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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Apocalypse et utopie</title>
		<link>https://www.ababord.org/Apocalypse-et-utopie</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:22:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Jacques Lavoie</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Lavoie, Jean-Jacques </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On compte qu'entre le deuxi&#232;me si&#232;cle avant l'&#232;re chr&#233;tienne et le neuvi&#232;me si&#232;cle de l'&#232;re chr&#233;tienne, plus de deux cents apocalypses ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es par les communaut&#233;s chr&#233;tiennes et juives. Aucun de ces livres apocalyptiques n'a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; dans le canon de ces deux communaut&#233;s religieuses, &#224; l'exception du livre de Daniel, dans la Bible h&#233;bra&#239;que, ainsi que du livre de l'Apocalypse (Ap) du Nouveau Testament, dont la canonicit&#233; fit difficult&#233; pendant les quatre premiers si&#232;cles de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Apocalypse-et-politique-" rel="directory"&gt;Dossier : Apocalypse et politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lavoie-Jean-Jacques-+" rel="tag"&gt;Lavoie, Jean-Jacques &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton910.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1080&#034; height=&#034;578&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On compte qu'entre le deuxi&#232;me si&#232;cle avant l'&#232;re chr&#233;tienne et le neuvi&#232;me si&#232;cle de l'&#232;re chr&#233;tienne, plus de deux cents apocalypses ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es par les communaut&#233;s chr&#233;tiennes et juives. Aucun de ces livres apocalyptiques n'a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; dans le canon de ces deux communaut&#233;s religieuses, &#224; l'exception du livre de Daniel, dans la Bible h&#233;bra&#239;que, ainsi que du livre de l'Apocalypse (Ap) du Nouveau Testament, dont la canonicit&#233; fit difficult&#233; pendant les quatre premiers si&#232;cles de l'&#232;re chr&#233;tienne. Mais quelle r&#233;v&#233;lation (c'est ce que signifie le mot &lt;i&gt;apocalypsis&lt;/i&gt;) cette litt&#233;rature porte-t-elle au langage ? &#192; cette question, les r&#233;ponses donn&#233;es au cours de l'histoire ont &#233;t&#233; multiples. On comprendra donc que, pour des raisons d'espace, mon propos se limitera au livre de l'Ap et que la place n&#233;cessaire &#224; son analyse d&#233;taill&#233;e me fera d&#233;faut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#202;tre homme, cela veut dire en r&#233;alit&#233; : avoir de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Philosophische Grundfragen. Zur Ontologie des Noch-Nicht-Seins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois grandes interpr&#233;tations du livre de l'Apocalypse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Dans l'histoire, le livre de l'Ap a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; de trois grandes mani&#232;res diff&#233;rentes. D&#232;s l'Antiquit&#233;, la lecture qu'on pourrait qualifier d'all&#233;gorique fut tr&#232;s r&#233;pandue. Elle consistait &#224; voir dans ce livre le sens de l'histoire et plus particuli&#232;rement le sens de l'histoire de l'&#201;glise. De nos jours, la lecture la plus populaire est la lecture chronologique. Elle consiste &#224; voir ce livre comme un guide de la fin du monde. Par exemple, la b&#234;te, dont le chiffre est 666 (Ap 13,18), a &#233;t&#233; identifi&#233;e &#224; Hitler, Staline, le pape Jean-Paul II, Saddam Hussein, etc. Au cours des XIXe et XXe si&#232;cles, de nombreux pr&#233;dicateurs ont aussi utilis&#233; ce livre pour pr&#233;dire la date exacte de la fin du monde. Bien entendu, tous se sont fourvoy&#233;s ! Outre le fait qu'elles ne respectent pas le genre litt&#233;raire du livre de l'Ap, ces deux lectures sont erron&#233;es, la premi&#232;re parce qu'elle enl&#232;ve au livre son caract&#232;re historique et donne &#224; son message un sens strictement atemporel, et la seconde parce qu'elle transforme le livre en grotesque calendrier des grands &#233;v&#233;nements de l'histoire de l'humanit&#233;. Depuis d&#233;j&#224; plusieurs d&#233;cennies, une troisi&#232;me lecture s'est impos&#233;e dans le monde de la recherche universitaire : la lecture historico-critique. Les partisans de cette lecture visent &#224; situer le livre dans son milieu historique et culturel, &#224; savoir les croyances apocalyptiques juives et chr&#233;tiennes du Ier si&#232;cle, et tentent de d&#233;crypter le langage symbolique r&#233;gissant ce milieu. Ils se demandent aussi quels &#233;v&#233;nements, dans l'histoire des christianismes des origines, ont conduit &#224; la naissance d'un tel livre. Bien que la r&#233;ponse soit tr&#232;s complexe, on peut dire que ce livre est apparu pour donner de l'esp&#233;rance aux chr&#233;tiens qui &#233;taient pers&#233;cut&#233;s. En effet, maints passages de l'Ap font penser aux pers&#233;cutions de N&#233;ron en l'an 64, mais aussi et surtout aux massacres des chr&#233;tiens organis&#233;s sous Domitien entre 81-96. Par exemple, la description de la B&#234;te en Ap 13 fait allusion au culte des empereurs qui, &#224; la fin du Ier si&#232;cle, &#233;tait devenu le test de bonne citoyennet&#233;. &#192; quiconque &#233;tait suspect de desseins r&#233;volutionnaires ou de pens&#233;es subversives, on pouvait demander de br&#251;ler un peu d'encens devant l'image de l'empereur, et le refus &#233;tait punissable de mort. &#192; &#201;ph&#232;se, on peut toujours voir les restes d'un temple vou&#233; &#224; Domitien. Ap 13 combat donc ceux qui font du pros&#233;lytisme au moyen de la religion civile qui d&#233;clare divins l'&#201;tat et ses dirigeants. Les chr&#233;tiens n'acceptent pas d'&#234;tre form&#233;s par ce syst&#232;me totalitaire, ni d'agir servilement selon ses directives politiques, sociales et &#233;conomiques : ils n'acceptent pas la marque sur la main (symbole de l'activit&#233;) ni sur le front (symbole de la personne), marque pourtant n&#233;cessaire pour quiconque veut acheter et vendre (Ap 13,16-17). Ils refusent cette concentration du pouvoir qui engendre in&#233;vitablement une concentration des biens. Au milieu de ces injustices et de ces infamies, les petites communaut&#233;s chr&#233;tiennes diss&#233;min&#233;es dans l'Empire repr&#233;sentent aux yeux de l'apocalypticien des contre-mod&#232;les, un contre-pouvoir l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce livre peut-il &#234;tre encore signifiant aujourd'hui ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Bien entendu, le chr&#233;tien r&#233;pondra &#224; cette question par l'affirmative. Pourtant, cette r&#233;ponse ne va pas de soi lorsqu'on constate que la triste et folle histoire de l'actualisation de ce livre au cours des deux derniers si&#232;cles a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses id&#233;ologies alarmistes et asservissantes, qui ont nourri des r&#234;ves de sectaires n&#233;vrotiques repli&#233;s sur eux-m&#234;mes. &#192; titre d'exemple, on peut rappeler le drame des davidiens de Waco, au Texas. Force est donc de constater que le succ&#232;s des diverses interpr&#233;tations actualisantes d&#233;pend encore de leur capacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux attentes et aux exigences de leur auditoire cr&#233;dule et peu critique, plus que de leur arrimage avec le message historiquement conditionn&#233; du livre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Est-ce &#224; dire que lire l'Ap en vue d'y trouver un message possible pour les lecteurs d'aujourd'hui, tout en respectant son contexte originel, est une t&#226;che impossible ? La t&#226;che est certes tr&#232;s difficile, mais elle n'est pas irr&#233;alisable. Pour r&#233;ussir une telle lecture, il faut d'abord &#233;viter le pi&#232;ge d'une juxtaposition acritique des conditions pass&#233;es et actuelles. Il faut &#233;galement et surtout remettre en question toutes les interpr&#233;tations qui visent &#224; occulter la r&#233;alit&#233; des opprim&#233;s, &#224; l&#233;gitimer la domination tyrannique et &#224; enlever toute l&#233;gitimit&#233; &#224; ceux qui luttent contre elle. Car loin de promouvoir le d&#233;sengagement et de favoriser une sorte de pi&#233;tisme puritain, plein de m&#233;pris pour le monde, le livre de l'Ap &#8211; et c'est vrai aussi du livre de Daniel qu'il faut situer au temps des pers&#233;cutions sous Antiochus &#201;piphane &#8211; lutte contre le d&#233;couragement qui guette les croyants en temps de crise et les exhorte &#224; tenir bon en d&#233;pit des malheurs qu'ils connaissent. Autrement dit, le but du livre de l'Ap est avant tout pratique : son auteur veut susciter un mouvement de r&#233;sistance et inviter les croyants &#224; affronter avec courage et fermet&#233; le syst&#232;me totalitaire qui est &#224; l'origine des pers&#233;cutions et des injustices. Il est vrai que l'&#233;trange langage apocalyptique a donn&#233; lieu &#224; des malentendus, mais celui-ci a une r&#233;sonance politique quand il s'oppose aux mensonges de ceux qui cherchent &#224; imposer leur volont&#233; au reste du monde. Le livre de l'Ap n'est pas une &#233;chappatoire aux dures r&#233;alit&#233;s de la vie lorsqu'il d&#233;nonce l'insolence des tyrans. Il ne recommande pas un attentisme sans espoir lorsqu'il exige l'ob&#233;issance &#224; la Loi divine, laquelle ordonne, entre autres choses, que justice soit faite &#224; l'&#233;gard des pauvres et des opprim&#233;s. Il n'appelle pas au repli sectaire, &#224; la d&#233;mobilisation et &#224; l'abdication devant le mal et l'injustice quand il pr&#233;voit la ruine des puissances mauvaises. Bref, la lecture de l'Ap a jadis permis &#224; certains croyants d'affronter les catastrophes de l'histoire et de maintenir ce que le philosophe marxiste Ernst Bloch appelle &#171; le principe esp&#233;rance &#187;. Qu'est-ce que le principe esp&#233;rance ? C'est la foi en une fin, un but vers lequel, encore de nos jours, d'aucuns cherchent &#224; se rendre et dans lequel seront abolis la rapacit&#233; et l'&#233;go&#239;sme des &#234;tres humains, qui sont actuellement les principales causes des injustices &#233;conomiques et de la mortalit&#233; de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'utopie du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le livre de l'Ap met en relief, entre autres, la dimension utopique du politique. Or, l'utopie, loin de n'&#234;tre qu'une pure illusion consolatrice ou un simple romantisme social bon pour les r&#234;veurs, a une fonction critique : en projetant dans l'avenir une vision d'un monde qui serait &#233;panouissante pour tous, elle r&#233;v&#232;le les manques, les imperfections, les abus et les crimes du statu quo. L'utopie a aussi une fonction d'orientation et de stimulation, car si l'utopie n'est jamais compl&#232;tement r&#233;alisable &#8211; ce n'est pas pour rien que le mot signifie litt&#233;ralement &#171; non lieu &#187; &#8211;, elle peut toutefois guider et encourager l'action et la r&#233;flexion individuelle et collective. Bien entendu, la fonction de l'utopie au plan de la critique et de l'orientation pratique ne sera assur&#233;e et f&#233;conde que si elle respecte au moins deux conditions. La premi&#232;re, c'est de ne pas oublier dans quelles r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes se pr&#233;sentent ici et maintenant les situations qu'elle pr&#233;tend pouvoir changer. La deuxi&#232;me condition &#224; respecter pour ne pas confondre utopie et construction chim&#233;rique, c'est de fonder son discours et son engagement sur une &#233;thique de la responsabilit&#233; et de la lib&#233;ration, une &#233;thique dont la r&#233;f&#233;rence centrale est le visage d'autrui. Pour le juif comme pour le chr&#233;tien, cette &#233;thique est centrale dans sa foi, car de nombreux textes, tant&#244;t &#224; teneur sapientiale (Proverbes 14,31 et 17,5), tant&#244;t &#224; teneur apocalyptique (Matthieu 25, 31-46) l'invitent &#224; penser Dieu en partant de l'absolu qui se manifeste dans le visage d'autrui. Pour l'utopiste qui se surprend &#224; r&#234;ver de l'existence de Dieu, il ne saurait donc y avoir d'alternative entre th&#233;ocentrisme et anthropocentrisme. Tous deux sont en convergence. Les trois textes &#233;voqu&#233;s ci-dessus indiquent clairement que c'est l'autre, et plus particuli&#232;rement le plus pauvre, qui m&#233;diatise la th&#233;ophanie. Ceux qui croient de fa&#231;on bien utopique que Dieu se r&#233;v&#232;le dans la Bible sont, par le fait m&#234;me, appel&#233;s &#224; croire que la r&#233;v&#233;lation de Dieu se fait &#233;galement entendre dans la voix des pauvres qui hurlent et g&#233;missent, ici et maintenant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, Philosophische Grundfragen. Zur Ontologie des Noch-Nicht-Seins [Questions philosophiques fondamentales. Sur l'ontologie du non-encore-&#234;tre], Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1961, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#201;loge de l'action politique jetable</title>
		<link>https://www.ababord.org/Eloge-de-l-action-politique</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:20:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dalie Giroux, Rebecca Lavoie</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Giroux, Dalie</dc:subject>
		<dc:subject>Lavoie, Rebecca</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Prenons l'action politique par son bout le plus na&#239;f, par sa n&#233;cessit&#233; utopique, et par sa v&#233;ritable motivation. Parlons de cette forme de l'action politique dont l'objectif est de &#171; changer le monde &#187;. Formule creuse ? Principe d'esp&#233;rance ? Impossibilit&#233; ? &#201;vidence ? Le motus de la transformation politique et g&#233;n&#233;rale de la vie des communaut&#233;s humaines accueille plusieurs significations, et celles-ci r&#233;pondent &#224; diff&#233;rentes conceptions de l'action qui m&#232;ne au changement, diff&#233;rentes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Giroux-Dalie-+" rel="tag"&gt;Giroux, Dalie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lavoie-Rebecca-+" rel="tag"&gt;Lavoie, Rebecca&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton909.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;630&#034; height=&#034;612&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Prenons l'action politique par son bout le plus na&#239;f, par sa n&#233;cessit&#233; utopique, et par sa v&#233;ritable motivation. Parlons de cette forme de l'action politique dont l'objectif est de &#171; changer le monde &#187;. Formule creuse ? Principe d'esp&#233;rance ? Impossibilit&#233; ? &#201;vidence ? Le motus de la transformation politique et g&#233;n&#233;rale de la vie des communaut&#233;s humaines accueille plusieurs significations, et celles-ci r&#233;pondent &#224; diff&#233;rentes conceptions de l'action qui m&#232;ne au changement, diff&#233;rentes mani&#232;res de comprendre l'&#233;mancipation et ses moyens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire chr&#233;tienne de l'&#233;mancipation selon le bonhomme et la bonne femme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gauche est travers&#233;e de mani&#232;re r&#233;currente par ces d&#233;bats qui portent &#224; la fois sur les fins de l'action politique &#233;mancipatrice et sur la nature de l'action politique requise pour atteindre ces fins. L'opposition lancinante entre r&#233;formisme et r&#233;volution aura certainement constitu&#233; l'axe organisateur par excellence de ces d&#233;bats au cours du si&#232;cle dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une militante de longue date nous r&#233;sumait l'affaire sous la forme de la th&#233;orie du &lt;i&gt;presto&lt;/i&gt;, en soulignant l'enjeu de genre qui se surimposait au d&#233;bat : les gars disent qu'il faut que le presto chauffe jusqu'&#224; temps qu'il explose, les filles veulent soulever un peu le bouchon pour enlever de la pression en cours de route. Les gars, selon le mod&#232;le guerrier de la mobilisation et du sacrifice, veulent souffrir au pr&#233;sent au nom du b&#233;n&#233;fice futur. Les filles, selon le mod&#232;le socialiste de la passion, proposent d'agir dans le pr&#233;sent pour commencer le futur aujourd'hui. Une version quelque peu &#233;dulcor&#233;e de cette com&#233;die politique s'est jou&#233;e encore derni&#232;rement dans le d&#233;bat qui a oppos&#233; Jean-Fran&#231;ois Nadeau du &lt;i&gt;Devoir&lt;/i&gt; et Annie Roy du collectif ATSA &#224; propos des moyens de la lutte contre la pauvret&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir document.asp ?docnumero=47365&amp;numero=62&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est commun &#224; ces deux approches de l'&#233;mancipation est une certaine conception de l'histoire &#8211; conception apocalyptique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re conception, la r&#233;volutionnaire, la militaire, la masculine, il y a une seule histoire humaine, lin&#233;aire, dans laquelle les humains constitu&#233;s en un sujet politique tendanciellement homog&#232;ne agissent de mani&#232;re concert&#233;e selon les lignes d'action qui s'imposent dans l'analyse objective des conditions de l'action telles qu'elles ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es dans l'anthropologie politique moderne. Ici, il y a un d&#233;but et une fin &#224; l'histoire, et la mani&#232;re de changer le monde, puisqu'il n'y a qu'une seule histoire pour tous (c'est la fonction pragmatique de la notion de totalit&#233;), est le capotage annonc&#233; de l'histoire actuelle &#8211; la crise des freitagiens de Montr&#233;al ou la contre-h&#233;g&#233;monie des n&#233;o-gramsciens de Toronto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde conception, la r&#233;formiste, l'esp&#233;rante, la passionnelle, la f&#233;minine, on con&#231;oit au sein de la grande histoire chr&#233;tienne des gar&#231;ons une multiplicit&#233; de chemins, dans laquelle les humains constitu&#233;s en sujets politiques clignotent, agissant de mani&#232;re ponctuelle, relationnelle et locale &#224; partir de lignes d'action qui se manifestent dans les espaces v&#233;cus, et selon une analyse qui, si elle s'inscrit dans la logique eschatologique, se d&#233;veloppe &#224; partir de ces situations. Des corps glorieux. Il y a bien un d&#233;but et une fin &#224; l'histoire, mais plusieurs chemins &#224; emprunter pour changer le monde puisqu'il y a une multitude d'histoires. Logique historique sacrificielle du foyer, de l'h&#244;pital et de l'&#233;cole plut&#244;t que de l'arm&#233;e. La conception de l'action politique qui se joue ici est organis&#233;e par l'id&#233;e d'une r&#233;alisation quotidienne des potentialit&#233;s cr&#233;atrices des relations humaines telles qu'annonc&#233;es dans la grande histoire gar&#231;onne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, il s'agit d'une conception de l'action politique &#233;mancipatrice organis&#233;e par l'horizon de l'Apocalypse. Le gar&#231;on-proph&#232;te qui crie &#224; qui veut l'entendre que la crise est tout au bout, la femme-infirmi&#232;re qui s'affaire &#224; soulager les ouailles et &#224; gagner le ciel du couple militant. Ainsi, dans la grande gauche, les modes d'actions politiques sont traditionnellement valid&#233;s par leur capacit&#233; de s'inscrire sous l'une des rubriques comprises dans l'horizon apocalyptique, le bonhomme ou la bonne femme. Il s'agit aussi d'une conception autoritaire de l'&#233;mancipation : elle est dite d'en haut, elle est jug&#233;e d'en haut. C'est ainsi que tant d'intellectuelles de gauche passent une bonne partie de leur activit&#233; pensante &#224; maudire le peuple qui n'est pas &#224; la hauteur de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;&#199;a ne sert &#224; rien ce que vous faites&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenant position de mani&#232;re pol&#233;mique contre cette double culture sacrificielle de la militance, culture qui g&#233;n&#232;re &#8211; et ce n'est pas rien &#8211; des passions tristes, nous voulons faire valoir ici une autre conception de l'histoire et une autre mani&#232;re d'envisager l'action politique &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette histoire, il n'y a pas d'&#226;ge d'or de l'humanit&#233;, il n'y a pas de jugement dernier, il n'y a pas de paradis terrestre. Il n'y a pas non plus de totalit&#233; saisissable par l'humanit&#233; intersubjectiv&#233;e sous le nom de Dieu, d'Esprit ou de prol&#233;tariat, et il n'y a pas de fin de l'histoire sous la forme de lendemains qui chantent ou de catastrophe globale in&#233;vitable. Dans cette histoire, il y a du vivant pr&#233;sent, des passions et des actions sans cesse renouvel&#233;es dont les effets s'&#233;puisent infiniment. Dans cette histoire, les formes communes du politique sont contingentes. Dans cette histoire, il n'y a pas un sujet humanit&#233;, il y a des exp&#233;riences ind&#233;finies de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agir politiquement, dans cette histoire d&#233;gris&#233;e, dans cette perspective pauvre en promesses et riche de toutes les virtualit&#233;s, c'est agir non pas dans la perspective d'un futur annonc&#233; dont est garant un pass&#233; &#233;crit dans l'apr&#232;s-coup, mais agir au nom m&#234;me de l'action qui est pos&#233;e. Dans cette histoire sans d&#233;but et sans fin &#8211; &#244; sacril&#232;ge ! &#8211; l'action politique est jetable. Elle vaut le temps et l'espace qu'elle occupe, parce que cette action est actualisation de la libert&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action politique qui se vaut pour elle-m&#234;me est de l'ordre d'un geste interruptif. Elle a la capacit&#233; de d&#233;voiler, comme une sorte de th&#233;&#226;tre cruel, les lignes de partages &lt;i&gt;policiers&lt;/i&gt; qui organisent la soci&#233;t&#233;. Heuristique, elle arrive &#224; faire voir comment fonctionne le pouvoir en rendant caduques le temps de son temps, les divisions qui organisent l'espace social qu'elle accapare : dirigeants et dirig&#233;es, manuels et intellectuels, hommes et femmes, poss&#233;dants et poss&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action politique qui se joue sous le mode de l'&#233;v&#233;nementiel ne sert-elle pas &#224; rien, n'est-elle pas pur esth&#233;tisme intellectualis&#233;, loisir bourgeois et appareil de bonne conscience ? Mais de quelle mauvaise conscience s'agit-il, dans cette bonne conscience ? Cette tache originelle qui est celle de venir au monde ? Celle qui encha&#238;ne justement l'&#233;mancipation &#224; l'horizon apocalyptique et &#224; son &#233;thos sacrificiel ? S'il est une conviction associ&#233;e avec l'histoire sans d&#233;but et sans fin de la pens&#233;e anti-apocalyptique, c'est que, contrairement &#224; ce qu'en pensent les tenants du &#171; &#231;a ne sert &#224; rien ce que vous faites &#187;, l'absence de culpabilit&#233; ne m&#232;ne pas &#224; l'h&#233;donisme capitaliste, et tout h&#233;donisme n'est pas capitaliste. Pas plus d'ailleurs que tout ce qui circule, r&#233;seaute ou se manifeste en &#233;clats (tant des actions spontan&#233;es que des pens&#233;es qui ne trouvent pas la solution dans la structure &#233;tatique) appartienne au capital &#8211; on dit que les pratiques qui &#171; adoptent &#187; ce genre de modalit&#233; mouvante ont &#233;t&#233; contamin&#233;es par le n&#233;olib&#233;ralisme&#8230; dr&#244;le de paralogisme. C'est peut-&#234;tre plut&#244;t &#8211; tentons une hypoth&#232;se alternative &#8211; l'accaparement de la dette par le syst&#232;me culturel du capitalisme qui le permet, c'est-&#224;-dire la transmutation de la dette envers Dieu en une dette envers la banque. C'est alors peut-&#234;tre le r&#233;gime de la culpabilit&#233;, l'esprit de s&#233;rieux, l'amour des ma&#238;tres (Dieu, l'Esprit, l'Humanit&#233;) et cette certitude qu'il faut souffrir &#8211; expier &#8211; pour sauver et &#234;tre sauv&#233; qui participe au fond de la poursuite de la forme capitaliste de la soci&#233;t&#233; (qui est alors une forme croyante et autoritaire au m&#234;me titre que l'&#233;mancipation apocalyptique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre, l'action politique jetable constitue peut-&#234;tre une forme essentielle d'apprentissage : d&#233;-r&#233;ifier les formes organis&#233;es du pouvoir, d&#233;sapprendre l'amour des ma&#238;tres, non pas pour mettre par terre la soci&#233;t&#233; dans un &#233;lan de licence &#233;go&#239;ste (assez de cette frilosit&#233; conservatrice qui se fait passer pour une avant-garde de l'&#233;mancipation !), mais pour comprendre dans son corps et dans une relation gratuite avec d'autres humains &#8211; dans des pratiques &#8211; que ce sont les gens qui font les rapports de pouvoir, et non pas l'inverse. D&#233;placer, voire dissoudre les fronti&#232;res qui organisent les relations de pouvoir, prendre acte de leur perm&#233;abilit&#233;, de la multiplicit&#233; radicale en leur sein et donc des d&#233;bordements incessants qui peuvent s'y produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonner le paradigme du &lt;i&gt;containment&lt;/i&gt;, profaner : rendre indiscernables les lignes de partage de l'ordre social, voil&#224; qui nous semble constituer une pratique du ici et maintenant, avec &#171; les moyens du bord &#187;, et ce, sans refouler l'inqui&#233;tude qui peut nous habiter&#8230; &#192; attendre la crise ou le grand soir ou &#224; soigner dans l'ombre de son grand-papa, on risque de perdre la m&#233;moire de la libert&#233; politique &#8211; de perdre, comme tant d'autres artisanats perdus, les rudiments de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#234;tre qui crie au solennel, au syst&#233;miste triste, au marxiste f&#226;ch&#233;, &#224; l'infirmi&#232;re accabl&#233;e et &#224; la m&#232;re d&#233;valoris&#233;e, nous opposons une &#233;thique de la profanation, une contre-dramaturgie du pouvoir, un artisanat de la d&#233;mocratie et une c&#233;l&#233;bration du geste politique pour lui-m&#234;me. Faites ce que vous pouvez et faites-le par plaisir ? Absolument. Y'a pas de mal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.radiocanada.ca/radio/emissions/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.radiocanada.ca/radio/emissions/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
document.asp ?docnumero=47365&amp;numero=62&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Vous &#234;tes ici o&#249; de l'humanit&#233; est an&#233;antie</title>
		<link>https://www.ababord.org/Vous-etes-ici-ou-de-l-humanite-est</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denise Brassard</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Brassard, Denise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis ses premiers livres, Paul Chamberland module le th&#232;me de l'apocalypse ; elle appara&#238;t chez lui comme un processus, un creuset par lequel doit passer l'&#233;criture. Or, avec Une politique de la douleur, dont le titre de cet article est tir&#233;, il semble que ce processus soit entr&#233; dans sa phase ultime. &lt;br class='autobr' /&gt; Si l'essai de Chamberland &#233;voque &#224; plus d'un titre le r&#233;cit de Jean, il ne vise pas &#224; annoncer ou &#224; d&#233;noncer, mais &#224; prendre la mesure de ce qu'&#233;prouve l'humain vivant dans un monde marqu&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Apocalypse-et-politique-" rel="directory"&gt;Dossier : Apocalypse et politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brassard-Denise-+" rel="tag"&gt;Brassard, Denise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton908.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;464&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis ses premiers livres, Paul Chamberland module le th&#232;me de l'apocalypse ; elle appara&#238;t chez lui comme un processus, un creuset par lequel doit passer l'&#233;criture. Or, avec &lt;i&gt;Une politique de la douleur&lt;/i&gt;, dont le titre de cet article est tir&#233;, il semble que ce processus soit entr&#233; dans sa phase ultime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si l'essai de Chamberland &#233;voque &#224; plus d'un titre le r&#233;cit de Jean, il ne vise pas &#224; annoncer ou &#224; d&#233;noncer, mais &#224; prendre la mesure de ce qu'&#233;prouve l'humain vivant dans un monde marqu&#233; par la tyrannie et les catastrophes &#233;cologiques, un monde dont la destruction a bel et bien commenc&#233; et qui inspire &#171; &lt;i&gt;le sentiment de la fin&lt;/i&gt; &#187;. Contre le culte de l'objectivit&#233;, un seul argument peut et doit pr&#233;valoir : la subjectivit&#233; et la v&#233;rit&#233; &#224; laquelle elle donne prise. Avec la &lt;i&gt;subjectivit&#233;&lt;/i&gt;, d&#233;savou&#233;e car per&#231;ue comme cause d'errements, le &lt;i&gt;r&#233;el lui-m&#234;me&lt;/i&gt; est mis en p&#233;ril. Il est atteint, trou&#233;, d&#233;fait en tant qu'exp&#233;rience l&#233;gitime et fondatrice. Du coup, la pens&#233;e se trouve en crise, devient &#171; &lt;i&gt;affolement organique&lt;/i&gt; &#187;. Cette fin n'est pas celle que pr&#233;dit le Nouveau Testament, mais celle du monde que nous connaissons, celui de l'humanit&#233;, d&#233;sormais alt&#233;r&#233;e dans son essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui menace est &#224; l'int&#233;rieur de nous : un d&#233;sespoir abyssal, qui m&#232;ne &#224; &#171; &lt;i&gt;l'autisme social&lt;/i&gt; &#187; et au cynisme. Il incite &#224; se soumettre &#224; cet &#171; &lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt; [issu du croisement de la technoscience et de l'hypercapital] &lt;i&gt;qui &#233;chappe d&#233;sormais au contr&#244;le humain&lt;/i&gt; [et qui] &lt;i&gt;&#233;tend son emprise sur la plan&#232;te&lt;/i&gt; &#187;, en s'arrogeant le nom de &#171; &lt;i&gt;D&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187;. C'est pourquoi une politique de la douleur ne peut se concevoir qu'&#224; partir de celle &#224; quoi elle s'oppose : la politique de la haine et de la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impossible comme voie de d&#233;tournement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La politique de la douleur, dont la n&#233;cessit&#233; est mise en lumi&#232;re par le r&#233;cit apocalyptique, ne s'applique que sur un mode individuel, dans la mesure o&#249; l'on s'expose &#224; sa propre faiblesse. Ainsi seulement lib&#232;re-t-on la ressource d'humanit&#233;, dont la figure privil&#233;gi&#233;e est l'humilit&#233;. La politique de la douleur n'est pas une solution, non plus qu'une utopie &#8211; il est toujours possible d'accueillir sa faiblesse et d'acc&#233;der ainsi &#224; la ressource. Cependant, la figure de l'utopie permet d'aiguiller la conscience. C'est ce que propose l'essayiste, en imaginant une soci&#233;t&#233; qui serait enfin d&#233;prise de la haine et de la col&#232;re et vou&#233;e &#224; un v&#233;ritable projet unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chamberland rapproche sa d&#233;marche &#171; &lt;i&gt;des &#233;thiques ou des doctrines de l'&#233;veil&lt;/i&gt; &#187;. La politique de la douleur exige une &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas d'opposer le spirituel au politique, mais de se retirer du politique pour le penser autrement. La r&#233;f&#233;rence au texte biblique, dont la teneur politique est attest&#233;e, aurait donc pour fonction de r&#233;introduire de l'&#233;thique dans le politique en reliant l'action &#224; la spiritualit&#233;. Il s'agit en somme d'user de l'impossible (le mythe, l'utopie) contre le possible (l'an&#233;antissement). Pour &#234;tre essentielle, la politique de la douleur est insuffisante &#224; d&#233;tourner le cours du monde et ne dispense pas de trouver des solutions aux probl&#232;mes concrets ; elle d&#233;livre cependant &#171; &lt;i&gt; un principe sans l'observance duquel tout ce qu'on pourrait entreprendre aurait d'avance failli&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chamberland se livre &#224; une pens&#233;e en mouvement, &#224; l'aff&#251;t de ce qui l'entrave, l'infl&#233;chit. Rien de p&#233;remptoire ni m&#234;me d'assur&#233; dans cette parole qui int&#232;gre et assume doutes, silences, lacunes, apories, enti&#232;rement vou&#233;e &#224; l'&#233;coute. Le d&#233;voilement, ici, tient moins dans la vision ou la r&#233;v&#233;lation que dans l'&lt;i&gt;&#233;nonciation&lt;/i&gt;, la parole vive, l'adresse ; moins dans la connaissance que dans l'exp&#233;rience, le &#171; &lt;i&gt;dire vrai de l'&#233;preuve&lt;/i&gt; &#187;. Celui qui parle n'est pas proph&#232;te, mais t&#233;moin. Il n'ass&#232;ne pas des v&#233;rit&#233;s ni ne cherche &#224; convaincre, sans toutefois manquer &#224; la rigueur et &#224; la coh&#233;rence. Ce d&#233;grisement &#224; quoi nous convie l'essayiste, cette convocation au d&#233;sarmement commence par une plong&#233;e en soi, sans complaisance, un acquiescement au dialogue, &#224; cette mise en question du r&#233;el. Une telle d&#233;marche nous am&#232;ne &#224; traquer jusque dans nos meilleures intentions les relents de haine et de col&#232;re, non en vue d'exercer quelque morale vengeresse, mais de (re)donner &#224; l'&#234;tre son acuit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fin du monde chez les Mayas</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-fin-du-monde-chez-les-Mayas</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:16:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La nouvelle ne pouvait pas tomber &#224; un meilleur moment. Si vos RE&#201;R ont fondu, si votre courtier s'appelle Vincent Lacroix ou Bernard Madoff, ne vous en faites pas trop, car vos souffrances seront de courte dur&#233;e : avec leur sagesse s&#233;culaire, les Mayas ont pr&#233;vu la fin du monde pour le 21 d&#233;cembre 2012. Je laisse &#224; d'autres le soin d'analyser pourquoi certaines soci&#233;t&#233;s, &#224; certaines p&#233;riodes, sont particuli&#232;rement friandes de telles nouvelles pour m'int&#233;resser &#224; l'id&#233;e de &#171; fin du monde &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Pierre-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton907.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1150&#034; height=&#034;1150&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle ne pouvait pas tomber &#224; un meilleur moment. Si vos RE&#201;R ont fondu, si votre courtier s'appelle Vincent Lacroix ou Bernard Madoff, ne vous en faites pas trop, car vos souffrances seront de courte dur&#233;e : avec leur sagesse s&#233;culaire, les Mayas ont pr&#233;vu la fin du monde pour le 21 d&#233;cembre 2012. Je laisse &#224; d'autres le soin d'analyser pourquoi certaines soci&#233;t&#233;s, &#224; certaines p&#233;riodes, sont particuli&#232;rement friandes de telles nouvelles pour m'int&#233;resser &#224; l'id&#233;e de &#171; fin du monde &#187; chez les Mayas d'hier et d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On trouve dans les cultures am&#233;rindiennes une id&#233;e du temps fort diff&#233;rente de celle de la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne. Au lieu d'une temporalit&#233; lin&#233;aire entre une cr&#233;ation et une fin de l'univers, avec entre les deux la venue d'un Messie marquant une coupure radicale, on d&#233;couvre chez les peuples de M&#233;soam&#233;rique un enchev&#234;trement de cycles. Avant l'arriv&#233;e des Espagnols, les Mayas (comme les Azt&#232;ques) utilisaient deux calendriers concurrents. Le cycle divinatoire (&lt;i&gt;tzolkin&lt;/i&gt;) suivait la plan&#232;te V&#233;nus et combinait les 13 premiers chiffres et 20 symboles (p. ex. jaguar, fleur, obsidienne) pour un total de 260 jours. Le cycle solaire (&lt;i&gt;haab&lt;/i&gt; ou &#171; ann&#233;e vague &#187;) d&#233;finissait les saisons et les activit&#233;s agricoles. Il comprenait 18 mois de 20 jours chacun, auxquels s'ajoutaient cinq journ&#233;es n&#233;fastes, pour un total de 365 jours. Vingt &#171; ann&#233;es vagues &#187; faisaient un &lt;i&gt;katun&lt;/i&gt; et 20 &lt;i&gt;katun&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;baktun&lt;/i&gt; ou 400 ans. Les pr&#234;tres mayas, astronomes et math&#233;maticiens, avaient &#233;tabli une dur&#233;e totale du monde ou &#171; Compte Long &#187; : 13 &lt;i&gt;baktums&lt;/i&gt; ou 5 126 ans. Cr&#233;&#233; le 13 ao&#251;t, en 3114 avant notre &#232;re, le monde arriverait donc &#224; son terme le 21 d&#233;cembre 2012, soit &#224; la fin du 13e &lt;i&gt;baktum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Mayas, cependant, le monde actuel n'&#233;tait pas le premier qui ait exist&#233;, mais bien le quatri&#232;me. Le Popol Vuh raconte comment les trois mondes ant&#233;rieurs, imparfaits, car ils &#233;taient habit&#233;s par des animaux et des &#234;tres de boue et de bois, avaient &#233;t&#233; d&#233;truits par des cataclysmes. Apr&#232;s quoi les jumeaux divins, 7-Sarbacane et Jaguar-femelle, ont vaincu les Seigneurs du Monde inf&#233;rieur et permis l'av&#232;nement du monde actuel, habit&#233; par les Vrais Hommes, faits de ma&#239;s et qui savent rendre hommage aux dieux par des sacrifices. Toujours, l'apocalypse autochtone marque la fin d'un monde et la naissance d'un autre, meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fusion de la religion autochtone et du christianisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e des Espagnols bouleversa les soci&#233;t&#233;s mayas. La pr&#233;dication chr&#233;tienne apporta son propre mythe de cr&#233;ation et rempla&#231;a les cycles du Compte Long par une dur&#233;e unique et lin&#233;aire, qui commence &#224; la naissance du Sauveur et se terminera &#224; la date (inconnue) de son retour. Mais les points de passage &#233;taient nombreux entre les deux religions et les Autochtones eurent t&#244;t fait d'&#233;tablir des &#233;quivalences entre les saints catholiques et les anciens dieux : par exemple, Saint-Jean, dont la f&#234;te co&#239;ncide avec le d&#233;but des averses d'&#233;t&#233;, devient le dieu de la pluie (Chac) ; la Vierge Marie se fond avec la d&#233;esse-m&#232;re, compl&#233;ment n&#233;cessaire &#224; cette Trinit&#233; exclusivement masculine et donc st&#233;rile !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syncr&#233;tisme religieux prend tr&#232;s t&#244;t une connotation politique et c'est ici que r&#233;appara&#238;t la conception am&#233;rindienne d'apocalypse-renaissance. La conqu&#234;te espagnole fut assimil&#233;e &#224; la fin d'un monde (ce qu'elle fut), mais la domination des &#233;trangers devait elle-m&#234;me avoir une fin : qu'il s'agisse des autorit&#233;s coloniales ou des gouvernements r&#233;publicains qui n'ont fait que remplacer les vieilles formes d'oppression par des nouvelles : le tribut par l'imp&#244;t, la corv&#233;e f&#233;odale par le travail obligatoire sur les plantations. Cette situation de mis&#232;re et d'humiliation devait conna&#238;tre un terme qu'annon&#231;aient p&#233;riodiquement des proph&#232;tes qui &#233;taient aussi les leaders de la r&#233;volte. 1690, 1712, 1850, 1867, 1911, des hautes terres du Chiapas aux plaines du Yucatan, le sc&#233;nario est similaire. Des &#233;v&#233;nements surnaturels (apparitions, pierres merveilleuses, statues ou croix qui parlent) indiquent que le moment est venu. Dans le monde &#224; venir, les villages seront de nouveau ind&#233;pendants ; les &#233;trangers soit dispara&#238;tront, soit m&#234;me deviendront &#224; leur tour les serviteurs des Autochtones. C'est ce qu'on appelle le mill&#233;narisme am&#233;rindien, fusion de la conception maya de la succession des &#232;res et de la tradition mill&#233;nariste chr&#233;tienne. D'abord surprises, les autorit&#233;s envoient l'arm&#233;e qui se livre &#224; une r&#233;pression impitoyable. La paix est r&#233;tablie ... pour un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la fin du XIXe si&#232;cle, les soul&#232;vements autochtones et paysans prennent une connotation de plus en plus politique : les exigences de r&#233;forme agraire, d'&#233;ducation et de services publics c&#244;toient les revendications pour l'autonomie. L'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; et de l'imminence d'un changement profond, et pour le mieux, montre que les conceptions mill&#233;naristes am&#233;rindiennes sont toujours pr&#233;sentes. Comme le d&#233;clarait devant moi un Maya zapatiste du Chiapas : &#171; &lt;i&gt;Le cinqui&#232;me soleil a &#233;t&#233; celui des Europ&#233;ens ; le premier janvier 1994&lt;/i&gt; [date du soul&#232;vement] &lt;i&gt;a commenc&#233; le sixi&#232;me soleil, et il sera celui des Autochtones.&lt;/i&gt; &#187; Et pourquoi pas ? Les Mayas, comme les millions d'autres Autochtones d'Am&#233;rique, aspirent &#224; une modernit&#233; qui ne serait plus exclusive et leurs organisations ont maintenant acquis l'exp&#233;rience suffisante pour d&#233;finir et atteindre leurs objectifs &#233;conomiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et 2012 ? &#199;a ne semble pas les pr&#233;occuper du tout !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le spectre des &#171; guerres de l'eau &#187; </title>
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		<dc:date>2009-10-29T17:15:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Paquerot</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Paquerot, Sylvie </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsqu'il est question des enjeux mondiaux de l'eau, trois expressions f&#233;tiches traversent &#224; peu pr&#232;s toutes les interventions : la crise de l'eau, l'or bleu et les guerres de l'eau. Chacune de ces expressions rec&#232;le son potentiel d'ambig&#252;it&#233;, mais les trois ont surtout en commun leur potentiel de dramatisation. &lt;br class='autobr' /&gt; Les enjeux mondiaux de l'eau pourraient se r&#233;sumer en une phrase malgr&#233; leur grande complexit&#233; : l'eau, essentielle &#224; la vie, existe en quantit&#233; limit&#233;e bien qu'elle se recycle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'il est question des enjeux mondiaux de l'eau, trois expressions f&#233;tiches traversent &#224; peu pr&#232;s toutes les interventions : la &lt;i&gt;crise de l'eau&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;or bleu&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;guerres de l'eau&lt;/i&gt;. Chacune de ces expressions rec&#232;le son potentiel d'ambig&#252;it&#233;, mais les trois ont surtout en commun leur potentiel de dramatisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les enjeux mondiaux de l'eau pourraient se r&#233;sumer en une phrase malgr&#233; leur grande complexit&#233; : l'eau, essentielle &#224; la vie, existe en quantit&#233; limit&#233;e bien qu'elle se recycle, et les usages humains sont, eux, infinis, surtout quand on prend en compte l'utilisation de l'eau comme &#171; poubelle &#187; de nos nombreux rejets. Bien s&#251;r, beaucoup de nuances s'imposeraient ici, mais il reste que le d&#233;fi auquel nous faisons face en est un de r&#233;partition, entre usages et usagers, consid&#233;rant &#233;galement l'usage des &#233;cosyst&#232;mes et de la vie en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois expressions r&#233;f&#232;rent en quelque sorte, directement ou indirectement, &#224; cette probl&#233;matique de r&#233;partition : il y aurait&lt;i&gt; crise de l'eau&lt;/i&gt;, car la ressource ne peut r&#233;pondre &#224; tous nos &#171; besoins &#187;. Devant cette situation, le march&#233; pourra garantir une r&#233;partition optimale, une &#171; ru&#233;e vers l'or ordonn&#233;e &#187; pour cette ressource devenue &#171; rare &#187; : c'est la proposition de l'&lt;i&gt;or bleu&lt;/i&gt;. Si nous ne nous dotons pas de moyens efficaces pour g&#233;rer cette raret&#233;, nous ferons face &#224; des &lt;i&gt;guerres de l'eau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les plus grands sp&#233;cialistes de la question l'ont montr&#233; : historiquement, les &#234;tres humains n'ont pas eu tendance &#224; entrer en guerre pour l'eau. Selon les auteures, on identifiera dans l'histoire quelques rares cas embl&#233;matiques de guerre de l'eau : il y a 8000 ans en M&#233;sopotamie ou encore la guerre des Six jours au Moyen-Orient. L&#224; s'arr&#234;te le plus souvent l'&#233;num&#233;ration. Comme le rappelait Fr&#233;d&#233;ric Julien dans &lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt; du 22 mars 2009, &#224; l'occasion de la journ&#233;e mondiale de l'eau, la guerre est un moyen excessivement co&#251;teux et incertain pour obtenir l'acc&#232;s et le contr&#244;le &#224; de plus grandes quantit&#233;s d'eau. Alors, pourquoi brandir le spectre des guerres de l'eau aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux angles morts de la politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, cette mani&#232;re d'envisager la probl&#233;matique de l'eau &#224; l'&#233;chelle mondiale a pour cons&#233;quence de masquer deux angles morts de l'analyse : le premier quant &#224; la d&#233;finition du probl&#232;me, au diagnostic, et le second quant aux possibilit&#233;s d'action. Du point de vue de la d&#233;finition du probl&#232;me, cette rh&#233;torique masque le fait des in&#233;galit&#233;s pr&#233;alables &#224; la situation dite de &lt;i&gt;crise&lt;/i&gt;, internes aux diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s et entre elles, aussi vieilles sans doute que les soci&#233;t&#233;s humaines elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout sur le deuxi&#232;me aspect que nous souhaitons attirer ici l'attention, car il a un effet d&#233;l&#233;t&#232;re sur notre capacit&#233; &#224; penser politiquement notre propre capacit&#233; de d&#233;battre, de d&#233;cider et d'agir. Il nous fait oublier en quelque sorte que nous sommes l&#224; pr&#233;cis&#233;ment au c&#339;ur du politique et des exigences d&#233;mocratiques. Faut-il rappeler en effet que la conflictualit&#233; est inh&#233;rente &#224; toute r&#233;alit&#233; sociale et que c'est pr&#233;cis&#233;ment l'expression de ces conflits qui traverse le d&#233;bat public, qu'ultimement tranchera la d&#233;cision politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectre des &lt;i&gt;guerres de l'eau&lt;/i&gt; participe et contribue &#224; une tendance plus g&#233;n&#233;rale de nos soci&#233;t&#233;s qui refusent d&#233;sormais la l&#233;gitimit&#233; du d&#233;saccord et du conflit, refusant du m&#234;me souffle qu'il puisse exister &#224; l'issue du d&#233;bat des choix de soci&#233;t&#233;, des choix politiques. Il transforme ce qui aurait d&#251; relever du d&#233;bat public en question technique devant &#234;tre &#171; g&#233;r&#233;e &#187; et non pas d&#233;battue. Cette mani&#232;re de consid&#233;rer le conflit comme devant mener in&#233;vitablement &#224; la guerre nie d'entr&#233;e de jeu le fait que les &#234;tres humains puissent r&#233;gler leurs conflits pacifiquement, donc politiquement. La Banque mondiale utilisait, elle, une expression moins imag&#233;e que celles des &lt;i&gt;guerres de l'eau&lt;/i&gt; ou de l'&lt;i&gt;or bleu&lt;/i&gt; pour dire la m&#234;me chose dans son document d'orientation de 1994, affirmant que l'objectif &#233;tait de &#171; &lt;i&gt;d&#233;politiser l'allocation des ressources en eau&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image des guerres de l'eau sert ainsi de repoussoir &#224; toute possibilit&#233; de d&#233;bat, d'expression des contradictions et des rapports de force, qui permettrait de d&#233;terminer librement dans l'espace politique les termes de la r&#233;partition de cette ressource limit&#233;e qui remplit des fonctions vitales, &#224; la fois pour les &#234;tres humains et les &#233;cosyst&#232;mes, laissant au march&#233; cette fonction technique de r&#233;partition optimale des ressources rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Et pourtant, les ressources mondiales en eau douce pourraient satisfaire les besoins de pratiquement le double de la population actuelle si elles &#233;taient utilis&#233;es de mani&#232;re responsable et durable ! Il importe d'&#234;tre vigilantEs lorsque nous reprenons ces expressions &#224; la mode.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Retour &#224; la caverne</title>
		<link>https://www.ababord.org/Retour-a-la-caverne</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:12:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; Audet</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Audet, Ren&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appauvrissement des &#233;cosyst&#232;mes, pollution chimique incontr&#244;l&#233;e et maintenant changement climatique annonciateur d'une nouvelle &#233;poque g&#233;ologique : depuis les ann&#233;es soixante-dix, les nombreuses d&#233;clinaisons de la crise &#233;cologique se sont impos&#233;es tant dans l'imaginaire collectif que dans les sph&#232;res institutionnelles. Or, cette crise est &#233;galement le terreau d'un renouvellement de la pens&#233;e sur le rapport entre l'animal humain et son &#171; &#233;cosyst&#232;me &#187;, entre la soci&#233;t&#233; et son &#171; environnement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Audet-Rene-+" rel="tag"&gt;Audet, Ren&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton905.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;553&#034; height=&#034;373&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Appauvrissement des &#233;cosyst&#232;mes, pollution chimique incontr&#244;l&#233;e et maintenant changement climatique annonciateur d'une nouvelle &#233;poque g&#233;ologique : depuis les ann&#233;es soixante-dix, les nombreuses d&#233;clinaisons de la crise &#233;cologique se sont impos&#233;es tant dans l'imaginaire collectif que dans les sph&#232;res institutionnelles. Or, cette crise est &#233;galement le terreau d'un renouvellement de la pens&#233;e sur le rapport entre l'animal humain et son &#171; &#233;cosyst&#232;me &#187;, entre la soci&#233;t&#233; et son &#171; environnement &#187;, bref entre &#171; l'Homme &#187; et la &#171; Nature &#187;. Tous ces bin&#244;mes r&#233;&#233;ditent &#224; leur mani&#232;re une dualit&#233; fondatrice de la pens&#233;e occidentale : la dualit&#233; nature/culture. Et dans le feu du d&#233;bat aliment&#233; par le brasier de la crise &#233;cologique, certains croient que l'on ne pourra pas tout sauver. La culture peut &#234;tre sacrifi&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas l&#224; l'opinion d'une majorit&#233; d'&#233;cologistes, &#233;videmment, mais celle d'un courant sp&#233;cifique de l'&#233;cologie radicale qui se conf&#232;re le label de &#171; primitivisme &#187;. Figure principale de ce courant, John Zerzan formule une critique radicale de tout le processus de civilisation humaine et invite les d&#233;senchant&#233;s de la modernit&#233; &#224; un retour &#171; &lt;i&gt;r&#233;parateur&lt;/i&gt; &#187; &#224; la nature (&lt;i&gt;The Twilight of the Machines&lt;/i&gt;, 2008, Feral House).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#233;ch&#233; originel et fin du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre humain a bien commis son p&#233;ch&#233; originel (ou &#171; &lt;i&gt; blessure originelle&lt;/i&gt; &#187; pour Zerzan) qui l'a &#233;ject&#233; de la condition id&#233;ale o&#249; il vivait avant la fin du pal&#233;olithique, il y a environ 10 000 ans. Depuis, la civilisation n'eut de cesse de s'enliser dans le gouffre de la domination et d'extirper les racines humaines de leur substrat naturel, de sorte qu'elle se retrouve aujourd'hui otage de la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vice c'est l'invention de la pens&#233;e symbolique, notamment sous la forme du langage. Le langage est une tare en ce sens qu'il constitue un syst&#232;me de symboles finis visant &#224; subordonner une r&#233;alit&#233; infiniment diverse. La &#171; &lt;i&gt;re-pr&#233;sentation&lt;/i&gt; &#187; de la nature introduit une distance entre le symbole et la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle que l'on pouvait autrefois &#8211; c'est en tous cas la th&#232;se de Zerzan &#8211; percevoir de mani&#232;re plus subtile et sensible. Le langage repr&#233;senterait donc &#224; la fois un acte de domination de la nature et l'ali&#233;nation de la condition naturelle et id&#233;ale de l'esp&#232;ce. Ce serait l'origine m&#234;me de la dualit&#233; nature/culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Port&#233;e par la pens&#233;e symbolique, l'&#233;volution sociale a depuis lors engendr&#233; domination de la nature et in&#233;galit&#233;s. Avec la domestication et l'agriculture, qui renforcent dans la pratique le contr&#244;le du milieu, sont venus le patriarcat, la guerre et la violence organis&#233;e. La pens&#233;e symbolique a alors rempli les temples c&#233;lestes de dieux capables de r&#233;gler les cycles naturels qu'on ne comprenait plus. Avec la m&#233;tallurgie et l'av&#232;nement des villes, la d&#233;liquescence du rapport des individus &#224; la nature demandait une nouvelle religion qui puisse pr&#233;senter l'&#234;tre humain comme une totalit&#233; s&#233;par&#233;e des processus naturels. Lors de l'&#226;ge axial (de 800 &#224; 200 av. J.C.), la pens&#233;e symbolique a donc produit le monoth&#233;isme et provoqu&#233; une nouvelle fuite en avant du contr&#244;le sur la nature et les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation, d'ailleurs, se d&#233;finit fondamentalement comme &#171; &lt;i&gt;le contr&#244;le et, plus largement, comme un processus d'extension du contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187;. L'apog&#233;e de ce processus se trouve dans la technologie moderne, qui promeut une division du travail et une forme de domination de plus en plus d&#233;sincarn&#233;e, enveloppante et ali&#233;nante. Les machines dont il est question dans le titre du plus r&#233;cent ouvrage de Zerzan, ce sont les technologies qui forment une &#171; &lt;i&gt;matrice insens&#233;e de contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187;, un &#171; &lt;i&gt;solvant de signification&lt;/i&gt; &#187; et qui pr&#233;parent une liquidation finale de la nature. Notre destination est le cyborg : un &#234;tre dont le corps organique ne jouerait aucun r&#244;le essentiel pour le fonctionnement de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement (!), la fin in&#233;luctable de ce monde est proche et la question est dor&#233;navant de savoir &#171; &lt;i&gt;si oui ou non, quand la civilisation s'&#233;crasera, il lui sera permis de se recycler dans une autre variante du crime originel. Le mouvement [primitiviste] r&#233;pond par la n&#233;gative.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la modernit&#233;, le pal&#233;olithique !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est une constante dans l'argumentation de Zerzan que d'adosser sa th&#233;orie de la &#171; blessure originelle &#187; &#224; une &#171; r&#233;alit&#233; &#187; pr&#233;-civilisationnelle. Cette r&#233;alit&#233; serait &#171; &lt;i&gt;bas&#233;e sur des preuves arch&#233;ologiques&lt;/i&gt; &#187; ou en phase avec &#171; &lt;i&gt;la litt&#233;rature actuelle&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, Zerzan affirme-t-il que &#171; &lt;i&gt;l'orthodoxie anthropologique per&#231;oit maintenant les humains du pal&#233;olithique comme essentiellement pacifiques, &#233;galitaires et en bonne sant&#233;, b&#233;n&#233;ficiant d'un temps libre consid&#233;rable et de l'&#233;galit&#233; des sexes.&lt;/i&gt; &#187; Quoi qu'il en soit de la pertinence de son interpr&#233;tation, c'est la pertinence de la voie de sortie qui doit &#234;tre r&#233;cus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit par l'abolition compl&#232;te et active des institutions sociales actuelles ou par l'attente de la catastrophe finale, je ne vois gu&#232;re comment l'Eden perdu pourrait &#234;tre retrouv&#233;. On peut partager avec tous les &#233;cologistes un sentiment d'urgence, tout en acceptant la responsabilit&#233; et la t&#226;che qui sont n&#244;tres : &#233;teindre l'incendie, sauver la maison. La crise &#233;cologique, si on ne s'y attaque pas imm&#233;diatement et &#233;nergiquement, r&#233;duira drastiquement la densit&#233; tropique de la biosph&#232;re par le feu, le vent et le poison, au point o&#249; il ne restera rien aux primitivistes pour reb&#226;tir le monde d'hier. Sinon quelques cavernes&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La temp&#234;te</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-tempete</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:09:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Peterson</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Peterson, Michel </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les temps pr&#233;sents sont parmi les plus d&#233;licieux que le monde ait v&#233;cus. C'est du moins ce dont on nous assure. Loin de nous promettre simplement monts et merveilles, ils actualisent enfin le plein potentiel de l'humanit&#233;, voire m&#234;me de la posthumanit&#233;. Les sceptiques sont &#224; chaque jour davantage confondus devant les avanc&#233;es de la science, de la finance et de la d&#233;mocratie. S'en trouvent-ils pour formuler quelques doutes sur ce diagnostic aussi ultrapositif que l'ultra-lib&#233;ralisme ? Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton904.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;296&#034; height=&#034;389&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les temps pr&#233;sents sont parmi les plus d&#233;licieux que le monde ait v&#233;cus. C'est du moins ce dont on nous assure. Loin de nous promettre simplement monts et merveilles, ils actualisent enfin le plein potentiel de l'humanit&#233;, voire m&#234;me de la posthumanit&#233;. Les sceptiques sont &#224; chaque jour davantage confondus devant les avanc&#233;es de la science, de la finance et de la d&#233;mocratie. S'en trouvent-ils pour formuler quelques doutes sur ce diagnostic aussi ultrapositif que l'ultra-lib&#233;ralisme ? Les voil&#224; aussit&#244;t renvoy&#233;s aux limbes de l'ignorance et du pass&#233;isme. Non ! Nous ne coulerons pas ! Jamais plus ! Le naufrage du Titanic ne fut qu'un mauvais r&#234;ve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le meilleur des mondes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon nos hauts dirigeants, toujours tr&#232;s soucieux de notre bonheur, le r&#233;chauffement de la plan&#232;te et les fluctuations de la Bourse ne devraient pas &#234;tre &#233;valu&#233;s en fonction du court terme. C'est ici la longue dur&#233;e qui importe, une &#233;chelle temporelle d&#233;passant de loin toutes les visions que pourrait avoir le travailleur inculte. Par exemple, les 40 milliards $ de perte de la Caisse de d&#233;p&#244;t et de placement ne sont qu'un grain de sable dans le vaste et ing&#233;nieux m&#233;canisme de la roue de fortune des Qu&#233;b&#233;coises. De m&#234;me, le harnachement de la rivi&#232;re Romaine est absolument n&#233;cessaire au maintien de notre comp&#233;titivit&#233; et &#224; la cr&#233;ation de notre richesse collective. Par ailleurs, si certains militants et activistes (et j'en suis, &#224; ma grande honte) font tant de bruit autour des probl&#232;mes comme les g&#233;nocides et la torture, c'est qu'ils ne comprennent pas la n&#233;cessit&#233; de ces actes courageux dans le grand chantier infrastructurel de la libert&#233; consommatoire &#224; l'occidentale. Au lieu de juger la d&#233;tention d'Omar Khadr en regard du principe de citoyennet&#233;, il faut prendre en consid&#233;ration, selon la logique utilitariste du bien-&#234;tre collectif, le danger redoutable que repr&#233;sente pour le monde &#233;clair&#233; ce jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ainsi, nous assure-t-on en coulisses, &#234;tre vraiment abruti pour ne pas appr&#233;cier la constante majoration de notre indice relatif de bonheur (IRB). Non seulement, gr&#226;ce aux nanotechnologies, pouvons-nous aujourd'hui transporter une discoth&#232;que virtuellement infinie, non seulement avons-nous acc&#232;s, &#224; la maison, &#224; la plus haute qualit&#233; d'image t&#233;l&#233;visuelle qui soit, mais nous abordons enfin aux rivages de l'&#233;ternit&#233; : r&#233;g&#233;n&#233;ration de la moelle &#233;pini&#232;re, bient&#244;t implantation de r&#233;tine artificielle sans compter le &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt;, &#224; savoir la plastination, l'ing&#233;nieux proc&#233;d&#233; de conservation du corps cr&#233;&#233; par l'anatomiste Gunther von Hagens. Que les contestataires de tous poils se le disent ! La fin de la souffrance humaine approche &#224; grands pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'y pense&#8230; Si la jouissance perp&#233;tuelle et sans limite se r&#233;v&#233;lait impossible, si tous les manques n'&#233;taient pas combl&#233;s, si des trous s'ouvraient dans notre R&#233;el, que nous arriverait-il ? N'attendrions-nous pas, si nous n'arrivions pas &#224; nous d&#233;faire d&#233;finitivement de ce Moi tyrannique qui oriente notre vie sous l'empire du Capital messianique, &#224; ce point d'apocalypse dont parlait le psychanalyste Jacques Lacan dans son s&#233;minaire sur l'&#233;thique ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avons-nous pass&#233; la ligne ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce qui est mis en jeu, c'est bel et bien la dimension &#233;thique de notre existence individuelle et collective dans son rapport aux paradoxes du d&#233;sir. Kant et Sade servent ici d'ancrage &#224; la pens&#233;e de Lacan. Qu'en est-il lorsque l'homme, voulu int&#233;gral, a assouvi tous ses besoins, qu'il dispose de tous les biens qui lui sont &#171; n&#233;cessaires &#187;, que la privation n'est plus qu'un lointain souvenir, mais qu'il se trouve malgr&#233; tout aux prises avec la frustration et la castration ? Entend-il soudain la galopade des quatre cavaliers de Jean, r&#233;v&#233;lant avec ardeur le r&#244;le de la transgression dans le malaise de nos cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, en v&#233;rit&#233;, c'est du nouage tranchant de la Raison et de la Pulsion qu'il est question. En d'autres termes, de l'inconscient, comme on le voit jusque dans le fonctionnement de la Bourse o&#249;, au-del&#224; du principe de pouvoir et de puissance, c'est la subversion m&#234;me du principe de transmission et de g&#233;n&#233;ration qui para&#238;t agir sans retenue aucune. Ceux qui viennent &lt;i&gt;apr&#232;s nous&lt;/i&gt; tombent dans l'oubli, disparaissent derri&#232;re le fantasme de l'&#233;ternit&#233;. Poss&#233;der TOUT TOUT de suite. On a beau avoir ratifi&#233; des trait&#233;s et des conventions (la Charte des Nations unies, la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme, les Conventions concernant le statut des r&#233;fugi&#233;s, les droits politiques de la femme, l'exploitation des enfants, la pr&#233;vention du g&#233;nocide, la r&#233;pression de la traite des &#234;tres humains, de l'exploitation de la prostitution, de l'esclavage, etc.), l'animal politique n'est r&#232;gle g&#233;n&#233;rale occup&#233; qu'&#224; annihiler (ce) qui le prive de ce qu'il d&#233;sire, quitte &#224; ce que &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt; soit un semblable. Heureusement, &#201;ros veille et la pulsion de vie incite &#224; maintenir des lois et l'ordre symbolique. Reste qu'on aura beau refouler, voire m&#234;me forclore cette pens&#233;e : au fond de nous, l&#224; o&#249; nous touchons &#224; notre sans-fond, c'est la cruaut&#233; primitive de l'esp&#232;ce qui nous guide. Mieux vaut le savoir et le pr&#233;-voir : l'apocalypse sommeille en chacun de nous, pr&#234;te &#224; surgir au moindre signe de menace, rompant tous les id&#233;aux du moi. Peut-&#234;tre souhaitons-nous notre perte, en autant qu'elle soit douce au c&#339;ur du monstrueux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Apocalypse now</title>
		<link>https://www.ababord.org/Apocalypse-now</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Apocalypse-now</guid>
		<dc:date>2009-10-29T17:08:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est avec le cin&#233;ma, comme dispositif de mise en forme de l'imaginaire social, que les discours apocalyptiques ont trouv&#233; un nouveau m&#233;dium &#224; leur mesure : le spectacle &#224; grand d&#233;ploiement ! De fait, si on se penche sur l'histoire cin&#233;matographique, la mise en sc&#232;ne de la fin du Monde constitue un th&#232;me r&#233;current. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans cette production diversifi&#233;e, nous nous arr&#234;terons, en premier lieu, sur une sc&#232;ne tir&#233;e du film d'Ingmar Bergman, Le septi&#232;me sceau (1957), sc&#232;ne qui nous appara&#238;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est avec le cin&#233;ma, comme dispositif de mise en forme de l'imaginaire social, que les discours apocalyptiques ont trouv&#233; un nouveau m&#233;dium &#224; leur mesure : le spectacle &#224; grand d&#233;ploiement ! De fait, si on se penche sur l'histoire cin&#233;matographique, la mise en sc&#232;ne de la fin du Monde constitue un th&#232;me r&#233;current.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans cette production diversifi&#233;e, nous nous arr&#234;terons, en premier lieu, sur une sc&#232;ne tir&#233;e du film d'Ingmar Bergman, &lt;i&gt;Le septi&#232;me sceau&lt;/i&gt; (1957), sc&#232;ne qui nous appara&#238;t embl&#233;matique : un chevalier su&#233;dois du XIVe si&#232;cle tente, par une partie d'&#233;checs avec la Mort, d'emp&#234;cher que les sept fl&#233;aux pr&#233;dits par le Livre des r&#233;v&#233;lations ne s'abattent sur le Monde. Combat qui, au cours du film, se r&#233;v&#232;le vain, la rationalit&#233; humaine (incarn&#233;e par le jeu d'&#233;checs) ne pouvant vaincre ce qui l'exc&#232;de. Par-del&#224; la vision propre &#224; Bergman, on retrouve ici un trait dominant du cin&#233;ma d'apocalypse : la tentative par l'humanit&#233; de ma&#238;triser des forces destructrices, que celles-ci soient d'origine &#171; naturelle &#187; ou issues de l'activit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les destructions naturelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur un premier registre, on peut donc recenser ces films donnant &#224; voir la destruction naturelle des &#234;tres humains, que ce soit par des &#233;pid&#233;mies, d&#233;sastres, collisions avec des objets c&#233;lestes ou invasions extraterrestres. Une des premi&#232;res &#339;uvres &#224; traiter ce th&#232;me est le film d'Abel Gance, &lt;i&gt;La fin du monde&lt;/i&gt; (1930). D'une mani&#232;re qui deviendra classique, un astronome d&#233;couvre qu'une com&#232;te viendra percuter la Terre. Dans la panique, le savant parvient &#224; convaincre les politiciens du Monde entier &#224; former une r&#233;publique universelle. Or, la plan&#232;te sera finalement &#233;pargn&#233;e et, r&#233;unifi&#233;e, elle vivra d&#233;sormais en paix. Cette fin atypique est &#224; mettre en lien avec les convictions pacifistes de Gance, tandis que la th&#233;matique du film est impr&#233;gn&#233;e de l'inqui&#233;tude qui touchait l'Europe face &#224; l'imminence d'un nouveau conflit mondial. &#192; ce niveau, les films d'apocalypse naturelle ne peuvent &#234;tre abstraits de leur contexte sociopolitique. C'est tr&#232;s clair dans les productions &#233;tats-uniennes des ann&#233;es de la Guerre froide. L'exemple parfait est le film &lt;i&gt;L'invasion des profanateurs&lt;/i&gt; (1956) o&#249; un m&#233;decin d'une petite ville de Californie d&#233;couvre que des extraterrestres s'emparent pendant la nuit du corps des humains. M&#233;taphore &#224; peine voil&#233;e de la peur des &#171; Rouges &#187;, en pleine hyst&#233;rie anticommuniste, ce film conna&#238;tra plusieurs versions, chacune modul&#233;e par ces &#171; grandes peurs &#187; qui ont agit&#233; la soci&#233;t&#233; &#233;tats-unienne : prise de conscience des probl&#232;mes environnementaux (version de 1978), retour de la guerre froide durant les ann&#233;es 80 et, avec la derni&#232;re mouture (2007), l'angoisse face aux pand&#233;mies. Terminant ce registre dont la liste est interminable (du film &lt;i&gt;Le choc des mondes&lt;/i&gt; de 1951 &#224;&lt;i&gt; Sunshine&lt;/i&gt; en passant par &lt;i&gt;Independance Day&lt;/i&gt;), relevons une &#339;uvre qui a d&#233;tonn&#233; par son message, au d&#233;but des ann&#233;es 50, &lt;i&gt;Le jour o&#249; la Terre s'arr&#234;ta&lt;/i&gt; de Robert Wise. Un extraterrestre arrive sur notre plan&#232;te, porteur d'un terrible avertissement : si nous n'arr&#234;tons pas de jouer avec le feu nucl&#233;aire, nos voisins &#171; interstellaires &#187; y mettront bon ordre en d&#233;truisant notre plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autodestruction de l'humanit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier film comporte, outre une critique de la soci&#233;t&#233; &#233;tats-unienne de l'&#233;poque, une mise en garde face &#224; une utilisation irresponsable de la science et des technologies. Cette critique nous am&#232;ne &#224; un deuxi&#232;me registre des films apocalyptiques, celui o&#249; l'humanit&#233; proc&#232;de elle-m&#234;me &#224; son extermination, une extermination essentiellement technologique : guerres classiques, nucl&#233;aires ou bact&#233;riologiques, retomb&#233;es de la pollution et des diff&#233;rentes d&#233;gradations de l'environnement faites par les soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la liste est in&#233;puisable. Pour ce qui est des conflits &#171; classiques &#187; et de leur caract&#232;re infiniment destructeur, &lt;i&gt;Apocalypse Now&lt;/i&gt; (1979) de Francis Ford Coppola reste l'illustration la plus frappante du fait que la guerre constitue un parfait incubateur de forces litt&#233;ralement d&#233;moniaques chez les humains. En ce qui a trait &#224; la guerre nucl&#233;aire, outre la version de 1964 de &lt;i&gt;Je suis une l&#233;gende&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Mad Max III&lt;/i&gt; (1985), il faut relever le tr&#232;s sobre film de Chris Marker, &lt;i&gt;La jet&#233;e&lt;/i&gt; (1962) o&#249; la tentative du h&#233;ros d'inverser le cours des choses s'av&#232;re un &#233;chec. Ce film conna&#238;tra une reprise sous le titre de &lt;i&gt;L'arm&#233;e des douze singes&lt;/i&gt; (1995) mais, signe de l'&#233;poque, il ne s'agit plus de la destruction nucl&#233;aire, mais de l'accident ou de la guerre bact&#233;riologique. Sur ce sujet, nous pouvons citer &lt;i&gt;28 jours apr&#232;s&lt;/i&gt; (2002) de Danny Boyle ou &lt;i&gt;Resident Evil&lt;/i&gt;. De la guerre biologique &#224; la catastrophe &#233;cologique, il n'y a qu'un pas que les &#233;ch&#233;ances environnementales actuelles ne peuvent qu'accentuer. Pr&#233;curseur, le film de Richard Fleischer &lt;i&gt;Soleil vert&lt;/i&gt; (1973) nous mettait d&#233;j&#224; en garde face aux dangers pos&#233;s par la destruction des &#233;co-syst&#232;mes, message qui est repris, dans une perspective quasiment messianique, avec &lt;i&gt;Les fils de l'homme&lt;/i&gt; (2005) d'Alfonso Cuaron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce bref panorama du cin&#233;ma apocalyptique se d&#233;gage un constat des plus pessimistes : l'humanit&#233; ne peut rien, ou si peu, face &#224; sa destruction naturelle ou technologique. D&#233;mobilisant, ce message n'est pas totalement unanime. &#192; la fin du film de Wise, &lt;i&gt;Le jour o&#249; la Terre s'arr&#234;ta&lt;/i&gt;, rien n'est d&#233;cid&#233;, l'humanit&#233; peut encore changer de course. La question est : le voulons-nous ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une civilisation fragile</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-civilisation-fragile</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:06:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il devient ais&#233; de prendre pour acquis notre mode de vie qui assure un grand confort &#224; certaines classes privil&#233;gi&#233;es. Un mode de vie non n&#233;gociable, disait George Bush p&#232;re, que nombre de ses compatriotes, mais aussi d'Occidentaux, con&#231;oivent &#224; la fois comme une &#233;vidence et un droit naturel. &lt;br class='autobr' /&gt; Avec l'invention de la bombe atomique, cependant, sachant que l'&#234;tre humain a les moyens de se d&#233;truire en tant qu'esp&#232;ce, un doute persiste : et si tout ce qui rend notre vie facile et agr&#233;able (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton902.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;400&#034; height=&#034;661&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il devient ais&#233; de prendre pour acquis notre mode de vie qui assure un grand confort &#224; certaines classes privil&#233;gi&#233;es. Un mode de vie non n&#233;gociable, disait George Bush p&#232;re, que nombre de ses compatriotes, mais aussi d'Occidentaux, con&#231;oivent &#224; la fois comme une &#233;vidence et un droit naturel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec l'invention de la bombe atomique, cependant, sachant que l'&#234;tre humain a les moyens de se d&#233;truire en tant qu'esp&#232;ce, un doute persiste : et si tout ce qui rend notre vie facile et agr&#233;able pouvait dispara&#238;tre du jour au lendemain ? Et si tout ne tenait en v&#233;rit&#233; qu'&#224; un fil, et qu'un terrible d&#233;clin se produisait, lentement ou subitement, transformant radicalement nos vies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'importants romanciers, pas du tout soup&#231;onn&#233;s de sympathie envers la science-fiction, ont os&#233; &#224; leur tour raconter la d&#233;liquescence totale de la civilisation occidentale. Ils ont &#233;crit d'&#233;tranges fables, profitant de l'abstraction du genre romanesque pour pousser la r&#233;flexion existentielle sur la condition d'humains d&#233;pourvus des rep&#232;res apport&#233;s par la vie sociale contemporaine. Et ils livrent le m&#234;me message : derri&#232;re les avanc&#233;es de la civilisation, se cache la menace permanente d'un retour &#224; la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Errance et aveuglement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;La route&lt;/i&gt;, Cormac McCarthy &#233;crit un roman en forme de cauchemar qui remporte un succ&#232;s consid&#233;rable : prix Pulitzer et plus de deux millions d'exemplaires vendus. C'est donc que l'auteur a su exprimer une peur collective &#224; laquelle plusieurs se sont identifi&#233;s. Le roman raconte l'errance d'un p&#232;re et d'un fils dans un monde d&#233;truit par une gigantesque catastrophe, alors que tout n'est plus que ruine et cendre. Le cataclysme a eu lieu quelques ann&#233;es auparavant, et le p&#232;re doit constamment expliquer l'ancien monde &#224; son enfant, une &#233;poque o&#249; il y avait de la vie, de la nourriture abondante, de la couleur. La disette a transform&#233; les &#234;tres humains en ennemis violents et en cannibales, pr&#234;ts &#224; tout pour s'emparer des restes vitaux qui leur assureront une mis&#233;rable survie. Dans l'univers d&#233;vast&#233; imagin&#233; par McCarthy, il n'y a ni entraide, ni solidarit&#233;, ni id&#233;alisme. Le cataclysme a d&#233;truit avec lui tout ce qui restait de noble chez l'humain et chaque rencontre pour le p&#232;re et le fils est une menace de mort. Le seul lien affectueux qui demeure est d'ordre familial ; un lien fort, exigeant, qui engage le p&#232;re &#224; tout accomplir pour que vive l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman fait alterner une narration minimaliste avec des dialogues d&#233;pouill&#233;s, presque beckettiens, par leurs r&#233;p&#233;titions et leur circularit&#233;. Les p&#233;rip&#233;ties, elles aussi, se r&#233;p&#232;tent : qu&#234;te de la nourriture, longues marches, fuite devant d'autres humains en qu&#234;te de nourriture. M&#234;me l'arriv&#233;e au bord de la mer ne parvient pas &#224; rompre le cycle du malheur : &#171; &lt;i&gt;L&#224;-bas, c'&#233;tait la plage grise avec les lents rouleaux de vagues mornes couleur de plomb et leur lointaine rumeur. Telle la d&#233;solation d'une mer extraterrestre se brisant sur les gr&#232;ves d'un monde inconnu.&lt;/i&gt; &#187; Une mer &#171; &lt;i&gt;froide, d&#233;sol&#233;e. Sans oiseaux.&lt;/i&gt; &#187; Cette mer laide est le reflet de tout ce que voient les deux personnages. La civilisation agonise et les &#234;tres ne survivent que par une sorte d'&#233;nergie du d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'aveuglement&lt;/i&gt; de Jose Saramago, la fable est plus sophistiqu&#233;e. Les personnages sont tour &#224; tour victimes d'un aveuglement qui se propage sous forme d'&#233;pid&#233;mie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces personnages, comme ceux de La route, n'ont pas de nom ; leur anonymat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au d&#233;part, les premiers malades sont envoy&#233;s dans un asile d'ali&#233;n&#233;s o&#249; ils sont tenus sous haute surveillance, sans aucun contact avec les gens sains. Puis, tout se d&#233;grade : les aveugles sont tu&#233;s lorsqu'ils cherchent &#224; s'approcher de leurs gardes ; &#224; l'int&#233;rieur de l'asile, s'&#233;tablit une nouvelle structure sociale hautement r&#233;pressive, bas&#233;e sur des rapports de domination violents : contr&#244;le de la nourriture par une minorit&#233; arm&#233;e, vols, viols en s&#233;rie, humiliations. &#171; &lt;i&gt;N'oublie pas que nous sommes des aveugles, dit l'un des personnages, de simples aveugles, des aveugles sans rh&#233;torique ni commis&#233;ration, le monde charitable et pittoresque des braves aveugles est termin&#233;, maintenant c'est le royaume dur, cruel et implacable des aveugles tout court.&lt;/i&gt; &#187; Lorsque l'&#233;pid&#233;mie affecte la totalit&#233; de la population, la ville tout enti&#232;re devient insalubre, sans eau, sans &#233;lectricit&#233;, avec des immondices qui s'accumulent partout et des aveugles d&#233;boussol&#233;s qui errent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'espoir, malgr&#233; tout&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier roman, &lt;i&gt;Seul dans le noir&lt;/i&gt;, Paul Auster imagine une hypoth&#233;tique guerre civile dans des &#201;tats-Unis qui n'auraient pas connu le 11-septembre. Le sujet est abord&#233; en surface et c'est vers un roman ant&#233;rieur, &lt;i&gt;Le voyage d'Anna Blume&lt;/i&gt;, qu'il faut se tourner pour conna&#238;tre sa vision fantaisiste d'un monde en pleine d&#233;cadence. Le pays qu'il imagine dans ce livre n'est pas en proie &#224; un chaos total. Mais ses habitants doivent batailler ferme pour survivre : les p&#233;nuries sont fr&#233;quentes, il n'y a plus d'&#233;cole, plus de cin&#233;mas ; certains individus s'adonnent &#224; des suicides collectifs, d'autres utilisent la force pour extorquer de la nourriture, de l'argent, du sexe. La vie est morne, dangereuse, souffrante. Mais une volont&#233; d'organiser le chaos demeure, par l'apparition des nouveaux m&#233;tiers reli&#233;s au pillage, par la multiplication de sectes, par la subsistance de lois d&#233;risoires. Ces tentatives path&#233;tiques des humains de se rattacher &#224; des lambeaux de civilisation, racont&#233;es dans une prose sobre mais &#233;mouvante, leur donnent une dignit&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;e : peu importe si tout s'&#233;croule, les hommes et les femmes restent tristement fid&#232;les &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'univers sombre qui caract&#233;rise ces trois romans, les auteurs se permettent de terminer sur une note d'espoir, ne serait-ce que pour ne pas trop affliger les lecteurs. Dans&lt;i&gt; La route&lt;/i&gt;, l'enfant qui vient de perdre son p&#232;re trouve une communaut&#233; pr&#234;te &#224; l'accueillir. Les aveugles de &lt;i&gt;L'aveuglement&lt;/i&gt; retrouvent la vue tout aussi miraculeusement qu'ils l'avaient perdue. Et Anna Blume quittera peut-&#234;tre son pays d&#233;vast&#233; pour un monde meilleur. Mais le mal est fait et les pens&#233;es des lecteurs resteront assombries par ces univers glauques et d&#233;sesp&#233;rants. Un mal transform&#233; en &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt; : les bienfaits de la civilisation sont d'autant plus pr&#233;cieux lorsqu'on sait &#224; quel point ils sont fragiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces personnages, comme ceux de &lt;i&gt;La route&lt;/i&gt;, n'ont pas de nom ; leur anonymat correspond pertinemment au vide dans lequel ils sont plong&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Du cataclysme &#224; la promesse</title>
		<link>https://www.ababord.org/Du-cataclysme-a-la-promesse</link>
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		<dc:date>2009-10-29T17:02:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Leroux</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Leroux, Georges</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'apocalypse philosophique existe-t-elle encore aujourd'hui ? Depuis le mill&#233;narisme m&#233;di&#233;val de Joachim de Flore jusqu'aux annonces de Peter Sloterdijk, le discours du cataclysme n'a cess&#233; de se renouveler et il reproduit en le modifiant un dispositif maintenant bien connu : un renversement du temps de l'histoire, en continuit&#233; avec l'approche par les cat&#233;gories, d&#233;j&#224; classiques depuis Hegel, d'une structure n&#233;cessaire, d'une t&#233;l&#233;ologie. La plupart des philosophies de l'histoire, pensons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton900.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1279&#034; height=&#034;964&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'apocalypse philosophique existe-t-elle encore aujourd'hui ? Depuis le mill&#233;narisme m&#233;di&#233;val de Joachim de Flore jusqu'aux annonces de Peter Sloterdijk, le discours du cataclysme n'a cess&#233; de se renouveler et il reproduit en le modifiant un dispositif maintenant bien connu : un renversement du temps de l'histoire, en continuit&#233; avec l'approche par les cat&#233;gories, d&#233;j&#224; classiques depuis Hegel, d'une structure n&#233;cessaire, d'une t&#233;l&#233;ologie. La plupart des philosophies de l'histoire, pensons seulement &#224; Auguste Comte, consid&#232;rent le progr&#232;s comme le moteur d'une histoire orient&#233;e n&#233;cessairement vers le bien. Le catastrophisme contemporain, autant scientifique que philosophique, propose de renverser cette structure : s'instaurant proph&#232;te d'une fin n&#233;faste, fond&#233;e sur la ruine &#233;cologique et sur la terreur g&#233;n&#233;ralis&#233;e, il proph&#233;tise un d&#233;sastre in&#233;luctable, et pour certains d&#233;j&#224; manifeste. Du stalinisme aux manipulations g&#233;n&#233;tiques rendant possible la gestion de l'esp&#232;ce humaine, Peter Sloterdijk, pour ne nommer que lui, appartient &#224; cette cat&#233;gorie de proph&#232;tes du mal n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais cette t&#233;l&#233;ologie a ses critiques. Quand Jacques Derrida parle d'un messianisme sans messie, il &#233;voque surtout la responsabilit&#233; philosophique d'une promesse, &#233;rigeant sur l'injustice du pr&#233;sent un horizon d'attente. Cette promesse n'a rien d'une eschatologie o&#249;, apr&#232;s un processus de ruine et de destruction, correspondant &#224; l'ach&#232;vement du combat final dans le texte biblique, surviendrait une figure lib&#233;ratrice, un sauveur. La promesse ne devrait jamais &#234;tre une mal&#233;diction, une menace de ch&#226;timent, encore moins une r&#233;v&#233;lation. Prenant acte du fait que toute philosophie de la justice s'&#233;labore &#224; compter d'un regard sur le pr&#233;sent, et donc d'abord sur l'injustice, Derrida pose la promesse comme un acte qui se d&#233;tache de tout calcul, de toute pr&#233;vision : par essence, si la promesse retient du discours proph&#233;tique cette volont&#233; de d&#233;noncer et d'annoncer, elle doit par ailleurs en rejeter tous les aspects punitifs et surtout renoncer &#224; la posture d'un savoir sur l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Messianisme versus apocalypse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vraie diff&#233;rence est l&#224; : le discours apocalyptique se pose comme un savoir, il est par essence h&#233;g&#233;lien, alors que le messianisme se pr&#233;sente comme une attente de l'inconnaissable. Ces deux postures conservent certes de leur origine religieuse commune ce qu'on appelle commod&#233;ment une stance proph&#233;tique, mais cette similitude est trompeuse. L&#224; o&#249; l'apocalypse menace et pense trouver dans la catastrophe finale la confirmation de sa pr&#233;diction, le messianisme n'est qu'attente et injonction &#224; agir en cons&#233;quence. Aucun messianisme n'est terrifiant, toutes les apocalypses sont au contraire remplies de la vision terrible d'un destin ultime. Peut-on aujourd'hui parler encore d'une apocalypse philosophique ? Le messianisme se distingue des apocalypses d'inspiration religieuse par un trait d&#233;terminant : il ne promet aucun salut et ne pr&#233;sente aucune figure messianique d&#233;termin&#233;e, annonc&#233;e, r&#233;v&#233;l&#233;e. Il se limite &#224; tenter de penser l'irruption incalculable, au sein d'un &#224;-venir toujours &#224; faire, d'un bien possible. Par exemple, la d&#233;mocratie et la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En adoptant cette position d'une pens&#233;e messianique, Jacques Derrida veut d'abord cong&#233;dier toutes les approches qui, s'autorisant d'un savoir inavouable sur le cataclysme &#224; venir, en d&#233;duisent un savoir g&#233;n&#233;ral sur le pr&#233;sent : toutes les gnoses, tous les gnosticismes qui affligent la pens&#233;e politique conservatrice aujourd'hui se nourrissent de savoirs de ce genre, qu'il s'agisse de la fin de l'histoire proph&#233;tis&#233;e par Francis Fukuyama, qu'il s'agisse encore de la ruine de l'humanit&#233;, d&#233;j&#224; advenue selon Peter Sloterdijk et &#224; ses yeux irr&#233;missible. Aux affirmations p&#233;remptoires sur l'ach&#232;vement politique du lib&#233;ralisme et l'invitation &#224; accepter les maux qui lui seraient li&#233;s, Derrida a r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;absolute lie !&lt;/i&gt; &#187; Mensonge entier, en effet, que cette annonce d'une limite de la justice, d'une impossibilit&#233; de triompher de l'injustice. Apr&#232;s 1989 et la chute du mur, alors que tous proph&#233;tisent la fin du marxisme philosophique et la st&#233;rilit&#233; de son discours de justice et d'&#233;galit&#233;, Jacques Derrida annonce au contraire la diss&#233;mination, dans toutes les failles du lib&#233;ralisme, du spectre de Marx. Apr&#232;s le 11-septembre enfin, alors qu'aux yeux du grand nombre, les camps sont fig&#233;s et la guerre des civilisations commenc&#233;e, il &#233;crit : nul n'est innocent dans cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Derrida a raison. Soutenu de l'int&#233;rieur par un scientisme imperturbable, le discours de l'apocalypse philosophique existe encore, il ne se contente pas d'annoncer que le pire est certain, il le d&#233;clare d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;. Dans les derniers &#233;crits de sa vie, tous inspir&#233;s par la pens&#233;e cosmopolitique de Kant et l'id&#233;al d'un devoir de justice, il n'a cess&#233; de le combattre. La conjonction des technologies d&#233;shumanisantes et du terrorisme international suffit, pour ne donner qu'un exemple, &#224; assurer pour ceux qui le soutiennent que l'apocalyptisme est v&#233;cu d&#233;sormais au quotidien. Pour Derrida, cette situation connote l'ind&#233;cidable de l'action humaine, et comme chez Hannah Arendt dont il fut de plus en plus pr&#232;s, cette ind&#233;cidabilit&#233; est la condition de l'&#233;thique et du politique. Pour lui, la t&#226;che de la philosophie serait d&#232;s lors de combattre les effets pervers de l'apocalyptisme, dans leur cons&#233;quence de d&#233;politisation du monde. Pour Sloterdijk, au contraire, il ne s'agit que de trouver les moyens, fussent-ils imaginaires, pour s'en extraire et inventer une autre humanit&#233;, profond&#233;ment fictive et gnostique. C'est &#224; cela que s'emploie le grand r&#233;cit mythologique de Peter Sloterdijk, qui fait suivre sa description du &#171; parc humain &#187; d'une &#233;pop&#233;e dans les bulles et les sph&#232;res, o&#249; le monde limit&#233; de l'histoire humaine par avance condamn&#233;e pourrait peut-&#234;tre trouver un imaginaire lib&#233;rateur. Le philosophe gnostique, puisqu'il s'agit pour l'essentiel d'une superbe gnose moderne, avec son cort&#232;ge magique de chevauch&#233;es transcendantales, sait d&#233;j&#224; tout et sa vision traverse l'&#233;cran des apparences. Il a tranch&#233; les derniers liens qui le rattachaient &#224; la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impr&#233;visibilit&#233; et le politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par comparaison, Jacques Derrida ne sait rien et ne veut rien savoir. Non pas qu'il refuse de reconna&#238;tre au savoir contemporain une connaissance de la logique des risques et des al&#233;as, mais d'abord parce qu'il mesure le gouffre qui s&#233;pare le savoir pr&#233;visionnel, dont s'alimentent tous les catastrophismes actuels, et la responsabilit&#233; &#233;thique et politique d'envisager ce qui arrive dans l'&#224;-venir. Car le propre de l'histoire humaine demeure l'impr&#233;visibilit&#233;. Qu'il s'agisse des syst&#232;mes techniques qui, au regard de certains, ont d&#233;j&#224; le contr&#244;le de l'essence humaine, qu'il s'agisse encore des &#233;cosyst&#232;mes, qui seraient d&#233;finitivement d&#233;vast&#233;s et irr&#233;parablement engag&#233;s vers la disparition ou l'effondrement, suivant le titre du ma&#238;tre-livre de l'&#233;cologiste Jared Diamond, tout le calcul conduit in&#233;vitablement &#224; un catastrophisme qui ruine la pens&#233;e politique. Or, il est question de demeurer au sein du politique, et de penser dans le politique un &#224;-venir dont la promesse pourrait &#234;tre sinon l'annonce, du moins l'attente et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de conduire &#224; un optimisme b&#233;at, cette philosophie &#171; au risque de la promesse &#187; veut garder vivant le lien avec la promesse d'&#233;mancipation de la pens&#233;e moderne, et notamment de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire. Derrida se r&#233;f&#232;re souvent, et encore ici il montre une fid&#233;lit&#233; fondamentale &#224; la pens&#233;e de Kant, &#224; la notion d'une id&#233;e r&#233;gulatrice comme t&#226;che infinie pour la modernit&#233;. Mais il veut surtout penser l'urgence de ce qui n'attend pas : non seulement le messianisme philosophique doit-il se d&#233;gager de tous les mythes eschatologiques d'une lib&#233;ration connue d'avance, mais encore doit-il recharger ce messianisme universel des figures contemporaines de la justice et de la paix. Il se pourrait, affirme-t-il, que le messianisme philosophique soit ins&#233;parable de sa provenance biblique, qui en demeurerait d&#232;s lors l'inspiration historique, mais c'est d'abord une cat&#233;gorie de r&#233;sistance contre les logiques de la d&#233;termination vers le pire et le d&#233;sinvestissement du politique au nom de la science de l'in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, ce choix d'un langage universel de l'attente est d'abord un choix politique, qui se relie &#224; Walter Benjamin, &#224; Theodor Adorno, &#224; Hannah Arendt et &#224; Emmanuel L&#233;vinas. Le lieu de ce messianisme, sa t&#226;che sont chaque fois particuliers, ils rel&#232;vent d'une soci&#233;t&#233; politique qui a le courage d'affronter le sc&#233;nario du pire annonc&#233;, et sur chacune des sc&#232;nes o&#249; cette t&#226;che est relev&#233;e, l'attente est nourrie et le politique r&#233;investi. Tous ceux qui ont particip&#233; aux actions qui, durant la derni&#232;re p&#233;riode de la vie de Jacques Derrida, ont marqu&#233; cet engagement savent que ce discours avait cess&#233; d'&#234;tre abstrait : militant aupr&#232;s des clandestins et des sans-papiers, il contribua &#224; donner &#224; l'Europe une figure philosophique humaine et l'ensemble de ses engagements d'hospitalit&#233;, qu'il s'agisse du Parlement des &#233;crivains, des villes-refuges, du statut de J&#233;rusalem, de la survie des langues, portent la marque d'une g&#233;n&#233;rosit&#233; et d'un d&#233;sir de traverser les fronti&#232;res et les identit&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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