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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Vivre avec</title>
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		<dc:date>2016-08-31T16:27:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Cl&#233;ment Baudet, Virginie Bueno</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
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&lt;p&gt;Je rentre chez moi en m&#233;tro sur la ligne 2. Apr&#232;s l'annonce inhabituelle : &#171; La station Oberkampf est ferm&#233;e sur ordre de la police &#187;, mon t&#233;l&#233;phone vibre. Un texto : &#171; Fusillade dans ton quartier, j'esp&#232;re que t'es chez toi. &#187; Ce r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne est une composition de t&#233;moignages, d'exp&#233;riences multiples. &lt;br class='autobr' /&gt; Je passe la soir&#233;e la radio allum&#233;e et les yeux riv&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux jusqu'&#224; &#233;puisement. Le d&#233;compte est macabre. Heureusement, aucun proche n'a &#233;t&#233; touch&#233;. &#199;a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bueno-Virginie-+" rel="tag"&gt;Bueno, Virginie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baudet-Clement-+" rel="tag"&gt;Baudet, Cl&#233;ment&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je rentre chez moi en m&#233;tro sur la ligne 2. Apr&#232;s l'annonce inhabituelle : &#171; &lt;i&gt;La station Oberkampf est ferm&#233;e sur ordre de la police&lt;/i&gt; &#187;, mon t&#233;l&#233;phone vibre. Un texto : &#171; &lt;i&gt;Fusillade dans ton quartier, j'esp&#232;re que t'es chez toi.&lt;/i&gt; &#187; Ce r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne est une composition de t&#233;moignages, d'exp&#233;riences multiples.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je passe la soir&#233;e la radio allum&#233;e et les yeux riv&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux jusqu'&#224; &#233;puisement. Le d&#233;compte est macabre. Heureusement, aucun proche n'a &#233;t&#233; touch&#233;. &#199;a tient &#224; peu de choses. Une heure avant, j'&#233;tais &#224; la terrasse d'un des bars attaqu&#233;s, le couple &#224; qui j'ai laiss&#233; ma table ne s'est pas relev&#233;. Aujourd'hui, les attentats se sont invi&#173;t&#233;s en bas de chez moi, j'ai &#233;t&#233; pris pour cible. J'habite dans le quartier depuis trois mois. Dans le 11e arrondissement de Paris, on est le vendredi 13 novem&#173;bre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au r&#233;veil, 115 morts et beaucoup de bless&#233;s. Des avis de recherche d&#233;fi&#173;lent encore. Je sors acheter la presse dans les rues d&#233;sertes. Les Unes noires des journaux confirment que tout est bien r&#233;el. Notre 11 septembre. Le ciel est clair, les quelques regards crois&#233;s sont cern&#233;s et rougis. Je marche 10 minutes jusqu'&#224; la place de la R&#233;publique, lieu de rassemblement depuis les attentats de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. En chemin la fa&#231;ade color&#233;e du Bataclan est entour&#233;e d'un large p&#233;rim&#232;tre de s&#233;curit&#233; et d'une trentaine de camionnettes m&#233;dia, paraboles sur le toit. Les envoy&#233;s sp&#233;ciaux se relaient devant les cam&#233;ras. En une nuit, le quartier est devenu le centre morbide attirant les regards du monde entier. Il est t&#244;t, la place de la R&#233;publique est encore vide, je continue de marcher vers le canal Saint-Martin, machinalement. C'est ce Nord-Est parisien que je connais bien, &#224; cheval entre le 10e et le 11e arron&#173;dissement. Il y a un rassemblement devant deux lieux vis&#233;s hier soir. Les impacts de balles visibles sur la fa&#231;ade et sur les vitres, des restes de sciure au sol pour &#233;ponger les traces de sang. Des larmes, des bougies et des fleurs. Le silence est gla&#231;ant. Les sir&#232;nes retentissent en continu toute la journ&#233;e dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me, je retrouve spontan&#233;ment des ami&#183;e&#183;s dans un bar. &#199;a fait du bien de se voir. On se rassure, on boit beaucoup. On plaisante, on tente d'oublier ; 130 morts maintenant et de nombreux amis d'amis parmi les victimes. On se rend compte qu'il va falloir maintenant vivre avec cette menace invisible et permanente, avec la peur de peut-&#234;tre crever, ce soir, l&#224;, au coin de la rue. Comme dans tant d'autres pays du globe. Mais tout le monde ne partage pas cet &#233;tat d'esprit : un ami se fait voler son v&#233;lo juste devant le bar. C'est peut-&#234;tre, finalement, un samedi soir comme les autres &#224; Paris. Peut-&#234;tre que rien ne va changer... Au loin, la devise de Paris &#8211; &lt;i&gt;Fluctuat nec mergitur&lt;/i&gt;, &#171; battu par les flots, mais ne sombre pas &#187; &#8211; s'affiche sur les panneaux lumineux de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#234;me pas peur ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dimanche soir, malgr&#233; l'interdiction de se rassembler, j'ai envie de sortir de chez moi. Sur la place de la R&#233;publique, le socle de la statue est devenu un v&#233;ritable autel. Encore un parterre de fleurs, des messages, des dessins, des bougies partout et un calme d'&#233;glise. Il y a tr&#232;s peu de policiers sur la place. D'un coup, un bruit, puis un mouvement de foule. La place se vide en moins de 20 secondes. Pris dans le mouvement, il est difficile de ne pas &#234;tre embarqu&#233; malgr&#233; les appels au calme. Des cam&#233;ras sont bris&#233;es, des poussettes abandonn&#233;es. La police en civil tente de nous diriger mais, dans l'affolement, des gens tombent sur les bougies, pi&#233;tinent les fleurs et les gens &#224; terre. Je cours comme pour &#233;viter une fusillade. Mes jambes flageolent, j'ai la bouche s&#232;che et le c&#339;ur qui bat tr&#232;s fort. Cach&#233; dans un h&#244;tel qui a ouvert ses portes, planqu&#233; avec une vingtaine de personnes dans la cage d'escalier, on &#233;coute les informations. Apr&#232;s confirmation de la fausse alerte, je rentre en vitesse, &#224; contresens des sir&#232;nes de police. &#192; plusieurs endroits de la ville, les m&#234;mes affolements. Certains se sont m&#234;me jet&#233;s dans le canal Saint-Martin. Une ampoule qui &#233;clate, une porte qui claque trop fort suffisent &#224; cr&#233;er la panique que d'autres provoquent en faisant &#233;clater des p&#233;tards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Hollande vient de prononcer un discours martial devant le Congr&#232;s r&#233;uni &#224; Versailles. La France est en guerre et l'&#233;tat d'urgence sera s&#251;rement prolong&#233;. Je me persuade qu'au fond rien ne va changer, que je vais continuer &#224; sortir, voir des concerts et boire des bi&#232;res en terrasse. R&#233;sister &#224; cette peur sans visage. Comme pour me persuader, j'ai photographi&#233; la banderole &lt;i&gt;M&#234;me pas peur &lt;/i&gt; accroch&#233;e sur la statue de la R&#233;publique. Le mot-clic #enterrasse se g&#233;n&#233;ralise, comme si consommer en terrasse &#233;tait d&#233;sormais un acte de r&#233;sistance. Mais je me surprends &#224; rep&#233;rer les issues de secours en entrant dans une salle, je pr&#233;f&#232;re prendre le bus plut&#244;t que le m&#233;tro, j'&#233;vite d'&#233;couter la musique avec le casque pour rester alerte en cas de danger. Je me rends compte que mes r&#233;actions et celles des autres sont impr&#233;visibles. Insidieusement, la peur et la m&#233;fiance s'installent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous &#233;tat d'urgence permanent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis les attentats, les fouilles se g&#233;n&#233;ralisent. &#192; la piscine, dans les maga&#173;sins, il faut toujours ouvrir son sac. J'en ai un de couleur noire &#224; quatre poches. C'est p&#233;nible de toutes les ouvrir devant les vigiles, mais je coop&#232;re. Je r&#233;fl&#233;chis s&#233;rieusement &#224; en acheter un autre, en plastique transparent, plus &#171; &lt;i&gt;&#233;tat d'urgence friendly&lt;/i&gt; &#187;, mais un ami m'a convaincu de garder celui-l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Avec son &#233;paisseur, &#231;a peut peut-&#234;tre te prot&#233;ger un peu des balles.&lt;/i&gt; &#187; Dans la brasserie o&#249; nous sommes, la table d'&#224; c&#244;t&#233; est occup&#233;e par des militaires appel&#233;s en renfort dans la capitale. Apr&#232;s avoir &#244;t&#233; leurs gilets par balle et d&#233;pos&#233; leurs fusils d'assaut, ils avalent calmement un burger avant de reprendre la ronde de nuit. Un va-et-vient incessant toutes les 20 minutes qui n'a rien de rassurant. D'ailleurs, mon ami n'a pas dit &#224; ses parents qu'il &#233;tait venu me voir &#224; Paris. &#192; son retour, comme il s'y attendait, ils l'ont trait&#233; d'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, sur la porte de l'immeuble en face de chez moi, une photo et quelques fleurs sont accroch&#233;es. C'est un visage que je reconnais. J'ai lu sa n&#233;crologie dans la presse. La jeune femme de 24 ans a v&#233;cu ici ; sur le message &#171; &lt;i&gt; ses voisins se souviennent &lt;/i&gt; &#187;. En route pour l'universit&#233;, le RER s'arr&#234;te pendant 30 minutes apr&#232;s un &#233;ni&#232;me colis suspect. &#192; l'entr&#233;e de mon b&#226;timent, des bougies et des fleurs &#224; la m&#233;moire de deux professeurs. Le cours est annul&#233;. Sur le chemin du retour, un nouveau colis suspect ralentit la circulation. En rentrant, la serveuse du caf&#233; d'en face de chez moi a r&#233;ceptionn&#233; un colis &#224; mon nom. Elle m'avoue qu'avec &#171; &lt;i&gt; tout ce qu'il se passe &lt;/i&gt; &#187;, elle a eu peur de le prendre, mais &#171; &lt;i&gt;heureusement que mon nom n'est pas trop &#233;tranger... &lt;/i&gt; &#187; Mon amie ne travaille pas ce matin, la police a boucl&#233; le quartier o&#249; elle travaille pour un assaut interminable. On se retrou&#173;ve alors pour manger au restaurant habituel Le cent kilo. L'&#233;tablissement est ferm&#233;, il y a des fleurs partout devant. Pareil au Caf&#233; des anges et au Comptoir Voltaire. Les n&#233;crologies, que je lis tous les jours compulsivement me donnent les r&#233;ponses : des membres du personnel ont aussi &#233;t&#233; tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, chacun g&#232;re ses &#233;motions &#224; sa mani&#232;re. Chacun sa strat&#233;gie. J'h&#233;site &#224; me remettre &#224; fumer. Comme pour m'y inciter, le marchand de tabac a affich&#233; sur sa vitrine les noms des victimes. Difficile d'oublier. Apr&#232;s une coupure d'&#233;lectricit&#233; dans la rame du m&#233;tro, une femme se plonge dans &lt;i&gt;Comment r&#233;agir en cas d'attaque terroriste&lt;/i&gt;, le livret de pr&#233;vention publi&#233; en d&#233;cembre par le gouvernement. Aujourd'hui, le premier ministre a annonc&#233; un projet de modification du Code p&#233;nal pour &#233;tendre les pouvoirs de la police. Menace terroriste et s&#233;curit&#233; nationale obligent. Mais il y a toutes ces perquisitions abusives, les assignations &#224; r&#233;sidence d'activistes &#233;cologistes pendant la COP21 qui n'ont rien de rassurant. La communaut&#233; musulmane est elle aussi vis&#233;e : lieux de culte, associations confessionnelles et certains restaurants ont re&#231;u la visite muscl&#233;e des &#233;quipes antiterroristes galvanis&#233;es par l'&#233;tat d'urgence. Apr&#232;s les attentats, la tendance est aux amalgames. Que penser de cette femme en &lt;i&gt;abaya&lt;/i&gt; dans le m&#233;tro ? Le profil type du terroriste est devenu incertain. Aujourd'hui, n'importe qui peut brandir une hache et menacer en se reven&#173;diquant de Daesh. C'est arriv&#233; avant-hier dans le 18e arrondissement, aujourd'hui dans un lyc&#233;e &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence va laisser des traces. La lutte antiterroriste et la peur sont d'habiles outils de gouvernance. Comment r&#233;sister &#224; la parano&#239;a et au pi&#232;ge s&#233;curitaire &#224; l'approche des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2017 ? L'extr&#234;me droite monte en fl&#232;che et les communaut&#233;s se referment sur elles-m&#234;mes. Mes r&#233;flexes et mes habitudes ont chang&#233;, la contrainte de la pr&#233;sence militaire est progressivement int&#233;gr&#233;e, devant les lieux de culte, les &#233;coles, dans les restaurants, les transports en commun et les lieux touristiques. La contrainte de la fouille permanente et des portiques pour entrer dans des gares et les mus&#233;es. Que penser des drapeaux fran&#231;ais maintenant pendus aux fen&#234;tres des Parisien&#183;ne&#183;s ? Les r&#233;actions sont multiples entre ceux qui s'inscrivent &#224; l'arm&#233;e ou &#224; des cours d'auto&#173;d&#233;fense, ceux qui crient au complot, ceux qui ont peur et ceux qui tentent d'oublier. Maintenant, dans le 11e arrondissement et ailleurs, on doit tous s'organiser et apprendre &#224; vivre avec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : lexpress.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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