&#233;vy Beaulieu &#224; Trois-Pistoles avant que celui-ci parte &#224; Ha&#239;ti, o&#249; il retrace ses origines et r&#233;fl&#233;chit &#224; la crise qui affecte le pays. Tout cela avec le regard d'un Ha&#239;tien d'ici, en lien avec une importante communaut&#233; qui marque d&#233;sormais notre culture et notre identit&#233;. Ce roman est &#224; notre image. Mais tous les romans qu&#233;b&#233;cois abordant un sujet semblable n'ont pas la m&#234;me pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos romans peuvent bien s&#251;r se d&#233;rouler ailleurs, peu importe o&#249;, la libert&#233; des auteurs &#233;tant souveraine. Mais doivent-ils, autant qu'ils le font pr&#233;sentement, se priver d'avoir une r&#233;sonance d'ici ? Jean Barbe, qui a &#233;crit&lt;i&gt; Le travail de l'hu&#238;tre&lt;/i&gt; &#8211; un autre roman russe &#8211;, pr&#233;tend qu'il est lib&#233;rateur de traiter de tous les sujets. Selon lui : &#171; On est un &#233;crivain qu&#233;b&#233;cois parce qu'on habite au Qu&#233;bec et qu'on &#233;crit des livres. &#187; Point &#224; la ligne. Notre identit&#233; serait assur&#233;e, nous aurions une confiance en nous qui nous permettrait de tout aborder. Pourtant, lui-m&#234;me a &#233;crit un excellent roman &#8211; son meilleur roman de son propre avis, &lt;i&gt;Comment devenir un ange &lt;/i&gt; &#8211; qui se passe au Qu&#233;bec et fait un puissant portrait g&#233;n&#233;rationnel &#224; la fois social et existentiel. Nous gagnons s&#251;rement &#224; parler de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On semble pourtant &#233;prouver le d&#233;sir de se lib&#233;rer d'une gangue, de pressions &#233;touffantes qui pourtant n'existent pas. La journaliste Marie-Claude Girard &#233;crivait dans &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;, &#224; propos de &lt;i&gt;L'homme blanc &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il est absolument r&#233;jouissant de d&#233;couvrir un roman qu&#233;b&#233;cois qui raconte avec un tel sentiment de v&#233;rit&#233; une histoire hors norme se passant &#224; l'autre bout du monde.&lt;/i&gt; &#187; Aucun journaliste fran&#231;ais ou am&#233;ricain n'aurait pu &#233;crire une telle phrase sur la jouissance de ne plus &#234;tre soi&#8230; Il n'y pas de doute : l'exotisme attire, curieux retour des choses dans la litt&#233;rature qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Romans &#233;difiants et sagas historiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Signalons une autre tendance &#224; refuser le roman social&#8194;qui s'incarne dans le roman &#233;difiant. Kim Thuy a produit par exemple avec &lt;i&gt;Ru&lt;/i&gt; une histoire bien &#233;crite, sensuelle, touchant directement le Qu&#233;bec puisque l'ex&lt;i&gt;-boat people&lt;/i&gt;, personnage principal du roman, s'installe &#224; Granby. L'auteure nous offre un t&#233;moignage, une histoire de r&#233;demption, qui laisse peu de place toutefois &#224; la cr&#233;ation d'une &#339;uvre romanesque mettant en sc&#232;ne un univers social et des &lt;i&gt;ego exp&#233;rimentaux&lt;/i&gt; (Kun&#173;dera) : que peut-on rajouter &#224; un pareil t&#233;moignage ? Ce genre de r&#233;cits &#233;difiants &#8211; &lt;i&gt;il m'est arriv&#233; malheur,&lt;/i&gt; nous disent les auteurs, &lt;i&gt;je vous le raconte&lt;/i&gt; &#8211; occupent une grande place dans les m&#233;dias. Et tous n'ont pas la qualit&#233; de celui de Kim Thuy. &#192; cela il faut ajouter les nombreuses sagas historiques qui demeurent des livres nostalgiques. Ils nous envoient le message suivant : regardez comme c'&#233;tait triste autrefois, comme on traitait cruellement les gens, par exemple, les filles m&#232;res. Mais qu'en est-il d'aujourd'hui ? La &lt;i&gt;Constellation du lynx &lt;/i&gt; de Louis Hamelin &#233;vite l'&#233;cueil en choisissant un personnage contemporain qui s'interroge sur le pass&#233; : il y a donc un aller-retour stimulant entre hier et aujourd'hui. Hamelin s'interroge et d&#233;voile habilement nos contradictions : nous sommes ici dans le pur romanesque, et non pas dans le roman &#233;difiant. Une pareille audace manque trop souvent dans les sagas historiques.Pourtant, la plupart des grands auteurs &#233;trangers s'inscrivent clairement dans leur soci&#233;t&#233; qu'ils tentent de radiographier &#8211; pensons &#224; Michel Houellebecq en France ou Jonathan Franzen aux &#201;tats-Unis. La critique sociale s'int&#232;gre &#224; des r&#233;cits vivants et bien construits qui donnent &#224; la litt&#233;rature un pouvoir d'interpr&#233;tation et de compr&#233;hension des r&#233;alit&#233;s contemporaines. Jean-Simon Desro&#173;chers, avec &lt;i&gt;La canicule des pauvres &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le sablier des solitudes&lt;/i&gt; est une heureuse exception au Qu&#233;bec et dresse un puissant portrait social de notre soci&#233;t&#233;, parfois caricatural, mais dans l'ensemble, r&#233;ussi. Mais ce type de roman n'est pas celui qui attire davantage l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Critique du troisi&#232;me type&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas bl&#226;mer les auteurs pour leurs choix, eux qui suivent leurs pulsions cr&#233;atrices et dont l'&#339;uvre r&#233;pond &#224; un esprit du temps. Par contre, la critique ne joue plus son r&#244;le de r&#233;cepteur capable de situer les &#339;uvres romanesques dans une tradition litt&#233;raire et une continuit&#233; innovatrice. On a remplac&#233; les critiques litt&#233;raires par des &#171; lecteurs &#187; qui abordent davantage le roman selon ses capacit&#233;s de divertir : est-ce que mon lecteur va passer de bons moments &#224; lire ce roman, se demandent-ils. Cela convient parfaitement &#224; notre &#232;re de litt&#233;rature de consommation. Ces critiques lecteurs accumulent les impressions : ils &#233;crivent le journal de leur lecture, racontent comment ils ont r&#233;agi &#224; tel passage, &#224; quel moment ils ont accroch&#233; ou perdu l'int&#233;r&#234;t. Mais ils n&#233;gligent les r&#233;sonances sociales de leur lecture, ne situent pas les &#339;uvres dans la tradition litt&#233;raire entre &#233;cart et convergence. Selon plusieurs &#233;diteurs, le libraire aurait m&#234;me remplac&#233; le critique. Ces libraires sont souvent d'assez bons lecteurs. Mais ils appartiennent &#224; une entreprise qui doit vendre des livres et promouvoir la nouveaut&#233; &#224; tout prix. Le roman reste ainsi, plus que jamais, un produit de consommation.Laurent Jenny, critique fran&#231;ais, d&#233;sol&#233; du peu d'&#233;cho de la critique universitaire et de la banalit&#233; toute en copier-coller de la critique journalistique, entrevoit une critique du troisi&#232;me type : des gens qui accueilleraient l'&#339;uvre litt&#233;raire qui en vaut la peine, en montreraient autant les forces que les failles, s'int&#233;resseraient autant &#224; sa dimension esth&#233;tique et sociologique et qui pourraient donc attribuer une v&#233;ritable place &#224; un roman dans une culture vivante et en transformation. Ce qui n'est pas possible dans les conditions actuelles du travail de journaliste culturel. La p&#233;rennit&#233; d'un livre reste donc conditionnelle &#224; un succ&#232;s m&#233;diatique qui semble tr&#232;s souvent al&#233;atoire. Hubert Aquin disait dans la Fatigue culturelle du Canada fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Le Canadien fran&#231;ais refuse son centre de gravit&#233;, cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment un sens et erre dans tous les labyrinthes qui s'offrent &#224; lui. C'est pour fuir cette r&#233;alit&#233; humiliante, ce langage b&#226;tard, cet esprit mutil&#233; qui est le n&#244;tre. &lt;/i&gt; &#187; Osons poser la question : la vague d'exotisme importante dans notre roman, ce refus d'aborder la r&#233;alit&#233; contemporaine pourrait-il correspondre &#224; une tr&#232;s vieille haine de soi qui ne cesse de nous narguer par-del&#224; une affirmation nationale mort-n&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'engagement au pr&#233;sent chez Francine No&#235;l</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-engagement-au-present-chez</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:17:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nareau</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Nareau, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Francine No&#235;l s'est d&#233;j&#224; d&#233;finie comme une femme habitant un pays, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de dire que son &#233;criture &#233;tait inform&#233;e par sa position de citoyenne qu&#233;b&#233;coise et que ses pr&#233;occupations s'inscrivent, de mani&#232;re critique, ludique ou parodique, dans son &#339;uvre. Les quatre romans qui forment la t&#233;tralogie consacr&#233;e &#224; la Tribu des Ladouceur &#233;voquent en effet les enjeux de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise depuis la R&#233;volution tranquille. Si La conjuration des b&#226;tards, le troisi&#232;me opus de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nareau-Michel-+" rel="tag"&gt;Nareau, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1354.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;195&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Francine No&#235;l s'est d&#233;j&#224; d&#233;finie comme une femme habitant un pays, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de dire que son &#233;criture &#233;tait inform&#233;e par sa position de citoyenne qu&#233;b&#233;coise et que ses pr&#233;occupations s'inscrivent, de mani&#232;re critique, ludique ou parodique, dans son &#339;uvre. Les quatre romans qui forment la t&#233;tralogie consacr&#233;e &#224; la Tribu des Ladouceur &#233;voquent en effet les enjeux de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise depuis la R&#233;volution tranquille. Si &lt;i&gt;La conjuration des b&#226;tards&lt;/i&gt;, le troisi&#232;me opus de la s&#233;rie, est le plus politique, proposant une intervention socioculturelle &#224; partir des principes depuis endoss&#233;s par les altermondialistes, l'addenda qu'est &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt; a quant lui &#233;t&#233; lu comme un recul de la question de l'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'engagement au quotidien &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le changement de tonalit&#233; entre ces deux romans, je postule que &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt; propose une perspective critique et engag&#233;e sur la situation qu&#233;b&#233;coise actuelle, en centrant son discours sur le mode de vie relationnel plut&#244;t que familial de ses protagonistes et sur un engagement socioculturel concret. Ces discours sont entrelac&#233;s &#224; partir de trois p&#244;les qui orientent les personnages : une politique de la d&#233;faite, qui revalorise les M&#233;tis, et du coup le m&#233;tissage ; la performance, col&#233;rique ou ludique, comme forme de contestation ; la mise en place d'une action directe et locale sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman de Francine No&#235;l reconduit l'un des deux p&#244;les de son &#233;criture. Si &lt;i&gt;Maryse&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La conjuration des b&#226;tards&lt;/i&gt; appartiennent &#224; l'axe effervescent, voire utopique, de l'&#339;uvre, &lt;i&gt;Myriam premi&#232;re&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt; s'attardent au d&#233;senchantement, sans c&#233;der aux d&#233;mons de la d&#233;saf&#173;fection. Or, il se trouve que No&#235;l, qui fait de l'Am&#233;rique latine un tiers-inclus pour refonder le Qu&#233;bec, partage, dans ce deuxi&#232;me axe, la m&#234;me perspective que les romanciers latino-am&#233;ricains de la p&#233;riode dite postboom&#8194;d&#233;termin&#233;e par une politique de la d&#233;faite. En effet, Luis Sep&#250;lveda, Leonardo Padura, Daniel Chavarria et d'autres auteurs hispanophones d&#233;crivent, &#224; partir de narrateurs militants d&#233;boussol&#233;s, l'exigence d'une solidarit&#233; et d'une mobilisation citoyennes malgr&#233; la crise de l'utopie socialiste. Il m'appara&#238;t que No&#235;l s'ins&#232;re dans cette logique, o&#249; la d&#233;faite n'est pas vue comme une raison pour baisser les bras, mais bien comme un temps pour imposer de nouvelles exigences &#224; nos actions et &#224; nos principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La politique de la d&#233;faite, dans le cas de No&#235;l, s'articule autour de la figure du M&#233;tis, de Gabriel Dumont en particulier, et r&#233;inscrit une utopie m&#233;tisse dans laquelle le caract&#232;re souterrain de l'alliance entre les communaut&#233;s provoque de la dissidence, de la r&#233;sistance et de nouveaux mod&#232;les sociaux excluant une hi&#233;rarchie conqu&#233;rante. Dans &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt;, une part de ce discours de la d&#233;faite est formul&#233;e par Fran&#231;ois Ladouceur, l'auteur &#224; succ&#232;s de &lt;i&gt;La saga des survivants&lt;/i&gt;, qui r&#234;ve d'&#233;crire un &#171; &lt;i&gt;essai sur l'&#233;chec &lt;/i&gt; &#187; (p. 45), pour saluer ceux qui ont combattu sans triompher, et qui travaille aussi sur Dumont. Ce dernier, bras droit de Louis Riel lors des soul&#232;vements m&#233;tis au Manitoba, devient ainsi, dans la perspective de Ladouceur, un mod&#232;le de lutte et de r&#233;sistance (p. 22 et 33), tout en incarnant la voie royale de No&#235;l pour transformer la plan&#232;te : la conjuration de tous les b&#226;tards du monde autour d'une c&#233;l&#233;bration de cette force souterraine qu'est le m&#233;tissage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La promesse du m&#233;tissage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tissage est revaloris&#233; par No&#235;l parce que cette r&#233;alit&#233; est porteuse d'un rapport non hi&#233;rarchique entre les peuples et les individus, comme si la rencontre culturelle inaugurale qui donnait naissance &#224; un &#234;tre hybride faisait tomber les pr&#233;tentions &#224; la domination. Il y a l&#224; un v&#339;u pieux, mais qui explique une autre constance dans son &#339;uvre : la volont&#233; de s'ouvrir aux autres, mais en posant l'exigence d'une &#233;galit&#233; entre les &#234;tres. Il en r&#233;sulte aussi des &#171; attaques &#187; contre les replis identitaires, le machisme, les postures de sup&#233;riorit&#233;, les int&#233;grismes, principalement religieux. La critique du recours &#224; l'identique prend plusieurs formes. Ainsi, Garance Lemieux, ancienne amante de Fran&#231;ois Ladouceur, con&#231;oit plusieurs performances et installations publiques dans lesquelles elle exprime ses pr&#233;occupations sociales pour le regard, le v&#234;tement, le corps humain et sexu&#233;, les masques sociaux, &#192; travers six mises en sc&#232;ne collectives (longuement d&#233;crites), dans des lieux publics (h&#244;tel de ville, mus&#233;e des beaux-arts, parc Lafontaine, basilique Notre-Dame), Garance r&#233;v&#232;le d'une part le corps oubli&#233; des sans-abri, puis les logiques agressives des religions institu&#233;es. Si une part de son travail artistique s'inscrit dans le cadre des interventions publiques d'organismes comme le RASI, &lt;i&gt;Rassemblement des artistes socialement inquiets&lt;/i&gt; (p. 51) (jeu de mots &#233;voquant l'organisme montr&#233;alais &lt;i&gt;Action terroriste socialement acceptable&lt;/i&gt;, ATSA), ses gestes d'&#233;clat concernent ses interventions individuelles alors qu'elle se prom&#232;ne dans la ville avec un hidjab pour en forer les tabous. Le roman engage ainsi une r&#233;flexion qui tord les accommodements raisonnables, en tant qu'intervention critique et pond&#233;r&#233;e sur un n&#339;ud du discours social qu&#233;b&#233;cois, et comme critique du r&#244;le d&#233;volu aux femmes dans cette logique de la surveillance du corps sexu&#233; (p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Une politique en acte
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;flexion sur la d&#233;faite et l'abondance de performances culturelles dictent un regard critique sur la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, c'est par le recours &#224; l'action civique que No&#235;l se d&#233;gage le plus compl&#232;tement de la d&#233;saffection. En effet, le motif de l'action est central dans le roman. Tous les personnages positivement connot&#233;s agissent dans le pr&#233;sent et dans leur milieu, tout en tissant des liens avec des individus des classes d&#233;favoris&#233;es. Par le b&#233;n&#233;volat (aupr&#232;s des immigrants, des personnes &#226;g&#233;es et seules) et les lettres aux journaux, dans des collectifs comme &#201;chec &#224; la guerre ou &#224; l'&#233;tranger (au sein de M&#233;decins sans fronti&#232;re), Garance, Fran&#231;ois, Elvire, Gabriel et les autres prennent fait et cause dans les luttes actuelles en tentant de se d&#233;gager des discours creux pour valoriser au contraire l'efficacit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ils n'aimaient pas le pouvoir, mais l'action&lt;/i&gt; &#187; (p. 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte un roman ancr&#233; dans le pr&#233;sent, dans lequel la nostalgie est tangible, mais mise &#224; l'&#233;cart, dans une volont&#233; de faire le deuil de certaines utopies pour mieux r&#233;affirmer ce besoin de refaire le monde concr&#232;tement, de le rendre plus sensible. Dans cette vision volontariste, le temps des slogans est termin&#233;, celui de l'action commence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Regards sp&#233;culatifs sur la soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Regards-speculatifs-sur-la-societe</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:17:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Posant notre regard sur l'&#233;poque actuelle, travers&#233;e d'incertitudes et secou&#233;e par les crises &#233;conomiques, les d&#233;sastres &#233;cologiques et les scandales politiques, on ne peut s'emp&#234;cher, trop souvent, d'adopter une attitude d&#233;sabus&#233;e. Ce d&#233;sabusement politique est largement relay&#233; par le roman contemporain qui s'est repli&#233;, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, dans les m&#233;andres de l'intimit&#233; ou dans des fresques historiques sans v&#233;ritables liens avec les temps pr&#233;sents. Le roman r&#233;aliste ne semble plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1353.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Posant notre regard sur l'&#233;poque actuelle, travers&#233;e d'incertitudes et secou&#233;e par les crises &#233;conomiques, les d&#233;sastres &#233;cologiques et les scandales politiques, on ne peut s'emp&#234;cher, trop souvent, d'adopter une attitude d&#233;sabus&#233;e. Ce d&#233;sabusement politique est largement relay&#233; par le roman contemporain qui s'est repli&#233;, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, dans les m&#233;andres de l'intimit&#233; ou dans des fresques historiques sans v&#233;ritables liens avec les temps pr&#233;sents. Le roman r&#233;aliste ne semble plus pouvoir saisir les sens et les possibilit&#233;s enfouies dans ce r&#233;el qu'il pr&#233;tend d&#233;crire. Dans cette litt&#233;rature, la temporalit&#233; s'est fig&#233;e dans un &#233;ternel pr&#233;sent :&#8194;&#171; &lt;i&gt;La prose &#8220;r&#233;aliste&#8221; se situe hors du temps ; ce qui est ancr&#233; dans le temps ne serait que pacotille&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valerio Evangelisti, &#171; La science-fiction en prise avec le monde r&#233;el &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est sur cette &#171; pacotille &#187; que nous nous pencherons et, plus pr&#233;cis&#233;ment, sur la science-fiction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une litt&#233;rature &#171; marginale &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le terme m&#234;me de science-fiction (SF) appara&#238;t au moment o&#249; l'&#233;crivain am&#233;ricain Hugo Gernsback forge l'expression &lt;i&gt;scienti&#173;fiction &lt;/i&gt; en 1911, avant de se rabattre plus simplement sur &#171; science-fiction &#187;. Cela dit, cette litt&#233;rature avait des racines plus anciennes, car on retrouve chez des auteurs comme Voltaire ou Restif de la Bretonne des &#339;uvres qu'on peut qualifier de science-fiction. Malgr&#233; ces filiations et sa popularit&#233;, la SF sera longtemps per&#231;ue comme une litt&#233;rature de faible qualit&#233; et excentrique, paralitt&#233;raire comme on la qualifie souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous poserons, ici, une hypoth&#232;se : c'est le caract&#232;re marginal de la SF qui permet &#224; ce genre litt&#233;raire de poser un regard critique sur notre r&#233;alit&#233;. Certes, les principaux th&#232;mes abord&#233;s par la SF &#8211; voyages dans l'espa&#173;ce ou le temps, catastrophes naturelles ou technologiques, utopies et dystopies, rencontres avec des esp&#232;ces extra-terrestres, univers parall&#232;les &#8211; n'apparaissent pas du tout comme r&#233;alistes. Il faut, cependant, voir ces th&#232;mes comme des d&#233;tours utilis&#233;s par les auteurs pour mieux aborder, d'une mani&#232;re critique, la r&#233;alit&#233; sociale existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est tr&#232;s clair si on consid&#232;re les &#339;uvres de deux pr&#233;curseurs, Voltaire avec son &lt;i&gt;Micro&#173;m&#233;gas&lt;/i&gt; et Cyrano de Bergerac (1619-1655) avec ses &lt;i&gt;Voyages &#224; la lune&lt;/i&gt;. Par ailleurs, il est vrai que le milieu de la SF, d&#232;s les ann&#233;es 1930, s'est enferm&#233;, en bonne partie, dans une codification du genre, axant essentiellement l'&#233;criture sur les gadgets scientifiques, le scl&#233;rosant par le fait m&#234;me. Cette scl&#233;rose n'a pu que renforcer le d&#233;dain que d'aucuns avaient envers cette litt&#233;rature, occultant le fait que des jeunes (et moins jeunes) auteurs de SF ont produit, avec r&#233;gularit&#233;, des &#339;uvres qui brisaient les st&#233;r&#233;otypes du genre tout en d&#233;veloppant une critique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lucidit&#233; et r&#233;voltes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1947, Robert Heinlein proposait de voir le S de la SF non pas comme Science, mais comme Sp&#233;culative. Dans cette optique, il ne s'agit plus de cr&#233;er des &#339;uvres portant uniquement sur les possibilit&#233;s port&#233;es par la science mais des romans abordant les possibles en germe dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette tendance s'est pleinement d&#233;velopp&#233;e durant ces ann&#233;es de subversion que furent les ann&#233;es 1960, il faut signaler une &#339;uvre importante et pionni&#232;re parue en 1953, &lt;i&gt;Plan&#232;te &#224; gogos&lt;/i&gt; de F. Pohl et C. Kornbluth, dans laquelle les auteurs soumettent &#224; une critique d&#233;vastatrice le capitalisme am&#233;ricain et les strat&#233;gies de publicit&#233;. C'est aussi &#224; une critique du marketing que se livre Daniel F. Galouye dans &lt;i&gt;Simulacron 3&lt;/i&gt; (1964) tout en d&#233;veloppant une vaste r&#233;flexion sur la nature de la r&#233;alit&#233;, r&#233;flexion dont on retrouve des &#233;chos autant dans les romans de Philippe Dick que dans la trilogie cin&#233;matographique &lt;i&gt;La matrice&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;mergence, durant les ann&#233;es 1960, de la &lt;i&gt;New Thing&lt;/i&gt;, une fraction importante de la SF se met encore plus au diapason de l'&#233;poque. Pollution, conflits raciaux, contr&#244;le social ou violences urbaines, John Brunner aborde ces questions dans ses romans comme &lt;i&gt;La ville est un &#233;chiquier, Tous &#224; Zanzibar&lt;/i&gt; ou dans sans doute son &#339;uvre la plus sombre, &lt;i&gt;Le troupeau aveugle&lt;/i&gt;. Quant aux rapports des humains avec la machine, l'optimisme n'est pas non plus de mise, ce que d&#233;veloppe le courant cyberpunk apparu durant les ann&#233;es 1980, exposant les possibles d&#233;rives des r&#233;alit&#233;s virtuelles &#233;lectroniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant montre d'une lucidit&#233; implacable, quelques &#339;uvres se tournent vers les utopies possibles et la r&#233;volte. Dans son roman &lt;i&gt;Les d&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/i&gt;, Ursula le Guin nous pr&#233;sente une &#171; utopie ambigu&#235; &#187; o&#249; sur la plan&#232;te Anarres s'est d&#233;velopp&#233;e une soci&#233;t&#233; libertaire alors que sa voisine, Urras, est rest&#233;e capitaliste. Le caract&#232;re utopique de l'&#339;uvre est temp&#233;r&#233; par la description que fait l'auteur des travers bureaucratiques d'Anarres qui ont &#233;touff&#233; l'&#233;lan r&#233;volutionnaire initial.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut &#233;tablir un parall&#232;le entre cette utopie qui a &#233;chou&#233; et la derni&#232;re &#339;uvre que nous pr&#233;senterons, le roman d'Alain Damasio, La zone du dehors. En 2084 (clin d'&#339;il au roman de Orwell), sur Cerclon, une des lunes de Saturne, une soci&#233;t&#233; humaine s'est d&#233;velopp&#233;e selon le mod&#232;le social-d&#233;mocrate. L'abondance mat&#233;rielle s'accompagne d'un consensus mou et d'une servitude volontaire de la population, le tout sous la haute surveillance d'un puissant ordinateur et de l'&#201;tat. Rejetant ce bonheur obligatoire, un groupe entreprend d'&#233;branler cette domination diffuse, en se regroupant dans la Volte. Pour l'auteur, ce livre n'avait qu'un unique but : &#171; &lt;i&gt;Comprendre, en Occident, &#224; la fin du vingti&#232;me si&#232;cle, pourquoi et comment se r&#233;volter. &lt;/i&gt; &#187; Ce qui, dans le roman tout comme dans la r&#233;alit&#233;, n'est pas si simple, car &#171; &lt;i&gt;&#8230; &#231;a fait mal, d'&#234;tre libre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valerio Evangelisti, &#171; La science-fiction en prise avec le monde r&#233;el &#187;, Le Monde diplomatique, ao&#251;t 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anticipation libertaire du monde</title>
		<link>https://www.ababord.org/Anticipation-libertaire-du-monde</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:16:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre April</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>April, Jean-Pierre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Imaginez un m&#233;t&#233;orite gigantesque fon&#231;ant vers la Terre. Voil&#224; un th&#232;me r&#233;current de la science-fiction. D'habitude, cette situation provoque un branle-bas, des scientifiques d&#233;couvrent une solution et l'arm&#233;e r&#233;siste &#224; la menace. Dans le roman de Mathieu Blais et Jo&#235;l Cass&#233;us , au contraire, personne ne s'en pr&#233;occupe ; la population a d'autres chats &#224; fouetter, au niveau de l'asphalte. L'immense m&#233;taphore frappe fort : pendant que les dirigeants politiques du Sommet de la ZIPPO doivent se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Litterature-fuite-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Litt&#233;rature, fuite et r&#233;sistance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1352.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Imaginez un m&#233;t&#233;orite gigantesque fon&#231;ant vers la Terre. Voil&#224; un th&#232;me r&#233;current de la science-fiction. D'habitude, cette situation provoque un branle-bas, des scientifiques d&#233;couvrent une solution et l'arm&#233;e r&#233;siste &#224; la menace. Dans le roman de Mathieu Blais et Jo&#235;l Cass&#233;us&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu Blais et Jo&#235;l Cass&#233;us, ZIPPO, Montr&#233;al, Lem&#233;ac, 2010.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au contraire, personne ne s'en pr&#233;occupe ; la population a d'autres chats &#224; fouetter, au niveau de l'asphalte. L'immense m&#233;taphore frappe fort : pendant que les dirigeants politiques du Sommet de la ZIPPO doivent se r&#233;unir pour se partager les derni&#232;res richesses de la Terre, on n&#233;glige compl&#232;tement la catastrophe imminente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle science-fiction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La science-fiction traditionnelle &#233;tait ax&#233;e sur le pouvoir technologique des humains et leurs conqu&#234;tes des espaces sid&#233;raux. Aujourd'hui, &#224; l'&#232;re de la postmodernit&#233; et de la d&#233;croissance, les envol&#233;es glorieuses de la SF sont en perte de vitesse, &#224; l'instar de l'explo&#173;ration spatiale. Albert Jacquart nous l'annon&#231;ait il y a longtemps : &lt;i&gt;Voici le temps d'un monde fini &lt;/i&gt; (Seuil, 1994). Dans notre futur proche, la seule &#233;chapp&#233;e promise par l'astronautique ne concerne que le tourisme suborbital : quelques minutes &#224; 100 km de la Terre, un trip de millionnaire, bient&#244;t r&#233;pandu et r&#233;pandant dans la stratosph&#232;re &#171; &lt;i&gt;une suie tr&#232;s fine et tr&#232;s efficace pour pi&#233;ger le rayonnement&#8194;solaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvestre Huet, &#171; Le tourisme spatial : une menace climatique &#187;, Lib&#233;ration, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'anticipation terre &#224; terre de ZIPPO, l'astronef de la SF conqu&#233;rante a c&#233;d&#233; la place &#224; un m&#233;t&#233;orite fatal. Le grand r&#234;ve spatial retombe brutalement sur la Terre devenue un enfer. Ou on monte, ou on tombe. Ici, l'espoir a chut&#233;, les personnages sont en perdition, le r&#233;cit saccad&#233; se d&#233;m&#232;ne en pleine jungle urbaine, au ras de la pestilence et de la violence, tandis que se r&#233;pand la peste brune. &lt;br class='autobr' /&gt;
En retrait, toujours invisibles, les leaders mondiaux s'invitent &#224; un sommet qui rappelle celui du G20 de 2010 &#224; Toronto, avec ses 1105 arrestations &#224; l'aveuglette. Les &#171; macoutes &#187; nettoient la ville en jetant des d&#233;pouilles d'itin&#233;rants et de &#171; pornoputes &#187; dans des camions collecteurs. &#199;a ne suffit pas : des cadavres s'accumulent dans les &#233;gouts, au point de les boucher. C'est le &#171; &lt;i&gt;retour d'une nouvelle barbarie&lt;/i&gt; &#187; (p. 95). On pense &#224; la vision de Th&#233;r&#232;se Delpech &#233;voqu&#233;e dans &lt;i&gt;L'ensau&#173;vagement, le retour &#224; la barbarie au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; (Grasset, 2005). Nous sommes plong&#233;s dans une Socio-Fiction engag&#233;e, porteuse d'une r&#233;sistance anarchique tout &#224; fait actuelle, &#224; l'heure de l'activisme altermondialiste, du Printemps arabe, des &#171; indign&#233;s &#187; europ&#233;ens et &#8211; soyons optimistes &#8211; des &#171; d&#233;griseurs &#187; qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre des mots&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Seul signe r&#233;jouissant : la vitalit&#233; du langage, faisant des flashs traversant les teintes trash. Les phrases de ZIPPO frappent comme des matraques, griffent fa&#231;on graffitis : &#171; &lt;i&gt;Mort &#224; la violence ! &lt;/i&gt; &#187; (p. 94), lance une sentence. Des n&#233;ologismes imag&#233;s &#233;maillent le r&#233;cit : &#171; claquedent &#187; au lieu d'itin&#233;rant, &#171; crache-poumons &#187; &#224; la place de cigarette, &#171; jus de cervelle &#187; pour alcool. Contrairement &#224; la SF traditionnelle qui regorge de n&#233;ologismes scientifiques ou anglophonisants, Blais et Cass&#233;us inventent des termes inspir&#233;s par le fran&#231;ais de la rue. Des n&#233;o-mots, purs et durs, contre la sc&#233;narisation des &#233;v&#233;nements par les autorit&#233;s m&#233;diatiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre de l'information, capitale, remue dans les tripes du roman. L'action gravite autour d'un journaliste, Nuovo Kahid, charg&#233; de couvrir le congr&#232;s international de Villanueva, ville tentaculaire dont le nom &#233;voque le jeune Freddy Villanueva, abattu par un policier paniqu&#233; &#224; Montr&#233;al-Nord en 2008. Kahid s'int&#233;resse plut&#244;t au sort des d&#233;favoris&#233;s qu'on chasse des rues afin de pr&#233;senter des images t&#233;l&#233;g&#233;niques. Mais quand la politique-spectacle cache les mis&#233;rables et que les politiciens se cachent pour comploter, que peut un journaliste ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas seulement le m&#233;t&#233;orite qui chute ; l'information s'effrite, les id&#233;aux basculent, la soci&#233;t&#233; se d&#233;sagr&#232;ge. La seule organisation qui tienne, c'est le pouvoir de la r&#233;pression, in&#233;puisable. Ironiquement, apr&#232;s tout le chaos urbain provoqu&#233; par les autorit&#233;s, le sommet est annul&#233;. Mais on songe d&#233;j&#224; &#224; &#171; &lt;i&gt;la r&#233;incarnation du projet d'une zone de libre-&#233;change sous un autre acronyme&lt;/i&gt; &#187; (p. 129).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apocalypse now !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ZIPPO s'inscrit dans un courant de la science-fiction aliment&#233; par la dystopie, l'apocalypse, la &lt;i&gt;Speculative-Fiction &lt;/i&gt; et &#171; l'anticipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Wikip&#233;dia &#224; l'item &#171; Le roman d'anticipation sociale anglo-am&#233;ricain &#187;.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce courant passe par des &#339;uvres illustres :&lt;i&gt; Le meilleur des mondes &lt;/i&gt; de Huxley, &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; d'Orwell, &lt;i&gt;La route &lt;/i&gt; de Cormac McCarthy. Par ailleurs, ZIPPO rappelle quelque peu la SF politique fran&#231;aise des ann&#233;es 1970-1980, alors contestataire, assertive et manich&#233;enne. ZIPPO &#233;vite cependant les simplifications de l'&#233;poque. La r&#233;volte se r&#233;pand toujours, mais les agitateurs prennent de l'&#226;ge, l'horizon de l'espoir recule et la fameuse &lt;i&gt;fen&#234;tre d'opportunit&#233;s&lt;/i&gt; est carr&#233;ment bouch&#233;e. &#192; la fin, Kahid est &#171; &lt;i&gt;devenu ce mill&#233;nariste en fuite. D&#233;sengag&#233;, absent et cynique &lt;/i&gt; &#187; (p. 127).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dommage pour les r&#234;veurs, il n'y a aucun gadget de science-fiction pour sauver Villanueva in extremis. On attend le m&#233;t&#233;ore comme on s'attend &#224; la mort. Une montagne extra-terrestre d&#233;gringole du ciel, le futur chute comme la fatalit&#233;, mais on l'ignore. La lumi&#232;re de la m&#233;taphore-m&#233;t&#233;ore est &#233;blouissante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathieu Blais et Jo&#235;l Cass&#233;us, &lt;i&gt;ZIPPO&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Lem&#233;ac, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvestre Huet, &#171; Le tourisme spatial : une menace climatique &#187;, Lib&#233;ration, 22 octobre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Wikip&#233;dia &#224; l'item &#171; Le roman d'anticipation sociale anglo-am&#233;ricain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La primaut&#233; du politique</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-primaute-du-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-primaute-du-politique</guid>
		<dc:date>2012-08-26T19:15:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Pelletier</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Pelletier, Jacques </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Hermann Broch est consid&#233;r&#233; comme un &#233;crivain et un intellectuel majeur du XXe si&#232;cle. C'est ce que pensent aussi Jacques Pelletier et Yvon Rivard, qui ont fr&#233;quent&#233; son &#339;uvre chacun &#224; leur mani&#232;re : le premier en &#233;crivant des &#233;tudes d'une rare perspicacit&#233; sur cet auteur r&#233;put&#233; difficile, par passion intellectuelle et p&#233;dagogique, mais aussi comme militant infatigable ; le second, professeur aussi, essayiste et romancier, en recevant Hermann Broch comme un &#233;branlement qui allait modifier en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Litterature-fuite-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Litt&#233;rature, fuite et r&#233;sistance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pelletier-Jacques-+" rel="tag"&gt;Pelletier, Jacques &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1351.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;370&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hermann Broch est consid&#233;r&#233; comme un &#233;crivain et un intellectuel majeur du XXe si&#232;cle. C'est ce que pensent aussi Jacques Pelletier et Yvon Rivard, qui ont fr&#233;quent&#233; son &#339;uvre chacun &#224; leur mani&#232;re : le premier en &#233;crivant des &#233;tudes d'une rare perspicacit&#233; sur cet auteur r&#233;put&#233; difficile, par passion intellectuelle et p&#233;dagogique, mais aussi comme militant infatigable ; le second, professeur aussi, essayiste et romancier, en recevant Hermann Broch comme un &#233;branlement qui allait modifier en profondeur sa vision et sa pratique de l'&#233;criture, du langage et de son rapport au monde, bref de son r&#244;le d'&#233;crivain et d'intel&#173;lectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous leur avons demand&#233; de nous livrer leur r&#233;flexion sur cet &#233;crivain atypique n&#233; &#224; Vienne en 1886 et d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Yale en 1954, qui se d&#233;tourna des affaires familiales florissantes pour se consacrer enti&#232;rement &#224; la litt&#233;rature, qui milita contre le nazisme, produisit une &#339;uvre d'essayiste et de romancier d'une telle force qu'on a pu le comparer aux plus grands, notamment &#224; James Joyce (Georges Steiner). En fait, nous leur avons demand&#233; comment ils voyaient la litt&#233;rature ou la pratique de l'&#233;criture aujourd'hui. Est-il possible aujourd'hui que la litt&#233;rature soit autre chose que divertissement, voire de belles machines fictionnelles, po&#233;tiques th&#233;oriques, agr&#233;ment&#233;es de rectitude morale ou politique ? Comment concilier litt&#233;rature et action &#8211; ou souci du monde ? Comment Broch les a-t-il inspir&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Longtemps ignor&#233;e, sinon carr&#233;ment boud&#233;e par la critique et les lecteurs francophones, l'&#339;uvre de Broch fait l'objet depuis quelques ann&#233;es d'une reconnaissance qui ne cesse de grandir et de s'&#233;tendre, entre autres &#224; travers la r&#233;&#233;dition en format poche de ses grands romans. Ce regain d'int&#233;r&#234;t, on le doit pour une part &#224; certains &#233;crivains et critiques postmodernes comme Milan Kundera et Guy Scarpetta, entre autres, qui ont mis en relief l'originalit&#233; et l'importance de la conception cognitive de la litt&#233;rature propos&#233;e par cet auteur et l'ing&#233;niosit&#233; de son mode de composition romanesque, dont ils pr&#233;tendent s'inspirer eux-m&#234;mes dans l'&#233;laboration de leur propre entreprise litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve aussi l'influence de la pens&#233;e de cet auteur, port&#233;e par une exigence &#233;thique forte, chez certains essayistes contemporains &#224; la recherche d'une solution &#224; la crise de civilisation que nous traversons aujourd'hui. Ce double apport, &#224; la fois litt&#233;raire et normatif, est lui-m&#234;me int&#233;gr&#233; dans une vis&#233;e plus proprement politique, insuffisamment prise en consid&#233;ration, qui tout &#224; la fois lui donne sa signification et le prolonge sur le plan de l'action. C'est l&#224;-dessus que j'ai, pour ma part, insist&#233; dans mes travaux sur cet auteur au terme du parcours qui m'a conduit &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La venue &#224; Broch&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur un plan anecdotique et circonstanciel, je dirai que c'est la lecture d'un article d'Yvon Rivard sur &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt;, publi&#233; dans la revue Libert&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1980, qui m'a convaincu de lire Broch de mani&#232;re cons&#233;quente. Rivard, d&#233;crivant de mani&#232;re &#233;logieuse ce texte majeur de Broch, proc&#233;dait plus ou moins explicitement &#224; une sorte de remise en question de ses propres romans, &#233;crits et publi&#233;s dans les ann&#233;es 1970, qui accordaient priorit&#233; au mot sur le r&#233;el, &#224; la forme sur le contenu, donnant ainsi une tournure abstraite, voire &#233;sot&#233;rique, &#224; ses premiers r&#233;cits qui constituaient toutefois d'&#233;tonnantes r&#233;ussites sur le plan strictement stylistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est le proc&#232;s de ce genre de litt&#233;rature, et encore plus largement de toute litt&#233;rature, y compris et d'abord la sienne, que l'&#233;crivain viennois instruit sur le mode fictionnel &#8211; &#224; travers l'&#233;vocation du drame int&#233;rieur d'un Virgile agonisant &#8211; comme il le faisait sur le registre de l'essai dans &lt;i&gt;Cr&#233;ation litt&#233;raire et connaissance&lt;/i&gt;. La litt&#233;rature n'a pas d'abord une finalit&#233; esth&#233;tique mais cognitive, elle doit proposer une connaissance sensible, &#171; &#233;largie &#187;, du monde r&#233;el qu'elle s'efforce de repr&#233;senter dans sa v&#233;rit&#233;. La litt&#233;rature, en d'autres termes, ne doit pas servir les mots, comme le soutiennent les formalistes en tous genres, mais se servir des mots pour rendre compte de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Rivard, cette lecture a d&#233;termin&#233; une nouvelle orientation &#8211; heureuse &#224; mon avis &#8211; dont ses romans &#233;crits depuis lors portent la trace. En ce qui me concerne plus particuli&#232;rement, j'avais lu, en partie, &lt;i&gt;Cr&#233;ation litt&#233;raire et connaissance&lt;/i&gt; dans le cadre de la pr&#233;paration des cours que je donnais en narratologie, au d&#233;but de mon enseignement, approche analytique alors emprunt&#233;e all&#232;grement par les jeunes professeurs de litt&#233;rature qui entendaient ainsi d&#233;passer les limites des m&#233;thodes traditionnelles en forme de commentaires de textes ou d'histoire litt&#233;raire. Mais la narratologie, avec ses protocoles stricts et tr&#232;s souvent m&#233;caniques, &#233;tait elle-m&#234;me d&#233;cevante et ne disait rien de fondamental sur les enjeux et les significations des &#339;uvres. La r&#233;flexion de Broch, en revanche, prenait &#224; bras-le-corps la question des fondements et des finalit&#233;s, d'o&#249; son int&#233;r&#234;t sur le plan th&#233;orique. Et elle inspirait l'&#233;laboration de romans qui la transposaient de mani&#232;re vivante sur le plan fictionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt;, c'est ainsi une prodigieuse dramatisation, sur le mode narratif, de sa pens&#233;e essayistique. Pour moi aussi ce fut une r&#233;v&#233;lation : un r&#233;cit de type romanesque pouvait produire une v&#233;ritable connaissance, parfaitement int&#233;gr&#233;e dans la trame du texte, sans constituer une sorte de &#171; bloc s&#233;par&#233; &#187; comme le pr&#233;tendait et l'illustrait Broch. C'est &#224; ce moment que j'ai &#233;prouv&#233; le d&#233;sir de lire l'ensemble de son &#339;uvre romanesque puis, plus tard, d'&#233;crire sur celle-ci. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'avait &#233;galement frapp&#233; dans &lt;i&gt;La mort de Vigile&lt;/i&gt;, ce n'&#233;tait toutefois pas la seule remise en question de la litt&#233;rature en tant que pratique s&#233;par&#233;e, finalit&#233; sans fin, exp&#233;rience formelle visant d'abord et essentiellement un accomplissement esth&#233;tique, c'&#233;tait sa dimension sociale et politique exprim&#233;e symboliquement dans le troc par Virgile de &lt;i&gt;l'&#201;n&#233;ide &lt;/i&gt; contre la lib&#233;ration de ses esclaves, ce tiers exclu de l'empire romain. Au-del&#224; de la m&#233;ditation philosophique sur la mort et le sens de l'existence, au-del&#224; de la critique de la litt&#233;rature frelat&#233;e du divertissement, on retrouvait la critique radicale d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'exploi&#173;tation f&#233;roce d'une humanit&#233; condamn&#233;e &#224; la souffrance et au malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt; traduisait ainsi un d&#233;passement de la litt&#233;rature vers l'&#233;thique, g&#233;n&#233;ralement reconnu et salu&#233; par la critique, mais aussi un deuxi&#232;me d&#233;passement &#8211; et une int&#233;gration &#8211; de l'&#233;thique vers le poli&#173;tique que Broch d&#233;finit d'ailleurs quelque part comme le lieu de l'&#171; &#233;thique concr&#233;tis&#233;e &#187;. Au-del&#224; de l'attitude et de l'engagement compassionnels, louables voire n&#233;cessaires mais insuffisants, il faut s'impliquer dans l'action transformatrice du monde qui rel&#232;ve largement de la politique en tant qu'espace privil&#233;gi&#233; de la vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le poids du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;gnance de la dimension sociale et politique de l'existence, on la retrouve partout dans la r&#233;flexion et dans la production de fiction de l'&#233;crivain. Que faire en tant que citoyen, se demande-t-il tout au long de sa correspondance, particuli&#232;rement au moment de la mont&#233;e de la peste brune dans les ann&#233;es 1930, que faire aussi en tant qu'&#233;crivain et qu'intellectuel responsable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle sorte d'&#339;uvre faut-il &#233;crire pour rendre compte de la v&#233;rit&#233; de l'&#233;poque, pour la donner &#224; voir et &#224; comprendre dans toute sa complexit&#233; ? Et comment, &#224; travers cette repr&#233;sentation, pourrait-on &#233;ventuellement en infl&#233;chir le sens si tant est que la litt&#233;rature soit en mesure de le faire, ce dont Broch doutait parfois, notamment devant l'horreur de l'extermination des Juifs par les nazis ? Et comment parvenir &#224; cela sans tomber dans une pratique purement instrumentale et asservie, dans ce qu'il appelle parfois un &#171; art de tendance &#187; ou de propagande ? Comment &#234;tre utile tout en &#233;chappant &#224; l'embrigadement que suppose la litt&#233;rature didactique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan r&#233;flexif, on retrouve cette pr&#233;occupation dans sa correspondance sur le mode du t&#233;moignage, souvent angoiss&#233;, et dans les textes qu'il &#233;crit durant les 20 derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, de la prise du pouvoir par Hitler en 1933 jusqu'&#224; sa mort en 1951, et qui portent sur des enjeux directement li&#233;s &#224; la conjoncture politique internationale. Ces travaux, fortement empiriques, portent en effet sur la construction et le renforcement de la Soci&#233;t&#233; des nations (l'anc&#234;tre de l'ONU), la formulation d'un programme &#233;conomique en 1940 en pr&#233;vision de la reconstruction de l'apr&#232;s-guerre et la proposition d'une &lt;i&gt;Th&#233;orie de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; comme solution possible &#224; la double impasse que repr&#233;sentent pour lui tant le capitalisme que le communisme stalinien. &#192; quoi il faut ajouter le monumental ouvrage consacr&#233; au fascisme comme &#171; folie de masses &#187;, &#233;labor&#233; durant deux d&#233;cennies, demeur&#233; inachev&#233;, et qui propose une solution &#224; la fois &#171; psychique &#187; et politique pour rem&#233;dier &#224; ce type de d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces essais, Broch cherche son chemin entre, d'une part, la pens&#233;e id&#233;aliste allemande qui exerce sur lui une incontestable influence et, d'autre part, le marxisme qu'il rejoint dans sa critique du capitalisme mais auquel il r&#233;siste dans son incarnation sovi&#233;tique, entretenant avec ce courant id&#233;ologique et politique un rapport complexe, oblique, qu'il serait trop long de rappeler ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les romans se pr&#233;sentent comme une expression, sur le plan de l'imaginaire, de ces pr&#233;occupations. Dans le cadre restreint de cet article, je ne peux qu'esquisser une &#233;vocation aussi sch&#233;matique qu'elliptique qui donnera tout de m&#234;me, je l'esp&#232;re, une id&#233;e de ce qui est en jeu dans ces &#339;uvres majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Les somnambules&lt;/i&gt;, immense roman &#224; trois volets, &#233;crit et publi&#233; au tournant des ann&#233;es 1930, &#224; travers des personnages typiques repr&#233;sentant les classes sociales principales de l'&#233;poque et des intrigues r&#233;v&#233;latrices de leurs visions du monde, Broch donne &#224; lire une description saisissante de la m&#233;tamorphose de la condition de l'homme moderne sous l'impact de la fragmentation sociale et de la dislocation id&#233;ologique et normative qui l'accompagne, tout au long du processus qui conduit de la Renaissance aux temps pr&#233;sents. Dans &lt;i&gt;Les irresponsables&lt;/i&gt;, il s'attache plus particuli&#232;rement &#224; la gen&#232;se du fascisme, aux pr&#233;dispositions psychiques qui, dans certains groupes sociaux, dont en particulier la petite bourgeoisie frustr&#233;e au sortir de la premi&#232;re guerre mondiale, vont permettre l'irruption et le d&#233;ferlement de l'irrationnel dans la sph&#232;re proprement politique. Dans ce roman, comme dans Le tentateur, r&#233;cit en forme de parabole dont l'antih&#233;ros est visiblement inspir&#233; par la figure d'Hitler, l'&#233;crivain, &#224; travers les gestes et les paroles de personnages apparemment apolitiques, &#233;voque l'angoisse sourde qui monte en eux et qui va les jeter dans les bras du mouvement nazi dans lequel ils esp&#232;rent retrouver une unit&#233; et une s&#233;curit&#233; perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, et on peut &#233;tendre cette observation &#224; tous les textes de fiction de Broch, la lecture sociale et politique du r&#233;el passe par la mise en forme des interrelations et des &#233;motions v&#233;cues par les personnages dans leur vie int&#233;rieure et sociale, rendant ainsi &#233;minemment concr&#232;te la reconstitution historique propos&#233;e qui compl&#232;te, plus qu'elle ne redouble, la vision v&#233;hicul&#233;e par les historiens et les sociologues, en quoi le roman fait effectivement &#339;uvre de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Un intellectuel capital&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La profondeur et la justesse des repr&#233;sentations et des analyses de cet &#233;crivain en font pour moi un &#171; &#233;crivain capital &#187;, quelqu'un dont la r&#233;flexion est n&#233;cessaire, surtout dans la p&#233;riode d'&#233;clatement et de d&#233;rive que nous traversons, tant sur le plan social qu'id&#233;ologique. On peut (on doit ?) s'inspirer de Broch et le prolonger pour ainsi dire dans la mesure o&#249; il nous invite &#224; emprunter une direction qui nous engage dans la reconstruction d'un monde meilleur fond&#233; sur la fraternit&#233; et la solidarit&#233;. Dans cette perspective, on peut se r&#233;clamer globalement de cet h&#233;ritage, qui s'inscrit lui-m&#234;me dans celui, plus g&#233;n&#233;ral, des r&#233;sistants et des vaincus avec lesquels nous renouons sans cesse les fils d'une histoire sans fin, toujours &#224; reprendre et &#224; recommencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'exigence &#233;thique</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-exigence-ethique</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:15:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yvon Rivard</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Rivard, Yvon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Hermann Broch est consid&#233;r&#233; comme un &#233;crivain et un intellectuel majeur du XXe si&#232;cle. C'est ce que pensent aussi Jacques Pelletier et Yvon Rivard, qui ont fr&#233;quent&#233; son &#339;uvre chacun &#224; leur mani&#232;re : le premier en &#233;crivant des &#233;tudes d'une rare perspicacit&#233; sur cet auteur r&#233;put&#233; difficile, par passion intellectuelle et p&#233;dagogique, mais aussi comme militant infatigable ; le second, professeur aussi, essayiste et romancier, en recevant Hermann Broch comme un &#233;branlement qui allait modifier en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Litterature-fuite-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Litt&#233;rature, fuite et r&#233;sistance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rivard-Yvon-+" rel="tag"&gt;Rivard, Yvon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1350.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;465&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hermann Broch est consid&#233;r&#233; comme un &#233;crivain et un intellectuel majeur du XXe si&#232;cle. C'est ce que pensent aussi Jacques Pelletier et Yvon Rivard, qui ont fr&#233;quent&#233; son &#339;uvre chacun &#224; leur mani&#232;re : le premier en &#233;crivant des &#233;tudes d'une rare perspicacit&#233; sur cet auteur r&#233;put&#233; difficile, par passion intellectuelle et p&#233;dagogique, mais aussi comme militant infatigable ; le second, professeur aussi, essayiste et romancier, en recevant Hermann Broch comme un &#233;branlement qui allait modifier en profondeur sa vision et sa pratique de l'&#233;criture, du langage et de son rapport au monde, bref de son r&#244;le d'&#233;crivain et d'intel&#173;lectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous leur avons demand&#233; de nous livrer leur r&#233;flexion sur cet &#233;crivain atypique n&#233; &#224; Vienne en 1886 et d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Yale en 1954, qui se d&#233;tourna des affaires familiales florissantes pour se consacrer enti&#232;rement &#224; la litt&#233;rature, qui milita contre le nazisme, produisit une &#339;uvre d'essayiste et de romancier d'une telle force qu'on a pu le comparer aux plus grands, notamment &#224; James Joyce (Georges Steiner). En fait, nous leur avons demand&#233; comment ils voyaient la litt&#233;rature ou la pratique de l'&#233;criture aujourd'hui. Est-il possible aujourd'hui que la litt&#233;rature soit autre chose que divertissement, voire de belles machines fictionnelles, po&#233;tiques th&#233;oriques, agr&#233;ment&#233;es de rectitude morale ou politique ? Comment concilier litt&#233;rature et action &#8211; ou souci du monde ? Comment Broch les a-t-il inspir&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt; : l'&#233;branlement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus comment j'ai d&#233;couvert Broch, mais cette d&#233;couverte &#233;tait une parfaite illustration de la v&#233;rit&#233; &#233;nonc&#233;e par V. Woolf, &#224; savoir que &#171; &lt;i&gt; nos d&#233;couvertes se brisent mille fois avant de s'accomplir.&lt;/i&gt; &#187; En effet, j'ai d&#251; essayer deux ou trois fois de lire La mort de Virgile, sur une p&#233;riode de quelques ann&#233;es, avant d'&#234;tre aspir&#233; par ce livre inclassable que j'ai lu en deux jours, retir&#233; &#224; la campagne, au milieu des champs recouverts de neige. Ce qui m'en avait tenu &#233;loign&#233;, ce n'&#233;tait pas tant sa lenteur ou sa forme qui d&#233;fiait et bouleversait tous les genres (roman &#8211; po&#232;me &#8211; essai), mais bien sa v&#233;rit&#233;. J'avais fui ce livre comme Virgile qui &#171; &lt;i&gt;n'avait fait que vivre au bord de sa vie [&#8230;], invit&#233; de sa propre vie&lt;/i&gt; &#187;. J'entendais l&#224; ce que j'avais toujours attendu et redout&#233; d'un livre, la voix de quelqu'un qui, sans d&#233;tour et comme sans aucun souci litt&#233;raire (y a-t-il d'autre mani&#232;re de faire de la cr&#233;ation une exp&#233;rience de connaissance, de l'art une d&#233;couverte ?), adresse au lecteur la question suivante : &#171; Veux-tu que je te dise la v&#233;rit&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que j'ai &#233;t&#233; interpell&#233; par &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt;, comme je l'avais &#233;t&#233; par &lt;i&gt;Les cahiers de Malte Laurids Brigge&lt;/i&gt; et le serait, quelques ann&#233;es plus tard, par &lt;i&gt;Les vagues&lt;/i&gt;. Si le lecteur accepte d'entendre une telle &#171; confession &#187;, il sait tr&#232;s bien qu'il sera lui-m&#234;me pr&#233;cipit&#233; dans sa v&#233;rit&#233;, qu'il ne s'en sortira pas indemne. Il ne pourra plus se contenter &#171; de vivre au bord de sa vie &#187;, il lui faudra y descendre, comme dans un fleuve, et commencer &#224; tout voir, aspir&#233; par la fin plus ou moins lointaine, purifi&#233; par &#171; la simplicit&#233; de la mort &#187;. &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; un choc, c'est s&#251;r, mais, comme le dit Woolf, le chemin est long, sans fin, entre la d&#233;couverte et son accomplissement, entre la r&#233;v&#233;lation d'une v&#233;rit&#233; et sa traduction concr&#232;te dans un livre, une vie. Je n'ai rien lu d'autre de Broch, sauf des ann&#233;es plus tard &lt;i&gt;Cr&#233;ation litt&#233;raire et connaissance&lt;/i&gt;, incapable de vouloir entendre autre chose que cette voix qui embrassait tout, dans laquelle &#171; &lt;i&gt;la fin s'ajustait au commencement, enfant&#233;e &#224; nouveau, enfantant &#224; nouveau.&lt;/i&gt; &#187; Les grands livres s'enfantent et nous enfantent continuellement, et s'il faut les oublier pour pouvoir entendre &#224; notre tour notre v&#233;rit&#233;, on y revient toujours pour ne pas sombrer &#224; nouveau dans le mensonge, l'inconscience et l'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La descente dans l'infini du r&#233;el&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; de Broch, celle qui m'est rentr&#233;e dedans, c'est qu'&#233;crire est ce qui nous retient au bord du r&#233;el, de la vie aussi longtemps que la litt&#233;rature entend s'y substituer ou s'y d&#233;rober. J'appartiens &#224; cette g&#233;n&#233;ration, pass&#233;e directement du bois aux livres, des champs &#224; la biblioth&#232;que, qui s'est gris&#233;e de mots, comme les b&#251;cherons se so&#251;laient au sortir des chantiers, qui a lu Rimbaud, par exemple, sans prendre au s&#233;rieux son silence, son refus de la litt&#233;rature. &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt; ne m'invitait pas &#224; retourner &#224; la terre, comme l'ont fait les hippies des ann&#233;es 1970, ni &#224; cultiver la nostalgie des &#171; &lt;i&gt;fils d&#233;chus de race surhumaine &lt;/i&gt; &#187;, mais &#224; faire de la litt&#233;rature m&#234;me une exp&#233;rience du r&#233;el, car &#171; &lt;i&gt; rien d'irr&#233;el n'a le droit de survivre.&lt;/i&gt; &#187; Cette phrase &#224; elle seule met fin aux petits exploits formels, &#224; la construction d'un monde artistique autonome, &#224; l'imaginaire qui n'ouvre pas sur le r&#233;el. La connaissance du r&#233;el &#224; laquelle la litt&#233;rature doit se consacrer passe n&#233;cessairement, selon Broch, par l'amour, et l'amour n'est rien s'il n'est pas &#171; &lt;i&gt;devoir, devoir terrestre, devoir de secourir, devoir d'&#233;veiller &lt;/i&gt; &#187;. C'est cette id&#233;e simple qui a sans doute d&#233;tourn&#233; de Broch &#224; la fois les lecteurs qui se tiennent bien au chaud dans la maison de l'art et ceux qui doutent que la litt&#233;rature puisse &#234;tre une forme d'action, qui se demandent avec raison, comme Martin Jalbert, si &#171; &lt;i&gt; la compassion est une &#233;motion susceptible de fonder une relation politique &#224; l'autre&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Contre-Jour&lt;/i&gt;, no. 15, p. 108). Est-ce que la pens&#233;e peut &#234;tre une forme d'action ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question capitale de l'efficacit&#233; de la litt&#233;rature, qui est une forme de pens&#233;e, il faut d'abord se demander de quoi l'humanit&#233; a besoin, d'o&#249; viennent tous les maux qui l'affligent. Pour Broch, c'est du foss&#233;, de l'ab&#238;me qui s'est creus&#233; entre nous et le monde, entre le moi et le non-moi, que na&#238;t la violence qui prend toutes les formes de domination qu'on conna&#238;t (psychologique, &#233;conomique, politique, sociale). Le travail de l'&#233;crivain, de l'intellectuel, son devoir terrestre de porter assistance &#224; autrui, c'est de combler cet ab&#238;me, de r&#233;concilier l'homme et le monde. Comment se fera ce que Jacques Pelletier appelle &#171; &lt;i&gt;une entreprise de reconstruction d'un univers plein, apais&#233;, et unifi&#233; &lt;/i&gt; &#187; (Situation de l'intellectuel critique, La le&#231;on de Broch, p. 159) ? Une chose est s&#251;re, je ne crois pas que cette &#171; &lt;i&gt;&#233;pop&#233;e de la paix &lt;/i&gt; &#187; dont r&#234;ve Handke risque de mettre fin &#224; l'art, &#224; &#171; &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233; et la discorde &lt;/i&gt; &#187; dont H&#233;raclite dit qu'elles sont sources de cr&#233;ation, puisqu'un tel travail est sans fin, et que &#171; &lt;i&gt;nos d&#233;couvertes se brisent mille fois avant de s'accomplir&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement de la pens&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;ponse qui vient &#224; Broch et &#224; Virgile, dict&#233;e par l'urgence de la situation de l'esclavage ou du nazisme, c'est l'action directe, imm&#233;diate sur le r&#233;el, l'engagement politique et social contre les forces d'oppression. On sait que Broch, en 1938, a pens&#233; abandonner la r&#233;daction de &lt;i&gt;La mort de Virgile (&#171; Tout travail artistique ou intellectuel de n'importe quel genre est superflu.&lt;/i&gt; &#187;) S'il a continu&#233; n&#233;anmoins d'&#233;crire, c'est qu'il croit que la pens&#233;e est une forme d'action et que le r&#233;el ne s'arr&#234;te pas au visible, au fini, mais inclut l'infini, l'invisible. L'action de la pens&#233;e, c'est que la pens&#233;e, au lieu de se laisser d&#233;tourner de son propre &#233;lan de connaissance par la peur de la mort, ose s'aventurer au-del&#224; de la mort (il faut lire l'incroyable derni&#232;re partie de &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt;) pour y trouver une lumi&#232;re qui, reliant le commencement et la fin, surmonte l'ab&#238;me creus&#233; par l'angoisse de mourir. L'&#233;thique pour Broch, c'est la fid&#233;lit&#233; au mouvement de la pens&#233;e, de la vie, qui s'enracine dans le fini, mais ne peut s'accomplir, s'&#233;panouir que dans l'infini, que par un r&#234;ve qui ouvre sur le r&#233;el &#233;largi, sur &#171; &lt;i&gt;la seconde immensit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Pas d'art sans m&#233;taphysique &lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Broch, pas de vie pacifi&#233;e sans l'hypoth&#232;se et l'exp&#233;&#173;rience d'une r&#233;conciliation du moi et du non-moi. L'exigence &#233;thique ne propose ni morale ni programme, car &#171; &lt;i&gt;le but de cette exigence est situ&#233; dans l'absolu et l'infini&lt;/i&gt; &#187;, et &#171; &lt;i&gt;l'absolu, nous rappelle Broch, se contente d'indiquer la direction d'un chemin infini et il est lui-m&#234;me inaccessible en tant qu'absolu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broch n'oppose pas le fini et l'infini, l'&#233;criture et l'action, le politique et le m&#233;taphysique, il les relie au contraire constamment dans une tension cr&#233;atrice, sans jamais c&#233;der &#224; la tentation de se fixer &#224; un seul p&#244;le. C'est ce que Jacques Pelletier a bien vu et qui lui a permis de lire toute l'&#339;uvre de Broch et d'en montrer la coh&#233;rence profonde. L'exigence &#233;thique, dit Broch, peut s'accomplir aussi bien &#171; &lt;i&gt;dans le syst&#232;me de valeurs du cordonnier, du militaire, de l'artiste ou du savant &lt;/i&gt; &#187; pourvu que ce syst&#232;me soit ouvert, c'est-&#224;-dire que la valeur de toute action se mesure &#224; sa capacit&#233; de maintenir l'&#234;tre en mouvement entre les contraires, &#171; &lt;i&gt; &#224; &#233;clairer les t&#233;n&#232;bres et les dominer en leur donnant forme &lt;/i&gt; &#187;.&#8194;Le mal, pour Broch, c'est la fixit&#233;, l'enfermement dans une forme (de pens&#233;e ou d'action) qui n'ob&#233;it plus au mouvement qui l'a engendr&#233;e, qui oublie que le but de toute forme d'action est un acte d'amour, un acte de r&#233;demption qui sauve l'homme de l'angoisse de mourir, d'&#234;tre s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me et des autres. De quoi avons-nous besoin ? R&#233;ponse de Hesse : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me l'homme terre &#224; terre conserve le besoin s&#233;culaire de savoir que son existence a un sens ; d&#232;s qu'il ne parvient plus &#224; le trouver, ses m&#339;urs se d&#233;r&#232;glent et sa vie priv&#233;e est domin&#233;e par un &#233;go&#239;sme exacerb&#233;, par une peur accrue de la mort.&lt;/i&gt; &#187; On peut donner &#224; l'existence tel ou tel sens, mais aucun ne tiendra la route tr&#232;s longtemps s'il ne r&#233;ussit pas &#224; nous lib&#233;rer de la peur de mourir. On peut vouloir aider les hommes de plusieurs fa&#231;ons, mais toutes s'av&#233;reront t&#244;t ou tard des raccourcis donnant sur des impasses (nouvelle forme de domination, bonne conscience, etc.) sans &#171; &lt;i&gt;la vision commune de l'infini [qui] est la base de toute compr&#233;hension mutuelle et sans elle, m&#234;me la communication la plus simple est impossible&lt;/i&gt; &#187;. Le communisme, aussi g&#233;n&#233;reux fut-il, n'a pas r&#233;ussi &#224; distribuer la richesse, &#224; combler le foss&#233; entre riches et pauvres, parce qu'il n'a pas vu ou a oubli&#233;, par une sorte d'impatience propre &#224; l'action, que le fondement de toute solidarit&#233; humaine, c'est le partage de la mort et du d&#233;sir de la surmonter, en la rattachant &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on sortir de Broch ? La seule fa&#231;on de le faire, c'est d'&#234;tre fid&#232;le &#224; Broch. On sait, en effet, que Broch, &#224; la fin de sa vie, semblait d&#233;laisser la litt&#233;rature pour les math&#233;matiques, car il croyait alors que &#171; &lt;i&gt;le devoir de cr&#233;ation&lt;/i&gt; &#187;, l'obligation de r&#233;p&#233;ter la cr&#233;ation du monde s'accomplirait mieux &#171; &lt;i&gt; dans une science unique du futur&lt;/i&gt; &#187;. La le&#231;on de Broch, c'est de ne s'attacher qu'au mouvement et non &#224; tel ou tel chemin. Je ne me vois pas plonger dans les sciences, mais j'esp&#232;re avoir le courage d'ob&#233;ir &#171; &lt;i&gt;&#224; la loi du c&#339;ur&lt;/i&gt; &#187;, que cette loi m'oblige &#224; continuer d'&#233;crire ou &#224; faire autre chose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Th&#233;&#226;tre de combat</title>
		<link>https://www.ababord.org/Theatre-de-combat</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:14:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>

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&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, de toutes les formes litt&#233;raires, le th&#233;&#226;tre est sans doute celle qui pr&#233;sente le plus syst&#233;matiquement des sujets politiques et sociaux. Peut-&#234;tre est-ce parce que les com&#233;diens devant leur public occupent une position qui ressemble &#224; celle d'un tribun ? Ou parce qu'&#233;tant produit collectivement, le th&#233;&#226;tre peut ais&#233;ment r&#233;pondre &#224; des pr&#233;occupations plus globales ? Peut-&#234;tre n'y a-t-il aucune raison sp&#233;cifique ? Chose certaine, depuis qu'il existe, notre th&#233;&#226;tre de cr&#233;ation a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vaillancourt-Claude-+" rel="tag"&gt;Vaillancourt, Claude&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1349.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;451&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, de toutes les formes litt&#233;raires, le th&#233;&#226;tre est sans doute celle qui pr&#233;sente le plus syst&#233;matiquement des sujets politiques et sociaux. Peut-&#234;tre est-ce parce que les com&#233;diens devant leur public occupent une position qui ressemble &#224; celle d'un tribun ? Ou parce qu'&#233;tant produit collectivement, le th&#233;&#226;tre peut ais&#233;ment r&#233;pondre &#224; des pr&#233;occupations plus globales ? Peut-&#234;tre n'y a-t-il aucune raison sp&#233;cifique ? Chose certaine, depuis qu'il existe, notre th&#233;&#226;tre de cr&#233;ation a toujours su habilement r&#233;percuter les pr&#233;occupations contemporaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre qu&#233;b&#233;cois a pris ce pli d&#232;s sa naissance. Gratien G&#233;linas s'est fait conna&#238;tre par ses &lt;i&gt;Fridolinades&lt;/i&gt;, des revues humoristiques sur des sujets souvent politiques ; il a surtout &#233;crit &lt;i&gt;Bousille et les justes&lt;/i&gt;, une critique s&#233;v&#232;re de la corruption des &#233;lites dans les ann&#233;es Duplessis. Avec &lt;i&gt;Zone&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Un simple soldat&lt;/i&gt;, Marcel Dub&#233; refl&#232;te bien les d&#233;sarrois d'une classe pauvre incapable de se sortir d'une mis&#232;re dans laquelle on l'a enferm&#233;e. Michel Tremblay, quant &#224; lui, a d&#233;clin&#233;, dans ses premi&#232;res pi&#232;ces, le th&#232;me de l'ali&#233;nation de la classe ouvri&#232;re sous toutes ses facettes, chez les femmes (&lt;i&gt;Les belles-s&#339;urs&lt;/i&gt;) ou dans la famille (&lt;i&gt;&#192; toi pour toujours, ta Marie-Lou, Bonjour, l&#224;, bonjour&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;occupations sociales, voire m&#234;me politiques, sont constantes dans ce qui suivra, un vaste parcours qui va de Medium saignant (1969) de Fran&#231;ois Loranger, qui interpellait le public sur la br&#251;lante question de la langue fran&#231;aise, &#224; &lt;i&gt;Clotaire Rapaille, l'op&#233;ra rock&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; avec succ&#232;s au Festival du Jamais lu et qui relate, de fa&#231;on plus l&#233;g&#232;re, les m&#233;saventures du maire Labeaume &#224; Qu&#233;bec. Si bien que ce type de th&#233;&#226;tre occupe une telle place sur nos sc&#232;nes qu'il ne nous sera possible ici que d'en donner un mince aper&#231;u, n&#233;gligeant nombre de textes, auteurs, troupes dignes de mention.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;ativit&#233; et financement priv&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parmi ce foisonnement, retenons &lt;i&gt;Les guerriers&lt;/i&gt; de Michel Garneau comme l'un des plus beaux accomplissements d'un th&#233;&#226;tre qui ne craint pas d'aborder des sujets chauds et franchement politiques. Pr&#233;sent&#233;e en 1989, cette pi&#232;ce reste aujourd'hui plus pertinente que jamais, dans un Canada dont les ambitions militaires ne sont plus cach&#233;es. Racontant l'histoire de deux publicitaires qui ont dix jours pour trouver un slogan pour promouvoir l'arm&#233;e canadienne, Garneau y d&#233;nonce &#224; la fois les m&#233;faits de la guerre, la d&#233;liquescence du milieu publicitaire, pr&#234;t &#224; tous les avilissements pour vendre toujours plus, et la finance qui profite de tout cela avec un cynisme absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la cr&#233;ation se met au service du pouvoir, avance Garneau, elle perd &#224; la fois sa force et son &#226;me. La d&#233;rision devient la source de la cr&#233;ativit&#233; alors que le slogan publicitaire provient de &#171; &lt;i&gt;la chose la plus colonne l'affaire la plus habitante la plus noune la plus d&#233;risoire possible&lt;/i&gt; &#187; qui vient &#224; l'esprit, au point d'en perdre toute dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une le&#231;on &#224; retenir pour nos th&#233;&#226;tres dont le mode de financement limite beaucoup la capacit&#233; de prendre des risques et d'exprimer des messages subversifs. Le financement priv&#233; des th&#233;&#226;tres peut ais&#233;ment &#233;touffer les col&#232;res. Dans ce contexte, il ne faut surtout pas &#233;corcher l'image de marque de la grande compagnie qui donne des sous, pactiser avec les gens d'affaires omnipr&#233;sents dans les conseils d'administration des th&#233;&#226;tres et remplir &#224; fond les salles par des spectacles consensuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flambeau de la r&#233;volte et de l'indignation se passe plus que jamais dans de nombreuses troupes qui pr&#233;sentent leurs spectacles dans de petits th&#233;&#226;tres, avec une belle r&#233;gularit&#233;. Le th&#233;&#226;tre de la Licorne est devenu un lieu privil&#233;gi&#233; o&#249; l'on ne cesse de mettre en sc&#232;ne des pi&#232;ces mordantes, avec une forte port&#233;e sociale. Si le r&#233;pertoire de ce th&#233;&#226;tre s'alimente beaucoup de pi&#232;ces britanniques remarquablement port&#233;es par la rage et la r&#233;volte &#8211; &lt;i&gt;Gargarin way&lt;/i&gt; de Gregory Burke a &#233;t&#233; l'un des spectacles refl&#233;tant avec le plus de puissance ces sentiments &#8211;, plusieurs auteurs qu&#233;b&#233;cois se sont inscrits dans cette m&#234;me lign&#233;e. On se rappelle par exemple de &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des loisirs&lt;/i&gt; de Fran&#231;ois Archambault qui d&#233;nonce le grand vide et la profonde m&#233;diocrit&#233; dans lesquels baignent les enfants de la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;&#226;tre documentaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La compagnie Porte Parole est l'une de celles qui s'&#233;loignent le plus du th&#233;&#226;tre aseptis&#233; appr&#233;ci&#233; par les gros commanditaires et aborde directement les questions politiques. La liste des sujets choisis par la troupe parle d'elle-m&#234;me : les march&#233;s financiers dans &lt;i&gt;2000 questions&lt;/i&gt;, l'industrie qu&#233;b&#233;coise du textile &#171; &lt;i&gt;frapp&#233;e de plein fouet par la mondialisation&lt;/i&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Import/export&lt;/i&gt;, et l'affaire Villanueva dans une production annonc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sexy b&#233;ton&lt;/i&gt;, d'Annabel Soutar, s'int&#233;resse &#224; l'effondrement du viaduc de la Concorde qui a tu&#233; cinq personnes et pour lequel on n'a trouv&#233; aucun coupable. La pi&#232;ce est construite comme un documentaire th&#233;&#226;tral, qui met en sc&#232;ne les v&#233;ritables protagonistes de l'affaire, dont le pr&#233;sident de la commission d'enqu&#234;te (Pierre-Marc Johnson), le pr&#233;sident de l'association professionnelle des ing&#233;nieurs du gouvernement du Qu&#233;bec, l'avocat Julius Grey, des victimes et des parents des victimes. Bien que s'en tenant presque enti&#232;rement &#224; la v&#233;rit&#233;, la pi&#232;ce devient un v&#233;ritable suspense et r&#233;v&#232;le les pires aspects de l'affaire : impunit&#233;, liaisons mafieuses, absence d'aide et de compassion envers les victimes, effets des coupes budg&#233;taires, etc. Tout en restant du pur th&#233;&#226;tre, cette pi&#232;ce demeure un excellent moyen de d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons donc constater que l'int&#233;r&#234;t de nos dramaturges pour les sujets sociaux et politiques est r&#233;el et correspond &#224; une certaine spontan&#233;it&#233; : instinctivement, et sans avoir n&#233;cessairement un projet esth&#233;tique qui articule leur approche en ce sens, nos auteurs s'int&#233;&#173;ressent de pr&#232;s &#224; l'actualit&#233;, s'indignent devant les injustices et rencontrent un public qui suit leur d&#233;marche. Esp&#233;rons qu'ils sauront encore trouver dans l'avenir la libert&#233; et la marge de man&#339;uvre qui leur permettront de poursuivre en ce sens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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