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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Spiritualit&#233; et cosmogonie autochtones</title>
		<link>https://www.ababord.org/Au-dela-de-la-survie</link>
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		<dc:date>2015-12-11T01:20:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Lovelace</dc:creator>


		<dc:subject>Colonialisme et imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Lovelace, Robert</dc:subject>

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&lt;p&gt;Au cours des six derni&#232;res ann&#233;es, mes travaux de recherche se sont centr&#233;s sur la question de la r&#233;indig&#233;nisation. Mon int&#233;r&#234;t pour ce sujet n'a pas &#233;t&#233; soudain ; il a plut&#244;t &#233;t&#233; le r&#233;sultat d'un long processus compos&#233; de prises de conscience sur des moments qui ont &#233;maill&#233; mon enfance indienne, de confrontations avec la perp&#233;tuelle exploitation coloniale et, enfin, d'un f&#233;roce engagement dans la r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt; Pendant 35 ans, je me suis impliqu&#233; dans les questions indiennes au Canada en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-59-Avril-mai-2015-" rel="directory"&gt;No 059 - avril / mai 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Imperialisme-+" rel="tag"&gt;Colonialisme et imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lovelace-Robert-+" rel="tag"&gt;Lovelace, Robert&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2079.png?1642092171' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;366&#034; height=&#034;270&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au cours des six derni&#232;res ann&#233;es, mes travaux de recherche se sont centr&#233;s sur la question de la r&#233;indig&#233;nisation. Mon int&#233;r&#234;t pour ce sujet n'a pas &#233;t&#233; soudain ; il a plut&#244;t &#233;t&#233; le r&#233;sultat d'un long processus compos&#233; de prises de conscience sur des moments qui ont &#233;maill&#233; mon enfance indienne, de confrontations avec la perp&#233;tuelle exploitation coloniale et, enfin, d'un f&#233;roce engagement dans la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pendant 35 ans, je me suis impliqu&#233; dans les questions indiennes au Canada en tant que membre de la communaut&#233;, activiste et intellectuel. &#201;videmment, on retrouvait au c&#339;ur de cette implication la question des droits, de l'identit&#233;, de la juridiction et de la souverainet&#233;. La r&#233;sistance, la d&#233;colonisation et la r&#233;conciliation dominaient ma r&#233;flexion tout comme celle de la plupart de mes contemporains. Pendant tout ce temps, quelque chose ne tournait pas rond. Ce n'&#233;tait pas le caract&#232;re in&#233;luctable de la d&#233;faite et de l'&#233;chec, qui planent au bout de chaque effort visant &#224; affronter le colonialisme, ni non plus la corruption d'un discours aborig&#232;ne d&#233;faillant. Mais tout chemin m&#232;ne quelque part, vers l'avant, charg&#233; d'espoir, exprimant ce qui a besoin d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus tendre enfance forme une vie &#224; elle seule. L'humanit&#233; tout enti&#232;re y est form&#233;e dans sa fragilit&#233;. Nous sommes sculpt&#233;s pour le reste de notre vie au cours des longues ann&#233;es qui passent entre le moment de la t&#233;t&#233;e et celui o&#249; on se tient debout, d&#233;fiant nos adversaires dans la guerre pour des morceaux de terre. Quatre &#224; cinq ans s'&#233;talent pendant des jours qui semblent infinis. La logique cosmique existe dans les particules de poussi&#232;re qui se soul&#232;vent et redescendent dans la lumi&#232;re du soleil qui traverse une porte-moustiquaire. Nous sommes absorb&#233;s par le temps pass&#233; dans des bo&#238;tes de carton, excit&#233;s ou apeur&#233;s par le vent et le tonnerre, et r&#233;confort&#233;s par rien de plus que l'odeur de quelque chose de familier. C'est au cours de cette premi&#232;re p&#233;riode de notre vie que ce que nous avons &#224; offrir aux &#233;toiles s'impr&#232;gne en nous. Tout ce qui suit n'est qu'une r&#233;action &#224; ce qui est d&#233;j&#224; connu et oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modernit&#233; et l'&#226;ge adulte nous forcent &#224; entrer dans toute une vie de fausset&#233;s. Si l'on cherche &#224; &#234;tre confortable, le mieux auquel s'attendre moralement est d'&#234;tre un observateur &#233;clair&#233;, alors que le monde naturel est inaccessible, l'illusion de paysages id&#233;ologiques imagin&#233;s. Nous nous agrippons &#224; des gadgets et &#224; des babioles pour apaiser notre esprit. M&#234;me la souffrance des autres, qu'ils nous soient intimes ou qu'ils assurent tout simplement notre confort quotidien, est distante, sans prises r&#233;elles, m&#233;taphorique. Nous luttons pour la paix comme s'il s'agissait simplement d'un autre bien mat&#233;riel qui pourrait d'une certaine mani&#232;re &#234;tre vendu comme le reste de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance repr&#233;sente le moment o&#249; la personne humaine moderne est le plus proche de son indig&#233;n&#233;it&#233;. Bien que nous soyons physiologiquement, psychologiquement et spirituellement align&#233;s avec nos anc&#234;tres qui ont lutt&#233; pendant les cent derniers mill&#233;naires de par leur relation familiale avec leurs territoires, l'&#226;ge adulte des Nord-Am&#233;ricains est d&#233;termin&#233; par la honte, la honte d'&#234;tre qui nous pensons &#234;tre et jamais qui nous voulons &#234;tre. Nous la transmettons &#224; nos enfants, leur demandons de suivre ce chemin ou du moins d'aller &#224; l'&#233;cole et de chercher un emploi. Nous, les &#234;tres humains, inventons des dilemmes existentiels plut&#244;t que d'accepter les v&#233;rit&#233;s des &#233;cosyst&#232;mes. Le vrai d&#233;fi de l'existence, la confiance en notre capacit&#233; &#224; forger une r&#233;ciprocit&#233; avec la terre et l'eau, la chair et les os chass&#233;s, a depuis longtemps &#233;t&#233; &#233;br&#233;ch&#233;. L'Indig&#232;ne est l'Autre, un concept qui vit dans l'ombre de l'histoire, dans la for&#234;t du mythe. Nous n'&#233;coutons plus le battement de notre c&#339;ur. L'enfance et l'indig&#233;n&#233;it&#233; sont toutes deux devenues des &#233;l&#233;ments dont on doit se d&#233;barrasser, qu'on doit oublier.&#171; L'&#233;tude de la r&#233;indig&#233;nisation vise &#224; extrapoler pour un futur &#224; d&#233;couvrir ce que nos anc&#234;tres savaient. L'effort consiste &#224; contextualiser de mani&#232;re concr&#232;te la place indig&#232;ne fa&#231;onn&#233;e par des gens et des milieux de vie qui n'auraient pas abandonn&#233; leur nature terrestre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'indig&#233;n&#233;it&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;indig&#233;nisation, en tant que mouvement intellectuel et visc&#233;ral, n'est pas une tentative de recr&#233;er le pass&#233;. Comme le caract&#232;re inn&#233; de notre prime enfance, l'indig&#233;n&#233;it&#233; nous poursuit. Elle est r&#233;elle et toujours pr&#233;sente, naturelle, repoussant les limites, enfreignant la loi. L'indig&#233;n&#233;it&#233; n'est pas bas&#233;e sur la race ni ne d&#233;pend de l'ethnicit&#233; ou de l'identit&#233; nationale. Il n'existe peut-&#234;tre pas de forme pure d'indig&#233;n&#233;it&#233; dans un monde qui a &#233;t&#233; syst&#233;matiquement exploit&#233; par le colonialisme et le capitalisme ; mais elle demeure une force intrins&#232;que qui circule autour et &#224; travers nous. Elle ne prend pas la forme d'un r&#234;ve particulier, mais de notre capacit&#233; &#224; r&#234;ver. L'indig&#233;n&#233;it&#233; est le plaisir visc&#233;ral du Cr&#233;ateur. C'est la qualit&#233; qui lie toute vie et toutes les forces vitales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Locke a d&#233;clar&#233; dans ses &#233;crits fondateurs sur la gouvernance que l'indig&#233;n&#233;it&#233;, le faible cerb&#232;re de la modernit&#233;, allait faire place au capitalisme, &#224; la d&#233;mocratie sociale, &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et au militarisme d'&#201;tat. Il avait &#224; la fois raison et tort. Locke comprenait le pouvoir de l'avarice comp&#233;titive et comment le bien commun allait servir &#224; ceux et celles qui souhaitaient s'&#233;lever au-dessus du commun. Ce qu'il n'a pas compris, ce sont les limites fondamentales inh&#233;rentes aux cultures id&#233;ologiques. Son esprit chr&#233;tien du 17e si&#232;cle n'a pu pr&#233;dire un futur de pollution g&#233;n&#233;ralis&#233;e, d'extinction des esp&#232;ces, de changements climatiques et de soul&#232;vements de r&#233;torsion de la majorit&#233; de l'humanit&#233; d&#233;plac&#233;e. Dans sa tombe, Locke r&#234;ve de vertu et n'est pas r&#233;veill&#233; malgr&#233; la conflagration au-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de la r&#233;indig&#233;nisation vise &#224; extrapoler pour un futur &#224; d&#233;couvrir ce que nos anc&#234;tres savaient. L'effort consiste &#224; contextualiser de mani&#232;re concr&#232;te la place indig&#232;ne fa&#231;onn&#233;e par des gens et des milieux de vie qui n'auraient pas abandonn&#233; leur nature terrestre. Aujourd'hui, celles-ci et ceux-ci sont les opprim&#233;&#183;e&#183;s et les d&#233;poss&#233;d&#233;&#183;e&#183;s qui rejettent les solutions assimilatrices de l'&#201;tat et des corporations. Ce sont les enfants d&#233;sillusionn&#233;s, mais tr&#232;s conscients, n&#233;s dans la m&#233;diocrit&#233; morale de la modernit&#233;. L'&#233;tude de la r&#233;indig&#233;nisation explore les possibilit&#233;s essentielles de bien vivre au sein des &#233;cosyst&#232;mes ainsi que le potentiel humain et les place sans complaisance en opposition avec la brutalit&#233; f&#233;roce du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il est improbable que les &#233;checs progressifs de Locke disparaissent sans une lutte et la prise de conscience que la d&#233;mocratie doit se sauver elle-m&#234;me. Le capitalisme a d&#233;j&#224; recours &#224; la forteresse. Les entreprises telles le Honduras, Isra&#235;l, les &#201;tats-Unis et le Canada se cl&#244;turent avec leurs unit&#233;s de production et b&#226;tissent des murs pour bloquer les migrant&#183;e&#183;s dont les ressources ont &#233;t&#233; vol&#233;es. Les m&#233;ga-corporations ne voient pas dans l'&#201;tat un garant de leur s&#233;curit&#233; et le per&#231;oivent souvent comme &#233;tant plut&#244;t en contradiction avec la richesse corporative et avec le progr&#232;s. Comprendre o&#249; l'humanit&#233; autochtone pourrait trouver sa propre s&#233;curit&#233;, de mani&#232;re ind&#233;pendante de la structure capitaliste et du d&#233;clin social est le d&#233;fi auquel nous faisons face.Il existe des r&#233;alit&#233;s dans toute histoire, m&#234;me dans celles qui attendent d'&#234;tre v&#233;cues. Alors que les tyrans r&#233;digent l'histoire publique, la Terre a son histoire propre, le plus souvent &#233;crite par l'&#233;rosion et le renouveau, juxtapos&#233;s &#224; travers une danse silencieusement puissante entre la mort et l'infini. Nos anc&#234;tres comprenaient ceci et ont donn&#233; &#224; ce savoir et &#224; cette sagesse la forme de chansons que les enfants apprennent &#224; chanter aujourd'hui. Nous aussi, nous pouvons le comprendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Robert Lovelace est professeur au d&#233;partement d'&#233;tudes du d&#233;veloppement mondial et un ancien chef de la Premi&#232;re nation algonquine Ardoch. Il a pass&#233; 103 jours en prison pour avoir d&#233;fi&#233; une injonction de la Cour en continuant de manifester contre l'exploitation d'uranium sur des territoires dont la propri&#233;t&#233; &#233;tait contest&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte traduit de l'anglais par Am&#233;lie Nguyen et Marc-Olivier Vall&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Magnus Isaacson&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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