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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Peur et pens&#233;e politique</title>
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		<dc:date>2015-10-01T02:03:01Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milie Bernier</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Bernier, &#201;milie</dc:subject>

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&lt;p&gt;La crise du capitalisme n'est plus &#233;pisodique et conjoncturelle. &#192; la suite de l'effondrement des m&#233;canismes de l'endettement, qui avaient eux-m&#234;mes remplac&#233; la social-d&#233;mocratie pour en contenir l'effet d&#233;sint&#233;grateur, la crise est devenue &#171; structurelle &#187;. Cette fois, c'est plus grave : l'anticapitalisme est aussi entr&#233; en crise. Ce que l'action politique de gauche et sa th&#233;orie nomment libert&#233; ne serait plus que la condition d'une plus cruelle p&#233;n&#233;tration des march&#233;s. Toute issue semble (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Analyse-du-discours-+" rel="tag"&gt;Analyse du discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bernier-Emilie-+" rel="tag"&gt;Bernier, &#201;milie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2059.png?1642092170' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;154&#034; height=&#034;231&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise du capitalisme n'est plus &#233;pisodique et conjoncturelle. &#192; la suite de l'effondrement des m&#233;canismes de l'endettement, qui avaient eux-m&#234;mes remplac&#233; la social-d&#233;mocratie pour en contenir l'effet d&#233;sint&#233;grateur, la crise est devenue &#171; structurelle &#187;. Cette fois, c'est plus grave : l'anticapitalisme est aussi entr&#233; en crise. Ce que l'action politique de gauche et sa th&#233;orie nomment libert&#233; ne serait plus que la condition d'une plus cruelle p&#233;n&#233;tration des march&#233;s. Toute issue semble ouvrir sur l'acc&#233;l&#233;ration des moteurs. &#192; moins que&#8230; de nouvelles valeurs soient proclam&#233;es, qui aboliraient le capi&#173;talisme une bonne fois pour toutes !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce pr&#233;suppos&#233; que partagent les contributions r&#233;unies par &#201;ric Martin et Maxime Ouellet dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;La tyrannie de la valeur&lt;/i&gt; (&#201;cosoci&#233;t&#233;, 2014) veut que &#171; &lt;i&gt;les discours critiques les plus r&#233;pandus &#224; gauche&lt;/i&gt; &#187; soient devenus les meilleurs alli&#233;s de la domination capi&#173;taliste. Leurs fl&#232;ches visent d'abord le plus retentissant d'entre eux, celui du mouvement Occupy. Ainsi que le r&#233;v&#232;le la formule fortement m&#233;diatis&#233;e &#171; &lt;i&gt;Nous sommes les 99 %&lt;/i&gt; &#187;, cette critique ne semble d&#233;noncer que la mauvaise allocation des ressources et des b&#233;n&#233;fices d'une &#233;conomie globalis&#233;e, tout en laissant indemnes les cat&#233;gories sur lesquelles repose l'exploitation. Fid&#232;le au &#171; marxisme traditionnel &#187;, elle tiendrait le travail pour une activit&#233; naturelle et anhistorique, et la valeur pour son &#233;ternel r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ces indign&#233;&#183;e&#183;s poursuivraient sans le savoir ce vieux r&#234;ve bourgeois de voir l'augmentation de la productivit&#233; diminuer le fardeau du travail et augmenter la masse de richesse &#224; se partager. Pour Martin et Ouellet, vaine est la d&#233;nonciation du rapport de force d&#233;favorable &#224; la masse ruin&#233;e par de grands financiers sans vergogne (le &#171; 1 % &#187;), car elle ferait siennes des conceptions qui sont surgies d'une organisation ali&#233;n&#233;e des rapports sociaux. N'am&#233;liorant pas le tableau, la th&#233;orie politique qui s&#233;vit &#224; travers des succ&#232;s de librairie tels que la s&#233;rie &lt;i&gt;Empire, Multitude et Commonwealth &lt;/i&gt; de Michael Hardt et Antonio Negri renfermerait une forme plus insidieuse de la crise de l'anticapitalisme. Cette approche fonde la r&#233;sistance dans le dynamisme d'une &#171; multitude &#187; organis&#233;e en r&#233;seaux, dont la libert&#233; se saisirait comme subjectivit&#233; productive de communication, d'information et de flux affectifs. Sa faute impardonnable serait de nier l'existence d'une totalit&#233; sociale par laquelle et en vue de laquelle celle-ci communiquerait, travaillerait, existerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le marxisme traditionnel insistait sur l'opposition entre les volont&#233;s contradictoires de classes sociales oppos&#233;es, cette solution de rechange ne vaut gu&#232;re mieux : elle tient pour &#233;mancipatrice la forme de conscience m&#234;me que la domination capitaliste s'est constitu&#233;e pour les besoins de sa cause. &#192; preuve, elle refuse la sanction d'un ordre souverain et se d&#233;clare fonci&#232;rement rebelle &#224; tout enracinement identitaire et territorial. Voil&#224; bien ce que craignent Martin et Ouellet : que les &#171; &lt;i&gt;liens faibles sur lesquels s'appuient ces r&#233;seaux rendent difficile, voire impossible, l'institutionnalisation politique de nouvelles valeurs, ou de formes politico-institutionnelles durables &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Martin et Maxime Ouellet, &#171; La crise du capitalisme est aussi la crise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Or, que les aspirations qui se donnent &#224; entendre dans la th&#233;orie et l'action politique anticapitaliste n'impliquent aucune esp&#232;ce de structure hi&#233;rarchique ne suffit pas &#224; les disqualifier comme inaptes &#224; destituer les pratiques d&#233;vastatrices autour desquelles la soci&#233;t&#233; capitaliste s'est organis&#233;e. Du moins, l'ouvrage ne parvient pas tout &#224; fait &#224; nous en convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le travail : un f&#233;tiche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le retour au Marx sociologue et philosophe, qui fonderait une critique ad&#233;quate de ces pratiques, serait le fait de Robert Kurz et Anselm Jappe, th&#233;oriciens du courant allemand de la critique de la valeur (&lt;i&gt;Wertkritik&lt;/i&gt;), et de l'historien canadien Moishe Postone. Une lecture attentive des d&#233;sormais c&#233;l&#232;bres manuscrits des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; permet &#224; ces auteurs de d&#233;mystifier le rapport social qui se cache derri&#232;re les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques telles que le travail, la valeur, la marchandise. Marx y explique en effet que ce n'est que le travail organis&#233; en vue de d&#233;gager un profit qui engendre la valeur. C'est pourquoi la poursuite capitaliste de la valeur exige la prestation d'un travail suppl&#233;mentaire, et enferme la vie ouvri&#232;re dans un cercle infernal. L'id&#233;e de &#171; travail libre &#187;, qui fonde en droit cette domination directe et glaciale, peut se pr&#233;senter comme un affranchissement par rapport aux liens traditionnels de d&#233;pendance et &#224; leurs divers accoutrements, elle ne demeure pas moins bas&#233;e sur le d&#233;pouillement des individus par rapport &#224; leurs conditions de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut suffire &#224; la critique de s'opposer &#224; la d&#233;r&#232;glementation des march&#233;s comme d&#233;rive id&#233;ologique et de r&#233;clamer un retour au compromis keyn&#233;sien (du travail pour tous et toutes et une meilleure redistribution), car le travail est la forme de la domination sous le capitalisme. En tant que &lt;strong&gt;cat&#233;gorie f&#233;tichis&#233;e&lt;/strong&gt;, il structure v&#233;ritablement les pratiques et les formes de conscience. Un marxisme cons&#233;quent ne propose pas une &#233;conomie politique alternative, mais bien l'abolition des cat&#233;gories de l'&#233;conomie politique. &#171; &lt;i&gt;Cr&#233;er une soci&#233;t&#233; o&#249; la production et la circulation des biens ne passe plus par la m&#233;diation autonomis&#233;e de l'argent et de la valeur, mais sont organis&#233;es selon les besoins &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anselm Jappe, &#171; Une histoire de la critique de la valeur &#224; travers les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, telle est la t&#226;che qui occupe la th&#233;orie critique aujourd'hui : d&#233;finir le niveau de la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son propre aveu, Jappe aspire &#224; d&#233;couvrir des formes &#171; &lt;i&gt;moins ruineuses&lt;/i&gt; &#187; de satisfaction des besoins, recherche qu'approfondissent les auteurs du collectif. Pour Gilles Labelle, s'il n'y a pas de th&#233;orie positive du politique chez Marx, on y trouve n&#233;anmoins, &#224; travers le motif de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, quelques balises pour penser une libert&#233;, concr&#232;te et situ&#233;e, qui puisse &#171; &lt;i&gt;combattre et r&#233;sister&lt;/i&gt; &#187; en se faisant m&#233;diation d'une totalit&#233;. Cette pr&#233;cision conf&#232;re &#224; la proposition sa teneur et sa coh&#233;rence. Le d&#233;passement de m&#233;diations sociales trop &#171; &lt;i&gt;ruineuses&lt;/i&gt; &#187; se produirait par la d&#233;couverte de formes objectives et universelles o&#249; puisse se r&#233;fl&#233;chir la soci&#233;t&#233;, qui trouverait alors sa libert&#233; dans un univers culturel et symbolique qui lui forgerait un contenu particulier. La soci&#233;t&#233; des producteurs-consommateurs ne r&#233;aliserait son humanit&#233; que dans &#171; &lt;i&gt;une communaut&#233; saisie politiquement d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin et Ouellet, p. 4&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Sans l'institution du pouvoir politique, toute existence se vouerait irr&#233;&#173;vocablement &#224; la dissolution de l'horizon humain de signification et &#224; la reproduction effr&#233;n&#233;e du cirque des marchandises. Comment cette critique du capitalisme somme toute conservatrice (ou peut-&#234;tre &lt;i&gt;tory&lt;/i&gt; ?) envisage-t-elle ce sain enracinement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la recension des ennemis &#224; abattre : le &#171; pluralisme lib&#233;ral &#187; est brandi comme une insulte, la d&#233;fense de la social-d&#233;mocratie comme la preuve d'une faillite analytique. En pr&#233;sumant que les &#171; &lt;i&gt;t&#234;tes d'affiche de la gauche&lt;/i&gt; &#187; ne r&#233;clament qu'une extension de la logique des &#171; droits de l'homme &#187;, et persistent dans le fantasme moderne de la croissance &#224; l'infini, les auteurs r&#233;v&#232;lent une r&#233;ception bien exp&#233;ditive du mouvement Occupy et de sa train&#233;e d'Indign&#233;&#183;e&#183;s, mais &#233;galement des f&#233;minismes, du discours politique des communaut&#233;s racialis&#233;es, de la pens&#233;e autochtone et postcolonialiste. Affirmer que tous ces anticapitalismes sont coupables &#171; &lt;i&gt;d'avoir contribu&#233; [au] plein d&#233;veloppement [de la forme-valeur] &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jappe, p. 66.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; exige pour le moins, dans un ouvrage qui pr&#233;tend offrir, ainsi que l'annonce le sous-titre, des &#171; &lt;i&gt;d&#233;bats pour le renouvellement de la th&#233;orie critique&lt;/i&gt; &#187;, que soit restitu&#233; leur argumentaire. Il faudrait &#233;galement que les auteurs expliquent de quelle mani&#232;re l'obtention de droits sociaux pour les marginalis&#233;&#183;e&#183;s les priverait de l'imagination des formes que prendrait une soci&#233;t&#233; postcapitaliste et de l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour pouvoir lutter pour elle. Comme si ce n'&#233;tait que du plus creux de la plus profonde crise que serait r&#233;v&#233;l&#233; &#8211; comme une gr&#226;ce &#8211; que le travail n'est pas une r&#233;alit&#233; naturelle et in&#233;vitable, et que la valorisation capitaliste en a assur&#233; une organisation trop &#171; ruineuse &#187;. S'il s'agit de destituer les principes qui l&#233;gitiment et reconduisent la domination &#8211; ce qui est un travail de connaissance &#8211;, n'est-il pas plus &#224; craindre que le ch&#244;mage et la mis&#232;re &#233;touffent, chez les individus et les communaut&#233;s, le potentiel n&#233;cessaire &#224; l'expression de la d&#233;vastation que leur fait subir cette dite &#171; tyrannie de la valeur &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique propos&#233;e ici ne s'en inqui&#232;te pas. Et pour r&#233;soudre l'&#233;pineuse question de la satisfaction des besoins, elle pr&#233;sente au public qu&#233;b&#233;cois cette noble proposition : retrouver, sous les d&#233;combres d'une civilisation d&#233;cadente, la forme id&#233;ale d'humanit&#233; o&#249; se fondent toutes les pratiques salutaires ; mettre en s&#251;ret&#233; &#171; &lt;i&gt;une humanit&#233; commune en voie d'&#234;tre irr&#233;m&#233;diablement d&#233;truite par le capital&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin et Ouellet, p. 40.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'une tyrannie &#224; l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La grande faute commise par cet effort bien senti de d&#233;finir les formes d'une soci&#233;t&#233; postcapitaliste, c'est de d&#233;consid&#233;rer en bloc un ensemble de courants plus marginaux, sous pr&#233;texte qu'il serait p&#233;rilleux de laisser s'&#233;gosiller celles et ceux qui refusent de se projeter dans l'institutionnalisation d'un syst&#232;me de valeurs. Or, substituer &#171; des valeurs &#187; &#224; &#171; la valeur &#187;, ce n'est pas, comme on dirait, un processus r&#233;volutionnaire &#233;prouv&#233;. Si cette th&#233;orie politique ne calme pas sa peur devant des formes impr&#233;visibles et jamais &#171; id&#233;ales &#187; de vie humaine, si elle ne parvient pas &#224; mettre en r&#233;sonance toutes ces paroles politiques et &#224; composer avec elles des tonalit&#233;s heureuses, ne sabote-t-elle pas les conditions m&#234;me de la pens&#233;e et de la connaissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son insistance sur la n&#233;cessit&#233; de ce qu'il nomme des &#171; &lt;i&gt;m&#233;diations culturelles et symboliques &lt;/i&gt; &#187;, le sociologue et philosophe Michel Freitag, sous l'autorit&#233; duquel s'inscrit une bonne part des contributions, sugg&#232;re-t-il de renouer avec des valeurs conservatrices ? Ou prescrit-il plut&#244;t un soin des communaut&#233;s de parole et du fragile tissu des interactions humaines ? La pens&#233;e est &#224; proprement parler une pratique, et la pratique qui pr&#233;tend s'en passer est vou&#233;e &#224; la b&#234;tise. Voil&#224; la substance des beaux exergues qui ouvrent cet ouvrage collectif. Comment des valeurs engendr&#233;es dans la peur sauraient-elle mettre sur le chemin de cette essentielle m&#233;ditation ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Glossaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valeur :&lt;/strong&gt; Forme abstraite de la richesse, qui repr&#233;sente le temps de travail socialement n&#233;cessaire &#224; sa production, lorsque le travail est organis&#233; en vue d'engendrer un profit, et non en vue de la satisfaction des besoins ou de la consommation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cat&#233;gorie f&#233;tichis&#233;e : &lt;/strong&gt; Qui appara&#238;t comme ayant une r&#233;alit&#233; naturelle, masquant de ce fait le rapport social qui l'institue comme r&#233;alit&#233;. Le f&#233;tiche fait passer pour une n&#233;cessit&#233; historique ce qui est l'effet de pratiques sociales ali&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;diations sociales : &lt;/strong&gt; Instances par lesquelles une totalit&#233; sociale est constitu&#233;e par ses parties, qui se trouvent elles-m&#234;mes simultan&#233;ment constitu&#233;es par la totalit&#233;. Ce processus de synth&#232;se dialectique correspond, dans la pens&#233;e de l'histoire inaugur&#233;e par le philosophe Hegel (1770-1831), au principe par lequel les communaut&#233;s inscrivent leur libert&#233; dans des institutions sociales et politiques assurant &#224; leur devenir des formes universelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric Martin et Maxime Ouellet, &#171; La crise du capitalisme est aussi la crise de l'anticapitalisme &#187;, &lt;i&gt;La tyrannie de la valeur. D&#233;bats pour le renouvellement de la th&#233;orie critique&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2014, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anselm Jappe, &#171; Une histoire de la critique de la valeur &#224; travers les &#233;crits de Robert Kurz &#187;, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin et Ouellet, p. 4&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jappe, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin et Ouellet, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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