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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Pour l'instruction des filles</title>
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		<dc:date>2017-03-05T15:12:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Monique B&#233;chard, Gabriel Martin</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Martin, Gabriel</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;chard, Monique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voici la seconde partie d'un entretien avec Mme Monique B&#233;chard. Dans la premi&#232;re partie, nous retracions le parcours singulier de Mme B&#233;chard, de son enfance &#224; l'obtention de son doctorat de psychologie en 1947. Elle nous raconte ici ce qui l'a amen&#233;e, parall&#232;lement &#224; ses &#233;tudes et &#224; son travail, &#224; &#233;crire diff&#233;rents articles promouvant l'instruction des filles &#224; une &#233;poque o&#249; les &#171; &#233;coles m&#233;nag&#232;res &#187; &#233;taient valoris&#233;es par le haut clerg&#233; et le gouvernement d'alors. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; b&#226;bord ! : C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-67-dec-2016-janv-2017-" rel="directory"&gt;No 067 - d&#233;c. 2016 / janv. 2017&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gabriel-Martin-+" rel="tag"&gt;Martin, Gabriel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bechard-Monique-+" rel="tag"&gt;B&#233;chard, Monique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2373.png?1642092191' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;226&#034; height=&#034;375&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici la seconde partie d'un entretien avec Mme Monique B&#233;chard. Dans la &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Un-parcours-singulier&#034;&gt;premi&#232;re partie&lt;/a&gt;, nous retracions le parcours singulier de Mme B&#233;chard, de son enfance &#224; l'obtention de son doctorat de psychologie en 1947. Elle nous raconte ici ce qui l'a amen&#233;e, parall&#232;lement &#224; ses &#233;tudes et &#224; son travail, &#224; &#233;crire diff&#233;rents articles promouvant l'instruction des filles &#224; une &#233;poque o&#249; les &#171; &#233;coles m&#233;nag&#232;res &#187; &#233;taient valoris&#233;es par le haut clerg&#233; et le gouvernement d'alors.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord ! &lt;/i&gt; : C'est donc un religieux qui vous a encourag&#233;e &#224; &#233;crire vos articles ? Il y avait ainsi une ouverture, chez certains membres du clerg&#233; de l'&#233;poque, relativement &#224; l'&#233;ducation des femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monique B&#233;chard :&lt;/strong&gt; Oh oui ! J'ai eu beaucoup d'aide de la part des membres du clerg&#233;. D'abord, il y a eu le p&#232;re franciscain Alcantara Dion, qui m'a orient&#233;e vers la psychologie et m'avait appuy&#233;e dans mes d&#233;bats, gr&#226;ce aux liens qu'il entretenait avec la revue &lt;i&gt;L'Enseignement secondaire au Canada&lt;/i&gt;. Ensuite, il y a eu le p&#232;re No&#235;l Mailloux, un dominicain, qui &#233;tait le directeur de l'Institut de psychologie, qui m'a encourag&#233;e &#224; continuer mes &#233;tudes. Et enfin, le p&#232;re j&#233;suite Marie-Joseph d'Anjou, qui m'a embarqu&#233;e dans Coll&#232;ge et famille &#8211; un vrai ami, il est m&#234;me venu &#224; mon mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc dire que, sur le plan personnel, j'ai &#233;t&#233; influenc&#233;e par un franciscain, qui m'a appris la simplicit&#233;, par un dominicain, qui m'a appris la contemplation et par un j&#233;suite&#8230; qui m'a appris le courage ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Vous avez aussi rencontr&#233; une opposition farouche d'autres membres du clerg&#233;, dont le pr&#234;tre Albert Tessier, est-ce bien juste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; Ah, oui ! Monseigneur Tessier, qui &#233;tait un ami du premier ministre de l'&#233;poque, Maurice Duplessis, un vieux gar&#231;on&#8230; Pour lui, l'instruction des filles&#8230; c'est tout juste s'il acceptait les filles ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Le gouvernement fournissait de l'argent pour les coll&#232;ges des gar&#231;ons, mais pas pour le coll&#232;ge des filles, c'&#233;tait tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, nous avions le gouvernement contre nous. Je ne dirais pas le &lt;i&gt;clerg&#233;&lt;/i&gt;, mais bien le &lt;i&gt;haut clerg&#233;&lt;/i&gt;, notamment les &#233;v&#234;ques, qui formaient une petite gang. Je ferais la diff&#233;rence entre les &#233;v&#234;ques et les pr&#234;tres. On recevait un bon appui des pr&#234;tres, mais ils ne l'exprimaient pas ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Et, quand vous &#233;criviez dans &lt;i&gt;Coll&#232;ge et famille&lt;/i&gt;, aviez-vous l'appui du reste de votre famille ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; &#192; mesure que &#231;a &#233;voluait, j'avais plus d'appui. &#201;tonnamment, c'est du c&#244;t&#233; des femmes que j'ai ressenti le plus de r&#233;ticences. Certaines me trouvaient tr&#232;s chanceuse. D'autres avaient plut&#244;t des pr&#233;jug&#233;s, surtout celles de ma g&#233;n&#233;ration qui n'avaient pas &#233;tudi&#233; et qui se comportaient parfois comme mes rivales. &#171; &lt;i&gt;Ah bien, moi je ne suis pas une intellectuelle ! &lt;/i&gt; &#187;, me disait-on parfois, pour laisser sous-entendre que je ne valais rien en dehors des &#233;tudes, que j'&#233;tais incapable de cuisiner ou de coudre, par exemple. Et pourtant, j'en ai tricot&#233; des gilets ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : &#192; l'&#233;poque, on a dit que vous &#233;tiez contre les &#233;coles m&#233;nag&#232;res. &#201;tait-ce r&#233;ellement le cas ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Non. En fait, j'&#233;tais contre les arguments utilis&#233;s pour en faire la promotion. Je m'opposais &#224; leur suggestion, &#224; savoir : les cours classiques n'&#233;taient pas faits pour les filles. On d&#233;nigrait les bacheli&#232;res et riait d'elles. &#199;a me f&#226;chait. Mais les &#233;coles m&#233;nag&#232;res comme telles, je les trouvais bonnes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Un certain abb&#233; Houyoux, venu de France, pr&#233;tendait toutefois l'inverse. Pouvez-vous nous raconter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; J'&#233;tais &#224; mon travail et je re&#231;ois un appel d'un homme qui me dit : &#171; &lt;i&gt;J'arrive de France, je suis l'abb&#233; Joseph Houyoux. J'ai lu vos articles dans&lt;/i&gt; Coll&#232;ge et famille&lt;i&gt; et j'aimerais &#231;a vous rencontrer. &lt;/i&gt; &#187; Je me suis dit : &#171; &lt;i&gt;Eh bien, je deviens c&#233;l&#232;bre ! &lt;/i&gt; &#187; Alors, nous prenons rendez-vous au club universitaire, &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la rencontre, il lisait les articles de &lt;i&gt;Coll&#232;ge et famille&lt;/i&gt; devant moi et il me citait &#224; voix haute. Il me contredisait. C'&#233;tait vraiment contre moi. Il me posait des questions. Je r&#233;pondais autant que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, pendant qu'il me parlait, j'ai lu les lettres &#171; STR &#187; inscrites sur la couverture de la revue qu'il tenait ouverte dans ses mains. J'ai alors compris qu'il &#233;tait li&#233; au S&#233;minaire de Trois-Rivi&#232;res, l&#224; o&#249; &#233;tait monseigneur Tessier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai alors arr&#234;t&#233; la conversation et j'ai dit : &#171; &lt;i&gt;Vous, vous arrivez du S&#233;minaire de Trois-Rivi&#232;res, vous &#234;tes un ami de monseigneur Tessier.&lt;/i&gt; &#187; La face lui a chang&#233; ! Il cherchait partout ! Il ne comprenait pas comment j'avais trouv&#233;. [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que la pol&#233;mique s'est r&#233;ellement d&#233;clench&#233;e. Apr&#232;s &#231;a, Joseph Houyoux a &#233;crit un livre, &lt;i&gt;Pour ou contre les &#233;coles de bonheur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Ce livre, publi&#233; en 1952, faisait essentiellement l'apologie des &#171; &#233;coles de bonheur &#187;, c'est-&#224;-dire des &#233;coles destin&#233;es &#224; former des m&#233;nag&#232;res. On vous &#233;corchait cependant aussi au passage&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Oui. Ce livre-l&#224; me d&#233;molit. L'abb&#233; Houyoux &#233;tait bel et bien ami de monseigneur Tessier, lui-m&#234;me ami de Maurice Duplessis, qui n'&#233;tait aucunement pour l'&#233;ducation des filles. Le p&#232;re D'Anjou, qui &#233;tait le directeur de &lt;i&gt;Coll&#232;ge et famille&lt;/i&gt;, a &#233;videmment pris pour moi. Alors, il a rousp&#233;t&#233; ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, le livre en question, pay&#233; par le gouvernement, &#233;tait distribu&#233; gratuitement dans toutes les &#233;coles normales et dans toutes les &#233;coles m&#233;nag&#232;res, qu'on appelait aussi &lt;i&gt;instituts familiaux&lt;/i&gt;. Sans compter les articles et les conf&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, qui suivait mon affaire, m'a alors dit : &#171; &lt;i&gt;Si tu veux, on va mettre &#231;a entre les mains d'un avocat, parce que je pense que c'est du libelle diffamatoire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de l'avocat est toute en anglais. J'en conserve une copie. Mon p&#232;re a pris le temps de me la traduire, parce qu'il &#233;tait bilingue, alors que je ne le suis pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, l'avocat y dit qu'on ne pouvait pas demander une compensation financi&#232;re, parce qu'il n'&#233;tait pas prouv&#233; que le livre m'ait fait du tort. Le livre m'avait d'ailleurs aid&#233;e dans certains milieux, o&#249; je me suis fait des amis. Alors je ne pouvais pas poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il m'a sugg&#233;r&#233; d'envoyer une mise en demeure &#224; la maison d'&#233;dition, les &#201;ditions du Bien public, pour leur demander de retirer tous les volumes qui ont &#233;t&#233; distribu&#233;s gratuitement dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, aujourd'hui, les fameux volumes, je les ai chez moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Donc, apr&#232;s la mise en demeure, ils vous ont redonn&#233; les exemplaires non distribu&#233;s des livres. Est-ce que cela a mis fin &#224; la temp&#234;te ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Pour les livres oui, mais les discussions continuaient dans les revues et dans les journaux. &#199;a ne finissait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1950, il y avait eu un congr&#232;s des universitaires catholiques &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al. J'avais &#233;t&#233; d&#233;l&#233;gu&#233;e par une certaine Christine de Hemptine comme repr&#233;sentante d'une association internationale de femmes catholiques. Au congr&#232;s, un p&#232;re libanais, le p&#232;re Antoine Dahman, venait de voir monseigneur Tessier, qui &#233;tait l&#224; aussi et qui en profitait pour faire sa propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc rencontr&#233; le fameux p&#232;re libanais. Il &#233;tait tellement int&#233;ress&#233; de m'entendre et int&#233;ressant &#224; &#233;couter que je l'ai invit&#233; &#224; venir chez nous. Je demeurais chez mes parents et ils &#233;taient bien contents de l'accueillir. Mon p&#232;re est alors rentr&#233; dans le vif du sujet et lui a racont&#233; mon histoire. Le p&#232;re libanais a alors dit : &#171; &lt;i&gt; Je retourne &#224; Rome et je suis bien proche du cardinal Tisserant. Je vais lui en parler.&lt;/i&gt; &#187; Le cardinal Tisserant &#233;tait le repr&#233;sentant du pape en Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s, je re&#231;ois une carte postale, &#233;crite de la main du p&#232;re Dahman, pour m'informer de la position du cardinal Tisserant. C'est l&#224; que &#231;a se corse ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Voici la carte postale en question, elle est dat&#233;e de 1952.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/png/1345245.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH449/1345245-ddc20.png?1729024513' width='500' height='449' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : &#192; ce que je peux y lire, Eug&#232;ne Tisserant vous appuyait dans votre d&#233;fense de l'&#233;ducation sup&#233;rieure des femmes. Vous aviez donc, cette fois, un membre du haut clerg&#233; de votre c&#244;t&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Oui ! Nous avions le cardinal Tisserant d'un c&#244;t&#233; et monseigneur Tessier d'un autre. Monseigneur Tessier &#233;tait juste pr&#233;lat domestique ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revois &#231;a et je me dis : &#231;a se peut pas ! Je n'y pensais plus. C'est effrayant tout ce que j'ai brass&#233; dans ce temps-l&#224;. Mais je n'avais pas d'enfant ni de famille &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Apr&#232;s cet &#233;pisode de &#171; brasse-camarade &#187;, il semble que le d&#233;bat se soit calm&#233;. Que s'est-il ensuite pass&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Je me suis mari&#233;e apr&#232;s &#231;a ! C'&#233;tait tout un &#233;v&#232;nement. Personne ne le croyait ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon futur mari, un nomm&#233; Roger Deslandes, &#233;tait au grand s&#233;minaire de Saint-Hyacinthe et se pr&#233;parait &#224; &#234;tre pr&#234;tre. Il lisait les articles que j'&#233;crivais dans &lt;i&gt;Coll&#232;ge et famille&lt;/i&gt;. &#199;a se discutait dans les milieux et il &#233;tait un des rares &#224; accepter mes id&#233;es. Ses confr&#232;res &#233;taient tous contre ! Lui, il &#233;tait d'accord et il aimait &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'il &#233;tait malcommode aussi ! Il &#233;tait comique. Il mettait tout le monde en bo&#238;te ! Il est finalement devenu la&#239;que et s'est engag&#233; au coll&#232;ge Saint-Denis, o&#249; nous nous sommes connus. Je suis arriv&#233;e comme psychologue et professeure et lui comme professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, il aurait aim&#233; me conna&#238;tre. Toutefois, je l'intimidais. Il croyait qu'une femme docteure ne voudrait pas lui parler et le snoberait. Un de nos confr&#232;res et amis communs, Henri Bergevin, lui a dit de s'enlever cette id&#233;e de l'esprit. Nous nous sommes donc rencontr&#233;s et il a vu qui j'&#233;tais r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Donc l'id&#233;e d'une femme docteure, &#224; l'&#233;poque, pouvait m&#234;me intimider une personne lui &#233;tant favorable ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Oui, c'&#233;tait un autre monde, absolument. J'en parle et il me semble que je parle d'une autre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Et quelles sont les derni&#232;res grandes lignes de cette autre vie, que vous nous racontez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; J'ai ensuite travaill&#233; &#224; l'h&#244;pital Sainte-Justine. &#192; l'&#233;poque, l'h&#244;pital &#233;tait en construction. &#192; c&#244;t&#233; se trouvait une petite maison, c'&#233;tait le d&#233;partement de psychiatrie. Dans ma pratique professionnelle, je me suis principalement orient&#233;e vers la psychologie des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donn&#233; des cours &#224; l'universit&#233;, sur la psychologie de l'enfant et de l'adolescent. J'ai enseign&#233; dans trois universit&#233;s : l'Universit&#233; de Sherbrooke, l'Universit&#233; Laval et l'Universit&#233; de Montr&#233;al. &#192; l'Universit&#233; de Montr&#233;al, j'ai enseign&#233; &#224; l'Institut de p&#233;dagogie&#8230; J'ai donc eu des religieuses et un de mes anciens professeurs comme &#233;l&#232;ves ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais un mari qui comprenait. On s'entraidait beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Et, aujourd'hui, pr&#233;f&#233;rez-vous qu'on vous appelle Mme B&#233;chard, Mme Deslandes ou Mme B&#233;chard-Deslandes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; C'est bien difficile &#224; dire. Des fois je me dis que &#231;a serait peut-&#234;tre mieux de simplement utiliser le nom &lt;i&gt;B&#233;chard&lt;/i&gt;, pour pas que les Deslandes se fassent &#171; achaler &#187; ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] D'un autre c&#244;t&#233;, j'utilise souvent mon nom officiel, &lt;i&gt;B&#233;chard-Deslandes&lt;/i&gt;. Quand j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire, c'&#233;tait &lt;i&gt;B&#233;chard&lt;/i&gt; ; apr&#232;s m'&#234;tre mari&#233;e, c'&#233;tait &lt;i&gt;B&#233;chard-Deslandes&lt;/i&gt; ; et maintenant, d'apr&#232;s la nouvelle loi, je dois retourner &#224; mon nom de jeune fille, &lt;i&gt;B&#233;chard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beau &#234;tre f&#233;ministe, suis-je pour l&#226;cher le nom de mon mari pour le nom de mon p&#232;re ? Au fond, je m'en fiche ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Donc, je ne sais pas ce qui serait mieux. J'h&#233;site un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Au terme de cet entretien, puis-je vous sugg&#233;rer d'&#233;crire vos m&#233;moires ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Des amies, dont une historienne, m'ont d&#233;j&#224; approch&#233;e pour que j'&#233;crive mes m&#233;moires. J'avais donc commenc&#233; &#224; &#233;crire ma vie et j'ai des tonnes d'archives. Toutefois, vous savez, le temps manque. Mon mariage en 1953 et mes nouvelles obligations familiales et parentales apparaissant, j'ai cess&#233; d'&#233;crire. Donc, je n'ai pu publier mes conclusions. Celles-ci auraient pu inclure une sorte de &#171; testament spirituel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il est vrai que les paroles s'envolent, tandis que les &#233;crits restent. S'il se dit des choses qui ne sont pas exactes, je suis mieux de m'en m&#234;ler, pendant que je suis en vie ! [rires] Il s'agit d'un int&#233;ressant projet. &#192; bien y penser, j'aurai peut-&#234;tre le temps. Vous savez, j'ai dans ma famille deux tantes qui sont mortes centenaires, l'une &#224; 105 ans du c&#244;t&#233; de mon p&#232;re et l'autre &#224; 103 ans du c&#244;t&#233; de ma m&#232;re&#8230; Alors, j'ai menac&#233; mon m&#233;decin de vivre au moins jusqu'&#224; 100 ans ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Monique B&#233;chard en 1953 (courtoisie).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Un parcours singulier</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-parcours-singulier</link>
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		<dc:date>2016-12-09T17:05:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Monique B&#233;chard, Gabriel Martin</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Manchette</dc:subject>
		<dc:subject>Martin, Gabriel</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;chard, Monique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a de ces gens qui vous vampirisent et vous soutirent toute votre &#233;nergie. Eh bien, Monique B&#233;chard est tout le contraire : elle vous transfuse de sa bonne humeur d&#232;s la premi&#232;re rencontre. Entretien avec une femme au franc-parler. &lt;br class='autobr' /&gt; N&#233;e le 7 novembre 1922, Monique B&#233;chard devient, en 1947, la premi&#232;re Canadienne fran&#231;aise &#224; obtenir un doctorat en psychologie. L'historiographie qu&#233;b&#233;coise f&#233;ministe la retient notamment pour les textes qu'elle publie au d&#233;but des ann&#233;es 1950 dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-66-oct-nov-2016-" rel="directory"&gt;No 066 - oct. / nov. 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Manchette-+" rel="tag"&gt;Manchette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gabriel-Martin-+" rel="tag"&gt;Martin, Gabriel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bechard-Monique-+" rel="tag"&gt;B&#233;chard, Monique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2285.jpg?1642092185' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;551&#034; height=&#034;802&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a de ces gens qui vous vampirisent et vous soutirent toute votre &#233;nergie. Eh bien, Monique B&#233;chard est tout le contraire : elle vous transfuse de sa bonne humeur d&#232;s la premi&#232;re rencontre. Entretien avec une femme au franc-parler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;N&#233;e le 7 novembre 1922, Monique B&#233;chard devient, en 1947, la premi&#232;re Canadienne fran&#231;aise &#224; obtenir un doctorat en psychologie. L'historiographie qu&#233;b&#233;coise f&#233;ministe la retient notamment pour les textes qu'elle publie au d&#233;but des ann&#233;es 1950 dans la revue&lt;/i&gt; Coll&#232;ge et Famille &lt;i&gt;afin de d&#233;fendre l'&#233;ducation sup&#233;rieure des femmes, dans une soci&#233;t&#233; valorisant plut&#244;t le triptyque mariage-maternit&#233;-domesticit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encore trop peu connue, l'histoire b&#233;chardienne &#8211; bien r&#233;elle malgr&#233; ses apparences romanesques &#8211; illustre bien les tensions ayant oppos&#233; le bas et le haut clerg&#233;, dans un Qu&#233;bec duplessiste o&#249; quelques la&#239;ques ont pu r&#233;pondre &#224; leur vocation intellectuelle gr&#226;ce &#224; l'aide discr&#232;te de religieux et religieuses aujourd'hui occult&#233;s des m&#233;moires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Femme &#224; l'esprit vif et &#224; l'air rieur, Monique B&#233;chard m&#232;ne toujours une vie active, trop active m&#234;me pour r&#233;diger ses m&#233;moires, malgr&#233; les demandes r&#233;currentes de maintes personnes qui ont crois&#233; son chemin. Apr&#232;s avoir remu&#233; ciel et terre pour la retracer, je suis parvenu &#224; la joindre &#224; son domicile de Magog, o&#249; elle m'a offert le privil&#232;ge de mener l'entretien qui suit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; : Dites-nous, dans les ann&#233;es 1930, au Qu&#233;bec, &#224; quel genre de vie une jeune femme pouvait-elle r&#233;alistement aspirer ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monique B&#233;chard :&lt;/strong&gt; J'ai v&#233;cu &#224; l'&#233;poque o&#249; les femmes faisaient essentiellement deux choses : &#234;tre &lt;i&gt;m&#232;re &lt;/i&gt; ou &#234;tre &lt;i&gt;reine du foyer&lt;/i&gt; &#8211; j'aime mieux dire &lt;i&gt;gardienne du nid&lt;/i&gt; ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Les femmes sans instruction pouvaient devenir femmes de m&#233;nage. Quelques-unes pouvaient aussi aspirer aux professions d'institutrice, d'infirmi&#232;re et de secr&#233;taire, mais c'&#233;tait &#224; peu pr&#232;s tout : on ne pouvait r&#233;ellement esp&#233;rer autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment s'est donc manifest&#233;e votre propension aux &#233;tudes, dans une soci&#233;t&#233; aux horizons si &#233;troits pour les jeunes femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; M.B. : &lt;/strong&gt; Depuis mon jeune &#226;ge, je trouvais que les activit&#233;s des gars &#233;taient beaucoup plus amusantes que celles des filles. Dans les r&#233;unions de famille, les hommes et les femmes se tenaient en deux groupes s&#233;par&#233;s. J'&#233;coutais les conversations d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre. Que les discussions des femmes m'apparaissaient ennuyantes ! Elles parlaient presque exclusivement de maternit&#233;, de maladie, de cuisine et de m&#233;nage. Rien d'int&#233;ressant ! Les hommes, pour leur part, parlaient de travail, mais aussi de politique. J'ai pris go&#251;t au sujet, qui me captivait. J'ai alors compris que j'avais envie d'&#233;tudier une mati&#232;re hors du cadre traditionnel r&#233;serv&#233; aux filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; l'&#233;poque, une femme d&#233;sirant &#233;tudier au coll&#232;ge ou &#224; l'universit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une &#171; extraterrestre &#187;. &#192; l'inverse, il &#233;tait jug&#233; normal que les parents fassent des sacrifices afin de fournir &#224; leurs gar&#231;ons l'argent n&#233;cessaire pour acc&#233;der aux cours classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Dans un tel contexte, qu'est-ce qui vous a tout de m&#234;me permis d'acc&#233;der aux &#233;tudes sup&#233;rieures ? Aviez-vous des parents particuli&#232;rement ouverts ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; En fait, dans la famille, les gens n'&#233;taient pas d'accord avec mes aspirations. On me le r&#233;p&#233;tait : &#171; &lt;i&gt;Le cours classique, c'est pour les gar&#231;ons, pas pour les filles&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#339;urs de la congr&#233;gation de Notre-Dame m'ont toutefois prise sous leur protection, si je peux dire. M&#232;re Saint-Ambroise de Milan connaissait un peu ma famille. Ayant entendu parler de mon int&#233;r&#234;t pour les &#233;tudes, elle est all&#233;e voir mes parents et elle les a convaincus que je sois admise au coll&#232;ge classique Marguerite-Bourgeoys, un coll&#232;ge pour filles situ&#233; &#224; Westmount.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#339;urs de la congr&#233;gation &#233;taient d'avant-garde. Elles ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; ouvrir un cours classique pour les filles. Elles &#233;taient de vraies pionni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Les cours classiques pour les gar&#231;ons &#233;taient plut&#244;t dispendieux. En &#233;tait-il de m&#234;me pour ce nouveau cours ? &#201;tiez-vous nombreuses &#224; y avoir eu acc&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Nous n'&#233;tions pas nombreuses, une dizaine d'&#233;tudiantes environ. Mes camarades de classe &#233;taient ce qu'on appelle des bourgeoises, toutes des filles de familles riches. Quant &#224; moi, mes parents n'&#233;taient pas riches, mon p&#232;re ayant &#233;t&#233; ch&#244;meur un bout de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous n'avions pas d'argent, les s&#339;urs m'ont accept&#233;e gratuitement au coll&#232;ge : &#231;a ne me co&#251;tait rien. Je n'avais m&#234;me pas l'argent pour me payer les repas et elles me les offraient gratuitement&#8230; en cachette ! Discr&#232;tement, elles me passaient quelque chose. Seules la directrice et quelques s&#339;urs &#233;taient au courant. J'ai &#233;t&#233; chanceuse en titi ! Il ne fallait toutefois pas que les autres &#233;tudiantes le sachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Et cette p&#233;riode n'est pas la fin de votre parcours, bien au contraire. Vous &#234;tes ensuite all&#233;e &#224; l'universit&#233;, est-ce bien juste ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; Oui, apr&#232;s avoir obtenu mon baccalaur&#233;at en 1943 pour mon cours classique, je voulais aller &#224; l'universit&#233;, comme le plus jeune de mes fr&#232;res, qui &#233;tait m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes en psychologie m'int&#233;ressaient. Pourquoi dans ce domaine ? &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais cheftaine chez les guides. L'aum&#244;nier provincial, le comp&#233;tent p&#232;re Alcantara Dion, &#233;tait alors mon conseiller spirituel et d'orientation professionnelle. L'Institut de psychologie venait d'ouvrir, le p&#232;re m'a donc dit : &#171; &lt;i&gt;Je te sugg&#232;re d'aller en psychologie, &#231;a commence et il y a de l'avenir l&#224;-dedans. Je te vois bien dans ce domaine.&lt;/i&gt; &#187; J'&#233;tais guide scoute depuis l'&#226;ge de 13 ans. Rendue &#224; 20 ans, j'&#233;tais bien impr&#233;gn&#233;e du mouvement et j'avais effectivement pris le go&#251;t de l'&#233;ducation des enfants, des adolescents et des pr&#233;adolescents. Je me suis donc dit qu'en psychologie, je continuerais de faire ce qui me pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Comment une jeune femme pouvait-elle se payer des cours universitaires &#224; l'&#233;poque ? Est-ce vos parents qui connaissaient alors meilleure fortune qu'auparavant ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; Mon p&#232;re n'avait pas plus d'argent, mais il &#233;tait toutefois d'accord que j'&#233;tudie &#224; l'universit&#233;. Mes parents &#233;taient heureux que je m'instruise. La soci&#233;t&#233; commen&#231;ait &#224; changer et leur opinion avait &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aum&#244;nier de mon fr&#232;re Gaston, alors pr&#234;tre, &#233;tait pr&#234;t &#224; payer mes &#233;tudes universitaires. Il s'agissait aussi de l'aum&#244;nier du camp de l'&#238;le Saint-Bernard, o&#249; j'allais faire du b&#233;n&#233;volat aupr&#232;s des enfants handicap&#233;s avec toute la gang des S&#339;urs grises. Les s&#339;urs nous ont bien aim&#233;es et elles &#233;taient &#233;pat&#233;es : j'avais amen&#233; quatre de mes compagnes de coll&#232;ge, des filles de familles bourgeoises, pour nous aider et elles avaient &#233;t&#233; merveilleuses. On s'&#233;tait organis&#233; un peu &#224; la scoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'&#233;v&#234;que de Gaston a appris qu'on payait ainsi mes &#233;tudes, il s'y est oppos&#233;. Il pr&#233;f&#233;rait garder l'argent pour les s&#233;minaristes qui allaient devenir pr&#234;tres, plut&#244;t que pour une fille qui voulait aller en psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par chance, mon p&#232;re s'est trouv&#233; un emploi au m&#234;me moment et m'a offert de payer mes &#233;tudes. Apr&#232;s tout, j'&#233;tais la seule qui restait encore &#224; la maison !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ababord.org/IMG/jpg/moniquebechard_enc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH728/moniquebechard_enc-29454.jpg?1729024514' width='500' height='728' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Vous avez donc pu &#233;tudier &#224; l'universit&#233; en psychologie comme d&#233;sir&#233;. &#192; quoi ressemblait votre promotion ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; J'&#233;tais dans la deuxi&#232;me promotion de l'Institut de psychologie de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, qui &#233;tait, &#224; l'&#233;poque, affili&#233; &#224; la Facult&#233; de philosophie. La promotion qui m'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e &#233;tait seulement compos&#233;e de deux la&#239;cs, de deux fr&#232;res et d'un pr&#234;tre, si je me rappelle bien. Une femme dont j'oublie le nom &#233;tait aussi inscrite &#224; temps partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis arriv&#233;e &#224; l'universit&#233; pour la premi&#232;re fois, j'ai eu toute une surprise. Sans m&#234;me nous l'&#234;tre dit, nous &#233;tions quatre filles du m&#234;me coll&#232;ge &#224; s'&#234;tre inscrites en psychologie ! Dans notre promotion, nous &#233;tions donc quatre filles la&#239;ques, Fran&#231;oise Maillet, Ren&#233;e Blanchard, Suzanne Gratton et moi. Il y avait aussi deux la&#239;cs, Guy Beauchemin et Charles Gill, ainsi que deux autres, le fr&#232;re Chapdelaine et le fr&#232;re L&#233;onard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais de la deuxi&#232;me promotion, c'est pour &#231;a qu'&#224; la r&#233;ception de mon doctorat, en 1947, j'ai &#233;t&#233; la premi&#232;re femme. &#199;a a fait jaser un petit peu. Des articles sont m&#234;me parus dans le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres filles n'ont pas fini leurs &#233;tudes, elles se sont plut&#244;t mari&#233;es ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Moi, je me suis mari&#233;e plus tard. Je me disais : je ferais bien mieux de finir mon cours et de me marier plus tard si &#231;a adonne ! Depuis le temps que je travaillais ! [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Quelque temps apr&#232;s vous avez publi&#233;, dans plusieurs p&#233;riodiques, dont la revue &lt;i&gt;Coll&#232;ge et famille&lt;/i&gt;, des articles qui ont fait beaucoup parler. En gros, vous y d&#233;fendiez l'acc&#232;s des femmes aux &#233;tudes sup&#233;rieures. Pouvez-vous nous raconter ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. : &lt;/strong&gt; Comme nous disions, j'ai fait mes &#233;tudes quasiment par miracle. Durant la m&#234;me p&#233;riode, il y avait une campagne contre les coll&#232;ges f&#233;minins. Cette campagne pr&#233;tendait que seules les &#233;coles m&#233;nag&#232;res &#233;taient r&#233;ellement importantes, que toutes les filles devaient aller soit &#224; l'&#233;cole m&#233;nag&#232;re, soit &#224; l'&#233;cole normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;#ED1C24&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : &#201;tait-ce le clerg&#233; qui pr&#233;conisait tant la formation de femmes au foyer et de ma&#238;tresses d'&#233;cole ?&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.B. :&lt;/strong&gt; Oui ! Il n'y avait pas de minist&#232;re de l'&#201;ducation &#224; l'&#233;poque. Le comit&#233; catholique du d&#233;partement de l'Instruction publique, qui &#233;tait compos&#233; de tous les &#233;v&#234;ques de la province et d'un nombre &#233;gal de la&#239;cs, r&#233;gnait sur l'&#233;ducation. Le gouvernement donnait donc des subventions aux coll&#232;ges des gar&#231;ons et fournissait aussi de l'argent aux &#233;coles m&#233;nag&#232;res et aux &#233;coles normales pour filles, mais il n'en aurait jamais fourni pour leur offrir des cours classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa campagne, le clerg&#233; parlait contre les cours classiques pour les filles. On riait des bacheli&#232;res. On disait que nous allions faire de la soupe aux alphabets grecs et des niaiseries de m&#234;me. On nous compara&#238;t aux suffragettes d'Angleterre, qui y allaient &#224; fond de train. On nous traitait donc d'excessives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, je travaillais au coll&#232;ge Saint-Denis. J'avais un peu de temps de reste. Je lisais les articles et &#233;coutais les conversations. &#199;a me choquait tant que je me suis dit : &#171; &lt;i&gt;Je vais &#233;crire.&lt;/i&gt; &#187; Et j'avais la r&#233;putation d'&#234;tre capable d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai parl&#233; &#224; l'aum&#244;nier du coll&#232;ge, un p&#232;re j&#233;suite qui connaissait toute ma famille, le p&#232;re Marie-Joseph d'Anjou. Il dirigeait la revue Coll&#232;ge et famille. Il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Vous &#233;crivez ? H&#233; bien ! Je vais faire para&#238;tre vos articles !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lisait donc mes articles et m'aidait en me signalant mes fautes de fran&#231;ais et les passages &#224; clarifier, sans ne jamais rien censurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme &#231;a que les articles d&#233;fendant l'&#233;ducation sup&#233;rieure pour les femmes ont commenc&#233; &#224; para&#238;tre. Il faut dire que les &#233;coles m&#233;nag&#232;res n'aimaient pas &#231;a, parce que je ne les manquais pas des fois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Retrouvez la suite de l'entretien de Gabriel Martin avec M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; B&#233;chard dans le &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Pour-l-instruction-des-filles&#034;&gt;num&#233;ro 67&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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